Wind River

Wind River
2017
Taylor Sheridan

Un peu perdu au milieu des blockbusters de l’été et oublié des Golden Globes jusqu’aux nominations même, le film a eu une distribution anecdotique et si le bouche-à-oreille n’avait pas été d’une telle ampleur, il n’aurait certainement pas eu la chance de gagner semaine après semaine un nombre de salles suffisant pour transformer l’essai. Au final si peu de pays ont suivi (avec moins de 3 M$ la France est le second plus gros territoire), les Etats-Unis ont réussi à hisser le film au rang de petit succès avec près de 45 M$ dans le monde, soit le triple du budget. Ecrit et réalisé par le scénariste des très bons Sicario et Comancheria, le film vaut effectivement le coup d’œil.

On a un peu tendance à l’oublier voir carrément s’en foutre puisque la propagande western en a fait des monstres assoiffés de sang, mais à l’origine les Etats-Unis étaient une terre amérindienne, depuis assez largement délogés de chez eux. Cependant, il reste quelques territoires protégés où vivent les derniers clans amérindiens, mais la misère y est plus rude encore et les moyens de police sont risibles, laissant libre court à une criminalité record. Journée presque banale dans sa triste vie, le garde-forestier Cory Lambert (Jeremy Renner), qui avait épousé l’une des habitantes de la réserve, retrouva un jour le corps sans vie de Natalie (Kelsey Asbille), la meilleure amie de sa fille retrouvée morte trois ans plus tôt. Pour les aider à mener l’enquête, l’agent du FBI Jane Banner (Elizabeth Olsen) va être dépêchée sur place.

Dans les hauts-plateaux du Wyoming, la neige est quasi éternelle, tombant au minimum neuf mois par an. Entre le climat extrême, les drames de chacun et la misère ambiante, sans compter un casting efficace (avec au passage Jon Bernthal), une réalisation immersive et un montage haletant, l’histoire particulièrement bien écrite et ficelée nous prend aux tripes. Le côté petite fliquette innocente qui vient se frotter à un drame sordide dans un lieu sinistre renforce l’impact de l’affaire. La fougue et le dévouement de cette dernière déteint sur le spectateur qui veut voir la fourmilière se faire taper dedans, mais le film nous prend régulièrement à revers pour nous prouver que non seulement la vérité est ailleurs, mais en plus il ne faut jamais sous-estimer une menace, d’autant plus quand on ne sait la cerner. Un thriller particulièrement bien écrit à défaut d’être spécialement original, mais la force des personnages et de l’ambiance rendent l’expérience marquante.

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The Warriors Gate

The Warriors Gate
2017
Matthias Hoene

On ne peut peut-être pas tromper mille fois une personne, mais deux ça passe large ! Alors que la bande-annonce claquait et vendait clairement du rêve, je fus largement déçu de ne pas voir ce film diffusé dans mon cinéma lors de sa sortie en mars dernier, alors même que la production du film est française puisque produit et écrit par Luc Besson. Il faut dire que l’échec fut retentissant lors de sa sortie chinoise quelques mois plus tôt et a dû refroidir les distributeurs : alors que le film est une super-production de 48 M$ tourné sur place avec des acteurs chinois et s’orientant spécialement pour leur marché, le film fut un four historique avec seulement 3 M$ récoltés sur place. Et en même temps ça se comprend quand on plagie un film déjà pas brillant pour en faire un sous-produit encore plus fade.

Plagiant allègrement Le Royaume interdit en changeant « habilement » deux trois points pour passer entre les mailles du filet, le film conte encore une fois comment un jeune garçon occidental victimisé par ses camarades va devenir un grand guerrier suite à une aventure incroyable. Là encore pote avec un vieux asiatique tenant une boutique d’antiquités va lui confier un objet (l’épée devenant un pot) qui va le transporter dans la chine médiévale où il y a de la magie et une superbe princesse à sauver.

Seules les vingt premières minutes tentent de nous berner en faisant croire à une situation inversée où se sont les autres qui sont transposés dans le monde actuel – ce qui marcherait presque bien si les acteurs n’étaient pas si mauvais – mais en dehors du fait qu’on se paye un background encore plus pauvre, l’autre monde étant encore plus lambda puisque n’ayant même pas la légende du roi singe auquel se raccrocher ni deux des acteurs les plus prestigieux de Chine (le max niveau bankable du film c’est Sienna Guillory et Dave Bautista, c’est dire), l’histoire est à la virgule près la même. Là encore on retrouve quelques paysages magnifiques et des combats bien chorégraphiés pour faire passer la pilule, mais le fond est tellement minable et la forme insipide que le temps paraît très long. On se prend de plein fouet des « ta gueule c’est magique » et une avalanche de clichés entre le mentor pénible mais qui devient le meilleur ami et la princesse bonasse de laquelle le héros tombe amoureux, mais rien ne battra la gratuité du combat contre la sorcière, véritable spam qui pop-up sur un pont. Certes, l’idée de base du Royaume interdit était très bonne et son insuccès était dû à son incapacité à la traiter correctement, amenant le spectateur à rêver à remake moins narnardesque, mais ce plagiat non assumé arrive à faire pire en perdant le peu d’essence du matériau d’origine. Une contre-performance bluffante.

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Home Again

Home Again
2017
Hallie Meyers-Shyer

Fille d’une célèbre actrice et d’un réalisateur de renom, Alice Kinney (Reese Witherspoon) a grandi dans l’ombre de deux géants à Hollywood, et après sa séparation avec son mari Austen (Michael Sheen) elle a décidé de retourner y vivre avec ses deux filles dans la maison de son regretté père. À 40 ans elle se retrouve à devoir recommencer une nouvelle vie en tant que mère célibataire, et pas facile de se faire une place d’architecte dans une telle ville. Le soir de son anniversaire, alors sortie boire un verre avec des copines, elles vont se faire aborder par trois jeunes dans la vingtaine (Nat Wolff, Pico Alexander et Jon Rudnitsky) et tous vont se retrouver à décuver chez Alice. Apprenant à se connaître et découvrant que les trois jeunes essayent de percer dans le cinéma mais n’ont ni argent ni logement, la mère d’Alice va leur proposer d’habiter dans une dépendance de l’ancienne demeure de son mari, devenant ainsi les voisins / colocataires de sa fille. Une cohabitation aussi soudaine qu’incongrue qui bouleversera le quotidien d’Alice qui croyait que la vie n’aurait plus de surprises à lui apporter.

Si bien évidemment les contre-exemple sont légions, voir Matignon, la légende voudrait que tous les hommes soient des connards quasi pédophiles refoulés (ou non) n’étant attirés que par de jeunes femmes tout juste pubères. Ah le grand classique du vioc de 80 piges qui bave sur une jeune étudiante ! Mais non, en réalité c’est tout simplement que l’amour n’a pas d’age contrairement à ce que notre société essaye de nous inculquer, et les femmes elles-même peuvent être attirées par de jeunes mâles au summum de leur virilité, qui coïncide aussi avec la période la plus glamour pour les femmes : la tranche 25-40. Voir un film qui tente de normaliser une relation avec cette fois l’homme au bas de la tranche et la femme au sommet, c’est à la fois original et libérateur. Mieux encore, le stéréotype de la mère poule prête à égorger toute personne s’approchant de ses enfants est très loin, accordant quasi d’emblée toute sa confiance aux trois jeunes hommes qui nouent une belle amitié avec les deux filles, donnant là aussi un grand coup de tatane aux clichés habituels. Le cadre californien chaleureux renforce la légèreté du film, qui aborde posément des thèmes forts et importants sur la quête du bonheur et le sens de la vie. On échappe pas à quelques facilités d’écritures mais dans l’ensemble le film bouscule un peu les codes du genre et sa fraîcheur nous embarque agréablement.

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Wilson

Wilson
2017
Craig Johnson

Il existe certaines personnes dont l’existence même tient du miracle. Connard fini qui semble ne rien de faire de sa vie (comment fait-il pour se payer une maison dans ce cas ?), Wilson (Woody Harrelson) est ce qu’on appelle un véritable misanthrope, crachant sur absolument tout et tout le monde. Rien ne l’intéresse, tout l’énerve, et le jour où son seul « ami » va déménager, avec en prime le décès de son père, il va chercher à retrouver la seule autre personne de sa vie à l’avoir ne serait-ce que supporté : son ex-femme Pippi (Laura Dern), qu’il n’a pas revu depuis près de vingt ans. Contre toutes attentes, elle n’a pas fini prostituée et a même un semblant de vie normale, mais elle a gardé des séquelles de son histoire avec Wilson, notamment Claire, leur enfant dont elle avait soit-disant avorté mais qu’elle a finalement mené à terme et porté à l’adoption et qui a aujourd’hui 17 ans. Transcendé par cette nouvelle, Wilson va alors se mettre en tête de reconstituer coûte que coûte sa famille.

Quand le monde qui nous entoure nous déplaît, on a normalement deux possibilités : soit vivre reclus soit fermer sa gueule et endurer en silence. Ici le protagoniste du film a choisi une autre voix : faire chier tout le monde. Le genre de type à venir vous taper la discussion quand vous lisez tranquillement dans les transports en commun ou qui vient expressément à votre table pour vous engueuler de vouloir rester isolé. Le genre de psychopathe à vous raconter sa vie dans une gratuité totale, ce qui logiquement entraîne deux réactions possibles : appeler la police ou lui fracasser la tête. Eh bien non, comme les victimes de viol trop apeurées pour bouger, les passants réagissent un peu de la même façon face à cet être différent, pour ne pas dire inquiétant. Comme son évolution psychologique est inexistante et qu’il restera de bout en bout le même taré malaisant, l’attachement est donc impossible et le film est pénible à regarder tant rien ne tourne rond. On en arrive même à un point où la crédibilité en prend un coup. Sérieusement, à quel degré faut-il être atteint pour que quelqu’un comme Judy Greer s’intéresse à lui ? Les moments où l’humour arrive à dépasser le malaise ambiant sont rares et globalement la sauce ne prend pas. L’idée n’était pas mauvaise et les acteurs sont bons, mais l’écriture ne suit pas et le film est clairement trop gratuit dans sa provocation.

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Laissez faire les femmes !

Laissez faire les femmes !
1936
Paul Martin

Préserver nos œuvres culturelles est primordial, mais faire un choix est toujours difficile. Restaurer un film coûte cher, et des fois le film en question n’avait pas forcément de doublage en français, ou alors il a été perdu ou trop endommagé, et en refaire un engage là aussi de nouveaux frais. Alors quand une production germanique, co-financée et tournée aux Etats-Unis juste avant la Seconde Guerre Mondial, se voit être l’objet d’un tel soin, c’est probablement qu’il y a matière à s’y intéresser.

Alcoolique notoire qui passe plus de temps au bistro qu’au bureau, un journaliste d’un magasine new-yorkais donne régulièrement du travail supplémentaire à ses collègues, mais cette fois c’était la fois de trop. Frank et Stoddart, deux joyeux lurons qui n’imaginent pas devoir travailler pour justifier leur salaire au journal, vont trouver le bon pigeon pour remplacer leur compère saoul : Gil, un autre glandeur du journal recruté en tant que poète mais qui n’a jamais été publié. Embobiné par d’habiles flatteries et autres promesses mensongères, il va accepter de passer sa soirée au tribunal pour faire un article sur les affaires s’y déroulant. Autre temps autres mœurs, une jeune femme, Ann Garden, va y être jugée pour vagabondage (grosso modo SDF, chose interdite à l’époque). Menacée d’être envoyée en prison et n’écoutant que son grand cœur, Gil va se précipiter pour voler au secours d’Ann, se faisant passer pour son fiancé. Seulement le sauvetage va complètement déraper et l’affaire va prendre des propensions dantesques.

Rappelant la belle époque où tout semblait possible et où le travail était affaire de passion, le film démarre très fort avec le choix du cadre journalistique, évoquant l’ambiance de la série Ma Sorcière bien aimée, il est vrai sortie plusieurs décennies après. Inimaginable aujourd’hui, tout le monde semble se la couler douce et rater un jour de travail pour cause d’ébriété donne presque lieu à un arrêt maladie, c’est dire. La première séquence nous régale d’emblée en plus, mettant en scène un jeu du « passe à ton voisin » assez drôle et bien écrite. On arrive ensuite à la clef de voûte de l’ensemble : le procès où le héros va devenir le protecteur d’une jeune femme, emporté par sa fougue. Un concept de cohabitation impulsive très amusant, d’autant que le film est très léger et s’offre même une séquence de comédie musicale. Porté par un doublage français excellent avec notamment celui qui faisait Onizuka dans l’anime de GTO, la restauration est de bonne facture entre un son totalement refait et une image assez jolie où la plupart des trous dans la pellicule ont été comblés. Le film ne peut certes pas prétendre à une place digne d’un Citizen Kane dans le paysage historique du cinéma, mais il est néanmoins le témoin d’une belle époque qu’on aurait aimé mieux connaître.

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Sous le même toit

Sous le même toit
2017
Dominique Farrugia

Certains aiment bien se moquer de la misère des uns visiblement. Avec 60% des couples parisiens divorcés obligés de vivre sous le même toit à cause du coût de la vie sur place, Dominique Farrugia a eu envie d’en faire une comédie, mais pas n’importe laquelle. Pourtant loin d’avoir fait l’unanimité, ce film se positionne bien comme une suite à son tout premier film, Delphine 1 – Yvan 0.

Après vingt ans de vie commune, que sont devenus Delphine (Louise Bourgoin) et Yvan (Gilles Lellouche) ? Eh bien lasse de son train-train quotidien, elle avait proposé à son mari d’aller un peu voir ailleurs pour mieux se retrouver, sans se douter que dès le lendemain le bougre allait se servir de ce passe-droit. Ni une ni deux sans jamais assumer sa propre idée, Delphine va lâchement jeter Yvan dehors, alors même que ce dernier n’a ni argent ni travail. Après quelques semaines d’errance et n’en pouvant plus, il va imposer son retour à la maison, possédant il est vrai légalement 20% du logement. Séparés mais obligés de vivre sous le même toit : tous les inconvénients du divorce sans les avantages.

Si le point de départ du concept du film est affligeant, positionnant la femme du couple comme une connasse sans parole ni morale, le principe était potentiellement sympathique, nous imaginant déjà une guerre pour se rendre la vie impossible à la manière d’un Papa ou Maman. Hélas, le film n’aura que peu d’imagination et peinera même à conserver sa seule idée, partant dans toutes les directions dans un bordel pas croyable. La mise en place est laborieuse, les personnages sont caricaturaux (comprenant Manu Payet, Marilou Berry et Julien Boisselier) et peu empathiques, leurs évolutions psychologiques sont inexistantes et le développement scénaristique est plat au possible. L’écriture est bâclée à tous les niveaux et le moins que l’on puisse dire c’est que pour une comédie on ne rit pas beaucoup.

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Heroes Impact

Heroes Impact
2009
RPG Maker VX

Il y a quelques mois je vous proposais de découvrir Le Chemin de l’immortel, ma dernière création vidéo-ludique en date, créée sous RPG Maker VX Ace en 2015. Aujourd’hui nous allons un peu remonter le temps pour nous pencher sur mon second jeu, Heroes Impact. Dans un monde post-apocalyptique où les monstres des ombres ont prit le pouvoir, quatre guerriers Kazens vont tenter de s’opposer à la tyrannie.

Le concept du jeu est que les héros, d’abord individuellement puis tous ensemble dès le neuvième chapitre (deux chapitres en solo chacun), vont parcourir différents mondes biens connus du public puisqu’on y retrouve entre autre Final Fantasy et One Piece dans lequel prennent place les chapitres I et V. Projet abandonné suite à mon passage du bac puis mon entrée en fac, voici néanmoins un aperçu du travail réalisé.

L’introduction : https://www.youtube.com/watch?v=gMYTeQ0aJGs&t=4s

Le Chapitre I : https://www.youtube.com/watch?v=CdB4VWpc9pk&t=25s

N’hésitez à faire part de vos impressions sur ce projet avorté, lâchez un pouce bleu s’il vous a plu, abonnez-vous et partager la vidéo pour faire découvrir à d’autres cet univers lattant.

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Naruto

Naruto
1999-2014 (manga) | 2002-2017 (anime)
Masashi Kishimoto (manga) | Hayato Date (anime)

Pilier de l’univers du manga, Naruto a indéniablement marqué l’histoire culturelle mondiale en s’imposant comme l’un des plus grands incontournables du Weekly Shonen Jump, le légendaire magazine japonais qui publie chaque semaine un chapitre des mangas les plus populaires du moment. Nous avons été nombreux à suivre à un moment donné leurs parutions, certain n’ayant même pas la patience d’attendre la version améliorée du scan et se jetant directement sur le raw (la qualité de papier utilisée dans le Jump laissant à désirer, les premières versions disponibles sur internet piquent pas mal les yeux), mais nous avons aussi été quelques uns à lâcher en cours de route. Attendre semaine après semaine pour une poignée de pages ou un épisode de l’anime qui arrivait avec plusieurs années de retard parfois, c’était rapidement lassant, d’autant plus quand ledit anime contenait pratiquement autant d’épisode HS (hors série, c’est-à-dire une trame originale qui ne suit pas le manga et le résultat est souvent catastrophique) que d’épisodes normaux. Personnellement, ne le suivant qu’en anime, c’était en 2008 que j’avais décroché, un an à peine après le passage à Shippuden. Il faut dire qu’après pratiquement deux ans à se taper des HS, s’en reprendre une fournée était la goutte de trop. Mais voilà, aujourd’hui l’histoire est terminée après 72 tomes et 720 épisodes (220 pour Naruto et 500 pour Shippuden, histoire qui reprend trois ans plus après), et certains fans ont fait le tri pour que les nouveaux arrivants découvrent le manga dans des conditions optimales (on appelle ça les versions « kai », dénuées de tout HS), l’occasion de s’y plonger enfin complètement.

Prenant place dans un univers potentiellement contemporain post-apocalyptique, le monde dépeint dans le manga s’est reformé autour de pays basés sur l’art du ninjustu, la discipline des ninjas. Pour répondre à de fortes menaces et de lourds besoins militaires, chaque pays est axé sur le développement de ninjas dès le plus jeune âge, qui sont formés aux diverses techniques élémentaires (ninjustu) et d’illusion (genjustu) jusqu’à ce qu’ils deviennent des genins (stade I des ninjas, les stades II et III sont respectivement chuunins et jounins, seuls les kages – chefs des villages – ont un statut supérieur) où ils intègrent leur société en remplissant des missions (principale source de revenu) plus ou moins difficiles en fonction de leur niveau. Tel le Khi dans Dragon Ball, les ninjas puisent leur énergie du chakra, sorte de flux vital qui une fois malaxé peut-être utilisé pour décupler sa force ou assainir de puissantes techniques. Ici, on suivra le jeune Naruto Uzumaki, garçon de 12 ans élève à l’académie de Konoha, le village caché de la feuille. Orphelin suite à une terrible guerre qui opposa son village au démon Kyuubi, le renard à neuf queues, il est aussi le réceptacle de la bête. Personne n’ayant réussi à stopper le monstre, Godaime, le quatrième hokage (kage de Konoha), sacrifia sa vie pour sceller en Naruto le démon renard.

Dans un style un peu enfantin et naïf, le manga démarre par le passage à genin de Naruto grâce à une technique interdite, le taju kage bushin no justu, aussi appelé clonage de l’ombre. Un premier contact en demi-teinte puisque la fameuse technique interdite est en réalité connue de tous et on se demande bien, avec le recul, comment une technique aussi banale peut avoir vaincu un chuunin autrement plus expérimenté. Néanmoins, on ressent d’emblée une grande solidité au niveau de la construction de l’univers entre la mystérieuse guerre, la multitude de villages, le système de rang, le principe de missions ou encore la structure éducative. Des chuunins apprennent aux apprentis à devenir genins, et une fois ce rang atteint les élèves sont placés par groupes de trois sous la tutelle de jounins. Pour Naruto, à la sortie de l’académie ses deux partenaires sont Haruno Sakura (dont il est amoureux mais elle non) et Uchiwa Sasuke (dont est amoureuse Sakura et lui non), placés sous la protection de Hatake Kakashi.

Comme tout manga, la structure narrative se base sur le principe d’arc, c’est-à-dire un ou plusieurs tomes / série d’épisodes s’axant autour d’une histoire et de personnages propres à l’arc en question, pouvant néanmoins rester ou revenir dans les arcs suivants. Le premier des arcs, une fois passé l’introduction du groupe numéro 7 dont fait parti Naruto, sera la mission d’escorte jusqu’au pays des vagues. Première mission et premier grand danger pour le groupe, l’équipe sera confrontée au dangereux assassin Zabuza et son acolyte Haku, première grande envolée dans le manga. Entre son apparence de squale avec son énorme épée et le fait qu’il tienne tête au renommé Kakashi, Zabuza fait parti de ses méchants qui font date, d’autant que l’arc proposera non seulement un entraînement intéressant posant les bases de la mythique rivalité entre Naruto et Sasuke, mais on découvrira en plus les conséquences du sceau de Kyuubi, permettant à Naruto de puiser dans la colossale puissance du démon qui est scellé en lui.

À peine de retour au village le manga frappe encore un grand coup en proposant un arc encore plus marquant, celui de l’examen des chuunins. Tous les ninjas genins de tous les villages se réunissent une à deux fois par an pour soumettre leur candidature à un examen pour passer au rang supérieur pour asseoir leur renommée ainsi que celle de leur village. On découvre ainsi une pléthore de genins de différents villages comme les fameux trois ninjas d’Oto, pays du son, mais aussi Gaara, Temari et Kankurô du village de Suna, pays du sable, ainsi que les autres genins de Konoha qui auront leur importance par la suite, Chôji, Ino, Shikamaru, Hinata, Kiba, Shino, Neji, Tenten et bien sûr Rock Lee. Entre une tension de chaque instant, un examen écrit déstabilisant, une forêt terrifiante et un championnat d’anthologie, le manga achèvera de convaincre les plus septiques. De plus, une certaine rencontre dans la forêt posera les bases de la mythologie des sannins, les trois élèves légendaires du troisième hokage, à savoir Jiraiya, Tsunade et Orochimaru. La première session des championnats comportera aussi un grand moment épique, à savoir le surpuissant combat opposant Gaara à Rock Lee, mais ça n’est rien comparé à la suite.

Dans l’entre deux tours, Sasuke apprendra avec Kakashi la dévastatrice technique du Chidori tandis que Naruto sera prit sous l’aile de nulle autre que le légendaire Jiraiya qui lui enseignera non seulement la technique de l’invocation mais aussi les bases du contrôle de Kyuubi, le démon source de tant d’énergie sommeillant en lui. Le climax sera alors le duel au sommet entre Naruto et Gaara, prouvant que Naruto n’est plus le boulet inutile qu’on a besoin de sauver mais bien le valeureux guerrier capable de sauver les autres. Avec en parallèle un autre combat de titans, celui d’Orochimaru contre son ancien maître hokage, le spectacle est juste colossal.

Après le spectacle, place à la mythologie. Avant le dernier gros arc de la première aire, on découvre un peu plus les trois sannins puisque Jiraiya supervise l’entraînement de Naruto avec la superbe technique du Rasengan tandis que Tsunade va être choisie comme cinquième hokage pour protéger le village de menaces telles que Orochimaru, bien décidé à mettre la main sur Sasuke en se servant de son envie de puissance dû à ses motivations de vengeance qui seront introduites avec le passage furtif d’Itachi, frère de Sasuke qui a massacré tout son clan et qui a rejoint une organisation appelée Akatsuki dont le seul nom fait trembler le monde entier.

Point de rupture pour Sasuke, sa rencontre avec son frère ravivera sa haine et le poussera à accepter l’invitation d’Orochimaru, partant pour le dernier et glorieux arc le rejoindre. Une mission de sauvetage va alors être lancée, mais faute d’effectif disponible seuls les genins seront mobilisé, emmenés par Shikamaru, le seul à avoir été accepté comme chuunin. Ainsi, Naruto, Shikamaru, Neji, Chôji et Kiba partiront sauver Sasuke contre son gré, mais en face d’eux se trouvent quatre des meilleurs ninjas d’Oto, laissant présager d’affrontements hautement dangereux et donc bigrement classes. On en apprend un peu plus à cette occasion sur la fameuse marque qu’avait laissé Orochimaru à Sasuke lors de l’examen chuunin, sceau maléfique capable de restituer une puissance phénoménale. Le manga s’offre ainsi des combats dantesques avec des ennemis d’une force inédite – en dehors des légendaires, de l’Akatsuki et des démons style Kyuubi – et au design original (en seconde forme), notamment Kimimaro et sa capacité osseuse dont on aurait aimé connaître le passé plus en détail.

Si on reste très loin du niveau d’élaboration de One Piece pour ce qui est des histoires personnelles en flash-back, la confrontation entre Sasuke et Naruto offre de très grands moments tant émotionnels que spectaculaires. Les interventions sont magiques, les surprises jouissives et on se surprend à avoir développé autant d’affecte pour tous ces personnages. Si le manga ne décolle vraiment qu’à partir du combat sur le pont avec Haku, on découvre peu à peu une richesse indéniable entre un univers parfaitement établi et cohérent et des personnages charismatiques et attachants. Un style efficace, un ton entraînant et un anime de qualité, bénéficiant d’animations fluides et de musiques puissantes. Hélas, malgré un potentiel énorme, la suite ne sera pas aussi convaincante…

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Le Retour de Don Camillo

Le Retour de Don Camillo
1953
Julien Duvivier

Un peu trop sanguin limite sanguinaire, dans une petite ville d’Italie le curé Don Camillo (Fernandel) avait faut des siennes en se mêlant de trop près à la politique du nouveau maire communiste Peppone (Gino Cervi). Lui qui devait se tenir à carreau, il se sera battu une fois de trop et fut envoyé – à la fin du premier film Le Petit monde de Don Camillo – à la campagne pour méditer sur son comportement. Perdu en pleine montagne, sous la neige et cerné par de vieilles personnes acariâtres, il ne tardera pas à imposer son retour chez lui où la scission entre les classes sociales font toujours rage. Une fois encore, il va s’immiscer dans les affaires du village, notamment dans l’éducation du fils de Peppone, occasion rêvée pour le faire chier.

Vous avez aimé Don Camillo ? Eh bien voilà du rab, ni plis ni moins. On reprend les mêmes personnages, le même lieu, les mêmes oppositions et coups de gueule. Le plat reste le même, la sauce a le même gout, seuls la disposition des ingrédients change. Une suite purement arriviste en somme, là uniquement pour capitaliser sur le capital sympathie des personnages et du premier film, peinant à renouveler autre chose que les gags. Le coup de l’horloge est néanmoins sympathique, mais c’est dans l’ensemble trop faiblard pour se justifier. J’espère que les trois autres suites ont su faire mieux, sans quoi la rétrospective va vite devenir pénible.

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Le Petit monde de Don Camillo

Le Petit monde de Don Camillo
1952
Julien Duvivier

On parle beaucoup de la mode des suites à Hollywood, mais ça serait avoir la mémoire courte puisque la pratique a lieu depuis l’invention du cinéma pour ainsi dire. Saga mythique du cinéma français porté par l’emblématique Don Camillo incarné par le légendaire Fernandel, la franchise du curé bagarreur a connu pas moins de cinq films, et même pratiquement six si le dernier de 1970 n’avait pas changé son casting des suites de la maladie de son interprète, et sans lui les autres n’ont pas souhaité suivre.

Ce premier film pose la base de ce qui fera le sel de la licence à succès : le bras de fer entre un curé au sang chaud, Don Camillo (Fernandel), et un maire nouvellement élu, un communiste répondant au nom de Peppone (Gino Cervi). La ville est à l’image des deux hommes, scindée en deux entre le petit peuple qui a porté les valeurs du communisme au pouvoir local, et de l’autre les grands exploitants agricoles riches, soutenus dans leur boycott par leur curé, voyant en le maire et ses soutiens des monstres rouges qui vont à l’encontre des préceptes de Dieu.

Dans un contexte d’après guerre où le communisme a fait énormément de mal et où la Guerre Froide maintient les tensions, il est étonnant de voir un film oser dé-diaboliser ce qu’on qualifiait alors de vermine. Les réactions sont virulentes, les personnages un peu caricaturaux, de même que leurs histoires avec forcément au milieu de tout ça un gentil couple mignon qui veut unifier tout le monde autour de leur amour. C’est d’autant moins fin qu’un mur est littéralement érigé entre les deux camps de la ville, mais ça n’est pas tellement de la finesse qu’on demande à une comédie tant qu’elle divertie et nous fait rire. Sans aller jusqu’à dire que c’est hilarant, c’est au moins à peu près réussi même s’il faut bien avouer que les bagarres sonnent carrément bidon. Un petit moment agréable avec une figure d’antan qui nous manque, à réserver surtout aux nostalgiques.

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