
Sinners
2025
Ryan Coogler
Rarement je n’aurais autant appréhendé un film, et ce pour deux raisons. Déjà je n’ai que modérément apprécié les précédentes œuvres de son réalisateur Ryan Coogler, qui prône beaucoup trop un entre-soi afro-américain délétère qu’on pourrait qualifier de racisme antiblancs, et là encore, je savais que le casting allait être quasi exclusivement composé d’afro-américains, à l’exceptions d’antagonistes car le blanc est forcément toxique. Donc je partais du principe que le film ne m’était clairement pas destiné, et d’autant plus que si le film a été un succès tonitruant aux Etats-Unis avec 280 M$, le reste du monde n’en a pas eu grand chose à foutre. La France fait presque figure d’exception avec de justesse le million d’entrées glané, mais c’est proportionnellement à son succès à domicile ridicule, et dans le reste du monde le film a largement bidé. Un réalisateur qui ne m’a jamais convaincu, un succès limité à son seul pays d’origine. Et pourtant !
Nous sommes en 1932 dans le Mississipi, alors que la ségrégation et la prohibition font rage aux Etats-Unis. Deux frères jumeaux, Smoke et Stack (Michael B. Jordan), vont alors ambitionner de défier la société en revenant dans leur ville natale après avoir fait fortune à Chicago, souhaitant ouvrir leur propre club de blues. Pour l’ouverture, ils espéraient une soirée inoubliable, mais les choses vont dégénérer.
Qui sait, c’est peut-être d’avoir découvert Clair Obscur : expédition 33 le même jour, une claque si colossale que j’en étais euphorique, mais ça aurait aussi pu rendre tout insipide en comparaison. Toujours est-il que dès le premier plan de la première scène, j’étais conquis : la photographie est magnifique, et la musique l’est tout autant. Et si le jazz m’insupporte, je dois avouer que la plupart des compositions blues étaient entraînantes. Pareillement, si l’idée d’un club exclusif aux personnes noires est un concept détestable, d’autant que forcément les seuls blancs du film seront méchants ou nuisibles, toute l’organisation est fascinante, montrant les frères recruter les meilleurs de chaque domaine (musiciens, chanteur, cuisinier, etc.) et se procurer les meilleurs produits. On sent cette envie de croquer la vie à pleine dent, tout en mettant en avant le thème commun de chacun qui donne son nom au film : ils sont des pécheurs (sinners).
Ainsi, le gros retournement du film est une métaphore de ces péchés qui s’abattent sur eux, tout en le traitement frontalement premier degré, et force est de reconnaître que ce traitement original marche du feu de Dieu. Si les personnages ne sont pas forcément attachants de par leurs péchés, égoïsme et racisme en tête, il faut reconnaître que le casting est formidable. Delroy Lindo et Jack O’Connell en font des turbo caisse à cabotiner, mais ça colle parfaitement avec leurs rôles. Hailee Steinfeld est une tentatrice d’exception, et Wunmi Mosaku a une présence qui ne passe pas inaperçue. Exercice des plus délicats, Michael B. Jordan arrive avec brio à donner vie à deux personnages à la fois, et le réalisateur se challenge constamment en les faisant interagir très souvent pour un trucage bluffant. En revanche, la fameuse scène musicale, portée aux nues comme l’une des plus grandes séquences de l’histoire du cinéma, m’est tellement passée au dessus que je ne voyais vraiment pas de quelle scène il s’agissait, et avec le recul c’est loin d’être remarquable, voir banal. Pour le reste, je n’ai tout simplement pas décroché un instant du film, scotché de bout en bout comme rarement ça m’est arrivé. L’image est magnifique, la musique sublime, les acteurs au top et l’histoire est prenante. Comme quoi, même pétri d’aprioris, on peut adorer un film.















