Dragons 3 : Le monde caché

Dragons 3 : Le monde caché
2019
Dean DeBlois

Trois ans avant la série Vikings qui a fait des mythes nordiques le nouveau thème à la mode, et quatre ans avant que Oultander n’achève de faire prendre conscience que les musiques écossaises sont une tuerie, une petite pépite de l’animation a mélangé ces deux viviers avec une créature magique, source de tous les fantasmes et qui lui a donné son nom : Dragons. Quatre ans plus tard, Dragons 2 prolongea l’aventure avec brio, proposant des moments sacrément épiques. Alors que la conclusion de la trilogie devait sortir en 2016, la production de diverses séries annexes, des résultats au box-office solides mais pas transcendants et des soucis de distribution (chacun des trois films fut distribué par un studio différent), il aura finalement fallut attendre cinq ans pour enfin voir débarquer l’ultime chapitre de cette histoire.

Le récit se place quelques années après que Harold soit devenu le nouveau roi de Burk, et les problèmes s’enchaînent. Loin d’être le paradis espéré, leur île devient une zone de convoitise pour leurs dragons, les chasseurs se multiplient et les ennemis deviennent de plus en plus dangereux. Face à une coalition massive, la situation semble désespérée. Harold va alors prendre la décision d’évacuer tout le village et de partir à la recherche du monde caché où les dragons pourraient vivre paisibles.

Métaphore du passage à l’âge adulte, cette saga poursuit sa logique. Après avoir affronté ses peurs et essayé de vivre ses rêves, Harold doit maintenant apprendre à vivre sans et accepter certaines fatalités. L’ennemi à affronter est assez charismatique, mais au final on ne saura pratiquement rien de lui, et il ne marquera pas autant que les dragons géants des précédents opus. Autant le premier était la découverte et le second le souffle épique de l’aventure, cette fois il n’y aura pas cette même fougue, le film rattrapant le train de la réalité pour conclure l’arc de façon crédible, presque historique. Il ne pouvait en être autrement vu les partis pris, tout en conservant cette aura si particulière de désir d’évasion, ponctuée par des musiques sublimes. Le monde caché et la découverte du Furie éclair permettent de maintenir le rêve, et quelques idées critiques sur la superficialité sont amusantes, comme par exemple Rustik, plus grand et costaud des jeunes, est devenu à force le plus petit, ou encore la quête de virilité passant par la pilosité faciale. Malgré une nouvelle baisse de budget, le film est toujours aussi beau et enchanteur, arrivant à trouver de nouvelles façons de nous éblouir. Si globalement le renouvellement est limité et que l’histoire aurait mérité plus d’envergure, on peut se satisfaire d’une qualité toujours aussi grande. Certaines saga s’effilent et ne font que trop durer. Ici, tout en laissant la porte ouverte aux rêves, l’histoire est achevée et on part sans regrets.

Bon et maintenant oubliez tout ce que je viens de dire. Il y a quelques semaines est sorti un court-métrage de l’univers à l’occasion de Noël. Si les séries dérivées et la plupart des courts issus de la saga étaient oubliables, quelque uns étaient très bons, et Homecoming en fait partie. Racontant comment tragiquement les nouvelles générations ne croient pas en l’existence des dragons, Harold décide de mettre en place, pour ses enfants et ceux qui ont oublié, un spectacle en mémoire à cette amitié homme-animal. Aussi touchant qu’émouvant, on découvre la tristesse d’un monde sans dragons, et jusqu’à la fin la frustration domine. Outre les absences de la mère et de Rustik parmi les principaux, de voir la séparation des mondes est un crève-cœur. Seulement un détail pourtant logique nous échappe : l’intrigue se situe juste avant la toute dernière scène du troisième opus. Un hourra se fera alors ressentir, changeant même notre vision fataliste de ladite scène, faisant dire que d’autres suites restent possibles, voir souhaitable tant cet univers est un enchantement perpétuel.

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Gemini Man

Gemini Man
2019
Ang Lee

Après l’un des plus gros succès de l’année, place à l’un des plus gros échecs. Doté d’un budget assez massif de 138 M$, le film n’en a rapporté que 174 M$, soit en prenant en compte les taxes de 50% à domicile, 66% à l’étranger dont 75% sur la Chine, on arrive à des recettes réelles de 62 M$, soit une perte brute de 76 M$. On est loin du naufrage historique du quart de milliard de déficit de Dark Phoenix, mais ça reste dans le top 3 de l’année des pires catastrophes industrielles derrière le dernier Terminator. Pourtant, le film était réalisé par un grand réalisateur reconnu, avec une double tête d’affiche de prestige, et le scénario date d’il y a plus de vingt ans, de quoi avoir mûri au fil des décennies.

Il y a des métiers où prendre sa retraire est salvateur, sauf quand les choses dérapent. Tireur d’élite pour l’armée américaine, Henry (Will Smith) pensait enfin pouvoir couler des jours paisibles en rangeant son fusil, mais c’était sans compter sur Clay Verris (Clive Owen), préparant en secret une nouvelle génération de soldats et comptant bien éliminer tout risque potentiel.

Par où commencer ? Puisque le film se vendait comme une démonstration technique, attaquons par le visuel et les « prouesses ». Alors oui, spoiler qui n’en est pas un, la nouvelle génération de soldats serait des clones, et on aura le droit à une version jeune de Will Smith. On y ira pas par quatre chemin : si certains plans passent à peu près et arrivent à créer l’illusion, globalement le résultat est catastrophique, oscillant entre des scènes dans la vallée dérangeante et des plans carrément pas fini où on se croirait devant une animation foireuse digne des Sims. C’est dire… Techniquement le film avait un autre argument : l’ultra HD haute framerate. Autrement dit du 4K, presque classique de nos jours, proposé dans une version en 120 images seconde, sachant que le cinéma est habituellement en 24 images seconde. En résulte la quasi disparition des flous de mouvement, qu’on peut pourtant observer dans la vraie vie, rendant l’image incroyablement lisse et numérique, et donc peu réaliste et souvent laide. Les séquences d’action on donc un effet accéléré surnaturel, détruisant toute forme d’immersion. Et comme la 3D oblige à faire des panoramas et pas mal de plans fixes ou en travelling, la réalisation est donc terne, fade, banale.

Reste alors le scénario, assurément le point le plus problématique du film. Le 120 fps n’est pas si dommageable, et alors même que Captain Marvel arrivait très bien à gérer le rajeunissement, la débâcle du double n’est même pas si alarmante ici, on arrive à passer outre, bien que cela nous sorte régulièrement. On passera aussi sur les scènes d’action sans la moindre imagination, ça reste du divertissement lambda pas si mauvais. Non, vraiment le problème est ici l’histoire, tout simplement affligeante. Le méchant n’a aucune conviction, les gentils ne sont que des faire-valoir venant cocher la case de la femme forte mais pas trop et surtout bonasse (Mary Elizabeth Winstead) et du pote asiatique (Benedict Wong). Même en cherchant, il n’y a rien sur lui mise à part le fait qu’il sache piloter. Le coup du clone est d’un commun ennuyeux, le prétexte de son existante dénote d’une absence totale d’imagination, et surtout on a l’impression d’être dans un des ces sempiternels film d’espionnage au scénario stéréotypé. Le degré zéro de l’écriture, au profit d’un Will Smith christique tirant toute la couverture pour flatter un ego hors du commun. Il n’est pas une fois, ni même deux voir trois, mais bien quatre fois présent sur l’affiche, avec en prime un double affichage de son nom. Voilà qui résume tout le vide de ce film, s’articulant autour d’un concept éculé et franchement pas inspiré. De l’esbroufe mégalomane qui ne parvient pas un instant à camoufler un film d’action complètement lambda et bancal.

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Downton Abbey

Downton Abbey
2019
Michael Engler

Dire que j’aime la série Downton Abbey serait un doux euphémisme tant, surtout pour ses premières saisons, elle se hisse pour moi parmi les meilleures de tous les temps, à minima dans le top 5. L’idée d’un film faisant suite à la série était attendu dans la mesure où d’une part, si la série proposait une conclusion satisfaisante à la plupart de ses intrigues, le temps y restait suspendu. C’était d’ailleurs la force de la série : fasciner en montrant le quotidien d’antan, il est vrai riche en rebondissements et événements tragiques. D’autre part, de même que chaque saison se concluaient quelques mois après par un épisode spécial durant les fêtes, la possibilité de se replonger dans cet univers à l’occasion avait été évoqué avant même la fin de la série. La question de savoir si un film allait voir le jour ne se posait alors pas, il s’agissait juste d’attendre. Et nous voilà quatre ans après la fin de cette incroyable série, qui a certes connu quelques difficultés à se renouveler au fil des ans, mais qui a su conserver cette classe incommensurable, cette plume si aiguisée servie par des acteurs pour la plupart mémorables ayant raflé quantité de prix au cours des cérémonies durant les années de diffusion. Alors que beaucoup avaient tourné la page, la voilà qui se rouvre, espérant nous faire vibrer comme d’antan.

Nous revoilà à Downton où rien n’a changé. Robert Crawley (Hugh Bonneville) et sa femme Cora (Elizabeth McGovern) continuent de jouir de leur cadre de vie exceptionnel pendant que leur fille Mary (Michelle Dockery) gère le domaine. Son mari (Matthew Goode) et Tom (Allen Leech) s’occupent toujours du garage en ville, et Edith (Laura Carmichael) découvre les turpitudes de la vie de duchesse, ayant délaissé son journal pour son mari (Harry Hadden-Paton). Du côté des employés, Thomas Barrow (Rob James-Collier) a donc remplacé un Carson (Jim Carter) à la retraite bien méritée. Sa femme Elsie Hughes (Phyllis Logan) continue de gérer l’intendance, Bates (Brendan Coyle), Anna (Joanne Froggatt) et Baxter (Raquel Cassidy) sont toujours valets de chambre, Patmore (Lesley Nicol) et Daisy (Sophie McShera) s’occupent de la cuisine, cette dernière s’étant d’ailleurs fiancée avec le valet de pied Andy (Michael Fox). Le quotidien de Downton se verra ici bouleversé par une arrivée des plus inattendues : le roi et la reine d’Angleterre, en visite dans le Yorkshire. Désormais instituteur, à l’idée de pouvoir servir les plus hauts dignitaires du pays, Molesley (Kevin Doyle) reviendra enfiler son costume de valet de pieds, tandis que Lady Grantham (Maggie Smith), comptant sur le soutien d’Isabelle (Penelope Wilton) – mariée à Lord Merton (Douglas Reith) -, va profiter de la visite de sa nièce Maud (Imelda Staunton) pour lui faire retrouver la raison sur son héritage sans héritier, espérant lui faire coucher sur testament son cousin Robert.

Quand chaque épisode de 50 minutes arrivait à faire exister autant de personnages, on n’avait que peu d’inquiétudes de voir tout le monde revenir et réussir à tirer son épingle du jeu, mais il fait bon de voir rapidement tout le monde revenir plus en forme que jamais. Il y avait pourtant des inquiétudes tant scénaristiques qu’humaines, l’actrice campant la comtesse douairière ayant largement passé la barre des 80 ans, et ayant aussi eu des problèmes de santé, sa présence n’était pas assurée. De même, il semblait que le pauvre et loyal Carson allait tristement finir, rongé par Parkinson, mais il n’en est rien. La première est bien là, et le second reviendra à la charge, comme miraculeusement guéri et plus en forme que jamais, sans pour autant mettre en danger la nouvelle place de Barrow, personnage si fragile à qui la vie n’a fait aucun cadeau, ayant malgré tout réussi à trouver sa place en laissant tomber le masque. Assurément l’un des meilleurs protagonistes de la série, et si on tremble encore pour lui, on ne peut qu’être réconforter de voir le traitement de son personnage. Bien sûr, tout le monde n’aura pas un développement à la hauteur de ce qu’une saison de plusieurs épisodes pouvait permettre, mais à quelques exceptions près, en excluant le fait que la visite royale est assez prétexte et que globalement l’histoire n’est pas à la hauteur des plus grands moments de la série, on ne peut que saluer le travail accompli. On s’étonne de voir une énième nouvelle romance pour Tom, alors que cela semblait bien parti avec la rédactrice du journal lors du final de la série, mais soit. Un seul regret est à déplorer : la non présence de la cousine Rose, cette boule d’énergie si pétillante qui avait su apporter de la fraîcheur quand la série commençait à être en perte de vitesse.

Assurément, le film n’est pas fait pour ceux n’ayant pas suivi la série. La quantité folle de personnages perdrait n’importe qui, et sans l’affecte de base, pas mal d’intrigues ne passionneraient pas. Il s’agit clairement d’un prolongement de la série, plus utile qu’il n’y paraît d’ailleurs, puisqu’achevant de conclure dignement les arcs narratifs de chaque protagonistes, certains ayant été trop laissé en suspend. On pense notamment à Molesley avec Baxter, Andy et Daisy, mais pas de père de William au programme pour madame Patmore. En parlant d’écriture, le film est un régal absolu en terme de dialogues, enchaînant une quantité folle de répliques mémorables, de piques cinglantes et de jeux d’esprit fabuleux. Chaque acteur et actrice est dans une forme prodigieuse, et on ne peut que s’offusquer de ne pas voir l’inénarrable Maggie Smith nominée aux Oscars tant sa répartie est plus jouissive que jamais. Certes, elle a déjà obtenu plusieurs Oscars et a été sacrée à de nombreuses reprises pour ce même rôle, mais on ne dira jamais assez merci et bravo. J’irais même plus en disant que Rob James-Collier aurait aussi dû être à minima cité en tant que meilleur acteur, d’autant que lui n’a jamais eu la reconnaissance qu’il méritait. Le verdict en salle fut sans appel : le film a été de très loin le plus gros succès de tous les temps pour son petit studio, glanant près de 200 M$ dans le monde pour un budget ridicule de 13 M$, ce qui en fait proportionnellement le troisième film le plus rentable de l’année 2019. Acclamé par les fans dont l’amour ne désempli pas, le film ne marquera donc pas le point final de cette aventure, le créateur de la série Julian Fellowes, officiant toujours comme scénariste, y voyant là l’occasion de raconter de nouvelles histoires plus ambitieuses. Cet univers, regorgeant de valeurs positives et d’un bonheur de simplicité si incongru de nos jours, ne peut que charmer dans ce monde en perdissions, et il est si bon de s’y replonger.

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1917

1917
2020
Sam Mendes

Pratiquement inconnu à deux semaines de sa sortie, le film a créé la surprise en raflant deux prix majeurs aux Golden Globes : meilleur film et meilleur réalisateur. Depuis, le film s’est vu nominé aux Oscars dans toutes les plus prestigieuses catégories et est déjà promu à un bel avenir au box-office, ayant déjà franchi la barre des 100 M$, ce qui est déjà énorme pour un film de guerre. Il pourrait atteindre la barre des 300 M$, même en repartant bredouille de la grande cérémonie, faisant de lui l’un des plus gros succès de tous les temps pour le genre. Encensé par les critiques, le film mettait en avant un argument de poids : un film de guerre en plan séquence. Était-ce le seul argument ? Cela suffit-il pour en faire un chef d’œuvre ? Verdict.

Le film nous replonge en 1917, en pleine Première Guerre Mondiale au sein d’une garnison britannique. On y suivra les premières classes Blake (Dean-Charles Chapman, alias Tomen de Game of Thrones, que je n’avais pas reconnu tellement il est bouffie) et Shofield (George MacKay), qui vont se voir confier une mission de la plus haute importance. En effet, près de deux mille hommes doivent donner aux aurores un assaut contre les forces bolcheviques, persuadés que l’ennemi est faible et se replie, alors même que d’après leurs éclaireurs il s’agit d’un piège où l’ennemi y a regroupé toutes ses forces. Visiblement aucun moyen de communication ne leur permettrait de les contacter, et de fait Blake et Shofield vont devoir traverser 13 km de no man’s land pour sauver des centaines de soldats.

Histoire vraie ? Aucune importance, on aura rarement vu une histoire aussi dispensable. On ne parle pas d’un acte héroïque qui changerait la donne ou d’un choix stratégique qui amènera à la fin de la guerre, juste d’annuler, voir à peine reporter une attaque, sauvant à peine plus de mille homme, sans savoir s’ils n’iront de toute façon pas au casse-pipe le lendemain. D’un point de vue militaire, dans un événement aussi important qu’une guerre mondiale, il est difficile de concevoir qu’une histoire aussi anecdotique. C’est bien simple, n’importe qui ayant eu un grand-père ayant un minimum d’expérience de terrain aura plus d’anecdotes intéressantes à raconter. Quid du plan séquence ? Oui, cela permet une grande immersion, mais au sacrifice de tellement d’autres choses, comme la mise en scène et le grandiose. On a un peu l’impression d’alterner entre un travelling de plusieurs kilomètres et de la caméra à l’épaule, en fonction de comment on a besoin de suivre les personnages. Et comme en plus on restera sur de l’infiltration, ce choix de plan séquence ne permet pas de vivre le cauchemar de la guerre là où l’affrontement est le plus violent. De fait, la sensation d’immersion est moindre, et des dizaines de films donnent mieux cette sensation d’être au cœur de la guerre.

D’un point de vue histoire, le film est inutile et insipide, d’un point de vue technique, il est décevant. Le travail en terme d’impact visuel et de puissance sonore est à des années lumières en dessous de Dunkerque par exemple, donc que reste t-il ? Les acteurs sont très bons (avec au passage des caméos de Colin Firth, Mark Strong, Benedict Cumberbatch et Richard Madden), mais pas de quoi s’offusquer de ne voir personne nominé aux Oscars. Alors certes, l’exercice de style était difficile, incroyablement compliqué d’un point de vue technique, et en dehors de quelques coupes facilement repérables, la plupart arrivent à se faire dans le prolongement de l’action, et la réussite est totale. Mais en dehors de cette particularité moins maîtrisée que dans The Revenant, le film souffre d’une réalisation plate et d’une histoire insignifiante. Le film réussi très bien son pari et vaut le coup d’œil pour cette seule excentricité, mais heureusement car c’est de loin son unique argument.

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Les Chevaliers du Zodiaque – La Légende du Sanctuaire

Les Chevaliers du Zodiaque – La Légende du Sanctuaire
2015
Keichi Sato

Dans les années 80-90, deux mangas tiraient spécialement leur épingle du jeu : Dragon Ball, et dans une moindre mesure mais tout de même mastodonte du genre, Les Chevaliers du Zodiaque. Alors qu’un reboot de l’anime culte a vu le jour dans une déferlante de haine sur Netflix, une adaptation de l’arc le plus populaire a été réalisé par un studio japonais il y a quelques années, sous la supervision même du créateur du manga, Masami Kurumada. Etant passé à côté au moment de sa diffusion dans le club Dorothée, il s’agissait peut-être d’une excellente porte d’entrée pour découvrir le manga ? Oh non !

Contrairement à ce que la logique voudrait, les Chevaliers du Zodiaque ne sont pas les héros de l’aventure, mais bien les chevaliers de bronze, un boys band de cinq adolescents ayant juré de protéger la déesse Athéna le moment venu. C’est justement pour son seizième anniversaire que les choses vont se précipiter : pour les méchants très vilains qui usurpent la régence depuis l’exil de son père et présentant à la cours des dieux une fausse Athéna, il était temps d’éliminer la menace.

Que quoi pourquoi ? Pas le temps voyons ! Dès le début, outre une animation déplorable rappelant les heures sombres des cinématiques où une bouillie de pixels nous régalait, on sent le pet foireux. Toute la mythologie nous est révélée par un chauffeur accompagnant la princesse en exil, et à la seconde où il parle des méchants qui ne vont pas tarder, ils arrivent. Et à la seconde où on parle des gentils qui vont l’aider, les voici. Elle rencontre à peine ses protecteurs qu’au cours de la même soirée ils sont déjà ses meilleurs amis pour qui elle se sacrifierait, le rigolo de service est déjà in-love, mais pas le temps de présenter tout le monde, go affronter un à un les chevaliers du Zodiaque pour affronter le boss de fin. Quoi ??? PAS LE TEMPS VOYONS ! Le film est une purge ahurissante, enchaînant tout sous acide dans une déferlante de blagues nauséeuses où les héros en font des caisses comme c’est pas permis. Un calvaire pour une 3D qui amoche salement la rétine, cumulant une quantité à peine croyable de clichés et coïncidences pour faire avancer un scénario qui peine à justifier quoi que ce soit. Quelques idées de design sont sympa, ça veut y mettre la dose d’action pour nous régaler de grosses bagarres, mais c’est plus navrant qu’autre chose. Fan ou pas, passez votre chemin.

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Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile

Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile
2019
Joe Berlinger

Dans l’industrie du cinéma, il faut désormais composer avec un nouvel acteur majeur : Netflix, qui après avoir marqué le monde des séries compte bien en faire autant avec les longs-métrages. Le service de streaming multiplie les projets d’envergure et démontre une fois de plus sa capacité à séduire des stars très convoitées. Mais plus que son casting incroyable, c’est avant tout son histoire qui a attisé ma curiosité.

Le film retrace une histoire vraie, que nombre d’entre nous avons oublié ou n’étions pas encore né, et qui a pourtant beaucoup fait couler d’encre à l’époque. En 1969, Liz Kendall (Lily Collins), une jeune mère célibataire, va faire la rencontre d’un certain Ted Bundy (Zac Efron). Bel homme et charmeur, elle va tomber sous son charme, et il se révélera être un homme tendre et attention, prenant grand soin de sa fille. L’homme bien sous tout rapport, promu à un brillant avenir d’avocat. Pourtant, il sera arrêté en 1975 pour enlèvement aggravé et tentative de meurtre, le début d’une terrible descente aux enfers. Alors que les charges étaient inexistantes, il sera reconnu coupable, et à cause de similarités troublantes, plusieurs affaires de meurtres vont lui tomber dessus. Alors qu’il clame son innocence et qu’aucune preuve n’a été apportée, il se retrouve placardé comme l’ennemi public numéro un, condamné d’avance.

L’idée du film était gageure : ressortir une vieille affaire oubliée pour y faire naître un suspense terrifiant. Avons-nous affaire à l’une des plus grandes erreurs judiciaires de l’histoire ? Ou avons-nous affaire à un psychopathe affabulateur passé maître dans l’art du mensonge et de l’emprise psychologique ? Le doute était permis, d’autant que le film met en avant une justice expéditive et condamnant sans le moindre fait avéré. Le jeu de son interprète rend la confusion d’autant plus grande, l’ambiguïté étant effrayante. Avec en plus en face de lui de grands acteurs comme John Malkovich et Haley Joel Osment, et des têtes connues en grande forme (Kaya Scodelario et Jim Parsons), le niveau de jeu est vraiment très bon. Pour peu qu’on soit amateur de belles tirades et démonstration d’éloquence, les nombreux procès nous raviront. Un très bon film donc, mais il aurait pu être encore meilleur si la construction n’était pas bancale. Dès la première scène, on nous révèle bien trop de choses, rendant le déroulement prévisible, alors même que le développement regorge de surprises, aux effets amoindris par un choix incompréhensible. Reste une histoire captivante, mais pour le suspense il faudra repasser.

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La Première étoile

La Première étoile
2009
Lucien Jean-Baptiste

Qui dit fêtes de fin d’année dit films de saison à la télé. Alors que l’hiver s’installe doucement et que le manteau blanc se dépose sur les hauteurs, la neige se rappelle à notre bon souvenir au travers d’un quasi classique de la comédie potache qui a fait la marque de fabrique de son réalisateur et auteur, propulsé grâce à cette première tentative derrière la caméra. En plus d’un sacré au festival de l’Alpe d’Huez, le film a même été nominé aux Césars l’année suivante pour le prix du meilleur premier film. Enfin bon, face au bide du second opus débarqué huit ans plus tard, les choses sont à relativiser.

C’est bien connu, les français sont racistes, mais les antillais sont des fainéants. Sans travail depuis bien trop longtemps, Jean-Gabriel (Lucien Jean-Baptiste) va commettre l’imper de trop : promettre à ses enfants des vacances à la neige, alors même que sa femme (Anne Consigny) n’arrive pas à joindre les deux bouts et que ce genre de vacances coûte un bras. Habitué à ne pas tenir ses promesses, entre les rires moqueurs des gens à l’idée de voir des antillais à la montagne et le risque de perdre sa femme, Jean-Gabriel va cette fois décider de tout mettre en oeuvre pour concrétiser ce projet.

Oh mon Dieu, des noirs à la montagne, que c’est cocasse ! Le concept même du film faisait pitié tant n’importe qui ayant déjà mit les pieds dans une station de ski sait que c’est d’un banal confondant. Certes, statistiquement les personnes d’origine africaine ont des revenus inférieurs, de par un choix ou une nécessité d’études écourtées, et les vacances à le neige comptent parmi les plus chers qui soit, mais il n’empêche que pour peu qu’on soit passionné, le budget se trouve. L’idée aurait eu plus d’impact à l’époque d’un Rasta Rocket, sorti 15 ans plus tôt, et même là culturellement le film est arrivé avec une bonne décennie de retard, c’est dire à quel point toutes les blagues sur des noirs à la montagne n’ont aucun sens. Et malheureusement, le film se résume clairement à cela, notamment avec Bernadette Lafont qui joue les grand-mère Le Pen, outrée de voir ce genre d’individus dans leurs nobles montagnes, même si on se doute que les masques vont tomber et chacun va apprendre de l’autre. Le film avait bien quelques pistes intéressantes, mais même la romance entre l’aîné et la sublime Astrid Bergès-Frisbey ne marche pas, ne bénéficiant pas assez de temps à l’écran pour convaincre. Et avec la carrière internationale que cette dernière s’est bâtie, elle n’est pas revenue dans la suite, enlevant un intérêt de plus. A noter au passage qu’il a fallut attendre une grande partie du film pour que je comprenne que la mère est effectivement la mère biologique tant elle me paraissait trop blanche et jeune par rapport aux enfants. Enfin petit mot sur le père, âne bâté antipathique comme pas deux, dont l’inconscience et l’inconsistance lassent d’emblée. Aucun sujet n’est réellement traité, aucun personnage ne brille vraiment, et l’humour est éculé au possible. Le film est suffisamment court et rythmé pour qu’on ne s’ennui pas trop, mais cela sauve à peine les meubles.

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Frantz

Frantz
2016
François Ozon

La barrière psychologique de la différence est souvent difficile à franchir, et ce film en est un excellent exemple. Alors que son réalisateur est en état de grâce depuis quelques années avec nombre de succès critiques et commerciaux, prenant en plus en tête d’affiche la nouvelle coqueluche du cinéma, et malgré un triomphe d’estime, le film a peiné à convaincre les gens d’aller voir un film sur l’après Première Guerre Mondial en noir et blanc, et dont les dialogues sont aux trois quarts en allemand. Dommage, car le film n’est pas différent qu’en cela.

1919, la guerre s’est terminée mais les gens ne se réjouissent pas pour autant : beaucoup n’en sont pas rentré. C’est justement le cas de Anna (Paula Beer), pas encore marié est déjà veuve puisque son cher Frantz est tombé au front. Alors qu’elle se rendait sur la tombe de son défunt fiancé, elle va faire la rencontre d’Adrien (Pierre Niney), jeune français qui a rencontré Frantz à Paris lors de leurs études. Va alors naître une amitié alors que leurs nations sont ennemies et que les blessures sont encore vives.

Faire un film en noir et blanc pour un film d’époque, c’est un peu la solution de facilité, et effectivement, dans les faits c’est un camouflet à un manque de budget. Néanmoins, on oubli très vite ce manque, d’autant qu’il sert le propos, de même que la langue, à mettre au crédit du film, ne tombant pas dans la facilité d’un traducteur universel puisque la différence de culture et de langue fait partie intégrante de l’intrigue. Le scénario est d’ailleurs globalement une excellente surprise, esquivant les pièges classiques des quiproquos pour quelque chose de plus recherché et inattendu, nous prenant toujours à rebrousse poil. Reste qu’à toujours nous surprendre, le film en devient décevant, manquant d’un dernier acte, un sursaut de conscience des protagonistes jamais maîtres de leurs destins. C’est dommage, car en dehors de la conclusion, le film ne souffre d’aucune fausse note et les comédiens sont impressionnants de justesse, notamment la jeune allemande au regard si profond. Transformant son manque de budget en force de proposition, le film nous conte donc une histoire palpitante, rappelant certaines pièces de théâtre fortes en rebondissements. Sans aller jusqu’à crier au génie ou se ruer dessus, le film est un vrai vent de fraîcheur malgré son style désuet et réfractaire, et il mérite de s’y attarder si on croise sa route.

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Joker

Joker
2019
Todd Phillips

Alors que le MCU explose sans cesse tous les records, chez DC la situation était catastrophique entre des gadins critiques et commerciaux, de même qu’un univers étendu complètement bancal qui est tantôt abandonné, tantôt ressuscité. Projet auquel personne ne croyait, cette origin story sur l’adversaire le plus iconique de Batman partait très mal. Changeant une quatrième fois d’interprète pour le fameux rôle du clown de Gotham, le film est aussi réalisé par un spécialiste de la comédie pas très fine, à qui l’on doit notamment Very Bad Trip. Pas un mauvais film, loin s’en faut, mais quand il s’agit d’offrir une histoire sombre sur un tueur fou, le choix paraissait douteux. Même avec une bande-annonce sympathique, on y croyait toujours pas, puis vint l’impensable : une consécration à la Mostra de Venise, festival qui donne souvent le ton pour les grandes cérémonies, et le film surpris son monde en glanant le prix d’interprétation (le lion d’or) pour le rôle principal, de même qu’une nomination dans la catégorie meilleur film. A l’approche de la sortie un succès surprise se dessinait, mais rien ne pouvait laisser présager un tel raz-de-marrée : plus d’un milliard de dollars au box-office mondial, chose totalement inédite, non seulement pour un film classé R (interdit aux mineurs non accompagnés aux Etats-Unis), mais aussi pour un film au budget si « ridicule » (55 M$). Le film est donc proportionnellement le plus gros succès de l’année, avec en prime des critiques exceptionnelles et une position de favori pour les prochains Oscars.

Assez oubliable dans le Batman de 1989, décevant voir gênant dans Suicide Squad mais absolument incroyable dans The Dark Knight, le personnage du Joker nous revient dans une nouvelle version, celle d’Arthur Fleck (Joaquin Phoenix), un homme à moitié fou à force de vivre dans la solitude et la misère avec sa mère malade. Ses seuls moments supportables dans sa terne vie sont quand il croise sa sublime voisine (Zazie Beetz) ou quand il regarde l’émission de Murray Franklin (Robert De Niro), se rêvant à devenir humoriste un jour. Suite à une mauvaise journée, il basculera un peu plus dans la folie.

J’ai mit pratiquement un mois entier à sortir cette critique tant il est difficile d’émettre un avis différent sur ce film sans se faire lyncher par une armée de fans dénués d’objectivité. Saluons tout de même le succès sans précédent du film, qui est de toute façon une excellente chose tant le film sort des carcans habituels. Par rapport aux grosses productions actuelles et passées, le film dénote clairement en terme de rythme et d’ambiance, et savoir que ce type de cinéma si différent peut à ce point parler à la masse est réconfortant pour ceux n’osant plus proposer quelque chose d’autre que la formule classique. Ne serait-ce que pour la diversité dans le paysage cinématographique, le succès du film est une chose dont même ceux qui n’ont pas apprécié le film peuvent se réjouir. D’autant que le film a beaucoup de qualités.

Outre la performance irréprochable de l’acteur principal (et des autres aussi, globalement la direction d’acteur est parfaite), bien que pas à ce point mémorable non plus, le film ose une ambiance très sombre avec une mise en scène très esthétisée. Nombre de plans sont très beaux, la photographie est soignée et le film se laisse le temps de la contemplation. De ce point de vue là, le film est une franche réussite. Reste malheureusement deux soucis de taille : le rythme et le scénario. S’étalant sur deux heures, le film est d’une mollesse difficilement supportable tant il ne se passe pas grand chose, la faute à un scénario qui ne tient pas sa promesse, à savoir raconter les origines du Joker. Maintenant que le film est sorti avec le succès qu’on lui connaît, les langues se délient et on parle d’une suite voir d’une trilogie, mais à l’origine le film devait se suffire à lui-même, et ce n’est pas le cas. À la fin du film, Arthur Fleck n’est pas devenu le Joker et reste une pauvre chose encore bien timorée. Le tueur sanguinaire et psychopathe est bien édulcoré, fébrile face à un chaos ambiant bien plus menaçant que lui. L’évolution attendue n’est pas là, le film n’est qu’une simple mise en bouche à la violence quasi inexistante. Un comble. Peu de péripéties, un seul personnage vraiment développé mais à l’évolution pratiquement inexistante. En résulte une esquisse où il ne se passe pas grand chose, et on reste sur notre faim. Alors oui, le film est très bien fait et casse pas mal de codes du genre, sans pour autant apporter une proposition forte. L’ombre du Joker du Dark Knight plane au dessus du film, et clairement il ne tient pas la comparaison.

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La Belle et le Clochard

La Belle et le Clochard
1955
Hamilton Luske, Clyde Geronimi et Wilfred Jackson

De peur de casser la magie les entourant, on hésite souvent à se revoir les films de notre jeunesse. Et pour cause : le résultat est bien souvent très en deçà de nos souvenirs. Pour ma part, les vieux Disney font parti de ceux qui ont le plus mal vieilli. Pas forcément pour le travail de l’animation, mais plus pour la nature quasi anecdotique de leurs scénarios. Néanmoins, un remake très prometteur sur le papier (avec de vrais animaux spécialement adoptés dans des refuges) vient de débarquer sur Disney+, et avant de le voir il faut bien comparer avec l’original.

Dans cette douce époque de l’âge d’or, une petite cocker prénommée Lady va s’éveiller au monde dans un paisible foyer des quartiers chics de la Nouvelle Angleterre. Ouvrant le cœur de ses maîtres comme seul un chien saurait le faire, elle deviendra instantanément l’astre illuminant leurs vies. Partageant leur lit, leurs repas, tenant compagnie à sa maîtresse et se promenant avec elle en attendant de pouvoir célébrer le retour du maître après une dure journée de labeur, son quotidien était un bonheur de chaque instant. Mais peu à peu ses maîtres vont focaliser leur attention et leur amour sur une redoutable menace : une grossesse, annonçant l’arrivée d’un bébé qui ne sera plus elle. Le début d’une lente descente aux enfers.

Certes, une fois de plus l’histoire est plus que limitée : le film dépeint deux menaces, la tante et la fourrière, et aucune des deux ne sera vraiment exploitée. De même, la romance n’aura qu’une poignée de scènes pour s’épanouir, mais il faut bien avouer que le mythique repas de spaghettis donne un sacré coup de boost à l’idylle, d’autant qu’elle donne lieu à une excellente chanson très belle. Reste que simple ne veut pas dire simpliste, et le film est particulièrement bien écrit. On sent que l’équipe de scénaristes est non seulement de grands défenseurs de la cause animale, mais qu’ils sont de surcroît de brillants analystes comportementalistes. N’importe qui ayant eu un chien dans sa vie ne pourra que constater la justesse touchante avec laquelle sont dépeints nos amours sur pattes, montrant leur fougue, leurs sentiments exacerbés et ce perpétuel besoin de reconnaissance. L’équipe d’animation a d’ailleurs fait un travail remarquable, donnant une vraie personnalité et intensité de regard pour chacun d’entre eux. On s’étonnera même de la finesse de certains plan, les décors débordant de détails lors des panoramiques. Le film véhicule de beaux messages et fait échos au plus des beaux souvenirs qui puisse nous être accordé : l’amour d’un chien.

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