Bienvenue Parmi Nous

Bienvenue Parmi Nous
2012
Jean Becker

On ne peut pas passer une vie entière couronnée de succès, et voici le seul et unique bide dans la carrière de l’extrêmement populaire réalisateur Jean Becker (même si son dernier film en date n’est pas non plus un succès). Pourtant typiquement le genre de film applaudi des deux mains par la presse et dont le chemin vers les Césars semblait tout tracé, il fut massacré comme rarement et de façon unanime, de quoi faire monter l’inquiétude. Et après coup, l’incompréhension est d’autant plus grande.

L’argent ne fait pas le bonheur, et Taillandier (Patrick Chesnais) sait bien de quoi il parle. Peintre de renom dont les toiles s’arrachent à prix d’or, il coule des jours tranquilles dans sa grande et belle maison avec une femme qui l’aime (Miou-Miou), des enfants et des petits-enfants qui viennent régulièrement lui rendre visite. Et pourtant, peindre ne l’intéresse plus, son quotidien le fatigue, la vieillesse le pèse. Il en a simplement marre de tout, et un beau jour il va partir, ne sachant que chercher. Dans son errance, il va faire la connaissance de Marylou (Jeanne Lambert), jeune fille paumée qui a été expulsée de chez sa mère.

Pourquoi cette régurgitation de la presse spécialisée ? Sans doute que leur critère de mécontentement fut le caractère discutable de l’intérêt du film dans le paysage audiovisuel français, mais à ce niveau il faudrait joyeusement brûler tout ces éternels films policiers sombres et violents comme il en sort presque un par mois, sans compter la série Braquo qui n’a de cesse que de faire ses choux gras avec le filon le plus usé de l’histoire, malgré tous les talents impliqués. Le vieux ronchon, la jeune écervelée, l’un va s’attendrir, l’autre s’assagir : deux personnages vu des centaines de fois, et les rassembler n’a rien de novateur il est vrai. Oui, l’histoire est cousue de fils blancs, et le film n’y apporte rien d’original, sauf peut-être au niveau des dialogues, mais comme tant d’autres. L’aspect narration n’est pas la seule marge d’innovation que possède un film. En l’occurrence, ce qui fait sa force, c’est le duo d’acteurs, l’un qui n’a plus à prouver mais qui impressionne toujours, l’autre la fille de Jean-Yves Lafesse, jeune débutante issue du théâtre et qui fait des débuts prometteurs derrière une caméra. Son physique est assurément son point le plus positif, mais on sent aussi les prémices d’un quelconque talent, même si depuis son actualité semble bien morne. Un film ultra classique sur la recherche de soi, la quête d’un but et autre recherche du bonheur, mais l’intention passe bien et les acteurs sont très convaincants.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

La Dame en Noir 2 : L’Ange de la Mort

La Dame en Noir 2 : L’Ange de la Mort
2015
Tom Harper

Attendu comme le tournant de la carrière de l’ex Harry Potter, La Dame en noir fut une réelle surprise, prouvant non seulement la montée en puissance de son interprète, qui devrait vraisemblablement multiplier les nominations voir les récompenses aux Oscars ces prochaines années, mais établissant aussi un record au box office pour son studio, depuis battu. Vu l’histoire aucune suite n’était possible, et ça n’en est d’ailleurs pas vraiment une, mais il y a des tentations auxquelles l’avidité ne peut résister.

L’histoire se déroule 40 ans après les précédents événements, en pleine première guerre mondiale. Les villes anglaises sont régulièrement bombardées, et ça n’est pas une vie pour les enfants, constamment à se terrer dans les abris. Un orphelinat va alors prendre la décision de les rapatrier à la campagne, dans un manoir inhabité. Ou du moins le croient-ils. Les pensionnaires vont vite comprendre qu’ils ne sont pas seuls : ils ont élu domicile chez la Dame en Noir…

Visiblement pour les producteurs le premier film se limitait à une mystérieuse femme vêtue d’un voile sombre, poussant les enfants à se suicider pour que le monde entier sente ce que ça fait d’avoir perdu son petit. Et gare à celui qui a oublié, car sinon on pourrait croire qu’il ne s’agit que d’un esprit frappeur détestant simplement les enfants, car rien ne nous est rappelé. Grosso modo on copie grossièrement le scénario et on en oubli tout le reste, à savoir l’ambiance terrifiante et le casting excellent, n’ayant ici que le méconnu Jeremy Irvine, mais noyé dans la masse, et les qualités horrifiques du premier sont bien loin. Les personnages sont des stéréotypes en puissance, leur comportement est au mieux stupide, mais plutôt suicidaire, et la réalisation classique à outrance fatigue de par sa prévisibilité et son manque total d’innovation. Les techniques d’angoisse sont archaïques, balayant les possibles subterfuges si évidents. Pas spécialement honteux, le film n’a juste pas tellement d’intérêt, son histoire étant fainéante, ses personnages insipides, et la peur ne se faisant presque jamais ressentir.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

La French

La French
2014
Cédric Jimenez

Alors qu’on entend régulièrement des histoires de règlement de compte à Marseille, il fut un temps où ces histoires étaient quotidiennes, et souvent bien plus violentes. Dans les années 60-70, le marché de l’héroïne explosait, se répandant aux quatre coins du monde, et son origine était bien française. La source avait été localisée à Marseille, mais impossible de ne serait-ce qu’en freiner le commerce tant la loi du silence était de mise, et tous les enquêteurs du monde entier, ne pouvant que constater les ravages sur ses consommateurs, s’y sont cassé les dents.

Le film s’intéresse à l’homme qui a réussi là où tous avaient échoué : le juge Pierre Michel (Jean Dujardin). Propulsé à la tête de l’affaire en 1975 suite à ses excellents résultats dans le service de prévention des mineurs où il était confronté directement aux effets du marché de la drogue, il va sans relâche traquer les malfaiteurs, quitte à bousculer un peu les protocoles et transgresser la loi. En face de lui, Gaëtan Zampa (Gilles Lellouche), un homme craint dans le monde entier et qui a fait sienne la ville. Un bras de fer au sommet qui dura plusieurs années.

La French Connection représente l’âge d’or de la mafia française, même si le Zampa en question est d’origine napolitaine, et en découle alors plusieurs visions possibles. Soit vous étiez présents et suffisamment âgé pour vous en souvenir, auquel cas il s’agit de confronter votre vision de l’affaire, soit vous n’en avez que vaguement entendu parler, voir pas du tout, et il s’agira alors de découvrir l’une des plus grosses histoires du genre. Dans les deux cas l’intérêt est palpable, et le film explique avec une grande clarté les tenants en aboutissants de l’histoire, étalant toute la chronologie de cette longue et pénible traque sur un film sans rien omettre, ou disant du moins suffisamment pour en donner l’impression. La durée s’en retrouve un peu alourdie, mais la tension et le rythme maintiennent l’intensité. La réalisation est classique, simple et efficace, et l’importance historique du récit est évidente. Mais ce qui permet au film de vraiment convaincre, c’est son duo d’affiche. Il y a bien sûr aussi Mélanie Doutey, Benoît Magimel et Céline Sallette, mais Les Infidèles sont la réelle force du film, non seulement de par le respect qu’imposent leurs carrières respectives, mais aussi pour leurs performances dans le cas présent, pas transcendantes, mais qui consolident la légende de leurs protagonistes. Un très bon film très professionnel donc, qui rend une copie des plus soignées d’une histoire qui mérite qu’on s’en souvienne.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Avril 2015

Publié dans Statistiques du site | Laisser un commentaire

Pyramide

Pyramide
2015
Grégory Levasseur

La demande en films d’horreur est forte, surtout auprès du jeune public, et leur coût est souvent minimaliste, pour des profits monstrueux. Estimé à moins d’un million de dollars, le budget est ici la seule source de dépense du film, ayant fait le pari des réseaux sociaux pour assurer sa promotion. En a résulté une faible distribution, mais avec pour l’instant près de 15 M$ dans le monde, ce genre de modèle économique pourrait devenir la norme pour les petits studios.

L’une des théories les plus plausibles sur la construction des pyramides, en dehors de celle des Ingénieurs venus de l’espace, est celle sur l’enfouissement, expliquant que les pierres n’ont pas été hissées mais descendues dans un immense trou creusé par l’homme, et c’est d’ailleurs pour ça qu’elles étaient enfouies sous le sable au moment de leurs découvertes. Depuis 2011, une technique a été mise au point pour localiser de possibles sites perdus grâce aux satellites, principe détourné pour le film. Ainsi, une équipe d’archéologues va faire la découverte d’une pyramide d’une taille phénoménale encore inconnue. Suite à un problème technique, le robot parti en reconnaissance va être déconnecté, poussant une équipe à fouler le sol de l’édifice malgré le danger et l’interdiction d’y pénétrer. Et bien sûr, ils vont se perdre…

Quelques mois tout juste après le très intéressant Catacombes, on retrouve un film dans la même veine, exploitant un cadre hautement symbolique pour en tirer une expédition effrayante qui va mal tourner. Il y avait peut-être même un plus grand potentiel ici, les pyramides étant des édifices remarquables aux mystères insondables. Tout ces pièges nous attendant au tournant, ces énigmes, ces secrets vertigineux. Mais non, le niveau est un cran en dessous en l’occurrence. Malgré un retournement inattendu et franchement réussi, l’histoire met trop de temps à démarrer, les personnages n’ont rien de très intéressant (et qui sont d’une connerie ahurissante), et les enjeux sont d’une platitude infinie. De plus, l’aspect « pyramide truffée de pièges » n’est exploité que tardivement et sans grande imagination. D’un autre côté, l’ambiance égyptienne est réussie, le frisson garanti, et le virage vaut franchement le détour. Beaucoup soupireront en voyant cet énième film horrifique en caméra embarquée, mais il est plus original qu’il n’y paraît, et les inconditionnels du genre y trouveront leur bonheur.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Autómata

Autómata
2014
Gabe Ibáñez

Pas besoin de gros budget pour faire de la science-fiction de qualité. Les allemands nous l’ont prouvé avec brio dans Cargo, l’un des meilleurs du genre de la décennie, et les espagnols ont aussi bluffé leur public avec le perturbant Eva, l’une des approches les plus pertinentes de la vie mécanique vue à ce jour. Plus internationalisée mais toujours espagnole de base, cette autre tentative SF à petit budget s’attaque elle aussi à la robotique, basée sur les lois bien établies d’Isaac Asimov.

Le film prend place en 2044 dans un contexte post-apocalyptique. Les émissions du soleil ont connu des pics terribles, réduisant en poussière nos satellites en orbite, et la couche d’ozone a subit une attaque catastrophique, l’endommageant au point de rendre notre planète hautement radioactive. L’atmosphère s’est asséché, l’extérieur des habitations fortifiées est devenu mortellement dangereux, et le temps de trouver une solution au problème, 99,7% de la population avait disparu, réduisant l’humanité à quelques vingt mille représentants. Le travail extérieur étant pénible et la main d’œuvre manquante dans presque tous les domaines, une implantation massive d’unités robotisées fut donc nécessaire. Jacq Vaucan (Antonio Banderas) est employé dans le service d’assurance de ROC robotics corporation, la société qui produit et assure les robots, et est chargé d’enquêter sur un phénomène qui semble prendre de l’ampleur : des unités affranchies de la seconde loi de leur protocole, celle sur l’interdiction d’altérer ou modifier une unité.

Si la seconde loi est similaire à celle de Asimov disait qu’une unité doit préserver son intégrité physique, la nuance bouleverse la donne. Ici implicite, la troisième loi dicte normalement qu’un robot doit accomplir les ordres d’un humain, sauf si ceux-ci entrent en contradiction avec les deux premières lois. Or si un robot est capable de se modifier, il peut aussi se délivrer de son protocole restrictif, et c’est là tout le sujet du film. La machine devient autonome, une véritable intelligence artificielle évolutive, et voir son cheminement et son raisonnement est très intéressant, surtout mit en parallèle avec le matérialisme humain si primitif. Un excellent sujet donc, particulièrement mit en valeur par le robot du plaisir, point central de la question existentielle sur l’âme cybernétique. Néanmoins, la réflexion reste assez superficielle, bien loin de films comme Chappie. Pour faire un peu la différence, le film propose une ambiance soignée avec des plans magnifiques et très travaillés, ayant d’ailleurs valut au film quelques nominations aux Goyas. De belles idées, une direction artistique quasi parfaite, un sujet fort, mais le traitement déçoit un peu dans la mesure où on a déjà vu plus abouti pour ce même thème.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

La Famille Bélier

La Famille Bélier
2014
Eric Lartigau

En 2014, les quatre plus gros succès de l’année en France furent des productions françaises, chose qui n’était pas arrivée depuis des décennies. À la seconde marche du podium, avec un peu plus de sept millions d’entrées, on retrouve ce High School Musical à la française, même s’il ne s’agit pas, malgré la thématique de la musique, d’une comédie musicale. Encensé par les critiques, acclamé par les spectateurs, le film a sacré la jeune chanteuse qui avait perdu The Voice en 2013, lui ayant permis de décrocher le prix du meilleur espoir aux César et le prix Lumière de la révélation de l’année. Le film est donc une exception à l’adage français comme quoi notre pays récompenserait ses drames mais vivrait de ses comédies.

Parfois il arrive que la norme ne soit pas la normalité. Dans la famille Bélier, Paula (Louane Emera) est le vilain petit canard, la seule à ne pas être sourde. Cela peut s’avérer être un avantage, notamment pour servir d’interprète entre ses parents (Karin Viard et François Damiens) et le reste du monde, mais ça la fait surtout se sentir nulle part à sa place. La situation va même devenir ingérable quand, ayant suivi un garçon à la chorale de son lycée (dirigée par Eric Elmosnino), elle va se découvrir un talent de chanteuse. Comment expliquer à sa famille qu’elle aimerait faire carrière dans le chant, notion inconcevable pour des sourds ?

Une sortie stratégique juste avant les fêtes pour brasser large, une histoire qui pue les bons sentiments avec une famille d’handicapés, et une grosse campagne marketing assurant un succès bien gras. Bref, que des bonnes raisons pour me provoquer une allergie anticipée, et j’ai d’ailleurs joyeusement esquivé le film. Mais voilà, depuis il y a eu quelques prix, et surtout la sortie de l’album de la fameuse Louane Emera, prouvant son assez grand talent de chanteuse, notamment au travers de sa chanson « Jour 1 », matraquée à juste titre à la radio, et puis le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle n’est pas désagréable à regarder. Donc bon, soit. Pas de choc cinématographique incroyable, le succès du film est disproportionné, d’autant plus surprenant de par la concurrence ahurissante aux belles performances (ce Noël fut une orgie d’entrées). Néanmoins, si l’histoire est d’une banalité consommée, prévisible de bout en bout, pas très efficace ni dans le comique ni dans l’émotion, la petite fable reste malgré tout mignonne, portée par de formidables acteurs, notamment la petite chanteuse qui fait des débuts intéressants. Ses performances de chant n’ont, dans le film, rien d’épatantes, mais il est vrai que son timbre de voix est doux et gracieux, et qu’il y a du coffre. On aurait aimé une petite composition à l’occasion, ou alors une reprise plus populaire, mais choisir des vieux tubes passés de mode a aussi son charme. Il y a quelques trouvailles autour du thème de la surdité aussi, relativisant un peu la faiblesse de l’écriture. Un petit film mignon donc, plein de bonnes intentions mais pas non plus mièvre, qui assure un divertissement plus fin qu’il n’y parait.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

La Maison bonnadieu

La Maison bonnadieu
1951
Carlo Rim

Parce que le cinéma, ça n’est pas que des grosses productions dopées aux effets-spéciaux, et parce que son invention ne remonte pas à hier, voici un joli petit film de la belle époque. Celle où le chômage ne concernait que les fainéants, celle où tout le monde se faisait confiance, celle où un homme motivé pouvait partir de rien et atteindre des sommets. Bref, une époque magnifique où tout semblait possible, où la joie de vivre était omniprésente, où l’on pouvait taquiner les deux litres de vin par jour sans être traité de poivrot. Un rêve éveillé où les femmes étaient belles et attendaient bien sagement à la maison le retour du providentiel mari ? Non, ça non.

Ah les salopes ! Toutes plus dévergondées et immondes les unes que les autres ! Pour Félix Bonnadieu (Bernard Blier), tout commença par sa femme se plaignant de troubles du sommeil, lui demandant alors de dormir jusqu’à nouvel ordre dans la chambre d’ami pour qu’elle se « rétablisse ». Mais en réalité, il s’agissait d’un subterfuge pour permettre à son amant de la rejoindre la nuit. Ainsi dont il était cocu, et même l’intimidation ne suffisait pas à décourager son briseur de ménage, prit en flagrant délit et menacé d’être jeté en pâture à la police pour cambriolage, mais ne l’empêchant pas de récidiver. Son amour pour sa femme étant toujours entier, il va néanmoins tenter de la récupérer, car si la ville entière s’est faite cocufiée sans broncher, ça ne sera pas son cas.

« Si tous les cocus se suicidaient, il n’y aurait plus personne pour les enterrer. » D’aucun pouvaient supputer que la récente émancipation de la femme avait bouleversé la donne question infidélité, que jusqu’à présent cela ne concernait que les classes bourgeoises où le mari se tapait ses secrétaires et autres hôtesses d’accueil lors des déplacements professionnels, mais pas du tout. Si l’homme est un porc, la femme est une truie bien plus sale. Avec un vieux film en noir et blanc sur une période qui amène à tant de nostalgie, le choc est encore plus violent quand on constate avec quelle désinvolture les femmes s’adonnent à des plaisirs immoraux. On tombe des nues, et avec la bonne bouille de gentil candide du héros, le contraste est saisissant. Malheureusement, notre bon vieux tonton flingueur est à peu près le seul bon acteur du film, mais comme il est présent dans presque chaque scène, ça passe. Le film nous régalera aussi de tirades magnifiques comme « je n’aime pas assez ma femme pour la tromper » et surtout la précédente sur les cocus. Pourtant, le bilan n’est pas si idyllique. La situation met du temps à s’installer, elle stagne à de nombreuses reprises, n’a pas de réelle conclusion, et le film est beaucoup trop long. Un bon moment en perspective tout de même, et l’idée de base est amusante.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Avengers : L’ère d’Ultron

Avengers : L’ère d’Ultron
2015
Joss Whedon

Alors que Fast & Furious 7 pulvérise des records dans le monde, se voyant peut-être même ravir la troisième marche du podium des plus gros succès de tous les temps à Avengers, la suite de ce dernier débarque dans nos salles avec neuf jours d’avance sur nos confrères américains. Après une première phase de présentation des héros les plus iconiques de l’univers Marvel, la seconde a marqué une évolution spectaculaire au box office, certaines sous-franchise comme Captain America et Iron Man ayant carrément doublé leurs recettes, déjà pas dégueulasses de base. Certains analystes s’en inquiètent pourtant, pensant que cette suprématie prend trop de place dans le paysage audiovisuel et qu’un jour arrivera où le public se lassera, surtout avec la branche DC qui veut aussi exploiter à outrance son catalogue de super-héros. Le nombre de films de ce genre a en effet explosé, et le phénomène va même s’accélérer jusqu’en 2020, point culminant. Mais bon, tant que la qualité est au rendez-vous, le public continuera de répondre massivement présent, surtout pour ce genre de réunion au sommet, et vu le résultat il aurait tort de s’en priver.

Comme révélé dans Captain America 2, l’agence secrète de l’Hydre est de retour, et les Avengers, Tony Stark / Iron Man (Robert Downey Jr.), Bruce Banner / Hulk (Mark Ruffalo), Steve Rogers / Captain America (Chris Evans), Thor (Chris Hemsworth), Natasha / la Veuve Noire (Scarlett Johansson) et Clint / Hawkeye (Jeremy Renner), prennent la menace très au sérieux, l’éliminant d’emblée. Mais pour Tony Stark, ce genre de menace est risible face à l’inconnu de l’immense espace et des possibles espèces extraterrestres hostiles. Une bonne réponse serait la présence d’une force autonome, une intelligence artificielle capable de réagir instantanément à chaque attaque, et la solution pourrait venir de l’artefact récupéré à l’Hydre. La dernière pièce pour son projet Ultron, mais la créature va échapper à son créateur.

Les choses semblent s’accélérer puissamment du côté Marvel, déjà prête à lâcher ses meilleures poules aux œufs d’or en se rapprochant dangereusement du dernier chapitre de certains de ses héros phares, et ce second cross-over ultime en est la clef de voûte. Néanmoins, le virage est négocié en douceur, nous offrant un dernier film « simple », uniquement centré sur la Terre et des problèmes qui ne concernent qu’elle. Ultron est un ennemi immédiatement cerné, la menace est tangible, concrète et quantifiable. Une force brute qui amène plus de réalisme, apportant un impact supérieur, la plupart des scènes d’action étant donc des affrontements purement physiques, certes particulièrement aidés par la technologie, mais cela permet une harmonisation des univers bien meilleure. Ainsi, ce qui pourrait avoir à trait à la magie devient plus une force psychique tenant à l’évolution (mais pas de gène X pour des questions de droit). Au centre de cette anomalie maîtrisée, on retrouve les deux petits nouveaux, les jumeaux Maximoff, Pietro (Aaron Taylor-Johnson) et Wanda (Elizabeth Olsen), assez bien intégrés. On retrouvera aussi quelques autres personnages secondaires majeurs de l’univers Marvel déjà vus dans des précédents films comme Le Faucon (Anthony Mackie), Nick Fury (Samuel L. Jackson), Iron Patriot / Jim Rhodes (Don Cheadle) et Peggy Carter (Hayley Atwell), avec en prime l’arrivée de l’énigmatique Vision (Paul Bettany).

Le film commence sur les chapeaux de roue avec l’attaque contre l’Hydre, nous montrant à quoi s’attendre : du film d’action qui claque. Néanmoins, entre deux altercations avec Ultron et le très attendu duel entre Hulk et Iron Man en mode Hulk Buster, le film n’en oubli pas pour autant de s’attarder sur ces personnages, bien mieux approfondis que dans le premier Avengers, s’intéressant aussi pas mal aux personnages moins centraux / puissants, bien que l’intrigue amoureuse entre Natasha et Bruce semble venir de nulle part, flirtant avec le boy-scout décongelé dans sa dernière aventure. À peu près tout le monde a le droit à son petit moment de gloire, et c’est là un équilibre inédit qui fait plaisir. Mais bien sûr, l’intérêt premier reste la purge d’action, prenant des proportions encore une fois phénoménales – ce qui devient la norme à force de surenchère – sans pour autant nous perdre. Et au milieu de ça, en plus du charisme des personnages qui ont déjà fait leurs preuves, on retrouve un humour efficace, très second degré et encore meilleur que précédemment. L’engouement autour du premier film fut considérable, mais celui-ci a le potentiel pour le dépasser, et pourquoi pas ravir la seconde marche du podium à Titanic. La saga Marvel a encore de beaux jours devant elle, mais il est vrai que l’afflux de super-héros pourrait l’étouffer, et à chaque nouveau lancement la peur de l’échec se fait sentir. Ant-Man sera t-il le premier échec commercial et artistique de la firme ? Spider-Man trouvera t-il sa place au milieu de tout ça ? Certaines inquiétudes persistent, mais l’espoir reste permis.

Publié dans Cinéma, Critiques | Un commentaire

Deux jours à tuer

Deux jours à tuer
2008
Jean Becker

Présent dans notre paysage cinématographique depuis 1961, Jean Becker est une figure du milieu, car à l’exception de ses deux derniers films, il a toujours fait son million d’entrées, et souvent bien plus. Et c’est d’autant plus admirable quand il s’agit comme ici d’un drame pesant, peu propice au succès populaire, mais qui fut porté par un formidable bouche à oreille, bien que ça n’ait pas débouché sur une quelconque récompense, la presse ayant émit plus de réserves.

Adaptation du roman éponyme de François D’Epenoux, le film raconte comment un beau jour Antoine Méliot (Albert Dupontel) a craqué. Fatigué de ses clients stupides aux produits invendables, il va leur expliquer leurs quatre vérités. Lassé de sa femme, de sa petite vie bourgeoise insipide, il va tout envoyer valser, disant les choses comme il le pense depuis la première fois de sa vie. Famille, amis, connaissances : personne ne sera épargné. Une libération pour lui, un désastre pour les autres.

L’œil ne pétille plus, l’envie a disparu. Il ne semble plus rien n’avoir à perdre, et sa prise de conscience prend une tournure odieuse pour l’assemblée, devant faire face à une aigreur d’un niveau effrayant. Son but semble de salir son image, celle des autres, semer le chaos, mais n’est nullement réjoui par la désolation. Ne reste alors pas trente-six solutions, et la véritable raison de tout ça sautera aux yeux de tous dès la première scène. Et si cela ne suffisait pas, les moins éveillés découvriront forcément l’anguille sous la roche lors des échanges de regards entre le personnage principal et sa femme, Marie-Josée Croze, dévastée plus que n’importe quel autre. La première demie-heure du film est explosive, une petite perle comique qui nous fout une véritable claque tant personne n’avait osé aller aussi loin, et chaque tirade nous fait jubiler. Alors forcément, quand on bascule ensuite dans le drame humain, le souffle retombe, d’autant plus qu’on sait déjà où le film veut en venir. Quelques nouveaux enjeux vont faire leur entrée, de nouvelle perles d’écriture ponctueront aussi le voyage, mais l’intérêt est moindre. Heureusement, le dernier virage est assez bien négocié, donnant plus de crédit à cette seconde moitié, et Albert Dupontel est d’une justesse infinie dans les deux registres. Un principe auquel on ne peut qu’adhérer, malgré quelques irrégularités, qui nous offrira des fulgurances délectables.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire