Le Juge

Le Juge
2014
David Dobkin

Depuis la sortie des Avengers en 2012, mise à part une courte apparition dans le film d’un ami, cela fait précisément un lustre qu’à une exception près un grand acteur se retrouve cantonné à endosser inlassablement le même costume (qu’il s’apprête à remettre pour la dixième fois en avril). Il faut dire qu’il n’est pas donné à tout le monde de se payer Robert Downey Jr. tant son cachet est le plus élevé de l’histoire du cinéma, s’élevant ici à 40 M$, soit plus de la moitié du total de 70 M$. Le voir dans un autre registre fait du bien, et les arts oratoires démontrés dans les films de procès m’ont toujours fascinés.

Avocat émérite à qui tout réussi sur le plan professionnel, pour Hank Palmer (Robert Downey Jr.) d’un point de vue familial le constat est bien plus amer. En instance de divorce, il doit se rendre dans son village natal pour y enterrer sa mère, l’occasion de certes revoir ses frères (incluant Vincent D’Onofrio), mais aussi malheureusement l’obligation de revoir son père (Robert Duvall), un juge impitoyable au tribunal comme dans la vie, et qui n’a jamais aimé que lui-même. Une rude épreuve, mais qui ne sera que le début d’un long combat : alors qu’il pensait rentrer tranquillement chez lui, Hank va recevoir un coup de fil pour le prévenir de la mise en examen de son père, suspecté de meurtre avec préméditation. Les preuves sont accablantes et la partie civile va faire appel à un avocat de renom (Billy Bob Thornton), ne laissant aucune chance au bougre plaidant son innocence. Conscient que sans lui il n’a aucune chance, Hank va accepter de rester pour l’aider.

Entre le procès plein de rebondissements et de tirades inspirantes, l’affaire de famille qui fera ou non écho en vous, ou encore dans une ville natale oubliée avec les souvenirs qui refont surface, il y avait effectivement moult thèmes à aborder et développer. La durée avoisinant les 140 minutes n’est donc en rien une surprise, et ce temps est judicieusement mis à profit pour décrire tout le cheminement d’une vie. On a la fille de Hank, brillamment interprétée par Emma Tremblay, pleine d’espoir et qui appréhende le monde avec un regard émerveillé. La quête de soi et la découverte du monde est abordé au travers des histoires sur le passé, mais aussi un peu grâce à Carla (Leighton Meester), la fille de l’amie d’enfance de Hank (Vera Farmiga). Le héros symbolise lui la vie adulte, pleine d’obligations, de compromis et de désillusions, puis la boucle prend fin avec le père, qui lui doit tirer un bilan de son existence, confronté à sa déchéance mentale et physique, devenant l’enfant de son propre enfant prenant soin de lui. Les acteurs sont excellents, le film sonne juste dans chaque thème qu’il aborde, et le procès est maîtrisé de bout en bout avec ce qu’il faut de répliques marquantes et de rebondissements. L’originalité manque parfois, et sans aller jusqu’à dire que l’histoire est prévisible, on ne peut pas non plus dire qu’elle ne l’est pas vraiment, mais ça reste un travail remarquable de précision et d’intensité. Un maître du genre.

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Le Brio

Le Brio
2017
Yvan Attal

Succès critique et publique, le film avait terminé sa course au delà du million d’entrée, et en plus d’avoir glané de nombreuses nominations aux Césars, il offrit à son interprète féminine le prix de l’espoir de l’année, sacrant ainsi un parcours plus que méritant. De tous les arts qui soient, l’éloquence étant l’un des plus utiles, il y avait donc de nombreux arguments pour titiller ma curiosité, et je dois bien dire que je n’ai pas été déçu.

Comme on dit toujours, la chance ça se provoque, mais les choses n’étaient pas bien parties pour Neïla (Camélia Jordana), jeune étudiante en première année de droit dans la prestigieuse université d’Assas. Jeune maghrébine de quartiers difficiles dans un univers rempli de bourges dédaigneux, son retard à son tout premier cours ne passera pas inaperçu, poussant son professeur Pierre Mazard (Daniel Auteuil) à la taquiner plus que de raison. Pas du genre langue de bois, et fort d’une expérience où les enfants d’émigrés ont un taux d’échec particulièrement élevé, il va quelque peu déraper et pousser la provocation un peu loin, au point de se voir passer en conseil de discipline. Pour tenter de rattraper le coup et se faire bonne figure, il va prendre Neïla sous son aile pour la faire participer à un concours d’éloquence.

Comme tout talent, tout art, on excelle qu’en pratiquant ardemment. Trop souvent dépréciés ou snobés, les arts oratoires sont pourtant la pierre angulaire d’un pouvoir séculaire. Si certains de nos dirigeants ou politiciens maladroits, que dis-je, gauches, ont la fâcheuse tendance de nous le faire oublier, c’est par la parole qu’on rassemble, qu’on convainc, qu’on écrit le destin. Si la plume faillit quelques fois, elle reste du plus belle aloi. Le tandem manque parfois d’honnêteté, mais jamais d’intensité. Les acteurs sont très bons, peu tiendraient la comparaison. Bref, le film est inspirant, il sonne juste à chaque propos abordé et les acteurs semblent investis. Globalement peu de surprises mais un scénario assez solide avec une fin très réussie, arrivant à tirer les meilleurs enseignements possibles. Un grand merci pour cette leçon de cinéma et de vie.

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Darkest Minds : Rébellion

Darkest Minds : Rébellion
2018
Jennifer Yuh Nelson

Note à moi-même : ne plus jamais faire confiance aux critiques et au succès en salle pour ce genre de films. Si bien sûr pour chaque The Giver ou Divergente on retrouve en face du Mortal Instrument ou du Septième fils, beaucoup d’adaptations de romans pour jeunes adultes m’enthousiasment au plus haut point. Détruit par les critiques et bide en salle, ce croisement entre X-Men et La 5ème Vague vaut carrément le détour.

Si bien sûr un tel phénomène évolutif ne toucherait qu’une dizaine d’individus et prendrait un bon millénaire – au moins – à gagner l’ensemble du globe – et probablement qu’une part importante de la population ne serait jamais concernée par cette mutation – le film prend place dans un contexte extrêmement tendu où le monde bascule dans la dépression et la folie. Subitement en quelques mois, l’ensemble des enfants du monde entier va se mettre à développer des aptitudes extraordinaires, près de 80% d’entre eux en mourront, et les 20% restant seront traités en fonction de leur dangerosité : les super-intelligents (verts), ceux capables de pouvoirs télékinétiques (bleus) et ceux capables de manipuler l’électricité (jaunes) seront parqués dans des camps, tandis que ceux aux pouvoirs pyrotechniques (rouges) et surtout ceux capables de manipuler les esprits (oranges) seront purement et simplement euthanasiés. Sauvée grâce à ses pouvoirs de persuasion lors de sa rafle, on suivra Ruby (Amandla Stenberg), en cavale suite à la révélation de ses pouvoirs à causes de contrôles de plus en plus poussés.

La suspension d’incrédulité est parfois difficile à accorder. Le principe est excellent, le choix des codes couleurs permet de bien se repérer, même si c’est un peu débile de retrouver comme par hasard la même couleur dans la matérialisation oculaire des pouvoirs, mais le choix pyramidale est douteux. N’ayant pas lu les deux suites, je ne saurais dire si cette théorie peut s’avérer effective par la suite, mais j’aurais personnellement mit les bleus, les jaunes et les rouges au même niveau de dangerosité, les oranges au dessus effectivement, et selon toute logique les verts comme étant potentiellement les plus dangereux. Eh oui : et si, grâce à leur intelligence hors norme, ils comprenaient peu à peu les pouvoirs des autres et apprenaient à s’en servir ? Ça, ça serait la grande classe ! Pour ce qui est du film en lui-même, c’est du teen road-movie classique et efficace avec de la tension, quelques bonnes scènes d’action, de la romance toute mimi avec une Ruby magnifique (encore une fois les acteurs choisis ont une bonne poignée d’années de trop par rapport à leurs rôles) et visuellement la réalisation est pas mal. Le scénario est un peu trop prévisible, notamment concernant mister « gendre idéal » qui avec sa tête de nazi (les parallèles avec la Deuxième Guerre Mondiale sont légion) ne dupera personne, mais ça reste efficace et le concept est bien exploité. De grosses facilités, mais dans sa conception le film se montre solide, aboutissant à un divertissement franchement bon.

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Au Poste !

Au Poste !
2018
Quentin Dupieux

L’humour est une chose difficilement descriptible dans la mesure où ce qui fera rire les uns ennuiera profondément les autres. Quentin Dupieux est assurément un homme qui divise, même au sein de sa propre filmographie puisque tout le monde ne détestera ou n’aimera pas forcément l’intégralité sans nuance. On pourrait plus ou moins qualifier son style d’absurde, et personnellement je n’avais jamais tellement adhéré, sans pour autant le rejeter totalement, y décelant un certain potentiel. Cette fois la bande-annonce me semblait alléchante, le casting énorme, mais quand ça passe pas, ça passe pas.

Contrairement à certains de ces films qui croulent sous les sous-intrigues tarabiscotées, l’histoire est ici plus accessible. On suit Fugain (Grégoire Ludig), un homme convoqué au poste de police car il est le suspect principal dans une affaire d’homicide. Il y sera interrogé par l’inspecteur Buron (Benoît Poelvoorde), souhaitant simplement recueillir sa déposition. Un séjour au poste qui ne sera pas de tout repos, car très vite la situation va devenir encore plus stressante pour Fugain, décidément toujours au mauvais endroit au mauvais moment.

Ce film est une aberration. Au cinéma, tout film qui sort du lot est bon à prendre, et une telle démarche est par principe à saluer. Le film brise régulièrement le quatrième mur, envoie valser certains codes du genre et ne respecte même pas le cadre habituel des longs-métrages, frôlant le statut d’un moyen-métrage avec une durée dépassant de peu les soixante minutes. Sans rien dévoiler de la fin, le film ne se respecte lui-même en tant qu’histoire puisqu’il détruit tous ses enjeux pour définitivement casser tout ce qui pourrait faire de lui un film classique. Le casting, malgré le caractère improbable des personnages, donne tout ce qu’il a et ça fait plaisir, surtout dans le non-jeu, avec parmi eux Orelsan, Marc Fraize, Anaïs Demoustier ou encore Philippe Duquesne, mais encore faut-il y être sensible. Si la durée permet de ne pas trop ressentir l’ennui, le rythme est tout de même affolant, tout piétine à outrance, et c’est là le principe / gag, mais je n’ai tout simplement pas adhéré. L’un des exemples les plus frappant est le visage de Mr Fraize, cyclope qui semble avoir une moitié de visage étrangement flouté, et le résultat est malaisant, volontairement mal fait pour renforcer le côté décalé de l’ensemble. Tant mieux si nombre de gens ont ri devant cet ovni, mais pour ma part ça n’a pas été le cas, loin s’en faut, et je pense que l’univers du réalisateur ne me parlera jamais.

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Top Flop Ciné 2018

Ayant à peu près fait le tour des films que je voulais le plus voir de 2018, il était grand temps de délibérer et de choisir les films qui m’ont le plus plu ou déplu en cette nouvelle année cinématographique. N’ayant pas vu autant de film que pour la précédente année, et ne m’étant pas autant forcé à voir certains films que je pressentais mauvais, je n’ai pas réussi à trouver dix mauvais films, de même que les dix meilleurs de l’année ne m’ont pas tous tellement convaincu, mais il faut bien avouer que la cuvée 2018 était assez pauvre, la faute notamment aux grands favoris des précédents Oscars, sortis de janvier à mars, qui m’ont assez largement laissé de marbre.

Enfin bref, place à la vidéo présentant ces fameux films qui m’ont le plus marqué de l’année, que ce soit en bien ou en mal : https://www.youtube.com/watch?v=Rqi42T33TkQ

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Death Wish

Death Wish
2018
Eli Roth

Quand j’avais vu la bande-annonce, j’étais hypé comme rarement : le film s’annonçait comme drôle, dynamique et violent, avec en prime le retour d’un grand acteur qui avait tendance à se perdre dans les méandres des direct-to-DVD ces dernières années. Finalement, à sa sortie le film a fait un bide et les critiques étaient mauvaises, et pire encore, il s’agissait d’une réadaptation d’un roman qui avait donné Un Justicier dans la ville, un film d’une lenteur terrible et dont le scénario était une vaste fumisterie. Canular qui ne fait plus rire personne depuis une bonne décennie et qui a peu à peu perdu toute crédibilité à force de taper exclusivement sur les mêmes personnes ou sur les échecs au box-office indépendamment de la qualité des films, les Razzie Award ont nominé cette année ce film dans la catégorie pire remake / réadaptation, me faisant dire que peut-être le résultat pouvait être pas mal, et j’étais loin du compte.

On sort d’un restaurant un peu chic, un voiturier qui regarde l’adresse de la maison sur le GPS, une fille qui refuse de se faire violer lors d’un cambriolage et c’est le drame : elle se défend, le psychopathe ouvre le feu. Lui qui avait juré de protéger son prochain en étant médecin, Paul Kersey (Bruce Willis) va retrouver sa femme morte et sa fille grièvement blessée, plongée dans le coma. Face à l’incapacité des forces de l’ordre, que ce soit pour protéger sa famille ou retrouver ceux qui ont fait ça, quand Paul va tomber aux urgences sur un truand blessé par balle portant la montre qu’on lui a volé, il va décider de remonter la piste et de faire justice lui-même.

Alors même que Eli Roth est connu pour ses films d’horreur extrêmement violents et gores, il nous livre ici un film bien plus intelligent et ironiquement moins violent que le film original. Ici la famille est riche et le but premier était un simple larcin, et tout ce serait bien passé s’il n’y avait pas un taré dans le lot. On est loin des trois jeunes psychopathes qui avaient juste envie de tabasser à mort une pauvre femme et violer la fille, qui me semble était en plus très jeune dans la version de 1974. Plus encore, on passe d’une enquête inexistante ne reposant sur rien à quelque chose de beaucoup plus poussé et logique dans la mesure où la criminalité à Chicago semble très forte, les blessures par balle légions, et en tant que chirurgien affecté à ce genre de cas, c’était inévitable. Plus encore, le film rajoute une dimension virale avec le public qui se fascine pour ce justicier de l’ombre, s’attaquant aussi à d’autres criminels néfastes durant sa croisade. Le casting est assez efficace avec deux guests d’envergure : Vincent D’Onofrio et Dean Norris. Niveau rythme le film bombarde comme il se doit dans un bon gros film d’action, et le message sur la violence et le problème des armes à feu aux Etats-Unis est un sujet plus que jamais d’actualité. Bref, le film est une excellente surprise qui maîtrise son sujet, offrant un divertissement terriblement efficace et moins décérébré qu’on pouvait craindre.

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BlacKkKlansman

BlacKkKlansman
2018
Spike Lee

Nombreux sont ceux à avoir été dubitatif à l’annonce du film, pourtant tiré d’une histoire vraie. Certes, les suprématistes blancs du Ku Klux Klan sont une bande d’ivrognes dégénérés, mais l’idée qu’un policier noir ait pu les infiltrer, ça semblait complètement con. Et pour cause, c’est un terrible raccourci complètement faux, et l’histoire que le film met en avant est autrement plus crédible.

L’histoire prit place au début des années 70 alors que les mentalités tentaient d’évoluer pour un avenir plus tolérant où le mot « minorité » ou « ethnie » disparaîtraient au même titre que le mot en N qu’il ne faut pas prononcer. Dans l’optique de changer l’image de la police, et potentiellement faire évoluer les mentalités en son sein, une campagne de recrutement favorisant la mixité permis à Ron Stallworth (John David Washington) de rejoindre les forces de police de Colorado Springs. Fougueux et déterminé, il passera vite enquêteur, se donnant comme mission d’intégrer le Ku Klux Klan (dirigé par Topher Grace). Excellent baratineur, il aura tôt fait d’y arriver, mais ne pouvant clairement pas se présenter lui-même, son collègue Zimmerman (Adam Driver) le représentera. Au téléphone et en dehors, un noir et un juif faisant équipe pour infiltrer une organisation en guerre contre ce qu’ils sont.

Le film est une grande réussite. Si bien sûr les tarés de suprématistes sont représentés comme des psychopathes pro armes, complètement illettrés et souvent bourré, ce qu’ils sont en dehors des « élites » qui les gèrent, le film a l’intelligence de ne pas s’arrêter là. Déjà l’infiltration est assez difficile, mais pendant une grande partie du film on nous fait douter de la véracité de la menace. Après tout, ça boit beaucoup mais peut-être qu’ils en restent à de simples intentions ? De plus, le film contre-balance pratiquement chacun de ses propos alarmistes avec des extrêmes de chaque bord. Ainsi, si des membres de la police dévient et se vautrent dans un racisme lattant, d’autres apportent un soutien indéfectible indépendant de l’origine de la personne. De même, si le film met en garde contre le KKK, il dépeint aussi la menace de l’époque des Black Panther, un groupe afro-américain qui n’hésitait pas parfois à se salir les mains et basculer dans le terrorisme. Comme il est de bon ton de taper sur Trump, on trouvera aussi nombre de parallèles avec la situation actuelle, dénotant bien sûr d’une prise de partie, mais elle était évidente dès le début et ça reste un gimmick assez drôle, bien qu’inquiétant. Le casting est très efficace, le fils Washington s’en sort admirablement, et le passage d’Alec Baldwin est très drôle. Une histoire très intéressante, qui malgré les décennies reste toujours d’actualité, et le film traite son sujet avec une grande finesse qui fait plaisir.

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The Man From Earth Holocene

The Man From Earth Holocene
2018
Richard Schenkman

Avant d’être mis en ligne par les créateurs même du film, j’avais aperçu le film il y a plus d’un an dans les charts du box-office américains, n’en revenant pas. Succès surprise sorti dix ans avant, The Man from Earth avait surpris le monde entier de par sa simplicité et son efficacité. Huis clos tourné avec les moyens du bord et qui a mit près de 20 ans à se faire (faisant que son auteur est mort neuf ans avant que le film ne se fasse, reprit par son fils), le film partait d’une idée formidable, nous fascinant tout du long de par un récit formidablement pensé, logique scientifiquement et bouleversant historiquement. Une claque comme on en connaît que trop peu, et voir une suite débarquer était complètement fou. Y avait-il plus à dire ou à faire ? Oh que oui.

Homme de Cro-Magnon né il y a 14 000 ans, John ne vieilli pas, ne marque pas, traversant les âge sans pouvoir rester plus de dix ans au même endroit, sans quoi il finirait vraisemblablement ses jours dans un laboratoire. Cette fois il s’est installé comme professeur de religions dans l’Ohio, coulant des jours tranquilles avec sa nouvelle compagne Carolyn (Vanessa Williams) – dommage finalement qu’il n’ait pas tenté l’aventure avec la Sandy du premier film, pourtant créditée au générique comme celle qui incarnait Edith, et au final aucune des deux ne sont présentes -. Une petite vie rangée qu’il pensait pouvoir conserver quelques années encore avant de changer d’identité, mais c’était sans compter sur des élèves un peu curieux qui vont tenter de découvrir son secret.

Le film avait deux belles pistes à explorer. Notre immortel semble toucher à sa fin et commencer à vieillir, avec deux développements possibles à la clé : soit il se dirige effectivement vers la mort à un rythme inconnu, remettant en cause son statut quasi divin et nous faisant explorer la confrontation avec la fatalité, soit il s’agit d’une sorte d’épreuve spirituelle où son pouvoir de guérison s’affaibli avec la lassitude, et il doit alors retrouver en lui la force d’être l’homme qui ne marque pas. Cette première piste semble s’orienter vers la première possibilité, mais ne sera pas vraiment exploiter dans la mesure où la priorité n’est pas là. Avec l’évolution des technologies et une vie privée de plus en plus difficile de cacher avec la surexposition qu’on subit, volontairement ou non, avec les réseaux sociaux, le film explore surtout la piste d’un mode de vie qui arrive à son terme. Les jeunes sont curieux, et si le partage de ses connaissances est sa grande motivation, leur proximité peut vite devenir problématique. Il y avait là une possibilité de relation professeur-élève à la Californication, d’autant que la jeune Tara est à se damner et qu’on voit mal comment quelqu’un pourrait résister, et globalement le film ne les développe pas assez, mais c’est là un autre problème. En effet, le film se veut comme la mise en bouche de quelque chose de plus grand, avec toujours les débats philosophiques et la quête de soi en sous-texte (les cours en amphithéâtre sont d’ailleurs passionnants), mais prenant aussi le danger d’être découvert en trame de fond. Pourquoi pas, surtout si on retrouve certains personnages du premier film, car seuls deux – en plus du héros – sont de retour, mais pas sûr que le financement participatif soit à la hauteur, surtout que le film peine à exister par lui-même, ne faisant que mettre en lumière un style de vie déjà dépeint. Espérons néanmoins que d’autres films ou qu’une série complémentaire voient le jour car le potentiel est immense.

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A Star Is Born

A Star Is Born
2018
Bradley Cooper

Assurément un film que je me devais de voir avant de potentiellement publier mon top annuel tant il aura marqué une très grande partie du public. Avec plus de 8 sur IMDb et 88 de metascore, sans compter un 4,5 sur 5 sur allociné et un 90% sur rottentomatoes, le film a été l’un des gros cartons de la fin d’année avec plus de 400 M$ dans le monde, un score rarissime pour une romance, et si un certain Bohemian Rhapsody n’avait pas explosé tous les compteurs, on serait même au niveau des plus gros succès musicaux de tous les temps. Avec en prime de prestigieuses nominations dans les différentes cérémonies et une chanson phare déjà culte, la question n’était plus de savoir si le film était bon, mais à quel point.

Troisième remake du film éponyme de 1937, deux autres étant sortis en 1954 et 1976, le film raconte comment la vie de Ally (Lady Gaga) va se retrouver bouleversée suite à sa rencontre avec Jackson Maine (Bradley Cooper), grande star de la chanson américaine. Sous le charme de la jeune femme et de son timbre de voix unique, il va lui offrir le tremplin qu’elle n’a jamais eu en la faisant chanter avec lui lors d’un de ses concerts. Entre la force de ses paroles et sa puissance vocale, le public sera immédiatement conquis et une star va naître.

La voix est un instrument comme les autres, il faut de la pratique et du temps pour la maîtriser, mais c’est à la portée de tout le monde pour peu qu’on s’en donne les moyens, comme à peu près tout. Avoir du talent c’est une question de patiente et d’acharnement, mais réussir est avant tout une question de chance. Que ce soit pour la musique ou autre chose, on a tous rêvé un jour de quelque chose de grand, et qu’un mentor viendrait nous tendre la main pour atteindre les étoiles. Un sujet universel qui se raccorde bien avec la musique, forme d’art la plus immédiate en terme d’émotions, et y voir naître un amour entre les deux protagonistes était inévitable tant une passion commune peu rapprocher. Le film traite son sujet avec beaucoup de poésie et de tendresse, dressant malgré tout le portrait d’un écorché en mal d’amour et qui ne saura jamais se contenter de quoi que ce soit, un mal qui touche de nombreuse personnes et qui fera écho pour beaucoup d’entre nous. Des thèmes forts que le film développe avec une grande justesse, notamment grâce aux interprétations à fleur de peau des deux personnages principaux, excellents dans leurs rôles et qui n’ont pas volé leurs nominations aux différentes cérémonies. Deux seuls bémols viennent obscurcir un peu le tableau : à l’image de Glass, le héros ne surmontera jamais ses peurs, et musicalement, la plupart des titres d’Ally sont insipides, du pop rock lambda, peu inspiré et racoleur, là où ceux de Jackson Maine sont plus « vieux rock » limite country avec beaucoup de personnalité. Un très beau film à l’histoire classique et musicalement pas si bon, mais entre les prestations magnifiques, la réalisation très soignée et quelques tubes d’envergure, on ne peut que saluer le travail artistique.

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Première année

Première année
2018
Thomas Lilti

Le système éducatif français ? Peut-être le pire. On demande aux enseignants et aux professeurs d’avoir un bac+5 pour enseigner des notions basiques qui ne demandent pas tant de savoir mais plutôt de la pédagogie, chose qui s’apprend ou non sur le tas, alors même que nos voisins allemands proposent pour se faire comme en France à la belle époque : une réorientation bien plus tôt dans le cycle d’apprentissage, avec derrière un cursus plus rapide et plus pertinent. Pour la médecine, on frôle la blague de mauvais goût : la somme de connaissances à emmagasiner est abusive, recalant ainsi de brillants élèves à cause d’un nombre de places extrêmement limitée, avec à l’arrivée 10 à 15 % de sélection. Et à côté de ça, le pays manque de médecins et va en chercher dans d’autres pays, montrant la connerie ahurissante de nos « élites » qui dictent nos lois. On a tous connu au moins un ami extrêmement brillant, ayant eu le bac avec mention Très Bien, et ratant malgré tout la première année de médecine, démontrant que la vie est dénuée de sens à cause de ceux qui influent dessus.

Réalisateur de films centrés sur la médecine, profession qu’il connaît puisqu’il a pratiqué, Thomas Lilti nous revient avec un tout autre problème. Après la rudesse du métier et la désertification en campagne, place à l’impitoyable sélection de première année en école de médecine. On y suivra Benjamin (William Lebghil), fraîchement devenu bachelier et entrant donc en première première année, s’étant inscrit pour poursuivre une tradition familiale plus que par vocation, et Antoine (Vincent Lacoste), un triplant, chose normalement interdite (on ne peut redoubler qu’une fois) mais qu’il a obtenu grâce à une dérogation. Pour lui la médecine est une vraie passion, un rêve qu’il touchait du bout des doigts à sa dernière tentative, et cette année sera sa dernière chance.

Quand un réalisateur est aussi passionné et maîtrise autant son sujet, ça se sent. Sans même avoir vécu ce genre d’expérience, ouvrir un livre pour réviser me provoquant de terribles allergies, quant au par cœur n’en parlons pas, il n’empêche qu’on se sent immédiatement dans l’ambiance et les personnages semblent criants de vérité. Les acteurs sont excellents, certains dialogues sont finement pensés, un peu trop parfois, la mise en scène s’offre occasionnellement quelques plans esthétisés (le travelling arrière sur la chambre au sol tapissé de livres est magnifique) et le tout sonne avec une rare justesse. On sent les nerfs à vif, le raz-le-bol général, la pression monstrueuse avec un burn out lattant. On en ressort avec l’envie de brûler des bibliothèques, de fuir loin en courant dans la nature, partant le plus loin possible de ce monde de fous où en oubli de vivre. La fin est donc à la fois forte et logique, mais ô combien frustrante car même quand la réussite est à la clé, on a tout de même perdu une année de sa vie, et dans le cas contraire il y a de quoi sombrer dans la folie. On peut universaliser les propos du film, voyant là la symbolique de l’acharnement à la poursuite de ses rêves, donc assurément le film parlera à tout le monde. Reste quelques facilités de scénario, dans l’ensemble très prévisible, et on regrettera l’absence de romance dans cette spirale de travail, d’autant que la voisine asiatique était une candidate toute désignée et aurait permis de mieux travailler l’évolution psychologique de Benjamin. Un très bon film donc, et il est quasi certain qu’il est meilleur que celui qui gagnera le César du meilleur film dans quelques semaines.

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