Adieu Berthe ou l’enterrement de mémé

Adieu Berthe ou l’enterrement de mémé
2012
Bruno Podalydès

Faire des choix n’est pas le fort de Armand (Denis Podalydès), embourbé depuis déjà pas mal de temps dans un mariage dont les années l’ont rendu platonique malgré un amour persistant, et s’est alors trouvé une maîtresse plus démonstrative en la personne de Alix (Valérie Lemercier). Une vie qui l’ennui profondément mais dont il s’est accoutumé, jusqu’à ce que tout soit chamboulé par la mort de sa grand-mère Berthe. Disparue de sa vie depuis bien longtemps et abandonné dans sa maison de retraite depuis encore plus longtemps, il va néanmoins y voir une raison pour mettre de l’ordre dans sa vie. Ou pas.

La mort est assurément un bon élément comique, pour peu qu’on sache la traiter intelligemment, sans quoi le rire jaune et le mal-être pourraient s’installer. Heureusement, le film n’est pas une comédie. Le problème, c’est qu’il n’est pas non plus un drame tentant de faire de ce terrible incident une source de tristesse qui nous emporte. A mi-chemin entre les deux, le film ne semble pas oser faire pencher la balance, ou sans doute est-il trop faible sur le plan humoristique. Si deux trois scènes font doucement sourire, ça n’est clairement pas assez pour en faire un argument de vente. Mais alors où ranger ce film ? Facile : aux oubliettes. Si on retiendra une ambiance légère et romancée qui permet de lutter contre le sommeil, notamment grâce aux anecdotes tardives sur la magie dans la vie de la fameuse grand-mère, ça n’est pas cet énième film parisien sur un quinquagénaire hésitant entre sa femme et sa maîtresse qui nous marquera. Plombé par une absence totale d’enjeux, de trame de fond et de ligne directive, sans compter certaines prestations faiblardes, le film n’a pas grand chose pour lui.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

The Way, La route ensemble

The Way, La route ensemble
2013
Emilio Estevez

Preuve de taille pour tout pèlerin en quête de reconnaissance spirituelle, la marche jusqu’à Saint Jacques de Compostelle est un acte d’envergure pour tout religieux qui veut mettre sa croyance à rude épreuve. Bien sûr, la longueur du trajet – assez variable et à l’appréciation du public – ne témoigne pas directement de la fois du prêcheur, mais la symbolique de cette marche est forte.

Rarement présente au cinéma, cette aventure métaphorique mettra en proie Tom Avery (Martin Sheen) avec la mort de son fils (le réalisateur du film qui se trouve être aussi le vrai fils du comédien), dont la vie a été prématurément ôtée par un orage dont la foudre l’a frappé dès son premier jour de pèlerinage. Non croyant, ou du moins plus pratiquant depuis des années, Tom va décider d’honorer la mémoire de son fils en effectuant à sa place ce voyage, cherchant peut-être à se montrer à lui même que la vie continue. Un chemin long et difficile, mais un fardeau s’allège quand on a quelqu’un avec qui le partager.

Sorti à la rentrée dernière, le film passa assez inaperçu, il est vrai que ni son histoire ni son casting n’étant particulièrement vendeur. Et comment pourrait-il en être autrement ? Un groupe de personnes traînant avec eux leurs lots de malheurs sur un interminable parcours religieux, on a déjà vu sujet plus fédérateur. Et effectivement, une telle balade ne peut que difficilement être exempt de temps morts ou de redondances. Et pourtant, les randonneurs infatigables de cette aventure se montrent plutôt intéressants, attachants et atypiques. Pas vraiment de scénario en perspective, mais une véritable ambiance conviviale, emplie de détermination et d’espoir. La vision onirique est loin mais cela rend le voyage agréable et pas trop monocorde, bien que la longueur du trajet se fasse ressentir, même si d’aucun qualifieront cela de mal nécessaire. Une promenade constructive mais fondamentalement inutile, plus à prendre comme une carte postale poétique.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Suzanne

Suzanne
2013
Katell Quillévéré

Si en cette année 2014 les succès français s’enchaînent avec une pléthore de comédies dépassant allègrement le million d’entrées dont une dernière qui remercie son bon dieu pour peut-être atteindre la barre symbolique des dix millions, le nouveau tarif pour les enfants n’y étant surement pas étranger, l’année dernière était jugée très préoccupante. Et voilà le genre de film qui fait trembler le cinéma français : la mise en abyme de la vie. Car oui, pour beaucoup la vie est une interminable suite de déceptions et de tristesses. Seulement personne n’a envie de voir ça, ici plus que jamais.

Petite dernière d’un pauvre veuf camionneur (François Damiens), la vie de Suzanne (Sara Forestier) a commencé à partir en vrille à partir de ses 15 ans, alors qu’elle tomba enceinte et décida de garder l’enfant. Mais devenir mère si jeune implique de faire une croix sur ses études et tout avenir professionnel. Une vie d’errance mais dont elle s’accommodait plutôt bien, jusqu’au jour où elle rencontra Julien dont elle tomba amoureuse, mais qui va s’avérer être une mauvaise fréquentation. Avant de comprendre ce qui se passe, elle se retrouvera privé de la garde de son fils et emprisonnée pour braquage. Et ça n’était que le début de la fin…

Moi je suis haineux, je vomit sur les gens heureux et j’aimerai éradiquer le bonheur sur cette Terre. Si ils sont content moi je vais leur montrer que les gens miséreux ça existe, que ce qui vous tient le plus à cœur peut disparaître du jour au lendemain, moi je vais te la casser ta joie de vivre ! Donc bouffe toi Suzanne et viens plus jamais me parler de choses positives ! Mais pourquoi ? Prends tes anti-dépresseurs et fait nous une belle comédie romantique, c’est ça qu’on veut. Et puis même, autant de malheur pour la même personne, c’est trop, ça n’est même pas réaliste. Pire encore, les sauts temporels dans l’histoire sont maladroits et souvent confus. Donc scénario zéro. Les personnages sont bien interprétés mais particulièrement antipathiques, donc on s’en fout. La réalisation est classique, donc plate. Bref, l’intérêt frôle le néant. Ne tirons pas sur l’ambulance en nous moquant des nominations du film aux Césars, contentons nous d’oublier ce produit du désespoir.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Grand Piano

Grand Piano
2014
Eugenio Mira

Chaque semaine apporte son lot de films en DVD, dont beaucoup ne sont jamais sorti en salle et dont vous n’avez jamais entendu parler. Alors comment s’y retrouver ? Facile, allociné a pensé à vous et vous concocte une émission de qualité toutes les deux semaines. Mais si parmi leurs choix on retrouve le très bon Exam ou l’extraordinaire, que dit-je la révélation ultime et immanquable du Man from Earth, d’autres sont plus discutables, voir incompréhensibles comme Lost Destination. Quelque part entre les deux, ce film va s’avérer très loin du Phone Game qu’on nous vendait.

Le stresse de la scène : un mal aussi terrible que jouissif, mais certains n’y résistent pas. Effectuant « La Cinquette », morceau de musique considéré comme le plus dur qui soit en raison de la dextérité exigeante qu’il réclame, le génie virtuose du piano Tom Selznick (Elijah Wood) s’y était pourtant cassé les dents il y a cinq ans, tellement humilié qu’il avait mit un terme à sa carrière balbutiante. Mais après tant d’années, le voilà enfin prêt à remonter sur les planches pour un concert exceptionnel. Seulement arrivé sur scène, le cauchemar reprit : un sniper est planqué dans la salle et le menace de les tuer lui et sa femme s’il ne fait pas exactement ce qu’il veut.

La référence à Phone Game est plutôt perspicace dans le sens où il s’agit d’un huis clos, la cabine téléphonique étant remplacée par une salle d’orchestre, et le personnage principal possède un contact téléphonique avec un homme mystérieux qui le fait chanter. Mais la comparaison s’arrête là : l’identité de l’assaillant n’est pas un grand suspense (John Cusack étant cité en seconde place au générique, on se doute bien de sa place de choix), son mobile est classique, et il n’y a point de public véritablement témoin et on perd donc le plus gros du jeu de son modèle. De plus, la situation met un peu trop de temps à s’installer, d’autant qu’elle n’affecte pas de façon cohérente l’assemblée. Pourquoi personne ne réagit en voyant le musicien principal de l’orchestre quitter la scène au beau milieu de sa partition ? Les génies sont fous et extravagants, mais l’absence de réaction choque. Reste aussi le problème de la fin, bizarrement bourrin et se clôturant à l’aide d’un subterfuge trop facile. On a plaisir à retrouver Frodon bien sûr, et la structure du film, si elle ne souffrait pas de la comparaison, serait presque bonne, mais globalement le film fleure trop l’amateurisme.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Inside Llewyn Davis

Inside Llewyn Davis
2013
Ethan Coen, Joel Coen

Dernier film en date des célèbres frères Coen, le film retraçant la vie du chanteur folk Dave Van Ronk (renommé ici Llewyn Davis) avait été accueilli comme le messie par la presse où plus de la moitié avait mit la note maximale, avec comme systématiquement avec eux une note largement plus nuancée pour les spectateurs. Il est vrai que si les frères nous livrent à chaque fois des films originaux, atypiques et dotés d’une ambiance unique, mais on note de façon récurrente deux énormes problèmes : un rythme ennuyeux et une fin minable. Et celui-ci n’y fera pas exception.

Mi biopic mi histoire fictive, le film, qui se déroule au début des années 60, retrace le sombre parcours de Llewyn Davis (Oscar Isaac), un chanteur de folk traîne-misère, squattant d’un « ami » à l’autre en attendant de pouvoir remonter sur scène dans un cabaret quelconque. Véritable tumeur pour les gens qui l’entourent, il a depuis longtemps perdu toute dignité. Et quand quelqu’un a le malheur de croiser son chemin, il sait que c’est dans le but de lui soutirer un toit ou de l’argent. Assurément peu fiable et au talent à démontrer, il reste à errer dans les rues de New-York à cracher sa haine au monde entier, pestant de ne pas être l’icone qu’il « mérite ».

Comme toujours, l’éternelle question de « est-ce qu’un film centré sur un connard peut-il être bon ? » se pose, et semble trouver la même réponse qu’à chaque fois : ça me semble compromit… Comment peut-on s’attacher à une pareille loque qui traite à ce point les gens comme des êtres inférieurs ? Impossible. Dommage car le milieu de la chanson folk, très agréable aux oreilles et porté par l’ambiance particulière des cabarets chantant, trouvait là une représentation quasi parfaite de cette période mythique de la Beat-Génération, les réalisateurs effectuant là un travail remarquable. Mais difficile de rester focalisé sur la seule ambiance quand l’histoire est à ce point nuisible, très mal rythmée et s’achevant dans l’indifférence la plus totale. Il est vrai que le film compte sur quelques personnages intéressants avec à la clef un gros casting (Carey Mulligan, Justin Timberlake, John Goodman ou encore Garrett Hedlund) et que la musique fait vibrer notre fibre aventureuse, mais le résultat est franchement ennuyeux. Difficile de vraiment qualifier le film, mais il ne s’agit en tout cas certainement pas d’un chef d’œuvre.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Le Géant égoïste

Le Géant égoïste
2013
Clio Barnard

Sur le papier, le film avait l’air particulièrement prometteur. En effet, le film est l’un des rares à avoir obtenu les mêmes retours, que ce soit par la presse ou les spectateurs (3,9 sur allociné dans les deux cas). Plus encore, cette adaptation d’une nouvelle de Oscar Wilde a reçu un accueil plus que chaleureux au sein des festivals, et fut même nominé aux prestigieux BAFTA en tant que meilleur film britannique de l’année, c’est dire. Comme quoi, on peux carrément tromper une fois mille personnes, voir plus.

Au programme de cette « histoire », une petite plongée au cœur de la misère anglaise, dans une petite ville sinistrée où personne ne travaille vraiment et où chacun vole son prochain pour subsister en parasite. Trisomique ultra violent à tendance schizophrène (pas officiellement mais me la fait pas à moi !), Arbor, 12 ans, a depuis longtemps abandonné toute idée d’instruction, préférant faire des sales coups avec son camarade Swifty. Lorsqu’il fut renvoyé de l’école, il le vécu comme une immense opportunité : il est désormais libre de piller la ville de toute ferraille pour la revendre à l’épaviste peu scrupuleux du coin. Sous assistance respiratoire, la ville va se faire éteindre son moniteur.

Bon, que dire ? Je déclare désormais tout jeune blond à tête de con passible du peloton d’exécution. Alors oui, si quelqu’un remonte dans le temps, je suis mal. Certains le qualifieraient d’autiste, d’hyperactif, mais il ne l’est pas, ou pas que. Personnage principal du film, le jeune Arbor est ce qu’on appelle une personne au QI déficient, ne comprenant pas le monde qui l’entour et ne sachant répondre à « bonjour » que par « ferme ta gueule salope », même s’il s’agit de sa mère. C’en est une, mais la question n’est pas là. On parle tout de même de quelqu’un dont le premier réflexe en voyant des voleurs de câble sur les chemins de fer est de les voler à son tour, se barrant avec le cheval qu’il a volé sous les yeux d’un vigile. Violent donc, grossier, voleur, traître et tortionnaire d’animaux aussi, tant qu’à faire. Incroyablement persuasif, son interprète lui vaudrai un allé simple pour la morgue (pour l’asile c’est déjà trop tard, sauf alors à l’isolement). Et que vaut le film dans tout ça ? Pas grand chose évidemment, n’assistant qu’à une ennuyeuse succession de scènes haineuses et violentes, le tout dans une gratuité totale. Pire encore, le film semble ne pas être passé par la case projection test, sans quoi ils se seraient aperçu que tronquer les dix dernières minutes aurait été bénéfique tant l’utilité ne se fait pas sentir. Sinon petit message au journal Positif, il est où l’espoir ? C’est pas beau de mentir. Si ça ne tenait qu’à moi, la ville je te la raserai. La référence à Dickens est déjà plus intelligente tant la morosité règne. Enfin bon, si le monde est aveugle, laissons le se noyer et que mon phare se meurt.

Publié dans Cinéma, Critiques | 2 commentaires

The Lunchbox

The Lunchbox
2013
Ritesh Batra

Amateurs de chiffres, vous l’aurez remarqué, le cinéma indien s’est offert une formidable percée ces dernières années, et il n’est plus rare de croiser dans le top 10 du box-office une production de Bollywood. Si bien sûr les grands films colorés pleins de chansons sont encore légion, une nouvelle forme de cinéma a depuis peu prit place, nous enchantant des coutumes locales dans un style plus sérieux et classique.

En plein boum dans le monde, le repas fait maison qu’on amène au travail dans une petite boîte appelée Lunchbox a aussi son équivalent indien : le Dabba. Un service de livraison spécialisé livre ainsi leurs repas aux travailleurs, généralement préparés par leurs dévouées femmes. Pour Saajan (Irrfan Khan), veuf à un petit mois de la retraite, ses plats sont le fruit d’une société tiers, du moins jusqu’à aujourd’hui. Petit miracle de sa journée, il découvrira un plat succulent, plus fin que tout ce qu’il n’avait jamais mangé. De son côté, Ila (Nimrat Kaur) est une femme délaissée par un mari trop absent. C’est alors qu’un beau jour elle récupéra sa Lunchbox intégralement vide, même léchée tant la personne s’est régalée, un fait jusqu’alors inédit. Très vite elle comprit que son nouveau service de livraison se trompait, mais trop heureuse de trouver un fin gourmet comblé par ses petits plats, elle décida de lui écrire. Va alors naître une correspondance culinaire.

Voilà une expression populaire qui trouve son parfait exemple : « l’amour du ventre ». Dans une société encore balbutiante, la place de la femme en Inde est principalement au foyer, et être une bonne ménagère est une qualité fondamentale. Alors quoi de plus gratifiant que la reconnaissance du ventre ? D’un ton très léger et chaleureux, le film transforme le banal repas de midi en un festin mémorable, plein de poésie et de suspense avec les petits mots que s’échangent ces deux âmes en peines, réunis fortuitement. On s’attache immédiatement aux deux personnages principaux, et même à l’apprenti, tête-à-claque finie mais qui s’avère avoir un bon fond. Le film s’attarde aussi pas mal sur le sens de la vie, la mort, le temps qui passe et comment on souhaite le passer. Une très belle histoire brillamment construite, certes un peu lente à se mettre en place, mais qui se laisse découvrir avec un certain émerveillement. En revanche, la fin est mauvaise, ne rendant pas justice aux protagonistes et clôturant l’histoire bizarrement. Une grande déception compte tenu de la qualité globale du film, qui reste malgré tout très beau.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Match retour

Match retour
2014
Peter Segal

Vous en rêviez et ils l’ont fait : un face-à-face d’anthologie entre les deux plus grandes légendes de la boxe, Rocky Vs Jake LaMotta (Raging Bull). Mais bien sûr, pour des questions de droits, il s’agira de boxeurs différents avec leurs propres histoires. Une idée saluée par les fans, très contents d’assister à une telle rencontre au sommet, mais peut être à cause d’une campagne trop discrète ou mal ciblée, les résultats furent très décevants, les recettes égalant tout juste le budget.

Dans les années 80, deux boxeurs se partageaient la gloire : Razor (Sylvester Stallone) et The Kid (Robert De Niro). Mais les choses ont mal tourné quand The Kid fit un enfant avec la femme de Razor (Kim Basinger) et leurs carrières ont brutalement prit fin. Et après trois décennies, Razor n’est plus qu’un pauvre ouvrier au chômage, tandis que The Kid gère une bicoque minable. Alors quand Dente (Kevin Hart) leur proposa de remonter sur le ring, l’opportunité parue vraiment miraculeuse, mais les plaies du passé sont toujours profondes et la rancune tenace.

Difficile de ne pas se montrer enthousiaste face à un projet aussi prometteur. Sans aucun doute les deux plus grands films de tous les temps sur ce sport, Rocky et Raging Bull ont été un tournant majeur dans la carrière de leurs acteurs, et les voir renfiler leurs gants et endosser une fois de plus le rôle d’un boxeur, il y a de quoi se montrer joyeusement nostalgique. Les clins d’œils sont d’ailleurs nombreux et agrémentent une histoire très drôle. Il y a bien sûr le drame passé et quelques problèmes qui resurgiront, amenant ainsi une certaine profondeur émotionnelle, mais la grosse partie du film consiste à préparer le match retour entre Razor et The Kid, incluant un certain nombre de passages médiatiques en vu de créer le buzz, et c’est tout simplement jubilatoire. Deux papys en mode « règlement de compte », ça vaut son pesant d’or. Pour une fois le film fait exactement ce qu’on attend de lui et la réunion des deux légendes du cinéma est aussi mythique qu’on pouvait espérer. Un film qu’on attendait pas forcément mais qui fait plaisir.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Players

Players
2013
Brad Furman

À l’image de Walter Mitty, j’avoue m’être un peu emballé lors de mes pronostiques, pensant avoir affaire à un excellent thriller en mode Las Vegas 21 ou autre film fort divertissant sur l’univers des jeux. Ainsi, le film fut à des années lumières de mes très optimistes 250 M$ de recettes (63 M$ sur l’ensemble du monde au final), surestimant donc largement le côté bankable des acteurs.

C’est un fait, la scolarité américaine est hors de prix, et Richie Furst (Justin Timberlake) fait parti de ceux qui galèrent. Il travaillait à Wall Street pour payer son master, mais son entreprise a fait faillite, puis il se mit à ramener des clients à un site de jeu de poker en ligne, chose interdite sur le territoire américain, et fut menacé de renvoi. Perdant alors sa seule source de revenu, il décida de tenter le diable : jouer tout ce qu’il lui reste au poker sur ce même site. Ne sachant pas s’arrêter à temps, il perdra tout, pourtant persuadé d’avoir la meilleure technique possible. Analysant les tirages, il va découvrir un écart type truqué. Pas question de se laisser avoir comme ça pour lui : Ivan Block (Ben Affleck), responsable du site, devra en répondre devant lui. Compréhensif, il lui proposera même de devenir son associé.

Deux grands acteurs jouant les caïds au Costa Rica, avec en prime la délicieuse Gemma Arterton faisant les arbitres : on pouvait espérer une fête sympa, pleine de rebondissements et de trahisons bien senties, mais certains points vont décevoir, notamment la représentation du jeu. Pour un film centré sur des paris en ligne, et tout particulièrement le poker, n’assister à aucune partie paraît surprenant, d’autant que cela a permit certaines scènes d’anthologie, comme dans Casino Royal. Et côté ambiance festive, il faudra aussi repasser : point d’extravagances ostentatoires. Une fois l’histoire installée, le film connaîtra aussi une grosse période de flottement où on sera là à attendre que quelque chose se manifeste, que ce soit le ridicule FBI (Anthony Mackie), le jeune arriviste ou le patron trop avide et arrogant. Néanmoins, le postulat de départ reste plutôt bon, et le film négociera très bien son dernier virage, nous offrant une fin relativement bien soignée reprenant les classiques du twist-ending. Une bonne idée donc, mais qui mettra un peu trop de temps à évoluer pour au final si peu d’originalité. Insuccès mérité une fois de plus.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

The Amazing Spider-Man : le destin d’un Héros


The Amazing Spider-Man : le destin d’un Héros
2014
Marc Webb

Bien que d’une qualité plutôt pauvre, la trilogie Spider-Man avait connu les stratosphères du box-office, mais face à des négociations interminables et des coûts de productions intenables, Sony avait choisit l’option du reboot, balayant d’une main une immense réussite commerciale, et s’en doute s’en mord t-elle les doigts. Plus cher que ces prédécesseurs, The Amazing Spider-Man fut aussi le moins performant avec seulement 752 M$ dans le monde. Mais pour les spectateurs, la surprise fut très bonne puisque pour une fois l’homme araignée se montrait convaincant, voir très bon. Avec une réunion épique de trois super-méchants, des suites et des spin-off programmés à foison, l’ambition devient flagrante, mais pas forcément synonyme de qualité.

Suite à ses mésaventures avec le scientifique transformé en lézard géant, Peter Parker (Andrew Garfield) avait fait connaître à la ville entière le super-héros secourable qu’est Spider-Man, son identité secrète. Mais cela ne s’était pas fait sans heurt : le père de son amie Gwen Stacy (Emma Stone) avait trouvé la mort lors de l’incident, et Peter avait alors promis de rester à distance de sa fille. Un dilemme moral qui le ronge alors que la ville s’apprête à accueillir une effroyable menace : Max Dillon (Jamie Foxx). Mordu par des anguilles d’Oscorp – où Harry (Dane DeHaan) succède à son père -, il est désormais capable de modeler les ondes électriques pour en faire un terrible pouvoir de destruction.

Reposant sur un univers sensiblement plus sombre et réaliste que les précédents films sur ce super-héros, The Amazing Spider-Man avait été une très bonne approche pour reprendre les bases et en faire quelque chose de nouveau. Néanmoins, installer un univers prend du temps, créer un héros aussi. Ainsi, cette suite avait toutes les cartes en mains pour démarrer fort et continuer admirablement cette nouvelle aventure. Et effectivement, on plonge directement au cœur de l’action avec une course poursuite à la fois intense et amusante, l’opposant au Rhino (Paul Giamatti). Des débuts très prometteurs, mais la suite accumulera pas mal de déceptions, certaines de taille. La « création » d’Electro est un bel exemple de ratage, manquant cruellement de réalisme. Heureusement, son personnage est l’un des meilleurs vilains de la saga, nous offrant un affrontement final époustouflant jouant brillamment avec les effets lumineux de l’électricité. Seulement voilà, l’autre grand méchant du film, Le Bouffon Vert (Harry), est un échec complet. L’amitié entre Harry et Peter ne prend pas une seule seconde et son côté maléfique est tellement évident que s’en est inintéressant. Et comparé à son illustre prédécesseur, Dane DeHaan fait franchement pitié. Son combat inutile face à Spidey n’apportera qu’une déception de plus : le sort de Gwen. Certes Peter est censé finir ses jours avec Mary-Jane, mais on aurait pu espérer un peu de liberté face à l’histoire du comics tant Emma Stone était un rayon de soleil pour la saga. Un virage très mal négocié. Et que dire de l’histoire des parents de Peter ? Plein de mystères, on s’attendait à quelque chose d’énorme, pour au final n’avoir qu’une vidéo risible. Reste aussi le problème de l’originalité : entre les Osborn et l’alliance de Harry avec un vilain, les ressemblances avec Spider-Man 3 sont nombreuses et peu flatteuses. La fin en suspend avec le Rhino nous laisse elle aussi sur un bilan mitigé. Alors oui, l’action arrive plus rapidement, Electro est classe et son combat est énorme, mais le film est largement miné par des choix nuisibles et une inspiration qui montre ses premiers signes de faiblesse. On en viendrai même à douter Andrew Garfield qui nous ferait presque regretter mister yeux globuleux. N’est pas Avengers qui veut, et les Sinister Six semble un choix très risqué désormais, à moins que le prochain volet ne redresse sensiblement la barre.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire