My Movie Project

My Movie Project
2013
Griffin Dunne , Peter Farrelly , Brett Ratner , Steven Brill , Rusty Cundieff , Steve Carr , Elizabeth Banks , Bob Odenkirk , James Duffy , Patrik Forsberg , Jonathan van Tulleken , James Gunn (II) , Will Graham

Vous avez été choqué par la déferlante de propos et contenus graveleux et hautement homosexuels de C’est la fin ? Vous pensiez que les américains ne pouvaient pas tomber plus bas dans la médiocrité et la vulgarité ? Petits naïfs que vous êtes. Mais vous êtes ouverts d’esprits et on ne sait jamais ? Fous, inconscients, vous tomberez alors dans ce piège comme le tout Hollywood, puisque le nom des participants, tous bénévoles, est proprement hallucinant et surtout insultant aux vus du résultat : Elizabeth Banks, Kristen Bell, Halle Berry, Kate Bosworth, Anna Faris, Chloë Moretz, Emma Stone, Uma Thurman, Naomi Watts et Kate Winslet pour les femmes, et Jason Sudeikis, Sean William Scott, Liev Schreiber, Dennis Quaid, Chris Pratt, Christopher Mintz-Plasse, Justin Long, Johnny Knoxville, Hugh Jackman, Terrence Howard, Richard Gere, Josh Duhamel et Gerard Butler pour les hommes. Un scénario me demanderiez vous ? Ah ah ah ! Juste un gars qui raconte des sketchs à un agent d’un studio, où « comment faire croire qu’il y a un lien entre ces suites d’ignominies ».

Le film commence de la plus douce des manières : un sketch sur une fille qui va au restaurant pour un rendez-vous galant avec un mec qui a l’air parfait aux yeux de tous mais dont un défaut physique la débecte. En effet, il est affublé d’une pair de couilles qui lui pendent au menton, détail qui ne semble déranger qu’elle. La finesse vous dis-je. Pourtant, le second sketch est quant à lui franchement réussi : une famille qui explique en quoi l’expérience de scolarité à domicile de leur fils est en tous points semblable à celle en milieu scolaire. Un mélange de torture psychique tordante et de surréalisme diabolique. Hélas, rien dans le film n’arrivera à ce niveau, loin s’en faut. Si « l’iBabe » possède lui aussi quelques atouts second degré avec aussi une petite touche de finesse, le reste n’est qu’une avalanche d’horreurs plus insupportables les unes que les autres, tout se passant en dessous de la ceinture avec une classe monumentale. Les sketchs du « je te fais popo dessus », du jeu « action / vérité » et des « règles » sont d’une délicatesse féerique. Difficile alors de prétendre à autre chose que le zéro absolu, surtout avec le torrent final qui fracasse un vase qui a déjà débordé plusieurs fois : le « chat ». Qu’on ait des idées malsaines, c’est une chose, mais il ne faut pas se sentir obligé de les partager…

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Adam, serial lover


Adam, serial lover
2001
Gerard Stembridge

Sorti en France en DVD avec neuf ans de retard, le film démarre tranquillement comme une comédie romantique tout ce qu’il y a de plus classique, alors que Lucy (Kate Hudson) jeta son dévolu sur le gentil et timide Adam. C’est le coup de foudre, leur amour est immédiat et ardent, si bien qu’en moins de deux le mariage fut prononcé dans un bonheur le plus total. Happy end. Vraiment ? Adam est-il réellement ce modèle de perfection qui comblera Lucy à vie ? Sous son apparente timidité se cache en réalité le plus fourbe des séducteurs, prêt à faire des ravages dans la famille de sa chère et tendre. Qui lui succombera ?

Après quinze minutes de film, on aurait tendance à vouloir se taper la tête contre les murs tant c’est mièvre. Puis on commence à se dire que ça n’est pas possible un cliché pareil, qu’il y a anguille sous roche, et on cherche à trouver où ça va déraper. La réponse ne décevra pas : alors qu’il fait bonne figure et comble allègrement sa compagne, il viendra chambouler tout autant les autres femmes de la famille. On y découvre alors une structure sympathique et efficace qui consiste à revivre l’histoire suivant la vision d’une personne différente à chaque acte. Un certain suspense nourrit alors l’attente de savoir qui sera sa prochaine victime et dans quelles circonstances ça se passera, et bien sûr une attente sur la finalité de ce jeu de pouvoir. Une belle surprise donc, relative originale et bien ficelée, offrant un film piquant et très charnel.

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Faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages

Faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages
1968
Michel Audiard

Ce qu’il y a de bien dans les vieux films, c’est qu’ils n’ont jamais cherché à faire dans le travail intellectuel ou dans le scénario réfléchit : on prenait les grosses têtes d’affiches, on bétonnait avec des dialogues acerbes, des gros durs qui se la racontent, et une petite bimbo au milieu qui joue les séductrices. Pas besoin de se casser le cul, et ça Michel Audiard l’avait bien compris, lui qui ne fit que dans le cinéma populaire, jamais cité aux Césars si ce n’est à trois reprises pour ses histoires, étant il est vrai scénariste avant tout.

Derrière ce titre d’une longueur aberrante se cache un film parodique, presque un nanar fait exprès avec une bonne dose d’autodérision sur la redondance des films de l’époque. Le film gravite autour d’une histoire d’un braquage de banque, dont le joli magot s’élève tout de même à un milliard de francs (soit à peu près 150 M€). Un pactole qui faisait rêver la jeune Rita (Marlène Jobert), prête à tout pour avoir sa part. Trahissant son homme, elle se fera néanmoins avoir par Charles (Bernard Blier), bien trop heureux de contempler pareille montagne d’or. Revendiquant son dû, elle fera appel à sa tante Léontine. Depuis retirée des affaires, elle reste une légende du milieu, et son retour a de quoi en faire frémir plus d’un.

Voilà une histoire vu des centaines de fois, et celle-ci ne fera bien sûr preuve d’aucune originalité puisque le film se veut parodique (j’espère du moins). Ainsi, la crédibilité est régulièrement balayée par des incohérences de taille entre des faux-raccords monstrueux, un magot pesant précisément une tonne et que quatre hommes arrivent à porter à bout de bras et dont la taille varie d’un plan à l’autre, des monologues devant la caméra, ou encore des éléments de bande-dessinée à l’écran. Et inutile de dire que les acteurs font dans la démesure. De la caricature sale et baveuse. Mais est-ce au moins drôle ? Pas tellement, rien n’est vraiment assumé et ça se sent. Un point fait néanmoins plaisir : les dialogues. Piquants, gentiment naïfs et décalés, ils font généralement mouche, rattrapant un peu les meubles. Le choc générationnel ne nuit pas tellement, mais le résultat est largement trop brouillon pour pleinement convaincre.

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Les Invincibles

Les Invincibles
2013
Frédéric Berthe

Il y a des bides incompréhensibles, qui dénaturent la logique, et d’autres où on se demande pourquoi un film aussi bancal a vu le jour. Incontestablement l’un des plus gros échec de l’année, le film budgété à hauteur de 10-15 M€ a totalisé 135 623 entrées, soit à peu près un retour sur investissement de 10%, une catastrophe en somme. Pourtant annoncé de longue date, ce film possédant tout de même quelques belles têtes d’affiche voulait se poser comme le moment détente de la rentrée, appâtant le spectateur avec un loisir du midi : la pétanque. Mais contrairement à La Grande boucle, le film n’arrivera pas à nous communiquer l’amour du sport.

Pour bien des gens, le jeu de boules appelé « pétanque » est plus une activité de farniente synonyme de vacances. Une image associée à la personne âgée, aux bouseux et autres grolandais. Responsable de la fédération française des boulistes, Stéphane Darcy (Edouard Baer) est bien décidé à re-dynamiser cette image, voulant offrir au public du grand spectacle pour les championnats du monde. Poussé par son entraîneur et ami Jacky (Gérard Depardieu), Momo voudrait tenter sa chance, mais malgré son talent, certaines personnes (Daniel Prévost) se refusent d’associer l’image de ce sport à un arabe. Heureusement aidé par une amie (Virginie Efira), il pourra néanmoins intégrer l’équipe française, mais difficile de briser les barrières sociales.

Oh là là, le pauvre petit arabe est rejeté alors du coup il est triste, mais heureusement qu’il y a des gens bien, ouverts d’esprits et tolérants. Youpie les amis. Comment dire… C’est bête à manger du foin, brouillon au possible et hautement mo-moralisateur. Le coup de l’étranger, ça va, on en a suffisamment soupé comme ça, et puis les pseudo-brouilles avec les amis, les traîtrises dans sa nouvelle famille, le « passe-passe » vers la fin, tout est une avalanche de clichés incroyable. En plus, le scénario est ridicule au possible, surtout avec le coup insupportable du gars complètement ruiné et sans un rond, mais qui passe quand même tout son temps à glander aux terrasses des cafés et qui se paye l’avion l’air de rien. Mais là où l’histoire est la plus drôle, c’est au niveau juridique : une véritable hérésie. Des acteurs en petite forme, une histoire ultra bancale : peu de choses pour sauver le film, si ce n’est une certaine ambiance décontractée et un calme ambiant. On a vu pire mais l’intérêt n’y est clairement pas.

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Insidious : Chapitre 2

Insidious : Chapitre 2
2013
James Wan

Pour tout fan de cinéma horrifique, difficile d’être passé à côté de l’excellent Insidious, petite perle du genre qui faisait fi des histoires classiques et imposait au passage un style graphique très personnel avec notamment son démon au visage rouge. Une qualité qui a rimé avec succès, le film ayant été le plus rentable de son année avec un ratio budget / recettes de presque 65 (97 M$ récoltés pour 1,5 M$ investis). L’histoire se suffisait certes à elle même, mais il est vrai que la fin était restée ouverte, donc pourquoi se priver ?

Retour au pays de la projection astrale au royaume des morts. Parti chercher son fils prisonnier d’un terrible démon en passe de s’approprier son corps, Josh Lambert (Patrick Wilson) avait lui aussi utilisé son aptitude à sortir de son corps, mais si son fils avait bien été sauvé, ce ne fut pas son cas. Persécuté dans sa jeunesse par le fantôme d’une femme voilée de noir, Josh venait après tant d’années de lui céder la possession de son corps. Piégé dans le lointain, il devra se battre pour reprendre sa vie et sauver sa femme (Rose Byrne) et ses enfants, de nouveau en prise avec de violentes apparitions.

Pas évident de succéder à un must du genre, même si on s’appelle James Wan, devenu en l’espace de quelques années la référence absolue en matière de films d’horreur. Bien aidé par la qualité du premier et une sortie idéale un vendredi 13, le film fut un des plus gros succès de l’histoire avec 162 M$ dans le monde. D’un point de vu commercial, le succès fut donc au rendez-vous et un troisième chapitre est déjà en préparation pour une sortie dans tout juste plus d’un an. Mais pour ce qui est d’égaler son prédécesseur en matière de frisson et d’angoisse, ou même au niveau artistique, il y a une petite marge. Le film reprend grosso modo ce qui marchait, c’est-à-dire les manifestations terrifiantes et les balades cauchemardesques dans le lointain. Moins fin et plus direct, le film se montre très virulent quant aux actions de l’autre monde, conservant ainsi une grande efficacité, mais il s’agit plus de peur spontanée que viscérale. De même, si certaines images restent fortes, on regrette l’absence de démons, alors même que celui du premier recelait le plus gros du potentiel horrifique. En revanche, là où le film se montre bien plus recherché, c’est au niveau du scénario. Donnant plus de profondeur au lointain, renforçant certains personnages secondaires, la trame de cette suite ravie surtout de par l’imbrication de tous les éléments, preuve d’une certaine sophistication. De gros efforts ont donc été consentis pour maquiller cette action commerciale très opportuniste, et on ne perd au final que très peu de qualité, mais cette différence pèsera sans doutes très lourd si le troisième chapitre ne creuse pas plus du côté démoniaque.

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The Mortal Instruments : La Cité des ténèbres

The Mortal Instruments : La Cité des ténèbres
2013
Harald Zwart

L’année 2013 fut incontestablement celle du cassage de dents pour les productions fantastiques pour ados. Avec les disparitions successives de Harry Potter et Twilight, et la fin de Hunger Games étant programmée pour 2015, un vide considérable ne demande qu’à être comblé. Moins ambitieux qu’un Percy Jackson, l’adaptation de la saga littéraire de Cassandra Clare espérait néanmoins bien plus que ses 95 M$ internationaux puisque budgété à 120 M$ (coût production + frais marketing). Une claque qui n’aura pourtant pas d’incidences pour la suite : le second se fera de toute façon. Diantre.

Nouvelle saga, même formule : vampires, loups-garous, sorciers, démons et chasseurs d’ombres. Pour ses 15 ans – même si l’actrice est plus proche du double -, Clary Fray (Lily Collins) va faire une rencontre qui va changer sa vie, alors que suivant un symbole qui lui était familier, elle va assister à un meurtre que seule elle va voir. Que cache ce symbole et pourquoi voit-elle des choses que personne d’autre ne voit ? Recroisant le meurtrier, elle va apprendre qu’il existe des êtres magiques et que lui, chasseur d’ombre, traque les démons, sbires du terrible Valentin Morgenstern (Jonathan Rhys Meyers). Ses démons ont capturé la mère de Clary qui lui avait volé son calice magique, et il semblerait que sa fille sache où il se trouve, la mettant elle aussi en danger.

Difficile de feindre la surprise, mais tout de même… À ce point ? Rien, absolument rien dans cette histoire n’est de près ou de loin original : du plagiat total et irrémédiable. Ne sachant faire le tri, on aura droit à peu près tout : des vampires, des loups-garous et du triangle amoureux de Twilight ; du « je suis ton père et lui c’est ton frère » de Star Wars ; de l’école de Poudlard de Harry Potter avec en prime la baguette magique ; et même un peu de Naruto pour le coup des dessins qui sortent de l’image, même si eux non plus ne l’avaient pas inventé. À partir de là tout est dit : le film n’est qu’une succession d’indignations où le spectateur aguerri peste contre ces facilités médiocres. Si au moins on sentait la fibre de l’hommage ou alors une certaine transcendance de l’idée original, mais loin s’en faut. Heureusement, les acteurs ne sont pas trop mauvais et les effets spéciaux potables, ce qui permet de ne pas trop sombrer dans un ennui profond, mais clairement l’histoire est une vaste blague qui ne fait pas rire. Bien sûr, il ne s’agit que d’une base honteuse, et rien n’indique que la suite ne pourra pas faire preuve d’innovation, mais on préférerait encore voir la suite de Sublimes créatures, c’est dire…

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Breaking Bad

Breaking Bad
2008-2013
Vince Gilligan

Difficile de se lancer aujourd’hui dans une nouvelle série sans savoir de quoi sera fait son avenir. Les annulations sont légions, et certaines séries, de par une baisse de qualité trop importante ou une trop grande redondance, ont vu les choses couper court faute d’audience (cf Heroes, Terra Nova). Ainsi, au milieu des Walking Dead et Game of Thrones, prendre une série tout autant appréciée mais déjà finie semblait le choix le plus judicieux. Et le moins que l’on puisse dire c’est que la série a su trouvé son public : tournant à un peu plus d’un million de téléspectateurs pour la première saison, la série a progressé petit à petit, dépassant les deux millions en saison 4, avant de partir en apothéose devant plus de dix millions de personnes, offrant à la chaîne américaine AMC son second plus gros mastodonte de l’histoire derrière The Walking Dead. Dévoilé par Vince Gilligan le 20 janvier 2008, le show se sera éteint le 29 septembre 2013, une aventure incroyable de presque six ans (pour l’instant, voir la fin de l’article) qui laissera sa marque, mais aussi ses cicatrices.

Après Dexter qui mettait à notre portée le monde des serial killer sous son jour le plus sympathique, on s’attaque ici au milieu des cartels de drogue. Tout commença dans une banalité totale : Walter White (Bryan Cranston) était professeur de chimie dans un lycée, père de famille de 50 ans dont la femme Skyler (Anna Gunn) attendait un enfant, et leur grand fils attardé doublement handicapé (mental et physique) Junior (RJ Mitte) entrait au lycée. Une vie qui va prendre un tournant le jour où il va apprendre qu’il est atteint d’un cancer des poumons, lui qui n’a pourtant jamais fumé. Mais étrangement l’idée de mourir n’est pas sa préoccupation majeur : il s’inquiète plus du sort financier de sa famille. C’est alors que lorsque son beau frère Hank (Dean Norris), marié à la sœur de Skyler Marie (Betsy Brandt), lui proposa une sortie avec son équipe des stup (police des drogues), il revit une vieille connaissance : son ancien élève Jesse Pinkman (Aaron Paul). Devenu dealer de méthamphétamine à la sauvette, il pourrait représenter la solution de Walter. Le produit est d’une pureté douteuse, et avec ses connaissances en chimie, synthétiser la molécule du cristal lui serait facile : un excellent moyen de se faire suffisamment d’argent pour mettre sa famille à l’abri.

La première saison, particulièrement courte avec seulement sept épisodes, met donc en place le cadre de la série. On suit ainsi Walter, professeur de lycée à la vie bien terne entre son boulot qu’il juge indigne, un fils handicapé, sa femme qui se désintéresse de lui, et surtout un cancer qui pointe le bout de son nez comme histoire de dire que Dieu lui crache à la gueule. Se lancer dans le commerce de la méth n’est déjà pas facile et la situation lui pèse, d’autant que sa famille ignore son état de santé, et avec un junkie d’associé peu fiable, les embrouilles se multiplient et ses recettes sont insuffisantes. À la fois miné par la situation et ragaillardi par sa double vie, il se réinvente, reprend le goût de vivre et veut se poser comme figure emblématique du milieu : le grand Heisenberg, celui qui fait de la méth bleue plus pure que n’importe qui. Crâne rasé, petite moustache (qui évoluera en collier) : une icône se crée. La série frappe très fort, imposant avec aisance ses personnages, parvenant à un haut niveau de réalisme, et son format choque autant qu’il ravit : pas de temps morts, d’éclipses narratives ni même pose entre les saisons, tout se suit, chaque nouvel épisode reprenant là où le dernier s’était arrêté, avec par moment (surtout dans les saisons qui suivent) des Flash-Forward sous forme de prélude à l’épisode, montrant un événement futur qu’on ne comprend qu’à mesure que les épisodes avancent. Un style tranché et efficace, porté par des acteurs excellents et dont la dangereuse plongée dans le milieu de la drogue promet beaucoup.

La saison 2 commence dans la cour des grands, alors que Heisenberg obtient enfin un réseau important avec Tuco, mais ce dernier va vite se montrer trop violent et donc problématique, amenant Walter à souhaiter sa mort, obtenue dès le second épisode. Retour à la case départ pour lui et Jesse, recommençant le commerce de rue, une situation vite ingérable et qui va amener des personnages emblématiques de la série. Cherchant comment gérer la situation, Walt va faire appel à l’avocat Saul Goodman (Bob Odenkirk), cupide mais au bras long. Grâce à son ami Mike Ehrmantraut (Jonathan Banks), il va mettre en relation les chimistes de méth bleue avec le plus grand chef de cartel aux Etats-Unis : Gustavo Fring (Giancarlo Esposito), le président d’une chaîne alimentaire de poulets. Cette nouvelle saison amène son lot d’améliorations, même si on notera quelques déceptions. Ainsi, l’histoire prend de l’ampleur et on découvre de nouveaux personnages d’envergure (Mike étant le personnage le plus charismatique de la série et Saul le plus sympathique et drôle), mais d’un autre côté Heisenberg est étouffé dans l’œuf et Walt ne deviendra jamais l’icône en lequel on croyait. Jesse déconne à plein tube et Walt prend une mauvaise pente, perdant sa famille qu’il avait eu tant de mal à regagner. On s’y retrouve au final, et la qualité n’en pâtit pas, d’autant que la suite s’annonce encore une fois plus énorme encore.

Un nouveau cap est franchit avec la troisième saison : fini les petits bidouillages de chimistes amateurs à l’arrière d’un camping-car moisi, Walter pourra désormais compter sur le soutien de Gustavo Fring, l’imposant chef de cartel mexicain se montrant en plein jour, au nez et à la barbe des stup décidément bien à la masse. Ils ont bien quelques pistes, mais dorénavant avec sa rémission, Walt veut pouvoir regarder vers l’avenir et il est prêt à faire ce qu’il faut pour s’en assurer. Malheureusement, il traîne un boulet de plus en plus gênant : Jesse. À mesure que Walt a progressé, Jesse s’est laissé miné par les complications, jusqu’à un point de non retour où son implication dans le trafic de méth devient un problème que Gus se voit bien de résoudre par une élimination pure et dure. Une saison qui offre donc un cadre bien plus structuré aux chimistes, renforçant l’impact du milieu de même que certains rôles secondaires forts, on découvre tout un folklore autour de Gus (avec en prime des jumeaux terrifiants), certes au détriment des deux principaux : Jesse étant un peu relégué au second plan et Walt faisant n’importe quoi du côté relation professionnelle et familiale. Il n’a jamais été un héros à proprement parlé, mais il n’est pas loin de devenir antipathique, une gêne très regrettable bien que n’impactant pas directement la qualité de la série, d’un maintient remarquable.

Toujours dans une continuité parfaite, comme si les cinq saisons n’en faisaient qu’une, cette quatrième est néanmoins la première à ne pas créer de réelle rupture avec les précédentes : on poursuit le trafic sous la houlette de Gus, avec tout de même quelques avancées notables. Les choses ne sont pas au mieux entre Walt et Gus, et durant toute la saison un bras de fer s’opérera entre les deux hommes, tous deux cherchant à tuer l’autre. Prit au milieu de tout ça, Jesse va enfin sortir la tête de l’eau et devenir plus que jamais un personnage fort de la série, porté par Mike, le gentil papy au charisme incroyable, probablement le meilleur personnage de la série. Côté histoire les règlements de comptes entre mafieux sont légions et on aurait presque souhaité voir Walt mourir pour que Jesse soit le seul maître à bord avec Gus, mais les choses en seront autrement. Une excellente nouvelle saison riche en intensité qui commence à amortir la fin programmée, mais la grande famille des White commence à exacerber. Walt est de plus en plus ingérable et antipathique, Skyler est hors de contrôle, et Hank n’est plus qu’un convalescent saoulant. Mais rien ne pouvait laisser présager pareille chute…

Il y avait un boulevard, une autoroute : la mission de Walt pouvait enfin s’arrêter entre ses gains suffisants pour des générations entières et un blanchiment d’argent efficace, même si sa femme ne lui a toujours pas pardonné. Mais non, l’insupportable Walter en veut toujours plus, en assument une seule fois depuis son petit coup d’état de la première saison son pseudo de Heisenberg, mais rien n’arrangera cette frustration du leader éternellement endormi. Ainsi, la machine redémarre pendant un temps, juste suffisant pour commettre la première d’une longue liste de trahisons. La série va atteindre son point de non-retour avec l’épisode 8, abattant sur nous l’éternelle épée de Damoclès du beau-frère flic. Et avec l’introduction de l’épisode suivant, l’espoir de voir une fin digne s’évanoui. Va alors s’en suivre la décente aux enfers la plus violente de l’histoire, faisant passé le bilan des morts de Lost pour une broutille : presque tous les personnages centraux de la série vont mourir ou finir dans un état déplorable avec le suicide comme quasi seule option. Justice, morale, bonheur ? Oubliez ces notions abstraites, la mort est une fatalité qui vous frappe dans le dos en emportant tous vos proches avec elle. Bien sûr, cela est fait avec le même talent et la même force qui animait depuis le début la série, mais le résultat final laisse un arrière goût particulièrement horrible. Immense série, oui, mais pourquoi tant de désespoir ?

Pour l’ensemble :

La fin :

C’est une drogue relativement méconnue, le cristal n’avait pas forcément un attrait particulier pour en faire une série, mais entre des mains expertes qui en font un modèle de réalisme avec des immenses acteurs et une cohésion scénaristique qui force le respect, le résultat fut là. Récompensé dès sa première saison par un Emmy Awards pour son interprète Bryan Cranston puis longuement récompensé tout au long de son périple, la série est même partie en apothéose avec le Golden Globes de la meilleure série dramatique pour son ultime saison. Une expérience très récompensée et saluée donc, une situation amplement méritée malgré quelques points regrettables. L’apogée de Jesse n’aura pas duré, celle de Walt n’aura jamais eu lieu, et la fin est une trahison à bien des égards. Bafoué, le spectateur assistera à la mise à mort ou à la destruction psychologique de ces personnages qu’il a tant apprécié, aboutissant à une fin à peine croyable tant personne n’en ressort grandit ni même entier. C’est alors avec une joie immense qu’on accueillera en novembre prochain une nouvelle série appelée « Better Call Saul », centrée sur Saul Goodman et Mike Ehrmantraut, deux personnages aussi attachants qu’emblématiques dont on découvrira les prémices, toujours avec les mêmes acteurs incroyables.

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Il était temps

Il était temps
2013
Richard Curtis

L’homme est par nature dépressif : il désespère de son échec mais est paniqué à l’idée de réussir quelque chose, car perdre ce qu’on a gagné serait pire que de ne jamais l’avoir eu. Qui n’a jamais rêvé de revivre certaines journées, soit parce qu’elles étaient incroyables, soit parce qu’on est passé à côté de quelque chose d’énorme ? L’envie mène à la frustration, mais réaliser ses fantasmes revient à ne plus pouvoir espérer. La vie est ainsi faite : un cercle vicieux du désespoir. Mais que se passerait-il si on pouvait choisir les maux qui nous accablent ? Une question des plus complexes que va tenter d’élucider ce film.

Une nouvelle année commence, et pour Tim (Domhnall Gleeson) cela se fera avec un grand regret : celui de ne pas avoir embrasser cette fille si désirable qui lui envoyait ce regard langoureux. Mais tout n’est peut-être pas fini : pour son 21° anniversaire, son père (Bill Nighy) lui révéla le secret qui lie tous les hommes de leur famille. En se concentrant dans un espace sombre et clôt sur un lieu et un moment précis, il pourrait revivre n’importe quel moment de sa vie, la chamboulant comme bon lui semble puis la continuer depuis ce passé, ou simplement modifier un élément avant de retourner au présent par la même technique. Tout d’abord septique, il se rendra à l’évidence en constatant cette impensable vérité. Tout est à sa portée : richesse, luxure ou célébrité. Mais si une chose est ressortie de l’expérience de ses ancêtres, c’est que la normalité est la clef du bonheur. Pour lui, ça sera Mary (Rachel McAdams), la femme de ses vies.

Quel pouvoir enivrant ! Se dire que chaque mauvais choix peut être effacé, qu’on pourrait se forger une vie idyllique et la revivre à jamais. En effet, pouvant voyager vers le passé depuis le passé permet donc d’être immunisé contre le temps, de faire fi de la mort, une boucle infinie faisant de nous un dieu qui empêche les autres d’exister, leur réalité étant continuellement écrasée. Un formatage presque monstrueux qui pose la question des mondes parallèles, à moins que le voyageur ne tue chaque personne vivante de par son action, les remplaçant par des copies sans âmes. Vient alors le profond malaise de cette existence : que vaut réellement une vie qui ne peut se construire sur le long terme, prisonnière du passé ? Vous l’aurez compris, le film amène avec intelligence et talent ces questions complètement folles et qui pourtant nous paralysent, des problèmes philosophiques sur lesquels on pourrait débattre pendant des heures. Au delà de ça, le scénario du film est excellent, très bien structuré et traitant avec beaucoup d’émotion ses sujets. Porté par des acteurs formidables entre la révélation de Domhnall Gleeson et la figure du romantisme que représente désormais Rachel McAdams, cette histoire touchante nous transcende, même si on regrette que cette belle romance admirablement portée sur la famille subisse aussi violemment le contrecoup de la morosité de la vie. Une œuvre fascinante et bouleversante, bien que fatalement pessimiste.

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C’est la fin Vs Cran d’arrêt


C’est la fin | Cran d’arrêt
2013 | 1970
Seth Rogen, Evan Goldberg | Yves Boisset

Deux films, deux genres, deux résultats très différents, mais au final la même sensation désagréable d’avoir perdu son temps. Le plus récent des deux, gros succès de l’été aux US mais largement boudé ailleurs (101 M$ à domicile et moins de 25 M$ en dehors), surfait sur la vague des films apocalyptiques, en prenant la voie humoristique, comme l’a fait à la même période Le Dernier pub avant la fin du monde. On a donc grosso modo au programme Jay Baruchel et Seth Rogen qui vont assister à une fête chez James Franco, une fête en mode déviante où chaque acteur joue son propre rôle, croisant un grand nombre de stars : Jonah Hill, Danny McBride, Michael Cera, Emma Watson et bien d’autres mais dont les rôles sont plus figuratifs. Un délire qui va prendre une toute autre tournure quand la fin du monde va les frapper. Ou pas… Pour le second, film policier des années 70, on suivra un docteur souhaitant aider un fils de riche à comprendre pourquoi une fille qu’il avait connu fut retrouvée morte, un fait pour lequel il se sent responsable.

Mais que peuvent bien avoir ces deux films en commun ? Facile : la médiocrité. Les américains font rarement dans la finesse en ce qui concerne les comédies, mais jamais une telle ignominie n’aura émergé de leurs méandres cérébrales. Faire l’apologie de la drogue et de l’alcool, pourquoi pas, faire des blagues en dessous de la ceinture, c’est faisable, mais attention à ne pas dépasser les limites ! Cinq minutes de « je te sperme à la gueule », c’est juste pas possible, surtout avec la gestuelle dégueulasse qui va avec. Tout dans ce film est absolument immonde : de l’humour scatophile, homosexuel, des sacrilèges foireux, et même les effets spéciaux sont horrible, allant jusqu’à représenter le diable dans toute son anatomie. Et avec un scénario qui se résume au titre, on sombre définitivement. Pour ce qui est de l’autre film, tout de même un peu plus réussi, on souffre presque autant. Après demi-heure de scènes sans tellement de liens pour finalement comprendre que le docteur est venu s’occuper du bourgeois dépressif à cause de la fille de la première scène, on prend conscience que toute cette mise en scène n’est que poudre aux yeux pour une affaire résolue d’emblée, sans suspense ni rebondissements. Sauf le docteur, les acteurs sont très peu convaincant, les rôles féminins sont stupides et caricaturaux, et le rythme est vraiment catastrophique. Une comédie insupportable, un policier ultra poussif : double ratage atroce qui nous assomme entre vomissements et bâillements.

Vs

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La Taupe

La Taupe
2012
Tomas Alfredson

Considéré comme l’un des plus grands mensonges du cinéma, acclamé par la presse et ayant reçu bon nombre de prix dont le BAFTA du meilleur film britannique, cette adaptation du premier best-seller de la trilogie de John le Carré n’est en rien un grand film d’espionnage, ni même un bon film tout court. Se déroulant en 1973, l’action se situe donc en pleine guerre froide, alors que les services secrets britanniques regardent de près les agissements du KGB, leur homologue russe. Mais leurs actions sont peut-être vaines : une rumeur fait état d’un espion double travaillant pour l’ennemi au sein même de leur organisation. Une nouvelle des plus inquiétantes qui attise la paranoïa.

Voilà donc tout ce qui le film est : une suite d’introspections qui visent à démasquer la taupe. Dans l’absolu ça pourrait être intéressant, mais pas là. Durant la première demi-heure, on a vraiment l’impression que les principaux concernés (John Hurt, Gary Oldman, Tom Hardy, Colin Firth, Benedict Cumberbatch et Mark Strong) répètent en boucle « il y a une taupe dans le service », et régulièrement dans le film cette vieille rengaine nous est rappelée entre deux décrochements de mâchoire (ou filet de bave, au choix), histoire de nous rappeler de quoi parle le film. Car oui, entre la multiplicité des personnages, des lieux et des non-information, on s’y perd un peu, d’autant que les siestes entre chaque scène n’aident pas beaucoup. Dire que le film est ennuyeux serait un doux euphémisme. Il y a un énorme casting, mais on fini vite par l’oublier tant l’histoire est plate, les dialogues redondants et les temps morts omniprésents. Oubliez la musique angoissante de la bande-annonce, déjà parce que le film est pour ainsi dire dépourvu de musique, mais surtout parce que le suspense incroyable qu’on nous vendait n’est que vil mensonge. Au final la traque est minable et ne démontre que deux choses : le KGB est une bande de bras cassés et l’histoire de taupe chez les anglais était une bénédiction tant ils avaient l’air de n’avoir rien à faire de leurs vies. On a vu sommeil plus réparateur…

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