La Clinique de l’amour !

La Clinique de l’amour !
2012
Artus de Penguern

Après Grégoire Moulin contre l’humanité, film confidentiel qui avait fait quelques 80 960 entrées, Artus de Penguern nous revenait il y a deux ans avec une seconde réalisation où il tenait encore le rôle principal, rôle qui fut son dernier en terme de tournage avant son accident. Malgré un grand nombre de salles, l’indifférence l’emporta avec 62 112 entrées.

Parodie de soap-opéra (style amour, gloire et beauté), le film nous place au sein de la clinique Marshal, dirigée deux frères : John (Artus de Penguern) et Michael (Bruno Salomone). John est un excellent médecin, un homme bien et rêve de pouvoir aider chaque âme sur cette planète. Michael lui est avide, coureur de jupons et exécrable chirurgien, au point d’avoir précipité la clinique vers la faillite avec sa tentative d’ouvrir un centre de chirurgie esthétique. Un repreneur pourrait les aider, et Michael est très intéressé par le chèque à la clef, mais John compte bien sauver la clinique. Pendant ce temps, Priscilla, qui sort avec Michael, va apprendre que John l’aime, mais elle aime en retour Michael qui lui aime Samantha. Et c’est alors qu’un accident de car va survenir. John pourra t-il tous les sauver ? Jessica remontera t-elle sur scène ? Le père est-il vraiment le père ? Vous le saurez en regardant le prochain épisode de La Clinique de l’amour !

Le genre parodique est très très casse-gueule. Et effectivement, difficile de rentrer dedans, d’autant plus que donner un nom américain aux gens, faire exprès de jouer mal, tenter de reproduire des situations classiques de séries US, ça n’est pas forcément la bonne approche. Le début rame beaucoup, nous perdant même par moments à force d’abuser de la carte « cliché ». Avec un ours sorti de nulle part et une histoire qui patine, on s’accroche assez mal. Heureusement, la fin est là pour nous donner le coup de fouet nécessaire, les passages drôles étant sinon très rares. C’est la fin, on lâche tout, ça part en vrille, on nous balance des révélations en chaîne d’une ampleur colossale, et la surenchère improbable paye enfin, nous amenant au degré de délire suffisant pour pouvoir rire intelligemment. Mieux vaut tard que jamais, mais le résultat reste beaucoup trop bordélique pour vraiment s’en amuser.

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Les Bronzés 3 amis pour la vie

Les Bronzés 3 amis pour la vie
2006
Patrice Leconte

Bien que ne culminant qu’à près quatre millions d’entrées, les deux épisodes des Bronzés ont gagné une notoriété énorme au cours des dernières décennies (sans quoi, comment justifier les 10 millions de spectateurs qui se sont rués sur cette suite ?), devenant des monuments du cinéma. L’idée d’une suite ne date pas d’hier, mais avec un réalisateur qui avait peur de voir son image cantonnée à deux films, il aura fallut attendre un projet d’Astérix tombé à l’eau censée réunir toute la troupe du Splendid pour voir la bande reformée, 27 ans après. Une tragédie qui nous aura valut Astérix aux Jeux Olympiques et ce troisième volet en tous points détestable.

Apparemment investisseurs dans l’affaire hôtelière de Popeye (Thierry Lhermitte), toute la fine équipe est de retour pour des vacances dans un hôtel grand luxe en Espagne. Bernard (Gérard Jugnot) et Nathalie (Josiane Balasko) ont depuis fait fortune avec une chaîne de magasins, mais seront confronté à l’homosexualité de leur fils. Jérôme (Christian Clavier) est lui aussi de la partie malgré ses déboires financiers, ayant en effet commit une bavure en chirurgie esthétique sur la personne de Christiane (Dominique Lavanant). Sa vie part à vau-l’eau mais il a bon espoir de renouer avec son amour d’antan, Gigi (Marie-Anne Chazel), mais cette dernière ne vient pas seule : en voyage aux Etats-Unis, elle tomba amoureuse d’un coiffeur, JC, qui n’est autre que Jean-Claude Dusse (Michel Blanc).

Le film démarre avec tout ce qu’on aime : une musique fraîche et entraînante, le cadre idyllique rappelant les premiers instants, et un Popeye toujours en aussi grande forme avec sa chef cuisinière. Même ensuite Jérôme, dont l’ambition a été rattrapée par sa vantardise, laisse présager un retour pas si mauvais, mais tout ne sera qu’une succession d’idées plus foireuses les unes que les autres. Gigi et ses airbags sont une abomination ; Jean-Claude perd presque toute sa saveur d’antan et ses perruques sont affreuses ; Bernard et son problème d’articulation est un véritable handicap ; l’histoire de la nuit au chalet est une aberration ; l’affaire Christiane est un outrage au bon goût ; sans compter la fin pour le moins stupide. La plupart des gags sont foireux, et les personnages ne sont plus l’ombre d’eux mêmes. Rien ne saurai sauver cette farce bien douloureuse tant l’attente était grande.

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Les Bronzés font du ski

Les Bronzés font du ski
1979
Patrice Leconte

Fort du succès des Bronzés, l’équipe du Splendid a eu l’occasion de renouveler l’expérience cinématographique, transposant la joyeuse bande non plus sous le soleil et les cocotiers, mais à la neige, près de Chamonix. Tout aussi culte dans l’esprit populaire grâce aux innombrables rediffusions, le film fut néanmoins moins populaire dans les salles lors de sa sortie : un peu moins de 1,6 millions d’entrées, soit une nette baisse comparé au premier.

Animateur un jour, animateur toujours, Popeye (Thierry Lhermitte) est cette fois-ci moniteur de ski et vendeur dans un magasin d’accessoires dans une station où travaille justement son ami Jérôme (Christian Clavier), toujours docteur, marié depuis avec Gigi (Marie-Anne Chazel) qu’il avait rencontré en Côte d’Ivoire. Heureuse coïncidence, cet hiver ils recevront la visite simultanée de Bernard (Gérard Jugnot) et Nathalie (Josiane Balasko), plus tranquilles désormais dans leur couple, Jean-Claude Dusse (Michel Blanc) qui compte bien conclure sur un malentendu avec la réceptionniste, et même Christiane (Dominique Lavanant) l’esthéticienne, amouraché d’un vieil homme marié.

Même principe que pour le premier film : une bande de copains (bien qu’ils le soient d’emblée dans cette suite) en vacances, changeant le sable en neige. Un changement radical qui permet sans mal de différentier les deux films, mais la comparaison fait mal. Adieu les soirées délirantes en chemises hawaïenne et bonjour les soirées fondues embarrassantes, les nuits au chalet frustrantes et autres produits régionaux infâmes. Fini la simplicité et le calme des vagues car arrive la mauvaise humeur et les coups de gueule. L’humour change pour devenir plus grinçant, parfois méchant, et si le résultat marche plutôt bien, on s’amuse largement moins, la faute à un ton plus lourd et un cadre moins festif. Mais le pire vient sans doute des personnages : Popeye n’est plus le dragueur hors compétition, Jérôme n’essaye plus d’être un séducteur puisque ayant déjà Gigi, et cette dernière, n’étant plus une aguicheuse, ne garde de sa personnalité que le côté chieuse et débile, la rendant presque insupportable. Plus encore, l’animosité du couple Bernard / Nathalie n’est plus – cette dernière a d’ailleurs perdu quasiment tout son charme en tout juste un an, à peine pensable – et leurs personnages y perdent beaucoup d’intérêt, sans compter l’histoire de Christiane absolument grotesque et dénué d’humour. Le seul personnage gagnant légèrement des galons est Jean-Claude Dusse et ses fameuses tentatives pour conclure, offrant la classique chanson du « pays merveilleux ». Mais en dehors de ça, le reste n’est pas à la hauteur et même la dégustation finale est un peu fade, loin de la drôlerie du premier film. Une suite sympathique, mais terriblement décevante compte tenu de l’écart de niveau.

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Les Bronzés

Les Bronzés
1978
Patrice Leconte

Alors quasiment inconnue en dehors de Paris où elle jouait sa pièce dont sera adapté le film (Amour, coquillages et crustacés), la troupe du Splendid va connaître un joli succès qui ne fera que croître avec les rediffusions télévisuelles : près de 2,4 millions d’entrées. Rien de tonitruant, mais le film aura su convertir génération après génération, et il obtint très vite un statut de film culte. Un fait qui n’est pas prêt de changer tant son efficacité est intemporelle.

Dans une station balnéaire en Côte d’Ivoire, Popeye (Thierry Lhermitte) et les autres animateurs accueillent une nouvelle fournée de vacanciers. Parmi eux, Jérôme (Christian Clavier), docteur et grand séducteur ; Gigi (Marie-Anne Chazel), la fofolle naïve ; Jean-Claude Dusse (Michel Blanc), le boulet au physique ingrat ; ou encore Bernard (Gérard Jugnot) et Nathalie (Josiane Balasko), un couple très libertin dont les tromperies vont tourner en une rivalité malsaine. De belles vacances au soleil où l’amour sera roi, mais laissons donc les sentiments pour les autres.

Point de scénario à l’horizon : le film nous conte simplement et modestement huit jours de détente dans un cadre paradisiaque. Un film sur la joie de vivre, et ça fait plaisir. Si bien sûr ils auront leur petit moment de blues, presque tous en retireront un beau moment mémorable, et le spectateur s’en délectera de toute façon. Et comment pourrait-il en être autrement avec des personnages aussi attachant ? Certes, Popeye et Jérôme – et dans une moindre mesure Jean-Claude Dusse – sortent un peu plus du lot, mais même des personnages secondaires comme Christiane (Dominique Lavanant) aura droit à son quart d’heure de gloire, puisque presque toutes les scènes sont cultes. La scène du masseur, de la bourde sur la jeune fille de la veille au petit déjeuné en compagnie des ses parents, des maillots de Jérôme, les échecs de Jean-Claude, les « bip-bip meuh », la fameuse chanson « y’a du soleil et des nanas » : un film entier de répliques cultes et de situations inoubliables. De bon acteurs, une ambiance très relaxante entre les décors chaleureux et la petite musique qui va bien, tout pour nous faire passer un très bon moment. Evidemment, l’absence de scénario est préjudiciable, mais pour une comédie, l’humour prime, et on ne peut que s’incliner face à tant d’efficacité, même si c’est facile et bon enfant. Une référence de l’art de la comédie française qui n’est pas près de se démoder.

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Veronica Guerin

Veronica Guerin
2003
Joel Schumacher

Quand on voit un journaliste, espèce de charognard qui n’a que faire des gens qui l’entourent, prêt à tout pour faire la une et qu’importe les répercussions, on aurait largement envie de leur dire la même chose que le directeur de publication d’un certain humoriste. On a toujours espoir d’en trouver un légèrement moins pourri que les autres, mais même une petite chose toute mignonne comme Rory Gilmore devient une peste insupportable avec le temps, finissant par être touchée par l’arrogance qui gangrène le milieu.

Tiré d’une histoire vraie, le film nous conte l’investigation de Veronica Guerin (Cate Blanchett), journaliste pour un petit journal local à Dublin, en Ireland. La capitale est touchée de plein fouet par la drogue, et l’héroïne fait des victimes par centaines, tandis que les dealers s’enrichissent sans l’ombre d’une menace, la législation ne permettant même pas la confiscation de la marchandise (du moins c’était le cas en 1996). Flairant là un sujet en or et n’écoutant guère les craintes de sa famille et de son travail, elle va se jeter tête baissée dans ce milieu ô combien dangereux.

Vous avez vous aussi beaucoup d’à priori sur ce monde minable des journaleux ? Eh bien soyez rassuré, le film ne fera que vous conforter dans l’idée qu’une purge est nécessaire pour purifier le monde de cette vermine qui gouverne pourtant les médias. Pratiques complètement illégales, professionnalisme douteux et conscience inexistante, la Veronica dépeinte est une personne en tous points détestable qui vient se mêler d’affaires qui la dépassent. Avec ou sans loi pour la réguler, la drogue existera toujours et c’est à chacun de faire son choix la concernant, et tenter de mettre à mal une organisation en ruinant le plus de vies possibles, dommages collatéraux ou pas, n’est assurément pas une solution. Méprisable à tous points de vue, elle va faire preuve d’une arrogance ahurissante en insultant presque chacun de ses interlocuteurs, tout en affichant un dédain d’un rare degré de provocation. Difficile d’accrocher au film donc, d’autant que son histoire est fade et plutôt décousue. Seule la fin vient donner un peu plus d’intérêt au film, rajoutant une morale qui nous faisait tant défaut. Tout se paye dans la vie. Enfin bon, endurer tout ça pour un simple sourire de satisfaction final, c’est peut-être beaucoup.

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Sword of Mana

Sword of Mana
2004
GBA

Référence absolue en matière de RPG japonais, Square Enix (ou Squaresoft selon l’époque) avait il y a un temps une franchise de prestige : les Seiken Densetsu, qui comptent dans leurs rangs les inoubliables Secret of Mana de la Super Nintendo. Depuis, les trois jeux étant sorti furent de terribles accidents artistiques et commerciaux entre un épisode PS2 injouable (un bug faisant repasser au lvl1 après chaque chapitre) et deux volets DS ratés, l’un par linéarité exubérante, l’autre pour cause de tentative foireuse. Heureusement, ici on se rapprochera plus de la simplicité et l’efficacité des débuts.

Graphismes : 18/20

Le studio responsable du jeu est connu pour proposer des graphismes toujours au maximum des capacités des consoles utilisées, et même si Kingdom Hearts : Chain of Memories est techniquement supérieur (d’ailleurs du même éditeur), Sword of Mana est peut-être le plus beau jeu de la console. Reprenant le style 2D propre à la série, le jeu propose un rendu très convaincant, affichant des décors soignés, particulièrement détaillés, riches et colorés. Sublimés par une direction artistique magnifique, les décors bénéficient en plus d’une grande diversité testant à peu près tous les environnements possibles et imaginables. Les personnages et les bébêtes ne sont pas en reste, eux aussi très bien dessinés et possédant en plus un nombre de sprits hallucinant pour les personnages principaux, ayant chacun une centaine de mimiques utilisées. Les boss ne sont pas très impressionnants mais pas d’accident artistique ou au niveau lisibilité à déplorer. En revanche, on regrettera le manque de variétés pour les magies et coups critiques, changeant certes en fonction des armes, mais n’évoluant pas au fil des niveaux. Au moins on saluera les efforts de mise-en-scène, efficace malgré le support.

Jouabilité : 14/20

Il n’y a rien de plus agréable qu’un bon action-RPG dynamique et efficace, chose qu’est le jeu à bien des égares. On peut enchaîner les attaques sans attente avec une fluidité quasi totale (les ralentissements sont vraiment très rares et purement passagers), et à l’aide des gâchettes on peut sauter (L) ou utiliser la magie (R) avec aisance, permettant d’éviter de passer par le menu comme c’était laborieusement le cas par le passé, et même regagner des PM (L + A), chose très pratique. Chaque magie a une portée et une puissance différente en fonction de l’arme choisie qu’on répertorie en trois classes : entaille, frappe et perce. Certains ennemis ne sont sensibles qu’à un seul type, voir aucun, au quel cas la magie entre en jeu, avec encore une fois des sensibilités différentes. Un fait rapidement pénible vu la lourdeur du menu, et puis cela met surtout en pause l’action, un fait toujours nuisible. Autre fait pénible : les classes. Bonne idée dans l’absolue, mais naviguant en terrain inconnu sans la moindre indication, vous avez de grande chance – pour ne pas dire certitude – de passer irrémédiablement à la classe Barbare (si vous choisissez plusieurs domaines d’améliorations pour plus de polyvalence), une classe inintéressante spécialisée dans l’utilisation de la lance, dernière arme obtenue très tard dans le jeu. En parlant d’armes, ces dernières ne pourront s’améliorer que via la forge, principe qui rappelle le bon vieux temps, mais le constat est moins bon ici : les serres se font trop rares et les magasins ne servent à rien en dehors de l’accessoire. Mais parlons des choses qui fâchent vraiment : la difficulté et les sauts. Brillante idée dans l’absolu, les sauts sont souvent chaotiques, d’une imprécision insupportable, nous faisant même douter du chemin à prendre (se retrouver bloquer plus d’une heure au fameux saut de la grotte de la litho-jungle est un grand classique). Parlons ensuite de la difficulté. Tuer un petit monstre en deux-trois coups, bien sûr, mais quand une poignée vient à bout d’un boss, y compris pour le boss de fin plié en moins de dix minutes, on se sent floué. Avec une durée moyenne de quelques secondes à chaque boss, on se sent floué, insulté. Une facilité si extrême est incontestablement une frustration qui gâche le plaisir, pourtant si grand face à une dynamique pareille.

Durée de vie : 15/20

On table dans la moyenne du genre, à savoir pas plus de 15 heures. Les missions annexes étant quasi inexistantes ou alors chiantes, les seules choses gonflant ce chiffre sont le level-up des armes, persos et magies. Ce procédé est très long et fastidieux, et la récompense est pour ainsi dire nulle, pour ne pas dire handicapant vu la facilité du titre, on préférera foncer. Il y a après toujours la possibilité de faire le scénario de l’autre personnage, permettant de voir l’histoire sous un autre point de vu, mais la version avec la fille de Mana est en tous points moins bonne entre une jouabilité restreinte et une impression de moindre importance. Pire encore, une certaine incohérence se développe sur la fin avec des redites, et au final les différences sont minimes.

Bande son : 17/20

Incontestablement l’un des gros points fort du jeu. La saga a toujours bercé dans des mélodies sublimes, et même si on ne peut égaler la force et la poésie des premiers temps, on assiste à un excellent compromis entre innovation et nostalgie, tentant par moment des variétés plus expérimentales et techno. Une ambiance sonore soignée à laquelle on peut ajouter des bruitages de qualité dans le style de Illusion of Time, donc forcément un choix judicieux tant il représente une période charnière du genre.

Scénario : 11/20

Aspect le moins convaincant du jeu, son histoire plombe un peu l’aventure. Deux amis d’enfance qui se retrouvent après une décennie d’errance (sauf pour la fille qui a plutôt eu la belle vie pendant ce temps – mais ça se paye) puis qui se retrouvent embarqués dans la revanche de Vandole, celui qui avait été vaincu par les chevaliers Gemme du temps de leurs parents. Malgré une bonne mise en scène, deux histoires – bien que assez incohérentes entre elles arrivé à la seconde moitié du jeu – et deux temporalités, l’univers est moins riche qu’il n’y paraît, notamment à cause de la faible importance des esprits et de Mana au cœur de l’intrigue. Les rebondissements sont classiques, et même la fin ne surprend guère tant le miracle n’était plus permis. Du classique efficace, mais par rapport aux épisodes de la Super Nintendo, le niveau est clairement à la baisse.

Note Globale : 15/20

Bien souvent les éditeurs prétextent des limitations techniques d’une console pour proposer un jeu laid, mais ça n’est jamais le cas avec Square-Enix, toujours à la pointe en la matière. L’aventure se lance et le bilan frôle la perfection : un style action-RPG ultra dynamique et jouissif malgré la lourdeur des menus, une histoire à priori sympathique, des graphismes d’une beauté hallucinante, le tout bercé par de divines musiques. Un jeu à l’aspect presque irréprochable donc, mais le fond ne cachera pas son jeu bien longtemps. Un côté très linéaire de l’aventure se fait rapidement sentir, de même que le manque de précision de certaines actions. L’histoire patauge immanquablement à force de passer à côté des objectifs, ou simplement faute d’intérêt énorme, et le jeu en pâtit forcément. Rien de rédhibitoire – sauf peut-être le fameux saut de la grotte de la litho-jungle -, mais le plaisir de jeu s’en retrouve amoindri, et si le jeu reste une valeur sûre de la console et aussi en terme de jeu de rôle, il ne parvient malheureusement à se hisser au niveau de ses illustres ancêtres.

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Un été à Osage County

Un été à Osage County
2014
John Wells

Grand prétendant aux dernières cérémonies, surtout dans les catégories meilleures actrices, le film fait parti des innombrables perdants reparti sans la moindre statuette quelle que soit la cérémonie. Adaptation de la pièce de théâtre August : Osage County, énorme succès ayant même été élu meilleure pièce en 2008, le film n’aura pas réussi à capitaliser dessus avec seulement 74 M$, même si le thème n’est – il est vrai – pas très commercial.

La famille c’est sacré ? Pas partout on dirai, du moins pas pour Violet (Meryl Streep) dont aucune de ses filles n’est venue quand on lui a diagnostiqué un cancer et dont le mari (Sam Shepard) n’a jamais été très fidèle ou attentionné. Porté disparu depuis quelques jours, la situation devient inquiétante, et cette fois tous ont fait le déplacement (incluant Julia Roberts, Ewan McGregor, Abigail Breslin, Benedict Cumberbatch et Dermot Mulroney). Seulement quelques heures plus tard, la nouvelle tomba : son corps a été retrouvé sans vie dans l’eau. Le chagrin du deuil mettra tout le monde sur les nerfs, et l’heure sera aux règlements de comptes.

Mange ton poisson salope ! Voilà le genre de réplique improbable qu’on retrouvera dans ce film, sachant que c’est la fille qui dit ça à sa mère. Rajoutez à cela un peu de pédophilie, d’inceste, de tromperie et une grosse dose d’engueulade et vous obtiendrez une réjouissance sympathique où il fait bon vivre. Ou pas. Trop c’est trop, et la surenchère nous rend vraiment mal à l’aise tant des vies sont détruites au cours de ce séjour à Osage County : ça va beaucoup trop loin. Humiliations, insultes, oui, mais avec modération. Si on en rit par moments, la lourdeur s’installe assez vite et on n’en voit plus du tout l’intérêt. De plus, le rythme du film est très lent, et les actrices ne sont pas si bonnes que ça, leurs émotions n’allant pas aussi loin que l’action. Déception donc pour ce film qui n’a pas vraiment de but autre que celui de sortir des sentiers battus pour nous proposer une mise en abyme destructrice.

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Touristes

Touristes
2012
Ben Wheatley

Les services psychiatriques britanniques n’ont visiblement pas fait leur travail. Sorti quelques mois avant celui-ci, le précédent film du réalisateur (Kill List) laissait clairement entendre un désordre mental et des pulsions malsaines. La vision cauchemardesque des satanistes aux masques de cochons forniquant des cadavres autour d’un feu en pleine forêt était un excellent motif d’internement, mais voilà ce qu’il ce passe quand on laisse un malade en liberté…

Moins psychédélique et plus orienté humour, ce film nous conte les vacances d’un « jeune » couple pas comme les autres. Tina est une vieille fille un peu déficiente mentalement, qui vit toujours chez sa trisomique de mère à plus de 30 ans, tandis que son amour, Chris, a presque dix ans de plus qu’elle, est salement dégarni et entretien plus que de raison son ventre. Ah, et une chose aussi : toute personne le faisant chier va « accidentellement » crever. Une situation que Tina va pourtant tolérer, et même encourager.

Tu jettes un papier par terre connard ? Prends-toi donc ma caravane dans la gueule ! Comment, ta caravane est meilleure ? Mais vient que je te pousse de la falaise ! Voilà donc le principe pour le moins atypique du film : un couple de serial-killer massacrant ceux qui ont le malheur de leur déplaire. Une purge chaotique qui devient de plus en plus gratuite à mesure que le film avance, sombrant intelligemment dans l’excès en rendant la surenchère vraiment drôle. Bien sûr, il faudra s’accrocher un moment vu la bizarrerie du film, mais le jeu en vaut la chandelle tant le tandem improbable nous fait vivre un voyage absurde et drôle jusqu’à la toute fin, encore plus surréaliste et folle que tout ce qui précède. Il y aura bien sûr des temps moins forts et quelques redondances, mais globalement la sauce fini par prendre et on s’amuse beaucoup de ce tourisme mortuaire.

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Enemy

Enemy
2014
Denis Villeneuve

Fort de son succès critique et commercial avec Prisoners, le réalisateur québécois reste pourtant modeste en revenant avec un film confidentiel sorti dans peu de salles dans peu de pays, reprenant au passage son policier de son précédent film, et même doublement. En effet Jake Gyllenhaal incarne ici non pas une mais deux personnes. D’un côté il est Adam Bell, professeur d’histoire dans une université, menant une vie morose avec une copine (Mélanie Laurent) qui ne partage que furtivement sa vie. De l’autre, il est Anthony St. Claire, acteur raté adepte de pratiques satanistes impliquant même sa femme (Sarah Gadon), pourtant enceinte. Deux personnes complètement différentes sur le fond, mais leur ressemblance physique est troublante, inquiétante : une voix identique, des cicatrices conformes et les mêmes choix d’apparence (vestimentaire, capillaire et pileux). Le hasard des choses mettra Adam devant le fait accompli de ce clone.

Le cinéma d’auteur est toujours plus ou moins difficile à appréhender, mais il est vrai que si celui-ci a quelque chose de spécial, il n’y a au fond pas grand chose à creuser ou analyser. Le film n’est qu’un simple délire d’ambiance, cherchant inlassablement à perturber le spectateur par le biais de scènes dérangeantes et malsaines. Le style visuel est recherché, les acteurs plutôt bons, l’ambiance marche relativement bien, mais tout cela n’a aucun sens avec ce scénario vide, grotesque et fainéant. Beaucoup de pistes, très peu sont traitées, et celles qui le sont le sont de façon très superficielles. Et pile quand le film ose assumer son axe et que les choses prennent une tournure intéressante, le générique de fin se pointe après une scène invraisemblable et qui ne justifie en rien la fin du film. Il n’y a au final pas de véritable lien extraordinaire et l’univers dépeint reste un mystère total, alors même qu’il s’agissait du seul point réellement intéressant du film. Dommage, une idée qui en restera au stade de l’anecdotique.

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Dans l’ombre de Mary

Dans l’ombre de Mary
2014
John Lee Hancock

Il y a 50 ans tout juste sortait aux Etats-Unis (sauf pour la France qui aura dû attendre plus d’un an pour voir le film débarquer) les péripéties de Mary Poppins, film pour enfants complètement mièvre qui mettait en avant une nourrice qui chante et fait des tours de magie. Une histoire ennuyeuse pour un film qui ne l’est pas moins, mais il semblerait que ce qui a entouré la création du film dénote de plus d’intérêt. Et même si le film fut boudé lors des cérémonies, il y avait effectivement une belle histoire à la clef.

L’histoire prend place en 1961, alors qu’après deux décennies entières à harceler l’écrivaine P.L. Travers (Emma Thompson), auteure d’une saga littéraire populaire centrée sur une nourrice excentrique qui vole avec son parapluie, Walt Disney (Tom Hanks) arriva enfin à la faire accepter d’envisager un film sur Mary Poppins. En panne d’inspiration depuis déjà de nombreuses années et commençant à voir arriver le jour où sa dote sera épuisée, la romancière va donc consentir à peut-être vendre son œuvre, mais va en revanche se montrer intransigeante sur l’adaptation qu’elle craint de voir transformée en l’un de ces ridicules films pour enfants dont Disney a l’habitude (et pour cause, elle le sera). En effet, ses livres sont un fantasme de ce qu’elle aurait aimé qu’il lui arrive quand elle était petite, alors que son père (Colin Farrell) qu’elle aimait tant souffrait d’un grave alcoolisme à cause d’un travail qu’il ne supportait que trop mal.

Deux époques, deux constats assez différents. La principale est celle de 1961 en pleine préparation du film : une confrontation de personnages forts pour deux visions incompatibles du film avec l’une qui veut un drame poignant (un choix qui aurait été infiniment meilleur)  et les autres qui luttent pour une comédie-musicale simpliste. On y découvre un Walt Disney adorable en papy qui veut faire plaisir à tout le monde, mais son rôle est assez minime et les autres sont trop classique pour rivaliser avec l’autre temporalité. Retraçant en parallèle la jeunesse de l’écrivaine, le film nous place dans un cadre magnifique de l’Amérique profonde avec un style un peu western, baigné dans une lumière magnifique qui renforce l’imaginaire et la poésie instaurée par l’immense, le prodigieux Colin Farrell qui éclipse totalement tous les autres acteurs du film tant sa prestation, la complexité de son rôle et sa relation émouvante avec sa fille rendent le reste bien plus fade en comparaison. On regrette ainsi la non-prédominance de cette histoire, largement plus passionnante et attendrissante, sans compter le soin supplémentaire au niveau de l’image. Notons aussi l’excellente musique composée pour le film, d’autant plus remarquée de par la comparaison flatteuse avec Mary Poppins qui n’en possède clairement pas la richesse. Déception donc quant à l’équilibrage des deux histoires, mais le film reste malgré tout très bon et nous prouve que l’envers du décors est parfois plus intéressant.

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