Marriage Story

Marriage Story
2019
Noah Baumbach

Cette année ce n’est pas un, mais deux films de Netflix qui se retrouvent en course pour l’Oscar suprême, avec entre autre des nominations pour l’ensemble du casting. Une grande réussite pour le service de streaming qui redéfini constamment les codes du genre et ce qu’est le cinéma. Chaudement accueilli par tous et recommandé par beaucoup, son statut de challenger à la statuette ultime était des plus intimidants tant la majorité de la sélection me laisse froid cette année.

Il était une fois un metteur en scène de New-York, Charlie (Adam Driver), et une actrice de Los Angeles, Nicole (Scarlett Johansson), tombant follement amoureux, donnant naissance à un petit garçon et vivant en osmose de leur passion de la scène. Dix ans de bonheur, mais un beau jour Nicole va se réveiller, déçue de sa vie et voulant en changer. Ils voulaient se quitter en bons termes, voir ne pas se quitter et se rabibocher pour Charlie, mais il va peu à peu se rendre compte que sa potentielle futur ex femme est la pire salope du monde, élaborant les pires manigances pour le détruire.

Ou comment détruire une image de sexe symbole. On y découvre une Scarlett Johansson presque moche, menteuse, lâche et sournoise, accusant son mari de tous ses maux sans jamais vouloir en parler, préférant tout faire dans l’ombre, poignardant dans le dos. La pire des salopes autrement dit. On assiste alors à mise à mort par traîtrise par le biais d’une avocate peu scrupuleuse (Laura Dern), obligeant le pauvre à riposter avec son propre avocat (Ray Liotta). Le principe est intéressant, nous montrant jusqu’où la fausseté peut aller. La mise en scène est savamment réfléchie, resserrant le cadre pour un format plus haut que le 16/10, quelque chose entre le 1:66 et le 1:37, ce qui permet de mieux focaliser l’action sur les personnages. Avec en prime des acteurs excellents n’hésitant pas à sortir de leur zone de confort, pour ce que le film a à dire, c’est assurément une grande réussite. Reste un soucis principal : la femme est fautive de bout en bout, et l’histoire n’est pas en soi d’une grande originalité. Un drame humain poignant, formidablement porté par ses acteurs, mais ça n’est pas le genre d’histoire qui passionnera outre mesure.

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John Wick Parabellum

John Wick Parabellum
2019
Chad Stahelski

Rarement on aura vu une franchise exploser à ce point. Alors que le premier John Wick fut plus un succès d’estime que financier avec 88 M$ dans le monde, chacune des suites fit presque le double, arrivant à plus de 300 M$ pour ce troisième volet, à tel point qu’un quatrième opus fut annoncé avec en prime une série spin-off sur les ballerines. Jusqu’où prendra fin cette folie ?

L’histoire prend place instantanément après la fin de John Wick 2, alors que John Wick (Keanu Reeves) vient de se faire excommunier. Le monde entier est désormais à sa poursuite, et il devra tout faire pour survivre. Sa seule chance est de se racheter auprès de La Table, l’organisation à la base de tout.

De base la franchise a des bases assez solides : un héros très charismatique et une organisation mystérieuse qui semble infiltrée de partout et gouverner le monde en secret. Cet opus était donc gageure en proposant que ce qui contrôle l’équivalent de toutes les mafias de la planète se mette en chasse de John. Le film démarre donc au quart de tour et enchaîne les grosses séquences, mais malheureusement se sera tout : une succession de bastons sans une ombre de scénario. C’est bien simple, à la fin rien n’a changé, le film ne sert à rien, si ce n’est introduire Sofia (Halle Berry), le pendant féminin de John, qui aura un rôle majeur dans la suite à n’en point douter. On aura plaisir à retrouver Ian McShane et Laurence Fishburne, de même que certaines scènes comme l’attaque des chevaux et le dressage incroyable des chiens feront preuve d’une grande maîtrise, mais globalement le film est totalement oubliable et inutile. Déjà avec le second volet cela se sentait, mais clairement la saga tourne d’emblée en rond. Espérons qu’à force un scénariste soit embauché, sans quoi le bilan finira rapidement par devenir mauvais.

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Ad Astra

Ad Astra
2019
James Gray

Rarement un film n’aura autant divisé : acclamé par la presse, snobé par les spectateurs. Un écart monstrueux entre les premiers criants au chef d’œuvre et les seconds très mitigés, la faute à une campagne marketing ne reflétant pas le style véritable du film. Vendre un film contemplatif comme du grand spectacle n’était pas forcément très intelligent, mais il n’est pas évident de rentabiliser un film de science-fiction pur au budget premier de 80 M$, qui d’après les analystes se situerait aux alentours de 150 M$ après les reshoots et le marketing de Disney, ayant racheté le studio d’origine. Et effectivement, le désastre fut total : à peine 127 M$ de recettes dans le monde, soit environs 55 M$ nets, donc une perte sèche frôlant les 100 millions. Et face au désamour du public, les Oscars ont snobé le film, pourtant autrement plus ambitieux et aboutis que la totalité des nominés réunis.

L’histoire se situe dans un futur « proche » alors que la Terre a été frappée par une surcharge électro-magnétique de grande ampleur. Information classée top secret, la source pourrait être la base expérimentale « LIMA » en orbite autour de Neptune, officiellement sans signe de vie depuis plus de 20 ans. Mais tout porte à croire que l’explorateur légendaire Clifford McBride (Tommy Lee Jones) serait encore en vie et responsable de la surcharge, et d’autres sont à prévoir. Plus à même de prendre contact avec lui et devenu à son tour astronaute émérite, son fils Roy (Brad Pitt) sera chargé de se rendre sur la base martienne, seul endroit capable d’émettre jusqu’à la base de recherche LIMA.

En un mot comme ne cent : claque. Ce film est une claque. Dès la première scène le ton est donné avec une construction incroyable, le calme quasi robotique du héros et une sensation de réel hallucinante. Pour se donner un ordre d’idée, on est sur le niveau de réalisme d’un Gravity ou d’un Interstellar. La comparaison ne s’arrête pas là puisque le film est raconté d’un point de vue humain, montrant l’immensité vide de l’espace, le danger de conditions extrêmes, et ce confinement, cet isolement à vous rendre fou. L’accomplissement du film est juste dingue tant le résultat à l’écran est prodigieux, se hissant parmi les plus dignes représentants du genre. À ceci près que les installations sur les planètes semblent trop spacieuses et les longs couloirs d’improbables gâchis de ressources, sans compter une gravité artificielle un peu trop arrangeante dès qu’on passe en intérieur (sur les planètes, pas dans l’espace), le reste semble avoir été très bien étudié. On pourrait aussi chipoter sur les échelles de temps et la pousse des poils et cheveux, mais globalement on sent que tout a mûrement été réfléchi. Le film regorge de trouvailles comme la base lunaire, la salle de transmission ou les costumes en général, et on pourra souligner l’excellente idée de l’IA dans la navette vers la lune qui a la même voix que dans Mass Effect, un clin d’œil magnifique pour les amoureux d’aventure spatiale. Si l’histoire est avant tout le rite initiatique d’un fils marchant sur les traces de son père à la découverte de soi, on croisera quelques personnages à l’importance modérée, incluant sa femme (Liv Tylor) et un ami de son père (Donald Sutherland). Le film arrive donc à aborder des thèmes très humains dans un grand univers froid, amenant énormément de propositions passionnantes, tant sur le plan scientifique que philosophique. Qui dit film contemplatif dit rythme assez lent, mais contrairement à un 2001 l’odyssée de l’espace, il se passe beaucoup de choses où tout est utile, permettant de jamais décrocher un seul instant. L’exercice est donc un tour de force du genre, et pour peu qu’on ait le regard tourné vers les étoiles, le film nous offre un voyage incroyable.

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Parasite

Parasite
2019
Bong Joon-ho

Après La Favorite on va finir par croire que je le fais exprès… Les deux sont sorti la même année en France, mais si le premier était un des grands favoris des Oscars de l’an dernier, celui concoure pour ceux qui se dérouleront dans quelques jours. Et dans les deux cas, je suis en profond désaccord avec l’engouement critique suscité, surtout à cause de l’histoire.

Le film partait pourtant d’une idée très bonne, au grand potentiel : l’ascension au truandage. Dans une famille coréenne extrêmement pauvre, le fils va recevoir la visite d’un ami qui a réussi, travaillant jusqu’alors comme professeur d’anglais pour la fille d’une famille très aisée. Devant partir à l’étranger, il va alors proposer à son ami de récupérer son poste, une aubaine tant la famille peine à se nourrir. Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, en prenant son poste il va apprendre que la riche famille cherche aussi un professeur d’art plastique pour leur petit garçon, et sa sœur est justement une faussaire hors pair, la faisant alors passer pour une connaissance. Ne reste alors plus qu’à placer le père et la mère, sans bien sûr dévoiler les liens familiaux.

Avant de voir le film, je ne savais pas du tout de quoi il en retournait, mise à part le fait qu’on allait y voir une opposition pas très fine entre des très très riches et des très très pauvres. Le début sera plutôt une bonne surprise, puisque si la porte d’entrée pour la première embauche dans la famille est un coup du sort, la suite ne sera que roublardise et génie stratégique. Même si en dehors de la sœur, qui est très convaincante, le casting est plutôt mauvais et le rythme mou, on passe un bon moment dans la première partie, mais la suite va se gâter. Si l’idée de l’homme au gâteau avait du potentiel, dès un certain retour le film part totalement en vrille. L’histoire devient un grand n’importe quoi complètement débile, au point que lors de la fête on se demande si tout ceci n’est pas une énorme hallucination tant la vraisemblance et le bon goût foutent totalement le camp. Mais non, et on s’en prendra une couche supplémentaire affolante de bêtise. Le scénario partait sur une bonne base, mais son développement est juste stupide, affligeant. Il n’y a rien à reprocher au réalisateur, mais l’intérêt n’y est pas, et le léchage de boule général m’exaspère au plus haut point.

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Music of my life

Music of my life
2019
Gurinder Chadha

Un parcours initiatique, s’éveiller à la vie, affronter les moments difficiles, regarder ses rêves en face : voilà des thèmes universels et qui parlent à tout le monde. Quand la jeunesse est en perte de repères, qu’importe dans quoi elle se réfugie (sauf la drogue), si elle y trouve son compte alors elle a raison.

Tiré d’une histoire vraie, le film nous raconte la fin de l’enfance de Javed, jeune pakistanais de 16 ans qui vivait en 1987 dans une petite ville miséreuse d’Angleterre. Son unique ambition dans la vie était de faire des études pour ne pas finir à l’usine comme son père, mais deux rencontres vont bouleverser sa vie : sa professeur de littérature (Hayley Atwell), qui va l’encourager à écrire, et son ami Roops, qui lui fera découvrir Bruce Springsteen, dont les paroles vont raisonner en lui.

Voilà tout ce qu’on aime comme histoire feel-good : un jeune vivant dans la misère, handicapé de par ses origines, mais qui arrivera tout de même à atteindre ses rêves. Le côté petit film indépendant et la découverte d’une autre culture pas si différente renforcent cette identification, d’autant que les personnages sont sympathiques et hauts en couleur (je n’ai d’ailleurs – encore une fois – pas reconnu Dean-Charles Chapman, campant l’ami musicien). Un bon petit film efficace et dont on ressort bien, mais difficile de passer outre le côté « publicité géante » pour Bruce Springsteen, et surtout les gros clichés familiaux classiques. Globalement le scénario est cousu de fils blancs, tout se voit venir à des kilomètres et cela gâche l’immersion. Il ne faut donc pas s’attendre à une pépite du genre, mais la bonne humeur est de mise.

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Le Chant du Loup

Le Chant du Loup
2019
Antonin Baudry

Parmi les plus grands succès d’estime de l’année en France, Le Chant du Loup y occupe une très belle place. Spécialement encensé par les spectateurs, le film est un blockbuster à la française, proposant un sous-genre de film de guerre, le film de sous-marin, le tout avec un casting cinq étoiles. Néanmoins ça ne fut pas suffisant pour connaître le succès escompté puisque qu’avec un million et demi d’entrées, le film n’a pas été rentable.

Qu’est-ce que le chant du loup ? Dans le milieu des marins embarqués dans un sous-marin, c’est le plus haut danger possible : l’écho radar d’un sous-marin ennemi ayant repéré votre position. Lors d’une mission d’exfiltration, l’oreille d’or Chanteraide (François Civil) du Tempête va justement entendre ce terrifiant son. Seulement voilà, alors que de vives tensions sont en cours avec les russes, il va se rendre compte que le signal reçu correspond en tous points avec celui du Léviathan, sous-marin russe mis or service depuis longtemps.

Dans un paysage cinématographique français composé quasi exclusivement de comédies, drames sociaux et polars, voir un ambitieux projet de guerre est en soin un effort à saluer. Sans non plus afficher un budget rivalisant avec les studio d’outre-Atlantique, une chose est sûre : le film a de la gueule. Les décors semblent réels, et les plans aquatiques sont crédibles. Avec en plus un grand soin apporté au son, techniquement le film est donc très solide. De quoi partir sur d’excellentes bases quand on y rajoute en plus le casting étourdissant, comprenant Omar Sy, Mathieu Kassovitz, Reda Kateb (toujours aussi mauvais d’ailleurs, insupportable) et Paula Beer. Malheureusement, le film possède un défaut de taille : son scénario. En plus de se dérouler dans un futur d’anticipation peu crédible où la France est au bord de la guerre contre la Russie (pourquoi pas une guerre entre la Belgique et les Etats-Unis… ), on devra aussi faire avec une histoire débile au possible où la connerie humaine bat des records. Les rebondissements sont ponctués par des coïncidences invraisemblables, et globalement, après avoir prit le recul nécessaire, l’histoire ne fonctionne pas tant les stratégies et manigances de chacun n’étaient pas viables. Reste donc une belle démonstration des capacités de notre pays à produire un film d’envergure, dommage que l’histoire soit si fragile.

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Rambo Last Blood

Rambo Last Blood
2019
Adrian Grunberg

Rambo, une des grandes sagas mythiques qui a fait la gloire de son interprète. Si les deux premiers ont été d’énormes succès, le troisième et quatrième ont marqué un rapide déclin, alors même que ce qu’on croyait jusqu’alors être l’ultime volet était une purge d’action et de violence complètement jouissive. Finalement, après plus d’une décennie de rumeurs, annonces et spéculations, point de reboot ou de passation, le patron revient dans la place. Néanmoins, à plus de 70 ans n’est-on pas trop vieux pour ces conneries ?

Après avoir été embarqué malgré lui dans de nombreuses guerres, John Rambo (Sylvester Stallone) va cette fois affronter une menace d’un autre genre : la pègre mexicaine. Depuis plus de dix ans, il a recueilli une jeune fille et sa grand-mère, vivant jusqu’alors tranquillement dans son ranch. Mais un beau jour, la jeune Gabrielle va partir à la recherche de son père l’ayant abandonné quand elle était petite. Seulement elle ne rentrera pas, obligeant John à partir à sa recherche.

Ces mots sont durs à écrire, surtout pour une saga qui avait toute mon affection : on tient là l’une des plus grosses daubes de l’histoire du cinéma. Après une introduction complètement inutile au récit pour dire que Rambo est resté un bon samaritain mais subitement souffrant du syndrome post-guerre du Vietnam avec plus de 30 ans de retard alors qu’en fait il n’aura aucun symptôme de tout le film, on découvre ensuite la famille d’adoption avec une grand-mère inexistante et une fille bête à se faire manger par du foin. « Alors surtout ne fait pas ça ». La scène suivante, elle le fait. Largement majeure, elle adopte pourtant un comportement d’une naïveté et d’un esprit de rébellion digne d’une ado de douze ans, nous exaspérant au plus haut point et rendant mérité tout ce qui lui arrivera par la suite. Tout s’enchaîne dans le film sans aucune forme de cohérence ou de subtilité, éculant tous les pires clichés imaginables. Une atrocité d’écriture qu’on retrouve dans les dialogues, d’une rare platitude avec un combo d’une bonne centaine de « choses » pour ce cadavre en état de mort cérébrale censé être Rambo. Référence en matière d’action, la saga est ici amorphe, nous assommant de discutions sur la famille pendant demi-heure, puis nous faisant languir une autre demi-heure avant un quelconque soubresaut à l’intrigue. Le dernier quart d’heure est plus dans la droite lignée du festival de massacre habituel, mais tous les enjeux ont déjà été balayés et le film n’a alors plus aucun sens. C’est mou, affligeant en terme d’écriture, et même la réalisation est un supplice. Nombre de séquences sont illisibles, les mouvements sont frénétiques pour rien, les transitions sont hachées et on subira une quantité folle de zooms immondes. Même dire que la réalisation est du niveau d’un téléfilm serait une insulte pour ces derniers. Une bouse à peine croyable, faite par une équipe de bras cassés qui ont réussi à rater absolu tout, sans pour autant que cela en devienne drôle. Triste déchéance…

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Le Mystère Henri Pick

Le Mystère Henri Pick
2019
Rémi Bezançon

Habituellement, quand on parle d’enquête on pense à des films policiers sur de la mafia, des voyous ou des ripoux. Il y a aussi les thriller orientés action, mais un genre a été délaissé : les vraies enquêtes à l’ancienne, comme Le Crime de l’Orient Express. Juste un enquêteur interrogeant les gens, cherchant à faire la lumière sur un point précis, habituellement un meurtre. Un scénario sous forme de puzzle à l’assemblage si jouissif. Encore plus rare dans un contexte contemporain, le film avait donc de quoi susciter toute notre curiosité.

Un bouseux de la campagne sans la moindre culture peut-il pondre un chef d’œuvre littéraire ? Présentateur télé d’une émission de critique littéraire, Jean-Michel Rouche (Fabrice Luchini) aura pour sa part du mal à y croire. Daphné (Alice Isaaz), une petite chargée de publication d’un maison d’édition, en entendant parler d’une bibliothèque recueillant tous les romans jamais publiés, y a déniché une romance formidable signée Henri Pick, un pizzaïolo qui n’a apparemment jamais ouvert un livre de sa vie, laissant après sa mort une œuvre majeure. Persuadé qu’il ne peut en être l’écrivain, Rouche va alors mener son enquête pour en découvrir le vrai auteur, entraînant avec lui la fille d’Henri Pick (Camille Cottin), cherchant quant à elle de lui prouver qu’il a tort.

Un phénomène me fascine : le cas Fabrice Luchini. Cela fait maintenant quelques années que je trouve que c’est l’un des tous meilleurs acteurs de l’histoire, alors même qu’avant je ne le supportais pas. Alors premièrement non, il n’est pas spécialement bon acteur puisqu’il campe toujours le même genre de personnage et qu’il est pareil dans la vraie vie, donc c’est plus une question de charisme. Ensuite, il est évident que le temps l’a bonifié : il a perdu cette exubérance et cette arrogance des jeunes premiers, devenant à force un homme d’expérience sage et devenu humble, sans fausseté. De fait, quel que soit le film, sa présence dégage une aura de sympathie, mais le film a eu l’idée, le tour de force majeur : lui opposer Camille Cottin, qui, entre la série et son film Connasse qui a étonnement su émouvoir, puis l’excellente série Dix pour cent, a su elle aussi se faire une place dans nos cœurs. Le duo marche parfaitement, tout semble d’une incroyable légèreté, et puis surtout le scénario est juste excellent. Chaque personnage vers qui mènera l’enquête est passionnant, toutes les histoires s’imbriquent, amènent à la fois nulle part et partout dans un puzzle qui semble constamment si évident, alors qu’il ne l’est jamais. Notre esprit foisonne, cherche, jubile de chaque élément trouvé. Une construction digne des plus grands pour un modeste film, ne cherchant qu’à nous offrir une petite dose d’aventure.

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La Favorite

La Favorite
2019
Yórgos Lánthimos

Grand favoris des derniers Oscars sorti un peu tard en France, le film avait tout pour me plaire : un casting alléchant, le genre d’époque que j’affectionne tout particulièrement, et un style un peu décalé avec le réalisateur du surprenant et génial The Lobster. Nominé dans quasiment toutes les catégories, le film n’a eu que la récompense pour son actrice « principale » (techniquement je trouve qu’Abigail est largement plus l’héroïne du film que la reine), mais il n’empêche que la curiosité était là.

Prenant quelques libertés avec l’histoire, le film nous place au début du XVIII° siècle alors que l’Angleterre et la France sont en guerre. Chez les britannique la situation est critique, le pays est genou, la famine fait rage et les taxes pour financer la guerre divisent un pays à l’agonie. Fille d’un noble ayant tout perdu et qui a fini par se tuer, Abigail (Emma Stone) va alors mendier un travail auprès de sa cousine Lady Sarah (Rachel Weisz), qui se trouve être la Favorite de la reine Anne (Olivia Colman). De nature battante, Abigail va tout faire pour retrouver sa noblesse d’antan en s’attirant les faveur de la reine.

Ne tournons pas autour du pot : je suis tombé de haut. Persuadé de voir à minima un très bon film, j’ai dû reconnaître quasi d’emblée que ce film n’a aucun sens sur strictement aucun point. Historiquement, le comportement des femmes est une aberration entre un grand libertinage et un pouvoir décisionnaire total. Les hommes sont des lavettes, les femmes des battantes qui décident de tout. Au XVIII° siècle, mais bien sûr… On passera aussi sur le langage achronique et les danses improbables, c’est à tel point que voir un personnage passer en regard caméra et sortir son téléphone portable serait moins choquant. D’un point de vue technique, le film est aussi un non sens total : on dirait que tout a été tourné à la go pro, avec de très grands angles en intérieur, ce qui donne à l’image des bords déformés. Le ratio extrêmement haut est aussi peu digeste, et on se croirait devant Barry Lyndon tellement tout est sous-exposé à outrance, avec un grésillement ignoble dans les sombres, comme si là aussi tout était éclairé à la bougie. Ça pourrait créer un décalage comique énorme pour peu que le film soit parodique ou fantastique, mais il est fatalement premier degré. On sourit de quelques tours machiavéliques, de joutes verbales inspirées, et effectivement les actrices sont talentueuses (incluant Nicholas Hoult, assurément la plus féminine du lot en terme de personnalité), mais ça ne marche pas. La bataille pour devenir la Favorite numéro une n’a pas vraiment lieu, l’histoire est fade au possible et le film est interminable, et pourtant non terminé. Durant la dernière partie, l’histoire est figée, rien ne se passe, on attend agacé que la situation évolue, mais non. Et soudain paf, écran de fin, sans sentiment d’accomplissement pour quiconque. Rien n’a servi à rien, tout semble dégradé. Du nihilisme abrutissant et ennuyeux au possible.

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Captive State

Captive State
2019
Rupert Wyatt

Rattrapant à une allure d’escargot les films de l’année pour sortir à la bourre mon top et flop annuel, j’étais passé à côté de ce film qui pourtant m’intriguait beaucoup avant sa sortie : de la SF, le genre qui compte le plus de chef d’œuvre à mes yeux, un thème de l’invasion alien souvent gageure, et à la barre un réalisateur qui a fait ses preuves. Et pourtant, à sa sortie ce fut la catastrophe absolue : une presse très tiède, des spectateurs encore plus froids, et un naufrage au box-office avec moins de 9 M$ au niveau mondial. Véritable déception ou incompréhension ? Eh bien quand un thriller de réflexion est vendu comme un film d’action, il est évident que la différence de public peut s’avérer fatale.

Film d’anticipation se déroulant dans un futur proche, on nous plonge en plein dans une invasion extraterrestre totale. Face à une supériorité militaire supposée, la Terre a négocié une législation, c’est-à-dire qu’en échange d’une non-extermination et d’une paix précaire, les clés de notre planète seront confiées à la race alien appelée de fait « les législateurs ». Dix ans plus tard, les gens sont désormais confinés, leurs déplacements sont contrôlés, leurs travaux spécifiques et chaque humain a subit un implant pour une surveillance totale. Le monde est plus terne que jamais et la pauvreté grandissante. Une rébellion va alors tenter de germer : le Phoenix.

Des humains avec des implants, captifs d’une race extraterrestre dans un monde ravagé où seuls ceux qui collaborent avec eux peuvent s’en sortir. Si ce scénario vous dit quelque chose, c’est normal : il s’agit strictement du même que Transformers 3, à ceci près que la situation est moins critique ici et qu’il ne semble pas y avoir de plan pour transformer sept milliards d’habitants en esclaves. Avec un budget cinq à six fois moindre et de par son parti prit pas du tout porté sur l’action, beaucoup ont donc été déçus, et ça peut se comprendre selon ce que l’on recherche. Néanmoins ce film a d’autres arguments de poids, à savoir son ambiance et son écriture. Point d’humour un peu bof ici, l’ambiance est plus proche d’un film de guerre au sens le plus sombre, au plus proche de la misère humaine et du désespoir. Le sound design est excellent, la mise en scène est oppressante et les personnages sont charismatiques. On y croise des têtes connues comme John Goodman et Vera Farmiga, James Ransone y a une classe folle, et le tout porté par l’adolescent de Moonlight, Ashton Sanders. L’aspect des aliens n’est pas terrible et se borne à proposer un aspect humanoïde, mais on a vu pire. On suit donc des personnes qui tentent de s’en sortir, des qui pensent que collaborer est une nécessité, et d’autres qui au contraire pensent que si les choses perdurent dans ce sens, l’humanité pourrait bientôt s’éteindre. Le film regorge d’idées sur les technologies aliens et les évolutions que le monde a pu connaître, pas forcément super originales mais remodelées à sa sauce. En plus d’un scénario très solide dont les incohérences et étrangetés trouvent leur écho dans un final mûrement réfléchi, le film propose une réflexion sur notre société, l’uniformisation de masse prête à tous les sacrifices pour survivre, la perte de repères, le besoin de se sentir vivant, important. On sent tout de même que le film n’a pas eu les moyens de toutes ses ambitions et globalement c’est plutôt du déjà vu, mais ça reste un genre trop rare et cette itération est extrêmement solide.

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