La Colle

5 décembre 2017 3 Par Antoine

La Colle
2017
Alexandre Castagnetti

On se plaint du manque de diversité dans le paysage cinématographique français, mais quand exceptionnellement une petite pépite à peu près originale s’y glisse le public s’en détourne, la faute à une presse absolument dégueulasse. Alors oui, le film est un mélange de The Breakfast Club et d’Un Jour sans fin et il fait bien plus que s’en inspirer, mais voir un film de chez nous apporter de jolis messages avec une histoire de boucle temporelle, ça reste assez dingue. Et pitié, ne venez pas me parler de cette infâme bouse de Camille Redouble, gardons un peu de dignité face aux plagiats complètement ratés quand une inspiration soutenue peut trouver sa propre identité.

Mal dans se peau, victime notoire et boulet complet, Benjamin partait déjà perdant en étant un des seuls blancs dans un lycée de banlieue, ayant pour seul ami un fils d’ambassadeur encore plus paumé que lui. Suite à un malentendu complètement mérité quand on est à ce point débile, Benjamin va se retrouver en colle un samedi, entouré des pires cassos sous la surveillance du pire pion possible. Seule lumière dans ce tableau, la belle Leila sur laquelle il fantasme est aussi présente, lui qui faisait justement le vœux d’être avec elle la vieille. Son souhait va justement se réaliser : à chaque fois qu’elle s’éloignera physiquement de lui, le temps remontera en boucle au début de la colle.

Le principe du film est ultra simple et peut être assimilé à n’importe quel film de boucle temporelle, que ce soit Edge of Tomorrow ou un autre : on revit un événement en boucle jusqu’à ce qu’on trouve la solution au plus grand problème de sa vie. Improviser au jour le jour n’est pas évident, et avoir la chance de pouvoir anticiper, analyser et apporter la réponse la plus aboutie possible est le rêve de tout le monde. Et quand on n’est pas un génie plein aux as, le don de prescience est l’alternative toute trouvée. Encore faut-il en faire un bon développement derrière, et même si on n’échappe pas à quelques gags faciles et de gros clichés, le film a trouvé un excellent axe et le pousse admirablement. Les personnages sont très bien écrits, les dialogues ont un vrai impact, le montage est précis et l’achèvement ultime est une brillante leçon d’écriture inspirante. Au fond l’histoire est un peu banale mais le contexte rend l’expérience géniale. Reste un dernier défaut de taille, hormis l’abus monstrueux sur l’age (des acteurs de 25-30 ans pour jouer des lycéens) : l’art du dernier plan (le meilleur exemple qui me vienne en tête sont les deux Sherlock Holmes, des références du genre). Savoir trouver avec justesse le climax précédent le générique de fin n’est pas toujours évident, mais conclure le film sur le dernier plan sur la BD aurait été autrement plus fort que de prolonger inutilement l’intrigue avec la dernière séquence. De bonnes idées, une vraie personnalité pour un divertissement vraiment pas mal, et il n’en aurait pas fallut beaucoup plus pour en faire un grand film.