Fast & Furious 7

Fast & Furious 7
2015
James Wan

Initialement l’attente autour de la saga Fast & Furious était déjà énorme, car depuis le retour du duo Brian O’Connor / Dominique Toretto dans le quatrième volet et que l’ensemble du casting fut réuni dans un cinquième épisode explosif et ingénieux, la saga a connu une évolution spectaculaire. En grosse difficulté financière avec le décevant Tokyo Drift, elle a ensuite explosé des records avec chacune des suites, le sixième film ayant même atteint les 788 M$ dans le monde. Mais voilà, le 30 novembre 2013, alors que le tournage de ce film battait son plein, l’un des principaux héros de la saga est mort : Paul Walker. La sortie du film a donc été repoussée d’un an, une réécriture s’est imposée, et des doublures avec trucage numérique ont remplacé l’acteur pour ces dernières scènes, amenant le budget à une barre vertigineuse : 250 M$, soit presque 100 M$ de plus que le record détenu par le précédent volet. Nombre de questions se posaient alors, à savoir si le tragique incident allait avoir une répercussion sur le film, si le trucage numérique n’allait pas dénaturer l’ensemble, comment l’histoire allait gérer ça, et aussi savoir si la saga a encore un avenir sans son héros originel. Avec 392 M$ sur son premier week-end et le demi milliard atteint en moins d’une semaine, pour un cumul final probablement situé aux alentours des 1,1 milliards, et surtout des critiques dithyrambiques, il semble que le public et la presse ont largement répondu oui.

Pourtant d’un charisme presque négatif pour une histoire décevante, cette suite reprend l’histoire de Owen Shaw (Luke Evans) – d’ailleurs pas mort finalement -, que son frère, Deckard (Jason Statham), cherche à venger en traquant l’équipe de Hobbs (Dwayne Johnson), à savoir Dom (Vin Diesel), Brian (Paul Walker), Han (Sung Kang), Roman (Tyrese Gibson), Letty (Michelle Rodriguez) et Mia (Jordana Brewster). Suite à la mort de Han, attribuée à tort à Deckard, Dom va décider de faire alliance avec le gouvernement (Kurt Russell) pour retrouver et tuer le second Shaw, devant pour ce faire retrouver l’ingénieur Ramsey (la sublime Nathalie Emmanuel de Game of Thrones) responsable de l’œil de Dieu, système de localisation implacable. Mais Shaw est lui aussi sur le coup avec sa légion (commandée par Djimon Hounsou et Tony Jaa).

Peu à peu le simple film de course de voiture est devenu du gros film d’action ultra-bodybuildé où la surenchère n’en fini plus, celui-ci atteignant des cimes encore plus hautes. C’est bien sûr globalement une bonne chose, mais le quasi abandon de classiques course-automobiles nous fait dire que l’arrivée de la franchise Need for Speed est une excellente chose tant le genre est délaissé par son propre précurseur, et on regrette tout de même cette simplicité des débuts. Un regret d’autant plus grand que si l’aspect revenge-movie fonctionne très bien avec la formule, sa gestion est beaucoup trop simpliste et fade pour vraiment convaincre. La dernière histoire était déjà pas bien heureuse, alors continuer avec le frère insipide d’un méchant insipide, ça n’est pas très gageure. Un bad-guy pas très crédible, aux motivations floues et à l’omniprésence lassante, et rien dans l’histoire ne sera égaler le niveau de recherche pourtant assez basique du coup du coffre à Rio. Au rayon des déceptions, en plus des nouveaux arrivants peu convaincants (exception faite de Ramsey), on notera aussi le regrettable changement de réalisateur, nuisance évidente vu le résultat. Les plans sont moins stylisés, les mouvements de caméra plus brutaux et l’action moins lisible. Certains cadrages sont plus originaux et audacieux, mais l’image est dans l’ensemble moins belle et on perd grandement au change.

Néanmoins, sans être la révolution qu’on espérait, le film est très bon. Après tant de films passés ensemble, la « famille » nous est de plus en plus attachante, et le groupe est vraiment excellent. Profitant d’un humour frais et efficace et de savoureux dialogues, le film rend plus que jamais justice à l’incorrigible hyper-alpha Roman Pierce, sans compter Hobbs, un « papa qui a du boulot ». Dommage en revanche que ce génial super-agent soit si peu présent dans le film, car chacune de ses apparitions sont mythiques. Et puis bien sûr il reste ensuite l’action, bulldozer détruisant tout sur son passage. À cause de la chronologie qui en fait le premier film à se passer après Tokyo Drift, l’occasion d’un petit caméo de son héros Lucas Black, le temps de faire le lien le film perd énormément de temps et tarde à démarrer, mais le résultat est là tout de même. On nous avait vendu l’énorme parachutage, l’intense kidnapping en montagne et le colossal saut de building en voiture, mais le film gardait dans sa manche son atout majeur : sa dernière demi-heure monstrueuse dans les rues d’une ville bien connue. Un petit bonheur un peu tiédi par la réalisation brouillonne et le cadre nocturne mal exploité, mais il y a plus. L’hommage final à Paul Walker est d’une rare perfection, nous repassant avec émotion ses plus grands moments dans la saga, avec à la clef les vibrants adieux de son meilleur ami Vin Diesel, partageant avec lui une dernière course avant de partir dans des directions opposées, magnifique métaphore qui nous fait dire que Universal a gagné le droit de prolonger la franchise sans lui, non pas que le doute fut permis de croire que tout allait s’arrêter, surtout avec un tel succès historique. Donc malgré une faiblesse scénaristique évidente, un méchant bancal et un réalisateur qui n’avait pas les épaules pour une telle production, on tient là un divertissement d’une ampleur incroyable, ravageur dans ses cascades et son humour. Assurément le plus gros film de la saga, mais l’ambiance des débuts nous manque.

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Astérix – Le Domaine des Dieux

Astérix – Le Domaine des Dieux
2014
Louis Clichy, Alexandre Astier

Avec un ratio d’un bon film pour trois bouses, la saga live du petit moustachu gaulois est ce qu’on appelle un ratage quasi total, et ses incursions en animation n’ont pas franchement été des plus enthousiasmantes. Alors pouvait-on espérer quelque chose de cette énième tentative ? Assurément avec Alexandre Astier à la barre, assurant une partie de la réalisation, le scénario, mais aussi les dialogues. Pour tout connaisseur de Kaamelott qui se respecte, sa présence étendue ne pouvait qu’être une excellente nouvelle, mais c’était sans compter la pauvresse du matériau d’origine, l’un des plus mauvais album d’Uderzo et Goscinny si l’on se réfère à la vision de ce long-métrage.

Comme toujours, il sera question de César et de son besoin de raser l’éternel village de Abraracourcix, le dernier village gaulois lui résistant encore et toujours grâce à ces habitants, profitant du savoir de leur druide Panoramix pour leur prodiguer ce qu’ils appellent la « potion magique », concoction leur octroyant une force surhumaine. Pour y parvenir, son plan consiste à donner l’envie de goûter au style de vie romain aux pecnots locaux, construisant sous leur nez le « Domaine des Dieux », cité porte-étendard de leur supériorité.

Voilà voilà… Astérix étant sorti en 1959, la plupart de ceux l’ayant découvert à l’époque sont trop vieux pour vouloir se pencher sur un film d’animation, mais comme les nouvelles générations continuent de s’intéresser aux albums, un certain public subsiste, et trouver l’habile équilibre pour satisfaire ce large pannel est difficile. Le film s’y plante dans les grandes largeurs. D’une bêtise rebutante pour les esprits éveillés, il parlera aussi difficilement aux plus jeunes, multipliant les références faciles telles Charles de Gaule et la politique contemporaine, Sarkozy en tête (ce qui est peu étonnant puisqu’il était encore président au moment de la finalisation du scénario et enregistrement des dialogues). D’ailleurs, le film se veut très politique, parlant d’esclavagisme (avec une maladresse incroyable, prônant presque son retour), du problème de logement, d’immigration et limite d’antisémitisme (deux peuples ne pouvant pas se blairer). Seulement ces thèmes sonnent creux, n’étant qu’effleurés comme pour coller à l’actualité et rendre l’histoire plus « parlante et contemporaine ». On aurait presque tendance à s’ennuyer tant cette histoire est fade et arriviste. On se demande vraiment ce qui a orienté le choix de l’album adapté tant son vide semble abyssal, et mon seul souvenir y étant lié était son atmosphère automnale, très porté sur les teintes rouges et roses, mais artistiquement le film est encore une fois raté et n’en tient pas compte.

En effet, si les français ne font pas de films en 3D – ou évitent tout du moins -, c’est bien évidemment parce que le procédé est coûteux et ne supporte pas la médiocrité. Doté d’un certes beau budget de 30 M€, le film n’a tout de même pas les moyens de son ambition, et la modélisation est pauvre, basique, souvent saccadée même, ne nous flattant pas une seule fois la rétine. Un visuel sans âme qui nous laisse glacé. Le style cartoonesque en devient même grossier, les nez des personnages posant un problème de taille de par le « réalisme » du procédé entrant en conflit artistique. Et s’il n’y avait que la technique qui posait problème… Mais non, de l’architecture aux personnages en passant par les décors et la réalisation, rien ne convainc vraiment. Le casting vocal est lui aussi parfois un peu choquant, car si Roger Carel est toujours excellent en Astérix, le nouvel Obélix est atroce, et si on adore réentendre les voix des peureux chevaliers de Kaamelott, de même que celles de la quantité hallucinante de guest (Lorànt Deutsch, Elie Semoun, Florence Foresti, Alain Chabat, Laurent Lafitte, Lionel Astier, Géraldine Nakache et Artus de Penguern pour la dernière fois), la correspondance entre la voix, le personnage et l’image ne colle pas très souvent.

Mais ce film n’est pas pour autant une purge aussi colossale que les derniers massacres en salle, le salut du film résidant dans ses textes, pas parfaits, mais solides. Pas drôle à se pisser dessus, il n’en reste pas moins efficace de temps à autre, avec quelques dialogues cinglants qui font parfois mouche. L’ambiance est bon enfant, l’idée de montrer la corruption et l’avidité des gaulois marche pas mal, et quelques bonnes idées y sont aussi disséminées. L’accident n’est pas total, mais il faut bien avouer que l’histoire est vraiment vide – et débile qui plus est – et que techniquement le film est rebutant. Ça se regarde d’un œil distrait, mais compte tenu des talents engagés, la déception est monumentale. En revanche, le film marquant le troisième four commercial d’affilé pour le héros blond, il risque de ne pas revenir avant un bon bout de temps, pas une grande perte.

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La Traversée du temps

La Traversée du temps
2007
Mamoru Hosoda

Premier vrai film de Mamoru Hosoda après deux films de commande (Le premier de Digimon et le sixième de One Piece), cette adaptation du célèbre roman éponyme de 1965 de Yasutaka Tsutsui fut un grand succès critique, remportant nombre de prix dont presque tous les japonais portant sur l’animation. Vu les excellents films qu’il a fait par la suite, j’étais curieux de voir les débuts du réalisateur, d’autant que le voyage dans le temps est un sujet fort et au potentiel illimité.

Alors que l’été arrive et que l’heure sera bientôt à choisir son orientation universitaire, la jeune Makoto va mourir écrasée par un train suite à l’abandon des freins de son vélo. Du moins c’est ce qui aurait dû se passer. Au moment de l’impact, Makoto s’est subitement retrouvée quelques minutes plus tôt, alors en mesure d’éviter l’incident. Un saut dans le temps improbable et pourtant, d’après sa tante ce genre d’événements arrive de temps à autre, et c’est un pouvoir tout à fait maîtrisable. La voilà maintenant en pleine possession de sa vie, pouvant la modeler comme bon lui semble.

Si finalement l’histoire de famille est écartée, ou tout du moins pas approfondie ni utilisée, la base n’est pas sans rappeler l’excellent Il était temps, certes sorti après et ne pouvant pas être prit comme référence. Néanmoins la comparaison ne tourne pas en son avantage, la construction de l’histoire laissant à désirer. Il n’est pas nécessaire d’expliquer l’origine du pouvoir, le mystère peut tout à fait rester entier, mais tout va partir en vrille avec l’histoire du visiteur du futur. Le fait qu’un principe soit à la fois régit par la magie et par la science le rend incohérent, et la raison de la présence de cette personne n’a aucun sens : juste pour voir un tableau. Sérieux ? Avec le pouvoir de voyager dans le temps c’est tout ce que cette personne trouve à faire ? Le motif du départ est tout aussi flou, transformant peu à peu une magnifique histoire en essai un peu foireux. C’est d’autant plus regrettable qu’à l’exception de la forme des personnages quelque peu disproportionnée, le film est excellent sur nombre de points. Les décors et la musique sont magnifiques, le casting vocal sympa (les deux principaux sont Tomoko de GTO et Joker de Mass Effect), les personnages attachants, et l’ambiance est particulièrement réussie, d’une simplicité reposante. Mais voilà, l’histoire ne tient pas la route, et vu le sujet c’est d’autant plus dommageable.

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Death Note

Death Note
2003-2006 (manga) | 2006-2007 (anime)
Tsugumi Ōba & Takeshi Obata (manga) | Tetsurō Araki & Toshiki Inoue (anime)

Déjà écoulé à plus de vingt millions d’exemplaires dans le monde avant la sortie de cet anime, le manga Death Note (dont les treize tomes sont sortis entre 2003 et 2006, avec par la suite deux tomes supplémentaires, un préquel et une séquelle) compte parmi les plus populaires et appréciés de l’histoire, et c’est donc tout naturellement que l’audiovisuel a voulu s’emparer du succès. Le cinéma a damné le pion à cet anime à quelques mois près, la première partie étant sortie durant l’été, tandis que la seconde partie est elle arrivée un mois après l’inauguration de la série d’animation. Le succès fut au rendez-vous avec 75 M$ récoltés sur les deux films, avec à la clef des critiques très bonnes. Probablement moins lucrative, cette incursion animée est néanmoins la plus saluée, et c’est d’elle dont il sera question ici.

Très portée sur la religion, l’histoire plongera l’humanité au cœur du monde des Shinigamis (Dieux de la mort). L’un d’entre eux, Ryûk, fatigué de passer l’éternité avec les siens à tuer de temps à autre un humain pour garantir son immortalité (s’ajoutant la moitié de la différence entre l’âge de sa victime et son espérance de vie), va faire exprès de laisser tomber sur Terre l’un de ses deux cahier de la mort, le Death Note. Simple cahier d’apparence, il s’agit pourtant de son arme de mort, permettant à son possesseur de tuer n’importe qui à condition d’en écrire le nom dans le journal tout en visualisant son visage. Ce jour là, ce fut un jeune lycéen, Light Yagami, qui trouva le livre. D’abord dubitatif quant à son pouvoir, expliqué sur la notice « How to use it » (écrite en anglais pour une compréhension plus universel, c’est dire jusqu’où est poussé la réflexion), il dû se résoudre à l’évidence après avoir essayé son influence sur un criminel montré à la télé et constaté son arrêt cardiaque, mort par défaut. Épaulé par Ryûk, le Shinigami attaché au Death Note, il va devenir Kira, justicier de l’ombre qui châtie les criminels de sa plume. Un pouvoir colossal qu’il compte bien mettre à profit pour bâtir un nouveau monde exempt de toute criminalité, obligeant les autres à se tapir dans la peur de son courroux, faisant de lui le nouveau Dieu. Enquêteur le plus brillant de la planète, le mystérieux L va tout faire pour arrêter les agissements de Kira, convaincu que la justice et la morale de ce dernier ne feraient que condamner le monde aux ténèbres.

À peine après que Light ait commencé à se servir du livre, l’énigmatique L débutera sa traque, bluffant d’emblée de par sa perspicacité et son intelligence. Un pouvoir surnaturel, des morts naturelles : on pensait qu’aucune enquête ne serait possible, et pourtant, les points communs entre les morts, les circonstances et le moment des décès vont immédiatement orienter l’investigation de L vers un japonais de la région de Kanto, probablement lycéen même. Un choc qui retenti dès le second épisode, et la suite n’en démordra pas. Un affrontement entre deux êtres à l’intelligence hors du commun, nous épatant tour à tour de par la force de leurs interprétations et leurs capacités à comprendre l’autre. Un jeu du chat et de la souris palpitant, ne laissant guère de répit et enchaînant les tournants majeurs à chaque épisode. Chacun des 37 épisodes apportera une révélation d’envergure, susceptible de tout faire basculer en un instant. Une tension ahurissante où rien n’est laissé au hasard, mais tout n’est pas parfait pour autant.

Personnage principal de l’histoire, Light s’avère à de nombreuses reprises décevant, surtout dans sa façon de traiter autrui. Son principe de base aurait pu être bon, mais son arrogance et son dédain vont peu à peu le rendre détestable. Pour lui tout le monde est sacrifiable, et quand on voit comment finissent ses proches, surtout de gente féminine, on se dit quand même qu’on a là un connard d’un niveau sans précédant. Cela contribue aussi à le rendre intéressant, mais il va bien souvent trop loin, manipulant sans le moindre tact et sans émotion, et c’est en parti à cause de ça que la fin déçoit quelque peu. Après l’apothéose de la première moitié avec Higuchi et la terrible séquence de l’hélicoptère, permettant de pardonner la fatigante triple incarcération qui se complique beaucoup trop la vie en terme de manipulation, même si cela implique le double gâchis Rem / L, on poursuit ensuite la traque avec Near et Mello. Une suite qui avait un potentiel énorme tant les personnages sont bons et que l’ellipse temporelle intéressante, sans compter que les réflexions sont poussées encore bien plus loin question manigances, mais la gestion est un peu bancale. Near est beaucoup trop fort, Light multiplie outrancièrement les erreurs et fait des calculs vertigineux pour un résultat minable, et Mello semble jeté avec l’eau du bain en ayant révélé qu’une infime partie de son potentiel. Et il n’est pas le seul à souffrir d’une sous-exploitation : la fofolle Misa Amane, second Kira, est tellement malmenée et maltraitée que c’en devient pénible. Mais d’un autre côté, il est évident que ces choix sont utiles du point de vue de la morale finale, et après être arrivé aussi loin on ne pouvait s’attendre à une fin différente.

Pas le temps de s’arrêter pour admirer le paysage ou faire le point, les choses s’enchaînent à une vitesse phénoménale, ce qui implique quelques laissés pour compte et autres choix difficiles. C’est un parti prit percutant et terriblement efficace, mais qui n’est donc pas exempt de défauts et potentiellement frustrant. L’univers des Shinigamis, le pouvoir de leurs Death Note, l’arc des possibilités entre des mains humaines, voilà le genre de questions qui possèdent autant d’interprétations qu’il existe de personnes sur cette Terre. Que ferai-je avec pareil instrument entre mes mains ? La réponse nous appartient, et l’anime ne propose qu’une seule sorte de réponse possible, allant au bout de sa réflexion sans compromis. Alors bien sûr, même si tout ce qui entoure les règles d’utilisation du livre est dévoilé avec un soucis du détail incroyable, nombre de questions restent en suspend et on pourrait décliner le concept à l’infini. Mais voilà, on se concentre sur un arc bien précis, et le résultat est hallucinant. Un univers totalement inédit, un fond qui remet en cause la philosophie de vie et les principes de la société, des personnages emblématiques et une enquête d’un rare niveau de complexité, sans compter l’ambiance particulièrement soignée grâce à la qualité de l’animation et aux musiques terrifiantes. Un travail remarquable donc, rendant malgré tout justice à son concept si fort.

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Starcraft II Heart of the Swarm

Starcraft II Heart of the Swarm
2013
PC

Alors que le monde attend fébrilement l’annonce imminente de la date de sortie du troisième volet de la trilogie Starcraft II inaugurée en 2010 avec Wings of Liberty, il était grand temps de découvrir cette seconde campagne. Après les Terrans luttant contre le dominion, repoussant les assauts Zergs et volant des artefacts aux Protoss pour sauver de l’emprise Zerg la reine des larves, alias Sarah Kerrigan, place à la suite directe avec une toute nouvelle aventure placée sous le signe des monstres Zergs. Vu par beaucoup comme une simple extension du nouvel univers Starcraft II, Heart of the Swarm va se révéler être bien plus qu’un simple add-on.

Graphismes : 17/20

On aurait pu penser bêtement à une reconduite pure et dure du moteur du jeu, limite avec un peu moins de soin même puisque les enjeux d’implantation étaient moindres, mais il n’en est rien. Au contraire même, le progrès est flagrant, et c’est bel et bien une refonte complète à laquelle on assiste. Les unités, les bâtiments, les textures : tout a subit un lifting des plus appréciables, mais le progrès ne s’arrête pas là. En plus d’offrir des environnements bien plus fouillis, détaillés et inspirés, notamment en raison du bestiaire Zerg mais aussi en raison de leur univers organique, on pourra aussi féliciter les programmeurs pour la qualité des cinématiques et des cut-scène, largement plus belles que par le passé. Le plus probant vient des personnages, dont l’animation et la modélisation a connu une évolution spectaculaire. Le jeu était déjà pas mal beau à l’origine, alors cette évolution n’en est que plus méritante.

Jouabilité : 19/20

Si pour beaucoup le jeu se résume aux parties en ligne où les débats sont animés autour de la suprématie de telle ou telle race (les Zergs sont largement plus rapides et gagnent plus que de raison, les Protoss bien plus fort mais trop chers, les Terrans bien équilibrés mais faciles à contrer, etc), mais nous nous concentrerons ici sur les bases et la campagne. Si on retrouve quelques missions bouleversant un peu le modèle standard, d’ailleurs bien mieux gérées dans le cas présent grâce à une héroïne personnalisable et aux pouvoirs particulièrement efficaces et utiles, le gros du jeu consiste à créer sa base et affronter un ou plusieurs ennemis. Chose propre aux Zergs, les maisons-mère servent à la fois de ruche à ouvriers mais aussi à guerriers, avec une gestion particulièrement efficace et intelligente où les ouvriers récoltent directement les minerais, chose inédite, avec double point de rassemblement pour mieux distinguer les types d’unités. La gestion des larves est de même une bien belle idée, leur nombre permettant de lever une armée en un rien de temps, d’autant que les zerglings ne coûtent pas grand chose et qu’un pouvoir permet de les ramener à la vie gratuitement à raison de 10 toutes les 30 secondes, permettant de lancer des assauts massifs et répétés à moindre frais (juste le coût initial des unités, déjà faible de base). Un régal à jouer donc, d’autant que la reine, d’une force dévastatrice, quasi immortelle et elle aussi ramenée à la vie gratuitement, permet de faire aisément une brèche de belle taille dans les rangs ennemis, pouvant même assurer le soin de ses plus robustes alliés. Un sentiment de suprématie immense se dégage alors de cette campagne, sans pour autant se montrer trop facile, donnant une saveur encore plus grandes aux victoires. Fondamentalement le jeu reste le même, soit d’une efficacité redoutable, mais il faut bien avouer que cette campagne Zerg est largement plus intéressante, notamment en terme de sensation de jeu.

Durée de vie : 14/20

De même que pour la première campagne, cette suite se boucle en à peu près 15 heures, ce qui est plus qu’honorable pour le mode histoire. Reste ensuite les parties en ligne, avec des serveurs toujours blindés, permettant d’enchaîner les parties sans temps mort, mais il manque encore et toujours le mode LAN, permettant de jouer sur un réseau privé avec ses amis ou tranquillement contre des IA. Une absence qui se fait pesante tant ce mode de jeu était le plus plébiscité du Starcraft premier du nom.

Bande son : 17/20

La plupart des personnages de cette suite étant issus du premier jeu, peu de surprises au niveau doublage, toujours excellent avec son lot vedettes du milieu, pour qui saura les reconnaître tout du moins. La grande majorité des thèmes sont aussi des reprises, donc la reconduite est presque totale, avec une même efficacité en terme d’ambiance. L’aspect Zerg apporte néanmoins un petit plus, donnant un côté plus atypique.

Scénario : 16/20

James Raynor a donc secouru la reine des larves, et on poursuit donc cette lutte contre l’extinction du point de vue de Sarah Kerrigan, ex dirigeante de l’Essaim, consensus Zerg, qui redeviendra bien vite la reine des larves – tout en gardant sa conscience humaine – pour affronter la menace qui vient des abysses de l’univers : le créateur, désireux de nous faire replonger dans le néant. Le tout sur fond de menace hybride, mi Zerg mi Protoss. L’histoire avance, se dévoile, et le point de vue Zerg, avec leurs objectifs propres, donne un coup de fouet à la mythologie, redoublant notre intérêt et gonflant notre attente autour de la conclusion.

Note Globale : 18/20

Jeu de légende, Starcraft est l’un des jeux de stratégie les plus apprécié de l’histoire, alliant réflexion, défouloir et science-fiction dans un savoureux mélange qui fut formidablement remit au goût du jour avec Wings of Liberty. On attendait pas forcément plus de cette suite, et pourtant il s’agit d’une amélioration globale de chaque point fort du jeu, qui corrige en plus nombre de ses défauts. Si l’équilibre des trois races est encore perfectible, mais il pourrait difficilement en être autrement tant la jouabilité de chacune est radicalement différente, le bilan est malgré tout exceptionnel, dépassant de loin la simple mise à jour, apportant un véritable vent de fraîcheur sur les graphismes, le système de jeu et les missions de la campagne, elle même bien plus intéressante et aboutie. Un travail si formidable qu’il en devient surprenant, donnant de grands espoirs quant à la conclusion de cette trilogie avec l’imminent Legacy of the Void, nous plaçant en compagnie des énigmatiques et terrifiants Protoss.

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Paddington

Paddington
2014
Paul King

Colossal succès des fêtes de fin d’année de par chez nous avec plus de 2,7 millions d’entrées, et surtout en Angleterre avec près de 7 millions d’entrées, le film a ensuite peu à peu gagné son statut de succès planétaire, étant actuellement à 253 M$ dans le monde, pour un budget modeste de 55 M$. Adaptation des livres de Michael Bond, le petit ours est le plus connu et populaire de l’histoire de la Grande-Bretagne, et visiblement le film a enchanté des familles entières. Pourquoi ? Un mystère total…

Il y a bien des décennies auparavant, un explorateur britannique a découvert une espèce péruvienne d’ours aux capacités vocales spectaculaires, et aujourd’hui cette espèce maîtrise le langage humain. Pas très motivé à l’idée d’accompagner sa tante à l’hospice, le jeune ourson Paddington (Guillaume Gallienne) va alors partir pour la capitale anglaise dans le but de se faire adopter. Malgré sa réticence première, Henry (Hugh Bonneville) va céder à sa femme (Sally Hawkins) et recueillir l’orphelin, mais très vite son inadaptation à la vie en société va se faire sentir, et l’envie de le mettre à la porte se fera pressente. Une situation qui ravirait Milicent (Nicole Kidman), taxidermiste bien décidée à ajouter une pièce de choix à sa collection.

Je sais, il faut faire preuve d’ouverture d’esprit, communier avec le soi enfant et autre connerie du genre pour s’ouvrir aux films familiaux surtout orientés pour les petits, mais ce film m’a profondément ennuyé. Déjà abordons le problème central : Paddington. Rien ne va avec lui. Sa modélisation est lamentable, pas réaliste pour un sou ; le doublage français est à hurler tant Guillaume Gallienne est insupportable avec ses deux de tension, son côté chétif et larmoyant (et pourtant avec Peabody on savait qu’il était mauvais dans ce domaine) ; et SURTOUT, personne ne s’étonne qu’un putain d’ours tape la discussion ! Un ours qui parle, merde ! On a tout simplement pas le droit de faire comme si c’était naturel, classique, que tout le monde s’en fout, car sinon ça enlève le côté incroyable et unique du personnage. Complètement foireux dans son traitement, le personnage est antipathique (sans gènes et égoïste) et pas émouvant une seule seconde. Et pour le coup, les histoires de marmelade et sandwich, on s’en contrefout puissamment. Et si seulement il n’y avait que ça… Avec une histoire ultra classique à la 101 dalmatiens et autre Beethoven, il y a déjà de quoi se faire chier, mais quand en plus les acteurs n’y croient pas et cabotinent à outrance, on atteint vraiment un niveau difficilement supportable. Voilà donc à quoi se résume cet immense succès familial : une histoire incroyablement banale, incohérente, au héros raté, aux personnages ratés, et à l’humour débile. Honte à vous !

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Vie sauvage

Vie sauvage
2014
Cédric Kahn

Ferme ta gueule connard de géniteur ! Voilà comment est perçu le droit paternel dans notre pays, confiant pour ainsi dire systématiquement la garde des enfants à la mère lors des divorces. Summum de l’inégalité homme / femme, la société a inventé le principe de pension alimentaire, obligeant occasionnellement le mari à fournir une aide financière à son ex conjointe, alors que l’inverse n’est jamais applicable. Fait divers qui avait fait beaucoup de bruit, l’histoire du film est tirée de faits réels.

Deux marginaux, Paco (Mathieu Kassovitz) et Nora (Céline Sallette) se sont rencontré au cours de leur vie de bohème, voguant de ville en ville, de camp de fortune en roulotte. Une vie qui leur allait très bien, faisant eux même l’école à leur trois enfants (le premier étant issu d’un autre père), Nora ne souhaitant jamais se poser et avoir un vrai foyer. Seulement voilà, quelques années plus tard, elle va subitement se réveiller fatiguée de ce mode de vie, et va kidnapper un beau matin ses enfants et partir avec pour s’installer dans le sud. Pourtant, la justice ne va rien faire, allant même jusqu’à confier à la mère en fuite la garde totale des enfants. Écœuré par un système stupide, Paco va profiter de ses premières vacances avec ses fils pour les garder et ne jamais les ramener.

Les sentiments nous font faire de sacrées conneries. La mère était dans son tort le plus complet, et avec un bon avocat, un peu de patience et de calme, l’affaire aurait peut-être tournée en la faveur du père. Mais non, ce dernier se laissera emporter et tombera dans la criminalité, l’obligeant à passer onze ans en cavale à se cacher à vivre dans la peur. Le film ne rend d’ailleurs pas justice au combat de cet homme, désigné tout de même inapte à la vie en société, à moitié fou et potentiellement violent. Il possède bien sûr quelques qualités humaines, mais globalement on aurait plus tendance à prendre le parti de la mère malgré l’incompréhension de son geste premier. On doute de la pertinence de ce style de vie pour des enfants, qui semble t-il leur a causé beaucoup de peine et de regrets, bien qu’au final leur amour pour leur père fut indéfectible. Le film a sans doute cherché à ne pas trop prendre parti ou embellir l’un des deux camps, mais les choix ont eux des conséquences de toute évidence néfastes. Un film fort, bien interprété et intéressant, mais qui dérange, et pas forcément en bien.

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Reversion

Reversion
2016
Christopher Nolan, Roland Emmerich

Evénement majeur dans l’histoire du cinéma, la rencontre de deux des plus grands cinéaste de leur génération, Christopher Nolan et Roland Emmerich, s’est faite autour d’un film catastrophe d’une ambition sans précédent, et le moins que l’on puisse dire est que le rendez-vous dépasse de très loin toutes les attentes générées. Déjà d’un point de vu financier le monstre dévore tout sur son passage, ayant engrangé plus de 1,5 milliard en seulement deux semaines, et le record détenu par Avatar tombera à n’en point douter. Mais niveau critiques le mastodonte impose là aussi le respect, culminant à 99% sur Rottentomatoes et 9,8 sur IMDb, ce qui en fait le blockbuster le plus apprécié de l’histoire. Et quand on voit le résultat, c’est une évidence.

2022 sera l’année du cataclysme. Le professeur John C. Bogard (Leonardo DiCaprio) avait tenté de prévenir le monde, mais le gouvernement (représenté par Sean Connery, le président, et Sylvester Stallone, le conseillé) a caché la vérité au peuple car de toute façon la fin du monde ne pouvait être empêchée, les laissant sans la moindre préparation face à la plus grande catastrophe de l’histoire : une inversion des pôles. Durant l’été 2022, les pôles magnétiques de la Terre vont s’inverser, laissant la planète sans la moindre gravité pendant plusieurs minutes. Les objets, les gens, les océans vont alors se soulever, et les retombées vont tout dévaster.

Nom de dieu quelle claque ! Bien sûr, avec deux spécialistes du genre et un budget avoisinant le demi-milliard, on s’attendait à du très grand spectacle, mais le film atteint un tel niveau de réalisme et d’immersion que s’en devient presque indescriptible. Le cinéma a tout simplement fait un bond spectaculaire, prouvant non seulement que la 3D peut encore nous surprendre quand elle est bien faite, mais qu’en plus alliée aux sièges amovibles (DBox), elle peut littéralement nous transposer dans le film. Voir des immeubles entiers s’engouffrer dans le ciel, l’eau du globe se surélever avec une poésie incroyable, pour au final voir le tout s’écraser dans un déluge de destruction et de violence, c’est tout simplement magnifique. Il y a trop de plans hallucinants pour tous les citer, mais le bal des voitures et la séquence du stade de foot comptent parmi les expériences les plus fortes de l’histoire du septième art. Une perfection de tous les instants en terme de visuel, trouvant toujours l’angle le plus vertigineux pour filmer, et y ajoutant en prime des effets de lumière à se damner, prouvant que la destruction est la plus belle forme de création. Filmer le Big-Bang n’aurait pas autant d’impact que cette purge d’effets-spéciaux. L’histoire est un peu prétexte à ce déluge, mais vu le résultat on pardonnera facilement, d’autant que les personnages font preuve d’une belle écriture, avec des comportements brillants et des dialogues épiques. On notera d’ailleurs la surpuissance du casting, avec pour les femmes Sigourney Weaver, Scarlett Johansson, Nicole Kidman et Emma Stone, et côté homme Matt Damon, Matthew McConaughey et Jean Dujardin. Un film historique donc, qui s’impose sans mal comme une référence absolue en la matière, et prouve aussi que la cinéma n’a pas fini de nous faire rêver.

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Mars 2015

Ainsi s’achève un mois historique sur le site, battant le précédent record en franchissant pour la première fois la barre des 900 visites, et ce grâce à un référencement sans précédent, aboutissement des percées de mes deux chaînes Youtube qui petit à petit font leur nid. Merci à tous pour ce nouvel élan !

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Calvary

Calvary
2014
John Michael McDonagh

Irlande, terre de communistes extrémistes religieux, abritant en plus un nombre d’alcooliques qui avoisine celui de la population, enfants compris. Un territoire d’autant plus inhospitalier pour les étrangers, fléau combattu avec la plus grande fermeté, sauf pour celui qui saura se montrer généreux. Bref, de francs camarades avec qui il fait bon vivre, et un film cynique sur cette civilisation atypique avait de quoi convaincre.

Dans une ville où seule l’église rassemble l’ensemble de ses habitants, le père James (Brendan Gleeson) y est donc l’homme le plus important, influant. Nombre de personnes comptent sur lui, et tout le monde le respecte. Pourtant, un beau matin, un homme est venu lui parler, lui avouant son passé trouble, sa quête de vengeance et ce qui pourrait l’apaiser : sa mort. L’idée d’abattre un homme d’église de valeur serait pour lui un séisme délicieux, et à la fin de la semaine il passera à l’acte, histoire de laisser le temps à sa victime de mettre de l’ordre dans sa vie.

Mon dieu quelle déception ! En admettant qu’on ne remette pas en cause le principe arbitraire premier, rien ne nous satisfera vraiment, que ce soit la remise en ordre ou l’ambiance du film. Dans un rythme des plus mollasson, on suivra le vieil homme prodiguer ses derniers conseils, tenter de résoudre les problèmes insondables d’une ville corrompue jusqu’à l’os, aux dérives aussi nombreuses que les habitants. Une liste exhaustive mais presque jamais intéressante, multipliant les personnages anecdotiques dont l’utilité est discutable. Mais le vrai problème vient de la forme du récit, très loin de la piquante et noire comédie, celle qui ose et qui profane tout. C’est juste gentillet, doucement provocateur, mais n’allant jamais jusqu’au bout des choses. Une ébauche, une veine tentative qui n’abouti finalement nulle part, ne tirant d’autres leçons que « monde de merde ». Un film vain et assez ennuyeux.

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