Les Animaux fantastiques

Les Animaux fantastiques
2016
David Yates

De très loin la saga la plus lucrative de l’histoire, Harry Potter a rapporté plus de 7,7 milliards de dollars dans le monde et il était impensable pour la Warner de s’asseoir sur une franchise pareille. Pour capitaliser dessus la firme n’avait à l’époque pas le choix, le seul autre support existant du monde de J.K. Rowling étant son recueil d’animaux de l’univers des sorciers, mais les fans avait de quoi douter. En effet, si le livre regorge d’éléments intéressants, il n’en reste pas moins dépourvu d’histoire, alors l’idée d’adapter une trilogie entière sur les Animaux Fantastiques pouvait laisser perplexe. Finalement, ça sera même cinq films qui composeront cette nouvelle saga, seulement une chose rassurait tout le monde : le scénario de la pentalogie a été écrit par la romancière en personne.

L’histoire se déroule quelques 70 ans avant l’arrivée du jeune garçon à la cicatrice à Poudlard, en 1926 plus précisément. Le monde de la magie était alors en panique à cause d’un certain Gellert Grindelwald (Johnny Depp), mage qui militait pour que les sorciers n’aient pas à se cacher et souhaitait déclencher une guerre contre les moldus. Le moment n’était donc pas très bien choisit par Norbert Dragonneau (Eddie Redmayne) pour débarquer aux Etats-Unis avec une valise pleine à ras bord de monstres en tous genres, surtout quand par inadvertance certains d’entre eux vont s’échapper alors que leur seule présence est prohibée sur le sol américain, territoire sur le qui-vive suite à de nombreuses attaques des partisans de Grindelwald.

Les choses ont bien changé. Fini l’élu qui affronte son antagoniste ultime, le héros est ici enrôlé par hasard, comme la plupart des protagonistes, et la menace n’est pas clairement identifiée. On a Tina (Katherine Waterston), ex aurore – enfin son équivalant américain – révoquée qui enquête sur Norbert, sa colocataire Queenie (Alison Sudol) et Jacob (Dan Fogler) un moldus, tous trois embarqués fortuitement dans la recherche des animaux perdus, tandis que Graves (Colin Farrell) mène l’investigation sur les étranges manifestations survenues à New-York et injustement imputées aux créatures de Norbert. On aura aussi le point de vue moldu avec notamment Croyance (Ezra Miller), adoptée par une secte anti-sorcières, ou encore Henry Shaw (Jon Voight), directeur d’un journal dont l’influence aimerait être mise à contribution pour potentiellement faire éclater la guerre à laquelle aspire Grindelwald, la menace de l’ombre pour le moins discret tout au long du film. À moins que…

Ainsi, on se demande continuellement d’où le danger va venir, même si en dehors de deux sacrés twists le film est assez prévisible. L’histoire n’en est pas moins bonne, n’hésitant pas à traiter de façon très crue de sujets aussi sensibles que la maltraitance des enfants, et on découvre aussi l’obscurantis, phénomène d’aliénation qui touche les jeunes enfants sorciers tentant de se soustraire à leurs pouvoirs et qui les plonge dans un état second dévastateur entraînant leur mort. Un choc presque aussi puissant que celui des Haorcrux dans Le Prince de sang mêlé, enrichissant significativement l’univers établi, bien plus que les sympathiques créatures et le sort de parapluie, plus anecdotiques qu’autre chose. Si pour l’instant Grindelwald n’a pas l’aura de Voldemort, les enjeux sont toujours très importants, plus d’ailleurs que dans les premiers Harry Potter. On se réjouit de la qualité des interprètes, la plupart n’ayant pas été aussi convaincant depuis bien longtemps, de même que la réalisation et les effets spéciaux sont encore une fois de très haute facture, notamment en ce qui concerne les éclairages, ou comment la magie rend un New-York moribond merveilleux. Côté musique c’est là aussi très agréable, mais on s’étonne qu’un tel plagiat soit passé : l’un des principaux thèmes est une copie conforme de celui emblématique de la saga horrifique Saw. Qu’importe, le film rempli pleinement son rôle en arrivant à proposer une histoire originale, divertissante et captivante dans un univers bien connu et apprécié, mais l’attente sera longue d’ici à novembre 2024 pour assister à la conclusion de ce nouvel arc.

Disponible en version alternative et vidéo :
https://www.youtube.com/watch?v=wXfF05DSz_w

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Arrête ton Cinéma !

Arrête ton Cinéma !
2016
Diane Kurys

Histoire vraie sur le cinéma adapté en livre puis adapté au cinéma. Un si long voyage pour au final se faire chier à ce point. Visiblement très affectée par la mise en chantier d’un film qui lui tenait à cœur, Sylvie Testud tient ici son propre rôle et nous décrit son calvaire pour tenter de mettre sur pied son projet. Dans sa recherche d’un studio pour produire son film, elle va tomber sur un couple de lesbiennes (Josiane Balasko et Zabou Breitman) à la réputation catastrophique, mais malgré les avertissements de son manager (François-Xavier Demaison) elle va tout de même signer avec elles. Bien que son histoire était bouclée et le casting trouvé (Claire Keim, Hélène de Fougerolles, Virginie Hocq), elle va aller de déconvenues en déconvenues, se voyant obligée de remanier continuellement son scénario pour correspondre aux exigences de chacun, et au final se voir déposséder de son travail. Une spirale dans laquelle elle va s’enfermer, au grand damne de son mari (Fred Testot) et des ses enfants, complètement délaissés.

Paris, c’est vraiment un autre monde. Loin d’avoir les problèmes du petit peuple, ils semblent tous avoir une vie de con et se tuent au travail par une espèce de passion malsaine. Depuis le temps qu’on se paye des films sur notre capitale, on en a clairement fait le tour, surtout en ce qui concerne la police et les artistes. Le principe même du film nous sature donc, d’autant que l’histoire que l’héroïne s’acharne à transformer en film n’a strictement aucun intérêt et pue lui aussi le film parisien pseudo intellectuel. En dehors de FX le manager, tous les acteurs et actrices sont mauvais, en particulier le couple de lesbiennes dont on s’étonne que les associations LGBT ne se soient pas manifestées. On savait déjà que ce milieu est pourri jusqu’à la moelle, que les processus créatifs sont constamment brimés par des incapables et qu’en face personne n’ose se dresser contre le système. Un film d’un vide honteux qui brasse de l’air en faisant croire que c’est de l’art.

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Boyhood

Boyhood
2014
Richard Linklater

Passer des mois à réunir un casting aux acteurs ressemblants pour narrer une histoire sur de longues années et ainsi retrouver les mêmes personnages sur plusieurs époques, c’était visiblement trop facile pour Richard Linklater, nous proposant ici un procédé incroyable. Douze ans durant, le réalisateur et toute son équipe ont tourné leur récit quelques jours par an, suivant principalement Mason (Ellar Coltrane) de 6 à 18 ans. Une idée saluée par tous et qui a valut au film une pluie de nominations et de prix, mais il est dommage que le fond ne soit pas à la hauteur.

Suite au divorce de ses parents (Ethan Hawke et Patricia Arquette), Mason était parti avec sa sœur Sam vivre avec sa mère à l’âge de six ans. Le film propose de suivre l’évolution de sa vie de cet instant jusqu’à sa majorité et son entrée en université. Une vie ponctuée par les amours, que ce soit les nouveaux compagnons de ses parents, ceux de sa sœur ou les siens. Portrait extraordinaire d’une vie ordinaire.

Tout ça pour ça ? Il est vrai que le doublage français, d’une atrocité hors du commun, n’aide pas forcément à prendre la pleine et entière conscience du talent des acteurs, mais l’histoire est vraiment ennuyeuse par moments. Pendant plus de 150 minutes, on ne fera que suivre un quotidien banal, ne faisant que mettre en scène la vie d’un américain moyen qui aura le droit comme tout le monde à ses problèmes de déménagement, de beau-parent indigne, d’amour décevant, de difficultés d’intégration, d’argent, de look, … Tout y est, et même si le film le fait assez bien et gère son temps convenablement compte tenu de sa durée, le parti prit artistique de départ ne suffit pas pour rendre cet enchevêtrement de clichés original. Une réputation surfaite pour un film tout sauf révolutionnaire, tout juste le regardera t-on avec curiosité.

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Vert Emeraude

Vert Emeraude
2016
Felix Fuchssteiner, Katharina Schöde

Avec à peine plus de 750 000 d’entrées en deux films, la saga des Gemmes de Kerstin Gier n’a pas été une réussite lors de son passage au cinéma, mais semble t-il que les investisseurs allemands ont trouvé ça suffisant puisque voilà la troisième et dernière partie qui vient de débarquer chez nous à peine deux mois après la sortie outre-Rhin. Les fans de l’univers ont répondu présent à l’appel de la conclusion, le film ayant enregistré plus d’un demi-million d’entrées, le plaçant très nettement au dessus de ses deux prédécesseurs.

Pour rappel, la saga nous place au cœur du Cercle, secte composée des Veilleurs et des douze porteurs des gemmes, répartis sur plusieurs siècles et capables de voyager aléatoirement dans le temps. Une machine permet en revanche de cibler leurs voyages, le chronographe, qui dévoilera son plein pouvoir une fois le sang des douze porteurs rassemblé. Président du Cercle, le conte de St Germain gère l’organisation dans l’ombre depuis le XVIII° siècle et désire ardemment compléter le chronographe. Toujours pétrie d’incertitudes, la porteuse de la gemme rubis Gwendolyn (Maria Ehrich) ne sait pas exactement de quoi il en retourne, mais deux choses sont sûres : le porteur de la gemme diamant Gideon (Jannis Niewöhner) l’a trahis et il faut mettre un terme aux agissements du conte.

Mine de rien il y a beaucoup de personnages sur de nombreuses époques différentes, et comme entre chaque film il n’y a pas de réelle coupure, mieux vaut s’enchaîner les trois films sous peine d’être rapidement perdu. Dommage qu’un récapitulatif n’est pas été fait comme dans Bleu Saphir, c’était là une bien bonne idée. En tant que dernier film de la saga, un poids considérable reposait sur l’histoire, nous faisant frémir d’impatience quant à l’explication de certains aspects et le devenir des personnages. Par exemple, on était en droit de se demander d’où sortait le pouvoir du conte de St Germain de lire dans les pensées, ou encore de comment a été créé le chronographe et son jumeau. Des questions légitimes qui ne trouveront malheureusement pas écho, de même que l’implication du vert émeraude est anecdotique et que la finalité de tout ça déçoit. Que cherchent tous les grands méchants ? Détruire le monde, le contrôler ou devenir immortel. Et encore une fois, bingo, on tombe dans l’un de ces clichés. Que ce soit les voyages temporels ou les voyageurs, on s’en tiendra aussi au « ta gueule c’est magique », nous en rajoutant une couche pour l’occasion. La fin jouera beaucoup sur notre verdict, nous faisant d’abord croire au sabotage de la franchise, puis nous redonne espoir pour mieux nous trahir par la suite, s’achevant par une hérésie complètement mièvre. Échangez vos verres bordel ! Enfin bon, les acteurs restent bons, l’histoire globalement intéressante et pour une petite production allemande c’est carrément joli en terme de mise en scène et effets spéciaux, mais difficile d’en ressortir pleinement convaincu.

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American Nightmare 3 : Elections

American Nightmare 3 : Elections
2016
James DeMonaco

Malgré un postulat de départ génial, American Nightmare n’avait pas réussi à capitaliser dessus en proposant de l’horrifique bas de gamme et particulièrement conventionnel. Loin de se laisser abattre par les critiques et fort de son succès commercial, son réalisateur et scénariste va prolonger l’expérience en offrant ce que les spectateurs trépignaient d’impatience de voir : une purge en plein cœur de la mêlée dans une grande ville pleine d’animation et de gens. Le résultat dépassa toutes nos attentes et Anarchy s’imposa comme un magnifique défouloir doublé d’un très bon film d’action avec un vrai fond. Cette fois, c’est justement l’histoire qu’on va creuser un peu plus.

Il y a quelques années, les « Nouveaux Pères Fondateurs » instauraient avec succès la « Purge », fête annuelle où une nuit durant, tout crime, y compris le meurtre, est légal, permettant de réduire la population, surtout les pauvres qui n’ont pas les moyens de quitter le pays ou de se protéger suffisamment, bien qu’officiellement la raison soit l’extériorisation des pulsions négatives. Les effets furent immédiat : en dehors de la Purge, les délits ont drastiquement chuté, sans compter les intérêts démographiques et économiques, un tel événement attirant des gens du monde entier avec derrière les lobbys des assurances et des armes qui s’en mettent plein les fouilles. Ayant perdu sa famille lors d’une purge et y voyant là une dérive insoutenable, la sénatrice Charlene Roan (Elizabeth Mitchell) compte bien gagner l’élection présidentielle et mettre fin à la boucherie, mais encore faut-il qu’elle survive à la Purge. Héros du précédent film, Leo (Frank Grillo) sera ici chargé de protéger la sénatrice.

Un procédé aussi extrême que la Purge ne pouvait évidemment pas fédérer tout le monde, et on se concentre dans ce troisième volet sur ceux qui veulent y mettre un terme, que ce soit politiquement ou moins pacifiquement avec les groupes militants. Après nous avoir montré un groupe de personnes aux enjeux personnels confrontés à la Purge, on passe au niveau supérieur avec une possible remise en cause du principe lui-même, donnant une importance accrue au film. Dans les faits cela ne change pas fondamentalement la donne, en partie basée sur des psychopathes affublés de masques et autres accessoires customisés pour l’occasion, mais l’optique n’est plus du tout la même. On ne cherche plus à survivre à la Purge, on cherche à y mettre un terme. Délaissant un peu plus l’horreur au profit de l’action, le film transforme encore l’essai en misant sur l’agressivité, mais pour autant il ne manque pas d’ingéniosité. On pense notamment au drone, outil détourné en système de traque pour les purgeurs, et c’est là une utilisation pertinente de la technologie. La saga d’anticipation continue d’afficher de solides arguments après la bouffée d’air frais du second opus, et même si certains parlent de redite le changement de contexte justifie pleinement qu’on y replonge.

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Skiptrace

Skiptrace
2016
Renny Harlin

Après avoir constaté les goûts très étranges des chinois avec leur plus gros succès historique, The Mermaid, j’avais décidé de me méfier des blockbusters locaux, mais cette fois avec l’éternel Jackie Chan en vedette la tentation était trop grande. Il est vrai qu’on a rarement vu un acteur avec une filmographie comprenant autant de navets (surtout au début des années 2000), mais la sympathie du personnage l’emporte toujours. Sauf qu’à force, y’a des limites…

Escroc assez habile, Connor Watts (Johnny Knoxville) avait cette fois extirpé près d’un million de dollars dans un casino hongkongais, enfin c’est du moins sous ce motif que l’agent de police Bennie (Jackie Chan) fut envoyé à ses trousses. En réalité, Connor fut témoin d’un meurtre orchestré par un homme d’affaire chinois très influant, et il ne faudrait pas que l’information fuite. Le ramener à Hong-Kong ne sera pas aisé entre un passeport brûlé, un budget inexistant, l’envie de se faire la malle de Connor et de dangereux mafieux russes les traquant.

Le cascadeur maître des arts-martiaux en policier et faisant équipe avec un américain, ça correspond à peu près à une dizaine de films de sa filmographie, et en plus le film n’a pas grand chose à offrir niveau scénario. La toile de fond du complot mafieux n’a aucune substance, le twist est débile, et tout ça n’est que prétexte à un road trip facile où les gags fusent sans grande saveur. On se lasse très vite du running-gag des russes, Connor saoule avec sa bougeotte alors qu’on sait très bien comment ça va se finir, certaines incrustations sont très maladroites, et chose qu’on croyait proscrite en 2016, on a encore des utilisations technologiques farfelues. Les combats sont classiques, il y a quelques idées de mise en scène et de chorégraphies mais ça n’en fait pas un argument convaincant. À certains moments on sourit à quelques blagues, on s’émerveille devant des paysages stupéfiants et c’est suffisamment pêchu pour qu’on ne s’endorme pas, mais de là à le conseiller…

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Agents presque secrets

Agents presque secrets
2016
Rawson Marshall Thurber

Si la plupart des films d’espionnage ont quelques passages plus ou moins humoristiques, ces derniers temps la comédie s’installe de plus en plus dans ce genre et la combinaison marche généralement très bien. Encore une fois, le public a répondu présent avec plus de 215 M$ récoltés dans le monde et on parle d’une potentielle suite imminente, mais si elle se concrétise je ne me jetterai assurément pas dessus.

Ex star de son lycée qui s’est marié avec la bombasse du bahut, le « golden jet » Calvin (Kevin Hart) n’a finalement pas eu la vie de rêve à laquelle tout le monde le destinait. Il n’a pas fini sénateur ou star du show-biz, il est simplement comptable pour une boîte quelconque, et à quelques jours d’une fête des anciens élèves son échec devenait cuisant. Finalement, quand bien malgré lui l’ex gros de son lycée (Dwayne Johnson) va l’embarquer dans une affaire de codes secrets de la CIA, sa normalité lui paraîtra tout suite plus enviable.

Si l’ex champion du monde de catch « The Rock » est une star planétaire, il n’en va pas de même avec celui qui partage l’affiche à ses côtés, ses One Man Show ne traversant pas l’océan et les films qui ont contribué à sa notoriété n’ayant pas reçu de distribution terrible, voir aucune. L’affiche fait donc inévitablement moins rêver de par chez nous, mais le décalage culturel va bien au delà. L’humour facile et grossier à l’américaine nous arrive fois mille avec un concentré de gags reposant sur des humiliations publiques, chose que je ne supporte pas du tout, et plus généralement aucun passage ne m’a suscité le moindre rire. Une faiblesse d’écriture qu’on retrouve partout, que ce soit le scénario invraisemblable de bout en bout ou les personnages (incluant tout de même Aaron Paul, Jason Bateman et Melissa McCarthy).  Le colosse aux gros bras nous ressort une caricature de lui même et c’est passablement raté, mais beaucoup moins que son comparse, d’une lourdeur incommensurable à toujours flipper et faire son gros collabo lobotomisé. Le principe aurait pu être sympa, mais là ça n’est ni drôle ni crédible.

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Inferno

Inferno
2016
Ron Howard

Conscient que la folie entourant les romans de Dan Brown s’était essoufflée, le réalisateur de la franchise a attendu le quatrième opus littéraire avant de relancer la machine, y voyant là un matériau bien plus prometteur et possédant plus de fans. Ayant aussi constaté la baisse drastique d’entrées d’Anges et démons et tablant sur une baisse toute aussi lourde (bien qu’à cause des résultats exécrables aux Etats-Unis l’objectif des 300 M$ sera très dur à atteindre), le budget fut réduit de moitié comparé au précédent film, soit à peine 75 M$. Un manque de confiance peu engageant, d’autant que par peur de la concurrence le film fut par deux fois repoussé.

Ce n’est un secret pour personne, la Terre a atteint un niveau de surpopulation inquiétant et si rien n’est fait les risques de conflits ou de famine vont exploser. Bien décidé à s’occuper lui-mêle du problème, le gourou Zobrist (Ben Foster) a créé une arme bactériologique appelée « Inferno », une sorte de peste qui décimerait près de 95% de la population, mais depuis qu’il a été retrouvé mort impossible de savoir ce qu’il est advenu de l’agent pathogène. Apparemment en pleine enquête sur le sujet, Robert Langdon (Tom Hanks) va se réveiller dans un lit d’hôpital, la tête éméchée et souffrant d’une perte de la mémoire par rapport aux deux derniers jours. Sauvé de ses assaillants par son infirmière Sienna (Felicity Jones), tous deux vont partir à la recherche du virus pour sauver le monde.

Si dans la « Comedia » de Dante il est question de paradis, purgatoire et enfer, pour la première fois on s’éloigne de la religion, nous plongeant dans une conspiration à la Bilderberg, mais avec une influence bien moins importante. On est ici bien plus proche d’une secte intimiste, regroupant une poignée de gens aux pouvoirs très faibles, nous faisant nous demander après coup d’où sort cette espèce de peste aux capacités dévastatrices. Comme d’habitude, tout le film est une immense chasse au trésor avec un objectif à trouver avant la fin, et une fois encore les énigmes sont bidons, mais les problèmes d’écriture ne s’arrêtent malencontreusement pas là. En dehors du gourou trop peu présent faute de décès lors de la première séquence du film, il n’y a guère que l’infirmière d’intéressante, les autres (incluant Omar Sy en sous-fifre inutile, Sidse Babett Knudsen en vielle love story téléphonée et Irrfan Khan en homme de l’ombre insipide) étant trop vides, absents ou mal interprétés. Le scénario est quant à lui assez plat, multipliant les coups de théâtre improbables pour dynamiser une quête autrement pas très palpitante, banal jeu du chat et de la souris avec des manipulations de partout. Visuellement le film avait déjà plus d’inspiration, les passages hallucinatoires étant particulièrement réussis, mais là encore il n’y a pas grand chose derrière. Les enjeux sont énormes, le gourou, le professeur et son infirmière sont intéressants et leurs interprètes sont charismatiques, la durée a encore été rabotée par rapport aux deux précédents films, mais pour autant la dynamique n’en est pas meilleure, certains protagonistes sont handicapants et on tient là l’histoire la moins poussée de la franchise. Tant qualitativement que financièrement, si un quatrième volet voit le jour et pas le troisième prévu de longue date de Benjamin Gates, c’est à ne plus rien y comprendre.

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Anges et démons

Anges et démons
2009
Ron Howard

Quand un film rapporte autant que Da Vinci Code, critiques assassines ou non, on capitalise dessus, c’est la règle. Ainsi, dès l’année suivante la suite fut mise en chantier, mais entre la grève des scénaristes de 2007 et un acteur principal des plus gourmands, faisant monter les enchères jusqu’à un cachet de 50 M$, les choses ont un peu traîné. Etant donné que le premier film n’avait pas passionné grand monde, on pouvait légitimement s’attendre à une forte baisse, mais pas à ce point. Malgré des critiques bien moins sévères, voir bonnes, le film n’a rapporté que 486 M$, soit presque trois cent millions de moins que son prédécesseur. Une claque d’autant plus violente que le budget était revu à la hausse avec pas moins de 150 M$ investis.

Préquelle selon le livre de Dan Brown, séquelle pour le film, l’histoire mettra une fois encore le professeur de Harvard Robert Langdon (Tom Hanks) face à un complot religieux, catholique une fois de plus. Alors que le dernier pape venait de rendre l’âme et que les cardinaux s’étaient réunis pour élire le nouveau, les quatre favoris manquaient à l’appel, et pour cause. Un dangereux illuminati les a capturé et planifie d’en tuer un par heure de 20 h à 23 h avec comme bouquet final l’explosion de tout le Vatican à grand coup d’antimatière, une quantité sans précédent récemment créée à Genève venant justement d’être volée.

Catholiques contre illuminatis, ça sonne comme l’éternelle combat de conspirationnistes, donc c’était l’occasion de piocher copieusement dans les théories sur le sujet, mais en fait le film va faire exactement l’inverse de Da Vinci Code. Là où le premier nous servait hasardeusement des informations palpitantes dans un jeu de piste brouillon, on a ici beaucoup moins d’anecdotes historiques mais en contrepartie la narration est bien meilleure. On commence directement dans le bain : la menace est connue avec cinq enjeux à cinq créneaux différents, conférant au film une structure bien plus solide, et l’enquête s’oriente d’emblée avec Langdon qui creuse la mythologie pour en déduire les lieux où auront lieu les exécutions, les forces de polices (Stellan Skarsgard) qui l’épaulent et tentent de localiser l’explosif, et même le délégué au souverain pontife (Ewan McGregor) se joint à l’investigation. Pour une fois, le professeur est peu moins spectateur de sa propre histoire, même si encore une fois sa présence n’aurait pas changer grand chose au résultat final. L’histoire de base n’est pas très crédible tant la quantité d’antimatière nécessaire pour une telle explosion dépasserait plusieurs milliards de fois celle que l’humanité a produite depuis l’existence de la technologie, mais une fois qu’on l’accepte ça passe plutôt bien, le film ne manquant pas de rebondissements intelligents et ses énigmes semblent plus abouties. Plus encore, le casting est ici bien plus homogène et nivelé par le haut, rendant l’expérience plus agréable. Le cadre est original, mystique, point de théorie qui bouleverse la face du monde mais un scénario solide, des personnages charismatiques et un rythme bien mieux tenu. La preuve que l’on apprend de ses erreurs.

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Da Vinci Code

Da Vinci Code
2006
Ron Howard

Alors qu’un troisième film adapté du quatrième roman de Dan Brown s’apprête à débarquer sur nos écrans, c’était il y a dix que les cinéphiles ont découvert en chair et os le héros des aventures du romancier. Avec plus de 40 millions d’exemplaires du livre vendus, le film était particulièrement attendu malgré la piètre réputation du roman, pompant une théorie déjà existante en y ajoutant un jeu d’énigmes niveau bac-à-sable. Les résultats furent sans appel : plus que quatre millions d’entrées en France et 758 M$ dans le monde, le classant parmi les 100 plus gros succès de tous les temps. Il est vrai qu’avec 125 M$ de budget il s’agissait d’une très grosse production et que la campagne publicitaire fut efficace, mais difficile de croire que les retours désastreux n’ont eu aucune répercutions.

Professeur d’université en représentation à Paris, Robert Langdon (Tom Hanks) va être convoqué par la police française (Jean Reno) pour enquêter sur le meurtre de Jacques Sauniere (Jean-Pierre Marielle), historien travaillant au Louvre et qu’il était censé rencontrer le soir même. Seulement voilà, il s’agissait en réalité d’un guet-apens, Langdon étant le principal suspect du meurtre, mais il trouvera de l’aide en la personne de Sophie (Audrey Tautou), petite-fille de Sauniere, bien décidée à faire la lumière sur cette tragédie. Les indices laissés sur la scène de crime faisant écho à la guerre ancestrale opposant les Prieurés de Sion et l’Opus Dei, Langdon va faire appel à une pointure du domaine, son ami Teabing (Ian McKellen).

Le potentiel était là, le film avait les moyens et les talents nécessaires pour en faire quelque chose de passionnant, mais on reste finalement très loin des pointures du genre. Se servir de faits réels et de lieux emblématiques pour mettre au point une sorte de chasse au trésor à l’échelle de la planète, ça peut être extrêmement divertissant à l’image des Indiana Jones ou surtout des Benjamin Gates, et cette fois l’histoire avait le potentiel pour faire encore mieux. La théorie abordée dans le film est ahurissante, remettant en cause les fondements mêmes du Christianisme, et quand on voit l’agitation que la sortie du livre et du film ont causé au sein de l’église on se dit que la théorie repose probablement sur de solides fondements, d’autant plus que la présentation faite dans le film est des plus convaincantes. Oui mais voilà, c’est bien là le seul aspect du film vraiment probant. Comme dans le livre, les énigmes proposées sont risibles, il faut attendre 1h10 avant d’enfin rentrer dans le vif du sujet (du moins dans la version longue de 2h50, soit vingt minutes de plus que celle sortie au cinéma) et surtout les acteurs sont mauvais. Le charisme de Tom Hanks marche à merveille, mais en dehors de la toute fin son intelligence ne transparaît pas une seule seconde et son utilité au récit n’est pas évidente, Alfred Molina et Paul Bettany qui interprètent un haut représentant et son disciple de l’Opus Dei passent plutôt bien, mais les autres, c’est-à-dire les français, sont exécrables. On retrouve d’ailleurs Denis Podalydès en aiguilleur du ciel, ou comment une star française fini figurant à Hollywood. Le seul qui soit parfait est Ian McKellen, mais l’écriture de son personnage connait quelques ratés sur la fin. La toile de fond est donc intéressante, toutes les idées ne sont pas à jeter et la mise en scène est globalement bonne, mais entre des problèmes de rythme, d’écriture et des acteurs effroyables, le bilan est passablement mitigé, surtout comparé aux classiques du genre.

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