Chainsaw Man – Le Film : L’arc de Reze


Chainsaw Man – Le Film : L’arc de Reze
2025
Tatsuya Yoshihara

Nous y voilà, il n’y avait qu’une saison de 12 épisodes courts à rattraper avant de pouvoir voir ce film, particulièrement acclamé à sa sortie et dont le succès force le respect : plus de 170 M$ dans le monde, ce qui est colossal dans le genre. Le film prend la suite de la série, adaptant les chapitres 38 à 52 du manga, ce qui au passage fait froid dans le dos. En quatre ans, six tomes auront donc été adaptés, ce qui ne représente que un an de publication. Autrement dit, tous les quatre ans l’anime prend trois ans de retard, sachant que le manga est toujours en publication, et même s’il s’arrêtait maintenant, sachant que aucun autre film n’est prévu dans un avenir proche et que la seconde saison ne sortira pas avant 2027, il faudrait au bas mot 2040 pour rattraper le retard actuel. Autant dire qu’à moins d’une accélération drastique dans le calendrier, plusieurs générations vont passer avant d’en voir le bout, à condition que la popularité ne désemplisse pas sur des dizaines d’années.

Ah l’amour… Alors qu’il ne jurait que par Makima, sa patronne, Denji va rencontrer une jeune fille pétillante et très entreprenante : Reze. Un idylle aussi inattendu qu’éclatant, mais la prudence reste de mise. Les sbires du démon flingue cherchent toujours à s’emparer du cœur de Denji, et les rangs sont clairsemés chez la 4ème division depuis la dernière attaque.

J’attendais au tournant le film pour enfin voir l’histoire avancer, mais ça n’est pas du tout la direction prise. Au contraire, la plupart des personnages sont en retrait, voir éclipsés comme Power sans que cela ne soit réellement expliqué, et le scénario est minimaliste au possible. Avec un antagoniste comme le démon bombe, on le penserait très lié au démon flingue, mais pas du tout, le grand méchant en restera à des évocations, rien de concret et pas la moindre douille (contaminant ses sbires par ce biais normalement). Pire, toutes les intrigues et sous intrigues développées ne serviront absolument à rien, comme une parenthèse isolée sans aucune conséquence. Alors oui, il y un certain impact émotionnel, mais un peu vain. Reste le point le plus salué et qu’on ne peut que reconnaître : la virtuosité de la mise en scène, pour un spectacle dantesque. S’il ne se passe quasiment rien pendant la première moitié (au passage très bizarre la censure où on omet de dessiner certaines parties), la seconde envoie la dose niveau action, ça bombarde dans tous les sens et c’est effectivement très beau. Le démon bombe est visuellement réussi, original et nous régalant d’un sacré panel de pyrotechnie, mais les enjeux sont bien maigres. Rien n’est relié à la grande histoire, et la pirouette scénaristique du sang qui guéri tout est un peu facile, tuant les enjeux et rendant les personnages immortels, du moins pour ceux qui ont du démon en eux (les humains eux ça crève en deux deux de toutes façons). L’effort supplémentaire pour le cinéma donne visuellement à l’ensemble un petit boost premium, mais rien de si extraordinaire. On reste donc dans les mêmes eaux que la série : c’est chouette, les persos sont cools et c’est fun, avec même une légère tendresse attachante, mais il faudrait enclencher la vitesse supérieure niveau histoire. Si la seconde saison en cours de création va jusqu’à au moins le chapitre 75 (et plutôt 79 pour boucler le tome 9), ça devrait enfin décoller.

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Chainsaw Man – Saison 01


Chainsaw Man – Saison 01
2022
Ryū Nakayama

Mise à part L’Attaque des titans, je dois bien avouer avoir totalement délaissé les mangas, et plus particulièrement les animes (séries d’animations), alors qu’une révolution a totalement bouleverser ce genre. Outre l’animation par ordinateur qui a permis de drastiquement réduire les coûts et les temps de développement, c’est surtout l’arrêt des diffusions hebdomadaires qui a fait un bien fou à l’industrie. Même One Piece a désormais arrêté de sortir un nouvel épisode toutes les semaines. Exit donc les épisodes de remplissage, les fameux HS (hors série), où tout est étiré à l’extrême avec une économie de moyen. Bien sûr, il y a toujours eu les sorties événement comme Death Note qui bénéficiait déjà de ce traitement à l’époque, mais c’est enfin terminer les animes à rallonge avec des centaines d’épisodes : à peine 12 épisodes ici pour la première saison. Après c’est aussi ça le souci, les sociétés de production sont trop peu nombreuse face à une demande colossale, et il faut désormais attendre plusieurs années entre chaque saison, ce qui n’aide pas à maintenir la fanbase. Toujours est-il que comme tout le monde encense le film récemment sorti, n’avoir que 12 épisodes de 20 minutes à rattraper pour être à jour, ça se tentait, et nous y voilà.

Se déroulant dans une époque à peu près contemporaine, l’histoire revisite l’incident du 11 septembre 2001 comme point de départ de tout. Alors que les Etats-Unis et le monde en général s’est mis à utiliser de plus en plus les armes à feu, un démon des armes a surgi des enfers, semant le chaos, destruction et peur. Depuis ce jour, les démons déferlent sur le monde et la société a dû intégralement se restructurer : bannissement des armes à feu pour affaiblir le démon des armes, et création d’unités de chasseurs de démons. On suivra Denji, un japonais de 16 ans, embarqué malgré lui comme tueur à gage de démons pour la mafia, devant éponger la dette de son père.

Je dois avouer que l’histoire m’a un peu perturbé au début, ne sachant si tout cela été vraiment sérieux ou pas, entre la critique des armes à feu aux Etats-Unis, le héros qui ressemble de trop à Ichigo dans Bleach, le fofolle Power qui est clairement pensée comme un hommage à Cartman de South Park, l’histoire du démon Renard faisant écho à Naruto, ou tout simplement le fait que tout ce qui anime le héros est de toucher des seins ou ken plus globalement. Avec un mec à tronche de tronçonneuse, une parodie semblait à propos. Mais non, l’histoire est en fait très premier degré, et bien qu’ayant quelques passages plus légers voir comiques, c’est dans l’ensemble un manga très sombre et d’une rare violence. On est clairement dans la lignée de L’Attaque des titans, avec également de beaux gâchis de personnages qui meurent bien trop vite, dont une qui m’est restée en travers de la gorge et qui enlève une grande partie de l’âme de l’œuvre je trouve.

Qu’en penser ? Eh bien c’est encore de la chasse aux démons dans la droite lignée des Shōnen avec des transformations et des gros combats bien bourrins. Classe, mais pas très original. Niveau héros bien obsédé, c’est là encore du très classique, quoique encore pire que Shinji de Evangelion ou Onizuka de GTO puisqu’ici il ose formuler ses pires pensées à haute voix, et le pire c’est que le bougre s’en sort plutôt pas mal. Son vrai bon point était sa relation avec Pochita, le bébé chien démon tronçonneuse, mais ce dernier va mourir quasi d’emblée et fusionner avec lui. Les combats sont classes et l’animation est de bonne facture, mais on sent un gros abus niveau modélisation 3D pour les environnements notamment, ce qui fait perdre un peu de charme. Pour l’instant l’intrigue n’en est qu’à ses balbutiements et peine à s’imposer, mais quelques personnages retiennent notre attention avec de belles dynamiques entre eux. Dommage que certains des plus prometteurs ne passeront même pas la première saison… C’est moins con que c’en a l’air, mais ça n’est pas si profond pour autant. Si le manga est à ce point si populaire, je me doute que la suite doit pas mal décoller, et j’ai plutôt bon espoir, mais mise à part nous teaser le démon des armes à feu et son emprise sur le monde, je ne vois pas bien où on va et il y a encore tout à prouver après cette première saison.

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Évanouis


Évanouis
2025
Zach Cregger

Trois ans après un Barbare prometteur mais qui partait complètement en vrille, Zach Cregger nous revient avec un nouveau film d’épouvante qui a clairement fait sensation : près d’un million d’entrées en France, plus de 151 M$ rien qu’aux Etats-Unis, et un total de 269 M$ dans le monde, ce qui est colossal pour le genre. On est bien loin des débuts du réalisateur, qui il est vrai avait fait Miss Mars, sympathique au demeurant, mais tragiquement lié à celui-ci. Le film est en effet dédié à feu son meilleur ami avec qui il avait réalisé, écrit et joué pour celui susnommé.

Il est 2h17 du matin, 17 enfants d’une même classe se réveillent à l’unisson, se lèvent et quittent leurs maisons, s’évanouissant dans la nature. Que s’est-il passé ? Où sont-ils ? Pour le savoir, le film va nous proposer plusieurs points de vue sur cette histoire. Celui de Justine (Julia Garner), la maîtresse de la classe où tous les enfants sauf un ont disparu ; celui de Paul (Alden Ehrenreich), un policier ; Archer (Josh Brolin), le père d’un des enfants disparus ; Marcus (Benedict Wong), le proviseur de l’école ; un jeune drogué qui a peut-être été témoin de quelque chose, ou encore Alex, le seul enfant de la classe qui n’a pas disparu.

D’emblée, on se dit que quelque chose cloche. Une classe de 18 élèves ?! Est-ce possible ?Rah c’est pas en France qu’on verrait ça ! Et en même temps, le début est un peu une occasion manquée : le film démarre directement par la disparition des 17 enfants, et la scène aurait pu nous glacer le sang, mais au contraire, il est choisi de pratiquement la tourner en ridicule avec un montage et une musique presque comiques. Ensuite, on sent que la maîtresse ne sait rien sur cette affaire, qu’elle la subie encore plus que la plupart des autres puisque la ville entière la soupçonne. J’avais alors cru à un film sur le harcèlement à la Pas de vagues ou La Chasse, mais dans un ton plus thriller / horrifique. Et en fait, quelle excellente surprise que de voir qu’en réalité le film se construit sous forme de puzzle à regarder sur plusieurs angles, reprenant le concept de films comme Simon Werner a disparu… ou Angles d’attaque, ce qui est à chaque fois gage de qualité. L’idée marche ici d’autant mieux que les histoires se font suite, sont complémentaires, faisant que les changements de vision se font dans la continuité du récit. Pas de façon chronologique, mais de façon de comprendre ce qu’il se passe. En termes de mise en scène et gestion de la peur, Zach Cregger semble confirmer son accointance avec l’horreur, donc le film coche énormément de cases pour s’imposer comme l’une des œuvres les plus abouties de l’année. Oui mais…

Si bien sûr tout est fait pour faire ressentir l’angoisse au spectateur, une angoisse qu’il ne faut pas forcément extrapoler directement aux personnages, plus d’une fois on se dit que les réactions des protagonistes ne fonctionnent quand même pas. Le danger semble trop important pour des comportements plus qu’irresponsables, tombant dans une inconscience peu crédible (mon dieu le junky !). Personne ne pense jamais à demander des renforts, ou tout simplement appeler la police. La gestion des rôles est parfois maladroite, avec des personnages fonctions peu utiles (au passage coucou à nouveau le caméo de Justin Long) qui ne servent qu’à assurer le spectacle pour ne pas trop en dire. Après, chacun est libre d’en penser ce qu’il veut, mais personnellement le changement de ton dans le dernier tiers m’a un peu déçu, espérant une résolution plus rationnelle. Un concept fort et un sacré savoir-faire, reste maintenant à progresser niveau intrigue pour que le fond soit à la hauteur de la forme.

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Lilo & Stitch


Lilo & Stitch
2025
Dean Fleischer Camp

Si on aurait tôt fait d’enterrer les remake live action Disney avec des catastrophes artistiques et industrielles comme Blanche Neige, l’année 2025 a été aussi marquée par un contre-exemple total : des critiques élogieuses, plus d’un milliard au box-office mondial, et à un cheveu près le film rate la première place annuelle aux US (à 0,3 M$ près). Pourtant, rien ne destinait le projet à un tel succès à la base. Le film original Lilo & Stitch avait fait le quart des entrées à l’époque, et même si l’histoire avait un peu été prolongée au travers d’une sympathique série Disney Channel ou qu’on pourrait citer les apparitions de Stitch dans l’univers Kingdom Hearts, avec une incursion spatiale dans Birth by Sleep, le film n’avait pas grande ambition au départ. Doté d’un budget « modeste » de 100 M$ (et encore, ce devait être moins à la base), le film était prévu pour une sortie Disney+, avant de finalement lui laisser sa chance en salles suite à des projections test très favorables. Il est amusant d’ailleurs de se rappeler que la machine était déjà lancée niveau marchandising, et que dès Noël 2024 les produits Stitch inondaient les magasins, et c’est peut-être un effet boule de neige stratégiquement inouïe : au lieu de capitaliser sur le succès du film pour relancer des produits dérivés, ce sont les produits dérivés qui ont d’abord inondé le marché, rappelant aux bons souvenirs du film d’origine, puis le remake a cartonné car sortant dans un contexte de hype renouvelée, ce qui relance encore la vente de produits dérivés. Bref.

L’histoire, sans être une repompe plan par plan comme Dragons mais au contraire une revisite de celle d’origine, nous plonge à Hawaï dans la famille de Lilo (Maia Kealoha) et Nani (Sydney Elizabeth Agudong), deux sœurs dont l’aînée tente tant bien que mal de s’occuper de la dernière suite à la mort de leurs parents. N’ayant personne d’autre que sa sœur pour l’aider à surmonter cette épreuve, Lilo va faire le vœu d’avoir enfin un ami, un meilleur ami. Pendant ce temps, Jumba (Zach Galifianakis), un scientifique fou, avait mit au point une arme ultime, un monstre inarrêtable, capable de tout détruire sur son chemin, l’expérience 626. Cette terrible menace va justement s’évader et atterrir sur une planète singulière aux formes de vies primitives : la Terre, et plus précisément sur une petite île appelée Hawaï.

Voilà exactement ce qu’on pourrait qualifier de remake utile : l’aspect science-fiction, lourd et pratiquement pas traité dans le film d’origine, a ce petit plus de développement qui permet un peu de légitimité à cet univers. Mes deux autres principales réserves concernant le classique d’animation était justement sa qualité d’animation, assez médiocre (en même temps son budget était moitié moindre que L’Atlantide ou La Planète au trésor par exemple), et le traitement superficiel de l’histoire. Si le travail de redesign est carrément fainéant, supprimant même Gantu du récit pour se faciliter les choses, et que Jumba et Pleakley ne marchent pas du tout en live action (heureusement que leurs formes humaines représentent la majorité de leurs scènes), visuellement le film fait beaucoup d’excellents choix. Déjà il n’y a pratiquement pas de fonds verts, des décors en dur, et même Stitch est en grande partie uniquement en animatronique, un effort louable qui permet en plus de réduire les coûts ! C’est même visuellement plus joli que l’original, la mise en scène étant posée avec une photographie travaillée, restituant au mieux la chaleur, les couleurs et l’ambiance hawaïenne. Si l’histoire est grosso modo la même, reprenant pas mal de scènes iconiques d’ailleurs (mais pas plan pour plan, plus en mode hommage réinventé), le fait que le film fasse 20 minutes de plus permet d’approfondir la relation entre les personnages, et grâce au talent des actrices qui jouent les sœurs, leurs querelles sont beaucoup plus douces, maîtrisant mieux cet équilibre de chamaillerie qui ne remet jamais en question leur amour. La petite Lilo est même encore plus jeune ici, renforçant sa mignonnerie et décuplant l’impact émotionnel de son combat pour gagner le cœur de Stitch. Plus que de la nostalgie, j’ai vraiment eu l’impression qu’enfin ce récit obtenait toute la puissance dramatique nécessaire pour que sa poésie éclate. Peut-être que la nostalgie est si insidieuse qu’elle annihile sournoisement toute objectivité, mais pour moi cette nouvelle version surclasse de loin celle d’origine.

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Wake Up Dead Man : Une histoire à couteaux tirés


Wake Up Dead Man : Une histoire à couteaux tirés
2025
Rian Johnson

Si on passera sur la folie même des prémices que d’avoir racheté les droits d’une saga qui n’avait forcément vocation à en devenir une, surtout qu’un investissement de 400 M$ pour un genre – le whodoneit / cluedo – quasi mort et enterré, Netflix a finalement eu raison, au moins au début. En effet, si le résultat manquait toujours d’un peu plus de folie et de maintient tout du long pour pleinement convaincre, Glass Onion avait réussi à se faire une place dans le top10 des films les plus vus sur la plateforme, bien qu’il en fut délogé récemment. La formule va t-elle un peu évoluer et enfin s’imposer comme un modèle du genre ?

Ancien boxeur reconverti en prêtre pour se sortir de ses propres démons, le révérant Judd Duplenticy (Josh O’Connor) va se voir affecté par le père Langston (Jeffrey Wright) dans une petite église en campagne anglaise, sous la tutelle de Monsignor Jefferson Wicks (Josh Brolin), un vrai psychopathe qui confond paroisse et secte, prêtre et gourou. Ses « messes » font fuir mêmes les plus dévoués, à quelques exceptions près (Glenn Close, Thomas Haden Church, Jeremy Renner, Kerry Washington, Cailee Spaeny et Andrew Scott), totalement sous son emprise. Une situation sous haute tension, jusqu’à ce que Monsignor tombe raide mort au cours d’une messe. Que s’est-il passé ? Pour l’aider à élucider ce meurtre, la cheffe de police (Mila Kunis) va faire appel à nulle autre que le légendaire Benoit Blanc (Daniel Craig).

Eh bah voilà ! Toutes les qualités décuplées, les défauts envolés. Habitué des castings quatre étoiles, la saga passe la cinquième ici, avec des performances à saluer pour le duo de tête, puisqu’en réalité l’enquête change d’axe. Exit Benoit Blanc le solitaire, il mettra d’ailleurs pas moins de 39 minutes à faire son apparition, laissant ainsi pleinement le temps à l’intrigue d’avancer ses pions, de développer ses personnages, et ainsi faire du meurtre du film un vrai enjeu central, pas juste un point de départ. On pourrait même dire que le vrai personnage principal de l’histoire est le révérant Judd, qui donc fera équipe avec Benoit, recréant une sorte de dynamique de duo à la Pirates des Caraïbes avec Will et Jack, ce qui marche du feu de Dieu avec un Daniel Craig plus charismatique que jamais. Le cadre est oppressant, très bien travaillé, et pour une fois on ne ressent pas cette impression que le film se joue de nous en nous cachant trop d’informations ou quoi. Non, les indices ne sont pas si nombreux, les pièces avares, on rame réellement à trouver quoi que ce soit de concret, et à chaque fois c’est primordial. Le spectateur avance donc au même rythme que l’enquête, avec parfois quelques intuitions prémonitoires, parfois quelques surinterprétations trompeuses, mais quand vient l’heure du « échec et mat », à aucun moment on ne sent berné ou floué : tout était là, logique, implacable, il fallait juste tout mettre dans l’ordre. L’introduction est un poil longue, mais c’est pour mieux créer du liant, ménager l’arrivée de son enquêteur emblématique, et toute l’enquête est passionnante avec une résolution non pas satisfaisante, mais gratifiante. Après deux volets pas tout à fait concluants, l’essai est cette fois pleinement transformé avec brio.

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Valeur sentimentale


Valeur sentimentale
2025
Joachim Trier

Grand prix du festival de Cannes, le film a semble t-il conquis très largement les critiques à travers le monde, se retrouvant nommé dans pratiquement toutes les catégories aux Golden Globes, le plaçant de fait comme l’une des œuvres à suivre pour la période des cérémonies. Au final le film a fait quasi choux blanc, et on attend encore la liste des nommés pour les Oscars, mais ça m’étonnerait que le film y fasse tellement plus de bruit.

Grand cinéaste reconnu, Gustav Borg (Stellan Skarsgârd) n’a en revanche pas été un bon père, ayant quitté ses filles dès leur plus jeune âge au moment du divorce. Trente ans plus tard, Gustav va revoir ses filles à l’occasion de l’enterrement de leur mère, espérant peut-être pouvoir renouer avec elles, notamment son aînée (Renate Reinsve) qui s’est particulièrement renfermée sur elle-même, pour qui il a justement écrit un film dont il espère qu’elle tiendra le rôle principal.

Si on excepte le fait qu’il s’agit d’un film norvégien où gravite quelques têtes connues, le père en tête mais aussi Elle Fanning qui campe une actrice américaine, on est dans du classico drame social de bobo arty où ça se balance des fions, ça crie son malheur, ça se lamente, le tout dans une auto fellation totale autour du cinéma. Je ne dis pas que le cinéma ne peut pas parler de cinéma, au contraire, The Fabelmans était un petit bijou sur la créativité dans sa première moitié, mais le film en parle plus qu’il n’en montre. Il s’en sert comme d’une parure pour montrer que ce sont des personnes hypersensibles, animées par cette noble passion de l’art, revêtant au passage un arrogance insupportable, mais au fond on ne voit pratiquement rien du processus créatif, d’où vient cette passion ni pourquoi elle est si importante. Au contraire, le film passe son temps à montrer à quel point la fille aînée n’y a pas sa place, souffrant à chaque montée sur scène du théâtre, et on montre surtout ce tiraillement intérieur, ce mélange d’agonie et de dépression, pour au final éclipser toute la pièce ou ce qui la fait vivre (costumes, décors, techniciens, etc.). Ou alors c’est pour dire qu’il faut souffrir dans le processus créatif, mais dans ce cas il faut aller se faire foutre et arrêter de tout ramener à la Seconde Guerre Mondiale, puisqu’évidemment on suivra une famille dont la grand-mère (mère du père) fut dénoncée et déportée. L’actrice principale est en ce sens totalement insupportable, ruminant inlassablement le passé, auto alimentant sa souffrance en refusant de vivre autrement que dans une forme d’égoïsme absolu. Des claques se perdent…

En vrai le film est à moitié bon et à moitié chiant. Tout ce qui entoure la fille est donc ennuyeux, de l’auto apitoiement pénible, alors même qu’elle se pose en égérie de la morale, ce qui m’a énervé plus d’une fois. Elle fait traîner l’intrigue, bloque les relations des personnages dans une spirale de remords et non pardon. C’est comme la règle d’or en théâtre d’improvisation : ne jamais dire non. Eh bien là elle ne fait que ça, poussant les autres à ramer pour tenter de quand même faire avancer la barque. Usant. Heureusement, l’autre moitié du film est bien plus réussie : celle du père. Déjà Stellan Skarsgârd est formidable, et ce n’est pas pour rien que le seul prix aux Golden Globes sur la dizaine de nominations pour le film fut le prix du meilleur acteur secondaire qui lui a été décerné. Son chemin de rédemption pour reconquérir ses filles est des plus louables, car non seulement mieux vaut tard que jamais, mais en plus il le fait par le biais qui lui ai le plus cher, celui du cinéma, en écrivant son premier film en 15 ans avec le premier rôle pour sa fille aînée, celle qui a accumulé le plus de remontrances. On le voit vraiment essayer de bien faire, et sa relation père/fille improvisé avec la star américaine est touchante, montrant qu’il suffirait qu’on lui laisse sa chance. Quelques bonnes idées, de bons acteurs, mais une écriture trop concentrée sur l’aigreur et les reproches, allant jusqu’à en paralyser l’intrigue, à la limite de l’ennui.

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Une bataille après l’autre


Une bataille après l’autre
2025
Paul Thomas Anderson

Nous y voilà, le chef d’œuvre ultime au niveau d’encensement ahurissant, totalisant pas moins de 4,7/5 de moyenne par la presse française. Le film qui marque un tournant dans la carrière de son réalisateur Paul Thomas Anderson, d’habitude confiné à du cinéma d’auteur ne dépassant pas les quelques dizaines de millions dans le monde, et passant d’un coup à un budget fou de 140 M$ et des recettes comparativement modestes mais néanmoins remarquables dans le genre, dépassant les 200 M$. Continuellement cité de partout dans le top liste des meilleurs films de l’année : le film que tout le monde a adoré. Ah non, pas tout le monde, et faut redescendre deux minutes.

On suivra une bande de terroristes pro immigration clandestine, les French 75. Suite à un braquage ayant mal tourné avec un civil assassiné par les terroristes, les forces de l’ordre vont se déchaîner sur eux, menés par un certain Steven J. Lockjaw (Sean Penn). Monsieur dynamite (Leonardo DiCaprio), le Rocket Man, va fuir sous l’identité factice de Bob, emmenant avec lui son nouveau né, la petite Charlène / Willa (Chase Infinity). Seulement 16 ans plus tard, sur le point d’intégrer une haute confrérie, Lockjaw va relancer la traque pour couvrir ses arrière, pensant être potentiellement le père de Willa, ayant eu une aventure avec sa mère aux alentours de sa conception.

Bigre par où commencer ? Déjà, comment s’attacher à des personnages profondément antipathiques, des pseudos révolutionnaires qui déchaînent une immigration incontrôlée, font des destructions de biens publics, et vont même jusqu’à tuer des innocents ? Ce sont clairement des terroristes de la pire des espèces, pro ségrégation puisque pro black (être pro quoi que ce soit brise tout équité, et est de fait un acte raciste), donc idéologiquement le film m’a profondément rebuté d’emblée. Ensuite, le début met en avant le personnage de Perfidia, portant bien son nom puisqu’étant une gigantesque nymphomane. Admettons, mais son absence d’instinct maternel ou de stabilité émotionnelle la rende insupportable, son devenir n’est jamais traité (gros souci de traitement des personnages, celui de Benicio Del Toro est lui aussi abandonné en cours de route) et surtout j’ai du mal à comprendre le délire autour d’elle. Perfidia est interprétée par Teyana Taylor, dont ma première impression n’a pas changé : j’ai toujours autant l’impression de voir un sosie travelo de Michael Jackson. Globalement l’écriture des personnages et le scénario en général sont mauvais. Je pense notamment à l’antagoniste Lockjaw, dont le dernier rebondissement, totalement débile, est foutu en l’air par l’inversion dudit rebondissement. Pourquoi avoir fait ça si c’est pour l’annuler derrière ? Stupide… Petit mot sur le bon temporel de 16 ans : n’aurait-il pas été pertinent de rajeunir en amont ou vieillir après coup les acteurs ? Qu’une ellipse de 16 ans soit effective et que les acteurs aient les mêmes gueules comme si c’était le lendemain, c’est un ratage comme rarement on en a vu de pareil ! Et mon dieu ce final sur le fait de prendre les armes ! Sérieusement, tout le gratin d’Hollywood qui se réuni dans leur petit confort pour dire aux autres de se battre ? On parle de terroristes nauséeux dont je n’espérais que voir leur mort à l’écran ! Bref, l’histoire est minable.

Maintenant que l’aversion totale pour les idéaux est passée, parlons tout de même des points positifs qui sont à louer. Si les 140 M$ de budget ne se voient pas du tout, il faut reconnaitre une belle variété de décors naturels, un certain sens de la mise en scène avec par exemple le plan séquence dans la partie habitation / toit de la superette, ou encore la séquence en voiture sur les routes sinueuses. De même, malgré une durée de 2h40, le film se suit de façon étonnamment fluide, un rythme vraiment maîtrisé avec une bonne dose d’action et une gestion du suspens réussie. Heureusement, au milieu de cette bande de terroristes et de dégénérés suprémacistes, il y a le personnage de Milly, la caution pureté du récit, permettant d’avoir un vrai personnage positif pour qui on va s’inquiéter et dont le sort nous intéresse. Dommage pour sa conclusion en revanche…

En termes de cinéma, le film est une grande réussite. Au niveau de l’acting, c’est plutôt bon. Par contre au niveau du scénario et du propos politique, c’est une catastrophe sans nom. Les images sont belles, c’est dynamique et prenant, mais le fond est hypocrite au possible, dangereux et nauséeux. Pour un bobo gauchiasse bien installé dans son fauteuil se gargarisant du récit des révolutionnaires alors que lui est bien au chaud dans son confort, pour peu qu’il soit également très limité cognitivement, il se pourrait qu’il applaudisse des deux mains. Un haut niveau d’hypocrisie qui voudrait qu’on déloge Trump du pouvoir, mais qui exècre ce dernier quand lui déloge du pouvoir un narcotrafiquant dictateur (enfin paraît-il). Si le message est vraiment de prendre les armes, faire fi des lois, des institutions, et qu’importe si des innocents sont tués, alors clairement ceux qui le soutiennent sont pire que ceux qu’ils dénoncent. Bref, ce film me tiraille profondément, car j’ai plutôt aimé la forme, mais j’ai détesté le fond. Par contre vraiment, l’engouement si intense autour du film me terrifie sur la mentalité actuelle, en espérant que ce soit surtout de la connerie et pas de l’hypocrisie malsaine.

 

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Blanche Neige


Blanche Neige
2025
Marc Webb

Après avoir vu l’un des meilleurs films de la décennie, il fallait un peu redescendre sur terre et s’attaquer à un projet maudit, qu’on ne pouvait que détester avant même sa sortie. On attendait un carnage, et ce fut pire que tout : un budget fou furieux de presque 270 M$, hors marketing, pour des recettes anémiques de 206 M$, avant frais de distribution. Le film se bat avec  Mission : Impossible – The Final Reckoning pour la place de plus gros désastre financier de l’année (et dans le top 3 all time), là aussi avec des pertes estimées entre 250 et 300 M$. Il faut dire que les scandales ont battu des records autour du film.

Il y a eu l’histoire des nains, censés être joués par de vrais acteurs, puis finalement devenus des « créatures magiques » en CGI pour ne froisser personne. Il y a eu les projections test désastreuses, qui ont conduit à quantité de reshoots alors que le film était terminé en 2022. Il y a eu la guerre Israël / Palestine, où les deux actrices principales avaient des positions opposées, l’une défendant Gaza, l’autre étant une ambassadrice juive ayant été élue Miss Israël et ayant servi pour le Mossad, et paraît-il que l’ambiance sur les plateaux était des plus austère. Mais surtout, surtout, c’est bien le comportement cataclysmique de la fameuse Blanche-Neige (Rachel Zegler) qui posa problème, alors même que son casting avait déjà provoqué des indignations à la base. C’est bien simple, l’actrice s’est mise absolument tout le monde à dos, crachant ouvertement dans la soupe en disant haut et fort à quel point ce rôle était insignifiant pour elle, que le classique d’animation, monument du cinéma et tout premier film animé de l’histoire, était une bouse sans nom et qu’elle a fait ce qu’elle a pu pour sauver le film tant l’histoire de base est médiocre. Ses vidéos de défiance envers ses détracteurs étaient aussi un summum de maladresse provoquante, insultant carrément les critiques. Les gens se sont délectés des vidéos d’elle pleurant devant des salles vides, et c’est mérité. Arrogante, méprisante et méprisable : à elle seule elle avait ruiné tout le marketing du film. Donc oui, on ne pouvait que haïr le film, et il trouve quand même le moyen d’encore décevoir !

Si la présence du prince charmant a été supprimée et que les nains sont désormais des créatures magiques, l’histoire est peu ou prou restée la même : après la mort de sa femme, un roi s’est épris d’une autre (Gal Gadot), et peu après en avoir fait sa reine, il mourut à son tour. Le royaume devint de plus en plus sombre sous son règne, obnubilée par l’argent et la beauté. D’ailleurs, quand la princesse Blanche-Neige (Rachel Zegler) atteint la majorité, son beau miroir magique au mur cessa de reconnaître en la reine la plus belle de tout le royaume, donnant désormais ce titre à la princesse. La reine va alors décider d’ordonner la mort de sa belle-fille.

En vrai, mise à part qu’il est totalement ridicule de comparer la beauté des deux actrices tant la princesse est d’une laideur infinie en comparaison, ce qui est certes un sacré problème de cohérence, j’avais presque envie de défendre le film basé sur ses premières 27 minutes. Oui, ça chante de trop et la VF est absolument catastrophique au niveau des chansons, mais en vrai les décors / costumes et effets spéciaux passait à peu près, bien que dégoulinant de couleurs et de fluo au delà de l’indigestion. Et puis après j’ai progressivement abandonné toute idée de voir un film ne serait-ce que supportable. Déjà les animaux sont très limites, complètement cartoon, mais alors les nains sont un ratage sans commune mesure. Juste ignobles, tant au niveau du design censé être un hommage mais totalement raté, que surtout de la modélisation pas crédible une seconde. Et autant le château fait mine d’avoir de beaux paysages, autant les forêts sont tristes à crever, puant le plateau en carton pate. Les acteurs sont en roue libre totale, en surjeu monumental, surtout que les chansons sont assommantes. C’est bien simple, il ne se passe pas deux minutes sans que ça chante, enchaînant à un rythme usant : de la pure comédie musicale. Et c’est bien beau de supprimer le prince charmant, mais dans les faits le voleur fait totalement office de, avec un amour toujours aussi superficiel. La poésie de l’animation d’antan a laissé sa place à une avalanche de FX atroces, les chansons sont encore plus nombreuses avec des reprises systématiquement moins bien que l’original, avec en plus des acteurs qui cabotinent et nous chient dessus en off. Le projet était déjà détestable, mais le résultat l’est encore plus.

 

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Tron : Ares


Tron : Ares
2025
Joachim Rønning

Véritable révolution technologique à sa sortie en 1982, Tron est devenu une œuvre culte, qui pour ma part a été découvert à travers la plongée immersive dans Kingdom Hearts II où j’avais trouvé le monde fascinant. Presque trente ans plus tard, Tron l’héritage tenta de surfer sur la nostalgie, en oubliant au passage tout ce qui faisait le charme du film d’origine au profit d’un divertissement lambda, et les résultats furent d’ailleurs en demi-teinte. Pourtant, Disney voulait très vite récidiver, car dès l’année suivante Kindgom Hearts Dreams Drop Distance proposa une virée dans le second film, et un projet de troisième long-métrage fut régulièrement sur la table depuis 2015. Un projet chaotique qui connu moult changements, et financièrement c’est assurément un désastre et la mort de la franchise pour un long moment tant les pertes avoisinent les 200 M$. Au niveau artistique et divertissement, le constat est tout autre.

Le complexe de Dieu est désormais une réalité, mais les visions diffèrent. L’héritage de la grille et du cybermonde créé par Kevin Flynn (Jeff Bridges) s’est scindé en deux entités. D’un côté la société Dillinger, dirigée par Elisabeth (Gillian Anderson) puis son fils Julian (Evan Peters), y cherchant à développer des IA et des armes de guerres. De l’autre, Encom, dirigée par Eve Kim (Greta Lee), société spécialisée dans le divertissement et les jeux-vidéos, qui aspire à se servir de cette technologie pour également révolutionner le domaine médical et agricole. Si créer la vie par modélisation est devenue possible, le processus reste encore instable, limité à une durée de vie de 29 minutes. Une course entre les deux pour trouver la solution à cette limitation pourrait changer l’avenir de l’humanité.

Deux critiques semblent revenir fréquemment autour du film : encore une histoire d’IA, et on suit l’histoire au travers des yeux d’Ares, une IA qui va remettre en question sa réalité, campée par Jared Leto, que beaucoup ont trouvé peu expressif. Eh bien déjà vos gueules, le scénario est autrement plus abouti qu’un Mission : Impossible – The Final Reckoning par exemple, et Ares est une formidable réussite. L’idée de vouloir utiliser l’imprimante 3D, dans une version futuriste laser, pour carrément imprimer des êtres vivants, c’est une dinguerie ! Dans le bon sens du terme. On est pleinement dans de la SF pur jus qui ose pousser loin son concept, quoique esquivant ce qui est attrait à l’âme, transposant un peu facilement une personne d’un monde à l’autre, alors que techniquement ça serait logiquement un meurtre avec création de clone, mais ça reste raccord avec les précédents volets. Concernant Ares et globalement le traitement de l’IA, ça me rappelle les plus belles pépites du genre comme Chappie ou WALL·E, et le film a une vraie poésie thématique sur la découverte du monde avec une touchante naïveté concernant Ares, et une exécution pas forcément si aveugle pour Athena. On ne l’attendait pas là, mais le film est une vraie réussite au niveau de son scénario, intelligent, riche et développé.

Et pourtant, malgré toutes ces qualités, ce n’est même pas là que le film brille le plus. La claque monumentale vient de son ambiance, que ce soit les effets spéciaux ahurissants, la musique épique marquante ou sa direction artistique folle. J’ai beau chercher, aucun film n’a récemment atteint un tel niveau de FX, d’autant que combinés à une DA sublime qui arrive à révolutionner les visuels de la grille, les transposer avec un brio vertigineux dans le monde réel, et également rendre hommage au film d’origine bien mieux que la première suite. Côté bande originale, Nine Inch Nails fait un travail colossal, décuplant le grandiose de scènes pourtant déjà gigantesques à la mise en scène démesurée. Un tel niveau de spectacle est déjà une immense réussite en soi, mais avoir su le mettre au profit d’une histoire captivante et ambitieuse, c’est un tour de force comme on en voit rarement.

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Mission : Impossible – The Final Reckoning


Mission : Impossible – The Final Reckoning
2025
Christopher McQuarrie

Alors que la saga a faillit s’arrêter avec Mission : Impossible III, semi-échec qui avait marqué un net recul alors que le budget s’était envolé, la saga s’est finalement relevée et a perduré jusqu’à atteindre les plus hautes cimes, tant au box-office (quasi 800 M$ !) que au niveau des critiques avec le sommet Fallout, son sixième opus. A la fois conscient que son acteur principal ne pourrait pas continuer tellement au delà de la soixantaine qu’il a entamé, et à la fois portés par le succès grandissant de la franchise, une ambitieuse conclusion en deux films fut lancée. Et patatras, la double cata. Tout d’abord le budget, censé être à la base de 150-200 M$, s’est envolé à 290 M$ avec le Covid, ce qui aurait demandé à minima à Dead Reckoning d’égaler le record de la saga pour se rentabiliser. Et malheureusement, le film s’est mangé de plein fouet le phénomène Barbenheimer, l’éclipsant aussi sec avec un bien maigre 565 M$ au final, ce qui en a fait un véritable échec financier (on rappel, il y a toujours une centaine de million en marketing à ajouter au budget initial, et plus de la moitié des recettes partent en frais de distribution). Quid de la seconde partie alors ? La mention « partie 1 » fut rayée du précédent opus, et cette seconde partie étant déjà en tournage, les dés étaient déjà jetés, donc autant en terminer, avec un petit changement de titre pour souligner le fait que la saga allait très probablement s’arrêter avec ce huitième film. Quoi qu’il en soit, cette saga a clairement marqué le paysage cinématographique, il s’agissait donc de partir avec les honneurs.

On reprend donc cette histoire de « L’Entité », une IA autonome qui a prit le contrôle de tous les systèmes informatiques du monde, s’en servant pour mener à bien tout simplement l’extinction de l’humanité. Ethan Hunt (Tom Cruise) et son équipe (Simon Pegg, Hayley Atwell, Pom Klementieff) sont le dernier rempart pour l’arrêter, bien que Gabriel (Esai Morales) soit toujours là pour s’interposer, pensant pouvoir contrôler cette IA. Dans une ère du tout numérique, peut-on encore s’interposer contre une telle entité ?

Bigre que j’y allais à reculons… Déjà que les 2h40 du précédent volet étaient interminables, là on en rajoute une couche avec plus de 2h50 ! Au secours ! Et comme pour la première partie, cette suite peine à démarrer, retraçant pompeusement les événements passés et la menace actuelle en mode « plus grande menace de tous les temps », mettant d’ailleurs plus de 20 minutes à lancer son générique. La mise en place est laborieuse, et globalement la construction du métrage est chaotique. On sent que la séquence du sous-marin aurait dû être le climax du film, mais que l’ensemble pue les reshoots et réécritures. En vrai, je pense que l’ensemble des deux Reckoning aurait dû faire 2h30, balancer à la poubelle une partie de l’intro du premier et tout Venise, couper lourdement sur le passage à l’aéroport et à Rome, avoir la scène du train en grosse séquence de milieu et tuer le méchant, puis balancer toute l’intro d’ici et conclure avec l’arc du sous-marin et jeter tout ce qui suit. Oui, même la séquence sympa en avion, car en vrai c’est un peu comme la fin de Fallout en moins bien.

Si le Covid et Barbenheimer ont failli tuer la licence, c’est finalement la grève des scénariste de 2023 qui acheva Mission : Impossible. Après la bérézina Covid qui propulsa le budget du précédent à 290 M$, c’était promis, il fallait réduire les coûts pour sauver les meubles. Résultat, avec la grève le tournage fut bloqué plus de six mois, avec toute l’équipe de pleinement mobilisée, faisant grimper le budget à une folie insondable : 400 M$. Pour rappel, le précédent avait rapporté 567 M$, et en tenant compte du calcul mentionné où le ratio doit grosso modo être de 2,5 voir 3, le film aurait été un échec en dessous du milliard. Si le film s’en est assez bien sorti à l’échelle de la franchise, ses 598 M$ le place tout simplement dans le top 3 des plus gros échecs financiers de l’histoire avec une colossale fourchette située entre 250 et 300 M$ de pertes. Autant dire que la fin ouverte – d’une nullité sans nom d’ailleurs, loin de conclure quoi que ce soit, ni classe, ni épique, ni émotionnelle – ne débouchera sur rien du tout, surtout pas dans un avenir raisonnable.

Un dernier chant du cygne qui devait être l’apothéose ultime, mais déjà il n’ont pas pu s’empêcher de laisser une porte non pas ouverte mais totalement béante, mais en plus le découpage en deux parties est d’une lourdeur atroce, alors même que les films affichent des durées stupides. Rythme ampoulé, scènes à rallonge : l’efficacité a drastiquement chutée. Oui, les personnages sont cools, voir iconiques pour Ethan Hunt, et on ne saluera jamais assez le travail fait sur les cascades et cette envie de tourner en décors réels, d’éviter le plus possible les effets spéciaux. Les images sont belles et cette véracité force le respect, indéniablement. Mais entre une histoire d’IA trop superficielle sentant le formol (on dirait Ennemi d’Etat sorti il y a presque trente ans !) et de gros soucis de rythme, l’intérêt s’amenuise encore un peu plus. Il est amusant de constater que la saga a pratiquement suivi le même chemin que Fast & Furious au final : quasi morte avec le troisième épisode, puis retour en force avec un pic au septième pour l’un, au sixième pour l’autre, avant de continuer de trop et perdre peu à peu son public. On se consolera en se disant que la chute est moins rude cette fois, mais ce diptyque final laissera un goût amer tant juste avant la licence avait trouvé la recette parfaite. Une grande saga s’en est allée.

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