Décembre 2014 + nouvelle année

Bonne année à tous !
Quatre ans déjà depuis la création du site, et depuis plus de 1400 critiques de films ont été publiées, et bien d’autres restent à venir, sans compter les tests de jeux-vidéo et les rétrospectives sur des séries télévisuelles. Merci à tous ceux qui me suivent, et j’espère que mon travail les aide ou les éclaire, et continuera pour encore longtemps. Au programme de cette nouvelle année 2015, de la récidive avec le retour programmé de DJ Protoss et du journaliste d’investigation, mais aussi de l’inédit avec une toute nouvelle chaîne Youtube qui débarquera très bientôt. En attendant, place aux derniers chiffres de l’année.

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Ninja Turtles

Ninja Turtles
2014
Jonathan Liebesman

Principalement connu pour son excellente série animée des années 90, la saga Tortues Ninja n’a pas connu que des jours heureux au cinéma, surtout lors d’adaptations live. Il y avait tout de même de quoi se réjouir à l’idée d’une nouvelle saga autour de nos personnages fétiches de jeunesse, mais il y a des signes qui ne trompent pas. Responsable de deux étrons visuels à gros budget, le minable Jonathan Liebesman rempile pour une nouvelle super-production, et il reste incontestablement fidèle à lui-même. Pourtant, le film est du pur fan-service reprenant tout ce qui a fait leur succès, mais encore faut-il savoir le faire avec talent.

Il y a quinze ans de ça, Eric Sacks (William Fichtner) et le père d’April O’Neil (Megan Fox) travaillaient sur un projet de remède universel basé sur une substance extraterrestre, mais lors d’un terrible incendie tous les échantillons ont disparu, et depuis Eric est totalement incapable de synthétiser la molécule. Seulement ce qu’il ignore, c’est que ses sujets de test, quatre tortues et une souris, ont survécu et ont développé des facultés incroyables. Aujourd’hui formés aux arts ninja par la souris, les quatre tortues sont devenues d’imposants guerriers en quête de justice, traquant le gang des « Foots » contre qui les forces de l’ordre ne peuvent rien. Devenue journaliste, April travaille d’ailleurs sur le fameux gang, et elle fera une rencontre à laquelle elle ne s’attendait pas.

Attention, girouette de compète ! Alors que le début du film prend le parti de dire « de toutes façons tout le monde connait l’histoire des Tortues Ninja, alors autant pas perdre de temps et balancer un résumé de quelques secondes », le film revient pourtant après sur la genèse, se sentant obligé de faire des liens entre tout dans des propensions ridicules, et le peu de crédibilité du scénario de base s’en retrouve quasi parodique. Et c’est là que le film nous perd d’emblée : April est le prototype de la bimbo inutile et débile, Shredder est un méchant totalement cliché avec son armée d’asiats (et puis charisme négatif), Eric a quasiment le mot traître d’écrit sur le front, et les tortues sont sans doute les pires.  Si déjà la scène de présentation est d’une rare maladresse, leur design passablement raté, il faut aussi faire avec des personnalités caricaturales (le chef, Leonardo ; l’intello, Donatello ; la brute, Raphaël ; et Michelangelo le puéril). Chacun est insupportable à sa manière, et leur dialogues sont d’une nullité affligeante. De manière générale, l’humour du film est abjecte, indigne d’un public doté de facultés cognitives, et le running-gag zoophile n’a aucun sens. Bon et après, vu le réalisateur, la mise-en-scène est forcément catastrophique, saccadée, usant de traveling penchés grotesques, et l’action est souvent illisible. Dommage, car il y a un certain nombre de grosses scènes qui auraient pu être excellentes si elles avaient été faites par un professionnel. En plus, si Splinter est l’un des plus gros foirages visuels de la décennie, les effets spéciaux sont plutôt bons, mais la patte artistique est bien trop mauvaise. Probablement le plus superficiel et inconsistant blockbuster de l’année.

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Fastlife

Fastlife
2014
Thomas Ngijol

Après avoir connu la gloire avec l’original et hilarant Case Départ qui l’a fait sortir de l’ombre, l’acteur-réalisateur Thomas Ngijol a ensuite un peu trébuché avec le décevant Crocodile du Botswanga, bien que relativement drôle. En mode solo cette fois, son compère Fabrice Eboué ne faisant qu’un léger caméo, il signe une autre comédie, malheureusement pas au niveau.

Il campe ici Franklin Ebagé, français d’origine camerounaise, ex star du sprint. Immense sportif de son pays, il fut surnommé Fast Life, le serpent noir, champion national du 100 mètre, ayant même obtenu une médaille d’argent aux Jeux Olympiques. Une icone aujourd’hui déchue, incapable de gagner la moindre course, plus célèbre désormais pour ses frasques et ses dérapages en dehors du stade. Une situation qu’il vit très mal, faisant vivre un enfer à proches par son aigreur et sa mauvaise fois.

Un sportif c’est souvent con, mais là c’est du lourd. Le connard de classe internationale, s’en battant le steak des problèmes des autres et ne se focalisant que sur ses délires mégalomanes complètement déplacés. Imbuvable, violent, agressif et malpoli : l’antipathique dans toute sa non splendeur. C’est drôle un moment, mais on s’en lasse vitesse éclair, le film évoluant avec un lenteur atroce, usant jusqu’à la moelle son principe il est vrai sympathique, mais en l’état bien trop vide. Des gags éculés, un scénario écrit à l’arrache et totalement incohérent : c’est malheureusement là la triste réalité. L’ennui s’installe et la fin est fainéante à souhait, donc vraiment pas grand chose à en tirer. Même pour passer le temps, ça n’en vaut le coup.

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La Chasse

La Chasse
2012
Thomas Vinterberg

Quand on demande aux gens le crime le plus abjecte possible, la majorité répondra « faire du mal aux enfants ». – Personnellement, je mettrai plutôt « faire du mal aux gentils chiens tous mignons » en premier. – D’ailleurs, les favorables au retour à la peine de mort pointent du doigt les pédophiles comme candidats idéals. Combiné avec « la crainte que quelque chose arrive à mon enfant » comme plus grande peur chez la plupart des parents, on obtient ceci. La paranoïa dans sa forme la plus sombre et destructrice, véritable leçon de vie pour tous ceux trop prompts à juger.

Divorcé et depuis enfermé dans la solitude, Lucas (Mads Mikkelsen) a sombré dans une profonde dépression et désespère de passer aussi peu de temps avec son fils, n’ayant obtenu qu’une garde partagée toute relative. Ses seules sources de joie sont la chasse avec ses potes, et son boulot d’animateur au jardin d’enfant. Mais un jour, la fille de son meilleur ami, la jeune Klara, va lui faire une déclaration d’amour. Il va bien sûr l’éconduire, mais la petite fille blessée par ce rejet va raconter à la directrice un vilain mensonge, qu’elle va prendre pour argent comptant. Et à l’aide d’un psychologue faisant lui même les questions / réponses, l’idée que Lucas pourrait être un pédophile va se répandre tel un virus gangrenant tout sur son passage.

Ce monde est fou, corrompu et foncièrement mauvais. Ça on le savait déjà, mais y être confronté de manière si spectaculaire, c’est autre chose. Une connasse de directrice, une ordure de psychologue de mes deux, et voilà comment transformer un mensonge de petite fille fâchée en une gigantesque chasse à l’homme retournant un village entier contre son meilleur membre. C’est ridicule, ahurissant, et pourtant les choses vont bel et bien déraper dans des propensions cauchemardesques pour le pauvre animateur, souffrant des préjugés sur les hommes dans ce milieu. C’est honteux, on aurait envie de se révolter contre le monde entier, on rage d’empathie, et on se demande comment des amitiés vieilles de quatre décennies peuvent y succomber. La peur rend les gens incohérents, ignobles, mais à ce point, c’est à se demander à qui se fier. Trahis par ses proches, ses amis, par la vie. Un film poignant, qui prend aux tripes grâce à un acteur exceptionnel qui amplifie toute l’horreur de la situation, d’une justesse rare dans ses propos et dans sa mise en scènes. Un tour de force magistral pour une histoire viscérale.

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Take Shelter

Take Shelter
2012
Jeff Nichols

Après un Shotgun Stories très remarqué quatre ans plus tôt, celui qui allait faire un an plus tard l’acclamé Mud – Sur les rives du Mississippi avait déjà frappé très fort avec son second long-métrage, pas sorti nationalement, mais pas mal présent quand même, surtout dans les festivals où il fut récompensé à de nombreuses reprises. Encensé dans des propensions monumentales, ce drame psychologique n’est pourtant pas un modèle de perfection, loin s’en faut.

Phénomène courant, classique même, les terreurs nocturnes pèsent plus ou moins lourd selon la personne. Depuis quelques jours, Curtis (Michael Shannon) souffre de visions cauchemardesques violentes, annonciatrices pour lui d’une destructrice tornade qui pourrait mettre en danger sa précieuse famille. Une obsession croissante qui le fait passer pour un fou auprès de tous, même sa femme (Jessica Chastain), surtout avec sa mère internée très jeune pour schizophrénie aiguë. Folie ou prémonition ?

L’esprit humain est une chose bien torturée et il peut s’en passer des choses à l’intérieur de nos étranges têtes. Des histoires de gens ayant rêvé d’un accident qui est réellement arrivé des semaines voir des années après, on en entend souvent, mais y être confronté est difficilement concevable, et tant que l’incident en question n’est pas survenu, le prophète amateur n’est rien de plus qu’un cinglé qui part en vrille. C’est donc là le point de vu du film : confronter un homme persuadé du caractère prophétique de ses visions à un monde prêt à lui mettre la camisole. C’est très intéressant en soit, d’autant que les acteurs sont excellents et la mise en scène restitue bien le climat de tension, mais au niveau scénario ça reste très limité. Rien de surprenant, tout arrive de façon logique et prévisible, et au final le film ne pousse pas très loin son concept. Mais le plus embêtant est son rythme, particulièrement poussif. Il n’y a pas grand chose à creuser, la psychologie étant très terre-à-terre, étirant une histoire faiblarde sur une trop grande longueur par soucis de suspense, pas vraiment présent d’ailleurs. Un film globalement bien fait malgré tout, relativement intéressant, et on ne pouvait pas tellement espérer mieux vu le sujet.

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SMS

SMS
2014
Gabriel Julien-Laferrière

Révélation française de ses dernières années, Guillaume De Tonquédec s’est beaucoup illustré dans des seconds rôles marquants de parfait benêt largement efféminé, lui rapportant même un oscar. Le voilà cette fois en proue du navire, endossant le rôle principal d’une comédie, l’occasion de prouver qu’il est aussi capable de porter seul un film entier. Et oui, il le peut.

Y’a des jours comme ça où tout va mal, sans même qu’on comprenne d’où ça vient et pourquoi tant de violence. Ce matin là, Laurent (Guillaume De Tonquédec) a eu la bonne surprise de constater que ces coûteux travaux lui ont laissé un toit non imperméable, causant des infiltrations de partout. Ensuite, devant retourner chez lui à cause de son fils malade, il reçu un message de l’amant de sa femme (Anne Marivin), avant de se faire voler son téléphone la seconde d’après. Une maison qui tombe en ruine, un fils disparu, des emmerdes en pagailles et le monde entier qui semble lui vouloir du mal. Et pourtant, ça n’était que le début…

Voilà un principe simple et accrocheur : le ciel qui nous tombe sur la tête. Une avalanche de problèmes pour un pauvre gars à la malchance tragique. Il faut donc savoir trouver un équilibre entre gravité et irréversibilité des nids de poule, tout en faisant rire au détriment du héros. Si le film avait une certaine marge pour pousser les choses un peu plus loin, surtout que le plus gros tombe dans la première moitié, on peut néanmoins dire qu’il rempli honorablement sa part du contrat, proposant quelque chose de cohérent et drôle. L’inspiration n’est pas spécialement là, mais c’est efficace. On pense notamment aux personnages incarnés par Géraldine Pailhas et Franck Dubosc, pas du tout exploités au début et arrivant un peu brutalement, l’histoire requérant leur présence. Une présentation la scène de juste avant leur apparition est trop rapide. Mais c’est aussi l’un des points forts du film : son rythme soutenu, malgré quelques baisses en seconde partie. Enfin voilà, travail fait.

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Chatroom

Chatroom
2010
Hideo Nakata

Petite production britannique réalisée par un japonais maître dans les films d’horreur, ce film d’auteur n’aurait probablement jamais attiré mon attention ni celles de bien d’autres sans le phénomène Kick-Ass, octroyant une belle notoriété au personnage central de ce film. Malheureusement jamais doublé en français, beaucoup se seront résigné à le voir, un tord tant on tient là une perle du cinéma indépendant.

Qu’est-ce qu’une Chatroom ? En français, on appelle ça un cyber forum, pouvant être une simple correspondance écrite ou faire appel à des webcams pour des rencontres plus personnelles. Sur une plateforme en ligne, nombre de gens créent leur propre Chatroom, laissant entrer qui ils veulent. Jeune perturbé aux graves problèmes psychologiques, William (Aaron Taylor-Johnson) a créé « Chelsea Teen », une salle pour les jeunes de sa ville à la recherche de quelqu’un avec qui parler. William se posera alors comme un guide prodiguant ses conseilles aux membres de la salle (incluant la géniale Imogen Poots), mais en réalité il ne désire qu’une chose : détruire leurs vies en les manipulant.

Le début du film est très déstabilisant, nous embarquant dans des lieux étranges, glauques et totalement surréaliste. En fait, et j’ai honte d’avoir mit près de vingt minutes à m’en rendre compte, ces pièces étranges et sinistres sont une métaphore des Chatroom, le film prenant le parti prit de les recréer comme si on pouvait physiquement les visiter. Un tour de force scénaristique et artistique, donnant au film une ambiance très réussie et matérialisant la barrière ambiguë entre fiction et réalité en en faisant de même avec son propre concept. Quand on passe à l’intérieur de ce monde virtuel, tout change : le comportement des gens, la réalisation, le spectre des couleurs. C’est vraiment très abouti, d’autant que le film ne se contente pas de faire de la propagande pro ou anti Chatroom, préférant se concentrer sur les gens qui y vont et la folie humaine en générale, ne se refusant aucun type de déviance et ne souffrant aucune limite. Une fois les véritables enjeux identifiés, le film part vraiment très loin et on jubile. Juste brillant. Et avec de très bons acteurs (incluant trois acteurs de Games of Thrones, dont Richard Madden), le film s’en retrouve carrément captivant. Le retour à la réalité à la fin divisera, et limite on aurait préféré l’autre option, plus courageuse, mais soit. Belle surprise.

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The Signal

The Signal
2014
William Eubank

Pas besoin de gros budget pour faire de l’excellente science-fiction ni même de sortir en salle comme nous l’ont prouvé Exam, Citadel, l’exceptionnel Cargo ou le récent et non moins incroyable Predestination. Bon, certes, la plupart de ces films, celui-ci comprit, sont tout de même sortis dans quelques salles de plusieurs pays, mais jamais dans un nombre de salles signifiant (sauf là en Russie). Nouvel illustre représentant de ces aïeux ? On aurait aimé le croire, mais non.

Se faire pirater, ça a l’air anodin, mais quand la personne de l’autre côté est capable de percer les sécurités des serveurs du MIT, ça n’est pas n’importe qui. Pourtant, trois étudiants (principalement Brenton Thwaites) de là bas on réussi à percer à jour son adresse IP, localisée dans le Nevada. Juste histoire de savoir à qui ils ont affaire, et profitant de passer à proximité à l’occasion d’un voyage, ils vont se rendre sur place, découvrant une bien étrange maison d’apparence abandonnée. Mais sur place, ils vont être confrontés au Signal, une EBE (Entité Biologique Extraterrestre), du moins d’après le « docteur » (Laurence Fishburne) les ayant recueilli après le contact.

Bon les gars, qu’est-ce qu’on avait dit ? Une ligne de coke à la fois ! Pas plus de quatre pilules par jour, surtout après s’être piqué ! Après une très longue amorce style teen-movie dans un genre qui tournerait mal à la limite du film d’horreur, le film bascule violemment dans une histoire de complot gouvernemental sur fond d’invasion extraterrestre. Une bonne chose, le début étant assez ennuyeux, et on nous propose direct des pistes de réflexions et des mystères de partout pour faire monter la sauce autour de l’intrigue. Une spirale de torture psychologique sera alors infligée au héros, à force un peu redondante, mais on se demande où tout cela peut mener. Malheureusement beaucoup trop loin, et sans grande originalité qui plus est, lorgnant de tous les côtés, que ça soit Matrix ou District 9. Le résultat aurait pu être intéressant, d’autant que niveau effets spéciaux le film est solide, mais il pêche en rythme et ses explications sont laborieuses, n’arrivant jamais vraiment à faire vivre son histoire. Un trip ambitieux mais inabouti.

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Le Labyrinthe

Le Labyrinthe
2014
Wes Ball

Et voilà, encore une saga pour ados adaptée au cinéma… Les succès dans le domaine se font pourtant de plus en plus rares, mais les studios continuent d’inonder nos salles de cinéma avec ce genre de productions, avec bien souvent une piètre qualité au rendez-vous. Heureusement très faible en coût (34 M$), le film se destinait à un bide modéré malgré sa sortie au plus mauvais moment de l’année. Seulement voilà, le film fut un immense succès, explosant les compteurs avec pour l’instant 340 M$ dans le monde (reste encore le Japon à conquérir) dont 3,1 millions d’entrées en France (meilleur territoire hors Etats-Unis). Seconde claque de l’année du genre après Divergente ? Pas loin.

Il y a des réveils plus difficiles que d’autres. Pour Thomas (Dylan O’Brien) ce jour là, ce fut des plus brutal : une émergence dans une cage, sans se rappeler ni son prénom ni sa vie d’avant. Plongé au milieu d’un camp de fortune avec quelques dizaines de garçons de son âge, il va réaliser l’horreur de la situation : leur base est au milieu d’un labyrinthe apparemment sans sortie, aux couloirs mouvants, pullulant de créatures mortelles, et personne n’y a survécu la moindre nuit. Depuis trois ans que les premiers sont arrivés, le groupe s’est résigné à passer sa vie dans leur refuge, mais Thomas compte bien percer les secrets de ces lieux et s’en libérer.

Voilà un film qui ne perd pas de temps ! Si l’exploration du labyrinthe se fera de façon tardive et assez expéditive, l’un de mes principaux regrets, on est au moins directement au cœur de l’action, nous permettant de ressentir l’angoisse des lieux d’emblée. Et c’est là que le film puise une grande partie de sa force : son ambiance prend aux tripes. On sent la peur et l’abandon dans les yeux des survivants, et le fait de nous laisser longtemps dans le flou total sur ce qui se passe à l’intérieur du dédale permet de nous faire spéculer sur les possibles atrocités y prenant place, décuplant notre envie de tout découvrir et alimentant notre imagination sur les raisons et les objectifs de tout ça. Mais bien sûr, c’est une arme à double tranchant : on jubile et on fantasme, mais encore faut-il que la fin vienne combler nos ambitions les plus démesurées. Ainsi, tout du long on est prit dans le tourbillon de l’inconnu, aussi excités et anxieux que le héros, formidable choix de casting, comme les autres d’ailleurs. Pas la moindre star en vue, le plus connu étant Newt (Thomas Brodie-Sangster), l’ex jeune guide du voyageur astral de Games of Thrones, mais presque tous s’en sortent à merveille, surtout l’asiat et y compris l’insupportable cousin dans Narnia 3 (Will Poulter). Seule la fille (Kaya Scodelario), totalement inutile et stupide, vient gâcher le tableau. Du coup, l’immersion s’en retrouve énorme, d’autant que les effets spéciaux et la réalisation s’en sortent remarquablement. Beau travail niveau design aussi. Très très belle surprise donc, mais impossible de sauter tellement de joie non plus. La fin n’est pas à la hauteur. Complètement ambiguë et possédant toujours un immense potentiel, elle n’en reste pas moins décevante, ouvrant la voie à des suites qui auront du mal à tout justifier. Personnellement je suis assez perplexe face aux prochains volets qui s’annoncent casse-gueule. Mais ne gâchons pas tout : ce premier contact est très bon, mené d’une main de maître le rendant incroyablement prenant.

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Magic in the Moonlight

Magic in the Moonlight
2014
Woody Allen

On ne peut pas avoir une quarantaine de films à son actif sans quelques fausses notes. Woody Allen est de ceux qui en a commit beaucoup, et pas qu’à ses début. Blue Jasmine n’a pas été l’œuvre bouleversante promise, To Rome with Love était d’une fainéantise monstrueuse, et si on remonte à peine, on se remémorera avec douleur son ignoble Rêve de Cassandre, désarmant de bêtise. Seulement aujourd’hui le réalisateur n’a jamais été aussi populaire, reconnu et apprécié, et son travail est scruté par un plus grand nombre. On l’attendait au tournant, mais ça y est enfin, la chose qu’on espérait depuis Minuit à Paris est arrivée : un nouveau chef d’œuvre d’envergure.

La magie, ça n’est qu’affaire de crédibilité, de manipulation, de tour de passe-passe, et le surnaturel n’est qu’une illusion. Grand magicien de renom, Stanley Crawford (Colin Firth), est aussi spécialisé dans l’art de démasquer les gens supposément dotés de pouvoirs dépassant l’entendement. Ainsi, il sera convié à mettre fin aux agissements d’une certaine Sophie (Emma Stone) qui sévit dans le Sud de la France, censée pouvoir lire dans les pensées et communiquer avec le monde des esprits. Un charlatant de plus pensait-il, mais la démasquer va s’avérer bien plus difficile que prévu. Et si finalement la magie existait ?

Se déroulant dans les années 20, le film est l’un des plus soignées esthétiquement du réalisateur. Les lumières sont vives, chaleureuses, agréables. De tous les films du réalisateur, celui-ci est peut-être son plus convivial, sympathique. Quelques sujets lourds comme la mort et l’absence de but de la vie en général, mais globalement le film est d’une légèreté salutaire, doublé d’une romance magnifique. Plongé dans un cadre idyllique, il nous laisse baigner dans son histoire captivante de magie, amenant naturellement, et avec une petite touche British héritée du parfait Colin Firth, une douce romance subtile et enivrante. Certes, les deux acteurs ont 28 ans d’écart, mais avec un tel prodige accompagné par une si sublime partenaire tout aussi talentueuse, ça fait des étincelles. Mais attention, le film n’est juste une belle romance génialement située, il est aussi un model de précision, que ce soit dans son humour ou dans son faux-suspense, retournant avec brio les codes classiques du genre tout en offrant exactement au spectateur ce qu’il veut voir. Un grand aboutissement qui ravit d’une bien belle manière.

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