Gemini Man

21 janvier 2020 4 Par Antoine

Gemini Man
2019
Ang Lee

Après l’un des plus gros succès de l’année, place à l’un des plus gros échecs. Doté d’un budget assez massif de 138 M$, le film n’en a rapporté que 174 M$, soit en prenant en compte les taxes de 50% à domicile, 66% à l’étranger dont 75% sur la Chine, on arrive à des recettes réelles de 62 M$, soit une perte brute de 76 M$. On est loin du naufrage historique du quart de milliard de déficit de Dark Phoenix, mais ça reste dans le top 3 de l’année des pires catastrophes industrielles derrière le dernier Terminator. Pourtant, le film était réalisé par un grand réalisateur reconnu, avec une double tête d’affiche de prestige, et le scénario date d’il y a plus de vingt ans, de quoi avoir mûri au fil des décennies.

Il y a des métiers où prendre sa retraire est salvateur, sauf quand les choses dérapent. Tireur d’élite pour l’armée américaine, Henry (Will Smith) pensait enfin pouvoir couler des jours paisibles en rangeant son fusil, mais c’était sans compter sur Clay Verris (Clive Owen), préparant en secret une nouvelle génération de soldats et comptant bien éliminer tout risque potentiel.

Par où commencer ? Puisque le film se vendait comme une démonstration technique, attaquons par le visuel et les « prouesses ». Alors oui, spoiler qui n’en est pas un, la nouvelle génération de soldats serait des clones, et on aura le droit à une version jeune de Will Smith. On y ira pas par quatre chemin : si certains plans passent à peu près et arrivent à créer l’illusion, globalement le résultat est catastrophique, oscillant entre des scènes dans la vallée dérangeante et des plans carrément pas fini où on se croirait devant une animation foireuse digne des Sims. C’est dire… Techniquement le film avait un autre argument : l’ultra HD haute framerate. Autrement dit du 4K, presque classique de nos jours, proposé dans une version en 120 images seconde, sachant que le cinéma est habituellement en 24 images seconde. En résulte la quasi disparition des flous de mouvement, qu’on peut pourtant observer dans la vraie vie, rendant l’image incroyablement lisse et numérique, et donc peu réaliste et souvent laide. Les séquences d’action on donc un effet accéléré surnaturel, détruisant toute forme d’immersion. Et comme la 3D oblige à faire des panoramas et pas mal de plans fixes ou en travelling, la réalisation est donc terne, fade, banale.

Reste alors le scénario, assurément le point le plus problématique du film. Le 120 fps n’est pas si dommageable, et alors même que Captain Marvel arrivait très bien à gérer le rajeunissement, la débâcle du double n’est même pas si alarmante ici, on arrive à passer outre, bien que cela nous sorte régulièrement. On passera aussi sur les scènes d’action sans la moindre imagination, ça reste du divertissement lambda pas si mauvais. Non, vraiment le problème est ici l’histoire, tout simplement affligeante. Le méchant n’a aucune conviction, les gentils ne sont que des faire-valoir venant cocher la case de la femme forte mais pas trop et surtout bonasse (Mary Elizabeth Winstead) et du pote asiatique (Benedict Wong). Même en cherchant, il n’y a rien sur lui mise à part le fait qu’il sache piloter. Le coup du clone est d’un commun ennuyeux, le prétexte de son existante dénote d’une absence totale d’imagination, et surtout on a l’impression d’être dans un des ces sempiternels film d’espionnage au scénario stéréotypé. Le degré zéro de l’écriture, au profit d’un Will Smith christique tirant toute la couverture pour flatter un ego hors du commun. Il n’est pas une fois, ni même deux voir trois, mais bien quatre fois présent sur l’affiche, avec en prime un double affichage de son nom. Voilà qui résume tout le vide de ce film, s’articulant autour d’un concept éculé et franchement pas inspiré. De l’esbroufe mégalomane qui ne parvient pas un instant à camoufler un film d’action complètement lambda et bancal.