17 filles

17 filles
2011
Muriel Coulin, Delphine Coulin

Aussi inquiétant et improbable que cela puisse paraître, le film est tiré d’un fait réel survenu en 2008 où un lycée a eu non pas une, mais bien 17 filles enceintes, souhaitant toutes le garder, créant non seulement une panique terrible à l’administration, mais causant aussi l’hystérie chez les parents.

Tout commença par la grosse chaudasse du lycée (Louise Grinberg), tombée enceinte parce que son partenaire d’un soir (normal à 16-17 ans) se trouve trop serré dans un préservatif (l’excuse de base). Complètement irresponsable et inconsciente, et trouvant que ça fait là une jolie occupation, elle va choisir de le garder, confortée dans son idée par la grossesse simultanée d’une amie. Du coup, souhaitant rester proche de ses copines et voyant là un possible mimétisme enivrant, elle va les conseiller de faire de même : se faire mettre un polichinelle dans le tiroir. Et plus impensable encore, elles vont réellement le faire. Et bientôt, cette folie va contaminer l’ensemble des élèves telle une gangrène.

Ça commence fort ! Si on passera sur le fait que le cameraman aime filmer les jeunes filles en sous-vêtements et en maillots et qu’il filme avec insistance leurs parties dénudées, le baromètre à connerie va vite s’affoler. Si déjà les filles tiennent des propos affligeants et ont des convictions dangereuses, on ne peut que s’indigner de l’échec parental flagrant (pratiquement toutes les filles fument et picolent, même une fois engrossées) et de la pédophilie ambiante. Louées soient ces enfants qui se jettent à nos pieds ! Sinon au passage, c’est quoi ce délire ? Y’a des boîtes de nuits pour jeunes ou c’est les vigiles qui sont eux aussi en mode échec total ? La situation est tellement hallucinante que l’hilarité s’impose : le débat sur la parentalité des jeunes est juste magnifique et nous fait rire aux larmes. De même, il est amusant de constater le osef (on s’en fout) monstrueux de la part des géniteurs, justes contents de tirer un coup. Mais plus les semaines passent plus le drame humain reprend le dessus, faisant perdre de l’attrait. Heureusement, l’humour revient (volontaire ? Pas sûr… ) par moments, comme avec la photo de classe, le pauvre photographe étant démuni face à la situation. D’un point de vu cinématographique et moral, il est sûr que le film ne vaut pas grand chose, sauf peut être pour quelques futurs talents (Solène Rigot). Mais si on décide de le voir comme une dénonciation des dérives des jeunes et de leur bêtise, le tout sous le signe de la parodie humoristique, le film en devient tout de suite beaucoup plus intéressant, bien qu’on échappera pas à la morosité de sa fin, sorte de retour à la dure réalité de la vie.

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Les Profs

Les Profs
2013
Pierre-François Martin-Laval

Initié par Titeuf, Ducobu et Le Petit Nicolas puis confirmée par Boule et Bill, le succès des adaptations de bande dessinées ne désempli pas : plus gros succès de l’année pour un film français pour l’instant, cette adaptation de la BD éponyme de Erroc, Pica et Mauricet a réalisé une performance grandiose avec quasiment quatre millions de spectateurs. Malheureusement, ce genre de film s’avère souvent être un massacre de l’œuvre originale, et la prudence est de mise.

L’an dernier, au lycée Jules Ferry (pas le vrai nom du lycée dans la BD mais soit…), le taux de réussite au bac a été de 12%, une situation catastrophique, au point que si les choses ne s’améliorent pas sensiblement, le lycée fermera. Une idée complètement folle va alors être implantée dans l’esprit du ministre de l’éducation nationale : aux pires élèves les pires profs. Si les meilleurs sont inefficaces, alors qu’on leur donne les plus incompétents : Antoine Polochon (Pierre-François Martin-Laval), aspirant prof d’histoire qui n’a jamais réussi à avoir son Capes, Maurice, prof de philo qui n’arrive pas à se faire comprendre, Eric, prof de sport qui confond gym et entraînement militaire, Cutiro (Christian Clavier), prof de maths (Comment ??? Il est prof d’histoire-géo normalement !) fainéant apprenant la sieste et la farniente à ses élèves, Amina, prof de français qui fait tellement fantasmer ses élèves qu’ils sont incapables de penser à autre chose, Gladys (Isabelle Nanty), prof d’anglais tortionnaire au niveau ridicule, ou encore Albert, prof de physique-chimie dont les expériences tournent à la catastrophe. Une équipe de choc qui semble pourtant plus disposée à les enfoncer davantage dans la médiocrité…

Si globalement la personnalité des enseignants et des élèves est respectée et que l’humour se rapproche de celui de la BD, le casting passe très mal. Eric, Polochon, Boulard le cancre (Kev Adams), Marie la prof d’allemand (Alice David) : quatre acteurs bruns pour quatre personnages normalement blonds. De plus, même si Cutiro et Maurice restent des bons personnages, leurs interprètes sont vraiment loin de leur ressembler. Après, on peut aussi pester sur la non-présence de certains personnages pourtant tout aussi important, mais ce sont des problèmes inévitables avec ce genre de films. Mais au delà de ça, le film ne mérite clairement pas son succès. Certes, certains n’y accordent pas trop d’importance dans ce genre de films, mais la cohérence en prend un sacré coup. Certains cours ne sont pas représentés, soit, mais mettre du français en terminale S, c’est mal connaître les programmes. De plus, quand on commet un vol aussi important que des sujets d’examen au sein d’une salle des coffres, vérifier le contenu semble être le minimum. Et que dire de la fin, qui prouve que les scénaristes ne savent même pas qu’il existe un rattrapage au bac. Et c’est le plus gros problème du film, car s’il y a quelques passages drôles, une bonne ambiance et une sympathie indéniable, le manque de soin apporté au film est flagrant. Ça reste une comédie amusante, mais on est loin du potentiel du model.

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Act of Valor

Act of Valor
2012
Mike McCoy ( I ), Scott Waugh

Plus ou moins assimilé à une histoire vraie, le film s’inspire du quotidien des Navy SEAL, un commando d’élite de l’armée américaine. Dans un pays aussi patriotique que les Etats-Unis, le film y fut un grand succès : 70 M$, mais tout juste poussé à 81 M$ avec les recettes mondiales. Bon film de guerre ou propagande honteuse ?

Dans le film, la nation est menacée par un trafiquant ukrainien. Suspecté de faire des affaires avec un dangereux tchétchène musulman (Al-Qaïda !!!), il a kidnappé un agent chargé de l’espionner. Une situation qui met en péril la sécurité du pays, si jamais des informations top secrètes filtraient. Mais malgré quelques échanges de balles, l’opération de récupération se passa sans trop de heurt, et le suspect fut appréhendé. Malheureusement, une menace plus grande encore pèse sur eux : une alliance avec le terroriste tchétchène a bien eu lieu, et des gilets kamikazes indétectables ont été créés. Pas le droit à l’erreur, le pays compte sur eux !

Hou les vilains trafiquants, hou les vilains musulmans ! Heureusement que les supers gentils mégas forts d’américains sont là ! Le film est presque une parodie de l’art de vivre à l’américaine : les gars sont virils, balancent des discours héroïques et épiques, ils visent super bien et allient vie de famille irréprochable et dévouement inébranlable pour leur nation. Nous avons vécu en soldat, nous sommes morts en homme, et notre pays à fait de nous des héros. À côté de ça, tout ce qui porte une barbe et prie Allah mérite de mourir, c’est aussi simple que ça. Le film propagande dans toute sa splendeur. Et malencontreusement ce n’est pas le pire problème du film : mise à part le tir au pigeon dans la jungle et dans une moindre mesure l’affrontement final, le film se traîne, perdant trop de temps à développer des histoires ennuyeuses sur des soldats formatés à l’extrême. On peux même carrément lire sur un des casques « We believe in God », preuve ultime de l’endoctrinement. Du coup, en plus de l’avalanche de clichés et du message abusivement patriotique, on s’ennui par le manque général d’action, un comble pour un film de guerre. Le film est clairement destiné à un public précis et on ne s’y trompera pas.

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Speed Racer

Speed Racer
2008
Andy Wachowski, Lana Wachowski

Voici l’un des plus gros ratages de l’histoire, tellement retentissant (tout juste 93 M$ de recettes pour un budget brut de 120 M$, et sans doute beaucoup plus avec les frais de marketing) qu’il a faillit mettre fin à la carrière des Wachowski. Une folie assurément quand on voit leur travail sur Cloud Atlas. Un échec tout de même compréhensible dans la mesure où le film nourrissait sans doute trop d’espoirs pour une adaptation de série animée japonaise sur des courses automobiles futuristes.

Frère et digne héritier de Rex Racer, grand pilote de course, Speed (Emile Hirsch) s’est lui aussi lancé dans les courses de voitures, faisait preuve d’un talent aussi grand que celui de feu son illustre frère. Mais cet univers est impitoyable, et quand Speed refusa l’offre de Royalton, sa vie bascula. Victime d’un complot lors de sa course, il ne put la finir, et sa famille fut elle aussi sujette à une vengeance de la part de Royalton, jetant sur elle le discrédit en l’attaquant en justice pour plagiat. Contacté par une agence gouvernementale, la CIB, on lui propose de se retourner contre ses persécuteurs, mais la mission ne sera pas facile…

Pardon ? Démarrant par une scène d’une rare bêtise, le film va vite mettre en avant son point le plus fâcheux : son esthétisme. Abusant de couleurs flashy, le film joue sur les incrustations, toutes plus risibles les unes que les autres. Si les effets spéciaux déjà très laids n’aident pas beaucoup, la réalisation saccadée et les improbables plans faits à l’arrache tuent définitivement le film. Mais pas besoin de ça : son histoire est suffisamment lamentable comme ça. Pour un film de courses, non seulement ces dernières ressortent brouillonnes et irréalistes, mais en plus elles n’occupent qu’une place restreinte (dans la première moitié) dans un micmac scénaristique ennuyeux. Si les graphismes minables plombent l’histoire, elle se vautre surtout par ses gamineries scandaleuses avec le mioche abruti. Au secours ! Tout ça pour un banal conflit d’intérêt où les seuls enjeux sont d’ordre financiers et moraux, insupportablement classique. Et au passage, Speed ? Sérieux ? Rex, Trixie, Sparky, Pops, c’est quoi ces prénoms bidons ? Enfin, bidons certes, mais moins que les acteurs qui sont derrière : on dirait un concours du moins naturel au monde. Ça n’est pourtant pas faute de compter sur des acteurs aguerris, comme Matthew Fox, Christina Ricci, Susan Sarandon ou John Goodman. En somme, le film est débile, caricatural, mal joué, mal filmé, artificiellement coloré et son visuel est franchement repoussant. Un constat vite exacerbant vu la profonde détresse du scénario et la pauvresse des dialogues, multipliant aussi les personnages et les scènes inutiles dans la douleur (quel beau faux-suspense que le personnage de Racer X). Un ratage sur tous les points, qui malgré ses efforts d’originalité ne fait que s’enfoncer dans sa médiocrité jusque dans sa dernière scène. « Attention, cette scène est déconseillée à ceux qui sont sensibles aux germes buccaux ». Non mais pitié…

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Kick-Ass 2

Kick-Ass 2
2013
Jeff Wadlow

Pour être un vrai super-héros, pas besoin de pouvoirs. C’est la leçon que nous avait apporté le frais et bien barré Kick-Ass, mixe improbable entre teen-movie drôle et comics-book sérieux. Le succès fut limité mais suffisant (96 M$ dans le monde), et avec des retours excellent, une suite fut mise en chantier. Pourquoi pas.

Suites aux exploits de Kick-Ass (Aaron Johnson), un engouement héroïque a prit les habitants de New-York, amenant une vague de justiciers, bien que Kick-Ass se soit retiré. Pour Dave qui se cache derrière ce masque sadomasochiste, l’aventure ne peut s’arrêter là, et même si Maggie (Chloe Moretz) alias Hit Girl est elle aussi redevenue une enfant comme les autres, il retrouvera une raison de se battre avec le colonel Stars & Stripes (Jim Carrey), fondateur de la « Justice forever ». Alliance de super-héros qui ne sont en réalité que des civils déguisés, elle redonne espoir à une ville infestée par la vermine. Pendant ce temps là, Chris D’Amico (Christopher Mintz-Plasse) enrage de la mort de son père, victime d’un tir de bazooka de Kick-Ass. Bien décidé à lancer une vendetta contre lui, il va rassembler les pires malfrats de la Terre autour de son nouveau personnage super-vilain : The Mother Fucker !

Même si globalement le premier film était léger et naïf, il possédait quelques passages plus graves ou violents, mais rien de comparable. On effectue ici un sacré virage : les blessures font plus mal, les morts pleuvent, même chez les gentils, et les séquelles seront terribles. Méchancetés et violences gratuites sont légions, et on assiste à des scènes quasi insoutenables tant elles sont brutales et sans la moindre censure. On retrouve même cette absence de limites dans l’humour, comme avec le violeur qui bande mou. Difficile de toujours adhérer, mais si l’objectif est de choquer ou de surprendre, c’est sacrément réussi. On aime ou on aime pas mais en revanche, l’histoire semble légèrement plus poussée et s’avère surtout beaucoup plus mature. Les personnages qui ont fat le succès du premier sont encore en grande forme, même si on aimerait un héros plus débrouillard. En fait, ce qu’on reprochera principalement au film, c’est l’évolution de son univers pour une vision plus sombre et violente, perdant un peu la magie des débuts. De plus, la réalisation est moins soignée et esthétique, s’axant plus sur la dynamisme, renforçant l’impression de voir autre chose qu’une continuité. Des petits détails qui mit bout à bout rendent ce nouveau délire un peu moins savoureux que le premier, bien que cette nouvelle aventure soit elle aussi très bonne. Une déception toute relative donc, car le film reste avant tout une grosse purge d’action pleine d’humour.

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Elysium

Elysium
2013
Neill Blomkamp

Après la consécration de Neill Blomkamp grâce au succès retentissant de l’excellent District 9, le réalisateur nous revient avec un nouveau film de science-fiction, solidement armé d’un budget de 115 M$, soit le quadruple de son premier film, donnant libre cours à son imagination. Mais visiblement cet extra ne l’a pas tellement inspiré.

L’histoire prend place en 2154, futur bien amer pour la plupart des gens. La Terre n’est plus qu’un immense bidonville où les gens tentent de survivre, tandis que les riches les ignorent, impassibles du haut de leur station orbitale Elysium. Luxe, verdure, espace, médication miraculeuse et éternelle : une vie qui rend malade de jalousie des millions de gens, assistant à la mort de leur proches qui auraient pu être évitée à l’aide de leur technologie de soins. Max (Matt Damon) a toujours regardé le ciel avec envie, nourrissant l’espoir d’y gagner son ticket d’entrée. Mais un jour cette envie va se transformer en besoin vital : victime d’une importante exposition aux radiations dans le cadre de son travail, il ne lui reste plus que cinq jours à vivre, à moins bien sûr qu’il n’accède aux machines d’Elysium. Mais pour y pénétrer, il devra récupérer les codes cérébraux d’un des leurs. Malheureusement, en choisissant son patron (William Fichtner), il s’attirera les foudres du ministre Rhodes (Jodie Foster), qui prépare un coup d’état. Elle lâchera sur lui le plus terrible des mercenaires : Kruger (Sharlto Copley).

Le film part de principes assez faciles et redondants : montrer du doigt les privilèges des riches. Et pourtant, la place à Elysium semble cher, très cher. Seules les plus grandes fortunes du monde y sont rassemblées, et malgré tout leur vie ne fait pas rêver : on a connu luxe plus grandiose sur Terre. Il n’y a guère que la machine de soin qui donne une certaine légitimité à tout ça, mais on voit mal pourquoi une copie ou une réplique n’existerait pas en bas. De même, les raisons de la construction d’une édifice spatiale sont vagues, pour ne pas dire mauvaises. Dans sa globalité, le scénario laisse perplexe : pourquoi n’y a t-il pas d’endroit plus reluisant sur Terre, comment se fait-il qu’un mourant gambade pareillement (d’accord y’a les pilules, mais c’est un peu trop facile), pourquoi est-ce qu’on laisse crever la bouche ouverte l’un des hommes les plus importants, comment se fait-il que la station soit à l’air libre (???), et bien d’autres questions quand à la cohérence de l’univers dépeint. C’est dommage car visuellement le film se veut réaliste, ce qu’il peine à être. Du coup, la platitude de la Terre et le manque d’envergure de la station orbitale n’ont pas raison d’être, et la direction artistique s’en retrouve entachée.

Mais tout n’est pas noir, l’histoire restant malgré tout intéressante. Dans cette course où chacun tente d’imposer son ambition aux autres, on assiste à de bonnes grosses scènes d’action et des fusillades explosives, et même si le scénario a ces limites, on se demande constamment comment les choses pourront-elles trouver solution, tant les problèmes se multiplient pour tous. Bien rythmé, bien mit en scène, le film peut aussi compter sur un casting solide, malgré l’apparence déroutante de notre héros. Mauvais film de science-fiction, certes, mais plutôt grand film d’action. C’est sûr, le passage de District 9 à Elysium en décevra plus d’un, mais ça reste d’un assez bon niveau.

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Effets secondaires

Effets secondaires
2013
Steven Soderbergh

Après avoir menacé la Terre de succomber à la Contagion puis mit en scène des gogo danseurs, le très polyvalent Steven Soderbergh nous revient avec une mise en abîme de l’esprit humain et des apports pharmaceutiques.

Depuis que son mari (Channing Tatum) est tombé pour délit d’initié, et qu’en plus son bébé mourut des suites d’une fausse couche, Emily (Rooney Mara) a sombré dans une terrible dépression. Suivie pendant un temps par une psychiatre (Catherine Zeta-Jones), son état aurait dû s’améliorer avec la libération de son mari, mais elle fit une tentative de suicide. Alors prise en charge par le docteur Jonathan Banks (Jude Law), il tentera de trouver la médication adaptée à sa pathologie. Mais un soir, somnambule sous l’effet de ses médicaments, Emily va accidentellement tuer son mari. Peut-elle réellement être coupable malgré son état ? Qui sont les véritables responsables du crime ? Le docteur qui a fait la prescription ? Le laboratoire responsable du médicament ?

Le premier tiers du film est d’un ennui mortel, nous enchaînant à une dépressive dont le quotidien est aussi amorphe qu’elle. L’histoire semble figée, interminable et inutile. Finalement, dans le deuxième tiers, un semblant d’intérêt se manifeste avec le débat sur la médication parfois dangereuse et ses effets secondaires, d’où le titre du film. Ça reste assez mou et dépourvu d’envergure, mais cela permet de rester éveiller. Car quand enfin l’histoire pointe le bout de son nez, on découvre un certain effort d’imagination et nombre de plans sont bien pensés, nous amenant à un dénouement relativement inattendu. Un peu tard pour sauver complètement le film, la fin récompense tout de même notre patience avec quelques enjeux et surprises. Un travail plutôt solide, mais franchement gâché par son rythme atroce.

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N’oublie jamais

N'oublie jamais
2004
Nick Cassavetes

Plus grand succès au boxe office et de loin le plus grand succès auprès des critiques pour Nicholas Sparks, le film est l’adaptation de son livre Les pages de notre amour, ou The Notebook. Va t-il lui aussi être marqué par la tendance suicidaire / dépressive de l’écrivain ?

Le temps fait des ravages sur le corps et l’esprit. Animé par son amour éternel, Noah (Ryan Gosling) se refuse de laisser sa femme (Rachel McAdams) atteinte d’Alzheimer pourrir dans sa maison de retraite. Chaque jour, espérant un miracle, il lui relit le même livre écrit par sa chère Allie, retraçant leurs destins croisés. Leur amour fut immédiat et éblouissant, mais ne dura que le temps d’un été, leurs mondes étant trop éloignés et les parents d’Allie se refusaient de la voir s’acoquiner avec un manant. Mais la vie réserve bien des surprises, et même quand sept ans plus tard Noah la revit fiancée avec un riche héritier (James Marsden), il fut animé du même espoir qu’aujourd’hui, car l’amour véritable ne s’éteint jamais.

Si l’histoire réserve quelques surprises, les tenants et aboutissants nous sont donnés d’emblée, ne laissant aucuns doutes quand à la finalité de cette idylle. Il s’agit plus de nous faire tourner en bourrique quand aux raisons des attentes et comment une impasse trouvera une solution. C’est classique, mais le cadre d’antan donne plus de légèreté et de mystère à l’œuvre. Porté par de grands acteurs talentueux, le film nous happe facilement, d’autant qu’une force poétique se dégage de se mélodrame sentimental poignant. Reste que certains passages sont un peu bêtes, et que le film se montre bien souvent inutilement triste. De même, la fin est accablante de morosité, n’hésitant pas à désacraliser tout ce qui faisait la force du film. Une sorte de retour à la réalité violente, disant que qu’importe les douleurs passées, le présent sera toujours pire. Est-ce vraiment ce qu’on veut entendre ? Pas sûr, même si ça reste beau.

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Oblivion

Oblivion
2013
Joseph Kosinski

Dans cette année assez chargée en gros films de science-fiction, les projets confondent souvent science et effets-spéciaux. Et vu le passé de son acteur principal, on espère que la balance penchera plus vers le Minority Report que vers La Guerre des mondes. Malheureusement, l’imagination est une denrée rare…

En 2077, la Terre n’est plus qu’un souvenir. Une race extraterrestre a envahis notre planète, amenant notre civilisation au bord de l’extinction par la destruction de la Lune, entraînant séismes et raz de marée, puis anéantissant les survivants avec leur armée. Mais grâce à l’armement nucléaire, la guerre fut gagnée, au détriment de notre planète, désormais inhabitable. La race humaine a depuis trouvé refuge sur Titan, l’une des lunes de Saturne, réaménagée et acclimatée. En attendant le jour où notre Terre serait viable – des sentinelles de purification de l’eau s’y attelant -, une escouade  appelée « centre des missions » a mit sur pied des équipes chargées de nettoyer de la surface de notre globe les aliens rescapés, qualifiés de chacals, éliminés à l’aide de drones automatisés. Jack Harper (Tom Cruise) et Vika (Andrea Riseborough) s’occupent de leurs réparations et de leur sécurité. Mais un jour, alors que Jack assista à un crash de vaisseau humain, sa vision du monde va changer.

Dès que le film commence, les questions se bousculent. Qu’est-ce que c’est que cette histoire d’effacement de la mémoire obligatoire remontant à 2072 ? De même, si l’atmosphère de la Terre est à ce point contaminée, pourquoi Jack respire t-il sans masque ? Pourquoi est-ce qu’à quelques mettre de distance on passe de la ville dévastée et recouverte par le sable à un petit paradis de verdure ? Pourquoi la fille trouvée en stase (Olga Kurylenko) est diagnostiquée comme datant d’il y a au moins 60 ans alors que cette technologie n’existera peut-être jamais ou en tout cas certainement pas d’ici à 2015. Mais de manière générale, le futur décrit – ou effleuré serait plus précis – est insensé et incroyablement optimiste tant la science a connu une envolée stupéfiante en seulement 65 ans. Le petit twist du milieu (avec Morgan Freeman) ne changera pas tellement la donne de par son évidence. De même, ce qu’il se cache derrière la zone de radiation ne surprendra personne. Plus encore, la fin décevra par sa facilité et son manque d’envergure. On a vu pire, mais en matière de science-fiction le film n’est pas très convaincant. Et même en le voyant comme un gros film d’anticipation, il manque cruellement de rythme et d’action pour vraiment divertir. Pas non plus carrément mauvais, le film n’arrive à s’imposer dans aucun domaine autre qu’esthétique, car il faut tout de même reconnaître au film une patte graphique très belle, mais c’est bien là le minimum pour une adaptation aussi cher (120 M$) d’un roman graphique. Les moins exigeants s’en contenteront, mais il n’y a franchement pas de quoi s’enthousiasmer.

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Priez pour nous

Priez pour nous
1994
Jean-Pierre Vergne

Alors que le cinéma français s’embourbe et se rétame dans les salles un peu plus chaque année de par l’abandon de la profession de scénariste, il fut un temps où ces ficelles fossilisées battaient leur plein. Mais l’indulgence est elle aussi bien loin…

Suite à de désastreux investissements boursiers, une famille de bourgeois va tout perdre : les Guidon de Repeygnac, barons de titre. Obligé de se trouver un métier et de quitter Neuilly pour un HLM populaire, le père de cette fervente famille catholique de huit enfants va s’attirer les foudres de sa femme, accablée par le chagrin de sa noblesse disparue et déshonorée par l’incapacité de son mari à redresser la situation. Difficile de retrouver l’équilibre budgétaire quand les rentrées ne suivent pas les dépenses d’antan, amenant dettes et problèmes supplémentaires. Piégés au milieu de tout ça, les enfant font contre mauvaise fortune bon cœur, contrairement à leurs parents.

Répondant à des principes gauchistes et extrémistes en réalisant leur rêve d’un bourge perdant tout, le film met tout de même mal à l’aise au début. Se moquer de gens malchanceux et cracher sur leurs noms sous prétexte qu’ils sont nés avec une cuillère dorée dans la bouche, c’est simplement abject et amoral. Mais heureusement, le potentiel comique du film repose plus sur des mises en situation sur des opposés, ou aussi sur le classique coup du mari incompétent rabaissé par sa femme. Mais bon, la mécanique ronronne assez rapidement, et mise à part la plus grande des filles qui joue les mères de substitution ou le petit pervers priant pour que les femmes soient seins nues, la plupart des enfants passent inaperçus, et leur multiplicité n’aide pas. Et puis même si certains passages font mouche, la mère devient à force insupportable, refusant tout en bloc. C’est gentillet, sans plus.

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