La Guerre des Rose


La Guerre des Rose
2025
Jay Roach

Près de 40 ans après le premier film éponyme, voici une nouvelle adaptation du roman de Warren Adler, retraçant donc un amour qui fini en règlement de compte. Outre le fait que je n’avais pas forcément envie de me plonger dans une histoire faisant un peu trop écho à la mienne, pas grand chose ne m’attirait dans le projet, et je pensais même potentiellement ne jamais voir ce film de ma vie. Eh puis patatras, voilà que le critique de ciné Durendal le classe carrément comme son film préféré de 2025 ! Ah bon ?

Jusqu’où peut-on laisser les choses dégénérer ? Après un coup de foudre immédiat, Ivy (Olivia Colman) et Theo (Benedict Cumberbatch) se sont installés ensemble et ont eu deux adorables enfants. Ivy avait d’ailleurs arrêté son travail de restauratrice pour s’occuper d’eux, pendant que Theo rayonnait d’une brillante carrière d’architecte. Mais seulement dix ans plus tard, un incident va tout faire basculer, faisant perdre son travail à Theo et devenant père au foyer, pendant qu’au contraire Ivy va se relancer avec un restaurant qui va exploser et lui faire atteindre une grande renommée. Une inversion des rôles qui va faire naître des tensions irréconciliables.

Alors effectivement le film a des fulgurances et un potentiel énorme, mais pas tenu. Il faut tout d’abord reconnaître une belle qualité d’écriture au global, ayant l’intelligence de ne pas attaquer directement la mésentente, mais au contraire montrer toute l’étendue de leur amour. Leur histoire est très mignonne, et pendant quasiment tout le film les piques ne sont jamais gratuites ou exclusivement méchantes, il y a toujours de l’honnêteté, de la bienveillance et une belle complicité, même dans la manière de s’engueuler. Ce n’est pas juste « mais pourquoi étaient-ils ensemble ? » ou « faut arrêter les frais », au contraire le film justifie parfaitement la situation, de comment ils s’aiment mais aussi de comment une guerre d’égo peut être dévastatrice. Les joutes verbales sont magnifiques, et notamment en VO il y a de vraies pépites d’humour noir, dont je suis particulièrement friand. Même les seconds rôles apportent leur lot de sel, surtout le couple Andy Samberg / Kate McKinnon, montrant une situation à l’opposée totale : pas d’amour, mais pas de disputes. Pourtant, le film ne marche pas si bien au final, ayant l’impression constante que leurs disputes ne devraient pas peser si lourd face à un amour si évident, et les joutes verbales sont autrement plus réussies que les pugilats de dernière ligne droite, sans compter la fin un peu ratée. J’ai passé un excellent moment sur les deux premiers tiers, mais quel dommage que la fin bascule dans du granguignolesque moins maîtrisé.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Mickey 17


Mickey 17
2025
Bong Joon Ho

Le réalisateur Bong Joon Ho avait tout raflé aux Oscars avec son très médiocre Parasite, une comédie de classe banale mais efficace sur sa première moitié, puis du grand n’importe quoi débile sur sa seconde. Et de fait, les portes d’Hollywood lui ont été grandes ouvertes, lui permettant de faire une grosse production de SF à 118 M$ de budget, soit plus du double de Okja, son précédent métrage le plus ambitieux. Si les financiers doivent s’en mordre les doigts vu son anémique 133 M$ dans le monde, donc pas loin de 100 M$ de pertes avec le marketing et les frais de distribution, les cinéphiles eux ont été ravis d’une proposition à peu près originale.

Fuyant une dette impossible à rembourser, Mickey Barnes (Robert Pattinson) va se proposer comme recrue réimprimable au sein de l’expédition de Keneth Marshall (Mark Ruffalo), partant coloniser une nouvelle planète. Son rôle ? Faire toutes les tâches les plus dangereuses qui soient, car de toutes façons, s’il meurt, il suffira de le réimprimer.

Le concept du film est très largement problématique puisque reposant sur un mensonge. Nous ne sommes pas dans Westworld, on ne parle pas de IA dont le code reste intact et dont on ne fait que remplacer l’enveloppe corporelle. Non, ici on parle d’humain, donc une mort est une mort, tout nouveau Mickey est un clone et le précédent ne se réincarne pas comme par magie, ça ne marche pas comme ça. D’ailleurs le film en a conscience puisque chaque Mickey a des traits de caractère différents, prouvant que ce n’est pas le même d’une fois sur l’autre, et sa peur constante de la mort prouve que lui aussi en a conscience, même si d’un côté il est suffisamment débile pour ne pas en être totalement persuadé, et de l’autre l’avouer serait dévastateur mentalement. Mais par contre, que les autres lui demandent « ce que ça fait de mourir » est une marque de stupidité, puisque de fait il est réimprimé, soit une nouvelle version qui en aucun cas ne « reviendrait des morts ».

Heureusement, le film ne se limite pas à ça, puisqu’il s’agit en réalité d’un quasi préquel spirituel à Starship Troopers, racontant le premier contact entre l’humanité et une race locale sur une planète qu’on ambitionne de coloniser. Le rapport est d’autant plus flagrant qu’on a une espèce de type insecte qu’on en comprend pas trop, avec une réponse typiquement américaine : la violence militaire. Le film est donc doublement intéressant puisque se concentrant sur deux sujets fascinants : la vie sous toutes formes, et le rapport au pouvoir. Un peu naïf et pas forcément très profond sur chaque thème, le film est d’ailleurs moins original qu’il n’y parait, s’appropriant des thèmes déjà vus dans Moon et Starship Troopers notamment. Mais c’est aussi vrai qu’il le fait très bien, Robert Pattinson étant très crédible aussi bien comme simplet qu’en rebelle (hâte de le voir en Gustave, ça ne pourrait être que lui), Mark Ruffalo faisant aussi une version hilarante de son ennemi juré Trump, Toni Collette est plus effacée mais non moins effrayante, et Naomi Ackie et Anamaria Vartolomei se partagent avec brio deux facettes opposées du système, l’une étant intégrée au système mais contre ses convictions, rebelle, et l’autre souhaitant s’y intégrer, quitte à changer de convictions, se conformer. Visuellement le film est irréprochable, se concentrant sur des environnements simples, faciles à créer, et les créatures sont un formidable travail de conception. Comme toujours avec Bong Joon Ho, on reste sur de la lutte des classes avec un message très orienté sur les Etats-Unis qui ont donc produit le film, et ça l’a visiblement bien inspiré. On sent aussi que le cinéaste a eu les mains très libres, car pour une si grosse production, se focaliser sur l’humain et totalement délaisser l’action, c’est un parti prit très risqué. J’attendais quelque chose de plus profond, mais c’est tout de même une belle proposition, certes plus originale sur la forme que sur le fond.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Minecraft, Le Film


Minecraft, Le Film
2025
Jared Hess

Désormais les jeux sont fait, c’est officiel, Minecraft restera donc le plus gros succès en salles aux Etats-Unis en 2025, faisant donc plus d’entrées que Avatar 3 notamment (étonnamment de façon inquiétante pour la saga seulement 4ème de l’année avec une chute de 40% par rapport au prédécesseur). Et dans le monde, le film a frôlé le milliard, tout simplement. Alors oui, le jeu dont il est l’adaptation s’est vendu à plus de 350 millions d’exemplaires, ce qui en fait le plus gros succès de tous les temps derrière Tetris, mais tout de même !

Un type nommé Steve (Jack Black) va par hasard tombé dans le monde de Minecraft, puis quelques années plus tard ce seront d’autres gens (incluant Jason Momoa et Emma Myers). Une méchante sorcière porcine va les y attaquer. Voilà voilà…

Après Blanche Neige, voici « on s’arrête pour regarder l’accident sur le bas côté de la route » épisode 2, mais cette fois le film n’a même pas eu la décence d’être un désastre financier, au contraire. Déjà que j’en ai absolument rien à battre du jeu de base, mais alors là, c’était affolant comment les images défilaient dans une indifférence stratosphérique ! La DA (bon Dieu les « villageois » avec une bite à la place du nez !) est hideuse, Jack Black et Jason Momoa sont infernaux de cabotinage, le scénario est anémique et les personnages d’un vide phénoménal. L’humour est d’un puéril, soit scabreux soit scatophile,  à se demander si tous les joueurs Minecraft n’ont pas moins de 12 ans (oh wait ?). La palme du malaise revient à Jennifer Coolidge, à un niveau de roue libre fascinant de connerie. Ca dégueule de FX criards et hideux, pour une bouillie flashy stupide à outrance. Dire que ça a cartonné parce que les ricains sont teubés et que les jeunes ont fait des tiktok à blinde sur Steve en mode « trop lol ». Pauvre jeunesse à la dérive…

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Sinners


Sinners
2025
Ryan Coogler

Rarement je n’aurais autant appréhendé un film, et ce pour deux raisons. Déjà je n’ai que modérément apprécié les précédentes œuvres de son réalisateur Ryan Coogler, qui prône beaucoup trop un entre-soi afro-américain délétère qu’on pourrait qualifier de racisme antiblancs, et là encore, je savais que le casting allait être quasi exclusivement composé d’afro-américains, à l’exceptions d’antagonistes car le blanc est forcément toxique. Donc je partais du principe que le film ne m’était clairement pas destiné, et d’autant plus que si le film a été un succès tonitruant aux Etats-Unis avec 280 M$, le reste du monde n’en a pas eu grand chose à foutre. La France fait presque figure d’exception avec de justesse le million d’entrées glané, mais c’est proportionnellement à son succès à domicile ridicule, et dans le reste du monde le film a largement bidé. Un réalisateur qui ne m’a jamais convaincu, un succès limité à son seul pays d’origine. Et pourtant !

Nous sommes en 1932 dans le Mississipi, alors que la ségrégation et la prohibition font rage aux Etats-Unis. Deux frères jumeaux, Smoke et Stack (Michael B. Jordan), vont alors ambitionner de défier la société en revenant dans leur ville natale après avoir fait fortune à Chicago, souhaitant ouvrir leur propre club de blues. Pour l’ouverture, ils espéraient une soirée inoubliable, mais les choses vont dégénérer.

Qui sait, c’est peut-être d’avoir découvert Clair Obscur : expédition 33 le même jour, une claque si colossale que j’en étais euphorique, mais ça aurait aussi pu rendre tout insipide en comparaison. Toujours est-il que dès le premier plan de la première scène, j’étais conquis : la photographie est magnifique, et la musique l’est tout autant. Et si le jazz m’insupporte, je dois avouer que la plupart des compositions blues étaient entraînantes. Pareillement, si l’idée d’un club exclusif aux personnes noires est un concept détestable, d’autant que forcément les seuls blancs du film seront méchants ou nuisibles, toute l’organisation est fascinante, montrant les frères recruter les meilleurs de chaque domaine (musiciens, chanteur, cuisinier, etc.) et se procurer les meilleurs produits. On sent cette envie de croquer la vie à pleine dent, tout en mettant en avant le thème commun de chacun qui donne son nom au film : ils sont des pécheurs (sinners).

Ainsi, le gros retournement du film est une métaphore de ces péchés qui s’abattent sur eux, tout en le traitement frontalement premier degré, et force est de reconnaître que ce traitement original marche du feu de Dieu. Si les personnages ne sont pas forcément attachants de par leurs péchés, égoïsme et racisme en tête, il faut reconnaître que le casting est formidable. Delroy Lindo et Jack O’Connell en font des turbo caisse à cabotiner, mais ça colle parfaitement avec leurs rôles. Hailee Steinfeld est une tentatrice d’exception, et Wunmi Mosaku a une présence qui ne passe pas inaperçue. Exercice des plus délicats, Michael B. Jordan arrive avec brio à donner vie à deux personnages à la fois, et le réalisateur se challenge constamment en les faisant interagir très souvent pour un trucage bluffant. En revanche, la fameuse scène musicale, portée aux nues comme l’une des plus grandes séquences de l’histoire du cinéma, m’est tellement passée au dessus que je ne voyais vraiment pas de quelle scène il s’agissait, et avec le recul c’est loin d’être remarquable, voir banal. Pour le reste, je n’ai tout simplement pas décroché un instant du film, scotché de bout en bout comme rarement ça m’est arrivé. L’image est magnifique, la musique sublime, les acteurs au top et l’histoire est prenante. Comme quoi, même pétri d’aprioris, on peut adorer un film.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Y a-t-il un flic pour sauver le monde ?


Y a-t-il un flic pour sauver le monde ?
2025
Akiva Schaffer

Si je suis passé totalement à côté de la trilogie « Y a t-il un flic ? » des années 80-90, à moins d’en avoir peut-être vu il y a fort longtemps et de l’avoir oublié, je dois avouer m’être fait complètement avoir par la bande-annonce. Drôle, efficace, original, et un vrai coup de génie niveau casting, car qui mieux que Liam Neeson peut incarner une parodie de flic, lui qui ne fait plus que camper des héros d’action depuis 20 ans ?

Y aura t-il quelqu’un pour sauver le monde ? Alors qu’un riche fou (Danny Huston) prévoit de déverser un puissant neuro pathogène sur le monde, le plus intrépide des policiers, l’inspecteur Franck Drebin Jr (Liam Neeson) est justement sur les traces de son bras droit, Sig Gustafson (Kevin Durand), qui a commandité un braquage. Pour l’aider dans son enquête, il pourra compter sur son coéquipier Ed Hocken Jr (Paul Walter Hauser) ainsi que Beth Davenport (Pamela Anderson), la sœur d’un témoin qui se serait suicidé de plusieurs coups de couteaux et tirs de revolver avant de se jeter d’une falaise avec sa voiture.

Eh bien pour reprendre la célèbre phase de Kaamelott, « c’est systématiquement débile mais c’est toujours inattendu ». Si certains gags ne fonctionnent juste pas, comme celui de la petite fille pour des raisons évidentes de proportions, d’autres sont presque encore moins cohérents, mais comme dit l’adage, plus c’est con plus c’est bon, et plus c’est gros, plus ça passe. Le running gag du café est de prime à bord sympathique, mais devient juste colossal avec le bon sens du non timing. Qu’un énième collègue lui passe encore un café, même s’il fait trois litres, c’est bof. En revanche, qu’en pleine course poursuite en voiture il ouvre la fenêtre et qu’une main hors champ lui passe un café, c’est du génie ! Ce serait interminable de faire la liste de tout ce qui marche et tout ce qui ne marche pas, car le film est d’une générosité ahurissante, enchaînant sans temps mort. Au passage petit merci pour la durée de 1h20 générique compris, ça fait du bien un film concis de temps en temps. Je dirais que globalement ça a beaucoup marché sur moi, et toute la dernière ligne droite avec le hibou et Dave Bautista m’a fait rire aux éclats. Alors oui, pas mal de passage sont limites, le coup du bonhomme de neige est quasi honteux, mais dans le genre le film pulvérise des propositions comme Max la menace ou Johnny English. Petit mot aussi sur le casting, notamment le duo d’affiche, juste parfait en auto-dérision, et leur alchimie fait plaisir à voir. Enfin une femme d’âge mur qui n’abuse pas de la chirurgie, restant séduisante à l’approche de ses 60 ans, et qui offre une nouvelle partenaire de vie à son binôme après quasi vingt ans de deuil. Profitons donc nous aussi des petites plaisirs simples, car c’est le genre de film qui ose, et c’est même à ça qu’on les reconnaît comme dit le proverbe.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Chainsaw Man – Le Film : L’arc de Reze


Chainsaw Man – Le Film : L’arc de Reze
2025
Tatsuya Yoshihara

Nous y voilà, il n’y avait qu’une saison de 12 épisodes courts à rattraper avant de pouvoir voir ce film, particulièrement acclamé à sa sortie et dont le succès force le respect : plus de 170 M$ dans le monde, ce qui est colossal dans le genre. Le film prend la suite de la série, adaptant les chapitres 38 à 52 du manga, ce qui au passage fait froid dans le dos. En quatre ans, six tomes auront donc été adaptés, ce qui ne représente que un an de publication. Autrement dit, tous les quatre ans l’anime prend trois ans de retard, sachant que le manga est toujours en publication, et même s’il s’arrêtait maintenant, sachant que aucun autre film n’est prévu dans un avenir proche et que la seconde saison ne sortira pas avant 2027, il faudrait au bas mot 2040 pour rattraper le retard actuel. Autant dire qu’à moins d’une accélération drastique dans le calendrier, plusieurs générations vont passer avant d’en voir le bout, à condition que la popularité ne désemplisse pas sur des dizaines d’années.

Ah l’amour… Alors qu’il ne jurait que par Makima, sa patronne, Denji va rencontrer une jeune fille pétillante et très entreprenante : Reze. Un idylle aussi inattendu qu’éclatant, mais la prudence reste de mise. Les sbires du démon flingue cherchent toujours à s’emparer du cœur de Denji, et les rangs sont clairsemés chez la 4ème division depuis la dernière attaque.

J’attendais au tournant le film pour enfin voir l’histoire avancer, mais ça n’est pas du tout la direction prise. Au contraire, la plupart des personnages sont en retrait, voir éclipsés comme Power sans que cela ne soit réellement expliqué, et le scénario est minimaliste au possible. Avec un antagoniste comme le démon bombe, on le penserait très lié au démon flingue, mais pas du tout, le grand méchant en restera à des évocations, rien de concret et pas la moindre douille (contaminant ses sbires par ce biais normalement). Pire, toutes les intrigues et sous intrigues développées ne serviront absolument à rien, comme une parenthèse isolée sans aucune conséquence. Alors oui, il y un certain impact émotionnel, mais un peu vain. Reste le point le plus salué et qu’on ne peut que reconnaître : la virtuosité de la mise en scène, pour un spectacle dantesque. S’il ne se passe quasiment rien pendant la première moitié (au passage très bizarre la censure où on omet de dessiner certaines parties), la seconde envoie la dose niveau action, ça bombarde dans tous les sens et c’est effectivement très beau. Le démon bombe est visuellement réussi, original et nous régalant d’un sacré panel de pyrotechnie, mais les enjeux sont bien maigres. Rien n’est relié à la grande histoire, et la pirouette scénaristique du sang qui guéri tout est un peu facile, tuant les enjeux et rendant les personnages immortels, du moins pour ceux qui ont du démon en eux (les humains eux ça crève en deux deux de toutes façons). L’effort supplémentaire pour le cinéma donne visuellement à l’ensemble un petit boost premium, mais rien de si extraordinaire. On reste donc dans les mêmes eaux que la série : c’est chouette, les persos sont cools et c’est fun, avec même une légère tendresse attachante, mais il faudrait enclencher la vitesse supérieure niveau histoire. Si la seconde saison en cours de création va jusqu’à au moins le chapitre 75 (et plutôt 79 pour boucler le tome 9), ça devrait enfin décoller.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Chainsaw Man – Saison 01


Chainsaw Man – Saison 01
2022
Ryū Nakayama

Mise à part L’Attaque des titans, je dois bien avouer avoir totalement délaissé les mangas, et plus particulièrement les animes (séries d’animations), alors qu’une révolution a totalement bouleverser ce genre. Outre l’animation par ordinateur qui a permis de drastiquement réduire les coûts et les temps de développement, c’est surtout l’arrêt des diffusions hebdomadaires qui a fait un bien fou à l’industrie. Même One Piece a désormais arrêté de sortir un nouvel épisode toutes les semaines. Exit donc les épisodes de remplissage, les fameux HS (hors série), où tout est étiré à l’extrême avec une économie de moyen. Bien sûr, il y a toujours eu les sorties événement comme Death Note qui bénéficiait déjà de ce traitement à l’époque, mais c’est enfin terminer les animes à rallonge avec des centaines d’épisodes : à peine 12 épisodes ici pour la première saison. Après c’est aussi ça le souci, les sociétés de production sont trop peu nombreuse face à une demande colossale, et il faut désormais attendre plusieurs années entre chaque saison, ce qui n’aide pas à maintenir la fanbase. Toujours est-il que comme tout le monde encense le film récemment sorti, n’avoir que 12 épisodes de 20 minutes à rattraper pour être à jour, ça se tentait, et nous y voilà.

Se déroulant dans une époque à peu près contemporaine, l’histoire revisite l’incident du 11 septembre 2001 comme point de départ de tout. Alors que les Etats-Unis et le monde en général s’est mis à utiliser de plus en plus les armes à feu, un démon des armes a surgi des enfers, semant le chaos, destruction et peur. Depuis ce jour, les démons déferlent sur le monde et la société a dû intégralement se restructurer : bannissement des armes à feu pour affaiblir le démon des armes, et création d’unités de chasseurs de démons. On suivra Denji, un japonais de 16 ans, embarqué malgré lui comme tueur à gage de démons pour la mafia, devant éponger la dette de son père.

Je dois avouer que l’histoire m’a un peu perturbé au début, ne sachant si tout cela été vraiment sérieux ou pas, entre la critique des armes à feu aux Etats-Unis, le héros qui ressemble de trop à Ichigo dans Bleach, le fofolle Power qui est clairement pensée comme un hommage à Cartman de South Park, l’histoire du démon Renard faisant écho à Naruto, ou tout simplement le fait que tout ce qui anime le héros est de toucher des seins ou ken plus globalement. Avec un mec à tronche de tronçonneuse, une parodie semblait à propos. Mais non, l’histoire est en fait très premier degré, et bien qu’ayant quelques passages plus légers voir comiques, c’est dans l’ensemble un manga très sombre et d’une rare violence. On est clairement dans la lignée de L’Attaque des titans, avec également de beaux gâchis de personnages qui meurent bien trop vite, dont une qui m’est restée en travers de la gorge et qui enlève une grande partie de l’âme de l’œuvre je trouve.

Qu’en penser ? Eh bien c’est encore de la chasse aux démons dans la droite lignée des Shōnen avec des transformations et des gros combats bien bourrins. Classe, mais pas très original. Niveau héros bien obsédé, c’est là encore du très classique, quoique encore pire que Shinji de Evangelion ou Onizuka de GTO puisqu’ici il ose formuler ses pires pensées à haute voix, et le pire c’est que le bougre s’en sort plutôt pas mal. Son vrai bon point était sa relation avec Pochita, le bébé chien démon tronçonneuse, mais ce dernier va mourir quasi d’emblée et fusionner avec lui. Les combats sont classes et l’animation est de bonne facture, mais on sent un gros abus niveau modélisation 3D pour les environnements notamment, ce qui fait perdre un peu de charme. Pour l’instant l’intrigue n’en est qu’à ses balbutiements et peine à s’imposer, mais quelques personnages retiennent notre attention avec de belles dynamiques entre eux. Dommage que certains des plus prometteurs ne passeront même pas la première saison… C’est moins con que c’en a l’air, mais ça n’est pas si profond pour autant. Si le manga est à ce point si populaire, je me doute que la suite doit pas mal décoller, et j’ai plutôt bon espoir, mais mise à part nous teaser le démon des armes à feu et son emprise sur le monde, je ne vois pas bien où on va et il y a encore tout à prouver après cette première saison.

Publié dans Anime, Critiques | Laisser un commentaire

Évanouis


Évanouis
2025
Zach Cregger

Trois ans après un Barbare prometteur mais qui partait complètement en vrille, Zach Cregger nous revient avec un nouveau film d’épouvante qui a clairement fait sensation : près d’un million d’entrées en France, plus de 151 M$ rien qu’aux Etats-Unis, et un total de 269 M$ dans le monde, ce qui est colossal pour le genre. On est bien loin des débuts du réalisateur, qui il est vrai avait fait Miss Mars, sympathique au demeurant, mais tragiquement lié à celui-ci. Le film est en effet dédié à feu son meilleur ami avec qui il avait réalisé, écrit et joué pour celui susnommé.

Il est 2h17 du matin, 17 enfants d’une même classe se réveillent à l’unisson, se lèvent et quittent leurs maisons, s’évanouissant dans la nature. Que s’est-il passé ? Où sont-ils ? Pour le savoir, le film va nous proposer plusieurs points de vue sur cette histoire. Celui de Justine (Julia Garner), la maîtresse de la classe où tous les enfants sauf un ont disparu ; celui de Paul (Alden Ehrenreich), un policier ; Archer (Josh Brolin), le père d’un des enfants disparus ; Marcus (Benedict Wong), le proviseur de l’école ; un jeune drogué qui a peut-être été témoin de quelque chose, ou encore Alex, le seul enfant de la classe qui n’a pas disparu.

D’emblée, on se dit que quelque chose cloche. Une classe de 18 élèves ?! Est-ce possible ?Rah c’est pas en France qu’on verrait ça ! Et en même temps, le début est un peu une occasion manquée : le film démarre directement par la disparition des 17 enfants, et la scène aurait pu nous glacer le sang, mais au contraire, il est choisi de pratiquement la tourner en ridicule avec un montage et une musique presque comiques. Ensuite, on sent que la maîtresse ne sait rien sur cette affaire, qu’elle la subie encore plus que la plupart des autres puisque la ville entière la soupçonne. J’avais alors cru à un film sur le harcèlement à la Pas de vagues ou La Chasse, mais dans un ton plus thriller / horrifique. Et en fait, quelle excellente surprise que de voir qu’en réalité le film se construit sous forme de puzzle à regarder sur plusieurs angles, reprenant le concept de films comme Simon Werner a disparu… ou Angles d’attaque, ce qui est à chaque fois gage de qualité. L’idée marche ici d’autant mieux que les histoires se font suite, sont complémentaires, faisant que les changements de vision se font dans la continuité du récit. Pas de façon chronologique, mais de façon de comprendre ce qu’il se passe. En termes de mise en scène et gestion de la peur, Zach Cregger semble confirmer son accointance avec l’horreur, donc le film coche énormément de cases pour s’imposer comme l’une des œuvres les plus abouties de l’année. Oui mais…

Si bien sûr tout est fait pour faire ressentir l’angoisse au spectateur, une angoisse qu’il ne faut pas forcément extrapoler directement aux personnages, plus d’une fois on se dit que les réactions des protagonistes ne fonctionnent quand même pas. Le danger semble trop important pour des comportements plus qu’irresponsables, tombant dans une inconscience peu crédible (mon dieu le junky !). Personne ne pense jamais à demander des renforts, ou tout simplement appeler la police. La gestion des rôles est parfois maladroite, avec des personnages fonctions peu utiles (au passage coucou à nouveau le caméo de Justin Long) qui ne servent qu’à assurer le spectacle pour ne pas trop en dire. Après, chacun est libre d’en penser ce qu’il veut, mais personnellement le changement de ton dans le dernier tiers m’a un peu déçu, espérant une résolution plus rationnelle. Un concept fort et un sacré savoir-faire, reste maintenant à progresser niveau intrigue pour que le fond soit à la hauteur de la forme.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Lilo & Stitch


Lilo & Stitch
2025
Dean Fleischer Camp

Si on aurait tôt fait d’enterrer les remake live action Disney avec des catastrophes artistiques et industrielles comme Blanche Neige, l’année 2025 a été aussi marquée par un contre-exemple total : des critiques élogieuses, plus d’un milliard au box-office mondial, et à un cheveu près le film rate la première place annuelle aux US (à 0,3 M$ près). Pourtant, rien ne destinait le projet à un tel succès à la base. Le film original Lilo & Stitch avait fait le quart des entrées à l’époque, et même si l’histoire avait un peu été prolongée au travers d’une sympathique série Disney Channel ou qu’on pourrait citer les apparitions de Stitch dans l’univers Kingdom Hearts, avec une incursion spatiale dans Birth by Sleep, le film n’avait pas grande ambition au départ. Doté d’un budget « modeste » de 100 M$ (et encore, ce devait être moins à la base), le film était prévu pour une sortie Disney+, avant de finalement lui laisser sa chance en salles suite à des projections test très favorables. Il est amusant d’ailleurs de se rappeler que la machine était déjà lancée niveau marchandising, et que dès Noël 2024 les produits Stitch inondaient les magasins, et c’est peut-être un effet boule de neige stratégiquement inouïe : au lieu de capitaliser sur le succès du film pour relancer des produits dérivés, ce sont les produits dérivés qui ont d’abord inondé le marché, rappelant aux bons souvenirs du film d’origine, puis le remake a cartonné car sortant dans un contexte de hype renouvelée, ce qui relance encore la vente de produits dérivés. Bref.

L’histoire, sans être une repompe plan par plan comme Dragons mais au contraire une revisite de celle d’origine, nous plonge à Hawaï dans la famille de Lilo (Maia Kealoha) et Nani (Sydney Elizabeth Agudong), deux sœurs dont l’aînée tente tant bien que mal de s’occuper de la dernière suite à la mort de leurs parents. N’ayant personne d’autre que sa sœur pour l’aider à surmonter cette épreuve, Lilo va faire le vœu d’avoir enfin un ami, un meilleur ami. Pendant ce temps, Jumba (Zach Galifianakis), un scientifique fou, avait mit au point une arme ultime, un monstre inarrêtable, capable de tout détruire sur son chemin, l’expérience 626. Cette terrible menace va justement s’évader et atterrir sur une planète singulière aux formes de vies primitives : la Terre, et plus précisément sur une petite île appelée Hawaï.

Voilà exactement ce qu’on pourrait qualifier de remake utile : l’aspect science-fiction, lourd et pratiquement pas traité dans le film d’origine, a ce petit plus de développement qui permet un peu de légitimité à cet univers. Mes deux autres principales réserves concernant le classique d’animation était justement sa qualité d’animation, assez médiocre (en même temps son budget était moitié moindre que L’Atlantide ou La Planète au trésor par exemple), et le traitement superficiel de l’histoire. Si le travail de redesign est carrément fainéant, supprimant même Gantu du récit pour se faciliter les choses, et que Jumba et Pleakley ne marchent pas du tout en live action (heureusement que leurs formes humaines représentent la majorité de leurs scènes), visuellement le film fait beaucoup d’excellents choix. Déjà il n’y a pratiquement pas de fonds verts, des décors en dur, et même Stitch est en grande partie uniquement en animatronique, un effort louable qui permet en plus de réduire les coûts ! C’est même visuellement plus joli que l’original, la mise en scène étant posée avec une photographie travaillée, restituant au mieux la chaleur, les couleurs et l’ambiance hawaïenne. Si l’histoire est grosso modo la même, reprenant pas mal de scènes iconiques d’ailleurs (mais pas plan pour plan, plus en mode hommage réinventé), le fait que le film fasse 20 minutes de plus permet d’approfondir la relation entre les personnages, et grâce au talent des actrices qui jouent les sœurs, leurs querelles sont beaucoup plus douces, maîtrisant mieux cet équilibre de chamaillerie qui ne remet jamais en question leur amour. La petite Lilo est même encore plus jeune ici, renforçant sa mignonnerie et décuplant l’impact émotionnel de son combat pour gagner le cœur de Stitch. Plus que de la nostalgie, j’ai vraiment eu l’impression qu’enfin ce récit obtenait toute la puissance dramatique nécessaire pour que sa poésie éclate. Peut-être que la nostalgie est si insidieuse qu’elle annihile sournoisement toute objectivité, mais pour moi cette nouvelle version surclasse de loin celle d’origine.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Wake Up Dead Man : Une histoire à couteaux tirés


Wake Up Dead Man : Une histoire à couteaux tirés
2025
Rian Johnson

Si on passera sur la folie même des prémices que d’avoir racheté les droits d’une saga qui n’avait forcément vocation à en devenir une, surtout qu’un investissement de 400 M$ pour un genre – le whodoneit / cluedo – quasi mort et enterré, Netflix a finalement eu raison, au moins au début. En effet, si le résultat manquait toujours d’un peu plus de folie et de maintient tout du long pour pleinement convaincre, Glass Onion avait réussi à se faire une place dans le top10 des films les plus vus sur la plateforme, bien qu’il en fut délogé récemment. La formule va t-elle un peu évoluer et enfin s’imposer comme un modèle du genre ?

Ancien boxeur reconverti en prêtre pour se sortir de ses propres démons, le révérant Judd Duplenticy (Josh O’Connor) va se voir affecté par le père Langston (Jeffrey Wright) dans une petite église en campagne anglaise, sous la tutelle de Monsignor Jefferson Wicks (Josh Brolin), un vrai psychopathe qui confond paroisse et secte, prêtre et gourou. Ses « messes » font fuir mêmes les plus dévoués, à quelques exceptions près (Glenn Close, Thomas Haden Church, Jeremy Renner, Kerry Washington, Cailee Spaeny et Andrew Scott), totalement sous son emprise. Une situation sous haute tension, jusqu’à ce que Monsignor tombe raide mort au cours d’une messe. Que s’est-il passé ? Pour l’aider à élucider ce meurtre, la cheffe de police (Mila Kunis) va faire appel à nulle autre que le légendaire Benoit Blanc (Daniel Craig).

Eh bah voilà ! Toutes les qualités décuplées, les défauts envolés. Habitué des castings quatre étoiles, la saga passe la cinquième ici, avec des performances à saluer pour le duo de tête, puisqu’en réalité l’enquête change d’axe. Exit Benoit Blanc le solitaire, il mettra d’ailleurs pas moins de 39 minutes à faire son apparition, laissant ainsi pleinement le temps à l’intrigue d’avancer ses pions, de développer ses personnages, et ainsi faire du meurtre du film un vrai enjeu central, pas juste un point de départ. On pourrait même dire que le vrai personnage principal de l’histoire est le révérant Judd, qui donc fera équipe avec Benoit, recréant une sorte de dynamique de duo à la Pirates des Caraïbes avec Will et Jack, ce qui marche du feu de Dieu avec un Daniel Craig plus charismatique que jamais. Le cadre est oppressant, très bien travaillé, et pour une fois on ne ressent pas cette impression que le film se joue de nous en nous cachant trop d’informations ou quoi. Non, les indices ne sont pas si nombreux, les pièces avares, on rame réellement à trouver quoi que ce soit de concret, et à chaque fois c’est primordial. Le spectateur avance donc au même rythme que l’enquête, avec parfois quelques intuitions prémonitoires, parfois quelques surinterprétations trompeuses, mais quand vient l’heure du « échec et mat », à aucun moment on ne sent berné ou floué : tout était là, logique, implacable, il fallait juste tout mettre dans l’ordre. L’introduction est un poil longue, mais c’est pour mieux créer du liant, ménager l’arrivée de son enquêteur emblématique, et toute l’enquête est passionnante avec une résolution non pas satisfaisante, mais gratifiante. Après deux volets pas tout à fait concluants, l’essai est cette fois pleinement transformé avec brio.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire