Les Conquérants

Les Conquérants
1939
Michael Curtiz

Malgré des acteurs qui ont connu une très belle carrière, une petite prouesse de l’époque, la couleur, et un concentré des fondements du futur model des westerns, le film n’a pas spécialement fait date. Pourtant, s’il n’a pas été l’inspiration principale des plus grands westerns de l’histoire, il est ce qu’on pourrait appeler l’exemple type du western classique.

En plein âge d’or des chemins de fer, Dodge City devait être une vitrine de l’expansion américaine, mais le constat ne sera pas si idyllique : une petite frappe a réussi à mettre la main sur le saloon du coin, et avec des méthodes douteuses il tient la ville à ses pieds. Homme courageux qui est le seul à lui tenir tête, Wade Hatton (Errol Flynn) va en toute logique se retrouver promu shérif de la ville. Une lourde tâche des plus dangereuses tant la ville est gangrenée par les malfrats.

Il y a deux façons de voir le film : soit il s’agit d’une avalanche de clichés du genre, fait de façon assez maladroite et terriblement désuète, soit on arrive à replacer le film dans son contexte, à savoir un quasi pionnier qui défini plutôt bien le genre. Ainsi, on retrouve une ville typique du Far West, malfamée et aux nombreux règlements de comptes, que va tenter de sauver un preux shérif, gentleman et charmeur, qui fera chavirer le cœur de l’intrépide et aventureuse Abbie (Olivia de Havilland). On aura le droit à l’éternelle scène des cavaliers rattrapant un train en marche, des brigands avançant sur le toit du train en marche, du pauvre type repentant finalement rattrapé par ses pulsions, de la bagarre générale au saloon, on encore la révolte aux portes du bureau du shérif avec le prisonnier à évacuer. Bref, un concentré des scènes les plus classiques des westerns. Les acteurs jouent forcément comme dans le temps, à savoir de façon très exagérée et exaltée, le son grésille et l’image vacille, mais la transition est moins violente que pour certains films plus récents. Et étrangement, on ne s’ennui pas trop, le film ayant un rythme assez bon, les acteurs et l’histoire n’étant pas trop ridicules, de même que la mise en scène pas complètement bancale.

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Les Voies du destin

Les Voies du destin
2014
Jonathan Teplitzky

On nous bassine continuellement avec la seconde guerre mondiale, mais cette fois-ci les choses sont un peu différentes : l’action s’axe autour du conflit entre britanniques et japonais, une partie de cette guerre méconnue qui pouvait peut-être changer la donne. Une petite production britannique au casting intéressant et qui a rencontré un succès correct, mais qui se retrouve comme bien d’autres dépassé par son côté historique.

Histoire vraie ayant eu lieu en 1942, le film retrace, via la tentative de Patti (Nicole Kidman) de venir en aide à son mari Eric (Colin Firth) souffrant de syndromes post-traumatiques dus à la guerre, l’expérience militaire de ce dernier durant la seconde guerre mondiale. Fait prisonnier par les japonais, Eric (Jeremy Irvine) fut enrôlé de force avec les siens pour la construction d’un chemin de fer reliant la Thaïlande et la Birmanie. Des conditions terribles pour l’un des chantiers les plus durs de l’histoire, sans compter les séances de tortures. Des souvenirs avec lesquels Eric ne peut plus vivre aujourd’hui.

Mais fermez-la bande de lâches ! Le film est une insupportable suite de plaintes et d’auto-apitoiement sur des faibles d’esprits qui n’arrivent pas à se reconstruire, parlant sans cesse d’événements si terribles que personne ne voudrait les croire, d’actes si inhumains que l’on ne peut les concevoir. Certes, c’est un peu plus éprouvant que les camps de concentration, mais comparé au travail dans le froid atroce de la Sibérie avec la toxicité des mines de charbon et des rations d’une pauvresse fatale dans ces mouroirs qu’on appelait Goulag, l’expérience tient plus du sympathique camp de vacances. Difficile donc de prendre le film au sérieux tant les propos exagèrent à outrance la relative violence des faits. Le développement avec le traducteur est lui aussi hors de propos et on a l’impression que le film se trompe systématiquement de cible. C’est dommage car les acteurs, malgré des dialogues stupides, s’en sortent plutôt bien, et la réalisation est très belle, nuançant le caractère sombre de l’histoire par des décors chaleureux et rayonnants. Le film avait beaucoup de carte en main à revendiquer, mais étouffé par un contexte ennuyeux et le poids démesuré de l’histoire, il en devient un peu bancal.

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Le Prénom – version théâtrale


Le Prénom
2011
Alexandre de La Patellière, Matthieu Delaporte

Si le cinéma est plus millimétré, retravaillé et modifiable jusqu’à obtenir le résultat souhaité, il est parfois intéressant de comparer une adaptation et la pièce originelle, plus brute, variable et vivante. Sur scène, une erreur ne peut être rattrapée et chaque séquence passée l’est définitivement. Au programme donc, la version live de la pièce qui a donné ce grand succès public et critique, Le Prénom.

Pour mémoire, la pièce est une réunion de famille axée autour d’un grand événement : la révélation du prénom du fils de Vincent (Patrick Bruel) et Anna (Judith El Zein), conviés chez la sœur de Vincent, Babou (Valérié Benguigui) – l’acteur jouant son mari, Pierre, n’étant pas le même qu’au cinéma, seul acteur ayant changé -, au même titre que son meilleur ami Claude (Guillaume de Tonquédec). Un dîné censé se passer dans une convivialité paisible, mais c’était sans compter sur le choix du prénom du futur fils de Vincent. Son annonce va jeter un froid et ouvrir la porte aux règlements de comptes les plus virulents.

Pour célébrer mon retour sur le site – je m’excuse de la quasi disparition de publications ces derniers jours faute de temps -, voici donc un nouvel angle de vision pour l’une des comédies les plus réjouissantes de ses dernières années. Pour ainsi dire identique en tous points au film, la pièce est donc une petite perle d’écriture, reposant sur de savants dialogues incisifs, des personnages forts et des acteurs au top, arrivant à rendre ce qui devait être une banale soirée en une succession de moments forts et souvent très drôles. On s’étonne de constater que le niveau de perfection de l’écriture était déjà atteinte lors de la représentation immortalisée, de même que de voir que la mise en scène, gros défis technique, était la même, tout comme les mimiques visuelles, prouvant le degré de précision et de travail consentis. En revanche, et heureusement, le film apporte de nombreux points avantageux, notamment au niveau des acteurs. Si les prestations étaient déjà très bonnes à une exception près qui fut changée pour le mieux, on notera que le passage au cinéma les renforce et que le remplaçant de Pierre s’en sort enfin bien, son prédécesseur détonant sur les planches. Un niveau déjà très convaincant donc, sublimé par son passage dans les salles de cinéma.

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Va te faire foutre Freddy

Va te faire foutre Freddy
2001
Tom Green

Le public l’a découvert avec son monologue culte sur son serpent Mitch dans Road Trip, et voici ce psychopathe complètement barré qui revient avec son propre film, interprété, réalisé et écrit par nulle autre que lui. De quoi attiser une certaine curiosité, mais en voilà un très vilain défaut qu’on ne pourra qu’amèrement regretter. Non de dieu que c’était bon Mes meilleures amies

Difficile de dire si ce travail grotesque peut être qualifié d’œuvre possédant un  scénario, mais si trame il y a, elle se résumerait en un trisomique obsédé et dénué de tout sens moral qui n’a de cesse que de s’humilier publiquement. Accessoirement, ce désastre de 28 ans éternellement chômeur aspire à devenir animateur d’émission animée, puisant dans son esprit détraqué des idées pour le moins malsaines. Une calamité qu’il ne fait pas bon vivre de croiser.

Avec un titre aussi direct, faisant référence au frère du « héros » (Eddie Kaye Thomas), on ne s’y trompe pas bien longtemps, mais impossible de prévoir un désastre de cette ampleur. Une première scène sortie d’on ne sait où sur la masturbation des équidés, des séances où l’on se donne gratuitement en spectacle pour le seul plaisir de déranger : on commence très fort, mais ça n’est qu’un début. Plus le film avance et plus les propos sont grossiers, débiles, et avec une connotation de plus en plus prononcée. On croise une Drew Barrymore qui a visiblement perdu un pari, une jolie blonde estropiée tournée en ridicule, sans oublier une forte thématique sur la paternité dans une version trash et assurément indigeste, l’image arrivant – et quel exploit ! – à égaler le niveau improbable de vulgarité des dialogues, un parfait exemple d’humour qui ne saurait trouver son chemin jusqu’au spectateur, affligé par cette suite illogique et immonde. Le cinéma saigne, et pitié, pour nos frères plus jamais ça.

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Noé

Noé
2014
Darren Aronofsky

Choix pas vraiment surprenant vu certains aspects de son film The Fountain, Darren Aronofsky nous revient avec une adaptation titanesque de l’histoire biblique de l’arche de Noé, obtenant à l’occasion 125 M$. Une belle somme à relativiser néanmoins : la comédie-dramatique Evan tout-puissant, bel exemple de réappropriation réussie, traitant elle aussi du thème de l’arche, avait eu droit à significativement plus (175 M$). Mais cette fois-ci, le film se veut comme une « adaptation fidèle » de la bible.

Pour ceux, moi le premier, qui n’ont pas lu cette interminable suite d’instructions du bon menuisier qu’est ce passage de la bible, il s’agit d’un homme, Noé (Russell Crowe), petit fils de Mathusalem, descendant de Seth, fils de Adam et Eve, qui a un jour reçu un message de Dieu : le déluge du jugement dernier approche, et il doit créer une arche pour y regrouper deux membres, un mâle et une femelle, de chaque espèce animale. Jacques a dit, Noé fait. Mais dans le film, cette purification par les eaux est expliquée par l’avilissement des hommes descendants de Caïn, frère de Seth, et ces derniers sont prêt à tout pour entrer dans l’arche. Pour protéger sa famille (Jennifer Connelly, Emma Watson, Logan Lerman), il pourra compter sur les anges prisonniers des golems de pierre.

Ah quand même… Quand on voit un mélange de biche et belette, les premières questions se posent, mais avec l’arrivée des géants de roche, on sent que ça va partir en vrille, et ça ne rate pas. Les monstres fantastiques pullulent au milieu d’espèces qu’on s’étonne de voir déjà là (comme les ours même pas modifiés), et on se paye en plus une guerre hors de propos entre les humains voulant monter sur l’arche, et Noé, à la fraîche avec ses copines montagneuses. La montée des eaux est évidemment passablement ratée, nous faisant presque regretter 2012, et on hésite à rire avec les animaux qui dorment des mois sans dépérir et la famille de Noé, vivant tranquille sur ses réserves (ce qui comporterai des tonnes de nourriture et 1 L d’eau par personne et par jour pour grosso modo 10 mois, soit 2100 L d’eau douce sans compter les animaux, hibernation ou pas). En revanche, les chrétiens ont dû moins rire en voyant la fin à ce point bafouée, car rappelons-le, Noé a tué tous les animaux à la sortie de l’arche. Oui, oui, il a fait ça dans le texte sacré. La fin n’est pas ici tellement mieux, car choisir de vivre implique de repartir en fondant tout sur une future consanguinité répugnante. Enfin bon, à l’origine l’humanité vient d’Adam et Eve, qui pourtant n’ont engendré que des fils, dont l’un d’eux a commit un fratricide. Une histoire grotesque donc, mais d’un point de vu cinématographique le film est mauvais aussi, pas de soucis. Malgré quelques tentatives visuelles, le film n’est clairement pas un divertissement grand spectacle, et pour les défenseurs du réalisateur, on ne peut même pas dire que la vision qu’il a tenté d’instaurée a du bon. Pire encore, les acteurs sont franchement mauvais et le rythme frôle l’insupportable. Avec d’aussi gros moyens et un casting aussi prestigieux (citons en plus Anthony Hopkins), on ne peut pas se planter totalement, mais difficile d’imaginer un cas de figure encore moins avantageux.

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Didier

Didier
1997
Alain Chabat

Première réalisation solo pour Alain Chabat après La Cité de la peur, déjà beau succès pour l’équipe des Nuls, le film avait porté le côte de popularité du comique encore plus loin, faisant marrer près de 2,9 millions de français (ou tout du moins on l’espère). À la fois réalisateur, scénariste et acteur principal, il nous livre une idée pour le moins originale.

Reprenant son éternel rôle du type blasé que tout le monde fait chier, Jean-Pierre Bacri se retrouve avec le chien (Didier) d’une amie sur les bras pour quelques jours. Mais dès le lendemain matin, il va malencontreusement perdre le chien, trouvant à la place un cinglé tout nu, squattant la niche de la pauvre bête. Visiblement fou et incapable de parler, ce dégénéré ne le lâchera pas d’une semelle, aboyant même à tout va. Prit d’un doute, il va alors l’appeler Didier, et il ne manquera pas de répondre. Il faut se rendre à l’évidence : Didier le chien est devenu un humain pendant la nuit…

Et si un chien se retrouvait dans un corps d’homme ? Voilà le principe fou du film, qui ne manquera pas d’être tourné en dérision pour en soutirer le plus de gag possible. Et le constat est sans appel : voir Alain Chabat tirer la langue, sautiller et renifler le cul des gens, ça n’a pas de prix. Si bien sûr le film est complètement débile, à la limite du supportable, et que l’axe footballistique n’a pas grand chose à offrir, on se paye tout de même une sacré tranche de rire. Si l’imitation du chien n’est pas très réaliste, elle est en revanche à mourir de rire, avec à la clef des dizaines de séquences cultes, surtout le fameux coup de « l’arrêt du cul », ou la magnifique phrase de fin qui permet de pardonner bien volontiers quelques facilités grossières. Comment ne pas éclater de rire face à un chien marquant de la tête ? Ça ne vole donc pas bien haut, mais on a exactement ce qu’on nous promettait, et l’amusement est à son comble.

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Crisis Core : Final Fantasy VII


Crisis Core : Final Fantasy VII
2007
PSP

Incontestablement l’un des meilleurs RPG de tous les temps, Final Fantasy VII est une légende, une fierté, une hantise. C’est bien là l’un des problèmes fondamentaux de Square Enix : le poids écrasant de l’héritage. S’il y a bien sûr eu quelques excellents jeux comme Final Fantasy IX égalant presque le niveau scénaristique de son prédécesseur, il semblerait que quelque soient les efforts de la firme, leur meilleur jeu restera à jamais Final Fantasy VII. Alors évidemment, le jeu commençant à accumuler pas mal d’années, l’idée d’un remake serait à la fois une idée recevable et comblerait la demande inlassable des fans, mais ça serait s’enterrer définitivement sous le souvenir de ce triomphe passé. Voilà donc de quoi contenter tous le monde : un jeu reposant sur l’univers du jeu originel, faisant office de préquel sur l’histoire de Zack, l’ami de Cloud, lui aussi du Soldat, et qui était en partie responsable de sa schizophrénie. Un jeu d’une ambition immense, qui se voulait comme le porte étendard d’une console à la peine, mais qui ne tiendra malheureusement pas toutes ses promesses.

Graphismes : 16/20

Le jeu se voulait comme une démo technique de ce que la console pouvait proposer de mieux en matière de graphismes. Si les cinématiques sont effectivement d’une rare qualité et que le jeu est effectivement très impressionnant, le bilan n’est pas pour autant aussi parfait. En terme de modélisation brute, le jeu est quasi parfait, reproduisant des personnages non seulement très proche du style de son illustre modèle, mais en plus d’une netteté rare. Les décors sont eux aussi plutôt bons, gardant l’esprit futuriste mêlé avec du fantastique. Le bestiaire ne déstabilise pas non plus à quelques clones ratés près, reprenant des monstres bien connus. Les boss sont classes, rien à dire, même la direction artistique est convaincante. En revanche, les vues panoramiques sont inexistantes, la distance d’affichage mauvaise à cause d’une caméra rendant parfois l’action illisible, et la redondance des environnements nuit gravement à l’expérience de jeu. Pas très visible dans le scénario, elle est insupportable dans les missions, tournant pour 95% d’entre elles dans les quatre mêmes zones (caves, désert, montagne et plaine). Pire encore, sans doute pour gagner un peu d’espace sur l’UMD, le jeu se paye par moment des séquences de dialogue à très basse résolution, et c’est pour le coup vraiment laid.

Jouabilité : 13/20

Attendu comme un action-RPG bourrin, ultra dynamique et jouissif, reprenant en plus le système exceptionnel des matérias si primordiales à la cohérence du jeu, expliquant la source de tout pouvoir, le jeu n’est pas à la hauteur des attentes. On pourrait même parler d’accident digne de Final Fantasy X. Dans l’absolu le jeu est très bon avec des déplacements intuitifs, l’esquive, la parade, les différentes attaques avec un menu clair et d’un accès impeccable et on retrouve un système d’équipement exigent demandant des choix de protections difficiles, avec les fameuses matérias, possibles de fusionner pour des pouvoirs magiques plus grand encore, avec à la clef des augmentations de stat sans précédents, bien que le coût en PS soit souvent rédhibitoire, demandant une patience de longue haleine. Des combats jouissifs donc, mais souffrant d’une idée des plus néfastes : l’OCN. Fini l’expérience, la progression, tout ça est désormais du domaine du hasard, au bon vouloir d’une machine à sous de casino, que ce soit pour les niveaux du personnage, de ses invocations ou même de ses matérias. Un pur produit de la chance pour un chaos incontrôlable et indigeste, cassant au passage l’action à chaque alignement de deux icônes identiques. Un pétard mouillé qui laisse une vilaine impression. Alors quand on a des missions d’une difficulté grotesque qui nécessitent un niveau aberrant, l’attente peut se montrer rédhibitoire, et beaucoup n’auront pas la patiente de finir les 300 missions, d’autant que les récompenses débloquées ne servent plus à rien. Mais de toutes façon, si les 299 premières sont envisageable, l’ultime épreuve est une très mauvaise blague. Même avec les meilleures pièces d’équipement âprement gagnées, même avec des matérias au bonus maximum, même avec un niveau 99 et le maximum de stat partout, le boss de la dernière mission est une hérésie : des frappes à quelques 2500 contre des retours allant souvent à 99 999, obligeant à passer le plus clair de son temps à se défendre, se soigner, tout ça pour égratigner une déesse de dix millions de PV (soit avec un ambitieux score de 10 000 dégâts par minute un total de 16 heures acharnées, ce qui n’est pas faisable). Mais de toute façon, les missions ne servent à rien et sont des plus chiantes, mais cela n’enlève rien au ratage impardonnable de l’OCN capricieux.

Durée de vie : 14 /20

En dehors de missions, le jeu est globalement assez facile, et on peut plier le jeu en une dizaine d’heures. Mais pour les acharnés du 100% (enfin ils bloqueront à 99,99%), il faut compter presque 60 heures pour venir à bout des 299 missions (+1 pour ceux qui ont envie de recevoir la correction de leur vie et ne pas tenir plus de quelques secondes), avoir un OCN complet et un équipement de rêve. Mais comme l’ennui nous guette très vite, on préférera se concentrer sur la trame principale.

Bande son : 15/20

Difficile de passer après le mythe et ses musiques devenues cultes, que le jeu reprend de toute façon avec parfois des mixes un peu bancals, mais l’approche techno instaurée marche assez bien, collant avec le dynamisme du système de jeu. Les doublages sont en grande partie présents, et ceux qui prêtent leurs voix sont plutôt bons, quoiqu’un peu caricaturaux, d’autant que les textes sont parfois un peu enfantins malgré les sombres enjeux de l’histoire.

Scénario : 12/20

C’est sans doute le point qu’on attendait le plus au tournant, et quelle déception… Certes, on en savait déjà beaucoup sur Zack, un membre de choix du Soldat avec qui Cloud avait sympathisé et qui avait eu une romance avec Aerith, de l’incident de Nibelheim à la tragédie finale, mais il semblerait que le jeu ait été incapable d’étendre plus l’histoire. Le héros est très peu charismatique finalement, les nouveaux venus Angeal et Genesis n’intéressent que trop peu, et l’histoire de dégénération et de clones est tout simplement médiocre. On croise des têtes connues par ci par là, des recoupements, des clin d’œil comme celui du sort de Genesis par rapport à Advent Children, de même que Cissnei, mais la trame originale est tellement faible, notamment en la comparant avec le chapitre de Nibelheim, clairement d’un autre niveau. On a l’impression de voir une version longue des flash-back du jeu original, avec l’une des amorces les plus longues jamais vue. Alors certes, il faut relativiser tout ça car l’univers qui reste excellent et dont la fin est magnifique, mais on se sent irrémédiablement floué.

Note Globale : 14/20

Attendu comme le messie, celui qui donnerait envie à tous de craquer pour la PSP, qui comblerait tous les fans du septième jeu, et ils sont nombreux, le jeu, bien que fondamentalement bon, est à certains points de vu une amer déception. On a l’histoire qu’on voulait, les musiques de l’époque avec une touche de modernité, des graphismes au top et une jouabilité d’une rare dynamique, mais on se retrouve aussi avec beaucoup d’ajouts très regrettables. L’OCN rendant hasardeux la progression est abjecte, les à côté sont ennuyeux, l’histoire inventée à l’occasion ne fonctionne pas, et une redondance terrible frappe aussi bien les décors que les missions ou même l’histoire. Le cheminement en couloirs s’en retrouve même complètement secondaire car beaucoup moins problématique. Trop d’espoirs furent placés dans ce jeu et il été déraisonnable de en lui demander autant que sa suite chronologique de 1996, mais c’est à peine si on reconnait l’univers. Un jeu qui a visiblement été l’objet d’un soin énorme et il reste très plaisant à jouer, mais son rôle de préquel inoubliable n’est pas respecté.

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Divergente

Divergente
2014
Neil Burger

Malgré le nombre de bides croissant pour le genre, de nouvelles sagas adaptées de romans pour ados continuent d’affluer, cette fois avec une adaptation de la trilogie de Véronica Roth, bien qu’à l’image d’Hunger Games et presque toutes les adaptations à succès, on aura droit à un découpage du dernier tome en deux films (et vu les résultats pour Twilight et Harry Potter, que ce soit financier ou qualitativement, on ne peut qu’approuver). En effet, malgré une interdiction sur le pourtant si lucratif territoire chinois, la machine est désormais en marche grâce aux très bons résultats en salles (275 M$ dans le monde, dont un très beau 1,5 millions d’entrées en France).

Une guerre a visiblement fait rage, et le monde n’est plus qu’un vaste champ de ruines. La civilisation s’est depuis reconstruite sur un nouveau modèle d’auto-gestion très contrôlé et où la population est séparée par affinité. Ces affinités sont représentées par cinq factions ayant chacune un rôle précis : les Audacieux, guerriers aguerris chargés de la sécurité ; les Altruistes, caste humanitaire représentée par Marcus (Ray Stevenson) qui dirige le gouvernement ; les Érudits, intellectuels et scientifiques qui, par le biais de Jeanine Matthews (Kate Winslet), aimeraient renverser le gouvernement Altruiste pour reprendre une place qui leur revient logiquement ; les Sincères, destinés à l’administration et autres procédures juridiques ; et enfin les Fraternels, agriculteurs et éleveurs de bétail. À partir de l’âge de 16 ans, un test est soumit à chacun pour les aider à trouver leur voie, même si dans 95% du temps le choix et le test maintiennent les personnes dans le clan paternel. Mais pour Béatrice (Shailene Woodley), le test ne fut pas concluant : elle appartient à tous les clans, c’est ce qu’on appelle la divergence. Une libre pensée qui menace les fondements mêmes de ce nouvel ordre, et les divergents démasqués sont abattus. Encouragée par la défiance de son frère (Ansel Elgort) parti chez les Érudits, elle va à son tour braver le système et choisir le clan des Audacieux.

Le film commence très mal : l’idée d’un futur où la civilisation serait régie par un principe de clans communautaires est d’apparence plutôt mauvais, et l’héroïne ne rassure pas non plus avec son physique loin des canons de beauté classiques, d’autant que l’actrice est une totale inconnue, choix surprenant pour une production de cette ampleur. Le test d’aptitude laisse lui aussi pensif de par sa confusion, et on ne comprend pas bien le principe de divergence. Puis vient la séquence du choix de la faction, la première claque du film. C’est complètement abasourdi que le spectateur va assister au choix des Audacieux, une folie tant ce clan est sportif et brutal, en totale opposition avec l’univers naïf et chaleureux des Altruistes. Un bras d’honneur au système qui laisse sans voix, surtout avec la suite des événements, une suite de réjouissances, d’idées extraordinaires et de grands moments cinématographiques. C’est un véritable éveil auquel on assiste puisque la chétive et innocente jeune fille se retrouve jetée en pâture à la pire menace possible : les sans-faction. En effet, les Audacieux ont décidé de rejeter une partie des recrues, une sélection naturelle du plus fort dans une espèce de tournoi qui soumet ses candidats à rude épreuve, et ceux qui n’ont pas leur place seront abandonné à leur sort dans la rue, parmi les sans-faction (SDF) où la survie est pour ainsi dire impossible. Une réelle surprise qui vient bousculer les protagonistes, les mettant devant le fait accompli et la dure réalité des choses. Et c’est là que l’héroïne obtient ses galons, s’imposant progressivement comme une valkyrie des temps modernes : rebelle, téméraire et brillante. On aurait même tendance à lui trouver un certain charme, d’autant que l’actrice est une véritable révélation. Son partenaire est lui aussi une belle surprise, Theo James n’étant pas que le beau ténébreux habituel servant de prétexte à lancer une romance superficielle. Il a lui aussi une histoire intéressante, et mêmes des acteurs habituellement mauvais comme Jai Courtney trouve ici un rôle à sa mesure où il excelle, de même que les plus discrets Miles Teller, Zoë Kravitz et Maggie Q.

Pas forcément convaincant à priori donc, le film balaye tous les doutes très rapidement avec son histoire passionnante, nous plongeant dans l’univers captivant des Ambitieux, assurément la faction la plus intéressante, même si les autres ont encore le temps de faire leur preuve dans les trois prochains films. L’ambiance du film est une réussite sans précédents pour le genre, notamment grâce à une image des plus travaillées, reposant à la fois sur une technique propre mélangeant habilement le panoramique et la dynamique, mais aussi sur un design unique très porté sur les oppositions de couleurs. Mêlé avec une ambiance sonore elle aussi proche de la perfection, le film est un réel bonheur d’immersion. La formation égalise voir dépasse celle déjà bluffante de La Stratégie Ender, dernière belle surprise du genre. Mais le film n’est pas non plus le chef d’œuvre qu’il aurait pu être. En effet, sans doute dans le but d’avoir déjà une histoire bien complète au cas où le livre ne marcherait pas aussi bien que prévu, on étouffe un peu face à cette histoire beaucoup trop fournie. On aurait aimé un premier film uniquement centré sur la formation au sein des Audacieux, d’autant que cet arc n’aura pas eu un traitement pleinement complet (même si déjà bien rempli avec des passages grandioses comme la capture de drapeaux et le coup de la tyrolienne). L’histoire finale est très bonne, la question n’est pas là, mais pour une fois on aurait préféré étalé un peu le tout. Mais bon, pas de soucis, l’univers est riche et cette ville a encore beaucoup de potentiel, sans compter le reste du monde, aussi mystérieux que la guerre qui l’a mit en pièce. Ainsi, une idée qui laisse perplexe peu cacher une excellente surprise qui se démarque largement de ses consœurs par une grande maturité, un casting surprenant, une réalisation exceptionnelle, une histoire finalement solide, et surtout une ambiance incroyable.

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Good Morning, Vietnam

Good Morning, Vietnam
1988
Barry Levinson

Après avoir fait son petit effet à la télévision puis au cinéma où il était principalement connu pour son rôle de Popeye, même si le film n’avait pas du tout convaincu son public, il s’agit là du premier grand rôle pour Robin Williams qui, en plus d’avoir connu les stratosphères du box-office, avait reçu à cette occasion un Golden Globes, le faisant définitivement entrer dans la légende. En revanche, le film ayant surtout eu un énorme succès à domicile, ce fut Le Cercle des poètes disparus qui fit de lui une star internationale.

De toutes les guerres humaines, celle du Vietnam fut l’une des plus immondes jamais vue. Avec un gouvernement américain composant avec des novices pour plus des trois quarts de ses effectifs, la boucherie fut violente entre leurs propres soldats inaptes au terrain et donc massacrés, les lâchés de bombes réduisant au silence éternel des villages locaux entiers, ou pire encore, le comportement général des troupes. Une statistique a de quoi faire trembler : près de 80 % des soldats ont commit un viol durant leur séjour. Pas de quoi rire donc tant la situation sur place est tendue entre des soldats dégénérés et des résistants locaux virulents. Mais c’était sans compter sur le pilote Adrian Cronauer (Robin Williams) affecté au poste de chroniqueur pour la radio de l’armée américaine. Sympathique même avec les riverains, il berce les oreilles de ses collègues avec un humour décapant, parfois pinçant, n’hésitant à diffuser de la musique interdite (le rock) ou taquiner la direction et son contrôle strict de l’information. Plébiscité par tous, son émission va avoir un succès dantesque, même si certains de ses supérieurs pestent sur son style provocateur.

Chroniqueur radio est un sujet or tant les seuls exemples qui me viennent à l’esprit sont bons : A Dark Truth et Good Morning England. Mêlé à une grosse dose de tolérance malgré la réalité de la guerre et la censure, c’était là une idée intéressante, bien que pas forcément suffisamment creusée. En effet, on ne dénote pas d’évolution majeure de l’émission de radio, tout juste aura t-on une dure réalité nous rattrapant peu à peu. Du coup, et c’est dommage, l’esprit comique du film ne percera jamais autant que ce qu’il aurait pu en gardant sa légèreté, et la romance tentée n’aura pas non plus l’approfondissement souhaité. Côté de l’émission de radio en elle-même, si la force et l’implication de Robin Williams forcent le respect (notons aussi la présence de Forest Whitaker), ça n’est que rarement drôle, peut-être la faute à un doublage français douteux, surtout pour ce qui est des vietnamiens (mais on notera tout de même quelques perles dans le texte, comme la répartie sur Citroën). Le conflit est quant à lui bien traité et formidablement mit en scène. Mais donc voilà, l’histoire a quelques limites, le principe ne se renouvelant pas assez. Il n’y a que peu de films de ce genre, lui conférant une grande originalité, et il n’y a donc pas matière à comparer, mais le film part d’une bonne idée et le résultat se tient. Pas une œuvre majeure, mais bon…

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Le Cercle des poètes disparus

Le Cercle des poètes disparus
1990
Peter Weir

Ô Capitaine mon capitaine ! L’une des phrases les plus cultes du cinéma qui a dramatiquement prit une toute autre signification hier avec la disparition de l’une des figures les plus emblématiques du cinéma, Robin Williams, prodige d’acteur à qui ont doit tant. Réalisé par le génie à qui l’on devra quelques années plus tard The Truman Show, le film compte encore parmi les plus grands succès de tous les temps pour le genre, ayant amassé à l’époque 236 M$ (soit avec l’inflation l’équivalent actuel de 480 M$)  dont 6,6 millions d’entrées en France. Seul regret : que le film n’est pas eu la reconnaissance qu’il méritait, repartant des Oscars avec seulement le prix du meilleur scénario, alors même que l’année était plutôt pauvre en challengers.

Naître dans une famille riche aux Etats-Unis ne comporte pas que des avantages. Avec des parents qui dépensent une fortune pour leur offrir la meilleure éducation possible à leurs enfants, les élèves de la très renommée académie Welton subissent une pression terrible et sont accablés par une charge de travail énorme. Fraîchement débarqué dans cet établissement austère, Todd (Ethan Hawke) pensait qu’il vivrait le même enfer que son camarade de chambre Neil (Robert Sean Leonard), écrasé par le poids de ses cours et fustigé par un père qui ne tolère que la perfection, mais c’était sans compter sur son nouveau professeur de littérature, John Keating (Robin Williams). Selon lui la poésie n’est pas affaire d’analyses, d’études et de réflexions, elle n’est que passion et liberté. Tranchant singulièrement avec leurs autres professeurs à la sévérité déprimante, il leur enseigne l’art de vivre « Carpe Diem », incitant à vivre l’instant présent. Face à des jeunes dépréciant foncièrement leur vie, cette idée que le bonheur n’est qu’affaire de choix sonna comme une libération.

Ô temps qui passe, toi qui souhaite que je trépasse, sache que c’est avec joie que j’accueillerai la mort, ce sans le moindre remord, car jusqu’à mon dernier instant, la vie aura été un cadeau des plus plaisant. Il est criminel de constater à quel point la société se fout royalement du bien être de ses concitoyens, et on a du mal à comprendre pourquoi des parents haïssent à ce point leurs enfants pour les envoyer dans un tel mouroir. C’est bien simple, sur la demi-douzaine de jeunes qu’on suit, tous sont dépressifs au plus haut degré et on est là, constamment à craindre un suicide aussi logique qu’inévitable. La seule question qui reste en suspend est de savoir qui sera le premier à craquer. Le pire, c’est malgré les 25 années qui se sont écoulées (depuis la sortie à domicile), les situations vécues font écho à celles qu’on peut encore subir aujourd’hui, comme si la paternité restait un fardeau et que l’éducation nationale se destinait à briser les plus faibles. Une histoire des plus poignantes donc, analysant avec brio la vie humaine dans sa noirceur la plus sombre. Les acteurs donnent bien sûr une immense envergure à cette mise en abyme, mais il ne s’agit pas là du meilleur rôle de Robin Williams, étant au final assez secondaire, même si son talent aide pour beaucoup à la qualité du film et que la scène finale compte parmi les plus tristes et émouvantes de l’histoire. Un film brillant sur la détresse humaine dont le message a toujours autant de sens après tant de temps.

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