I.T.

I.T.
2016
John Moore

Sorti il y a quelques semaines chez nous en VOD, ce film emmené par l’un des James Bond les plus emblématiques avait des arguments de poids avec son histoire d’actualité sur la perte de vie privée à cause des réseaux sociaux et les dangers de la sur-connectivité de tout et n’importe quoi. Pourtant, il fut presque immédiatement passé sous silence et sa réputation est très mitigée.

Attention à qui vous laissez entrer chez vous. Quand Mike Ryan (Pierce Brosnan) avait demandé à son meilleur employé du service informatique de l’aider avec l’installation internet de sa maison, il était loin de se douter de l’impact que ça aurait. Ce jour là, Ed Porter avait flashé sur la fille de son patron, pourtant d’onze ans sa cadette avec ses tout juste 17 ans au compteur. §Bien ignorante de la nature du psychopathe en face d’elle, cette dernière va le laisser entrer dans sa vie, mais quand devant cette relation prohibée Mike va mettre le holà et renvoyer Ed, le dangereux prédateur va utiliser tout son savoir informatique pour leur pourrir la vie.

Il y a des signes qui ne trompent pas. S’inviter à l’improviste chez son patron pour draguer sa fille mineur en fait partie. Le début du film marche très bien, nous montrant toute la folie d’un homme de l’ombre, puis au fur et à mesure on découvre amusé et inquiet tout son stratagème. Si les acteurs sont mauvais et que par moments le film a des allures de série B, l’histoire nous accroche et sa mise en place est efficace à défaut de nous surprendre. On voit tout venir à des kilomètres et le film abuse de stéréotypes cinématographiques complètement désuets avec des faux-suspens où la musique s’emballe, mais pour peu que nos exigences soient basses ça passe.

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War Dogs

War Dogs
2016
Todd Phillips

Dans la vie pour s’en sortir ils faut ou avoir beaucoup de chance ou avoir la bonne idée, mais les deux ensemble c’est encore mieux. Inspiré d’une histoire vraie, le film nous raconte comment deux anciens potes d’école, David (Miles Teller) et Efraim (Jonah Hill), vont monter une affaire des plus juteuses. Trempant déjà dans le milieu grâce à un oncle qui revendait des armes saisies par la police à l’armée américaine, Efraim va monter sa propre boîte de trafic d’armes, et avec l’aide de David son business va exploser. Si la guerre en Irak n’a pas été une bonne nouvelle pour tout le monde, certains se sont gavés dessus dans les grandes largeurs.

Nouvelle comédie au programme pour Todd Phillips, le réalisateur des Very Bad Trip, retrouvant au passage son acteur vedette Bradley Cooper, incarnant une légende du milieu des trafiquants d’armes qui aurait fourni la corde pour pendre Saddam Hussein. Rien que ça ! Conservant son style déjanté et ses personnages têtes brûlées qui ont fait sa renommée, il nous livre encore un divertissement de grande qualité, agrémenté cette fois d’un peu plus de fond. Etant tiré d’une histoire vraie et parlant de l’absence totale de morale dans le fonctionnement d’une guerre et par extension dans l’armée américaine, le film est ainsi très édifiant sur les rouages du système et comment certaines personnes en abuse copieusement. Dynamique, plein de rebondissements et emmené par un duo qui marche terriblement bien, il rempli pleinement ses objectifs et on passe un très bon moment.

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Les 8 Salopards

Les 8 Salopards
2016
Quentin Tarantino

Au sommet de sa gloire après l’exceptionnel Django Unchained, le grand Quentin Tarantino voulait continuer sur sa lancée avec un second western, plus intimiste cette fois. En effet, il a même était question d’une pièce de théâtre durant les phases d’écriture, et après moult rebondissements et menaces d’annulations à cause de fuites, le film est finalement sorti en janvier dernier en France. Du fait d’une durée avoisinant les trois heures, de certaines critiques mitigées et d’un semi flop au box office (presque trois fois moins d’entrées que son précédent film), j’ai maintes fois repoussé mon visionnage. Loin d’être son meilleur film, on reste néanmoins à un très haut niveau.

C’est décidément quand la situation est la plus délicate que les emmerdes nous tombent dessus. Surnommé le « Bourreau » puisque ramenant toujours ses cibles en vie pour que la justice les pendent, le chasseur de prime John Ruth (Kurt Russell) ramenait une cible à 10.000$  ce jour là, Daisy Domergue (Jennifer Jason Leigh), quand il tomba sur un autre redoutable concurrent accompagné de trois cadavres, Marcus Warren (Samuel L. Jackson). Tous deux en route pour Castle Rock pour se faire payer leurs dus, ils vont ramasser quelqu’un prétendant être le shérif de la ville, Chris Mannix (Walton Goggins). Cherchant à esquiver la tempête qui leur fonce droit dessus, les trois hommes, leur chauffeur et la prisonnière vont alors faire une halte à l’auberge de Minnie, y croisant la route d’un mercenaire, d’un mexicain, du bourreau de Castle Rock (Tim Roth) et d’un général de l’armée des confédérés (Bruce Dern). Bloqués par le froid glacial et la violence de la tempête, les huit hommes et la prisonnière vont devoir cohabiter alors que la méfiance va très vite s’installer.

Le principe du film est donc de nous enfermer dans un enfer glacial en compagnie de huit salopards et d’une salope, avec aussi le petit passage guest de Channing Tatum. Chacun dit qui il est censé être et on nous laissera dans une brume jusqu’à la dernière heure du film où certaines révélations commenceront à tomber en même temps que les têtes. Avec une durée aussi copieuse, on prend largement le temps de nous présenter les personnages, même s’il est dommage qu’en dehors de John et Marcus la plupart des autres soient peu exploités ou approfondis, notamment le chauffeur de la calèche relégué comme simple figurant. Grâce à des dialogues cinglants et à une tension omniprésente, on rentre immédiatement dans le bain, happé par le charisme des grandes gueules qu’on nous présente et la patte du réalisateur, sentant que n’importe qui peut se faire butter en moins de deux. Un non attachement à ses propres personnages déstabilisant, allant de pair avec son amour pour le gore qui nous cause à chaque fois un véritable électrochoc, renforcé par les musiques psychédéliques d’Ennio Morricone de très grande qualité, lui octroyant son premier Oscar à l’âge de 87 ans, bien qu’il fut gratifié d’un Oscar d’honneur pour l’ensemble de carrière huit ans plus tôt. Si le film aurait mérité d’être un peu condensé et que son histoire reste au final assez classique malgré de gros efforts de mise en scène et de narration, les performances des acteurs et l’impact des dialogues rendent l’expérience captivante et on est pas prêt d’oublier le récit de la rencontre entre Marcus Warren et le fils du général des confédérés.

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Rogue One : A Star Wars Story

Rogue One : A Star Wars Story
2016
Gareth Edwards

Quand on investi quatre milliards dans une licence, ça n’est pas pour la laisser dormir. En plus d’avoir lancé une toute nouvelle trilogie, c’est aussi trois spin-off que Disney a programmé pour le futur proche de la franchise Star Wars, et voici justement le premier d’entre eux de ce calendrier effréné qui nous apportera un film par an jusqu’en 2020, et nulle doute que leurs intentions vont bien au delà. Premier épisode non central de l’univers, ce film a été confié à Gareth Edwards, homme des plus arrogants qui s’était auto-proclamé génial après un premier petit film médiocre, ce qui ne l’a pas empêcher d’enchaîner sur Godzilla, un projet de grande envergure aussi démesuré que décevant. Le voir atterrir ici pour son troisième long-métrage n’était donc pas très rassurant, d’autant que des reshoots tardifs et inhabituellement longs en ont inquiété plus d’un.

Se déroulant juste avant les événements de l’épisode IV, le film se centre sur le personnage de Jyn Erso (Felicity Jones), fille de Galen Erso (Mads Mikkelsen), concepteur de l’Etoile de la Mort, un vaisseau capable de détruire des planètes d’un seul rayon. Recrutée par les rebelles de l’Alliance, Jyn sera chargée d’entrer en contact avec une vieille connaissance, Saw Gerrera (Forest Whitaker), rebelle free-lance qui aurait apparemment reçu des informations capitales sur la fameuse nouvelle arme destructrice de l’Empire.

Si les premiers visuels étaient de nature à rassurer sur le grandiose préservé de la saga, le principe même de l’histoire laissait perplexe. Comment rendre un film intéressant quand on sait déjà comment il va se finir ? L’enjeu majeur du film est l’Etoile de la Mort, et on sait que quelques mois plus tard dans l’épisode IV elle sera toujours intact mais que des rebelles ont réussi à mettre la main sur ses plans, donc au niveau suspense on repassera. Les néophytes auront eu la chance de découvrir l’histoire sans en connaître l’issue, mais pour les autres l’espoir résidait dans l’écriture des personnages et l’interaction avec l’univers. Chou blanc là aussi malheureusement, en dehors de l’héroïne le background d’aucun des personnages ne sera développé, certains intervenants secondaires sont même carrément encombrants à l’image de Donnie Yen et son compère, visiblement là pour booster les entrées en Chine. De même, la direction d’acteur n’est pas au top et les planètes visitées n’ont rien de folichon : du désert, du canyon et de la plage. Niveau créativité l’inspiration est en berne. Le film est-il mauvais pour autant ? Non, loin s’en faut. Le style pesant et réaliste renouvelle un peu la formule, le ton est plus viscéral, la menace palpable et visuellement, quoiqu’en deçà de Star Wars VII, on en prend plein les mirettes. Le test sur Jabba ou tout le passage sur la planète de sable fin et mer azure envoient du lourd et la mise en scène est parfaite. Du très grand spectacle, épique et immersif à défaut d’être bien écrit.

Disponible en version alternative et vidéo :
https://www.youtube.com/watch?v=K68DBaRfn9c

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Florence Foster Jenkins

Florence Foster Jenkins
2016
Stephen Frears

Une cantatrice dont les performances vocales sont risibles, cela vous dit quelque chose ? C’est normal, l’an dernier sortait en France Marguerite, histoire originale inspirée de l’histoire vraie qui nous sera dépeinte ici. Une histoire qui visiblement fascine : après que la version française ait connu un vif succès aux Césars avec une pluie de nominations et une récompense pour son héroïne, cette version plus proche du matériau d’origine a décroché son lot de nominations pour la future cérémonie des Golden Globes.

Connue pour être une grande mécène dans le milieu artistique new-yorkais durant la première moitié du XX° siècle, Florence Foster Jenkins (Meryl Streep) aura surtout marqué les esprits pour sa passion pour le chant. Pétri d’amour pour elle, son mari St. Clair (Hugh Grant) n’a jamais pu se résoudre à lui avouer l’atrocité de ses prestations, allant même jusqu’à engager un pianiste (Simon Helberg) pour ses cours. Mais à force d’être complimentée par un professeur encore plus lâche que son mari, Florence va se mettre en tête de se produire sur scène. Une exposition qui risquerait bien de la plonger au cœur d’une avalanche de moquerie.

Tout comme pour la version française, le film souffre des mêmes problèmes. Tout l’entourage de la pauvre chanteuse d’opéra se complet dans un mensonge collectif et ne se rend pas compte du danger qui les guettent et du mal qu’ils pourraient causer si cela devient un scandale public. Néanmoins, l’amour du mari semble ici plus honnête et, compte tenu des différences de conclusions narratives, on gagne en réalisme. Deux maigres consolations qui ne changent hélas le bilan, l’histoire peine à convaincre et les acteurs (incluant Rebecca Ferguson), pourtant nominés aux Golden Globes, sont eux aussi peu inspirés. On comprend très vite le principe du film, expliqué avec une lourdeur certaine, et les sous-intrigues ne relancent que trop peu l’intérêt. On s’ennui entre les trop rares fulgurances, presque toutes sur le couple platonique et le drame de leur vie. Son succès critique m’échappe complètement et il me serait difficile de le conseiller.

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Ils sont partout

Ils sont partout
2016
Yvan Attal

Antisémites ! Moins de deux-cents mille entrées pour un film dénonçant la haine des juifs avec un casting pareil, c’est non seulement une aberration analytique mais c’est surtout une claque sociétale pour ce qui est considéré comme le crime le plus atroce imaginable. Des gens qui se moquent des six millions de juifs exécutés, c’est tout bonnement inacceptable ! À moins que ça ne soit le film qui soit mauvais ? Ah oui.

Film à sketchs avec pour fil conducteur les confessions d’Yvan Attal à son psychiatre sur son obnubilation pour les juifs, le film est des plus inégal. Il démarre de façon assez efficace avec une parodie du Front National, emmené par Benoît Poelvoorde et Valérie Bonneton, puis s’effondre au sketch suivant. Pour le programme du second sketch, engueulades familiales avec Dany Boon et Charlotte Gainsbourg sur fond de problèmes d’argent, inintéressant et atrocement joué. Le troisième, petite interstice, est une banale conversation entre Grégory Gadebois et Denis Podalydès sur l’interprétation du Talmud. On enchaînera alors avec le plus ambitieux sketch du lot, porté par Gilles Lellouche, racontant comment un agent du Mossad va remonter le temps pour adoucir l’image des juifs en tuant Jésus avant qu’il ne soit déclaré prophète de Dieu. Un sursis que les deux deniers sketchs nous feront oublier aisément entre le raz le bol de la Shoah de François Damiens, rétablissant la supposée hiérarchie de la douleur, et le référendum affligeant qui clôturera le film.

Le principe du film à sketch est difficile, notamment pour ce qui est de maintenir un niveau constant. Les Infidèles avait très bien remporté son pari malgré quelques irrégularités, l’écrasante majorité de ses sketchs étant très drôles. Ici, sur un total de six sketchs, deux sont assez bons et auraient carrément mérité un film entier dessus, mais les quatre autres sont tout simplement médiocres tant en terme d’écriture que de jeu d’acteurs. Et encore, le quatrième sur la mission dans le temps est très loin d’exploiter correctement son sujet, étouffant dans l’œuf cette fulgurance qui sonne presque hasardeuse. L’écrasante majorité du film est donc ratée, le message paraît creux et l’humour tombe souvent à plat. Les séquences chez le psy ne changent pas non plus la donne, n’osant jamais aller trop loin. C’est dommage car le potentiel était lattant, mais le réalisateur n’a semble t-il pas eu le recul nécessaire.

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Instinct de survie – The Shallows

Instinct de survie – The Shallows
2016
Jaume Collet-Serra

Depuis Les Dents de la mer en 1975, le monde entier est terrifié par les requins, et ces mêmes spectateurs influençables auraient tous envie de faire un gros câlin aux Orques depuis Sauvez Willy en 1994. Et pourtant, les attaques des squales blancs ne représentent qu’une poignée de morts par an parmi les humains, tandis que la captivité dans les parcs aquatiques reposant sur des numéros impliquant le cétacé font que l’orque s’en prend bien plus souvent à l’homme. Dans les deux cas, en milieu naturel la menace est pour ainsi dire inexistante, mais certains clichés ont la vie dure.

Quand on est con… En vacances en Australie, une étudiante en médecine (Blake Lively) va partir seule à un spot de surf secret. Un lieu méconnu, perdu en pleine nature et où personne ne passe : l’endroit rêvé pour pratiquer un sport extrême en solitaire. Les requins sont capables de sentir une goutte de sang à des kilomètres, et ce qui devait arriva (ça aurait été amusant qu’il soit attiré par ses menstruations). Blessée par l’un d’eux, elle va se retrouver agonisant sur un rocher, devant lutter pour sa survie.

Voilà donc le principe du film : une cruche qui cherchait la merde va se retrouver piégée par un requin tournoyant autour de son rocher. Ayant déjà suivi une bonne partie de son cursus de médecine, l’aspect survie est un peu plus poussé qu’à l’accoutumée, les réactions sont plutôt intelligentes et intéressantes, on la marée qui rajoute de l’angoisse, la mouette en attache amusante et symbolique (est-ce la réincarnation de la mère ?) et le film pose divers objectifs à tour de rôle. Avec une durée assez courte (80 minutes) le film ne nous fait pas poireauter trop longtemps et fait constamment évoluer son concept, nous réservant même quelques jolies surprises avec la bouée, donc de façon factuelle le film est efficace, avec en prime une grande lisibilité et certains plans magnifiques nous montrant l’étonnante profondeur des eaux. Reste qu’en terme d’originalité ou d’histoire on frôle le degré zéro, deux points cruciaux qui nous empêchent de voir le film autrement que comme un pur produit commercial oublié dès son générique de fin.

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Peter et Elliott le dragon

Peter et Elliott le dragon
2016
David Lowery

Usant plus que jamais de sa politique de « faire du neuf avec de l’ancien », Disney n’a de cesse que d’étendre ses franchises et multiplier les remakes de ses grands classiques, d’autant que la formule marche du tonnerre. D’une qualité pourtant discutable, la version « live » du Livre de la jungle occupe pour l’instant la quatrième place des plus gros succès de l’année avec près d’un milliard de recettes, derrière trois autres productions de la firme aux grandes oreilles. Les attentes étaient certes plus faibles dans le cas présent tant les 38 années passées ont fait du mal au film original, jouissant d’une réputation mitigée, mais avec seulement 142 M$ dans le monde cette remise au goût du jour s’est heurtée à une indifférence d’une ampleur inédite pour le studio. La fin d’un système d’arnaque ? Avec la version live de La Belle et la Bête dont la bande-annonce bat des records en terme de visionnage, rien n’est moins sûr…

Un route pleine de virages, une forêt dense bordant les deux côtés, une biche qui passe et c’est la voiture qui trépasse. À tout juste quatre ans, Peter avait perdu ses deux parents dans un accident et en cherchant refuge sur le bord de la chaussée il se fit même attaquer par des loups. Une courte aventure qui aurait pu se terminer là pour lui, mais un dragon qu’il baptisera Elliott lui sauva la vie. Six années durant, le petit enfant et l’animal vont vivre dans leur forêt loin du tracas de la civilisation, mais attiré par les beaux yeux d’une petite fille Peter fera l’erreur de trop s’approcher des hommes, l’être le plus dangereux qui soit.

Alors oui, c’est « bien fait » si on excepte le design atroce du dragon et sa modélisation tout sauf réaliste, mais on a déjà vu le film des centaines de fois. Un enfant qui se lie d’amitié avec une bête qui sera jugée à tord dangereuse, comprenant les mêmes rebondissements entre les détracteurs et les sauveurs, c’est exactement le scénario de Dragons, Belle et Sébastien, Le Dragon des mers – la dernière légende ou encore Croc-Blanc, et la moitié de ceux cités portent déjà sur la créature mythique cracheuse de feu. Même si la réalisation est très bonne, les jeux de lumière très esthétiques et le casting prestigieux (comprenant Robert Redford, Bryce Dallas Howard, Wes Bentley et Karl Urban), le vide scénaristique et l’absence d’originalité viendront rapidement à bout de notre patience. On pourrait à la rigueur conseiller le film aux enfants dont la faible culture cinématographique ne permet pas de déceler une telle redondance, mais même là l’enthousiasme ne sera que feint.

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Colonia

Colonia
2016
Florian Gallenberger

Libérateur pour les uns, dictateurs pour les autres, le général Augusto Pinochet a indéniablement marqué l’histoire du Chili en reprenant le pouvoir aux communistes en 1973. Globalement apprécié par son peuple, ses opposants étaient très nombreux et le monde entier dénonçait son régime militariste qui bafouait les règles les plus élémentaires des droits de l’homme. Au lendemain de son coup d’état, des manifestations ont éclaté un peu partout dans le pays, et plus de quarante ans après les faits le film revient cette période trouble et les abus inqualifiables qui s’y déroulèrent.

Centré autour du photographe Daniel (Daniel Brühl) et sa compagne hôtesse de l’air Lena (Emma Watson), le film raconte le calvaire que le couple va traverser à l’arrivée de Pinochet au pouvoir. Arrêté pour avoir fabriqué des prospectus contre le gouvernement nouvellement mit en place, Daniel sera torturé et enrôlé de force dans la Colonia Dignidad, un camp soit disant au service de Dieu mais où l’ancien nazi Paul Schäfer (Michael Nyqvist) commet en réalité les pires atrocités. Prête à tout pour l’homme qu’elle aime, Lena va s’enrôler volontairement dans la Colonia, espérant pouvoir l’aider de l’intérieur.

Après un démarrage un peu brouillon où on ne comprend pas très bien ce qu’il se passe ni pourquoi Lena va partir dans une espèce de secte religieuse, le film se révèle par la suite très intéressant, immersif et angoissant. On découvre petit à petit le fonctionnement de la colonie et cela fait froid dans le dos, amplifiant au fil du film notre inquiétude quant au sort de nos héros. Aussi terrible et méprisable que soit le directeur Schäfer, son charisme et l’efficacité de ses méthodes donnent une réelle profondeur à l’emprise qu’exerce le camp, symbole même du régime de Pinochet. Le talent des acteurs aide beaucoup à se sentir impliqué, notamment Daniel Brühl dont le rôle particulièrement exigeant est exécuté avec une telle justesse qu’on sera nous aussi dans un premier temps berné, mais il ne faut surtout pas oublier sa partenaire qui s’impose décidément comme une grande actrice. Toute la dernière partie est parfaitement millimétrée, non sans rappeler le niveau d’excitation du Dernier roi d’Ecosse, finissant ainsi de nous convaincre de son efficacité. Un film haletant sur une histoire vraie méconnue.

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Cheval de guerre

Cheval de guerre
2012
Steven Spielberg

Visiblement sur le déclin tant la plupart de ses derniers films peinent à s’imposer au box-office, les quatre derniers faisant partie de ses dix ayant fait le moins d’entrées, Spielberg ne semble plus être la légende qu’il était autrefois. Totalement passé inaperçu chez nous (quelques six-cents mille entrées) et affichant une durée copieuse de 2h27, cet énième film de guerre ne donnait pas franchement envie, mais c’est pourtant sa meilleure cuvée de la décennie.

Adapté du roman éponyme de Michael Morpurgo (enfin plus exactement de la pièce de théâtre quien fut tirée), le film commence peu avant la Première Guerre Mondiale, alors que le jeune Albert (Jeremy Irvine) venait de prendre sous son aile Joey, un cheval qu’il va dresser pour aider à la ferme familiale, devenant instantanément son meilleur ami. Oui mais voilà, enchaînant les difficultés techniques et financières, ladite ferme va se voir obligée de vendre Joey à l’armée britannique, le faisant ainsi devenir un cheval de guerre.

L’idée du livre, et par extension du film, qu’est de raconter la Première Guerre Mondiale par le biais d’un cheval est une excellente idée. Son regard est neutre, il n’a que faire de si la personne est anglaise, allemande ou française tant qu’elle est bienveillante, et son amitié avec son congénère est des plus touchantes. Esthétiquement le film est superbe, la musique est très belle, les acteurs irréprochables et le dressage des animaux force le respect. En parlant de casting, celui ci est tout simplement dantesque : Emily Watson, David Thewlis, Niels Arestrup, Tom Hiddleston, Benedict Cumberbatch et Liam Cunningham. L’histoire n’a rien d’extraordinaire en dehors du cheval et le film donne souvent l’impression d’en faire trop en terme de mise en scène, mais en dehors de ça il n’y a vraiment rien à lui reprocher. Une histoire touchante revêtant une très belle parure.

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