Bienvenue à Gattaca

Bienvenue à Gattaca
1998
Andrew Niccol

Se passant dans un futur « moins lointain que ce qu’on pourrai croire », le film se base avant tout sur l’évolution de la sélection génétique, qui permettrai ainsi de sélectionner les meilleurs gènes possibles des parents pour former des élites. Une prouesse qui représente non seulement l’éradication des maladies génétiques, mais qui permet aussi d’améliorer considérablement l’espérance de vie en limitant les risques cardiaques et dégénératifs. Avec une seule goutte de sang, ou peut ainsi estimer les risques d’une personne, son intelligence et son intégrité physique.

Dans un monde où on offre sur un plateau une méthode de sélection des élites, les gens naissant avec des prédispositions moindre sont immédiatement reclassés aux postes de bas étages. Vincent Freeman (Ethan Hawke) faisant parti des derniers enfants nés sans présélection génétique, il se retrouve catalogué comme lourdement handicapé, diagnostiqué possiblement mentalement détraqué et possédant 89% de chances de mourir d’un infarctus avant ses 30 ans. Lui qui rêve des étoiles, il ne peut guère aspirer à mieux que technicien de surface. Pourtant un jour, il montrera des aptitudes physiques supérieures à son extraordinaire frère génétiquement parfait, lui ouvrant les yeux sur l’hypocrisie de ce monde. Mais même en travaillant durement et en devenant aussi bon qu’un astronaute, jamais il ne passera les test d’entrée. C’est alors qu’il sera mit en contact avec Jerome (Jude Law), un ancien nageur professionnel doté de gènes remarquables, mais aujourd’hui prisonnier de son fauteuil roulant. Reprenant son identité par échange de bons procédés, et gardant toujours à porté des échantillon de son corps et de ses fluides, il gagnera ainsi ses galons à Gattaca, prestigieuse base de lancement spatiale.

En un mot : brillant. Derrière une idée de départ assez simple sur un système de favoritisme dès la naissance, faisant écho à celle qu’on reçoit dans les familles riches, se cache une profondeur psychologique intense et un soucis du détail inouï. La fréquence des pistages, des contrôles, et l’espionnage continuel pourrai sembler infranchissable, et pourtant. Tout les jours, Vincent se frotte vigoureusement le corps, se rase consciencieusement, veillant à ne laisser aucune trace de son propre corps, nettoie sans cesse son environnement de travail tout en y laissant des résidus (cheveux, peaux-mortes, ongles) de Jerome, et arbore en permanence des lentilles à la couleur de son iris, une sacoche d’urine, et un revêtement au bout des doigts contenant du sang de son identité, bernant ainsi toute forme de dépistage. Strictement rien n’est laissé au hasard dans ce film, montrant que la dévotion d’un homme surclasse de loin toute aptitude innée. L’univers dépeint est aussi d’une rigueur absolue, montrant un futur réaliste et cohérent, affichant une certaine froideur et un style très épuré. Les loisirs semblent bien loin dans ce futur dénué de couleurs et aux longs couloirs moroses.

Mais au delà du simple travail de son univers, le film est aussi un formidable thriller, dégageant un véritable suspense de ce stress continu en y ajoutant une enquête policière, laissant planer le doute quand au degré de perfection de son plan. Et si une erreur lui échappait ? Et justement, le jour d’un meurtre au sein de Gattaca, un de ces cils sera retrouvé, précipitant l’enquête sur ce mystérieux défavorisé qui n’aurai pas dû avoir son ADN sur les lieux. Le film jouera aussi sur l’ambiguïté de Uma Thurman, mystérieuse collègue de bureau. Haletant, poignant, le film explose carrément grâce à l’incroyable Ethan Hawke, fascinant et bouleversant. Le casting dans son intégralité est tout simplement hors du commun, propulsant le film à un niveau rarement atteint. Perle visuelle, intellectuelle, narrative et artistique, cette œuvre est magistrale et s’impose comme l’une des plus grandes figures de la science-fiction.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Plan de table

Plan de table
2012
Christelle Raynal

Ou comment l’emplacement de son nom à un mariage peut changer la vie. Lâche qui n’a jamais osé demander sa copine en mariage durant leur cinq années de concubinage, Eric (Lannick Gautry) s’apprête à assister douloureusement au mariage de son grand amour Marie (Louise Monot), alors même qu’il vient de lui faire l’amour sur la table des invités, en pleins préparatifs. Ayant dû un peu pousser les assiettes, il se retrouve avec les noms des personnes avec qui il doit passer la soirée, devant choisir lui même l’agencement. À cette table, il devra replacer Marjorie (Audrey lamy), la sœur de la mariée, célibataire dépressive, David (Arié Elmaleh), son colloc le photographe, Pierre (Franck Dubosc) et Catherine (Elsa Zylberstein), couple bobo qui bat de l’aile, Pierre allant voir très souvent ailleurs, et Arnaud – responsable d’une galerie d’art – et Edith (Shirley Bousquet), qui tentent d’avoir un enfant. Il ne s’en rendra pas compte tout de suite, mais ces petits bouts de craton pourraient changer bien des vies, y compris la sienne.

Reposant sur le principe de réalités alternatives, le film nous propose de découvrir les possibilités engendrées par un agencement différent des places, à ceci près que notre héros (Eric), prend à chaque fois conscience du futur qu’il vient de choisir, lui permettant d’améliorer petit à petit l’issue de chaque histoire. Alors évidemment, on ne sera pas surpris par les aboutissants, tout se passant pour le mieux pour qui le mérite, tout en respectant bien sûr le principe élémentaire et illusoire du libre-arbitre. La structure du film n’est pas bien originale, mais plutôt bien exploitée, et un soin à peu près égal a été apporté à chaque histoire, toutes intéressantes à leurs manières. Placé sous le signe de la comédie, le film peut aussi compter sur une bonne dose d’humour efficace, certes facilité par le comique de répétition. On s’amuse bien, et sans parler d’audace, on doit au moins reconnaître au film un brin de créativité, si rare dans les comédies françaises.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Eternal Sunshine of the Spotless Mind

Eternal Sunshine of the Spotless Mind
2004
Michel Gondry

Quand l’amour rencontre la science-fiction. Élu le film le plus original à Deauville, et récompensé aux BAFTA et aux Oscars pour son scénario, le film est considéré par beaucoup comme l’un des meilleurs films de l’histoire, et est le 77° film le mieux classé sur IMDb. Quel talent ?

Menant sa petite vie tranquille, suivant le même quotidien depuis bien trop longtemps, Joel (Jim Carrey) se réveillera un jour, attendant son train pour aller travailler, et décidera sur un coup de tête de partir dans une toute autre direction. Marchant nonchalamment sur la plage, repensant à son désert affectif, il fera la rencontre de Clémentine (Kate Winslet), une jeune folle aimant les couleurs extravagantes et changeant de couleur de cheveux en fonction de son humeur. Entre eux c’est le coup de foudre en ce jour de saint valentin, tel un coup du destin. Mais un jour, après un an passé ensemble, la flamme ne brille plus autant, et après une dispute Clémentine, prompt à réagir, décide de faire appel aux services d’une société qui propose d’effacer ses souvenirs de Joel. Désemparé par une telle nouvelle, et anéanti d’avoir perdu l’amour de sa vie, il décidera à son tour de l’oublier. Mais alors que l’opération était déjà lancée, il se mit à revoir une dernière fois ses souvenirs avant leurs disparition, lui faisant douloureusement regretter tout ces bons moments. Il tentera alors de lutter contre le processus.

Comme quoi, quand Jim Carrey sort un peu de son registre habituel, on assiste à du très grand cinéma. Alors que le film « commence » par une gentille comédie romantique sur un gars triste et solitaire qui tombe sur une fille complètement déjanté qui lui redonnera la joie de vivre, on bascule dans la science-fiction avec cette société qui propose d’effacer de la mémoire les souvenirs liés à une personne. Le fonctionnement du procédé est d’ailleurs presque plausible, ou du moins se trouve être intelligemment présenté. On retrouvera au passage un sacré casting dans cette entreprise, avec Tom Wilkinson en patron, Kirsten Dunst en secrétaire, et Mark Ruffalo et Elijah Wood pour la manipulation des appareils. Si le fond du film sera donc l’exploration des souvenirs de Joel liés à Clémentine, le contexte de cette vision et sa présentation sont tellement extraordinaires et originales que le film prend tout de suite une autre dimension, renforcé il est vrai par l’immense talent des deux acteurs principaux, formant un couple aussi fou que magique. Il se dégage du film énormément d’émotion et de poésie, véhiculant au travers du regard incroyable de Jim Carrey, sans aucun doute le meilleur atout du film. Et mieux encore, après une histoire parfaitement structurée et émouvante, le film trouve encore le moyen de surprendre en jouant sur la chronologie, bluffant tout le monde. Alors certes, le film a manqué de budget pour faire preuve de plus d’ambition, et il aura manqué un petit degré supplémentaire dans l’émotion pour avoir la boule à la gorge, mais nul doute que le film est une immense réussite et que l’originalité de son histoire a fait date.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Babycall

Babycall
2012
Pal Sletaune

La vérité est ailleurs. Ce thriller norvégien se veut être un questionnement sur la réalité des choses, et sur comment être certain que ce qu’on voit n’est pas le fruit de notre imagination. Lauréat du Grand Prix aux Gérardmer, le film ne se révélera pas à la hauteur de son ambition, pourtant modeste.

Fuyant son ex-mari qui a faillit noyer son fils, Anna (Noomi Rapace) vie recluse avec son petit Anders, protégée par les services de l’enfance et quelques injonctions. Mais cela ne l’empêche pas d’être terrifiée tout les jours, craignant la moindre fenêtre ouverte, le moindre bruit suspect, ou la moindre personne passant près de l’école de son fils. Pour répondre à sa paranoïa aiguë, elle s’équipera d’un baby phone, et ce malgré les huit ans révolus de son enfant. Mais c’est alors qu’elle se mit à entendre d’étranges sons provenant de l’appareil. Des sons qui ne viennent pourtant pas de la chambre de son petit, et aux propos alarmant : disputes, violence et peut-être pire encore. Hallucinations, fantômes, voisins ? Une chose est sûre : ses craintes n’étaient pas infondées.

Après un démarrage franchement mou et une pénible installation d’un cadre pourtant simple, on entre très difficilement dans ce qu’on aurait pensé être le sujet : l’écoute surnaturelle voire démoniaque du baby phone. Il n’en sera rien, à peine est-il utilisé deux trois fois, et sans réel impact : du petit joueur. On attendra en vain cette montée en violence, partant même sur la folie de la mère, maladroitement traitée. On entrevoit bon nombre de pistes, certaines très bonnes comme un possible lien avec le passé, mais au final tout n’est que confusion et incohérences. C’est bien simple, en y regardant de près tout les événements se contredisent lamentablement, laissant échapper le rire du spectateur incrédule et abasourdi par tant d’incompétence. Quelques bonnes idées, une grande actrices, mais une histoire bordélique voir carrément exécrable quand à sa finition.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

2001 : l’odyssée de l’espace

2001 : l'odyssée de l'espace
1968
Stanley Kubrick

Considéré comme l’un des plus grands réalisateurs de sa génération, Stanley Kubrick nous a légué bon nombre de films rangés parmi les éternels classiques du septième art. L’un de ses plus célèbres est sans aucun doute celui-ci : visionnaire et ambitieux. Arrivant en pleine période de conquêtes spatiales, mais ratant de peu les « premiers pas de l’homme sur la Lune », le film aura sans doute plus que n’importe quel autre révolutionné le genre de la science-fiction, auréolé de l’Oscar des meilleurs effets spéciaux. Mais est-ce suffisant pour prétendre aujourd’hui encore au chef d’œuvre ?

L’aube de notre civilisation ne nous appartient pas. L’événement déclencheur qui fit des singes des hommes ne fut pas l’évolution, mais bien une interférence étrangère. Sorti de terre, un prisme noir a agit sur la conscience d’une bande de primates, leur ouvrant les yeux sur le monde extérieur. Et quatre millions d’années plus tard, en 2001, une équipe de chercheurs trouvèrent sur la Lune un objet semblable. Son contact leur apporta une certitude : nous ne somme pas seuls, et la source proviendrai de Jupiter (???). Une expédition spatiale est alors montée pour en savoir plus sur nos origines et ces mystérieux extraterrestres.

Non sans rappeler la fameuse Planète des singes sortie la même année, l’introduction du film laisse pantois. D’une lenteur infernale (le film démarre tout de même par une musique sur fond noir de trois minutes), on ne peut qu’être incrédule devant cette scène d’éveil aussi surréaliste qu’intrigante. Mais où dont le film veut aller ? Une réponse qui mettra près d’une heure à en trouver l’écho, et une heure et demi pour enfin l’aborder, sans finalement y répondre. La suite du film prenant place en 2001, projection pour le moins ambitieuse de ce qu’aurai pu être la vie dans 33 ans à l’époque, alors que douze ans plus tard encore, on voit mal une telle évolution spatiale arriver avant la fin du siècle. On parle tout de même de stations orbitales et de plusieurs colonies sur la Lune. Mais bon, après tout ça reste un simple détail, d’autant qu’il faut bien dire que le principal problème du film vient de son contenu, ou plutôt son absence de contenu. Voulant nous montrer l’immense prouesse technologique qu’est son film, Kubrick en a oublié le fond, mettant près d’une heure à apporter un nouvel élément scénaristique, assez chiche qui plus est. Il faudra attendre – et le mot est faible – la seconde partie du film pour réellement appréhender la nature exacte du film, avec cet huis clos spatial s’intéressant principalement à l’interaction homme / machine, l’évolution de l’intelligence artificielle, et tout l’aspect psychologique qui en découle. D’un rythme atroce, cette partie rattrape tout de même bien le film, certes très intéressant de par l’impossibilité d’appréhender son histoire, continuellement détournée, alliant frustration au suspense. En revanche, la fin est carrément mauvaise : sorte de délire en mode caches de couleurs et dégradés / défilement de fractales improbables. Une véritable éternité devant cette séquence de plus de quinze minutes, s’enchaînant sur une folie Kafka-ienne de la vie, arrêtant le film dans l’incompréhension la plus totale, recyclant moult fois le même plan d’œil à l’iris violet sur fond jaune. Le rail de cocaïne en trop… Et que dire de cette musique, désormais partie intégrante de notre culture, mais qui use nos oreilles violemment par sa surexploitation. On restera aux seules intentions, se concentrant quasi exclusivement sur la forme et les effets spéciaux, il est vrai très bien fait, surtout pour l’époque : le film n’a pas prit une ride, la perfection visuelle. Les années et l’évolution des exigences scénaristiques poussent visiblement les productions à plus de profondeur, et les démonstrations techniques semblent avoir une indulgence décroissante. Quel sera le constat pour Avatar dans quelques décennies ? Sûrement pas bien meilleur. Un classique intemporel certes, mais très loin d’être un chef d’œuvre.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

La Mer à boire

La Mer à boire
2012
Jacques Maillot

Le 23 décembre 2008, Joël Gamelin, patron des chantiers navals de La Rochelle, s’est donné la mort à 55 ans après avoir laissé un mot : « pardonnez-moi de ne pas avoir pu sauver l’entreprise ». En effet, lâché par les banques à cause du ralentissement de ses ventes dues à la crise, la société avait été placée quinze jours plus tôt en redressement judiciaire, avec même des perquisitions la vieille de son suicide. Un terrible drame, qui aura donc inspiré ce film, nous replaçant à son tour dans un chantier naval en grande difficulté.

L’histoire du film, transposée en bordure méditerranéenne, s’axe autour des chantiers navals de Pierret (Daniel Auteuil), prestigieuse marque de bateau de plaisance. Mais son âge d’or est derrière elle avec la crise, et les difficultés financières s’accumulent rapidement avec les retards de paiement, alertant les banques quand à l’intérêt véritable de l’affaire. Les carnets de commandes se faisant rares et l’atelier coûtant très cher, la restructuration est la seule chose qui pourrai les sauver de la faillite, entraînant malgré tout le licenciement de la moitié des effectifs. Alors bien sûr, les syndicats et les employés crient au scandale et se mettent en grève, bloquant toute activité. Après s’être battu pendant 30 ans pour eux, les voilà lui crachant dessus et précipitant l’entreprise dans la ruine.

Le film n’est pas le premier à traiter le sujet, et son constat ne changera pas : les banques sont frileuses avec les marchés à risque, et les syndicats et autre conseil d’entreprise gangrènent notre société en détruisant la compétitivité et en retournant les ouvriers contre la direction. Mais il faut dire que si tout ces chiens d’imbéciles comprenaient l’impasse de la situation et choisissaient de se serrer les coudes, le film aurait été bien court, mais aussi sans doute bien meilleur. Pourquoi toujours montrer des employés haineux ? L’amour du travail ne serait plus qu’une notion passée ? Au lieu de ça on suit une lente agonie douloureuse, qui cédera finalement la place à une folie bien méritée, quoiqu’un peu tardive et abusive. C’est déjà trop tard, le spectateur s’est désintéressé du drame humain. On assiste à un énième film dépressif sur la misère salariale, et celui-ci lasse vite.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Demolition Man

Demolition Man
1994
Marco Brambilla

Grand classique du cinéma d’action comme de la science-fiction, le film va à l’opposé des visions habituelles du futur. Oublié les univers post-apocalyptiques ou les déballages technologiques prodigieux : on aura ici droit à une vision utopique qui marquera à jamais les mémoires. Une version « tapette » du futur, qui sera bouleversée par quelques arrivées incongrues.

Tête brûlée des services de police, le sergent John Spartan (Sylvester Stallone) se lancera seul à la poursuite de Simon Phoenix (Wesley Snipes), dangereux criminel qu’il traque depuis des années, et qui vient de prendre un bus de 30 personnes en otage. Mais après son face-à-face et avoir réussi à arrêter Simon, le monde de John va s’effondrer, à l’image du bâtiment où se déroulait l’action : les cadavres des otages ont été retrouvés dans l’immeuble qu’il vient de détruire par inadvertance. Et pourtant, son scan n’avait détecté la présence que de huit personnes vivantes. Condamné pour cet acte, il subira une sentence expérimentale : la cryogénisation de rééducation, pour une durée de 70 ans. Mais en 2032 un incident viendra interrompre son cycle : en étude de réintégration, Simon Phoenix réussira à s’échapper, tuant deux gardes et le directeur de la prison. Puis très vite, la situation s’emballe, les cadavres s’empilent et les incidents se multiplient. N’ayant pas eu affaire au code 187 (Meurtre Mort Détruire) depuis 16 ans, les forces de police de l’époque, sous les conseils du lieutenant Lenina Huxley (Sandra Bullock), décident de faire appel au seul qui avait réussi à l’arrêter en son temps, John Spartan.

Tout est mythique dans ce film : les amandes au code de moralité du langage, les trois coquillages, la machine à « faire l’amour », les pubs à la radio, la prédiction électorale, la suprématie de Pizza Hut, le rat-burger, ou encore toute ces perles de dialogues comme « un dingue pour en arrêter un autre » et les décalages entre les parlés de John et Simon et celui de ce futur. On passe des grosses explosions et des gros durs des années 90, à des puceaux en robes longues qui ne peuvent pas dire de gros mots ni avoir des rapports intimes, et sont interdits des aliments trop riches comme la viande, le sel, le beurre, mais aussi des drogues douces (tabac / alcool). – Et pourtant on notera que l’assistant de Cocteau est plus qu’obèse. Quel est son secret ? – Une société où tout est contrôlé, prévisible et calme. Alors quand deux rustres de l’ancienne époque se déclarent la guerre en pareil endroit, on assiste à des scènes improbables et délirantes, comme celle opposant Simon aux forces de l’ordre devant la cabine téléphonique. Bourré d’humour et reposant sur un univers parfaitement établi et cohérent, le film est aussi une grosse bouffée d’action survitaminée, quoiqu’un peu fouillis par moment. On repensera notamment à certaines explosions en début et fin, mal incrustées, et surtout l’improbable esquive de la glaciation. Un divertissement aussi bourru qu’intelligemment écrit.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Entretien avec un vampire

Entretien avec un vampire
1994
Neil Jordan

La créature mythique du vampire a connu bien des passages au cinéma depuis les premiers films retraçant les légendes de Transylvanie sur le conte Vlad Dracule, surnommé Dracula. Souvent assimilé à la religion chrétienne, ce démon craindrait bien des maux : l’ail (va savoir pourquoi), les crucifix et le ciel (symbole et lumière de Dieu), ainsi que les flammes et le pieu dans le cœur. Dans le film, on suppose qu’il n’y a ni enfer ni paradis, et qu’il ne s’agit que de morts-vivants préférant la damnation et l’obscurité éternelle à la simple condition humaine, le soleil étant donc leur seul point faible.

Ancien maître de colonie américaine possédant quelques terres dans le nouveau monde, Louis (Brad Pitt) raconte aujourd’hui sa vie de vampire à un journaliste qui trouvera là un entretien qui risque bien de changer sa vision de la vie. Pour Louis, tout commença en 1791, à l’âge de 24 ans, alors qu’il venait de perdre sa femme et son enfant en couche. Désespéré et anéanti, et voulant en finir avec la vie, il écumera les coins les plus dangereux et sombres de la ville, attirant l’attention d’une personne dont il ne pouvait soupçonner l’existence : Lestat (Tom Cruise), un vampire. Fasciné par ce jeune homme fougueux et désemparé, il lui donnera le choix qu’il n’a jamais eu : devenir ce monstre assoiffé de sang et vulnérable au soleil, mais promis à la jeunesse et à la beauté éternelle. Mais cette nouvelle vie frivole et excitante lui en coûtait sa morale, souffrant de devoir prendre la vie d’humains pour prolonger la sienne. C’est alors que Lestat lui offrit un nouveau cadeau : une petite fille vampire, Claudia (Kirsten Dunst). Mais jamais il n’arrêta de chercher une raison à son existence, cherchant les siens, cherchant un but.

Le film étant du domaine du fantastique, mieux vaut ne pas chercher à étudier de trop près la vraisemblance des vampires. On ne peut que rester dubitatif sur le rapport à la lumière, et surtout leur moyen de survie. Car admettons que le sang chaud soit suffisamment riche pour constituer l’unique apport nutritif, on voit mal en quoi il serait l’unique repas possible, et surtout comment il peut être disséminé dans le corps après ingurgitation puisqu’ils sont dépourvus de cœur fonctionnel, empêchant la circulation du sang. Mais soit… On assistera donc à une recherche intérieur et une quête de vérité sur la morale et la condition de vampire, son rapport à Dieu. On y notera quelques déceptions, le film n’y apportant aucune réponse. Reste alors cette réalisation quelque peu kitsch et des effets spéciaux vieillots, desservant néanmoins une ambiance assez prenante. Les acteurs sont pour le moins excellents, et on leur tolère cette tension homosexuelle entre Tom Cruise et Brad Pitt ou Antonio Banderas. Beaucoup plus intéressante mais pas assumée, la relation pédophile avec la déjà brillante Kirsten Dunst en choquera plus d’un, mais son personnage est assurément un point fort du film. Très bien construit, prenant et possédant une ambiance unique, le film pèse ses atouts, et s’impose comme un très bon cru du genre, mais manque un peu de fond pour prétendre à mieux.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Dumb and Dumber

Dumb and Dumber
1995
Peter Farrelly

Les comédies américaines sont souvent débiles, surtout celles emmenées par Jim Carrey. Alors quand le réalisateur de Mary à tout prix, Fous d’Irene et L’Amour extra large se lance dans une comédie mettant en scène « les deux gars les plus débiles de l’histoire », il y a de quoi craindre le pire. Une chose est sûre, mieux vaut déconnecter son cerveau avant…

Le film, c’est donc l’histoire de deux potes : Llyod (Jim Carrey) et Harry (Jeff Daniels), aussi débiles l’un que l’autres. Incapables de garder un travail, ils essayent tant bien que mal d’économiser pour ouvrir un magasin de vers. Mais un jour, alors qu’il accompagnait une femme à l’aéroport, Llyod remarqua une mallette qu’elle aurait malencontreusement oublié. En réalité, il s’agissait d’une rançon pour l’enlèvement de son mari. Sous son charme et étant de toute façon au point mort avec son ami, ils décident de rapporter ladite mallette à la gente dame, partie pour Aspent, situé à l’autre bout du pays. Qu’à cela ne tienne, ils iront jusqu’à elle. Mais la route ne sera pas de tout repos entre leur connerie et les commanditaires de l’enlèvement, bien décidés à reprendre leur argent.

La première séquence du film donne le ton : c’est tellement con que s’en est drôle. On fait la connaissance du personnage de Llyod, complètement frappadingue et excentrique mais dont le regard de chien battu innocent le rend immédiatement sympathique. On finira rapidement par se faire à son look ignoble et à sa coupe de cheveux moyenâgeuse. En revanche, pour ce qui est de son compagnon d’infortune cérébrale, le bilan est tout de suite moins réjouissant : il n’est qu’une pâle copie de son copain, n’arrivant pas au degré de folie nécessaire pour faire exister son personnage. De plus, un côté sale et répugnant se dégage de lui, l’alourdissant de façon indigeste. Heureusement, le duo marche plutôt pas mal, et les comiques de situations sont suffisamment grotesques et stupides pour qu’on en rit. Il faudra cependant être capable d’un degré de tolérance assez élevé. Mais bon, c’est joyeux, déliré, bon enfant et un brin scatophile, et on passe honteusement un bon moment.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Le Dernier roi d’Ecosse

Le Dernier roi d'Ecosse
2007
Kevin Macdonald

Au travers du livre éponyme de Giles Foden dont il en est l’adaptation, le film retracera les débuts de Idi Amin Dada en tant que dictateur de l’Ouganda. Personnage ayant réellement existé, cet ex général de l’armée prit le pouvoir par coup d’état, et régna de 1971 à 1979. Pour nous plonger au cœur de cette période, le livre, et par extension le film, y a fait naître un élément extérieur :

Fraîchement diplômé de médecine, Nicholas Garrigan (James McAvoy) se destinait à rejoindre le cabinet de son père pour y devenir généraliste. Mais prit de panique par l’horreur de la redondance et de la mansuétude de sa future vie, il décida de prendre ses jambes à son cou et parti faire de l’humanitaire en Ouganda. Avec Sarah (Gillian Anderson), bénévole sur place, il trouve là une belle mission utile dans un cadre de vie à l’opposé de son Ecosse natale. Une situation déjà idyllique, mais la vie voyait encore plus grand pour lui, le faisant rencontrer le tout nouveau président ougandais, Amin Dada (Forest Whitaker). Ayant fait forte impression, il deviendra son médecin personnel puis peu à peu son plus proche conseiller, aidant ainsi une nation entière. Mais derrière le grand homme et le président charismatique qui fait soulever les foules, la vérité est tout autre…

Le rêve, l’aventure, l’ambition de vivre pleinement. Médecin, voyageur, bras droit du président, en voilà une vie bien remplie ! On suit petit à petit son parcours, allant de bonne surprises en nouvelles formidables. Et c’est avec la même ferveur qu’on suivra ce nouveau président susciter espoir et engouement, représentant à lui seul le rêve de tout un peuple. Mais en même temps, le pouvoir ayant été prit par la force, la naïveté nous poussant à le croire noble se fait rapidement rattrapé par la réalité : véritable dictateur, il n’aura fait que creuser la dette de son pays et causé la mort de près de trois-cent mille personnes. Une histoire pour le moins poignante dont l’impact est mystifié par les présences imposantes et magistrales de James McAvoy et Forest Whitaker, donnant tout de suite plus d’impact aux personnages. Les décors sont magnifiques, et la réalisation retranscrit une ambiance très tranchée et personnifiée. Le film fait preuve d’un travail remarquable, et le résultat est tout simplement excellent.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire