Les yeux de l’assassin

Les yeux de l’assassin
2015
Jason Furukawa

Parce que le cinéma, ça n’est pas qu’au cinéma, ni même dans les bacs des magasins, on peut aussi trouver son bonheur à la télévision. Enfin, tout est relatif, mais cette production télévisuelle américaine a fait suffisamment de vagues pour attirer mon attention, et même si elle est très loin d’être indispensable, ça reste un thriller intéressant qui ne donne certes pas le change, mais qui a le mérite d’exister.

Récemment mariée avec un père divorcé, Sarah avait déjà du mal à s’imposer comme seconde mère, d’autant que la pression est énorme à son boulot où le prochain contrat pourrait sceller l’avenir de la boîte, mais ça n’était que des broutilles comparé à ce qui l’attendait. Tout commença par une étrange photo d’elle laissée dans sa boîte aux lettres, puis l’inconnu lui en envoya d’autres sur son téléphone, accompagné de joyeux messages. Une pression invisible aux motivations inconnues, la plongeant dans un stress et une paranoïa intenses.

Difficile de cacher le statut série B du film tant on sent le budget minimaliste et l’équipe un peu maladroite, mais on rentre bien dedans, et l’histoire nous prend assez vite. Le principe du film est clair (du harcèlement qui évolue crescendo), de nombreuses pistes sont ouvertes pour nous brouiller et nous faire spéculer comme des malades, et le suspens est efficace, bien géré et rien ne laisse transparaître jusqu’à la fin. Mais c’est aussi ça le problème : si personne ne pouvait trouver la fin avant la révélation c’est parce que le twist-ending n’est là que pour créer une énorme surprise, mais s’avère complètement bancal et incohérent. Cela remet tout en cause, et certains pans entiers du film s’en retrouvent dénués de sens. C’est dommage car l’ambiance était là, et on finissait par se faire aux acteurs, pas si mauvais, et on aurait clairement préféré que le film garde le côté classique entretenu tout du long, car c’était aussi ça sa force : classique mais efficace. Un bon film plutôt solide, mais qui a un peu raté le coche du twist-ending.

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À la poursuite de demain

À la poursuite de demain
2015
Brad Bird

À l’image des Pirates des Caraïbes, voici un film basé de simples attractions d’un parc Disney : la section ayant pour thème le futur, Tomorrowland, qui se trouve être le titre original du film. C’est faible, presque hors-sujet puisque le film est une production de science-fiction originale, mais en tout cas le matériau de base n’incitait pas à la confiance. Puis vint le premier trailer énigmatique, laissant présager la potentialité de l’un des meilleurs films de l’année, balayé quelques mois plus tard par une bande-annonce plus explicite et moins convaincante, agrémentée d’un titre localisé trop bavard. Et effectivement, si le potentiel était colossal, le film n’est pas à la hauteur.

Reprenant la rumeur comme quoi certains des plus grands esprits (Eiffel, Edison, Tesla, Jules Verne) se sont réunis pour fonder ensemble la société de demain à la fin du XIX°, le film part du principe que les têtes pensantes ont bâti Tomorrowland pour faire un monde meilleur, avec à la tête du projet David Nix (Hugh Laurie). Il y a bien longtemps, Frank Walker (George Clooney) fut choisit par la recruteuse Athena (Raffey Cassidy) pour y œuvrer, mais aujourd’hui ce projet n’est plus qu’un vieux rêve du passé. Mais certaines personnes veulent encore y croire, et Casey Newton (Britt Robertson) sera à son tour choisie, recevant un pins lui faisait entrevoir ce monde.

Typiquement le genre de film bouffé par son ambition, qui veut trop en dire et au final n’en dit pas assez. De ce que l’on en savait au début, à savoir une société secrète futuriste et un pins magique qui permet de le voir, deux principes forts qui aurait pu être géniaux, le film va beaucoup dériver. Déjà, contrairement à ce que l’on aurait pu croire, la jeune fille n’est pas l’unique personnage principal du film, mais doit faire jeu égal avec son « mentor » (bien qu’en réalité les rôles soient inversés), qui occupe même tout le devant de la scène durant l’introduction puisqu’en réalité c’est avant tout son histoire. De même, ni la société ni le pins ne sont ce qu’ils semblent être, et ainsi le film s’avère très loin de ce à quoi on pouvait s’attendre. Une bonne chose qui prouve que le mystère a su rester entier, et beaucoup de choses marchent à la perfection, mais le film reste malheureusement une aberration. Gros blockbuster tout public qui balance des images à sensation dans tous les sens, reposant sur un visuel tape à l’œil et détournant des monuments historiques, et n’hésitant pas à faire ses choux gras dans le bien pensant et l’écologique, il tente pourtant de se distinguer de la masse en abordant une multitude de sujets plus profonds et en souhaitant se donner une ambiance revigorante et pleine d’espoir à la Retour vers le futur. On abordera ainsi la peur de la mort, la quête de soi, d’un but, du voyage spatial, inter-dimensionnel et temporel, du pouvoir de la suggestion, de la destinée, de l’amour homme-machine et forcément de l’existence de l’âme pour ces êtres mécaniques.

Une flopée de thèmes tous très intéressants, mais à force de vouloir tous les explorer, le film ne va jamais au bout des choses, et nombre d’entre eux sont de simples anecdotes là pour justifier un scénario qui a bien du mal à s’imposer, traînant quelques incohérences. Le pins en est un bel exemple tant son fonctionnement soulève nombre de questions, car aussi belle que soit l’idée, elle n’en reste pas moins difficilement justifiable, même en considérant le chien (cf voir le film). De même, inventer des fonctionnalités cachées et ahurissantes aux monuments historiques peut à la rigueur marcher avec du Benjamin Gates et autre Indiana Jones, où le spectacle a toujours prévalu sur la cohérence, mais en l’occurrence ça ne passe pas du tout. Et en cela le film oubli son propre message sur le conformisme hollywoodien puisqu’il fait la même chose, et sa structure narrative ne change guère. Sa fin donne même envie de hurler tant c’est gnangnan, et à ce niveau là John Carter s’en sortait infiniment mieux pour ce qui était de renouer avec la simplicité et l’ambiance d’antan. C’est d’autant plus regrettable que le film avait un potentiel colossal, notamment au travers du personnage d’une certaine androïde qui aurait mérité le soin d’un Chappie, bien plus probant en matière de psychologie robotique, et Britt Robertson est une véritable révélation qu’on aurait aimé mieux exploitée tant c’est uniquement son caractère, et non son intelligence pourtant hors du commun, qui est mit en avant. En somme, énormément de bonnes idées se sont bousculées, mais seul l’aspect grosse aventure pseudo spectaculaire en ressort. Cela suffit pour en faire un bon film, mais il y avait matière à en faire un chef d’œuvre, laissant une impression de gigantesque déception.

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Le Septième fils

Le Septième fils
2014
Sergey Bodrov

Mine de rien, les adaptations de romans d’héroïque-fantastique sont rares malgré les innombrables best-seller qui ont vu le jour, et malgré le succès de la saga du Seigneur des Anneaux et celle plus mitigée mais néanmoins importante de Narnia (qui retrouve ici son héros), le seul réel prétendant fut Eragon, bon film mais qui apparemment n’était pas du tout fidèle au roman, s’attirant la colère des fans. Tiré de la saga de L’épouvanteur, le film commençait mal son parcours en annonçant d’emblée que l’âge du héros serait plus que doublé, ayant originellement 12 ans. Puis en été 2012, à six mois de la sortie, la première bande-annonce sembla sonner le glas tant les retours furent catastrophiques, et une projection test le confirma : le film était mauvais, très mauvais. Qu’à cela ne tienne, le film a été en grande partie retourné et les effets spéciaux de la boîte qui avait fait faillite ont été améliorés, et avec des problèmes de studios, la sortie du film a au final été repoussé de près de deux ans. Vu qu’au bout du compte le four fut complet tant commercial (110 M$ engrangés pour un budget pub comprise probablement supérieur puisque de 95 M$ brut) que critique, c’était finalement pas la peine de se donner tant de mal.

Dans un monde où la magie représente le mal, la mère des sorcières Malkin (Julianne Moore) est considérée comme le démon personnifié, la plus grande menace sur Terre. Pour lutter contre les forces de l’ombre, il y avait autrefois des chevaliers, mais il n’en reste aujourd’hui plus qu’un : Gregory (Jeff Bridges). On raconte qu’un septième fils de septième fils est sept fois plus fort qu’un homme normal, et c’est pourquoi il ne choisit que des apprentis répondant à ce critère. Le dernier en date (Kit Harington) étant mort, il fera de Tom Ward (Ben Barnes) sont nouvel élu. Seulement ils doivent faire vite : dans une semaine Malkin retrouvera ses pleins pouvoirs, de même que l’ensemble du monde des ombres – incluant ses généraux (comptant parmi eux Djimon Hounsou) -, et elle ne pourra alors plus être arrêtée.

Un film comme ça ne pouvait forcément pas marcher. Difficile de dire si le problème vient du livre ou du film, mais dans tous les cas l’univers est foncièrement mauvais. Du cliché ambulant d’héroïc-fantaisy pauvrement inspiré, nous balançant des prophéties et des élus à tour de bras sans pour autant en tenir compte (typiquement le principe même de l’histoire de septième fils : on ne voit jamais de démonstration de supériorité du héros), reprenant à son compte toutes les créatures magiques sans arriver à les rendre vivantes (bien que les effets spéciaux soient assez bons, légitimant le choix de les refaire), et nous balançant surtout le tandem le plus éculé de l’histoire : le vieux mentor aigri et le jeune apprenti fougueux prêt à tout remettre en cause, comme la méchanceté des sorcières avec la belle Alicia Vikander. Donc non seulement l’histoire n’est pas très bonne, mais en plus elle ne fait preuve d’aucune imagination et ne va jamais au bout des choses, comme pour les métamorphoses foireuses ou l’idylle qui débarque comme un cheveux sur la soupe à la toute fin. Visuellement le film s’en sort pas trop mal, mais au même titre que le casting, ça sent plus le cache misère que le grand spectacle réjouissant. En voyant ça on se dit qu’il n’y a pas trente-six solutions : le matériaux de base était lamentable et les scénaristes ont été incapable d’en tirer quoi que ce soit. Un film techniquement correct, mais artistiquement ignoble.

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Charlie Mortdecai

Charlie Mortdecai
2015
David Koepp

Adaptation d’une trilogie littéraire de Kyril Bonfiglioli sur un riche gentleman britannique amateur d’art à la moustache pour le moins excentrique, le film a été plus que massacré. Doté d’un confortable budget de 60 M$ et ayant eu droit à une belle distribution, le film a à peine réussi à en amortir la moitié, la faute à des critiques assassines et un phénomène de rejet global de Johnny Depp, qui enchaîne les bides au cinéma ces dernières années à force de camper invariablement des rôles de marginaux un peu fêlés. Ainsi, je m’attendais forcément au pire, et pourtant on tient là une comédie à l’anglaise assurément sympathique.

Passé maître dans l’art du vol d’œuvres d’art, Charlie Mortdecai (Johnny Depp) a depuis cesser ses activités et vivait jusqu’alors paisiblement, retiré dans sa grande demeure avec sa femme Johanna (Gwyneth Paltrow). Mais devant faire face à des dettes de plus en plus importantes, et se refusant à vendre ses précieuses toiles de maîtres, il va accepter de travailler avec l’inspecteur Martland (Ewan McGregor), ex camarade d’université et prétendant envahissant de Johanna, dans le cadre d’un vol d’une toile de Goya.

Il y avait effectivement matière à s’inquiéter quand on assiste à la toute première scène, balançant du cliché à outrance et tentant vainement de mystifier une moustache pour le moins hideuse, mais cela est l’un des nombreux running-gag du film, qui en dehors du dégoût grossièrement représenté de sa femme, marche plutôt bien tant tout le monde se fout sa gueule à ce propos. En réalité, on tient là une comédie décalée et assez efficace, se réappropriant les codes de l’humour British avec sobriété et ingéniosité. Le milieu de l’art se marie bien avec l’histoire, et entre la moustache, le potentiel amant envahissant, le majordome tombeur (Paul Bettany), Johanna et Mortdecai lui même, le film regorge d’idées comiques, toutes biens exploitées. Les situations sont cocasses, pas forcément très recherchées mais amusantes, et on a là un film chaleureux, frais et convivial. Loin d’être parfait ou de nous faire rire aux éclats, le film est tout de même bon, et son sort ne fut clairement pas mérité.

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The Riot Club

The Riot Club
2014
Lone Scherfig

Ha la la, quelle chance nous avons, nous le petit peuple, l’arrière-garde de la république ! Nous n’aurons jamais à nous inquiéter du sort d’un pays, d’une grande entreprise, nous n’aurons jamais de hautes responsabilités, de place importante dans la société. Ainsi, nous n’avons pas à travailler réellement dur, à faire des études de valeur, à se demander quelle image la société gardera de nous après notre mort puisque tout le monde s’en foutra. Bref, vous êtes tous de la merde, et ça vous enlève un stress énorme, car après tout s’inquiéter de boucler ses fins de mois n’est que peu de choses comparé au choix de placement d’un capital qui se chiffre à plusieurs dizaines de millions.

Elite de demain, intellectuels d’aujourd’hui, les étudiants d’Oxford ne pèseront pas tous aussi lourd, mais les membres de la société secrète du Riot Club (incluant Sam Claflin et Douglas Booth) sont eux promis à un avenir dont le commun des mortels ne peut prétendre, ils le savent, et ils en jouent. Dans le cadre du recrutement de nouveaux éminents membres, ils vont s’adonner à leur rite préféré : s’inviter dans un restaurant, et voir jusqu’où le pouvoir de l’argent peut soumettre les autres et leurs accorder tous les droits. Quand on est blasé de tout avoir, on se tourne alors vers se qui normalement ne s’achète pas : la dignité humaine.

On le sait bien, ceux qui tirent les ficelles du monde se connaissent tous et ont évolué dans des cercles très fermés. Et à chaque occasion d’approcher ces lieux hors de portée, la fascination emporte notre adhésion, que ce soit le Phoenix Club de Harvard dans Social Network ou la brigade « à la vie à la mort » de Yales dans Gilmore Girls. Ne manquerait plus que le penchant adulte de ce genre de sociétés : les Francs-Maçons, mais on risquerait de sombrer dans le sordide insoutenable. D’un côté on se dit qu’ils ont toutes les cartes en mains, mais d’un autre on se dit qu’ils ne méritent pas de les avoir vu ce qu’il en font. Et clairement en l’occurrence la frontière de l’acceptable est franchie, et ça va beaucoup trop loin. Mais c’est aussi ça le sujet du film : la morale de notre société est corrompue. Donc si le film est dérangeant et n’aborde pas le thème comme on le voudrait en mode festif outrancier mais de bon goût, ce qu’il propose est aussi très intéressant, d’autant que le casting compte nombre de têtes connues, certes peu croisées, mais toujours dans des rôles d’envergure comme Jessica Brown Findlay de Downton Abbey (Cybil) et Natalie Dormer de Game of Thrones (Margaery). Le cadre britannique colle d’autant mieux au thème choisit, et sans véritablement nous bluffer, le film va au bout des choses et se justifie pleinement.

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Catlow

Catlow
1971
Sam Wanamaker

La grande époque des Westerns battait encore son plein malgré les précédentes décennies qui s’étaient déjà copieusement gavées dessus, mais l’inspiration était en berne depuis un bout de temps, et rares étaient les films du genre à réellement se distinguer. Avec un casting relativement solide doté de figures oubliées comme Yul Brynner ou Richard Crenna, mais aussi feu Spock, Leonard Nimoy, on aurait pu croire à un minimum d’effort, mais loin s’en faut. On se retrouve ici devant une insipide comédie pseudo parodique sur deux compagnons d’armes, l’un devenu shérif, l’autre voyou, l’un voulant arrêté l’autre, très taquin et qui adore narguer son vieil ami, tandis qu’un troisième homme, plus ou moins shérif, veut abattre le voyou car il coûte cher à ses supérieurs.

Un jeu du chat et de la souris très bas de gamme, multipliant les clichés du genre et les hasards fortuits, avec d’insupportables éclats de rire face caméra, presque autant que les éternelles fusillades miraculeuses. Les personnages sont ratés au possible, tout particulièrement le voyou interprété par Yul, censé être américain avec sa tête d’asiatique et son accent québécois. Leur psychologie est ridicule tant rien ne semble pouvoir être prit au sérieux, et on a rarement vu aussi peu de neurones se bousculer tant l’absence de plans est totale. L’ennui s’installe très vite, et rien ne viendra sauver le film : l’humour est foireux, pas de rôle intéressant, des paysages trop classiques, et un traitement des indiens primitif justifiant le génocide. Même pour les nostalgiques inconditionnels, mieux vaut passer son chemin.

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Still Alice

Still Alice
2015
Richard Glatzer, Wash Westmoreland

Parmi les petits films indépendants qui se sont fait la part belle aux derniers Oscars, celui-ci offrit à Julianne Moore le premier Oscar de sa carrière, confirmé dans la totalité des cérémonies auxquelles elle était nominée. Il était temps après plus de 30 ans de carrière, même si cela n’a pas tellement aidé à la distribution du film, sorti dans la plus grande discrétion dans une poignée de salles en France. La grande question était de savoir si le film valait au delà de la prestation de son actrice, et la réponse est oui.

Maladie de vieux qui s’assimile souvent à de la sénilité, à la différence que cela affecte aussi la mémoire à long terme, Alzheimer touche malheureusement aussi dans de très rares cas des personnes plus jeunes, comme ce fut le cas pour Alice (Julianne Moore). Professeure de linguistique de renom, elle se perdit un jour sur son campus lors de son jogging, lieu qu’elle connait pourtant par cœur. Après une batterie de tests le verdict tombera, la plongeant d’effroi à l’idée de se perdre elle-même et de devenir un fardeau pour ses proches.

Tout le monde ou presque a déjà côtoyé une personne âgée suffisamment longtemps pour s’exaspérer d’une mémoire à court terme défaillante qui, tel un vieux disque rayé, tournerait en boucle sur une poignée de conversations inlassablement répétées. C’est déjà un bon début, mais quand le problème se généralise, le phénomène se multiplie et viendra un jour où l’entourage craquera et décidera de lâcher cette personne, surtout que ces gens là ne prennent pas en considération leur maladie dans leurs réflexions et donnent l’impression de ne faire aucun effort pour simplifier la vie aux autres. Des problèmes très bien abordés par le film, même s’il n’apportera évidemment aucune solution (quoique). Pour épauler l’exceptionnelle Julianne Moore dont les prix sont tous mérités, la somme de talents engagés est impressionnante, avec la très inspirée Kristen Stewart et les deux piliers que sont Kate Bosworth et Alec Baldwin. L’évolution est intéressante, humaine et émouvante sans tomber dans le sentimentalisme déplacé, et même si l’approche est classique le film possède suffisamment d’idées originales pour se distinguer. Loin de l’arrogance des films à Oscars, on a là un film sincère et touchant avec une formidable direction d’acteurs, qui ne s’adresse pas qu’aux cinéphiles exigeants.

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Mad Max Fury Road

Mad Max Fury Road
2015
George Miller

Si le succès planétaire de Mad Max a un peu du mal à s’expliquer avec le recul, Mad Max 2 était en revanche une vraie révolution, définissant avec brio un tout nouveau genre. Puis c’est le drame, et malgré un succès encore plus grand, le troisième fut largement décrié, au point de stopper nette l’une des franchises les plus lucratives de l’époque. Eh oui, il y en a qui ont la présence d’esprit de couper le moteur quand un voyant rouge critique s’allume. Mais voilà, un sentiment d’inachevé pesait sur George Miller, qui voulu mettre en chantier l’épisode de la rédemption dès la fin des années 90, mais il lui aura fallut près de dix ans pour réunir la somme équivalente à son rêve : 150 M$. Et pendant tout ce temps, il peaufinait son scénario, son univers, prêt à bouleverser à nouveau le paysage audiovisuel. Présenté hors compétition à Cannes, ses quelques 98% et 8,9 sur rottentomatoes / IMDb lui ont fait volé la vedette à tous les concurrents, et même la presse française s’est inclinée et le préfère aux grands favoris des festivaliers. Une seconde révolution est en effet en marche.

Pour ce nouveau film, la saga passe en mode reboot, gardant l’essentiel : le monde post-apocalyptique entièrement désertique où des psychopathes s’entre-tuent pour de l’essence, et le personnage de Max Rockatansky, héros malgré lui, incarné ici par Tom Hardy. Capturé par des War-Boy, il va se lancer contre son gré à la poursuite de l’impératrice Furiosa (Charlize Theron), qui tente d’affranchir les mère-porteuses / esclaves sexuelles (avec parmi elles Rosie Huntington-Whiteley et Zoë Kravitz) du leader local Immortan Joe (interprété d’ailleurs par le chef des Aigles de la Route du tout premier film), peut enclin à céder son harem. Il va alors déchaîner le monde entier contre Furiosa.

Dans un paysage cinématographique où les films d’actions sont obligés de redoubler d’imagination pour lutter contre les films fantastiques de super-héros défiants les lois de la nature, avec des Fast & Furious ne savant plus où arrêter la surenchère, voici une leçon de maître. Pas besoin de partir dans l’espace où détruire une ville entière pour nous impressionner, lui y arrive avec quelques dizaines de véhicules dans une course poursuite dans le désert. Quand la direction artistique est à ce point maîtrisée, l’immersion décuple les sensations, et le résultat à l’écran prend une toute autre ampleur. Chaque véhicule est unique, possédant un design incroyable,  chaque arme est une trouvaille, donnant un sens nouveau aux explosions, jamais aussi bien justifiées, le désert nous happe, et les personnages ont un charisme fou. La muselière de Max est cauchemardesque, les War-Boy sont de véritables psychopathes, Nicholas Hoult en tête pour une prestation qu’on est pas prêt d’oublier (on est tous témoins !), mais largement moins que Furiosa, totalement bad-ass (mais pas très sexy avec le crâne rasé, heureusement que l’arrière du camion de l’enfer est blindé de top modèles à s’en décrocher la mâchoire), et le fameux Immortan Joe figure dorénavant au panthéon des méchants les plus classieux. L’univers est aussi une réussite totale, introduisant avec panache une religion tellement folle qu’elle en devient hilarante, décuplant la portée de la folie des personnages, avec encore une fois un Max Mad dans le sens où il est probablement la seule personne seine d’esprit – ce qui constitue donc une folie par rapport aux autres – même si une de ses idées viendra un peu contrebalancer ce fait.

Mais si le film marque à ce point, c’est donc pour la puissance de son action. On commence directement dans le bain, dans une violence et une folie inouïs, et à quelques passages près, plus des trois quarts du film sont une course-poursuite effrénée dans le désert où ça s’échange méchamment des explosifs, des projectiles et de la castagne (pour peu que vous ayez envie de tester les sièges Dbox, vous ne pouvez rêver meilleure occasion, et le résultat est saisissant – synchronisation et pertinences optimales). Mais cette fois le réalisateur ne joue plus la provocation et privilégie l’artistique, suggérant plus qu’il ne montre les passages les plus sanglants. Ainsi, avec la vitesse d’enchaînement, la puissance de l’univers et la maîtrise artistique aboutissant à des plans spectaculaires, la claque visuelle est totale, d’autant qu’il se dégage un réalisme peu commun et rafraîchissant, sans compter le talent des acteurs qui arrivent à faire vivre cette folie ambiante. Un film qui ne ressemble à aucun autre, complètement déjanté et haletant de bout en bout, réussissant le pari de faire renaître une franchise vieille de plus de trente ans et éclipsant sans mal tout ces prédécesseurs, tout en s’imposant comme l’un des films d’actions les plus aboutis et impressionnant de l’histoire. Soyez en tous témoins !

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’71

’71
2014
Yann Demange

Considéré comme l’un des meilleurs films retraçant les incidents sur l’IRA et autres mouvements terroristes d’opposition religieuse en Ireland au début des années 70, The Boxer m’avait laissé froid, et l’idée de me retrouver à nouveau devant ce même thème ne me réjouissait pas des masses. Le problème vient de la nature exacte du conflit : une guerre entre les catholiques romains du Sud et les chrétiens protestants du Nord. Deux religions quasi similaires, partageant le même dogme et la même vision de la vie. Le conflit n’a d’autant moins de sens que ce sont les protestants qui furent les plus agressifs, alors même que c’est leur religion est la plus libérale, s’étant affranchi de toute notion de saints, de reliques sacrées et autres représentants religieux, et ayant même délaissé une partie de la bible. Le protestantisme est une version épurée et remodelée du christianisme, mais en aucun cas une contradiction. Donc le principe de base est con, même si c’est la politique de conformisme britannique et son occupation qui a mit le feu aux poudres, mais finalement le film est plus universel. Il parle de Gary Hook (Jack O’Connell), militaire anglais dépêché à Belfast en 1971, qui va se retrouver piégé en plein cœur du conflit, et difficile de savoir à qui accorder sa confiance.

Après un début classique en mode « film coup de poing » qui dépeint la violence, la misère et l’horreur qui régnaient sur place, le film bascule dans sa seconde moitié vers quelque chose d’un peu plus neuf et intéressant, en devenant une sorte de thriller intimiste avec des histoires de complot et de survie. Le film devient alors beaucoup plus intéressant, même si l’éternel rite initiatique ne l’aide pas à briller question originalité. En revanche, son ambiance stressante est assez réussie, et la réalisation est plutôt stylisée. Désormais habitué aux rôles de dur à cuir avec la rage de vivre, Jack O’Connell prouve à nouveau son statut de talent en devenir, et son jeu, mélange de hargne et de fragilité, colle encore très bien à son personnage. Au final les questions religieuses ne sont pas traitées, et ce sont plus les aspects politiques et humains qui structurent le récit, une bonne chose assurément tant la pente peut s’avérer glissante. Mais le film ne convainc pas outre mesure, la faute à une absence notable : l’émotion, totalement absente. Un film très bien fait, osant quelques efforts artistiques, mais foncièrement froid, n’arrivant jamais à nous toucher.

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Mad Max au-delà du Dôme du Tonnerre

Mad Max au-delà du Dôme du Tonnerre
1985
George Ogilvie, George Miller

Au même titre que certaines personnes feignent de ne rien savoir de l’existence de Dragon Ball GT, de suites aux Visiteurs ou d’un troisième volet des Bronzés, il y a aussi le camp de ceux qui préfèrent fermer les yeux sur ce troisième Mad Max. Pourtant, porté par le colossal succès de Mad Max 2 considéré par beaucoup comme l’un des meilleurs films de tous les temps, cette suite fut encore plus lucrative, notamment grâce aux Etats-Unis où il fut l’un des plus gros succès de l’année, bien qu’en France à quelques billets près il fut le moins populaire avec tout juste 2,5 millions d’entrées. L’épisode de la honte ou déception disproportionnée à cause d’un prédécesseur inégalable ?

Changement de cap : on nous explique ici que le cataclysme a eu lieu entre les deux premiers films, et ainsi sa petite vie « tranquille » de flic avec une maison et un semblant de civilisation n’est qu’un lointain passé, et aujourd’hui tout n’est que désert, misère et barbarie. Dépouillé par son ancien ami pilote, Max Rockatansky (Mel Gibson) va se retrouver dans l’obligation de se rendre dans la ville du Dôme du Tonnerre pour espérer remettre la main sur ses biens, mais au lieu de ça il sera embrigadé dans un conflit entre deux personnes souhaitant avoir le contrôle de la ville.

Doté d’un budget quatre fois supérieur au second, déjà dix fois plus élevé que le premier, cette troisième aventure est assurément la plus ambitieuse de la saga, et pourtant c’est de loin le film qui a le moins bien vieilli. Une ville entière a été bâtie au milieu du désert, sans compter la seconde, avec des centaines de figurants pour lui donner vie, et on retrouve encore une énorme scène d’action finale qui tente de placer la barre encore plus haut. De plus, le scénario est de loin celui possédant le plus fort potentiel, et pour cause, il s’agit pour ainsi dire de la seconde moitié de La Machine à explorer le temps de H.G. Welles. Bref, le film avait toutes les cartes en mains pour nous éblouir, mais ça ne sera pas le cas. Pour commencer la direction artistique n’est pas très bonne, confondant difformité et monstruosité, créant régulièrement un malaise. Un choix de style qui a d’ailleurs très mal vieilli, rappelant beaucoup les séries B de l’époque. Côté scénario c’est partiellement raté aussi, déjà de par l’incohérence du pote aviateur qui semble être entourée d’amnésie, et au final on reste perplexe sur certains points inutiles, comme le nain, le capitaine ou l’avion. Et de manière globale, le film ne va jamais au bout des choses. Sur le plan post-apocalyptique, l’ambiance est largement moins réussie qu’auparavant, et niveau action c’est encore une fois un cran en dessous. Point honteux, pour l’époque c’était sacrément ambitieux, le film reste néanmoins le moins bon de la saga, et il fallut attendre dix ans pour parler d’un quatrième, qui au final n’aura jamais vu le jour, le nouvel arrivant étant semble t-il un reboot. Une bonne nouvelle de toute façon, le potentiel était là, et les premiers échos indiquent une réussite totale qu’il me tarde de découvrir.

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