Un Duplex pour 3

Un Duplex pour 3
2004
Danny DeVito

En 1965, un certain avocat français avait acheté en viager un appartement occupé par une femme très très vieille, comme rarement c’était le cas en cette époque : elle avait 90 ans lors de la signature. Mais seulement voilà, elle s’appelait Jeanne Calment, la détentrice du record de longévité qui s’est éteinte à 122 ans, soit un an après son acquéreur. Un coup du sort qui a inspiré le film, qui reprend cette idée d’une vieille femme increvable bien gênante.

Jeune couple fraîchement marié, Alex (Ben Stiller) et Nancy (Drew Barrymore) souhaitaient accéder à la propriété, mais lui étant un écrivain débutant, leur budget serré leur empêche d’acquérir un foyer décent. C’est alors qu’une opportunité de rêve s’offrit à eux : un sublime et immense duplex à un prix très abordable. Le seul inconvénient, c’est que l’étage est occupé par une vieille femme au loyer ridicule et dont le bail n’a pas d’expiration. D’apparence fragile (donc normalement avec un pied dans la tombe) et très gentille, sa présence n’était à priori pas un problème, du moins en théorie. Dès la vente signée, elle se transforma en démon qui passe ses journées à sonner à la porte pour demander un service, et ses nuits à regarder la télé avec la sono au max. Un enfer qui ne faisait que commencer…

Si la retraite est pleine d’avantages, on aurait tendance à s’ennuyer, d’où l’importance de trouver des occupations. Ici, pour la voisine du dessus, c’est briser les vies de ses acquéreurs. Pleine d’imagination et de roublardise, elle fera montre d’une efficacité remarquable pour pourrir la vie d’autrui, allant de la faillite économique à la destruction psychologique. C’est très drôle au début, mais on arrive rapidement à de telles propensions qu’un certain malaise se fait sentir. N’y a t-il plus de limites à la monstruosité ? On parle quand même d’extrémités telles que le meurtre soit la seule solution viable. Le principe du film ne marche donc que pendant un temps, la seconde partie aurait mérité plus de retenue et de réalisme, trop c’est trop. Heureusement, la fin vient calmer les choses avec un peu d’espoir, mais toujours avec cette touche de cynisme qui caractérise le film. On reste dans de la bonne comédie efficace à l’idée première sympathique, mais il y avait peut être mieux à faire.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Le Dernier rempart

Le Dernier rempart
2013
Kim Jee-woon

Véritable icone des années 80-90, la montagne de muscles qu’est Arnold Schwarzenegger avait mit sa carrière en stand-by après Terminator 3 en 2003 pour se consacrer à la politique. Après un retour remarqué dans Expendables 2, voici enfin son premier rôle principal qui signe définitivement son come-back. Malheureusement, les gros films d’action sont passés de mode, et les résultats furent médiocres : 48 M$ dans le monde, bien pire que les plus gros fours de sa carrière. Et pourtant, la formule marche toujours aussi bien.

Dans le fin fond de l’Arizona, Ray Owens (Arnold Schwarzenegger) s’occupe paisiblement de la ville de Sommerton dont il est le shérif. Ancien flic de Los Angeles, il a fuit le climat hostile des mafieux et autres dealers, mais cette hantise va le retrouver. La CIA (dirigée par Forest Whitaker) était censée transférer un dangereux chef de cartel hispanique ce jour là, mais les choses ont mal tourné. Apparemment prêt pour l’opération, le détenu a orchestré son évasion visant à l’extrader au Mexique via la route, avec pour point de chute Sommerton, ville proche de la frontière mais dont un cratère empêche le franchissement, du moins en théorie. Seulement voilà, le shérif du coin (et quelques renforts dont Johnny Knoxville) a bien l’intention de leur opposer à lui et ses hommes une résistance inflexible.

Qu’on se le dise, les histoires c’est pas pour les vrais hommes. Quand on a des voitures qui affichent mille chevaux, des camions bélier de malades et un armement capable d’envahir n’importe quel pays, on s’en fout royal. Une évasion brutale pleine de bavures, une virée en voiture qui enchaîne les boucheries, une ville transformée en champ de guerre : voilà le vrai cinéma, le bon gros qui tâche ! Les voitures ça se conduit pied au planché et les chargeurs ça se vide, eh oui ! Comment ne pas verser une petite larme face à la beauté d’un crane perforé ? Pas de censures, de la violence gratuite et sanglante, des morts de partout, bref que du bonheur. C’est bien simple, on se régale de bout en bout comme un enfant qui vient de retrouver son jouet préféré. Alors bien sûr, le film n’invente rien, son histoire est anecdotique et c’est à celui qui jouera au plus badasse, mais quelle purge ! On a déjà vu mieux mais c’est en tous cas très efficace et particulièrement jouissif.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

M. Popper et ses pingouins

M. Popper et ses pingouins
2011
Mark Waters

Adaptation d’un grand classique de la littérature pour enfants, M. Popper et ses manchots de Richard et Florence Atwater, le film est le dernier en date à mettre en vedette le vieillissant Jim Carrey dont les numéros comiques s’espacent. Il est loin le temps où (presque) chacun de ses films explosaient les 100 M$… Plus encore, son prochain film est la suite du peu glorieux Dumb and Dumber vingt ans après l’original, c’est dire.

L’histoire originale se passait en 1938, mais le film prend le parti de la mettre au goût du jour, attribuant l’histoire d’explorateur aventurier au père de Popper. Ainsi, Popper (Jim Carrey) est désormais un riche entrepreneur immobilier qui rêve de voir son nom aux côtés de ceux de ses patrons. Pour mériter cette place de prestige, il est chargé de réussir là où tous ont échoué : racheter l’unique propriété de Central Park qui appartient à un particulier, qui en a fait depuis des générations un restaurant. Ce même restaurant où il allait avec son père, récemment mort. Se heurtant à un refus de la propriétaire, il va en plus recevoir un héritage assez particulier : six pingouins. Y voyant une malédiction, il souhaitera tout d’abord s’en débarrasser, mais constatant l’effet positif qu’ils génèrent sur sa famille, il va vite changer d’avis.

Qui dit histoire pour enfants dit scénario anecdotique et morale à tout va. Dès le début, on sait exactement ce qui va se passer, quand et comment. Donc à proprement parler, il n’y a ni rebondissements ni surprises. On ne peut donc juger le film que sur son sérieux et sa force comique. D’un point de vu réaliste, le film est navrant : on a d’un côté un appartement transformé en banquise avec des gens chaudement habillés, et de l’autre une absence totale de gerçures, rougeurs ou même buée quand quelqu’un parle ou respire. De même, la réaction des gens est douteuse et les prouesses réalisées par les animaux sont improbables. Donc aussi mignonne et sympathique que soit l’histoire, difficile d’y croire plus d’une seconde. Reste donc l’humour, correct, sans plus. On est loin des folies clownesques de l’acteur, mais la sobriété n’est pas là non plus, l’éternel gag du « prout » et d’autres de ses amis lourdauds étant de la partie. Reste une bonne ambiance et une légèreté très « Noël » qui fait passer le temps, mais on aura vite fait d’oublier le film.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Kill List

Kill List
2011
Ben Wheatley

Salut, comment ça va ? Moi j’ai mangé le lapin que mon chat a tué hier, et toi ? Tranquille, j’ai kidnappé une fille, je lui ai tranché les jambes puis je l’ai violé jusqu’à ce qu’elle meurt. Cool. Il y a eu un paquet de films d’horreur assez spéciaux, mais là on atteint un tel niveau de bizarrerie et de folie que l’asile est hautement recommandé pour l’ensemble de l’équipe du film, même si on est pas totalement au même niveau que Martyrs.

Dans une banlieue anglaise des plus calmes, Jay et Gal se retrouvent régulièrement pour festoyer malgré des difficultés financières incessantes et des disputes conjugales violentes. Heureusement, la crise économique leur passe bien au dessus grâce à un boulot qui leur permet en plus d’évacuer toute leur frustration et leur rage : ils sont des tueurs à gages. Nouvellement recrutés par une agence dont ils ne savent rien, ils vont se retrouver avec trois cibles à éliminer, d’apparences banales, mais qui cachent un lourd secret…

Faire un cauchemar qui vous marque à vie, c’est une chose, mais vouloir en faire profiter tout le monde, c’est criminel. Le film commence sur deux couples qui se retrouvent piégés dans des disputes sans issues, non sans rappeler Carnage, donc rien de très inquiétant. Puis il y a des allusions, un chat, des tueurs à gages. Une ambiance glauque s’installe mais on reste dans du « normal ». C’est alors qu’un prêtre dit « merci » à son bourreau, de même qu’un pornographe meurtrier qui remercie à son tour chaque coup de marteau meurtrier. On arrive déjà à un haut niveau de violence aussi physique que psychologique, mais rien ne laissait entrevoir pareil dessein. Voir des hommes nus avec un masque de paille terrifiant, des femmes nues, les yeux bandés, les mains attachées, en voilà une vision d’horreur psychédélique ! Les voir pendre une femme puis foncer sur nous, enchaîner sur une course-poursuite lugubre dans des catacombes : incontestablement l’une des scènes les plus choquante de l’histoire du cinéma. Alors c’est sûr, le film offre une vision halluciné et son atmosphère pesante est particulièrement réussie, mais le scénario est un peu décevant avec sa fin qui ne répond à rien, et on espérait une révélation d’envergure, mais il n’en est rien. Et forcément, son genre gore très dérangeant ne plaira pas à grand monde. Donc même si le film est assez bien fait, on lui préférera des productions plus abouties comme Silent Hill où la peur se met au service d’une véritable histoire.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Dead Man Down

Dead Man Down
2013
Niels Arden Oplev

Réalisateur de la trilogie suédoise Millénium, Niels Arden Oplev nous revient avec un thriller américain orienté action, un film en lequel il croyait beaucoup puisque le scénario fut le seul à trouver grâce à ses yeux depuis que les américains lui tournent autour. Mais le résultat ne fut pas là : après un démarrage minable, le film s’est effondré aux Etats-Unis où il a fini à un peu moins de 11 M$, mais il fut encore plus ignoré par ailleurs avec seulement 18 M$ au total.

Associable et peu bavard, Victor (Colin Farrell) est un homme de main d’un mafieux new-yorkais, Alphonse (Terrence Howard). Ils sont confrontés à un problème de taille : leurs hommes se font tuer les uns après les autres, et le mystérieux assassin laisse derrière lui des morceaux d’une photo, laissant peu à peu entrevoir les raisons de sa vendetta. Habitant l’immeuble en face de Victor, Béatrice (Noomi Rapace) le surprendra un jour en pleine action, strangulant un pauvre homme. Ayant été victime d’un accident de voiture qui la défigura, elle souhaite depuis voir mourir dans d’atroces souffrances le chauffard qui s’en est tiré sans rien. Pourra t-il être celui qui l’aidera ? Mais en réalité, elle pourrait bien l’aider bien plus qu’il ne le pourra jamais…

Après une première scène de fusillade plutôt mollassonne, le film nous perdra quasiment d’emblée entre une multiplicité des histoires, une ombre totale sur les objectifs de chacun, et surtout une absence de rythme effroyable. La petite romance entre les deux voisins d’immeubles quasi demeurés ne décolle pas non plus, et ne décollera jamais vraiment. Certains personnages sont carrément inutiles et nuisent à la fluidité : la mère (Isabelle Huppert) et le copain (Dominic Cooper). Puis finalement la nature exacte de l’histoire est révélée, décevante de par son classicisme trop prononcé et le manque d’originalité. La fin est elle aussi trop évidente et donc pas très intéressante. Le seul point positif est qu’elle nous accorde un dernier règlement de compte, lui non plus pas très neuf mais qui a au moins le mérite d’être bien fait. Globalement le film n’est pas complètement vide et les acteurs s’en sortent relativement bien, mais clairement la première moitié est ennuyeuse et les tenants et les aboutissants déçoivent.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

12 heures

12 heures
2013
Simon West

Bien que toujours aussi présent et enchaînant les tournages à un rythme effréné, la carrière de Nicolas Cage n’est plus ce qu’elle était. Il faut dire que le pauvre à la fâcheuse tendance de cumuler les bides, l’obligeant à se prostituer avec du Ghost Rider 2 et des productions à peine sorties en salles comme celui-ci, arrivant péniblement à du 14 M$ dans le monde malgré un très bon 7 M$ en Chine. Mais démérite t-il pour autant ?

À mi chemin entre Taken et The Call, le film prend place après qu’un cambriolage ai mal fini. Tête pensante de l’opération (avec Malin Akerman au volant), Will Montgomery (Nicolas Cage) n’aura pas su semer les flics ce jour là, et sachant qu’être prit avec l’argent lui vaudrait une peine renforcée, il préféra brûler l’argent. Seulement voilà, huit ans plus tard, son ancien collègue Vincent (Josh Lucas), qui n’a toujours pas digéré la tournure qu’ont prit les événements, est bien décidé à avoir sa part du butin, même si ce dernier a brûlé. Kidnappant la fille de Will, il lui posera l’ultimatum suivant : si dans douze heures les millions ne lui sont pas restitués, il la tuera.

Sans être d’une rare intelligence, le premier casse se passe bien, et la course-poursuite qui suit est dynamique, quoiqu’un peu débile. Puis il sort de prison et il doit passer en mode « je te traquerai, je te trouverai, je te tuerai », et effectivement on continu pendant un temps dans un style « action » plutôt réussi, bien qu’assez facile dans le scénario. Rien de très mémorable dans les cascades ou dans les moments de taules froissées, mais ça diverti pas mal. Malheureusement, entre la police omnisciente et des personnages trop caricaturaux, le masque tombe et la faiblesse du film est révélée. Des lingots fondus, des « comme par hasard », un combat final stupide, des scènes qui prouvent toute l’incompétence des acteurs lors de moments d’émotion : le réservoir s’encrasse et fait caler le moteur, perdant le spectateur dans un dernier soubresaut nous faisant regretter le choix initial de regarder le film. Bref, une sous-production de bas étage…

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Detective Dee : Le mystère de la flamme fantôme

Detective Dee : Le mystère de la flamme fantôme
2011
Tsui Hark

En pleine expansion, le cinéma chinois est en passe de devenir le premier plus gros consommateur au monde, les recettes des plus gros blockbusters battant des records chaque année. Mais plus qu’une ovation aux déluges d’effets spéciaux américains, les productions indépendantes commencent à prendre de l’ampleur, comme notamment ce film là, qui récolta 44 M$ en Chine pour un total de 52 M$. Il fut l’un des rares à avoir une vraie sortie française, avec pas moins de 234 726 entrées, score particulièrement honorable pour ce genre de productions.

Loin de la reconstitution historique, le film prend tout de même place dans un contexte ayant eu réellement lieu : celui du sacre imminent de la première impératrice chinoise en l’an 690. Le personnage principal du détective Dee (Andy Lau) a lui aussi existé, mais l’histoire contée et ses circonstances sont fictives. Ainsi, en pleine construction d’un bouddha géant, un homme prit feu mystérieusement, comme brûlé par un feu intérieur. Le lendemain, un haut dirigeant des armées en rapport avec la construction est lui aussi victime de cette malédiction, créant une situation inquiétante. La future impératrice, ayant reçu la visite de l’esprit cerf, décide de libérer le renégat Dee qui fomenta contre elle, mais telle est la volonté de la divinité cervidé. Épaulé par un soldat albinos et la seconde de la régente, Dee devra élucider ce mystère de la combustion spontanée.

Le film commence très bien : sans nous éblouir, le film montre des environnements travaillés et soignés, surtout mit en valeur par une réalisation de haute volée avec un sens artistique aiguë. On frôle les maîtres du genre. Puis de façon très convaincante, le film introduit le mystère de la flamme fantôme, et on se met à espérer l’arrivée d’un Sherlock Holmes en puissance, mais les premiers doutes vont arriver avec le cerf mystique. S’en suit alors l’introduction de Dee, dans des affrontements aériens ridicules avec une scène de rire caricaturale qui commence à nous faire frémir. Et très vite l’histoire s’enlise, les combats stéréotypés se multiplient, puis arrive la marionnette, le mollusque à tronçonneuse, les traîtrises et les rebondissements grotesques, nous achevant avec une fin tirée par les cheveux, nous infligeant jusqu’à un combat entre deux cerfs divins. Et que dire de la conclusion entre la malédiction et l’histoire de sexisme ? L’engouement autour du film est incompréhensible, et difficile de croire que le préquel a frôlé les 100 M$ natifs… Le cinéma d’arts martiaux n’est vraiment pas dignement représenté ici.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Les Mondes de Ralph

Les Mondes de Ralph
2012
Rich Moore

Film de « Noël » (même s’il n’a rien avoir avec cette fête) de Disney de l’année dernière, le film s’était largement imposé avec 471 M$ de recettes pour un budget de 165 M$. En projet depuis de nombreuses années (voir décennies), le film nous plonge dans l’univers des jeux-vidéos, nous mettant en proie avec un méchant fatigué de faire le mal. Au programme, on retrouve un grand panel de personnages emblématiques vidéo-ludiques comme Browser (Mario), les combattants de Street Fighter, Sonic et son ennemi juré Robotnik, Pac-Man et bien d’autres.

Coincé dans une borne d’arcade depuis 30 ans (donc le film se passe dans une dizaine d’années, le jeu n’ayant pu sortir au mieux qu’au début des années 90 vu les graphismes), Ralph (François-Xavier Demaison) est le méchant du jeu « Fix it Felix Jr. » où il démoli inlassablement des immeubles que doit réparer le gentil Felix. Ne se retrouvant plus dans ce mode de vie où il tient inlassablement le mauvais rôle, il se mit en quête d’une médaille, ce bel objet brillant que reçoivent les héros des jeux. Boycottant sa borne, il remplacera un soldat de Hero’s Duty, mais se lancer dans une guerre contre des monstres aliens n’est pas évident. Une petite sortie non sans conséquences : délesté de son démolisseur, son jeu d’origine est déclaré en panne, menaçant de fermeture ses anciens « collègues ». Pire encore, son incursion pourrait avoir relâché un virus de la pire espèce…

Si le film est bourré de clins d’œil et de références sur des jeux-vidéos très populaires, on le comprend assez vite, ils ne servent pas tellement la trame de fond. L’histoire tourne principalement autour de trois univers totalement fictifs et inventés pour le film : celui de Ralph et Felix où l’un démoli quand l’autre répare, Fix it Felix Jr. ; celui des soldats intergalactiques affrontant de terrifiants insectes extraterrestres, Hero’s Duty, avec la sergente Calhoun ; et enfin Sugar Rush, un lieu coloré et composé exclusivement de bonbons où des petites filles s’adonnent à la course de kart. Le fait de vouloir incorporer au paysage des personnages connus mais de ne pas les faire intervenir est une réelle déception, tant le procédé se limite à du racolage. De même, l’histoire d’un méchant qui veut devenir gentil en aidant une petite fille, même avec un problème de virus derrière, ça sonne pas très nouveau, et le cadre informatique n’y change rien. Un scénario donc un peu faiblard, d’autant que les personnages de Ralph et de Vanellope, la petite fille de Sugar Rush, ne se montrent pas très attachant. On regrette de plus le manque de finitions sur certaines idées pas assez exploitées, comme l’association des méchants anonymes, qui, traitée plus intelligemment, aurait pu tenir de la petite perle. Ce qui déçoit aussi dans le film, c’est les graphismes : malgré un budget particulièrement conséquent, le film n’impressionne nullement. Pire encore, la direction artistique est mauvaise et on sature de la redondance des décors. Bon malgré tout le film reste sympathique et on suit l’histoire sans trop d’ennui, mais entre une histoire bancale et un humour cucul, les adultes ne s’y retrouveront que très moyennement.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

22/11/63


22/11/63
2011
Stephen King

Tout le monde le sait – ou devrait le savoir du moins -, le 22 novembre 1963, le président des Etats-Unis John Fitzgerald Kennedy (JFK), a trouvé la mort, abattu dans sa limousine lors d’un passage à Dallas. Une tragédie terrible que l’immense romancier Stephen King va détourner de façon pas très originale (mais sait-on jamais ?) : et si sa mort avait pu être évitée ?

Gros pavé de 930 pages (plus sept pages de Postface où l’auteur s’adresse à nous pour expliquer le cheminement de son travail), le livre est divisé en 6 parties. La première nous place en compagnie de Jake Epping, un professeur de lettres dans un lycée à Lisbon, qui semble coresponsable de l’assassinat de JFK, tout cela parce qu’il a mit un A+ à un vieil homme au bord de la retraite souhaitant finalement avoir son diplôme : Harry Dunning. Pourtant, l’histoire est contemporaine. Un fait étrange, mais bien moins que sa visite chez Al, son ami qui tient une roulotte de fast-food : en l’espace d’une journée, il avait prit 5 ans, perdu 20 kilos, ses cheveux, ses dents, et gagné un cancer des poumons en phase terminale.

Aussi surréaliste cela peut il paraître, il semblerait que l’arrière du restaurant de Al soit un passage, mais pas n’importe quel passage : il conduit au 30 septembre 1958. On ne sait pas pourquoi ni comment, mais c’est là, et après avoir fait l’expérience de passer de l’autre côté, c’est devenu une certitude pour Jake. Mais il y a une autre particularité : si tout ce qu’on fait dans ce passé a une influence réelle dans le présent, une fois revenu et si on retourne dans le passé, alors on se retrouve à nouveau en 1958 le même jour, et remplaçant la réalité alternative où la personne aurait déjà emprunté ce passage. Ainsi, on peut acheter à prix réduit les mêmes produits indéfiniment, mais pas y voyagé à loisir : le point est prédéfini. Néanmoins, si on choisit d’y rester, le temps s’écoule normalement et le passage du retour sera normalement toujours là, à moins que le cours des choses est modifié l’emplacement de Al et que son restaurant ne soit plus là en 2011. Un très grand risque donc, mais que Al a choisit de prendre. Conscient du caractère divin du pouvoir de changer le passé, il souhaitait s’en servir pour rendre le monde meilleur. Mais le point de départ étant invariablement 1958, empêcher les Guerres Mondiales est impossible, de même que le 11 septembre 2001 et l’élection de Bush, il faudrait rester plus de 40 ans dans le passé. C’est alors qu’une idée abordable et réaliste lui vint : sauver John Fitzgerald Kennedy le 22 novembre 1963, dont les répercutions bénéfiques seraient immenses selon ses études. Mais seulement voilà, la maladie l’a arrêté peu avant la date fatidique, et l’imminence de sa mort l’oblige à chercher d’autres options : Jake Epping, son vieil ami le professeur. Ainsi, dernière volonté d’un mourant, il va lui demander (page 76) d’accomplir cette mission à sa place.

Il y a pleins de théories sur la mort de JFK, et le livre va choisir l’une des moins crédibles d’entre elles : celle du tireur isolé Lee Harvey Oswald, une simple âme égarée dont le principal méfait avant l’assassinat était de battre sa femme. Pour l’aider à le convaincre, Al va parler à Jake d’une fille qu’il a sauvé d’un fauteuil roulant, mais dont le passage de Jake dans le passé a annulé ce sauvetage, preuve à l’appuie. Ainsi, il ne fait aucun doutes que ce passage conduit vers le passé et qu’on peut modifier le cours du temps, même si une résistance mystique se fait sentir. Pour mieux s’en convaincre, Jake ambitionna de sauver son vieil élève Harry d’une boucherie qui le rendit orphelin et fils unique en octobre 1958. Pour ses voyages temporels, il sera désormais George T. Amberson, des papiers apparemment valides d’après Al, malgré les remises à 0. Il va lors suivre une piste à Derry où un homme déguisé en clown aurait tué son fils à coup de masse, faisant écho au futur coup de marteau (inspiration ?). Car oui, comment retrouver le père de Harry sans connaître son prénom ? Vu la propension de gens portant le nom de Denning, la tâche est ardue, surtout sans internet. L’enquête s’éternisera sur plus d’une centaine de pages, alourdie par des passages sans grand intérêt, tout cela retardant le vrai sujet du livre : l’affaire Lee Oswald / JFK (même si au final, Sadie est plus importante). Ainsi, on apprend que le père de Harry était un monstre bien avant cet événement, et qu’il a déjà décimé sa première famille, un homme y ayant perdu une sœur et un neveu, jamais vraiment cherchés dans cette ville de Derry où personne n’est très regardant. Un premier coup d’essai à moitié raté : cette nuit là, trois personnes y ont trouvé la mort, plusieurs autres ayant aussi été blessé gravement. Un bilan moins lourd que l’original, mais décidément, le passé ne se laisse pas facilement changer… Beaucoup de faits abondent dans ce sens, certains très étranges, comme l’écriteau de la canalisation endommagée à réparer pour dissuader les gens d’emprunter le chemin qui mène au terrier, toujours présent des années après. Et si le cancer de Al était un fait divin pour l’empêcher de changer fondamentalement les choses ? Revenu dans le présent, il constata que sa tentative de sauvetage fut un désastre : si Harry n’était plus boiteux ou déficient mentalement, il avait perdu la vie au Vietnam en 68. Son hésitation quant à passer les cinq prochaines années à tenter de sauver JFK ne fut que plus grande, mais voulant honorer son ami sur son lit de mort, Jake décida de se lancer dans l’aventure…

S’en suivra donc une série de sauvetage, de la famille Dennings de Derry à la petite Carolyn Poulin et bien d’autres, avec pour point de chute bien sûr l’assassinat présidentiel de Dallas, mais il faut savoir laisser le suspense au lecteur, car à partir de la page 317 commence la partie d’ombre du livre, l’intervalle qui sépare les sauvetages personnels de celui de JFK, qui est loin d’être garanti. Exit George Amberson l’agent immobilier, il sera écrivain, donnant tout son sens au style narratif du livre, Jake en étant l’auteur. Il reviendra aussi à son travail de toujours, professeur d’anglais au lycée, mais ça c’est une autre histoire parsemée d’embûches et d’amour (bien que Al l’ai mit en garde contre ce fléau) mais aussi de coïncidences pas si fortuites. Si le second voyage dans le passé fut une période assez creuse du livre avec la première visite de Derry, la partie sur Sadie, la surveillance de Lee Oswald et l’expérience au lycée est encore plus molle, le présent semblant tellement loin et le chemin le séparant du 22 novembre 1963 (page 795) paraissant encore plus distante. Le livre connaît quelques moments de grâce avec la romance naïve mais franche entre George (Jake) et Sadie, mais cela nous éloigne du propos. Mais avec l’année scolaire 62-63 qui marque son détachement de la vie en société pour se concentrer sur Lee Oswald, les choses semblent s’accélérer, surtout qu’une date buttoir plus proche se dessine : celle du 10 avril 1963 (théorie évoquée page 504, mais le jour j n’arrivera que page 627, du moins aurait dû…). George de Mohrenschildt, clef de voûte de la culpabilité d’Oswald avec l’affaire du général Edwin Walker.

Avec sa cinquième et avant-dernière partie, portant le titre du livre, on entre dans la dernière ligne droite de l’ultime confrontation, bien qu’un certain incident retardera quelque peu – beaucoup – les choses. De manière générale, la relation entre Jake et Sadie met du piment à l’histoire, il y a même de grandes envolées, mais il est regrettable que cela prenne à ce point le pas sur l’histoire de base, rallongeant artificiellement le livre, nous faisant régulièrement rager tant il ne tient pas assez compte de Carton (nom donné à un personnage qui représente le phénomène de résistance temporelle sur la modification du passé). Et effectivement, on commence à appréhender la fin entre le passé tenace et la folie qui s’empare de Jake. Puis vient la conclusion, facile en apparences, jusqu’à la visite de l’homme carton (page 878), remettant un peu les choses à leurs places. Sans faire preuve d’un génie absolu, l’écrivain arrive néanmoins à expliquer tout ce qui se rapporte aux réalités alternatives et aux voyages temporels, éclaircissant bon nombre de points et rendant le tout cohérent, une qualité fondamentale. Fort d’un raisonnement solide donc, il nous livre une fin plutôt réussie, bouclant la boucle, malgré un certain pessimisme et une vision sombre de notre monde.

Ainsi, le livre nous conte l’histoire de Jake Epping, une histoire historique qui a un peu tendance à tomber dans les travers du sentimentalisme ou du politiquement correct, et dont la longueur excessive enlise par moment le lecteur dans un trop-plein de redondances (notamment avec ce qui entoure la surveillance de Lee Harvey Oswald) amenant l’ennui passager, mais le livre parvient sans problème à nous captiver. Si la base du voyage temporel prétexte à sauver le président John Fitzgerald Kennedy d’une mort programmée au 22 novembre 1963 est discutable, son application donne lieu à une base solide en terme de raisonnement. De plus, l’histoire connait de nombreuses envolées de qualité, redonnant de très utiles coups de boost à la narration. De plus, le style du livre ravit de par son accessibilité et sa clarté, cherchant plus à servir l’histoire que l’ego de l’écrivain. Ça n’est clairement pas le livre le plus abouti de Stephen King, mais son titre de maître de suspense n’est pas surfait et il le prouve une fois de plus dans cet exercice singulier et enrichissant.


Cet article est dédié à mon frère, dont c’est l’anniversaire, et qui m’avait offert le livre il y a quelques mois de cela.

Publié dans Critiques, Littérature | Laisser un commentaire

Le Rêve de Cassandre

Le Rêve de Cassandre
2007
Woody Allen

Si Woody Allen n’a jamais vraiment été dans les hautes sphères du box-office, voici l’un de ses films qui fut le plus discret : le seul autre film du cinéaste à avoir rapporté moins d’un million de dollars aux Etats-Unis remonte à 1987, c’est dire… Mais c’est un fait qu’on comprend aisément vu le faible scénario – bien que la plupart de ses films n’y attachent aucune importance – et son pauvre développement, sombrant dans une tentative ridicule de mise en abîme de l’esprit humain face à la mort d’autrui.

Fils d’un pauvre restaurateur, Ian (Ewan McGregor) et Terry (Colin Farrell) sont ce qu’on appelle des ratés. Ian travaille de temps à autre dans le restaurant de son père, juste pour se donner une occasion de piquer dans la caisse pour financer ses sorties, sa passion pour les femmes lui prenant tout son temps et son argent. Sa seule ambition dans la vie est de réunir suffisamment d’argent pour investir dans une chaîne d’hôtels en Californie. Pour Terry, les choses sont encore pires : il n’est qu’un petit employé de garage endetté jusqu’au cou à force de perdre l’argent des autres aux courses et au poker. Menteur invétéré, il annonce des gains à l’exact opposé de la réalité, et difficile d’expliquer à sa femme où est passé l’argent de sa maison. Mais qu’à cela ne tienne, les deux frères vont s’acheter un magnifique voilier, arrivant à un point de non retour. C’est alors que leur riche oncle (Tom Wilkinson) va refaire irruption dans leurs vies, pouvant potentiellement les sortir de leurs merdiers. Lui aussi confronté à une situation délicate, il leur demandera une faveur d’envergure (du mieux de leurs points de vue) pour bénéficier de son argent : tuer un homme qui lui fait du tord.

C’est un grand classique parmi les situations fétiches de Woody Allen : l’homme qui vit largement au dessus de ses moyens avec une arrogance et une insouciance monstre. Le plus rageant est sans doutes le calme improbable qui entoure l’histoire, renforçant le déni dans lequel ses personnages vivent. Et comme la vie fait bien les choses, un oncle fortuné arrive fortuitement, ne demandant qu’un menu service : tuer un vieil homme qui vit seul. Pour autant d’argent en jeu, le service semble ridicule, tant un tueur à gage professionnel prendrait dix fois moins facile. Va alors s’en suivre une longue descente aux enfer pour le film, partant dans un résonnement illogique et exagéré. Tels deux mauviettes, les deux frères vont se faire dessus à l’idée de refroidir un homme, Terry allant même jusqu’à se faire une dépression rien qu’à l’idée de passer à l’acte. Le film va alors tomber dans une bêtise des plus insupportables entre d’un côté une chance insolente, et de l’autre une morale douteuse qui prend des propensions écœurantes. Dieu, ayez pitié de mon âme ! Mais crève sale faible ! Puis cerise sur le gâteau, la fin nous achèvera dans une folie totale à peine croyable tant c’est de mauvais goût. Mais dans quel monde trouve t-il des hommes aussi peu soucieux de leur propre sort ? Incontestablement l’un des pires films du réalisateur.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire