Dissidia : Final Fantasy

Dissidia : Final Fantasy
2009
PSP

Trop souvent, les jeux de combat ne se résument qu’à des combats en arène où les personnages se font face, piégés sur des railles en deux dimensions, même si les graphismes s’affichent parfois en 3D. Une hérésie archaïque qui a certes fait les beaux jours des bornes de jeu et des vieilles consoles, mais on se lasse quand le procédé est réutilisé sur des plateformes récentes. Mais de temps à autre, un Budokai Tenkachi vient un peu bouleverser l’équilibre des choses, nous faisant espérer pareille réussite dans ce qui s’annonçait comme des affrontements épiques en compagnie des plus grandes figures de Final Fantasy, mais la réussite de ce fan service célébrant avec un peu de retard les 20 ans de la saga ne sera pas aussi flamboyante.

Graphismes : 15/20

Rarement une console ne se sera montrer aussi décevante. Si encore une fois Square Enix nous livre une belle performance visuelle, quoique légèrement moins probante que sur Kingdom Hearts ou Crisis Core, l’éblouissement et l’émerveillement n’auront jamais atteint la portable de Sony, éternellement cantonnée à afficher des personnages fins dans des décors désespérément vides. Une belle direction artistique, des effets lumineux omniprésents et des attaques spéciales impressionnantes : il a tout de même beaucoup de travail réalisé d’autant que chaque personnage (et il y en a 22) possède ses propres attaques, et après une vingtaine de niveau un caractère dantesque prend le dessus, mais rien de véritablement bluffant. À côté de ça, les arènes sont peu nombreuse (treize, dont certaines injouables) et la plupart ne sont pas assez détaillées ou trop pixelisées.

Jouabilité : 12/20

Voilà une note qui peut paraître, abusive, mais il faut tout de même lourdement sanctionner les innombrables défauts du jeu tant ils peuvent être insurmontables par moments. Des affrontements aériens ultras dynamiques basés sur un système proche du RPG avec des personnalisations à gogo donnant lieu à l’un des jeux de combat les plus technique de l’histoire, c’est grisant, mais tout n’est aussi extraordinaire. Premièrement, pour profiter un tant soit peu du jeu, il faut monter au moins au niveau 20-25 son personnage, et même aller jusqu’au lvl 100 pour pleinement saisir le potentiel de chaque personnages. Si on peut modifier les paramètres de la console pour obtenir les bonus du jour spécial et ainsi booster sa progression, le mode histoire aboutira à un constat douloureux : sur les 22 personnages, seuls 10 atteindront le niveau 20 dont un seul pour le 100°. Pourquoi ? Parce que les méchants ainsi que les deux personnages bonus n’ont pas le droit à leur histoire et il faut alors passer par les autres formes de combat pour les faire évoluer : une tâche longue et fastidieuse.
On pourra aussi parler des équipements de haut niveau très difficiles à obtenir, ou même le hasard total concernant les bonus PA dans la campagne tant l’IA peut se montrer détestable et anti-jeu, mais les principaux problèmes ne sont pas là. Il y a déjà le soucis des arènes, certaines n’étant tout simplement pas jouables : celles en terrain clôt. Une caméra qui se bloque dans un coin, un ennemi invisible, un système de look affolé : avec des affrontement potentiellement pliés en moins de cinq secondes, on aura vite fait de mourir une centaine de fois face à certains ennemis de catégorie ultime. En effet, dans le mode « scénario », certains ennemis possèdent un niveau IA démentiel, généralement accompagné par un haut lvl. Avec à niveau égal une puissance cent fois supérieure (atteignant même un rapport de force de 1/1000 pour le niveau suprême) et une aptitude permettant de survivre à toutes attaques tant qu’il leur reste plus d’1PV, on atteint un taux d’échec quasiment imparable tenant uniquement à une chance miraculeuse.
Autre problème de taille : la différence monstrueuse entre les personnages. Si certains comme Furion (FFII) ou Terra (FFVI) sont presque intouchables ou d’autres comme Squall (FFVIII), Cloud & Sephiroth (FFVII) disposant d’une vitesse décisive, ou encore Gabranth (FFXII) et sa recharge abusive d’EX (qui permet d’utiliser à l’infini son coup ultime), d’autres sont des inutiles en puissances, massacrés en deux secondes, comme Djidane (FFIX) et Cecil (FFIV) avec leurs précisions ridicules, ou  Exdeath (FFV) et ses déplacements chaotiques. Des invincibles et des boulets : un équilibrage catastrophique.

Durée de vie : 19/20

Effectivement, surtout pour un jeu de combat, difficile de soutenir la comparaison : après une petite intro, dix campagnes pour une durée de 12-15 heures, suivie par une seconde campagne de quatre chapitres et trois autres bonus, on amène le total à du 20-25 heures. Et encore, ça ne reste que la partie scénarisée, à laquelle on rajoutera plusieurs modes de jeu solo ou multi, avec aussi une certaine rejouabilité des campagnes pour les aficionados du 100%, même si le hasard empêchera cette potentialité tant l’IA peut se montrer farceuse (une condition de victoire en moins de 10 secondes pour les PA et un adversaire qui fonce dans la direction opposée et paf, c’est déjà perdu). Il y a aussi potentiellement la montée en niveau des personnages, mais comme la plupart n’en valent pas la peine… Et puis il ne faut pas oublier qu’une grosse partie du temps passé à jouer sera perdu dans des défaites aussi nombreuses qu’inévitables, le choix de difficulté saisie dans le jeu n’étant en fait qu’une erreur de programmation pas prise en compte.

Bande son : 14 /20

Encore une fois, cette note peut paraître sévère, mais elle ne remet pas en compte les magnifiques musiques de la saga mais bien leur nombre, bien trop léger. Avec seulement une ou deux musiques par jeu estampillé Final Fantasy, on tourne vite en boucle, et ce n’est pas le thème original de celui-ci qui fera la différence. De plus, on regrettera de na pas avoir droit à un doublage français (notamment pour FFVII qui fait figure de modèle avec Advent Children), surtout aux vus des piètres performances anglaises.

Scénario : 2/20

Soit on en fait pas, soit on joue le jeu à fond. Pourtant responsable bon nombre des meilleurs scénario de l’histoire, Square Enix se vôtre méchamment quant à rassembler tous ses personnages emblématiques. Pourtant appuyée par de sublimes cinématiques (à condition d’avoir utilisé l’option d’installation du jeu, sans quoi ces dernières seront saccadées), l’histoire n’est qu’une farce indigne, ne rendant ni hommage aux héros ni à leurs ennemis, les montrant tous comme des faibles à la psychologie risible. Une désacralisation regrettable et hautement décevante, qui dans la pratique n’est qu’un blabla interminable pseudo philosophique sur la vie et l’amitié. Décidément, en plus des graphismes, la console est aussi une déception continue en matière de scénario.

Note Globale : 13/20

Square Enix qui tente de mêler son style RPG classique des Final Fantasy à l’univers des jeux de combats. Un jeu improbable en remerciement aux fans, très alléchant sur le papier : un jeu de combat épique en compagnie de nos héros préférés. Initialement prévu sur Playstation 2, le portage se fit dans la douleur. Clairement pas pensé pour une console à petit écran et ne disposant pas de stick de contrôle de la caméra (les flèches ne pouvant assurément pas être utilisées en simultané du stick de déplacement), toutes les arènes en endroit fermé ou partiellement fermé est immédiatement sujet à des bugs, des morts inévitables qui nous font pester. Malgré un système de combat très élaboré et jouissif, ajoutant avec ingéniosité le système de RPG classique, le jeu  échoue lamentablement lorsqu’il s’agit de doser la difficulté ou l’équilibre des forces entre les personnages. Des rapports de forces improbables, une IA impitoyable et un mode campagne inintéressant au possible : la progression dans le jeu est douloureuse et l’échec est une fatalité. Extraordinaire en théorie mais trop rarement en pratique, le calibrage ruine l’expérience du joueur. Bourré de qualités, le jeu n’en reste pas moins une amère déception.

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Chiens de paille

Chiens de paille
2011
Rod Lurie

Comme pour célébrer l’anniversaire du film original, ce remake arrive tout juste quatre décennies plus tard, avec pour seule mission de remettre l’histoire au goût du jour. Si les chiffres de la version de 1971 ne sont pas disponibles, on peut en revanche presque certifier que cette version a fait moins bien avec ses 11 M$ dans le monde. Ne reste alors que deux possibilités : soit personne ne se rappelle de l’original ou n’a eu envie de voir le remake, soit le résultat est mauvais. Si Alzheimer est probablement passé par là, il a tout de même de quoi douter du potentiel commercial du film, à moins bien sûr que sa fidélité soit en cause.

Scénariste spécialisé en films de guerres historiques pour Hollywood, David Sumner (James Marsden) a décidé de se rendre dans l’ancienne maison du père de sa femme Amy (Kate Bosworth) pour écrire son prochain scripte. Le calme de la campagne, le bon air vivifiant des verts pâturages : une atmosphère normalement paisible et propice à la concentration, mais c’était sans compter sur la populace. Des ivrognes, des violents, brutaux et pervers qui s’invitent chez vous pour se servir grassement dans votre frigo et qui matent salement votre femme, la regardant comme la seule fille potable de la région. Horribles avec les nouveaux, ils ne le sont pas moins entre eux, et la situation aura vite fait de dégénérer.

Une ville qui pue les emmerdes, un gars qui n’y prête pas assez attention : la boucherie est annoncée. Sa femme va y passer et lui se retrouvera au fond d’un coffre le caisson explosé. Bon en fait pas tout à fait, mais ça ne pouvait de toute façon pas bien finir pour tout le monde, c’était écrit. Petite ville = gros problèmes. C’est la base des films d’horreur, et au premier signe de menace il est déjà trop tard pour partir, mais stupidement les concernés vont malgré tout continuer l’expérience, une folie. Mais étrangement, alors que cette situation est un cliché ambulant, le suspens marche et on se prend au jeu. On sent qu’il y a quelque chose de sous-jacent, et quand la séquence American Nightmare arrive, malgré le caractère improbable et surréaliste de la scène, on comprend mieux la logique évolutive psychologique établie. Pas de quoi crier au génie et rien ne saura faire sortir du lot ce film, mais grâce à une bonne mise en scène et des acteurs convaincants, la sauce prend.

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Parlez-moi de vous

Parlez-moi de vous
2012
Pierre Pinaud

Le film nous raconte un tournant dans la vie d’une animatrice radio populaire et mystérieuse répondant au pseudo de Mélina, Claire (Karin Viard), affichant une assurance sans bornes dans son émission « parlez-moi de vous » où elle tente d’aider les auditeurs dans leurs malheurs, mais en dehors des stations le bilan est tout autre. Maniaquo-dépressive, elle a bâtit sa vie seule, sans hommes ni famille. Gardant précieusement une lettre de sa mère disant qu’elle finirait pas venir la chercher, elle a attendu toute son enfance dans une école religieuse pour orphelines, en vain. Des années plus tard, alors âgée de 45 ans, elle obtient enfin gain de cause et connaît désormais le nom et l’adresse de sa mère. En visite dans son village, par un concours de circonstances, elle va se retrouver invitée à l’anniversaire de son neveu par alliance (Nicolas Duvauchelle), l’occasion de découvrir la vraie famille de celle qui aurait dû être sa mère.

A force de la voir moche dans la plupart de ses films à cause de coupes de cheveux pas très féminines, on ne pensait pas tellement pouvoir se retrouver charmé par Karin Viard, d’autant que bon nombre de ses rôles passés étaient ou antipathiques ou pathétiques. Eh bien belle surprise que voici, malgré la cinquantaine proche, l’actrice est plus belle que jamais, affichant une mine radieuse, un sourire charmeur et une fragilité attendrissante. Mais seulement voilà, ce genre de femme ne s’appâte pas à la bourrin : une personne brisée ne se reprend pas en main à grand coup d’assurance et de déclarations audacieuses. Seule une autre âme brisée peut en secourir une autre, c’est un principe de vie. On voudrait croire à son histoire avec le jeune minot, le soutenir tant elle brille et qu’elle mériterait l’amour, mais sa carrure de protecteur la fait s’effacer d’autant plus. Un comble pour une chroniqueuse radio. On notera d’ailleurs, même si cet aspect est secondaire comparé à sa quête d’identité, une platitude sévère concernant ses conseils radiophoniques : une avalanche d’évidences et de clichés. On est loin du piquant d’un Radiostars, même si l’importance du cadre est moindre. On se concentre sur un drame humain intéressant, notamment de par la justesse de son héroïne, mais la fin nous restera en travers de la gorge, n’étant pas exactement une ode à l’espoir. Un principe qui marche bien donc, reposant sur une psychologie assez poussée, même si le fond est autrement plus classique.

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Fonzy

Fonzy
2013
Isabelle Doval

Belle surprise que fut celle de Starbuck, jolie production canadienne très drôle et touchante qui a connu un large succès. Monnaie courante à Hollywood mais déjà plus rare en France, l’art du remake n’est pas une tâche facile. Plus rapide pour le sortir que les américains et leur Delivery Man, la version française n’a pas su profiter de sa primeur : le film n’a même pas réussi à égaler sur le territoire français les 464 383 entrées de l’original, traînant derrière à quelques dizaines de milliers de billets près.

Pour l’histoire, on reprend la même à la scène près : voulant offrir à sa famille un voyage à Venise, David Wozniak Diego Costa (José Garcia) va durant deux ans donner quotidiennement sa semence à une agence d’insémination, pensant juste au beau cadeau pour lequel il s’investissait. Des années plus tard, à 42 ans, alors qu’il s’apprête à être père (avec Audrey Fleurot), son passé de Starbuck Fonzy, le donneur inconnu, va refaire surface. Ses multiples dons ont largement contribué, et il est aujourd’hui père de 533 enfants, et 142 d’entre eux se sont rassemblés pour établir un comité et connaître leur géniteur. Protégé par son anonymat, il décide tout de même de partir à la rencontre de ses enfants, éprouvant une immense satisfaction à devenir leur ange gardien.

Quand on va voir un remake, on s’attend bien sûr à retrouver l’histoire dans ses grandes lignes, mais de là à reprendre chaque scène en traduisant à la virgule près chaque dialogue, on sent le gros foutage de gueule. Quand on prend José Garcia et qu’on le met avec des humoristes comme Vérino et Arnaud Tsamère, on s’attend à quelque chose d’un peu plus fou, mais aucun acteur du film ne semble être lui même. On dirait que chacun essaie de jouer au meilleur sosie possible de l’original, donnant lieu à un film sans inspiration, sans âme. Là où Starbuck arrivait à nous faire rire, Fonzy nous fait sourire, là où il y avait de l’émotion, il n’y a qu’un frémissement. Mais pourquoi ne pas avoir essayer de faire la formule à la sauce française, essayer de transformer l’esprit premier ? D’autant que si globalement le transfert ne cause pas de choc culturel, certains points sont incompatibles, notamment le principe même du donneur, la France ne monnayant pas ce genre de dons. Donc si le film est une copie fidèle, le résultat ne suit pas vraiment.

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Freddy – Les Griffes de la nuit

Freddy – Les Griffes de la nuit
2010
Samuel Bayer

Grand classique du cinéma horrifique, la première version de Wes Craven était sortie en 1985, et 15 ans plus tard le voici spolié de son œuvre dans ce remake après huit films et une série sur ce croquemitaine en puissance. En effet, les droits du film appartenant au studio et non à sa personne, il ne fut même pas consulté pour ce projet. Grossière erreur…

Pour ceux qui ne connaissent pas le personnage de Freddy Krueger (Jackie Earle Haley), il s’agit d’un ancien jardinier pour qui les choses n’ont pas tourné comme prévu. Et dans une petite ville américaine, la rue de Elm Street trembla quand il revint dans les songes de leurs enfants. Tout commença par un garçon (Kellan Lutz) qui mit fin à ses jours devant les yeux affolés de sa petite amie, se tranchant la gorge avec un couteau, et ce après avoir parler de nombreux rêves démoniaques dans lesquels un monstre humanoïde à la main droite recouverte de lames menaçait de le tuer. Puis en l’espace de quelques jours, c’est une dizaine d’élèves, qui n’ont pourtant rien en commun à priori, qui se sont mit à faire les mêmes cauchemars, certains succombants des attaques de leurs rêves. Nancy (Rooney Mara), concernée par ces visions, craint pour sa vie et décide de mener l’enquête.

Quoi de plus frustrant qu’un mal contre lequel on ne peut lutter ? Non mais sérieux, un tueur qui sévit durant le sommeil, empêchant les cibles de dormir des jours entiers ? Voici sans doutes l’une des plus mauvaises idées de l’histoire du cinéma d’horreur : un mal qu’on ne peux combattre. Le film a t-il un quelconque intérêt si la mort de tous les personnages est la seule issue possible ? Pas sûr… Et pourtant, le film tente de créer un certain suspense autour de la possibilité des principaux concernés de craquer et de sombrer dans le sommeil mortel. En quoi quelque chose d’inévitable est un suspense ? Le film tente aussi de nous faire croire en une victoire aussi stupide qu’illogique, mais de toute façon le scénario est bancal de bout en bout. Même graphiquement les idées ne sont pas assez approfondies : l’univers cauchemardesque de Freddy n’est pas suffisamment violent ou terrifiant pour susciter le moindre frémissement, un comble pour un film d’épouvante. Rien à faire, ça ne prend pas.

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Malavita

Malavita
2013
Luc Besson

Dernière production en date du studio EuropaCorp qui nous a habitué à des films d’actions un peu bourrus mais bien rythmés, on retrouve cette fois-ci le président Luc Besson en personne à la tête de ce « le parrain s’est affranchi et donc il se met au vert ». Ancien mafieux qui a trahis les siens pour sauver sa peau, Giovanni Manzoni (Robert De Niro, malheureusement privé de son doubleur officiel français) a dû fuir le pays avec sa femme (Michelle Pfeiffer) et ses deux enfants, trouvant refuge en France grâce à la complicité du FBI (Tommy Lee Jones). Mais entre ses habitudes violentes, la manie de sa femme de faire sauter les magasins, et les problèmes d’intégration de ses enfants, les déménagements sont fréquents pour éviter de se faire repérer par les derniers membres de la mafia, tombée à cause de Giovanni. Mais se cacher n’est pas une solution infaillible…

Le studio nous avait habitué à des films plus musclés que réfléchis, mais il faut bien dire que la tendance est largement amplifiée ici. Le scénario est tout de même franchement anecdotique : une famille mafieuse qui se cache en Normandie. Bien sûr, le film ne manque pas de quelques bonnes idées comme avec la mère qui fait exploser la boutique, le fils qui fait son commerce ou la fille castratrice bien allumeuse. Le père n’est en revanche qu’un cliché ambulant du truand violant adepte des menaces. Mais dans tous les cas, quelque soit le personnage, on en restera aux simples intentions puisque leurs folies respectives se limitent à une ou deux scènes, ce qui est loin d’être satisfaisant. Une œuvre de surface, et c’est d’autant plus criant dans la première moitié, pleine de bonnes scènes mais trop éparses. Arrivé à la fin, on tient enfin la grosse séquence d’action du film, celle qui vient presque justifier sa raison même d’exister. Mais malgré quelques ingéniosités et une projection clin d’œil sympathique, le film ne surprend jamais vraiment, et c’est globalement assez fainéant.

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Last Vegas

Last Vegas
2013
Jon Turteltaub

Parce que les vieux ont eux aussi droit à leur Very Bad Trip, le réalisateur des Benjamin Gates et autres grosses productions tapageuses nous offre un quatuor de sexagénaires et septuagénaires d’exception, tous ayant reçu un Oscar : Michael Douglas, Robert De Niro, Morgan Freeman et Kevin Kline. Dans le film, les quatre hommes sont amis depuis maintenant 58 ans, Robert est veuf et moisit dans son appart tel un vieux loup solitaire attendant la mort, Morgan est traité par sa famille comme un mourant depuis son AVC, et Kevin coule des jours aussi paisibles que monotones avec sa femme qui partage sa vie depuis quatre décennies. Quant à Michael, sa fortune lui offre la possibilité de se marier avec une jeune midinette, et il compte bien fêter ça avec ses potes de toujours à l’endroit le plus festif qui soit : Las Vegas ! Ils n’ont plus vraiment l’âge ni la passion, et quelques rancœurs ternissent le tableau, mais ils pourraient en ressortir tous grandis.

Plus grand succès historique de la jeune société CBS Films (leur premier film étant sorti en 2010), le film n’est finalement pas aussi proche de Very Bad Trip qu’on aurait pu le croire, même s’il n’en est pas plus original pour autant. En effet, si les thèmes principaux de la ville aux casinos et de la fête sont conservés, nulle gueule de bois à l’horizon ni regrets au réveil : il s’agit plutôt de quatre retraités qui vont retrouver la flamme libératrice et dont le séjour servira de bilan sur leurs vies respectives. Amitié, amour, qu’est-ce qui compte le plus ? Y a t-il un âge limite pour le bonheur ? Ce film n’est ni irrévérencieux, ni un délire salace, ni un flot d’alcool et de drogues : il s’agit d’une fête la plus réussie au possible, où tout est réussi sans tomber dans l’extravagance ou la démesure. On peux s’amuser sans boire jusqu’au coma, user de substances illicites ou sauter la première venue. Donc de ce point de vu là, en montrant Vegas sous son meilleur jour, le film réussi très bien son coup, surtout avec un casting pareil. Par contre, pour ce qui est du fond, c’est extrêmement lisse : les personnages sont des caricatures ambulantes, leurs histoires carrément clichées et tout se déroule exactement comme prévu. Une petite cure de bonheur qui fait plaisir, même si particulièrement superficielle sur le fond.

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GTO

GTO – Great Teacher Onizuka
1997 – 2002 (manga) / 1999 – 2000 (anime)
Tōru Fujisawa (manga) / Naoyasu Hanyu & Noriyuki Abe (anime)

Si bien sûr il est impossible de parler de l’anime sans parler du manga, cette critique se concentrera sur les quelques 43 épisodes que compte cette série animée japonaise. Inventé en 1991 par Tōru Fujisawa l’emblématique personnage de Eikichi Onizuka était, avec son pote Ryuji, une des terreurs de Shonan, le manga s’appelant justement Shonan jun’ai gumi, renommé en français Young GTO car étant sorti chez nous après GTO, édité en France suite au succès tonitruant de cet anime sur Canal+ en août 2004. L’aventure Young GTO n’est d’ailleurs pas finie puisqu’elle vient tout juste de renaître en janvier dernier, prolongeant ainsi le lien avec le célèbre manga dont il est question. Chronologiquement antérieur mais paru après, le manga Bad Company fait office de préquelle aux exaltions des deux voyous pervers, plus centré sur Ryuji qui fait sa toute première rencontre avec Eikichi. Mais c’est le 16 mai 1997 qu’est sorti au japon le manga qui nous intéresse, et plus particulièrement de sa version télévisuelle en dessin animé, appelé en japonais « anime », diffusée le 30 juin 1999, se terminant ainsi avant la fin du manga papier, dont la suite n’a jamais été traitée. Une déception à laquelle vient s’ajouter les absences des transposition de tous les autres supports de cet univers. Mais après tout, il s’agit toujours d’un bon moyen pour s’y plonger.

Mais qui est donc ce vieux loubard d’Eikichi Onizuka, 22 ans, célibataire et libre comme l’air ? Il n’a jamais été brillant à l’école, ses opportunités professionnelles étaient minces, et il se rappelait avec douleur de son traitement reçu par le corps enseignant : les mauvais élèves, on les jette. C’est alors que lui est venu une idée, insensée : devenir prof à son tour parce qu’il pense avoir une vision de l’enseignement capable de faire évoluer les mentalités, prenant plus en compte un rapport de sympathie que d’autorité qui rime avec répression. Trichant gaiement à son concours d’entrée, il aura l’occasion de tester sa valeur avec un stage éclair dans une école parfaite, à une classe près : la sienne, remplie de loubards dédaigneux. Un petit épisode spécial de 40 min puis s’en va, arrivant à ce qui sera le cœur de la série et du manga : sa reprise en main de la terrible quatrième classe de troisième (la 3-4) au collège Serin. Pour les remettre sur le droit chemin et leur refaire prendre goût à la vie scolaire, nul autre que le GTO, Great Teacher Onizuka.

Plein de personnages emblématiques au programme avec pour les encadrants la belle Azusa Fuyutsuki fraîchement débarquée comme Onizuka et qui ne le laisse indifférent et inversement, Sakurai la directrice au grand cœur prête à tout pour protéger Eikichi des innombrables menaces qui s’abattent sur lui, Uchiyamada le sous-directeur aigri qui voue une haine sans bornes à Onizuka dont les méthodes chaotiques l’insupportent, et bien d’autres extravagants tel que Fukuroda le professeur de gymnastique pervers, mais qui ne l’est pas ? Pour les élèves la liste est longue et une grande partie occupe une place majeure à un moment donné, à commencer par Yoshikawa, la victime de la classe ; Kikuchi, le cerveau de la bande qui joue les cracks en informatique ; Murai le fi-fils à sa maman ; Nomura Tomoko la cruche de service gentiment naïve et dotée de pis énormes ; Aizawa Miyabi la teigne qui n’a jamais accepté le sort de sa meilleure amie ; Anko Uehara la fille de riche qui prend plaisir à martyriser Yoshikawa ; et bien sûr Urumi Kanzaki aux yeux vairon, la sociopathe au QI supérieur à 200.

La série est composée de 43 épisodes, appelés « Leçons », où entre chaque coup bas et tentative de renvoie Onizuka tente de convertir ses élèves à son art de vivre en les aidant à mieux gérer leur vie personnelle, que ce soit par le dialogue ou la force. Certains auront besoin de plusieurs leçons pour apprendre, mais un par un tous s’ouvriront à lui. C’est là le principe de l’anime : chaque élève de la classe souffre à sa manière, trouvant en le système éducatif un immense défouloir pour leur haine des professeurs. Et au milieu de photos truquées, de parents d’élèves mécontents, d’argent volé, de différents avec les hautes sphères de l’éducation et autres problèmes motifs de licenciement, notre GTO devra se frayer une chemin vers leurs esprits pour les ouvrir. Un principe simple et efficace régulièrement renouvelé avec par exemple un séjour à la campagne dans l’ancienne école de Fuyutsuki ou des vacances sur une île paradisiaque. Mais en plus de tous ces personnages extraordinaires et de cet Onizuka hilarant et brillant, on peut aussi compter sur un humour décapant, une psychologie très poussée et une ambiance générale assez unique. D’un point de vu purement technique, on notera aussi la qualité « acceptable » des dessins techniquement pas mauvais, mais la réutilisation en boucle d’images (GIF), les problèmes sur la proportions des gens et le manque de fluidité de l’image n’en font pas un régal pour les yeux, heureusement cela est compensé par une grande inspiration et une direction artistique formidable. Pour la musique, l’excellence côtoie le bon : l’openning des épisodes 1 à 17 est très bon, son remplaçant beaucoup moins, et sur les trois génériques de fin, on retiendra surtout exceptionnel second (épisodes 17 à 33) qui fait montre d’une force nostalgique phénoménale.

Belle aventure donc que ce trop court séjour à l’école Serin, toujours sujet à rigolade même quand des vies sont en jeu. Héros parmi les héros, Eikichi Onizuka est le genre de prof qui pourrait faire adorer l’école à n’importe qui tant sa folie nous emporte. Pervers à tendance pédophile, voyou bagarreur et professeur ignare, il emportera pourtant immédiatement notre adhésion grâce à sa motivation sans failles, sa force de caractère et sa joie de vivre, et aussi une voix en VF particulièrement savoureuse et désormais mythique, la localisation étant en effet exceptionnelle. On rage un peu de ne presque jamais pouvoir se poser tranquillement à l’école, étudier sereinement, mais chaque leçon est une belle leçon et certaines fulgurances sont magnifiques, comme avec Urumi Kanzaki qui restera à jamais l’une des personnes les plus intéressantes et envoûtantes de l’histoire de l’animation. Rien que pour ça et son amour pour Onizuka malgré les huit années d’écart, on souhaiterait voir l’aventure se poursuivre et voir si le temps leur permettrait de se retrouver, son histoire avec Fuyutsuki étant trop évidente pour pleinement convaincre sur le long terme et il s’agirait aussi d’un choix particulièrement audacieux. Mais à l’heure actuelle, mise à part une prolongation de Young GTO, une pseudo suite centrée sur Ryuji (GTR, Great Transporter Ryuji) et un ajout déjà fini sur Onizuka durant GTO dans 14 jours à Shonan qui se passe durant une hospitalisation éclipsée de l’anime, rien n’est encore prévu, mais l’éventualité future n’est pas non plus écartée. Tout cela constitue tout de même un univers très vaste et passionnant, et cet anime de grande qualité joue parfaitement son rôle de mise en bouche, formant quand même une belle histoire complète qui aurait aussi bien pu en rester là.

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La Dame de fer

La Dame de fer
2012
Phyllida Lloyd

Biopic consacré à une figure emblématique de l’Angleterre, Margaret Thatcher, le film ne fut pas l’événement que beaucoup attendaient. Les critiques furent mitigées, pointant notamment du doigt la structure narrative du film, et ils ont hautement raison, et même avant la sortie du film son casting suscitait un débat à cause du choix d’une américaine pour le rôle titre, alors que son personnage est censé avoir un accent britannique des plus prononcés. Mais finalement, sur ce point, l’adhésion l’a emporté et l’actrice fut de nombreuses fois couronnée, notamment avec l’Oscar et le BAFTA de la meilleure actrice.

L’après-guerre n’a pas été facile pour tout le monde, et à la suite de seconde guerre mondiale, le Royaume-Uni a traversé une large période de crise où des gouvernements gauchistes se sont succédé, mettant le pays à genoux à force de contempler lascivement leur propre destruction. Effarée par une situation à ce point critique et se sentant la force de sauver son pays de la ruine, Margaret Thatcher (Meryl Streep) se sera battue des années durant. Une femme forte qui fut la première à s’imposer en politique, au point de prendre les rennes du parti conservateur puis de gagner les élections pour le plus haut poste de l’état : le siège de premier ministre, un exploit encore inégalé pour une femme. Dirigeant son pays d’une main de fer de 1979 à 1990, au point de se voir attribuer le titre honorifique de « Dame de fer », elle remit sa nation sur son piédestal et est aujourd’hui rentrée dans la légende, même si ses mesures impopulaires ont suscité quelques rébellions à l’époque.

Il n’y a pas besoin d’être un expert en histoire pour savoir reconnaître un outrage de cet ordre : le film est présenté comme une série de souvenirs d’une vieille femme sur le couchant, complètement sénile et qui ère comme une âme en peine dans sa forteresse de solitude, discutant avec le fantôme de son mari (Jim Broadbent). Au delà de tout ce que peut montrer le film et de sa qualité, rien ne saura pardonner cette offusque des plus dévalorisante. Le reste du film n’est pas non plus très élogieux : si son travail remarquable n’est pas omit, il est constamment mit en exergue avec les mutineries dans ses rangs, les innombrables manifestations contre sa personne et l’abandon de sa famille. Le film ne réussi pas à retransmettre cette image de femme forte et aux actions salvatrices, montrant plus une personne triste et incomprise. Une grande déception de ce côté là donc, mais il ne faut pas non plus oublier les points marquants, que ce soit l’ambiance particulièrement bien retransmise ou le jeu des acteurs. Si évidemment la lauréate multi-récompensée Meryl Streep est à saluer, il ne faut en oublier Alexandra Roach, l’actrice incarnant la jeune Margaret Tatcher qui rêvait à se lancer en politique. Plus brillante encore, elle apporte d’emblée une touche émotionnelle remarquable et touchante, créant une sympathie voir fascination qui se transforme malheureusement en pitié aux vus de son état final. Il y avait une belle œuvre à creuser, mais ce biopic ne se trouve pas être un hommage à la hauteur du personnage feu Margaret Tatcher, décédée il y a bientôt un an.

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9 mois ferme

9 mois ferme
2013
Albert Dupontel

Plus de deux millions d’entrées, des critiques élogieuses et une forte présence aux Césars pour un bilan très bon (Césars de la meilleure actrice et du meilleur scénario original) : il semblerait qu’après le décevant Le Vilain, Albert Dupontel renoue avec la qualité. Et heureusement, car après l’énorme déception du Bruit des glaçons et la catastrophe du Grand soir, sa côte de popularité n’était pas au mieux. Mais méfions nous des succès trompeurs !

Délaissant pour la première fois le devant de la scène, le réalisateur centre cette fois son histoire sur une femme : Ariane Felder (Sandrine Kiberlain), une juge d’instruction. Sa vie tourne autour de son travail, et lassée par la lâcheté des hommes qui, l’un après l’autre l’ont abandonné, a décidé de se complaire dans sa solitude et ainsi soit-il. Mais un soir de nouvel an, fortement incitée par ses collègues festoyant, elle baissa sa garde, enchaînant les verres jusqu’à un réveil plutôt brutal. Soirée anodine pensait-elle, mais six mois plus tard, en consultation médicale, la douche fut très froide : cette nuit là, complètement bourrée, elle aurait commit l’irréparable et un « heureux » événement est imminent. Mais qui peut donc être le père de cet enfant indésiré ? La réponse sera la pire imaginable : il s’agit de Bob Nolan (Albert Dupontel), un cambrioleur multirécidiviste sur le point d’être jugé pour avoir découpé les membres et mangé les yeux d’un pauvre témoin lors de son dernier casse.

C’est sa spécialité : Albert nous revient en gros bof au look complètement improbable, bizarrement punk et surtout lugubre. En face, une avocate méticuleuse, frigide au possible et d’une grande faiblesse émotionnelle. Une sorte de Belle et la bête en mode Very Bad Trip. L’idée marche plutôt bien, même si elle est plus prétexte à placer des idées de gag que représentative d’une ambition scénaristique. Le César du meilleur scénario original n’est donc pas très bien vu. En revanche, celui de Sandrine Kiberlain est déjà lui plus mérité, l’actrice arrivant à passer de l’envoûtement à la fausse rigidité, de l’énervement aux sanglots. Et comme le film gravite autour d’elle, son personnage porte grandement l’ensemble. Côté humour, on est loin de pouffer de rire toutes les cinq minutes, mais c’est sympathique, joyeusement naïf et bon enfant. On est très loin de la grosse comédie hilarante qu’on nous vendait, mais le sujet est bien exploité et le film se défend sur bien des points, donc il n’y a pas tant matière à déception.

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