Cloverfield

Cloverfield
2008
Matt Reeves

Si Projet Blair Witch avait déjà amené le style du found-footage, ce film est incontestablement celui qu’il la révolutionné, montrant que ce principe de caméra embarquée amateur permet non seulement de proposer des films ambitieux à moindre coût, mais qu’en plus le côté quasi documentaire en live permettait de ne pas expliquer le scénario, nous montrant des gens qui sont eux mêmes spectateurs de l’histoire.

Ainsi, après avoir brouillé les pistes 20 minutes durant en nous faisant croire à une comédie américaine, le film dévoile sa vraie nature au détour d’un tremblement de terre. Paniqués, les gens sortent alors, et découvrent terrifiés un immeuble s’écroulant. Quelques minutes plus tard, un autre building s’embrase, laissant paraître un immense corps blanc au milieu des décombres, tapi dans l’ombre. L’île de Manhattan semble être attaqué par un mystérieux monstre gigantesque. Désemparés, les militaires tentent d’évacuer les lieux, mais la créature refis surface et jailli de l’eau, détruisant le pont et faisant de nombreux morts. Plongés au cœur de cet enfer, quatre jeunes filment les événements.

À moins d’être passé complètement à côté du film et de n’avoir aucune idée de quoi il parle, l’évolution des événements ne surprendra pas. Néanmoins, cette attente débouche sur un certain suspense sur le démarrage de tout ça, et le fait de choisir une fête comme lieux de départ donne un bon effet de dichotomie, entre d’un côté des amis qui festoient et qui trinquent à un avenir radieux, et de l’autre cette créature énigmatique qui vient gratuitement tout détruire. Sorte d’ange sorti tout droit d’Evangelion, sa nature restera un mystère. Est-ce une expérience militaire, un extraterrestre sorti d’une faille à la Pacific Rim ? C’est là l’une des forces du film : ne voyant que des témoins de l’histoire, on en saura pas plus qu’eux. Si le système de caméra à l’épaule n’est pas des plus esthétiques – encore qu’on aura vu pire exploitation -, il permet une immersion excellente et change carrément la donne au point de vu budget, affichant un investissement minimal pour un film catastrophe : 20 M$. Et pourtant, les effets sont très crédibles et le design du monstre est plutôt réussi. Même côté histoire le film tient la route, s’appuyant sur des personnages sympathiques et la chronologie n’est ni prévisible ni rectiligne, constamment secouée par des césures et des rebondissements. Alors bien sûr, on restera un peu sur notre faim, mais cela n’a rien de définitif : une suite est en cours d’écriture et est sûre de voir le jour, avec ou sans l’équipe du premier (on parle d’une sorite en 2015). Il est vrai que J.J. Abrams, producteur et tête pensante du film, multipliant les projets et étant engagé sur une future trilogie Star Wars (pour 2015, 2016 et 2017), un Mission Impossible 5 (2015) et un éventuel Star Trek 3 (si un fort maintient rattrape son faible démarrage), sa participation semble déjà compromise. Au pire, ce film se suffit largement à lui-même, n’innovant que très peu mais révolutionnant l’approche cinématographique, créant le blockbuster à petit budget.

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Independence Day

Independence Day
1996
Roland Emmerich

Voici sans doute l’un des films les plus sujet à la polémique. Il y a deux façons de voir le film : soit comme un énorme blockbuster rassemblant de grandes stars et proposant une invasion extraterrestre épique, soit comme une grosse bouse infâme faisant la part belle aux effets spéciaux tapageurs et voué à la gloire des américains, et reposant sur un scénario indigne de la science-fiction. Néanmoins ces deux visions sont toutes deux pertinentes et loin d’être contradictoires.

Comme cela est devenu sa marque de fabrique, Roland Emmerich nous met devant l’une de nos plus grandes peurs : notre extinction par une race extraterrestre supérieure (mais cela va de soit, car sinon il ne pourrait y avoir contact). À quelques jours du 4 juillet (jour d’indépendance des Etats-Unis, d’où le titre), un objet volant d’une taille colossale est identifié en direction de la Terre. Un astéroïde destructeur ? Non, l’objet ralentit à l’approche de notre orbite. C’est alors qu’une dizaine de disques de 25 km de large se détachèrent de l’objet, amenant un mouvement de panique auprès des états majors et de la population. Ne sachant que faire, le président (Bill Pullman) appela à la prudence, préférant attendre de voir l’évolution des choses. Mais pendant ce temps là, un ingénieur du câble, David Levinson (Jeff Goldblum), décrypta un message caché extraterrestre via nos satellites : un compte à rebours pour une mise à feu. Mais le temps de prévenir qui de droit, le mal était déjà fait : les plus grandes villes du monde balayées en un tir. La contre-offensive débute alors (avec Will Smith), mais la mission est un échec : leurs appareils sont protégés par un bouclier invisible. Une guerre perdue d’avance…

Ce qu’il y a de formidable avec ce genre de films, c’est qu’on dirait que l’invasion ne concerne que les Etats-Unis : tout démarre là-bas, ce sont les seuls à se battre, tous les héros sont de chez eux, et la solution ne peut venir que d’eux. Mais c’est sans oublier un président charismatique qui rassure tout le monde avec ses discours à grandes envolées lyriques, et une armée américaine qui ne compte que de valeureux soldats prêts à mourir pour leur nation. Donc oui, le film est abusivement pro-américain, et certains le digéreront très mal, mais mieux vaut en rire. En effet, prit au second degré, le film a un potentiel comique énorme, proposant une caricature à peine voilée du mode de vie américain. Mais de toutes façons, mieux vaut regardé le film pour ce qu’il est : un gros blockbuster qui nous attaque à grand coups d’effets spéciaux, d’ailleurs récompensés aux Oscars, et de bonnes scènes d’action épiques. Par contre, il est vrai que les explosions du film ont prit un coup de vieux, faisant un peu irréalistes et incrustées en post-prod. Certes pas un chef d’œuvre ni un film très intellectuel, il n’en reste pas moins une référence en matière d’invasion et nous gratifie d’un grand spectacle. En revanche, les deux suites « programmées » (probablement pas avant 2016) auront probablement beaucoup plus d’intérêt : les humains partant éclater la face aux ET chez eux.

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District 9

District 9
2009
Neill Blomkamp

Quand on pense aux invasions extraterrestres, on pense immédiatement aux grosses purges à budget colossal opposant des bons américains valeureux à de destructeurs aliens dans un combat épique (cf Independence Day, Transformers, World Invasion). Tout aussi fréquente, on retrouve l’orientation frisson, inauguré avec les Aliens. Il existe aussi l’approche humoristique, plus rare mais tout autant jouissive (Mars Attacks ! ou Paul). Néanmoins, District 9 se démarque assez largement des autres, reprenant le côté reportage de Cloverfield.

Le film part d’une idée assez singulière : et si un vaisseau extraterrestre tombait en panne sur notre Terre ? À la stupéfaction générale, la ville de Johannesburg en Afrique du Sud accueilli un immense édifice spatial, qui s’immobilisa au dessus d’eux. Après trois mois à attendre, une équipe se fraya un chemin à l’intérieur, y découvrant un million de spécimens en assez mauvais état. Recueilli dans des camps de fortunes établis en dessous de l’appareil en lévitation, la situation n’évolua pas durant 20 années, causant à force de graves tensions, l’humanité ayant l’impression de devoir payer pour les pauvres de l’univers. L’unité de crise dédiée (le MNU), décide alors d’expulser les indésirables dans des camps de concentrations. Wikus van der Merwe (Sharlto Copley) est chargé de faire passer le message auprès desdits concernés. Mais l’opération ne se passera pas comme prévue…

Visiblement partis faire un peu de tourisme de par chez nous, leur vaisseau fut abîmé lors de son entrée dans notre atmosphère, perdant son système de navigation. Durant ce temps, ce qui semble être le seul scientifique alien – les autres étant apparemment des ouvriers ou des soldats – tente de réparer le module endommagé. Du côté humain, un petit bureaucrate qui subit le système. Une histoire assez simple et efficace, très réaliste et énigmatique. L’univers est bien approfondi : les extraterrestres possèdent un langage bien particulier, et leur façon de parler permet une compréhension mutuelle mais pas de pratiquer la langue de l’autre ; leur technologie est nettement supérieure et malgré un budget serré (30 M$), la qualité des effets spéciaux la met bien en valeur ; et leur design qualifié de « mollusque » est particulièrement bien réussi. Filmé comme un reportage omniscient sur ces événements, la réalisation renforce le réalisme du film et donne une profondeur inespérée au film, excusant le flou quasi intégral sur la raison de leur venue et leur condition. L’idée était donc très originale, et son application l’est tout autant. On regrettera juste le comportement égoïste et nonchalant du héros, et surtout que le flou entourant l’univers du film ne soit jamais percé : malgré un énorme succès (210 M$), la suite fut annulée, son réalisateur préférant se concentrer sur d’autres projets originaux, comme le futur Elysium, toujours orienté science-fiction.

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Le Dernier maître de l’air

Le Dernier maître de l'air
2010
M. Night Shyamalan

Série animée sortie en 2005 sur Nickelodeon, Avatar – le dernier maître de l’air connu un grand succès international, et c’est donc vu adapté en live pour le cinéma. Très loin de son style habituel, c’est M. Night Shyamalan qui fut chargé de la réalisation, officiant aussi au passage en tant que scénariste et producteur. Et visiblement, le résultat n’a pas séduit : grand vainqueur des Razzie Awards, le film y a remporté les prix du pire film, pire réalisateur, pire scénario, pire acteur secondaire et pire 3D – je confirme, l’ayant vu au cinéma à l’époque -.

Le film se passe dans un monde régis par les quatre éléments : l’eau, le feu, la terre et l’air. Il existe quatre différents peuples, chacun capable de maîtrisé son élément natal. Pour maintenir un équilibre entre les forces, le monde des esprits rappelle sur terre tout les 100 ans un Avatar, grand maître suprême capable de contrôler tous les éléments. Mais se refusant à devoir vouer sa vie à cette tâche, la réincarnation actuelle de l’Avatar, Aang, s’est enfuit du domaine des airs et s’est retrouvé prisonnier des glaces. 100 ans ont passé et sa disparition a poussé la nation du feu à prendre le pouvoir, assouvissant le monde. Libéré par deux jeunes de la nation de l’eau, Aang, désormais seul maître de l’air de par la décimation de son peuple par l’oppression, décide de faire face à son destin et de se battre.

Mais que s’est-il passé ? On a carrément l’impression que Bollywood est passé par là. Composé quasi exclusivement d’inconnu (à l’exception peut-être de Dev Patel), la casting semble tiré tout droit d’Asie et les moines à crâne rasé sont légions. De plus, les combats ridicules et les chorégraphies interminables pour la moindre interaction élémentaire ne sont pas sans rappeler les techniques bouddhiques, thème d’ailleurs récurrent dans la mythologie du film. Et avec des jeunes personnages interprétés sans le moindre talent, ont a vraiment du mal à croire à la grosse production épique. Mais même en regardant le film comme une série B, difficile de passer outre la prétention et la bêtise du héros, et surtout la pauvresse des effets spéciaux : rien de bien original ni impressionnant, et les rares scène ambitieuses sont ratées (où sont passé les 150 M$ de budget ?). La modélisation du monstre volant est risible, les décors plantés au hasard, et même le mur d’eau final est une déception : outre le côté abusif de ses pouvoirs, le côté moralisateur du film est imbuvable. Soyez gentils les uns les autres ! Non mais quelle plaie… C’est bien simple, le film rappelle Dragonball Evolution. Et dire que le film était pensé comme la première partie d’un trilogie… Eh bien comme pour Incassable et Devil, M. Night Shyamalan a dû ravalé sa fierté et s’asseoir sur ses suites. Mais est-il encore capable de faire des bons films ? Réponse dans quelques jours avec After Earth.

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Le Lauréat

Le Lauréat
1967
Mike Nichols

Véritable légende de la comédie-romantique, le film est le 21° plus gros succès de l’histoire en terme de nombre d’entrées, fait parti du top des meilleurs films de l’histoire sur IMDb, fut nominé pour un grand nombres de prix, et a notamment reçu l’Oscar du meilleur réalisateur, et a remporté la majeure partie des récompenses anglaises (les BAFTA) avec meilleur montage, meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario et révélation de l’année pour Dustin Hoffman, pour qui le film aura été le fer de lance de sa carrière. Plus de 45 ans plus tard, le film est toujours considéré comme une référence, et à juste titre.

Comme le titre l’indique, l’intrigue prendra place autour de Benjamin Braddock (Dustin Hoffman – certes âgé de 30 ans alors que son personnage est sensé en avoir tout juste 21), fraîchement diplômé de Harvard après quatre années de dur labeur. Mais sa vie l’ennui, et il ne regarde guère son avenir d’un œil réjouit. Mais ce soir là, alors que ses parents donnaient une réception en son nom, sa vie va basculer quand une amie de ses parents, Mrs Robinson (Anne Bancroft), va lui demander de la raccompagner. Délaissée par son mari et émoustillée par la fringance de Ben, elle lui fera des propositions loin de ses meures, voir choquantes. Et pourtant… Jamais une femme ne s’était montré aussi entreprenante avec lui, un sentiment enivrant et qui bouleversera sa façon de voir les choses. Mais quand la fille de Mrs Robinson, Elaine (Katharine Ross), rentra à la maison, Ben succomba irrévocablement à son charme, lui attirant les foudres de la jalousie de la mère.

En un mot : fascinant. À force de constamment voir des acteurs quelconques, on en oublierai presque ce qu’est le talent. Impassible et pourtant si expressif, Dustin Hoffman nous montre ce qu’est le charisme naturel, arrivant à faire passer de la fougue au travers d’une personne timide et dépressive. De par un regard, un soubresaut, il en dit plus que n’importe qu’elle phrase au monde. Mais cela n’empêche pas le film de nous réserver quelques dialogues magnifiquement touchants et improbables, tels « vous êtes la plus séduisante de toutes les amies de mes parents » ou encore « en réalité Elaine ne sait pas encore que nous allons nous marier. … Qu’est-ce qui te fait croire qu’elle veut t’épouser ? … Elle ne veut pas. Je ne peux vous cacher que je lui déplaît. ». Une folie qu’on retrouvera aussi dans l’histoire, très danse et remarquablement imprévisible, quoique la seconde partie aille un peu trop loin, laissant par moment le spectateur dubitatif.

Pour ce qui est du côté technique du film, il faut vraiment saluer sa réalisation, à la fois étrange, ce qui colle parfaitement au film, et très précise. L’une des premières scènes qui voit Ben tentant d’échapper à ses convives, est particulièrement réussie, filmée de telle façon qu’on ne peux qu’être sûr d’avoir vu la fameuse Mrs Robinson tant elle se démarque naturellement des autres. Mais le plus marquant dans le film est sans doutes sa bande originale, composée par Simon & Garfunkel. Si on y retrouve une chanson justement baptisé Mrs Robinson, on soulignera surtout leur incomparable The Sound of Silence, qui en plus d’être d’une poésie et d’une mélodie inoubliable, arrive avec une justesse inouïe durant la première nuit à l’hôtel. Oh Darkness my old friend… Si le film n’est pas parfait, la seconde moitié étant un peu trop floue et bizarre, la perfection n’est tout de même pas loin. Réalisation, histoire, acteurs, musiques, tout est d’une justesse remarquable, le film n’a pas prit une ride, et c’est avec bonheur et mélancolie qu’on se délecte d’un tel chef d’œuvre.

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Gangster Squad

Gangster Squad
2013
Ruben Fleischer

Adapté du roman éponyme de Paul Lieberman, le film retrace l’histoire vraie de Mickey Cohen (Sean Penn), un truand qui avait mit la ville de Los Angeles à ses pied dans les années 40, prospérant de ses divers trafics et très loin d’être inquiété, tenant sous sa botte presque tous les politiciens et la police. Mais en 1949, un préfet de police décidera que cette situation n’a que trop duré, et laisser la ville aux mains d’un malfrat n’était pas digne d’eux.

Le film s’axe donc autour de la création d’une escouade de police, chargée de mettre à mal les affaires de Mickey Cohen pour le détruire et dissuader d’autres malfaiteurs de prendre sa place. Chef de la bande, John O’Mara (Josh Brolin) recrutera un bad boy (Ryan Gosling), flirtant dangereusement avec la petite amie de Mickey (Emma Stone), un bourrin (Michael Peña), un roi de la gâchette (Robert Patrick) et un pro de la surveillance (Giovanni Ribisi). La majorité des policiers étant corrompus, ils ne peuvent compter que sur eux-même, et leur mission n’a pas d’existence légale. Pas de règles, pas de limites : carte blanche pour mettre Mickey Cohen à terre.

On se retrouve face à un mafieux classique : casinos, hôtels accueillants, restaurants, trafics d’armes et de drogues. Touche à tout, Mickey Cohen est une sorte de Parrain, liquidant sans la moindre émotion ceux qu’ils le déçoivent. L’époque étant à peu près la même, les ressemblances sont nombreuses, et malgré le côté histoire vraie, la cadre n’est pas très original. En revanche, le mystérieux gang qui joue des tours à Mickey est déjà beaucoup plus intéressant voir drôle par moments comme avec leur première tentative ratée. Une petite dose d’humour anime le film, tranchant avec son style policier sombre qui tente sa chance dans le film coup de poing, sans vraiment s’y imposer. Ce qui en impose en revanche, c’est le casting : un sacré panel et plutôt en forme, bien que la plupart des rôles secondaires soient sous exploités. L’intérêt y est, pas de doutes, d’autant que le rythme est assez bon, mais le film manque cruellement d’identité. Sa réalisation n’est pas au niveau – certains passages comme les courses poursuites ou les fusillades sont particulièrement illisibles – et l’histoire n’est ni étoffée ni surprenante. Le résultat est correcte mais le film et loin d’être inoubliable.

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Populaire

Populaire
2012
Regis Roinsard

Métier extrêmement populaire et exclusivement féminin, relançant la mode de la femme qui travaille, les secrétaires étaient toujours accompagnées de leur fidèle machine à écrire. Véritable talent soumit à rude épreuve, la vitesse de dactylographie est aujourd’hui encore primordiale, et fait parti des tests de recrutement (bien que le support est évolué vers l’ordinateur).

Le film prend place en 1958, dans un contexte bien difficile pour les femmes. Voulant échapper à une vie de misère et étant constamment menacée par des mariages arrangés, Rose Pamphyle (Déborah François) tentera sa chance dans un cabinet pas très prestigieux, mais dont le poste de secrétaire à pourvoir lui donnerait l’indépendance qu’elle cherche. Maladroite et désordonnée, elle ne convaincra malheureusement pas son patron (Romain Duris), mais il lui voit un tout autre avenir. Très rapide pour écrire à la machine, elle pourrait bien avoir l’étoffe d’une championne. Bien décidé à faire d’elle une icône du milieu, il la prendra sous son aile.

Contrairement à ce que la logique voudrait, le film n’est pas tiré d’une histoire vraie. Si le concours de vitesse de frappe a bien existé, il n’y a en revanche jamais eu de Rose Pamphyle qui y ai percé. On se demande alors bien pourquoi un tel choix de sujet vu le manque d’envergure du concours, qui revient dans la pratique à une élection de miss France en moins belle. Le contexte de l’époque ne change pas tellement la donne, et les mentalités sont trop proches de celles actuelles, à quelques considérations féministes près, mais il est vrai que cette Rose débridée et fringante bouscule un peu l’ordre des choses. On y trouvera ici et là deux trois situations comiques qui en tirent avantageusement parti, agrémenté d’un humour omniprésent et piquant. En dehors des deux excellents acteurs du duo de tête, la plupart des second rôles sont caricaturaux et ratés, l’américain étant carrément insupportable, à l’exception de l’envoûtante Bérénice Bejo. On retrouve un peu l’enchantement de l’époque et la romance, quoique attendue et superficielle, donne un peu de profondeur à l’ensemble. Donc globalement le film est très divertissant, mais son histoire reste assez fade et son côté kitsch en rebutera plus d’un.

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The Impossible

The Impossible
2012
Juan Antonio Bayona

Il y a des succès qu’on ne s’explique pas. Nominé dans de nombreux festivals, plutôt bien accueilli par la critique et acclamé par les spectateurs, le film a connu le meilleur démarrage de l’histoire au box-office espagnol, finissant même à plus de 54 M$, ce qui représente quasiment le tiers des recettes (172 M$). Et pourtant…

« Surfant sur la vague » du tsunami qui a eu lieu le 26 décembre 2004 en Thaïlande, le film nous raconte l’histoire « vraie » de la famille Belón, appelés dans le film Bennet (pour excuser probablement le fait que des anglais incarnent les personnages au lieu d’espagnols). Le film nous propose donc de « revivre » leur histoire, qui prendra donc un virage le jour de l’incident. Séparés par le raz-de-marée, la famille se retrouvera scindée en deux. La première partie du film est centrées sur la mère (Naomi Watts), gravement blessée, et le plus grand de leur trois fils. On suivra ensuite ces événements du point de vu du père (Ewan McGregor), qui se réveillera près de l’hôtel en compagnie de ses deux autres fils.

Diantre que c’est ennuyeux, fade et sans intérêt. Si le film débute décemment, tout basculera avec le tsunami, exagéré dans les grandes largeurs, puis s’enfoncera peu à peu dans les méandres du bien-pensant et de l’infâme crétinerie. Outre un comportement suicidaire et stupide, le film nous régalera de grands moments d’hilarité, avec le médiocre fils aîné, à mourir de rire tant ses interventions sont d’une bêtise terrifiante. Entre deux idées absurdes, il nous régalera de dialogues pitoyables tels « maman pourquoi tu saigne ? Arrête ça ! » ou « attention, il pourrait y avoir d’autres vagues » et le plus fort de tout : « plus jamais ça ». Plus drôle encore, les acteurs en font des caisses, échouant honteusement à faire dans le larmoyant et l’émotionnel. Mais à force de vouloir imposer des séquences humanistes, le film perd toute crédibilité, et les pseudo-suspenses sont court-circuités par ce côté gnangnan qui nous fait redouter l’happy end facile. Néanmoins la fin possède une surprise : elle est encore plus grotesque que prévu. Un si beau casting (quoique très mauvais ici) et autant de moyens (la scène du tsunami est impressionnante) pour si peu, c’est vraiment lamentable…

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In the Air

In the Air
2010
Jason Reitman

Nominé dans six catégories aux Oscars et autant aux Golden Globes, le film n’aura eu que le prix du meilleur scénario pour le second festival. Vendu comme le rôle le plus marquant de la carrière de George Clooney – comme The Descendants le fera deux ans plus tard -, le film avait pourtant été bien accueilli, il est vrai dans des proportions modestes.

Y a t-il un art de vivre ? Une façon de savourer au mieux chaque moment de notre vie ? Pour Ryan Bingham (George Clooney), ça n’est pas une hypothèse, c’est une certitude. Sa vie, son quotidien, il le maîtrise. Son travail c’est plus qu’une vocation, c’est un service rendu à la société. Alors que la crise économique ravage l’industrie du pays, les entreprises n’ont de choix que de licencier à tour de bras, et c’est là que la boîte dans laquelle il travaille intervient – dirigée par Jason Bateman. Pour les patrons trop lâches pour le faire, il se charge de renvoyer humainement son personnel, essayant de montrer que cela n’est pas une fin en soit. Mais plus que son travail, c’est réellement son style de vie qui le rend heureux : sans la moindre attache, il voyage d’hôtel en hôtel, et passe ses journées entre deux avions, un rêve pour lui. Mais son monde va tour à tour s’écrouler. Voulant révolutionner le concept de licenciement, une jeune employée (Anna Kendrick) veut imposer le renvoie par vidéo-conférence : une abomination pour lui. Pire encore, tous ses concepts moraux et familiaux vont s’effondrer dès lors de sa rencontre avec Alex (Vera Farmiga). Et si la vie était meilleure à deux ?

Tel une rock star ou une star d’Hollywood, le film met en avant une homme qui nage dans le bonheur, jouissant de ses passe droit, cartes de fidélités, et se délectant d’un vol, d’une nuit à l’hôtel, et ne rentrant que quelques jours par an chez lui, par dépit. Le sourire du bellâtre et sa simplicité étonnante font que cette philosophie de vie paraît brillante, passionnante, mais tout cela n’est qu’un voile cachant une détresse affective et une solitude pesante. La scène où il rentre chez lui en est le parfait exemple : aussi vide et impersonnel qu’une chambre d’hôtel. La tristesse d’un constat amer : il ne possède rien, et ne compte pour personne. Commence alors une remise en cause, aussi pour les consuméristes, car à quoi bon avoir femme, maison, enfants, si cela ne nous rend pas plus heureux. Sans avoir la prétention de nous livrer la recette du bonheur, le film nous montre comment ne pas s’en éloigner. Sa plus belle image métaphorique est sans nul doute celle du sac, celui qui nous clou au sol entre les encombrantes reliques du passé, et les connaissances nuisibles. Porté par un formidable casting, le film vaut surtout pour son histoire, mais fait montre d’une belle réalisation et s’appuie sur des musiques profondes. Malgré un ton pesant et plutôt triste, le film fait valoir ses qualités et nous fascine.

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Incassable

Incassable
2000
M. Night Shyamalan

Porté par l’immense succès de son film Sixième sens, considéré comme l’un des meilleurs films de l’histoire, M. Night Shyamalan s’était construit un boulevard, lui permettant d’oser n’importe quoi, d’autant que son acteur à qui il doit une grande partie de sa sympathie rempile. Il tentera ici de mettre sa notoriété au service d’une vision personnelle des comics, bandes-dessinées de super-héros.

À quoi reconnait-on un héros ? Toute sa vie, Elijah Price (Samuel L. Jackson) s’est posé cette question, puisant son inspiration des comics qui ont accompagné sa vie de mourant en sursis. Atteint d’un cas sévère de la maladie des os de verre, son quotidien fut depuis toujours l’hôpital et les plâtres. Condamné à subir le monde tel un monstre de comics, il n’eu de cesse que de trouver son exact opposé. Et un beau jour, l’incident qu’il a toujours attendu arriva : un terrible accident de train dont un seul homme en sorti vivant, et plus encore. Ce jour là, David Dunn (Bruce Willis) s’en sorti sans la moindre égratignure. Un miracle ? Pour Elijah la coïncide est trop belle : il est le héros que le monde réclame. Dubitatif, David prendra peu à peu conscience de certaines réalités troublantes de sa vie. A t-il déjà été malade ne serait-ce qu’une seule fois ? S’est il déjà cassé la moindre chose ?

Assez talentueux quand à créer un suspense pesant, le réalisateur réitère cette même fascination avec ce film. Assez flou, le film nous présente d’un côté un homme maudit par son corps, aux motivations vagues et à la psychologie énigmatique, et de l’autre ce qui semble être un héros qui s’ignore, doté d’une résistance incroyable dont le titre fait écho. Malgré une réalisation bancale et maladroite (plans trop rapprochés et mouvements de caméra trop abrupte), on se captive dans un premier temps, attendant fébrile l’évolution de cette histoire intrigante et original. Malheureusement les rebondissements se font rares, et le cœur du film est tout juste survolé vers la fin, après bon nombre de désillusions. On se refuse d’y croire et pourtant, une fois le générique de fin arrivé inopportunément, le constat est amer. Tout ça pour ça. L’histoire s’avérera une immense déception, lorgnant de tous côtés sans jamais vraiment s’y engager. Une belle ébauche d’idée pleine de potentiel, mais complètement raté.

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