Je suis un soldat

Je suis un soldat
2015
Laurent Larivière

Alors que le festival de Cannes bat son plein, voici l’un des challenger de l’année dernière, ressorti bredouille et dont la sortie en salle fut anecdotique : 24 781 entrées. Tout premier film pour son réalisateur, il ne pouvait décemment espérer tellement plus avec son histoire répulsive et ses protagonistes tout autant révoltants. Y mettre une ancienne miss météo n’y change rien, qu’importe sa tenue.

Ayant perdu son emploi il y a huit mois, Sandrine (Louise Bourgoin) repoussait indéfiniment l’échéance, espérant trouver un nouvel emploi dans l’intervalle, mais quand on se retrouve expulsé, il n’y a plus bien le choix : retourner vivre chez ses parents. En pleine galère dans la construction de sa maison, sa sœur et sa famille se sont eux aussi repliés momentanément chez la mère, créant une situation tendue et financièrement très précaire. À cours d’alternatives, Sandrine va alors accepter de travailler dans le chenil de son oncle (Jean-Hugues Anglade), un lieu où l’amour des animaux n’a pas sa place.

Il y a certaines personnes qui ne savent pas ce qu’est le cinéma, ou du moins s’en servent pour quelque chose de nuisible. Si d’un certain point de vue il est important d’informer le public sur certaines pratiques atroces et répréhensibles, baser tout un film sur la maltraitance et le trafic de pauvres chiots, allant jusqu’à montrer des nourrissons morts, avec pas un seul protagoniste révolté contre le système, l’encourageant même, c’est tout simplement abject. Oui, le cinéma sert aussi à faire réfléchir et réagir, mais il faut savoir le faire avec tact, et cela n’empêche pas de développer le scénario au delà du simple docu-fiction. Pas la moindre sensibilité artistique, pas d’évolution des personnages ou de l’histoire. Le message est passé, mais le film est d’une pauvreté accablante.

Publié dans Cinéma, Critiques | 3 commentaires

Arrêtez-moi là

Arrêtez-moi là
2016
Gilles Bannier

La présomption d’innocence est-elle toujours respectée ? Les enquêtes policières sont-elles toujours correctement effectuées dans une totale impartialité ? Loin s’en faut, et certains thèmes sont si sensibles que le monde a besoin de voir quelqu’un payer pour ça, au fond qu’importe qu’il y soit pour quelque chose. En 2002 aux Etats-Unis, une riche fille blanche fut kidnappée, et face au battage médiatique entourant l’affaire, la justice s’empressa de faire mettre derrière les barreaux le premier venu pour calmer les esprits, mais le temps de prouver son innocence et retrouver ladite fille, le mal était déjà fait : l’homme ayant été tué dans sa cellule. Et si une histoire similaire voyait le jour en France ?

Chauffeur de taxi sans histoire, Samson (Reda Kateb) va comme à son habitude prendre des clients à l’aéroport, embarquant cette fois une dame (Léa Drucker). En rentrant chez lui le soir, il ne se doutait pas de ce qui l’attendrait le lendemain : deux policiers frappant à sa porte, venus l’arrêter pour l’enlèvement de la fille de sa cliente de la veille. Se sachant innocent et faisant confiance en la justice, il va vite changer d’avis et comprendre que personne n’est de son côté, surtout pas son avocat (Gilles Cohen), et qu’entre une série de malchance et de coïncidences, tout semble le désigner comme le parfait coupable.

Voilà le genre d’histoire qui ne laisse pas indifférent. Le monde souffre d’une psychose sur l’enfance, domaine qui nous plonge dans la méfiance, la paranoïa et l’acharnement. Il y a quelques années, les spectateurs avaient retenu leur souffle devant La Chasse, où le mensonge d’une petite fille capricieuse avait détruit la vie d’un homme, et cette fois encore on assiste au lynchage d’un pauvre homme victime d’une machination à son égard. Un film sous forme de procès où la mauvaise fois des uns s’additionne à l’incompétence des autres, nous faisant bouillonner face à un monde à ce point gangrené. Le film avait donc toutes les clés en main pour être excellent, mais deux points viennent un peu calmer nos ardeurs : le jeu atroce de l’acteur principal et le dernier chapitre du film, bien moins intéressant. Une histoire palpitante donc, plutôt bien mise en scène de surcroît, mais qui manque d’impact, la faute à l’interprète du héros, insipide.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

11.22.63

11.22.63
2016
Bridget Carpenter

Un des plus grands best-seller de Stephen King, son livre 22/11/63 avait particulièrement marqué les esprits par son idée originale et son application non moins intéressante, bien que le manque de rythme du livre fut par moments très pesant. La densité du roman (près de 1000 pages !) ne prêtait pas à l’exercice de l’adaptation cinématographique, et en faire toute une série aurait rendu encore plus mou le matériau d’origine, c’est pourquoi la chaîne américaine Hulu en fit une mini-série de huit épisodes d’en moyenne une heure. Entre le casting, J.J. Abrams à la production et l’écrivain en personne pour superviser le scénario, le projet avait de quoi attirer, et on tire enfin le plein potentiel de l’idée de base.

Bien qu’assez fidèle au livre pour les grandes lignes, la série condense un peu son histoire, qui avait la fâcheuse tendance à nous perdre et peinait à rentrer dans le vif du sujet (75 pages pour que l’aventure démarre et 317 pour passer à l’enquête principale). Elle raconte donc comment, terrassé par un cancer, Al Templeton (Chris Cooper), va confier à son ami professeur d’anglais Jake Epping (James Franco), la lourde mission qu’il voulait mener à bien : sauver le président JFK, assassiné le 22 novembre 1963. En effet, dans le restaurant de Al se trouve une faille le ramenant en 1960 (1958 dans le roman), et cherchant pendant des années quoi faire de ce pouvoir, remit à zéro à chaque fois qu’il y retourne (la porte relie deux points temporels invariables, faisant que s’y on y repasse cela efface le précédent voyage), il pense que sauver JFK serait la meilleure idée possible. Jake va alors tenter l’expérience à sa place.

Si la trame principale est inchangée avec un Jake Epping contemporain (2016 contre 2011 dans le livre) qui devient Amberson dans le passé (1960 au lieu de 1958), traquant Lee Harvey Oswald (Daniel Webber) qu’il suspecte d’être le tireur ayant assassiné John Fitzgerald Kennedy, de même que la romance du personnage avec Sadie Dunhill (Sarah Gadon) est parfaitement fidèle, de nombreux points ont évolué, furent enlevés ou rajoutés. Point de test concret pour vérifier le caractère variable du passé, l’histoire de la chasse a été enlevée, celle du boucher Frank Dunning (Josh Duhamel) ne connaît qu’une itération et il n’y a d’ailleurs pas trois aller-retour avant le test définitif, permettant de condenser l’histoire, la rendre plus dynamique et nous mettre d’emblée dans le bain. Autre point des plus intéressants, brisant la solitude du héros et permettant de développer des sous-intrigues en toile de fond : l’arrivée d’un complice. En effet, et c’est toute la nouveauté de la série, le héros a un copilote, Bill Turcote (George Mackay). Chose qui agaçait par moments dans le roman de par la distraction nocive qu’elle représentait face à l’importance de la mission, la romance avec Sadie en devient beaucoup plus naturelle dans la mesure où Bill peut ainsi prendre le relais de Jake pour ce qui est des écoutes et de la surveillance de Lee Oswald, donnant au passage un côté plus humain et important à la famille du dernier, Bill offrant une plus grande proximité.

Si le livre était très bon et reposait sur une histoire intéressante, d’autant que très documentée et donnant presque du crédit à la thèse Oswald, la série arrive à la rendre bien plus intéressante en corrigeant la majeur partie de ses défauts : le rythme et la cohésion. On perd légèrement en richesse mais les personnages marchent mieux, notamment grâce au formidable travail des acteurs, on va droit au but, le plan a l’air mieux établi, l’enquête plus simple et à la portée du premier venu, sans jamais perdre l’essence initiale, le message ou les points clés de l’intrigue, même si on y ajoute des choses brillantes comme le passage en hôpital psychiatrique. La réalisation est magnifique, les décors et les costumes parfaits, arrivant à rassembler pour un seul plan des dizaines de voitures d’époque, rendant l’immersion optimale. Difficile de ne pas faire preuve de nostalgie face une époque si simple et paisible, d’autant qu’à l’image du livre, la fin est particulièrement dépressive malgré tous les efforts pour rendre le désespoir moins sombre. La thématique du voyage temporel où le héros trouve son bonheur dans le passé, ou tout du moins dans une temporalité autre que la sienne, semble à chaque fois liée à une tragédie ineffaçable, comme faisant passer un message religieux ou spirituel sur le fait qu’on ne peut être l’artificier de son propre destin. Hors du temps, Quelque part dans le temps, La Machine à explorer le temps : la quête du bonheur à travers les âges semble périlleuse… La dépression nous guette une fois de plus, mais face à une histoire magnifiée, une plongée fascinante dans les années 60 et des acteurs exceptionnels (James Franco est vraiment l’un des plus grands talents de l’histoire), on ne peut que féliciter l’équipe pour le résultat. L’œuvre de Stephen King se dote d’une parure du plus bel effet, aboutissant à une série qui fera autant date que le livre.

Publié dans Critiques, Série | Laisser un commentaire

Pension complète

Pension complète
2015
Florent Siri

Voilà typiquement le genre de film qui ne peut à priori pas se planter au box office : il s’agit du remake de La Cuisine au beurre, énorme succès à son époque avec 6,4 millions d’entrées, il reprend le duo de la comédie Camping, qui avait totalisé 5,5 millions de spectateurs, sans compter une sortie optimale en plein pendant les fêtes de fin d’années. Alors pourquoi le film s’est-il vautré dans les grandes largeurs ? Le fait que c’est une merde doit probablement y jouer.

Dommage que le film se soit planté, car l’idée de base était bonne, ce qui est certes une évidence, sans quoi l’original, déjà adapté d’une comédie italienne, ne serait pas devenu un classique. Le film raconte comment un couple déjà en difficultés, Charlotte (Pascale Arbillot) et François (Franck Dubosc), dont l’obsession de son étoile au guide Michelin pour son restaurant l’isole complètement, va connaître une épreuve de taille. Supposément mort depuis 11 ans, l’ex mari de Charlotte et propriétaire du restaurant, Alex (Gérard Lanvin), va refaire surface, voulant tout récupérer.

Un casting de rêve, une idée sympa, un cadre enchanteur  : on pouvait décemment espérer une bonne petite comédie fraîche et reposante, mais attention aux produits périmés. Si l’idée première est bonne, le développement est au mieux paresseux, bourré d’incohérences et doté d’une fin grotesque. Pendant toute la première moitié, on a l’impression que rien ne bouge, puis d’une scène à l’autre tout semble avoir changé, l’air de rien. Ah la magie d’une cuite… Finalement l’histoire tombe bien vite à l’eau, comme la plupart des gags, et les acteurs sont en très petite forme. Sans parler de véritable ennui, on a surtout l’impression de perdre son temps : le degré zéro de l’inspiration.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Docteur Frankenstein

Docteur Frankenstein
2015
Paul McGuigan

Alors que le nombre d’entrées enregistrées au cinéma stagne depuis des années, bien que l’inflation fasse grimper les recettes, le nombre de films qui débarquent sur nos écrans bat chaque année ou presque le record détenu par l’année précédente, faisant de nombreuses victimes. Malgré ses promesses d’approche inédite d’une histoire légendaire, avec en prime un casting intéressant, cette revisite du mythe de Frankenstein a établi un nouveau record d’abstention : 5,7 M$ aux Etats-Unis malgré une diffusion imposante. Il faut dire que si le projet avait du bon, une fois les premiers visuels tombés l’espoir commençait à vaciller, et c’était à juste titre.

Quel a donc été le cheminement avant que le docteur Victor Frankenstein (James McAvoy) mette au monde sa terrible créature ? Scientifique britannique du XIX° qui tentait en vain de recréer la vie dans son laboratoire, Victor va trouver la réponse à toutes ses questions en se rendant un soir au cirque, croisant le chemin d’un monstre de foire (Daniel Radcliffe) qui se montra étrangement efficace pour sauver la vie de la trapéziste (Jessica Brown Findlay). Sentant son potentiel, il va le recueillir et faire de lui son assistant.

De base, l’idée de voir un énième film sur cette histoire, alors même qu’il y a déjà eu presque une centaine (plus de 80 !), n’enchantait pas spécialement, mais entre le duo d’affiche et le choix d’en faire un film fun et barré, pourquoi pas. Invention du film non présent dans le roman originel de Mary Shelley, le personnage de Igor, ex monstre de foire, est un des aspects les plus intéressants du film, puisque non seulement son passé donne plus de profondeur au personnage et à l’histoire, mais en plus son duo avec Victor est la seule chose qui marche vraiment. La piste religieuse explorée par l’agent de Scotland Yard fonctionne certes aussi, mais cet aspect est rattaché à un pan du scénario très mauvais : celui du livre. Le scientifique fou qui veut recréer la vie, le complexe de dieu, les abominations, rien ne va. Du vu et revu jusqu’à overdose que le film n’arrive pas à renouveler, d’autant que visuellement on est loin du gothique effrayant. Réalisation au rabais, effets spéciaux ignobles (surtout les éclairs), jeu des acteurs parfois limite et cette histoire qui ne prend pas : difficile d’adhérer. Rien à faire, c’est mauvais.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Money Monster

Money Monster
2016
Jodie Foster

En un quart de siècle, voici seulement le quatrième film de Jodie Foster en tant que réalisatrice, en plus de moins en moins présente en tant qu’actrice. Un fait dommageable pour ceux qui se rappellent du Complexe du Castor, belle réussite artistique, il est vrai bien aidée par le casting de luxe et l’originalité de l’histoire. Cette fois encore, la femme va réussir à réunir un formidable casting autour d’une idée forte.

Quelques mois après The Big Short, le monde de la finance se retrouve encore pointé du doigt pour ses dérives et ses conséquences sur le petit peuple. Présentateur vedette de l’émission « Money Monster » spécialisée sur le placement de capital, Lee Gates (George Clooney) ventait hier encore l’investissement dans le cours de l’action de la société Ibis, considéré d’après lui comme un placement sans risque, mais à cause d’un problème algorithmique faisant perdre 800 M$ à l’entreprise, le cours de l’action s’est effondré. Bien sûr, tant que l’on ne vend rien on ne perd rien, mais difficile de rester calme quand on voit ses économies s’envoler en fumée. Ayant placé toutes ses économies dans des actions Ibis comme le conseillait Lee Gates, un homme (Jack O’Connell) va péter un câble, s’introduire armé sur le plateau de l’émission « Money Monster » et va prendre en otage l’homme dont les conseils n’étaient pas si avisés. Responsable en régi de l’émission, Pathy (Julia Roberts) va tenter de maîtriser au mieux la situation.

Sur fond de critique du système économique et de la dérive de certaines chaînes de télé, le film nous raconte donc une terrible prise d’otage en direct à la télévision. Un principe des plus intéressants, d’autant qu’on suit le déroulement de l’histoire selon plusieurs points de vues. On a bien sûr celui explosif du plateau où un présentateur vedette risque sa vie à tout instant mais aussi celui des coulisses de l’émission où l’on découvre l’envers du décors avec une gérante très habile, de même qu’on aperçoit la stratégie policière (avec Giancarlo Esposito à la tête) ou encore l’impact de l’affaire au sein d’Ibis. Cette multiplicité décuple ainsi l’intérêt d’une histoire pleine de rebondissements intéressants, bien écrite, surtout en ce qui concerne les personnages (formidablement interprétés, tout spécialement le duo masculin du plateau), le rythme est haletant et l’humour est finement utilisé pour dédramatiser la situation par moments. Un beau travail qui abouti à une œuvre captivante, thriller engagé et engageant.

Disponible en version alternative et vidéo :
https://www.youtube.com/watch?v=DJRabTJhoao

Publié dans Cinéma, Critiques, Vidéo | Laisser un commentaire

Steve Jobs

Steve Jobs
2016
Danny Boyle

Ignominie dans le paysage informatique, Apple est pour ainsi dire la pire marque qui soit, et son succès, qui peina certes à arriver, reste aujourd’hui inexplicable. Impossible à entretenir, améliorer ou retoucher, leurs machines ne servent pas à grand chose, étant incompatibles avec beaucoup de choses – de moins en moins peut-être – et n’étant pas taillées pour supporter des jeux à grosse configuration, mais elles sont surtout atrocement chers, et il en va de même pour leurs gammes téléphoniques. Présenté comme un génie, l’homme qui porta à lui seul l’entreprise nous a quitté en 2011, et qu’on aime ou pas ses produits il n’empêche qu’ils pèsent lourd dans le monde économique et culturel. Sachant les tumultes qu’Apple a connu et avec Danny Boyle à la barre, sans compter la pluie de nominations et de prix que le film a reçu, le film méritait donc toute notre attention.

Présentation pour le moins originale, le film se découpe en trois séquences de 40 minutes, chacune centrée sur un moment clé de la vie de Steve Jobs (Michael Fassbender), qui créa la société Apple avec Steve Wozniak (Seth Rogen) en 1976. Ainsi, le film se focalisera sur trois présentations qui, chacune à leur façon, bouleverseront la vie de Steve Jobs et façonneront le futur d’Apple : la présentation du tout premier Macintosh en 1984, celui du NeXTcube en 1988, et enfin l’iMac en 1998.

Connaissant le réalisateur et son immense talent, le doute quant à la qualité du film n’était pas permit, surtout avec le casting ahurissant qui est réuni, la seule question était de savoir à quel niveau le situer. Brillant directeur d’acteurs, Danny Boyle frappe encore très fort en nous proposant un Steve Jobs aussi charismatique et calculateur que détestable, arrogant et égoïste. Si Michael Fassbender confirme encore une fois qu’il est l’un des meilleurs acteurs de l’histoire, il peut aussi compter sur le soutien de Kate Winslet, irréprochable en garde fou, mais aussi Jeff Daniels, bluffant en père spirituel, et les différentes incarnations de Lisa sont plus qu’honorables (à noter aussi la présence de Sarah Snook, bien que tertiaire). Et pour un film se basant en grande partie sur la relation entre les personnages, atteindre ce niveau de jeu donne tout de suite un impact majeur à l’histoire. Sa présentation est d’ailleurs très intéressante, basée intégralement sur les coulisses de trois présentations. Qu’on connaisse ou non le personnage de Steve Jobs, le film porte de toute façon son choix sur non pas l’homme public, qu’à peu près tout le monde connaît, mais sur l’homme privé, encore plus antipathique, tout en ayant un bon fond. D’une étroitesse d’esprit n’égalant que sa mégalomanie, il est néanmoins fidèle en amitié et son aspect paternel, d’abord réfuté, s’avère touchant. Montrant l’ambition d’un homme solitaire malgré lui, le film mêlant humour grinçant et dynamisme haletant n’est pas sans rappeler l’extraordinaire Social Network, d’autant que les sujets sont proches, et sans égaler complètement l’illustre model, il nous plonge avec la même fascination dans une industrie en passe de révolutionner son monde avec à sa tête un homme loin d’être conventionnel. En plus d’être éclairant, le film est donc une pleine réussite cinématographique, narrant une histoire captivante et aux protagonistes impressionnants.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Je compte sur vous

Je compte sur vous
2015
Pascal Elbé

Entre 2005 et 2006, un israélien du nom de Gilbert Chikli a subtilisé plusieurs millions d’euros grâce à une arnaque téléphonique finement rodée, ruinant certaines entreprises et détruisant des dizaines de vies, certains s’étant suicidés après une telle affaire. Une histoire loin d’être drôle, mais ne faisant que s’en inspirer pour le principe de base, le film va tout de même tenter de nous divertir avec, ce qui a soulever bien des débats en amont pour son approche polémique, mais c’est bien une fiction que nous avons là malgré les similitudes.

Juif obsédé par l’argent et très habile dans l’arnaque, Gilbert Perez (Vincent Elbaz) va avoir l’idée de monter un plan grâce aux téléphones intraçables de son oncle. Se faisant passer pour le président d’une boîte, il va appeler un employé bancaire haut placé pour lui demander de grosses sommes d’argent, prétextant une lutte contre le terrorisme sous couvert de mission secrète de la plus haute importance. Des ficelles d’apparence très grosses, mais entre un plan millimétré, un charisme indéniable et une expertise en psychologie, il va tout rafler.

Quand on touche un sujet sensible, il est osé de vouloir rendre une sordide histoire comique, plus encore quand on veut faire d’un ignoble escroc un charismatique et sympathique voleur des temps modernes. Le film démarre doucement avec le tout premier coup, encore balbutiant, nous faisant nous demander s’il sait vraiment où il va avec son histoire de projet top secret, puis finalement on se retrouve happé par le stress et l’excitation de se casse vocal. Eh oui, il y a des gens à ce point crédules et naïf, et si l’on est un peu mal à l’aise devant une personne dont le monde vient de s’écrouler, on est aussi impressionné par l’art et la manière. Il faut dire que le film se concentre vraiment beaucoup sur le faux président téléphonique, délaissant les autres personnages (on retrouve aussi Julie Gayet et Zabou Breitman), lui conférant une stature imposante. Entre admiration et amusement, on se retrouve complètement immergé dans l’histoire, qui sans être révolutionnaire ni dans le genre ni dans la forme, nous offre un bon film de braquage provocateur.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Criminal

Criminal
2016
Ariel Vromen

À l’ère du battage médiatique où l’on est bombardé de bandes-annonces et autres extraits, on a presque l’impression d’avoir déjà vu le film avant d’entrer dans la salle, mais pour une fois je suis rentré dans la salle vierge de toute information en dehors d’une vague connaissance du casting, fait suffisamment rare pour être noté. Il est vrai que ça n’est pas forcément le genre de film a faire sensation en salles, peinant à dépasser les 20 M$, d’autant que le sujet de fond est d’un banal, mais ça manque dans notre paysage cinématographique, et l’œuvre est très aboutie.

Il ne faut pas toujours faire confiance à son GPS, ni à un taxi. Fuyant des russes qui voulaient mettre la main sur un programme de contrôle à distance des armements, l’agent de la CIA Bill Pope (Ryan Reynolds) ne s’était pas rendu au bon point d’extraction, tombant dans un guet-apens. Tué lors de sa mission, il emporta dans sa tombe le secret de l’emplacement du programme et de son créateur, chose irrecevable pour Wells (Gary Oldman), le chef de la CIA. Il va alors demander au docteur Franks (Tommy Lee Jones), spécialisé dans la recherche sur la greffe de mémoire par copie de signal électrique, d’implanter la mémoire tampon (à court terme, incluant les réflexes) à un hôte. Minant que l’opération a raté, le cobaye Jericho (Kevin Costner), dangereux criminel, va en profiter pour se faire la malle et tenter de récupérer l’argent de l’opération que Bill Pope avait planqué.

Pas forcément la chose la plus improbable au monde, le film part du principe qu’un psychopathe se retrouve avec la mémoire d’un agent expérimenté de la CIA, de quoi bouleverser les plans de chacun, alors même que l’enjeu est de taille : le contrôle de tous les armements de la planète. Cela permet d’apporter une bonne dose d’humour au film de par la violence extrême du personnage et son absence totale de limite ou de conscience, mais le film aura l’intelligence de le faire évoluer pour le rendre un peu moins antipathique. Le détenu évadé, dénué d’émotions ou de notions de morale à cause d’un traumatise crânien, va en effet être affecté par certains souvenirs qui lui ont été greffés, et si sa personnalité ne s’en retrouve pas affectée, de même que sa faculté à raisonner, il va plus s’ouvrir à certaines pistes de réflexion. Le principe est donc intéressant, et en plus le film le gère brillamment, notamment au travers du personnage de Jill (Gal Gadot), qui en plus d’illuminer notre journée grâce à sa beauté ahurissante, nous épate de par son talent d’actrice. Le casting est d’ailleurs excellent, surtout en ce qui concerne le héros, en état de grâce à plus d’un titre, et la somme de talent engagés est énorme, bien qu’on se retrouve après avec une Alice Eve carrément tertiaire. Côté scénario, en dehors du personnage principal, c’est un peu trop classique, mais le film se rattrape par un humour efficace, un rythme soutenu et quelques scènes d’action impressionnantes. Devant un thriller si captivant et qui maîtrise à ce point son sujet, on ne peut que s’incliner.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

The Revenge

The Revenge
2016
Chuck Russell

Comme toutes les plus grandes stars masculines des années 80-90, il semblerait que John Travolta soit lui aussi voué à enchaîner dans l’indifférence la plus générale les films d’action direct-to-DVD, rejoignant ainsi son collègue désabusé de Volte-Face. Si le genre a très mauvaise réputation, et ce à juste titre, il peut arriver que de temps à autre la cuvée soit honorable, voir sympathique, et c’est le cas ici.

En politique, il faut faire très attention à ce que l’on fait. Si vous faîtes chier la mauvaise personne, que vous osez contrecarrer ses plans, alors vous risquez très certainement d’être retrouvé noyé dans 10 cm d’eau avec des traces de menottes, ou comme ici froidement assassiné par un commanditaire pour cause de rapport empêchant une construction. Un acte qu’ils pensaient sans suite, mais son mari (John Travolta), ex tueur à gage, ne compte pas en rester là : justice sera rendue.

En dehors de ce qu’il va advenir des personnages, le scénario n’est assurément pas le point fort du film tant dès la première scène on sait exactement ce qu’il en est. Point de mystère sur le commanditaire ou ses raisons, seuls les intermédiaires sont à déterminer, mais c’est au niveau de la forme et du contenu que le film se démarque. Point de justicier solitaire cette fois, le héros fait équipe avec un vieux collègue, et leur duo est aussi violent que drôle. Des petites piques, des remarques complètement hors de propos au milieu d’une fusillade, et puis aussi cette violence, plus brutale que sanguinolente, et sans parler d’originalité folle, le film marche très bien. Bien sûr, à moult reprises nos héros auraient dû y passer s’il n’étaient pas si bavards en face, mais c’est du bon divertissement.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire