Le Pont de la rivière Kwaï

Le Pont de la rivière Kwaï
1957
David Lean

Parmi les plus grands classiques de l’histoire du cinéma, celui-ci occupe une place de choix. En plus d’être l’un des cent plus gros succès de tous les temps en terme de nombre d’entrées (près d’un demi milliard de dollars sur le seul sol américain après inflation), le film obtint pratiquement toutes les récompenses majeures de toutes les plus grandes cérémonies, glorifiant quasi à chaque fois son casting, son réalisateur, le scénario signé par le grand Pierre Boulle (La Planète des Singes) et avec à la clé le prix du meilleur film. Mieux encore, en 2013 le film a bénéficié d’une restauration de grande qualité, nous permettant à tous de le découvrir ou de le revoir dans les meilleures conditions possibles.

Prenant place en 1943 en pleine jungle de Birmanie, le film nous conte les mésaventures de soldats britanniques et américains, captifs de l’armée japonaise et esclaves d’un chantier visant à créer un pont pour traverser la rivière Kwaï. On suivra tout particulièrement le major Sheer (William Holden), soldat américain là depuis quelques temps et qui a bien conscience que l’évasion est sa seule chance, et le colonel Nicholson (Alec Guinness) qui a accepté la reddition avec tout son régiment, ordre de ses supérieurs. Mais il ne compte pas se laisser faire pour autant, prêt à tous les sacrifices pour que les conventions de Genève soient respectées et que ceux dont il est responsable soient traités le mieux possible.

Quitte à avoir des prisonnier, autant les faire travailler. Dans une version moins hardcore que les goulags russes où l’espérance de vie avoisinait les deux mois – bien qu’apparemment le film soit un peu trop édulcoré – on découvre les camps de travail japonais, nous montrant les temps impitoyables de la guerre, mais le film aura l’intelligence de nuancer son propos. Il n’y a pas de mauvaises actions, que de mauvaises intentions. La construction du pont, en plus d’être un enjeu stratégique et militaire, sera surtout l’occasion à chacun de montrer quelles sont ses motivations. Pour les japonais, c’est le sens du devoir, des obligations, de l’honneur. Côté soldats, on retrouve cette même motivation à défendre ses valeurs morales, avec en prime une fierté nationale et militaire, s’apparentant à de la vanité qui fait écho à l’acharnement nippon. L’américain en fuite est le plus bel exemple de ce paradoxe humain où l’instinct de survie et le confort personnel entre en contradiction avec nos valeurs et l’envie de briller. Le film alterne avec une grande justesse entre la lourdeur de la guerre et les petits moments privilégiés, comme la découverte aguicheuse de l’exotisme des femmes asiatiques, ou encore les petits moments de vie pour décompresser, comme le passage sur la plage ou la pièce de théâtre. La vie elle-même y est exacerbée : on y vit plus grand, plus fort, plus vite. Un idéal pour certains, un témoin du passé pour d’autres, un grand film pour tous dont on ressort grandi entre le talent des acteurs, la vivacité de la réalisation et les valeurs morales qui y sont véhiculées. La fin pourra un peu surprendre (décevoir ?) mais ça reste une belle expérience, une grande et ambitieuse fresque comme on en voit plus.

Aussi disponible en vidéo complémentaire : https://youtu.be/9SQ5laGH2iQ

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L’Associé du diable

L’Associé du diable
1998
Taylor Hackford

Les arts oratoires m’ont toujours fasciné : rien de plus bluffant qu’une personne qui arrive à ses fins ou à vous retourner le cerveau avec de simples mots. C’est donc tout naturellement que les films de procès attisent ma curiosité, mais rares sont ceux à vraiment me bluffer. En fait c’est bien simple, dans le genre il n’y a que trois films qui m’ont réellement impressionnés : L’Hermine, La Défense Lincoln et Le Juge, bien que j’y rajouterais aussi la série Better Call Saul. À la recherche de celui qui saura à son tour me faire vibrer, j’ai alors fait des recherches, et je pensais tenir là un spécimen de choix entre son thème et son casting.

Jeune avocat de Floride qui n’a jusqu’alors jamais perdu un seul procès de sa vie, Kevin Lomax (Keanu Reeves) va taper dans l’œil de John Milton (Al Pacino) un des patrons les plus influents du pays, gérant un empire s’étalant sur tous les continents et qui doit malheureusement souvent faire face à quelques procès. Entre un logement de luxe et un salaire qui feraient pâlir un ministre, il va accepter de déménager avec sa femme (Charlize Theron) à New-York, la ville de tous les péchés.

Mon avis sur le film est très mitigé : autant les rares plaidoyers sont excellents et le casting impressionnant, autant le reste est passablement convenu et mou. Le film est une métaphore des dérives de l’humain, la matérialisation de tous nos péchés, mais les sabots sont tellement énormes que le film décide lui-même de briser le mur en devenant premier degré, chose largement spoiléé avec le titre, qui prend finalement un tournant littéral. C’est dommage, la scène de révélation est d’une lourdeur atroce et globalement le film a un énorme problème de rythme, mais d’un autre côté cela permet d’offrir une fin assez bien trouvée, faisant croire à un retour plus moral, pour mieux nous montrer toute l’hypocrisie des « hommes vertueux ». Personnellement, je suis donc resté mitigé entre une écriture assez bonne, mais mal exploitée, et une mise en scène molle et ennuyeuse, aux effets psychédéliques ayant prit un sacré coup de vieux. Peut mieux faire…

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Les Animaux fantastiques : Les crimes de Grindelwald

Les Animaux fantastiques : Les crimes de Grindelwald
2018
David Yates

On m’avait prévenu, mais je ne pouvais y croire. Alors que j’avais adoré Les Animaux Fantastiques, qui arrivait à recréer la magie de la grande saga Harry Potter tout en développant son univers, sortant encore plus des murs de Poudlard, il semblait que la sauce ne prenne pas sur le second opus. Comment est-ce possible alors que l’autrice elle-même signait le scénario et que l’idée de cinq films était une idée finement étudiée depuis la création même de cette toute nouvelle saga ? Des critiques bien plus mitigées, et surtout un score en chute libre au box-office : 160 M$ de moins alors que le budget était en hausse. De quoi tout remettre en cause ? Apparemment non, mais comme beaucoup d’autres, ce fut pour moi la douche froide.

Ne vous attendez pas à une histoire qui démarre vraiment, ce film est même une réelle pause dans le récit, et ne raconte rien de surcroît. Il y avait deux grands enjeux dans le premier film, hormis retrouver les créatures : mettre la main sur le dangereux Gellert Grindelwald (Johnny Depp), un sorcier voulant créer une guerre entre les siens et les non-mages pour qu’ils n’aient plus à se cacher, ainsi que retrouver – voir tuer – l’obscurantis, désormais identifié, Croyance (Ezra Miller). Eh bien l’histoire est ici exactement la même puisque dès la première séquence le fameux Grindelwald va s’échapper, et Croyance est activement recherché (étonnant d’ailleurs dans la mesure où il est censé être mort). Et comme dans le premier, Norbert Dragonneau (Eddie Redmayne) et Tina (Katherine Waterston) vont se croiser dans leur recherche de Croyance, avec Queenie (Alison Sudol) et Jacob (Dan Fogler) se retrouvant au milieu un peu par hasard. On croisera aussi Leta Lestrange (Zoe Kravitz) et Albus Dumbledore (Jude Law).

Fondamentalement le film est à peu près du même niveau que le premier : les acteurs sont bons, les effets spéciaux très réussis et la réalisation est très soignée, et l’univers reste toujours aussi riche et intéressant. Mais un problème de taille se pose. Quelle est l’utilité du film ? Il n’y en a tout simplement pas. Quand le générique de fin arrive, mise à part quelques personnages secondaires complètement inutiles, le film n’aura rien développé, tout juste aura-t-il fait une légère révélation sur l’identité d’un personnage, et ça reste à prouver. Etant censé être l’antagoniste ultime de cette nouvelle saga, Grindelwald n’allait forcément pas rester enfermé, mais voir le criminel le plus dangereux – et donc surveillé – se libérer si facilement est surtout une preuve de l’incompétence des autres, et il est malheureux de le voir si effacé dans le film, au point que sa fausse identité du premier film avait plus de présence et de charisme. Le film sort aussi tellement de personnages et traite tellement de sous-intrigues qu’au final rien n’est réellement développé, tout est lisse, inconsistant, et la plupart du temps inutile. Pire, on sent du fan-service omniprésent et toujours aussi inutile entre Dumbledore, Naguini et Nicolas Flammel, tous quasi simples figurants. Même les principaux protagonistes du précédent film n’ont aucune consistance, n’ayant aucune évolution psychologique, et étant eux aussi simples spectateurs de ce grand vide où il ne se passe rien. Deux heures longues et pénibles, qui auraient très bien pu se résumer en 15 minutes. Énorme déception…

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Venom

Venom
2018
Ruben Fleischer

Si pour les cinéphiles il s’agissait d’un méchant intéressant de Spider-Man 3, pour les « vrais », les « connaisseurs », son apparition était un sacrilège, un massacre. Ils voulaient un film gore, ultra violent sur un anti-héros absolu, et visiblement le public a été très content puisque les notes spectateurs sont bonnes et le film fut un carton phénoménal avec plus de 850 M$ dans le monde, il est vrai bien aidé par une Chine où il s’est classé dans le top 20 de tous les temps. Sachant leur goût pour les comédies crades et les films d’action ultra bourrins quasi nanars, ça n’était pas gage de qualité, mais je pensais naïvement qu’il y avait matière à un divertissement pas trop mal. Oh que non !

Exit New-York, le Daily Buggle et l’homme araignée : c’est dans un tout autre journal qu’on va retrouver le reporter de terrain Eddie Brock (Tom Hardy), désormais basé à San Francisco. Devant interviewer Carlton Drake (Riz Ahmed), dirigeant d’une énorme corporation pharmaceutique, il va commettre une énorme bourde, cherchant à faire éclabousser un scandale de cobayes humains morts. À chercher à tous prix le scoop, il va se mettre à dos l’un des hommes les plus riches et influents qui soit, ce qui aboutira à son licenciement et à celui de sa fiancé (Michelle Williams), compromise de par des documents confidentiels dérobés par son traître de copain. Loin de se douter des répercutions de ses actes, il était aussi loin de se douter de la raison de la mort des patients. En effet, l’entreprise de Drake a mit la main sur des Symbiotes, des extraterrestres parasites vivant à travers des hôtes, voyant en eux la solution à toutes les défaillances de notre organisme. L’un d’eux, un certain Venom, va entrer en contact avec Eddie.

Pratiquement un milliard au box-office pour ça ? Sans déconner ? Il y a des fois, comme pour certains « grands classiques » considérés comme exceptionnels, on sort du film en se demandant s’il n’y a pas eu d’erreur, si on a pas affaire à une mauvaise version, mais non. Alors que le film est extrêmement court, il faudra attendre pratiquement 40 minutes (soit quasiment la moitié) pour que ça se bouge un peu, mais niveau violence ou efficacité il faudra repasser, le tout étant soit illisible à cause d’une réalisation et un montage épileptique, soit une bouillasse numérique immonde aux FX souffrant d’une bonne décennie de retard. Et pourtant, c’est pratiquement le point le plus convaincant du film tant le scénario n’a aucun sens (motivations invraisemblables, réactions improbables voir inexistantes), pratiquement tous les effets comiques tombent à l’eau et les acteurs cachetonnent salement. À ce niveau-là ça n’est même plus du sous-jeu, c’est carrément du non-jeu ! Pire, le film échoue même à exploiter la mode des scènes post-générique, cette dernière arrivant trop tardivement et étant d’une durée débile (quasiment cinq minutes !), nous montrant un Woody Harrelson en roue libre total, nous faisant espérer que la trilogie ne verra pas le jour tant tout le monde aurait mieux à faire.

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Crazy Rich Asians

Crazy Rich Asians
2018
Jon M. Chu

Plus de 174 M$ sur le seul sol américain et sixième plus gros succès de tous les temps pour une comédie-romantique : les chiffres parlent d’eux-mêmes. Et avec un maintient plus de deux fois supérieur à la normal, on peut effectivement parler de « film phénomène ». Par contre, en dehors le bilan est tout de suite plus mitigé : « seulement » 64 M$, et le public cible, l’Asie, a largement rejeté le film. Une disparité qui laisse perplexe, surtout pour ce qui est du succès massif aux Etats-Unis.

Ah les riches, quel monde improbable ! Mais en fait, quel est ce monde exactement ? Professeur d’économie à l’université de New-York, Rachel (Constance Wu) pensait passer un petit séjour tranquille à Singapour avec son chéri Nick (Henry Golding), mais elle était loin de se douter de qui il était vraiment. Sa famille n’est autre que la famille Young, la plus puissante famille du pays, possédant un empire immobilier de plusieurs dizaines de milliards, et difficile de ne pas passer pour une arriviste cupide quand on met le grappin sur l’héritier de l’une des plus grosses fortunes au monde. Entre jalousies et méfiances pour elle, pression sociale et mésalliance pour lui, leur romance sera soumise à rude épreuve.

Ah c’est sûr, si on compare à des bouses comme Cinquante nuances de Grey, question comédie-romantique on est sur un autre niveau. Mais de là à un succès si retentissant, c’est un peu abusif. C’est un problème inhérent au genre, mais comme toujours le film est d’une prévisibilité ahurissante, les situations semblent déjà avoir été vues des milliers de fois, mais d’un autre côté toute incartade à la formule de base aurait tendance à être une mauvaise chose : si tout se passait bien, on se ferait chier, et si absolument tout se passait mal, on perdrait l’intérêt de base, le feel-good movie. On a beau se débattre avec ses chaînes, elles n’en restent pas moins là. Ne pouvant donc que redistribuer des cartes déjà connues, le film ne s’en sort pas si mal, ses sous-intrigues sont intéressantes, les personnages hauts en couleurs attachants grâce au casting épatant (l’occasion de sortir un peu le panel américain des stars asiatiques avec Michelle Yeoh et Ken Jeong), mais c’est surtout en termes d’intention de réalisation que le film s’en sort admirablement. Dès la première scène le film nous montre que tout n’est jamais tout blanc ou tout noir, opposant le mépris culturel (hôtelier) au mépris social (la famille riche). Lors de la rencontre avec la famille, les dialogues face caméra traduisent parfaitement le malaise de la situation, et dans l’ensemble la réalisation est excellente, montrant à la fois la grandeur et la décadence d’un tel faste, nous glorifiant des lieux les plus extravagants et tapageurs. Le genre trouve donc là un digne représentant, qui à défaut de bouleverser les codes les applique au mieux.

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Triple frontière

Triple frontière
2019
J.C. Chandor

Alors que leur précédente tentative de concurrencer les blockbuster s’était avéré être un cuisant échec tant Bright était une catastrophe scénaristique et visuelle, Netflix remet le couvert avec un film événement, estimé à 115 M$ de budget. Annoncé comme un film de braquage impressionnant avec un casting cinq étoiles (donc une par tête semble t-il), le film a fait énormément de bruit et on en entend parler de partout, et la dernière fois qu’un de leurs films a fait un buzz pareil, c’était pour le très sympathique Bird Box. Finalement le film est très loin de ce à quoi je m’attendais, avec quelques bonnes et pas mal de mauvaises surprises.

L’histoire du film est on ne peut plus simple : une équipe de cinq potes de l’armée américaine (Oscar Isaac, Ben Affleck, Charlie Hunnam, Pedro Pascal et Garrett Hedlund) va avoir vent de la cachette du plus gros narco-trafiquant de l’Amérique du Sud, et un contrat leur permettrait d’aller le dévaliser, moyennant quoi le gouvernement américain leur prendrait une part importante du butin. La solution était simple : soit faire appel à l’armée au complet et ne toucher qu’une petite prime dérisoire par rapport au butin, soit faire le coup eux-même et mettre définitivement leurs familles à l’abris du besoin. Le coup du siècle ? Oui, mais tout ne se passera pas comme prévu.

C’est purement subjectif, mais je n’aime pas les films de guerre. Même des ovationnés comme Jarhead ou Green Zone (pas de critique du film, m’étant endormi devant) m’ont passablement fait chier, et je pèse mes mots. Le premier quart d’heure nous refourguant le même genre de séquences vues cent cinquante mille fois, j’avais donc particulièrement peur, et de voir l’absence de développement des personnages et leurs caractères si stéréotypés aurait pu condamner mon verdict. Heureusement, on enchaîne derrière sur le fameux casse du millénaire, mais en fin de compte c’est bien trop facile, on ne sent aucune préparation minutieuse, et puis surtout on se demande ce que va faire le film derrière sur plus d’une heure. Et c’est là que le film va se montrer plus intéressant : voler des millions, c’est bien, les transporter, okay, mais pas à pied. Quand la connerie des uns va s’additionner à celle des autres, le film va partir dans un road trip à travers les paysages magnifiques de l’Amérique du Sud, nous montrant ses jungles, mais surtout la cordière des Andes, et entre une réalisation sublime, la grandeur des décors et la tension du récit, le film fini malgré tout par nous emporter. Pas de quoi s’enthousiasmer outre mesure, juste quelques bons passages, un cadre dingue et des acteurs charismatiques, mais le scénario et l’écriture en général sont bien trop fades.

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Captain Marvel

Captain Marvel
2019
Anna Boden, Ryan Fleck

Dernière ligne droite pour le MCU (Marvel Cinematic Universe) qui nous dévoile ici la dernière origin story pour l’affrontement ultime contre Thanos, le grand adversaire d’une décennie entière de films de super-héros Disney. Et ce n’est pas n’importe quelle origin story, puisque non seulement il s’agit du plus puissant super-héros de tous les temps, mais c’est en plus la première super-héroïne à qui Marvel dédie un film. Alors même que côté DC Wonder Woman était déjà passé par là, c’est avec ce porte-étendard qu’un assez affligent mouvement féministe s’est lancé, comme si une héroïne en tête d’affichage avait quoi que ce soit de novateur. Est-ce parce qu’elle n’a pas de love story (et ça reste sujet à débat) ? À ce compte là le tout premier Alien était bien plus féministe, mais soit. La campagne marketing s’en est un peu retrouvée indigeste par moments, au point qu’un bashage massif a été organisé avant même la sortie du film, mais les notes ont peu à peu remonté, revenant à un niveau bien meilleur. Mais faisons fi des enjeux des prochains films et des perturbations annexes, car la cuvée est au final assez bonne.

Règle d’or des précédents films, la continuité n’est plus à l’ordre du jour. Dérogeant déjà un peu à la règle, Ant-Man 2 se déroulait en parallèle d’Infinity War, mais cette fois l’action prend place en 1995. On y découvre Vers (Brie Larson), une Kree de Hala, membre de la Star Force (dirigée par Jude Law), une élite chargée de la protection dans l’univers. Suite à une mission de sauvetage qui va s’avérer être une embuscade, Vers va être capturée par les Skreul, aliens des plus dangereux car capables de copier n’importe qui jusqu’à son ADN, les rendant indétectables, connus pour leurs infiltrations dans des civilisations qu’ils copient puis détruisent de l’intérieur. Grâce à ses pouvoirs, elle va réussir à leur échapper et va tenter de retrouver ce qu’ils semblaient chercher dans sa mémoire. Amnésique, elle ne se rappelle rien avant son arrivée sur Hala six ans plus tôt, et pour contrer les Skreul elle va devoir affronter son passé inconnu et se rendre sur une bien étrange planète : la Terre.

On ne va pas tergiverser 107 ans, on a là un produit particulièrement calibré à la sauce habituelle avec comme toujours un savant mélange d’action, humour et aventure. La construction en puzzle ne change pas grand chose à une histoire assez classique, bien qu’on appréciera quelques rebondissements dans l’intrigue, de même que le caractère assez posé de l’ensemble, ne cherchant pas la surenchère d’action mais privilégiant l’ambiance et les personnages. Ça fait le taff grosso modo, et Brie Larson est toujours aussi exceptionnelle, arrivant à créer une certaine fragilité chez ce qui est l’un des êtres les plus puissants de l’univers. Heureusement, à force la marque de fabrique du MCU se peaufine et s’améliore, nous régalant de savoureux passages comiques comme la bagarre dans le train, les deux séquences sur la technologie de l’époque, ou encore tout ce qui entoure le chat et Nick Fury (Samuel L. Jackson). Concernant ce dernier, il faut bien dire que la technologie de rajeunissement est bluffante, et plus globalement le visuel du film est irréprochable, bénéficiant d’effets-spéciaux de très haute facture avec une mise en scène soignée, surtout dans les scènes épiques, le reste étant purement fonctionnel. À quelques semaines de la sortie de Endgame, il était grand temps d’introduire ce personnage central, mais le bilan n’est pas parfait. Le film était indispensable, dans les faits le résultat est très sympathique et augure de très bonnes choses, mais pourquoi maintenant ? Pourquoi si tard ? Le film aurait pu sortir il y a dix ans que cela n’aurait posé aucun problème, et au contraire on a l’impression qu’il manque un ou deux films pour vraiment faire le lien avec Endgame. Elle découvre à peine l’ampleur de ses pouvoirs, en pleine crise galactique non résolue, et on la retrouve une vingtaine d’années plus tard l’air de rien. C’est dommage, mais cela n’enlève en rien ses qualités au film.

Voici au passage une vidéo-critique du film, avec à 8 min 15 une théorie sur la présence de nulle autre que Wolverine : https://youtu.be/tWRv7geQ3sw

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Will Hunting

Will Hunting
1998
Gus Van Sant

Si lors des Oscars de 1998 le film n’a rien pu faire face au raz-de-marrée Titanic, le film aura tout de même eu son heure et a su marquer à travers le temps. En plus d’avoir offert à ses deux acteurs vedettes leurs seuls Oscars de leur carrière (néanmoins en tant que scénariste, et non acteur, pour le fameux Will), sans compter plus de 220 M$ dans le monde, le film aura su s’imposer dans la culture populaire grâce à certains de ses passages sur le sens de la vie, ou tout simplement des performances oratoires. Oui, mais même avec un bon casting, d’excellents dialogues et un scénario de base solide, le film n’en est pas pour autant si génial que ça.

Comme les études le montrent : le bonheur est inversement proportionnel à l’intelligence. Conscient de ses facultés mentales hors du commun, Will Hunting (Matt Damon) s’évertue donc à cacher le plus possible ses dons, en s’assurant de ne jamais rien faire de sa vie. Il occupe donc un boulot de balayeur et passe le plus de temps possible au bar à se bourrer la gueule avec ses potes (Ben Affleck et Casey Affleck), et rejette les pauvres folles qui oseraient s’attacher à lui (Minnie Driver). Malheureusement pour lui, à force de multiplier les conneries, il va se retrouver au pied du mur, obligé d’accepter l’aide de Lambeau (Stellan Skarsgard), un professeur de renom qui a décelé en lui un immense potentiel. Pour l’aider à aller mieux sur le plan psychologique, il sera obligé de voir un psy (Robin Williams) qui devra lui apprendre à vivre.

Le film avait, comme à l’image de son héros, un immense potentiel, mais qui ne sera jamais correctement exploité. Dans un premier temps, on ne voit pas bien ce que le film essaye de dire ou de montrer, si ce n’est le cas « typique » du gars qui fait exprès de foutre sa vie en l’air, à ceci près que d’habitude il s’agit plutôt d’un jeune homme de bonne famille qui perd pied. Le problème, c’est qu’à force, ses petits jeux orateurs dévoilent sa faiblesse : il est exactement ce qu’il critique, incapable de penser par lui-même et régurgitant sa science comme une sorte d’armure pour le protéger du monde extérieur. Les mécanismes du film manquent de subtilité ; tout, jusque dans la toute dernière scène, est téléphoné à outrance ; on ne dénotera pratiquement aucune évolution psychologique des personnages, moteur pourtant indispensable à l’avancement de l’histoire ; la romance n’a pas de développement suffisant pour avoir une réelle ampleur ; et au final les fameuses tirades si brillantes sonnent parfois creux, comme un discours pré-mâché d’auto-défense. Le film reste intéressant, pas mal de pistes de réflexions sur la vie et la société, mais globalement on en ressort mitigé, comme si ça n’allait pas assez loin. Un film pour ma part très surcoté.

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Green Book

Green Book
2019
Peter Farrelly

Malgré d’excellentes critiques, voici un outsider auquel pas grand monde ne croyait, en dehors du prix du meilleur acteur secondaire qui était fortement pressenti. Et le voilà reparti des Oscars avec le prix du meilleur scénario, mais surtout celui du meilleur film, célébration ultime pour ce qui était déjà un joli succès du cinéma indépendant, glanant près de 150 M$ dans le monde et plus d’un million d’entrées en France avant même sa consécration. Alors que peu des meilleurs films des derniers Oscars vont durablement marquer, la plupart de ceux des dix dernières ayant déjà été oubliés, celui-ci fera-t-il exception ? Peu probable, mais c’est assurément l’un des plus méritants de la sélection.

Tiré d’une histoire vraie, le film se déroule en 1962, période sous haute tension pour les afro-américains puisque la ségrégation avait encore cours, bien que le racisme culturel résiste encore un demi-siècle plus tard. Pianiste de renom, Don Shirley (Mahershala Ali) voulait alors entreprendre un voyage des plus compliqués : une série de concerts dans le sud des Etats-Unis, zone où la ségrégation était particulièrement forte et les comportements agressifs. Sans emploi et un peu au pied du mur, Tony Vallelongua (Viggo Mortensen), italien proche du milieu mafieux, va accepter à contrecœur un emploi de chauffeur / garde-du-corps, lui qui ne supporte pas les personnes de couleurs. Un riche noir pédant, un gros bof italien au sang chaud : deux hommes qui n’avaient rien en commun et qui n’étaient pas fait pour s’entendre, et le hasard des choses va les réunir pour un voyage de huit semaines.

Voilà ce qu’on appelle un feel-good movie. Le film part de thématiques assez graves pour au final nous livrer un road-movie où deux inconnus vont apprendre à se connaître et à s’apprécier. Un choc de cultures où chacun a à apprendre de l’autre et où tout le monde en ressort grandi. Le film n’est pas là pour nous balancer sagement sa morale, il est surtout là pour faire un point sur le monde, son évolution (ou non en l’occurrence), mais surtout pour nous faire comprendre son fonctionnement. Si la distinction raciale est naturelle, le racisme au sens de « la peur de l’autre » est quant à lui plus culturel. Indubitablement dans une cérémonie des Oscars où la mixité était à ce point mise en avant, le sacre du film est évidemment politique, mais le film ne démérite pas pour autant. Si en terme d’écriture ou de mise en scène le film n’a rien de bien original, son histoire n’en reste pas moins agréable à suivre, la femme de Tony apporte une émotion qui fait du bien, et le jeu des acteurs est effectivement excellent. Mahershala Ali campe encore un peu toujours le même genre de personnage, et il le fait parfaitement bien, mais j’aurais plus tendance à applaudir la performance de Viggo Mortensen, au rôle très éloigné de son répertoire, arrivant pour le coup à sortir un accent italien convaincant, sans compter la métamorphose physique. À l’image de la plupart des Oscars du meilleur film de ses dernières années, il est probable que le film sombrera vite dans l’oubli et ne marquera assurément pas l’histoire, mais il a le mérite d’offrir un excellent divertissement, largement plus abouti que la plupart des autres prétendants qui étaient en lice.

Critique aussi disponible en vidéo complémentaire : https://youtu.be/lX0u1ue4rZ8

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Roma

Roma
2018
Alfonso Cuarón

Voici donc l’un des grands favoris des Oscars qui récolta pas moins de dix nominations, dont toutes les catégories les plus importantes (meilleur film, réalisateur, actrice, scénario, photographie… ). Après deux films de science-fiction très biens accueillis, on attendait avec impatiente de savoir quel allait être le nouveau projet d’Alfonso Cuarón, et nombre ont été déçu de savoir qu’il nous préparait un pur film d’auteur, espagnol et en noir et blanc. Pourtant, le voilà auréolé de prestigieuses critiques, acclamé dans les plus grandes cérémonies. Et pourtant…

Le film nous conte l’histoire d’une bonne (femme de ménage) hispanique dans une famille de « riche » à Mexico aux alentours des années 60-70 semble-t-il (La Grande Vadrouille, sorti en 1966, étant diffusé en salles). La mise en images de la banalité de la vie, du quotidien de chacun, vue par une femme banale.

Dès les premières minutes les problèmes s’enchaînent. Ne serait-ce que deux choix de réalisation qui laissent perplexes, que ce soit le style contemplatif ou le traitement de l’image. Il y a deux types de films contemplatifs : les films d’atmosphère qui misent sur la poésie de l’instant, et ceux qui confondent se poser et se reposer. Les scènes semblent s’éterniser sans que cela ne serve le propos, à supposer qu’il y en ait un. On comprend aussi l’intérêt de la couleur quand le noir et blanc empêche parfois de comprendre ce que l’on regarde. Également, l’étalonnage est bizarre, manquant de contraste, faisant que les nuances de blancs perdent en lisibilité, et côté réalisation les mouvements de caméras sont parfois peu esthétiques. Mais bon, si le rythme ou l’esthétisme peuvent effectivement empêcher d’apprécier un film, une bonne histoire aurait pu tout rattraper. Seulement c’est là le hic, c’est le assurément le point le moins convaincant du film. On suit une famille, sa bonne qui tombera enceinte, et c’est tout. Le film tentera bien de créer un petit électrochoc après 1h30 de profond sommeil, mais ne connaissant pas l’histoire Mexicaine de l’époque, à titre personnel la mini guerre civile de moins de cinq minutes m’a plus sorti du film qu’autre chose. Le passage à l’hôpital est en revanche une très grande réussite en terme d’émotion et d’intensité, mais les questions sont nombreuses. Par exemple, à quoi sert le chien ? Montrer que les riches sont des connards qui prennent un animal sans prendre conscience de la charge de responsabilité qui en incombe ? C’est lourd. Le cliché du connard qui se barre quand la fille annonce sa grossesse… Au secours ! Pire, le film en rajoutera deux couches, pour être vraiment sûr que le spectateur ait bien compris le message. Clairement s’il n’y avait pas le nom d’un illustre réalisateur attaché au film, il est évident que jamais le film n’aurait fait parlé de lui, sauf à la limite pour les pauvres cinéphiles tombés dessus par hasard, et qui auraient le devoir de mettre en garde le reste du monde contre un ennui si mortel. Rarement vu un film aussi surcoté, les quelques moments réussis et le talent des actrices ne pouvant effacer autant d’esbroufe visuel, mais surtout une histoire si plate et ennuyeuse.

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