After Earth

After Earth
2013
M. Night Shyamalan

Dans cette année riche en SF, le nouveau film de M. Night Shyamalan avait de quoi enthousiasmer. Bon, ça fait un bail qu’il a pas fait un bon film, mais il y avait des raisons légitimes de se réjouir : du gros casting, du gros budget et un scénario à priori excellent puisque Nausicaä en a fait un chef d’œuvre. Mais le résultat en salles fut catastrophique : les retours furent mauvais (4,9 sur IMDb et un ridicule 11% sur Rottentomatoes) et le film fut un bide colossal aux US avec tout juste 60 M$ pour un budget de 130 M$ (heureusement, avec des résultats en Asie très bons – surtout en Chine – le total fut poussé à un correct 244 M$). L’incident est-il à la hauteur du Maître de l’air ?

Dans un futur lointain, la planète Terre a atteint un tel niveau de pollution que l’habiter est devenu impossible. Les Ranger de l’espace (si si) ont alors été créés pour évacuer les hommes vers une nouvelle planète plus viable : Nova Prime. Malheureusement, ils n’étaient pas les seuls sur cette planète et les aliens ont envoyé les Ursas (sorte de monstres à quatre bras attirés par les phéromones de la peur) pour tuer les humains. Une nouvelle menace d’extinction qui eu pour réponse Cypher Raige (Will Smith), un ranger dépourvu de peur et donc invisible pour ses ennemis : un phénomène appelé « l’effacement ». Une légende à laquelle il est dure de succéder. Pour Kitai (Jaden Smith), son fils, qu’importe les prouesses qu’il réalise, il restera toujours dans son ombre, et n’arrive même pas à devenir ranger à son tour. Malgré tout, Cypher emmena avec lui son fils pour une mission de terrain, mais le vaisseau n’a jamais atteint sa destination. Une augmentation de masse (???) changea la trajectoire d’un nuage de météorites sur eux, les obligeant à se poser en catastrophe sur une planète de danger maximum : la Terre. Seuls survivants confirmés : Cypher et son fils. Etant lourdement touché à la jambe, il ne peut que s’en remettre à son fils pour aller chercher la balise de détresse restée dans la partie arrière du vaisseau, détachée en plein vol et reposant à 100 km de là. La mission est quasi suicidaire vu les monstres mortels qui y sommeillent, d’autant qu’un Ursa s’est potentiellement échappé de leur soute, mais elle est leur seule chance de salut.

Expliquer un scénario c’est important, le rendre cohérent est primordial. Le film échoue dans les deux cas. Comment peut on avoir une technologie à la fois suffisamment avancée pour entreprendre des voyages à échelle planétaire et ne pas être capable de la dépolluer ? De plus, les conditions de la colonisation sont atrocement floues : on ne sait ni qui sont ces extraterrestres, ni si ils sont originaires de Nova Prime, et encore moins si ils y sont toujours. Et comment une planète mortellement polluée peut être redevenue une terre luxuriante où animaux et végétaux foisonnent ? Pourquoi diable est-elle désormais soumis à des baisses de température drastiques ? Comment est-ce possible que des points chauds existent avec des écarts avoisinant les 100°C ? Comment le père fait-il pour survivre sans respirateurs et avec une artère fémorale sectionnée ? Alors c’est sûr, pour les fans de SF bien travaillées et cohérentes, ce tel manque de finitions est quasi rédhibitoire, mais ça reste moins invraisemblable qu’un Oblivion. Au moins le côté écolo n’a pas été assumé – et ne nous assomme donc pas – et n’est que prétexte à une escapade en terrain hostile dans une version épique du rite initiatique. En effet, nombreuses sont les épreuves périlleuses qui attendent l’aspirant ranger dans ce tourbillon d’effets spéciaux. Certaines scènes sont excellentes comme la partie aérienne, mais globalement le film est loin d’être énorme graphiquement, les créatures n’étant pas très bien modélisées. D’ailleurs, en plus d’une scène d’entraînement à l’escalade, on notera que contrairement à la bande-annonce, le film n’a pas retenu une séquence – pourtant forte symboliquement et qui aurait été utile pour faire le passage vers l’effacement plus progressif – de disparition psychologique au sein d’un troupeau de ce qui semblait être une évolution des antilopes. Sans doute le parallèle avec la scène du Roi Lion en aura déterminé les choses ainsi. Le film n’est donc pas à proprement parlé mauvais, il est juste complètement bâclé du point de vu scientifique, et pas aussi perfectionné visuellement qu’on l’espérait. Mais de toute évidence, le réalisateur est définitivement mort et ses rares bons films semblent être le fruit du hasard.

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Anonymous

Anonymous
2012
Roland Emmerich

Qui est vraiment William Shakespeare ? Les historiens ne savent presque rien de lui, ne savent ni s’il s’agissait de son vrai nom, ni même si ses œuvres sont les siennes. Si de base bon nombre de ses pièces étaient des plagiats de contes déjà existants, une théorie voudrait que l’auteur véritable fut Francis Bacon, baron de Verulam, scientifique et philosophe qui exerça à la même époque. Pire encore, le supposé Shakespeare aurait été un illettré fils de commerçant, renforçant la thèse de son imposture. Loin de ses superproductions habituelles, Roland Emmerich nous livre sa propre vision du personnage.

L’histoire démarre un peu avant 1580 en Angleterre, alors que des rumeurs font état d’une succession houleuse pour la reine Elizabeth : Jacques I°, un écossai. Le pays part à vau-l’eau et pour le Comte d’Oxford, Edouard de Vere (Rhys Ifans), la seule solution serait l’insurrection du peuple. Et quoi de mieux pour capter l’opinion publique que le théâtre ? Mais son titre ne lui permet pas de prendre le risque de passer pour un hérétique, et son choix se porta sur Ben Johnson, un auteur raté qui essayait lui aussi de faire comprendre aux gens les vices des hautes sphères. Le succès fut immédiat et tonitruant, attisant la convoitise de William Shakespeare, un acteur minable et illettré profitant de son amitié avec Ben Johnson pour se proclamé en être l’auteur. Mais un pion est plus facile à manipuler quand il a un visage.

De par sa complexité, la multitude de personnages aux styles trop proches pour les distinguer d’emblée, et de par la non unicité de temps, le film est assez difficile à appréhender dans un premier temps, d’autant que le rapport à Shakespeare met un certain temps à se dévoiler. Complots, machinations et roublardise : le film part sur trop de pistes, mais on s’y fait. Au final, tout se recoupe, tient la route et on y croirait volontiers. D’autant plus que le film est vraiment soigné : les acteurs sont bons, les décors parfaitement retranscrits, les costumes sont remarquables et la mise en scène apporte clarté et dynamisme. Mais quant n’est il du réalisme de l’histoire ? Et c’est là que le bât blesse : une grande partie des historiens s’accordent à dire que cette théorie est impossible. Les dates ne correspondent pas : Edouard de Vere est mort en 1604, et pourtant, certaines des plus grandes œuvres de Shakespeare ont été écrite plus tard, comme Macbeth en 1606. D’un point de vue historique donc, le choix de Francis Bacon aurait été plus judicieux. Le pédéraste plutôt que l’incestueux. Le sujet peut être passionnant, mais il risque d’en ennuyer plus d’un. Un bon film du genre quoi qu’il en soit.

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Les Croods

Les Croods
2013
Chris Sanders, Kirk De Micco

Cette année aura été particulièrement prolifique pour le cinéma d’animation, malgré quelques fours, mais tous ont été rattrapé par l’international où les parts de marché ont explosé ces dernières années. Troisième du podium (pour l’instant, le prochain Disney ayant de bonnes chances de lui prendre la place, ça sera en revanche plus difficile pour les dinosaures), Les Croods était le plus prometteur avec un pitch sympa et une équipe qui a largement fait ses preuves avec l’exceptionnel Dragons (vivement la suite !). Sera t-il à la hauteur de son illustre modèle ? L’héritage est traître, Les Cinq légendes qui était dans le même cas, bien que bon, a déçu de par la différence de niveau.

Être homme de Cro-Magnon n’est pas facile entre les dangers de la nature et les bêtes féroces qui la peuplent. La famille Croods est la dernière du secteur à avoir survécu, et ça c’est grâce à leurs règles stricts bien établies. Dès qu’il y a du danger, la famille se rapatrie directement dans leur grotte. Mais une nuit, la fille aînée de la famille, Eep (Bérengère Krief en VF), vit le soleil se lever en pleine nuit, avant de partir au loin dans la montagne. Son père (Nicolas Cage) lui a interdit tout ce qui est nouveau, mais elle a choisit de suivre la lumière. Une étrange nuit qui lui fera faire la connaissance de Guy (Kev Adams), un homo-sapiens plus évolué et qui prédit une fin du monde imminente. Et effectivement, le lendemain, un terrible tremblement de terre détruisit leur grotte fétiche, mais un nouveau monde tapis derrière s’ouvrit à eux : une jungle luxuriante pleine de promesses, en opposition à leur désert rocheux, mais aussi pleine de dangers nouveaux. Et ce qui est nouveau, ça fait peur.

On ne s’en lasse jamais, mais il faut bien reconnaître au studio DreamWorks une belle longueur d’avance sur la concurrence en terme de qualité d’animation. Les personnages n’essayent jamais d’être réaliste, mieux vaut demander aux japonais pour ça, mais on assiste toujours à une démonstration de force pour ce qui est des décors, déjà impressionnants de par la profondeur des détails, mais qui rivalisent de génie quant aux effets de lumières. Et comme d’habitude, on retrouve ce besoin d’incorporer de l’humour, et malgré quelques passages bébêtes, ça ne marche pas si mal : on observe un bon comique de répétition sur l’envie du père de voir sa belle-mère mourir, éternelle sangsue. Celui du feu et de sa découverte donne aussi lieux à de bons gags efficaces, montrant les dangers de l’ignorance. Ce n’est pas d’un grand niveau mais c’est déjà ça de prit. En revanche, l’histoire est mauvaise et n’est qu’un plagiat du déjà pas brillant L’Âge de glace 2 où le principe est de fuir vers un point donné pour échapper à une terrible catastrophe. Heureusement, l’originalité de l’approche rattrape un peu le coup. De même, l’idée des animaux de compagnie donne un côté mignon et émouvant à la fin, bien que le clin d’œil à Dragons soit un peu trop évident et facile. Il est donc dommage que cet univers si particulier et qui jouit d’une représentation aussi exceptionnelle n’ai pas été l’objet de plus de soin côté scénario, car on est littéralement éblouit et transporté. On en restera ainsi à une belle démonstration technique divertissante.

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Gravity

Gravity
2013
Alfonso Cuarón

Projeté dans quelques festivals, le film avait suscité beaucoup d’engouement et avait notamment enthousiasmé James Cameron, déclarant que le film était le meilleur du genre, et qu’il n’avait jamais vu de pareilles images (donc meilleures, même pour lui, que Avatar). Et maintenant que le film est sorti, il devient un véritable phénomène et bat des records tant auprès des critiques (97% Rotentomatoes, 8.6 sur IMDb et élu meilleur film de l’année -voir plus encore – par la presse française) qu’au box office, où un résultat final avoisinant les 700 M$ serait possible. Et pourtant, deux astronautes en perdition dans l’espace, ça ne payait pas de mine à première vue.

Une panne a été détectée sur le satellite Hubble, et une équipe est chargée de la réparer. Accompagnée par Matthew Kowalski (George Clooney), le docteur Ryan Stone (Sandra Bullock) travaillait dessus quand un syndrome de Kessler fut détecté. Ce phénomène d’accumulation des déchets spatiaux qui créé des nuages de débris était censé passer loin d’eux, mais sa collision avec un satellite russe redirigea la trajectoire sur eux. Les conséquences furent terribles : des dégâts irréparables sur la navette et un équipage décimé. Seuls ont survécu Ryan et Matthew, chacun livré à lui même dans cet immensité qu’on appelle l’espace. Pour regagner la Terre, leur seul espoir est d’atteindre la station internationale, mais rien n’indique qu’ils pourront réussir à manœuvrer la navette de secours, ni même si le nuage de débris n’a rien endommagé. Un autre problème risque de se poser : les réserves d’oxygène, d’autant plus rapidement consommées en cas de stress intense. Une survie qui s’annonce des plus incertaines…

Il est difficile d’appréhender directement le film. Les plans de la Terre n’ont rien de renversant, la 3D n’est pas révolutionnaire (juste de beaux effets de profondeurs renforçant les perspectives) et le tout fait un peu reportage dans l’espace avec des caméras IMAX d’embarquées. De même, le silence morbide de l’espace ne laisse que peu de place à la musique. Mais c’est en fait la somme de tout ça qui rend le film quasi indescriptible tant il tient du génie : on s’y croirait. Le film n’est pas un blockbuster classique qui cherche à nous éblouir, l’objectif est clairement de nous faire sentir le frisson d’une vie qui semble condamnée. D’un réalisme absolu, le film nous happe dans une ambiance d’une rare perfection qui donne le vertige par ses perspectives inédites qui frôlent la qualité d’un Star Trek Into Darkness. C’est dire le niveau hallucinant auquel on assiste. Le film porte donc admirablement son titre puisque la gravité va s’avérer être ici plus violente que la mort elle même, nous provoquant une angoisse réjouissante.

Salué par les scientifiques, il semblerait en effet que le film soit scientifiquement inattaquable : chaque détail est millimétré. Mais le film ne se réduit pas à son ambiance saisissante et à son irréprochable développement, l’histoire se paye même le luxe d’un rebondissement surprenant, et l’enchevêtrement d’incidents permet une continuité dynamique. Il faut aussi souligner le talent des acteurs, surtout Sandra Bullock dont la performance pourrait lui valoir un nouvel Oscar. Reste maintenant à savoir pour quels autres prix le film pourrait concourir (meilleur film, réalisateur, image, montage, son, effets spéciaux), mais une chose est sûre, le film aura une présence de choix aux prochaines cérémonies. Ce ne serait que justice, le film étant ni plus ni moins qu’une référence en matière de voyage spatial, sa retranscription atteignant un réalisme effrayant. Voir toute l’impuissance de l’homme face à aux lois de la gravitation est vraiment une expérience unique.

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White House Down

White House Down
2013
Roland Emmerich

Spécialiste des gros blockbusters, Roland Emmerich est un faiseur de miracle, capable de créer des polémiques salvatrices autour de ces films pour en faire des succès mondiaux. Ces dernières productions ont largement marqué les esprits, et on le pensait une valeur sûre, mais avec son crochet raté (sur le plan financier) par la case « film d’auteur » avec Anonymous, les choses ont mal tourné. Nouveau coup dur pour lui avec White House Down, sorti dans l’ombre de La Chute de la Maison Blanche, dont les similitudes ont condamné ce film au désastre (seulement 73 M$ aux US, bien que au global il l’emporte – 204 M$ Vs 161 M$ -, même si son budget est deux fois supérieur – 150 M$ Vs 70 M$).

Ancien militaire de son pays, John Cale (Channing Tatum) a rendu les armes avec le retour des troupes des pays arabes. Mais sa nouvelle vie est trop calme, et il n’est plus le héros qui faisait rêver sa petite fille. Pour y remédier, il souhaitait postuler comme membre des services secrets pour la Maison Blanche, mais avec une ancienne amie (Maggie Gyllenhaal) chargée de l’entretiens qui se rappelle de l’époque où John était un étudiant raté d’une fiabilité douteuse, il vit ses rêves partir en fumée. Une visite professionnelle à la Maison Blanche qui semblait inutile, mais quand un groupe terroriste (mené par Jason Clarke) se manifesta pour prendre possession des lieux, John se retrouva à protéger le président (Jamie Foxx). Une entrée dans le métier brutale et d’envergure.

Impossible de savoir si les scénaristes de deux films concurrents se sont mutuellement piquer leurs idées où si le plagiat a frappé l’un des deux, mais quand un scénario aussi faiblard possède autant de ressemblances, il y a de quoi s’interroger. Dans les deux cas, on retrouve un soldat d’élite en civile qui se retrouve là au mauvais endroit au mauvais moment en version gros films d’action comme un Die Hard. Puis pareillement, les deux hommes cherchent un enfant caché au sein de la Maison Blanche (dans l’un c’est le fils du président, dans l’autre sa propre fille), alors qu’un groupe terroriste contrôle les lieux. Et pour finir, dans les deux cas la menace vient de l’intérieur et a pour but de détourner les missiles nucléaires. De même, certaines grosses scènes d’action, comme l’abattage d’hélicoptères depuis le toit, font méchamment écho. Foutage de gueule ? Probable, mais les films ont tout de même quelques divergences. Déjà, si le nombre d’explosions est ici revu à la hausse, on déplorera l’absence de séquence choc à l’image du bombardement par avion de guerre dans l’autre film. De la même manière, la partie « survival » dans la Maison Blanche est de moins bonne facture, étant faite de manière plus bourrin. Le casting est tout aussi énorme, même peut-être un peu plus, mais les prestations sont oubliables. Une chose passe sensiblement moins bien dans ce film : le patriotisme. Les déclarations nunuches, les drapeaux agités et autres « nous somme le meilleur pays au monde » passent elles très mal. Du gros film d’action qui en jette donc, mais encore plus décérébré et parodique que son aîné de quelques mois.

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Le Monde de Nemo

Le Monde de Nemo
2003
Andrew Stanton, Lee Unkrich

Quand Disney s’associe avec Pixar, ça donne des films sympathiques, mais rien de transcendant. Pourtant, Le Monde de Nemo s’est imposé comme l’un des plus grands succès de tous les temps avec 921 M$ dans le monde (incluant les 54 M$ de sa ressortie 3D) dont 9,2 millions d’entrées en France, des scores exceptionnels. Mais plus fort encore, le film a connu des retours brillants (8,1 sur IMDb et un hallucinant 99% sur Rottentomatoes). Rester plus longtemps sans en vérifier la légitimité aurait été une aberration.

L’histoire nous emmène dans les eaux troubles des mers et océans du monde, alors que Marin (Franck Dubosc) et sa femme, des poissons-clown, venaient de trouver un endroit parfais pour déposer leurs quelques 400 futurs enfants, encore en développement dans leurs œufs. Mais une attaque d’anguille mit fin aux jours de Corail, la mère, et un seul des enfants survécu. Pour honorer la mémoire de sa défunte femme, Marin va appelé son fils Nemo, prénom qui lui tenait à cœur. La vie reprit son cours, mais tout est éphémère dans ce milieu : dès le premier jour de classe de Nemo, pour sa toute première sortie, le prédateur le plus dangereux au monde eu raison de lui : l’homme. Assistant impuissant à l’enlèvement de son fils, Marin va tout faire pour le retrouver. Mais quand la seule personne qui se présente pour l’aider est une paracanthurus hepatus atteinte d’Alzheimer, Dory, les choses s’annoncent très difficiles…

Il n’y a pas à dire, l’air du numérique a révolutionné l’art des films d’animations. Six ans de travail ont été nécessaires au film et le résultat se fait sentir : c’est très beau. Si déjà la diversité marine aide beaucoup, la qualité de l’animation et le soin des décors donne un rendu saisissant. La direction artistique est elle aussi un bon compromis entre féerie et réalisme, et l’œuvre a une réelle personnalité. Côté histoire ça ne casse pas trois briques, mais au moins les sujets abordés sont matures : kidnapping, meurtre, handicape (Nemo a une nageoire atrophiée) et amnésie. Mais tout cela est relativisé par une bonne touche d’humour. Mine de rien, le film est très drôle et certains dialogues sont bigrement intelligents. La réunion des requins mangeurs de poissons anonymes est une très bonne idée, et la réplique de « on est vendredi, le jour du poisson » fait montre de pertinence. Pour mieux toucher le publique, les poissons et autres mollusques sont humanisés, mais le film joue aussi sur leur côté animal, comme dans l’aquarium avec le poisson qui veut garder ses bubulles comme un chien-chien. Et régulièrement le film nous relance avec quelques perles comiques, comme les mouettes, sortes de moutons en plus stupides qui bêlent « à moi » avec un air de psychopathe. On retrouvera aussi un casting vocal surprenant, le film disposant des doubleurs officiels de certaines des plus grandes stars d’Hollywood pour une petite séance de bonheur auditif. Donc oui, le film est un grand film d’animation qui régale petits et grands, mais la suite prévue pour 2016 sent mauvais l’arrivisme.

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Alex Cross

Alex Cross
2012
Rob Cohen

À mi-chemin entre James Bond et Sherlock Holmes, la saga littéraire de James Patterson retraçant les exploits de Alex Cross n’est pas très connue en France, mais deux adaptations sont déjà parues sur nos écrans en 1997 et 2001 : Le Collectionneur et Le Masque de l’araignée. Plus d’une décennie plus tard, l’enquêteur revient nous conter ses débuts dans la police de Détroit dans un reboot.

Alex Cross (Tyler Perry) est ce qu’on appelle un profileur. Rien qu’en examinant subrepticement une scène de crime, il peux en déduire absolument tout, du nombre de personnes impliquées, leurs buts, les conditions qui les ont amener à ça jusqu’à leur moyen de procéder. Sa dernière enquête le mènera sur les traces d’un mystérieux assassin (Matthew Fox), qui n’a laissé derrière lui qu’un dessin rappelant le style de Picasso. Il semblerait qu’il ai pour cible un grand homme d’affaire français, Gilles Mercier (Jean Reno). C’est une ombre, indétectable et pourtant d’une arrogance telle qu’il préviens de sa venue et laisse des indices de partout. Il aime torturer ces victimes et l’arrêter est une priorité absolue. Mais cette affaire pourrait bien lui coûter très cher…

Massacré par les critiques, le film fut un four assez retentissant. Il faut dire que le choix du personnage principal est surprenant, pour ne pas dire fou : bien qu’il soit une immense star aux Etats-Unis, Tyler Perry ne s’est jamais exporté et de toute façon il n’a joué pour ainsi dire que dans ses propres films, à savoir des comédies déjantées mettant en avant des familles afro-américaines. Malgré tout il faut bien lui reconnaître un certain charisme et le rôle lui va finalement plutôt bien. Il est aussi opposé à un psychopathe d’envergure, le Jack de Lost se trouvant là un rôle à contre-emploi mais d’une grande efficacité. Le rythme du film est franchement bon, et les scènes d’action sont dynamiques et très lisibles. Le côté « profileur de génie » n’est peut être pas suffisamment exploité, mais certains passages font preuve d’ingéniosité. Alors qu’est-ce qui cloche ? Le scénario, assez faiblard, pour ne pas dire carrément anecdotique. Ce n’est pas une petite pirouette finale qui nous fera changer d’avis, surtout qu’elle nous rappelle le caractère médiocre du jeu de Jean Reno dans ce film. Mais de là à dire que le film est mauvais, il y a un sacré fossé. Facile, certes, mais de manière générale efficace, surtout pour les scènes d’action. Donc pas si mal.

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Les saveurs du palais

Les saveurs du palais
2012
Christian Vincent

Renommée dans le monde entier, la cuisine française n’est pourtant pas tellement représentée dans le milieu du cinéma. Ici, la fiction va s’inspirer de la réalité en détournant l’histoire de Danièle Delpeuch, cuisinière de François Mitterrand à l’époque de son second mandat.

Mélange de fiction et de réalité, on suivra donc le parcours de Hortense (Catherine Frot), petite femme de ferme simple à qui on a un jour proposé de devenir la cuisinière personnelle du président de la république (Jean d’Ormesson). Une aventure unique et privilégiée qui aura duré deux ans, une expérience partagée entre l’exigence du métier et les instants improbables en compagnie du président. Aujourd’hui ressortant d’un engagement de douze mois en Arctique qui lui ont permis de revenir à des choses simples et passer à autre chose, elle revient sur cette partie de sa vie.

Elle est chef cuisinière pour le président, tout est dit. Le film entier porte là dessus. On aurait donc tendance à croire le tout est très rébarbatif et joué d’avance, et ce n’est pas faux, mais le film ne se résume pas l’éternelle vieille femme aigrie qu’est Catherine Frot – ce qui n’enlève rien à son talent – faisant des plats de bourges et gonflant son ego. Le film est avant tout un film de passionné, souhaitant mettre en avant des plats aussi succulents que magnifiques, faisant l’éloge des produits frais, de qualité et coûteux, et le retour aux joies des grandes préparations à l’heure de mal bouffe et du fast food. Comment ne pas s’émerveiller devant un choux farci au saumon aussi mathématiquement symétrique et précis ? Comment ne pas être subjugué par tant de talent ? C’est captivant et je dirais même qu’on en perd pas une miette. Le sujet est limité mais le film en fait un enchantement. On regrette seulement la faiblesse de l’histoire, ne dépassant pas son pitch de départ et offrant une fin bâclée.

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Kuzco, l’empereur mégalo

Kuzco, l'empereur mégalo
2001
Mark Dindal

Les années 2000 ont été pour Disney synonyme de renouveau. Fini les sempiternelles fables assommées par des chansons souvent mauvaises et parfois en plus pénalisé par un scénario indigne (dédicace à Le Roi Lion), chaque nouveau Disney se démarquait drastiquement de ses prédécesseurs. Le film d’aventure s’était enfin trouvé des modèles du genre dans l’animation avec les très bons La Planète au Trésor et L’Atlantide, l’empire perdu, deux des meilleurs films de leurs studios. Ici, loin de ses univers de science-fiction, la firme se paye un trip humoristique inédit.

Comme le titre l’indique, l’empereur des Incas surnommé Kuzco a la folie des grandeurs et exulte de son pouvoir. À quelques mois de sa majorité, il est déjà au comble de sa consécration, vénéré de tous et exhibant une richesse incomparable. Et de toute façon, si quelqu’un dit le contraire il sera exécuté. Pour Irma sa conseillère, la situation est critique. Virée par cet excentrique, elle compte bien lui faire payer cet affront en mettant un terme à son règne et à sa vie. Mais confier pareille tache à son abrutit de valet était une erreur, le bougre l’ayant transformé en lama avant de perdre sa trace. Recueilli par le paysan qu’il compte exproprier (doublé par John Goodman qui conserve en français son doubleur officiel), Kuzco va prendre conscience des conséquences de ses actes. Mais de là à s’en soucier…

La liberté artistique, c’est beau. À première vue, on aurait pu croire que les créateurs du film sont devenu fous : un empereur incas (c’est déjà pas banal) qui nous raconte son histoire en faisant n’importe quoi. Il coupe la parole aux personnages en nous racontant ses pensées, il fait des pauses dans le film pour s’adresser au spectateur, il arrête même une fois une histoire car elle n’est pas uniquement centrée sur lui. En fait le principe c’est qu’on s’en fout du film, y’a que l’humour qui compte. De toute façon ce genre de film n’est jamais cohérent, alors pourquoi essayer ? Tiens mais pourquoi vous êtes là, c’est pas logique vous tombiez dans un ravin. Ah oui c’est vrai, mais qu’elle importance !

Tout le film est construit comme une barre de rire, et certains passages sont justes mythiques :  » – Oh oh. – Laisse moi deviner, on est sur le point de franchir une immense chute d’eau. – Yep. – Rochers pointus à la réception ? – Y’a des chances. – C’est parti ». Mais la véritable perle comique du film est Kronk, le valet naïf et benêt de Irma. Absolument toutes ses répliques sont cultes, même si certaines sont encore plus hilarantes que les autres, comme quand il s’entretien avec ses consciences : « – Regarde ce que je sais faire ! (le petit diable qui fait une prouesse gymnastique) – Mais, je ne vois pas le rapport avec la situation… (Kronk) – Non non, il a bon là. (l’ange) ». L’humour par l’absurde, et on est véritablement mort de rire. Mais en dehors de ça, il faut bien dire que le film est mauvais. Même s’il innove en dessinant enfin des ongles sur les mains, c’est graphiquement très pauvre. En même temps, pas besoin d’être ébloui pour rire (cf South Park). Après, il faut bien avouer que l’histoire est cabotine et les personnages caricaturaux. Donc soit on décide de le voir comme une très bonne comédie, soit comme un film d’animation un peu raté. C’est sûr ça change, mais l’expérience est réussie.

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Broken City

Broken City
2013
Allen Hughes

Avec ses dix millions d’habitants, New-York est la ville la plus importante au monde. Ainsi, celui qui en est le maire est le plus puissant maire au monde, un titre qui attise bien des convoitises. Les batailles électorales sont souvent sales, et le film va nous en montrer une très sombre, dans une ville dite « brisée ».

Billy (Mark Wahlberg) était flic, mais il y a sept ans il a choisi de faire justice lui-même en abattant celui qui avant violé et tué la sœur de sa femme, bien qu’il ai était acquitté. Aujourd’hui, il œuvre entant que détective privé, et il reçu le coup de fil d’un client très particulier : le maire (Russell Crowe). Au coude à coude dans les sondages, il craint de perdre sa réélection car sa femme (Catherine Zeta-Jones) le trompe, et un homme qui perd sa femme ne peut gagner une élection. Une idée bien étrange, mais pour $50,000 trouver le nom de l’amant ne se refuse pas. Mais quand l’homme suspecté fut retrouvé mort, Billy prit alors conscience de la dangerosité de son client.

Bras de fer au sommet entre deux figures emblématiques d’Hollywood ? Malheureusement non, le film arrive avec quelques décennies de retard. Même dans les années 80 on aurait dit du film qu’il n’est pas bien original, alors que dire aujourd’hui ? C’est sûr, le film est bien fait : la réalisation est sobre, l’image sombre est en parfaite adéquation avec l’ambiance, le rythme n’est pas trop mou, et même les acteurs passent plutôt bien. Le problème, c’est qu’on sent fout. Au bout de cinq minutes ont a déjà envie d’arrêter, tellement on a l’impression d’avoir déjà vu ce film cent fois. Un détective piégé, un maire crapuleux, des histoires de détournement d’argent par l’immobilier, le traumatisme du passé, même la pirouette finale du « j’avais tout prévu depuis sept ans (pan dans tes dents) » sonne creux, comme vide de sens après avoir répété trop de fois. On s’attend tellement à tout que chaque nouvel élément d’intrigue exaspère de par son évidence. Rien de nouveau, rien de transcendé, et même rien de particulièrement bien fait : c’est lisse, désespérément lisse. Pas de doutes, le film fait très pro et on ne s’ennui que passagèrement, mais impossible de rentrer complètement dans l’histoire.

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