Tron : Ares


Tron : Ares
2025
Joachim Rønning

Véritable révolution technologique à sa sortie en 1982, Tron est devenu une œuvre culte, qui pour ma part a été découvert à travers la plongée immersive dans Kingdom Hearts II où j’avais trouvé le monde fascinant. Presque trente ans plus tard, Tron l’héritage tenta de surfer sur la nostalgie, en oubliant au passage tout ce qui faisait le charme du film d’origine au profit d’un divertissement lambda, et les résultats furent d’ailleurs en demi-teinte. Pourtant, Disney voulait très vite récidiver, car dès l’année suivante Kindgom Hearts Dreams Drop Distance proposa une virée dans le second film, et un projet de troisième long-métrage fut régulièrement sur la table depuis 2015. Un projet chaotique qui connu moult changements, et financièrement c’est assurément un désastre et la mort de la franchise pour un long moment tant les pertes avoisinent les 200 M$. Au niveau artistique et divertissement, le constat est tout autre.

Le complexe de Dieu est désormais une réalité, mais les visions diffèrent. L’héritage de la grille et du cybermonde créé par Kevin Flynn (Jeff Bridges) s’est scindé en deux entités. D’un côté la société Dillinger, dirigée par Elisabeth (Gillian Anderson) puis son fils Julian (Evan Peters), y cherchant à développer des IA et des armes de guerres. De l’autre, Encom, dirigée par Eve Kim (Greta Lee), société spécialisée dans le divertissement et les jeux-vidéos, qui aspire à se servir de cette technologie pour également révolutionner le domaine médical et agricole. Si créer la vie par modélisation est devenue possible, le processus reste encore instable, limité à une durée de vie de 29 minutes. Une course entre les deux pour trouver la solution à cette limitation pourrait changer l’avenir de l’humanité.

Deux critiques semblent revenir fréquemment autour du film : encore une histoire d’IA, et on suit l’histoire au travers des yeux d’Ares, une IA qui va remettre en question sa réalité, campée par Jared Leto, que beaucoup ont trouvé peu expressif. Eh bien déjà vos gueules, le scénario est autrement plus abouti qu’un Mission : Impossible – The Final Reckoning par exemple, et Ares est une formidable réussite. L’idée de vouloir utiliser l’imprimante 3D, dans une version futuriste laser, pour carrément imprimer des êtres vivants, c’est une dinguerie ! Dans le bon sens du terme. On est pleinement dans de la SF pur jus qui ose pousser loin son concept, quoique esquivant ce qui est attrait à l’âme, transposant un peu facilement une personne d’un monde à l’autre, alors que techniquement ça serait logiquement un meurtre avec création de clone, mais ça reste raccord avec les précédents volets. Concernant Ares et globalement le traitement de l’IA, ça me rappelle les plus belles pépites du genre comme Chappie ou WALL·E, et le film a une vraie poésie thématique sur la découverte du monde avec une touchante naïveté concernant Ares, et une exécution pas forcément si aveugle pour Athena. On ne l’attendait pas là, mais le film est une vraie réussite au niveau de son scénario, intelligent, riche et développé.

Et pourtant, malgré toutes ces qualités, ce n’est même pas là que le film brille le plus. La claque monumentale vient de son ambiance, que ce soit les effets spéciaux ahurissants, la musique épique marquante ou sa direction artistique folle. J’ai beau chercher, aucun film n’a récemment atteint un tel niveau de FX, d’autant que combinés à une DA sublime qui arrive à révolutionner les visuels de la grille, les transposer avec un brio vertigineux dans le monde réel, et également rendre hommage au film d’origine bien mieux que la première suite. Côté bande originale, Nine Inch Nails fait un travail colossal, décuplant le grandiose de scènes pourtant déjà gigantesques à la mise en scène démesurée. Un tel niveau de spectacle est déjà une immense réussite en soi, mais avoir su le mettre au profit d’une histoire captivante et ambitieuse, c’est un tour de force comme on en voit rarement.

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Mission : Impossible – The Final Reckoning


Mission : Impossible – The Final Reckoning
2025
Christopher McQuarrie

Alors que la saga a faillit s’arrêter avec Mission : Impossible III, semi-échec qui avait marqué un net recul alors que le budget s’était envolé, la saga s’est finalement relevée et a perduré jusqu’à atteindre les plus hautes cimes, tant au box-office (quasi 800 M$ !) que au niveau des critiques avec le sommet Fallout, son sixième opus. A la fois conscient que son acteur principal ne pourrait pas continuer tellement au delà de la soixantaine qu’il a entamé, et à la fois portés par le succès grandissant de la franchise, une ambitieuse conclusion en deux films fut lancée. Et patatras, la double cata. Tout d’abord le budget, censé être à la base de 150-200 M$, s’est envolé à 290 M$ avec le Covid, ce qui aurait demandé à minima à Dead Reckoning d’égaler le record de la saga pour se rentabiliser. Et malheureusement, le film s’est mangé de plein fouet le phénomène Barbenheimer, l’éclipsant aussi sec avec un bien maigre 565 M$ au final, ce qui en a fait un véritable échec financier (on rappel, il y a toujours une centaine de million en marketing à ajouter au budget initial, et plus de la moitié des recettes partent en frais de distribution). Quid de la seconde partie alors ? La mention « partie 1 » fut rayée du précédent opus, et cette seconde partie étant déjà en tournage, les dés étaient déjà jetés, donc autant en terminer, avec un petit changement de titre pour souligner le fait que la saga allait très probablement s’arrêter avec ce huitième film. Quoi qu’il en soit, cette saga a clairement marqué le paysage cinématographique, il s’agissait donc de partir avec les honneurs.

On reprend donc cette histoire de « L’Entité », une IA autonome qui a prit le contrôle de tous les systèmes informatiques du monde, s’en servant pour mener à bien tout simplement l’extinction de l’humanité. Ethan Hunt (Tom Cruise) et son équipe (Simon Pegg, Hayley Atwell, Pom Klementieff) sont le dernier rempart pour l’arrêter, bien que Gabriel (Esai Morales) soit toujours là pour s’interposer, pensant pouvoir contrôler cette IA. Dans une ère du tout numérique, peut-on encore s’interposer contre une telle entité ?

Bigre que j’y allais à reculons… Déjà que les 2h40 du précédent volet étaient interminables, là on en rajoute une couche avec plus de 2h50 ! Au secours ! Et comme pour la première partie, cette suite peine à démarrer, retraçant pompeusement les événements passés et la menace actuelle en mode « plus grande menace de tous les temps », mettant d’ailleurs plus de 20 minutes à lancer son générique. La mise en place est laborieuse, et globalement la construction du métrage est chaotique. On sent que la séquence du sous-marin aurait dû être le climax du film, mais que l’ensemble pue les reshoots et réécritures. En vrai, je pense que l’ensemble des deux Reckoning aurait dû faire 2h30, balancer à la poubelle une partie de l’intro du premier et tout Venise, couper lourdement sur le passage à l’aéroport et à Rome, avoir la scène du train en grosse séquence de milieu et tuer le méchant, puis balancer toute l’intro d’ici et conclure avec l’arc du sous-marin et jeter tout ce qui suit. Oui, même la séquence sympa en avion, car en vrai c’est un peu comme la fin de Fallout en moins bien.

Si le Covid et Barbenheimer ont failli tuer la licence, c’est finalement la grève des scénariste de 2023 qui acheva Mission : Impossible. Après la bérézina Covid qui propulsa le budget du précédent à 290 M$, c’était promis, il fallait réduire les coûts pour sauver les meubles. Résultat, avec la grève le tournage fut bloqué plus de six mois, avec toute l’équipe de pleinement mobilisée, faisant grimper le budget à une folie insondable : 400 M$. Pour rappel, le précédent avait rapporté 567 M$, et en tenant compte du calcul mentionné où le ratio doit grosso modo être de 2,5 voir 3, le film aurait été un échec en dessous du milliard. Si le film s’en est assez bien sorti à l’échelle de la franchise, ses 598 M$ le place tout simplement dans le top 3 des plus gros échecs financiers de l’histoire avec une colossale fourchette située entre 250 et 300 M$ de pertes. Autant dire que la fin ouverte – d’une nullité sans nom d’ailleurs, loin de conclure quoi que ce soit, ni classe, ni épique, ni émotionnelle – ne débouchera sur rien du tout, surtout pas dans un avenir raisonnable.

Un dernier chant du cygne qui devait être l’apothéose ultime, mais déjà il n’ont pas pu s’empêcher de laisser une porte non pas ouverte mais totalement béante, mais en plus le découpage en deux parties est d’une lourdeur atroce, alors même que les films affichent des durées stupides. Rythme ampoulé, scènes à rallonge : l’efficacité a drastiquement chutée. Oui, les personnages sont cools, voir iconiques pour Ethan Hunt, et on ne saluera jamais assez le travail fait sur les cascades et cette envie de tourner en décors réels, d’éviter le plus possible les effets spéciaux. Les images sont belles et cette véracité force le respect, indéniablement. Mais entre une histoire d’IA trop superficielle sentant le formol (on dirait Ennemi d’Etat sorti il y a presque trente ans !) et de gros soucis de rythme, l’intérêt s’amenuise encore un peu plus. Il est amusant de constater que la saga a pratiquement suivi le même chemin que Fast & Furious au final : quasi morte avec le troisième épisode, puis retour en force avec un pic au septième pour l’un, au sixième pour l’autre, avant de continuer de trop et perdre peu à peu son public. On se consolera en se disant que la chute est moins rude cette fois, mais ce diptyque final laissera un goût amer tant juste avant la licence avait trouvé la recette parfaite. Une grande saga s’en est allée.

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Bridget Jones : folle de lui


Bridget Jones : folle de lui
2025
Michael Morris

Si la saga Bridget Jones n’a jamais volé très haut, il faut bien avouer que le troisième volet sorti en 2016 arrivait enfin à proposer un divertissement un peu moins convenu et redondant, et après un quart de siècle, l’attachement aux personnages s’est imposé, indépendamment de toute volonté. Et cette fois il semblerait que le concept évolue un peu, s’osant à un peu moins de légèreté.

Décidément, le bonheur n’est qu’un stade que très transitoire pour notre pauvre Bridget Jones (Renée Zellweger), madame feu Darcy (Colin Firth) puisque le père de ses deux enfants n’est plus, et a depuis également enterré son père (Jim Broadbent). Pleinement entrée dans la cinquantaine, sa vie semblait finie, d’autant qu’ayant arrêté son travail, mais après quatre ans de deuil, elle va décider de se reprendre en main. Qui sait, peut-être que le beau jeune homme du parc (Leo Woodall) ou le professeur Wallaker (Chiwetel Ejiofor) pourraient lui offrir une nouvelle chance dans la vie ?

Si on peut saluer la prise de risque que de détruire ce que la saga avait de plus beau, à savoir la romance entre Bridget et Mark, ici fantôme du passé, il n’empêche que c’est indéniablement un pincement au cœur qui aura du mal à passer. En revanche, quel plaisir que de retrouver Daniel (Hugh Grant) plus en forme que jamais ! Lui qui était absent de l’âge des bébés, mais y faisant tout de même une belle pirouette à son image, sa présence permet de garder l’attache à la saga. D’autant que que ce soit Mark ou le père de Bridget, ils n’ont pas simplement « disparus », l’un est un fantôme avec quelques flashbacks, tandis que l’autre nous offrira une belle mort pleine de tendresse. L’équilibre entre humour, avec notamment le retour d’Emma Thompson en gynéco / psy toujours aussi drôle, et émotion, avec le fait d’affronter le deuil et la dépression, est plutôt bon, même si on comprend vite que l’étalon est une perte de temps alors que Chiwetel Ejiofor explose de charisme à l’écran. On notera la présence de Nico Parker en babysitteur, dont l’année 2025 a décidément été une belle explosion dans sa carrière. Avec néanmoins une absence de sortie en salle aux Etats-Unis et un peu moins de 140 M$ dans le monde, alors que tous les précédents avaient dépassés les 200 M$, c’est probablement la fin de l’histoire pour la blonde la plus écervelée et maladroite qui soit, en espérant qu’elle puisse enfin jouir tranquillement de son happy ending.

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28 ans plus tard


28 ans plus tard
2025
Danny Boyle

L’art du marketing, c’est quand même quelque chose ! Alors que je n’ai que modérément apprécié à l’époque 28 jours plus tard et que j’ai carrément détesté 28 semaines plus tard, la bande annonce de ce troisième volet m’a tellement agréablement choqué que mes attentes étaient dantesques. Ambiance de folie, angoisse pesante, le film semblait promettre de toucher une psyché humaine au paroxysme de son aliénation. Pourtant, sur le papier le projet semblait être une aberration : une suite 18 ans après le précédent volet, devant relancer une toute nouvelle trilogie dont le second serait tourné avant la sortie du premier, le tout pour un budget de près de 140 M$ (75 M$ le premier, 60 M$ après abattage fiscal, et 63 / 50 M$ pour la seconde partie), soit la totalité des recettes des deux premiers opus. En gros, pour éviter la catastrophe industrielle, près de deux décennies plus tard il fallait à minima faire le double du précédent. Eh bien mine de rien, avec plus de 150 M$, ils l’ont fait !

L’histoire prend place, comme le titre l’indique, 28 ans plus tard. Plus tard que quoi ? Que la fin du monde, mais contenue au Royaume-Uni, désormais terre désolée et isolée. Un puissant pathogène hautement contagieux a transformé les habitants en zombies assoiffés de sang, qui avec le temps ont su s’adapter à un nouvel environnement où la nature a repris ses droits, variant ainsi leur alimentation en fonction de ce qu’ils trouvent. Jamie (Aaron Taylor-Johnson) est un chasseur, une des rares personnes quittant le village en quête de ressources, et cette fois il va emmener avec lui son fils de 12 ans, Spike (Alfie Williams), destiné à prendre la relève. Seulement quand il entendra parler d’un certain docteur Kelson (Ralph Fiennes), il n’aura plus qu’une idée en tête : aller lui rendre visite avec sa mère (Jodie Comer) malade, qu’importe les risques.

Le film se vendait sur deux choses : une ambiance crépusculaire, et une violence psychologique plus rude encore avec le message radio. Si on peut saluer le travail sur les décors, nous plongeant avec brio dans un style post-apo mais où la menace est toujours là, le fameux message radio sera carrément moins présent dans tout le film que dans la bande-annonce, c’est dire. Dans les faits, le film est terriblement classique sur sa forme comme sur son fond, si ce n’est qu’un effort louable a été fourni concernant la création de décors en dur, ne succombant pas à l’appel des effets spéciaux, pas même pour les zombies, tous en maquillages et prothèses. Reste pas mal d’idées intéressantes comme le parallèle entre le virus et la maladie de la mère, mais on se demande tout de même pourquoi, si le virus est contenu sur l’ile de Grande Bretagne, les forces militaires extérieures n’ont pas tout rasé à coup de napalme par mesure de sécurité ? Reste aussi les ficelles classiques du genre, pour un déroulé trop prévisible, voir laborieux avec le délire des Jimmy (Jack O’Connell) qui ouvre le prochain chapitre de façon trop frontale. Reste à savoir si la suite qui débarque la semaine prochaine (seulement sept mois après alors qu’il faudra au mieux plusieurs années pour la dernière partie si elle voit le jour !) fera des scores similaires, car avec une rentabilité très limite, toute baisse sensible compromettrait le projet de trilogie, en espérant que les suites sauront faire montre de plus d’originalité et de radicalité.

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Dragons


Dragons
2025
Dean DeBlois

Pas forcément la saga d’animation la plus populaire de l’histoire, n’ayant fait que 1,6 milliards de dollars en trois films, la trilogie Dragons a néanmoins indéniablement marqué toute une génération. Une épopée viking magnifique, tant en termes d’ambiance, de direction artistique, d’aventure ou même d’histoire épique. Et alors que l’histoire ne s’était achevée qu’en 2019, Noël en comptant l’excellent court-métrage de conclusion, mais pitié oublions les séries dérivées de remplissage, Universal a très vite mis en chantier non pas une suite (après tout ça aurait été possible), mais un fameux remake live action, qui visiblement n’est pas que l’adage de Disney. Comme visiblement le studio comptait le faire avec ou sans son accord, le réalisateur de la trilogie a donc accepté de rempiler, couteau sous la gorge oblige pour ne pas « dénaturer son œuvre ». Mais en réalité, c’est probablement la pire décision du projet.

Ctrl C / Ctrl V. Durant une époque passée, une petite île de vikings est sujette à un problème : les dragons ! En effet, ces derniers attaquent régulièrement leurs maisons et volent leurs moutons. Plus qu’une nécessité, c’est une tradition que de tuer les dragons.
Le jeune Harold (Mason Thames) est l’un de ces vikings, seulement voilà, il est chétif et peu apte à tuer un dragon. Le soir d’une attaque, il décide de se lancer et à l’aide d’une de ces créations, essaye d’abattre l’un d’eux. Par pure inadvertance, il piège le plus dangereux de tous : un furie-nocturne. Mais alors qu’il se trouve en face de lui, il se voit dans l’incapacité de tuer le dragon. Contre toute attente, le dragon ne se montre pas hostile. Il semblerait même que tous les dragons sont de nature gentille et qu’il ne volent des vivres que dans le seul but d’entretenir leur maître. Mais bien sûr, il sera difficile d’en convaincre les autres vikings…

Oui, j’ai copié collé mon résumé du film original, car pourquoi me faire chier si eux ne le font pas ? Je ne pense pas qu’il soit possible de faire remake plus fainéant, plus inutile et plus débile. C’est bien simple, c’est très exactement le même film : chaque plan, angle de caméra, chaque mouvement, chaque ligne de texte est très exactement la même, absolument aucune virgule n’a été modifiée, à une exception près. Comme les films en prises de vues réelles ont des quotas à respecter, le village viking va se voir doter de quelques personnes de couleur, avec deux répliques parlant de route de la soie et d’africains perdus. Autrement, rien ne bouge, et le film va même jusqu’à aller chercher Gerard Butler pour incarner à nouveau le chef du village qu’il doublait déjà à l’origine. Pour la VF d’ailleurs, c’est à se demander si un nouveau doublage a été fait ou si c’est celui d’origine qui a été légèrement retouché pour la synchro labiale puisque ça reste pour quasi tous les mêmes comédiens de doublage. Le casting est d’ailleurs assez bon, Nick Frost fait un bon Gueulfort, et la népo-baby Nico Parker (qui ressemble tellement à sa mère T. Newton) fait le taf malgré le mini scandale de la blonde aux yeux bleus devenant métisse quart zimbabwéenne. On retrouve avec plaisir les compositions musicales de John Powell, mais là encore, ce sont exactement les mêmes musiques réutilisées aux mêmes moments, tout juste a t-on quelques réorchestrations sympathiques. Si on prend en plus en compte le fait que les designs des dragons n’ont presque pas été retouchés et que l’étalonnage trop coloré rend le film visuellement peu réaliste, alors même que c’était le but initial, ce remake n’a vraiment aucun intérêt. A moins que ?

L’argent. Ne cherchez pas plus loin, et visiblement ils ont eu le nez particulièrement creux. En tenant compte de l’inflation, avec 150 M$ de budget, c’est tout simplement le film le moins cher de cet univers, et en valeur absolue, c’est de loin le plus rentable. Classé huitième de l’année avec 636 M$ et 8ème aussi en France avec 2,6 millions d’entrées, le film est une grande réussite financière, d’autant qu’il a cartonné aux Etats-Unis où il a fait 263 M$, ce qui même après inflation reste mieux que les suites, et comme les frais de distribution sont moindre à domicile, le succès en est d’autant plus grand. Quinze ans après le film original, la nostalgie a de tout évidence porté haut le film, et le remake du second opus est déjà acté pour juin 2027. Pour ma part, même si c’est pour ainsi dire le même film avec un casting très réussi, on est pas loin du sacrilège totalement nuisible. Au moins Disney a toujours su profiter de ses live-action pour enrichir des personnages voir réadapter le matériaux d’origine avec une nouvelle approche, sans forcément que ça en vaille la peine derrière, mais au moins la démarche était un poil moins cynique. Là du plan pour plan à la virgule près, sans rien retravailler avec de fait des designs peu réaliste et un étalonnage cartoon rendant l’image au mieux totalement artificielle, c’est juste honteux. J’espère que cette version ne remplacera pour personne le film d’animation, aujourd’hui encore bien plus beau et poétique.

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F1


F1
2025
Joseph Kosinski

Dans le genre film sur lequel personne n’aurait parié un copek, le film s’impose là. Alors oui, les films de course attire indéniablement du public en salle, notamment la F1, mais très largement pas suffisamment : même des films acclamés comme Rush ou Le Mans 66 ont peiné à se rentabiliser avec 98 M$ et 224 M$ respectivement. Alors là avec un budget estimé entre 250 et 300 M$, ne serait-ce que éviter l’accident industriel aurait été un prodige sans commune mesure. Eh bien le miracle a eu lieu, se classant 9ème plus gros succès mondial de 2025 avec plus de 630 M$, dont une quatrième place en France avec près de 3.4 millions d’entrées ! Sachant que 140 M$ avaient été dépensés par Apple pour acquérir les droits de la F1, inclus dans le budget pharaonique du film, un tel succès donne à réfléchir.

Le monde de la F1 est des plus hermétiques, mais ça n’a pas empêché Ruben Cerventes (Javier Bardem) de tenter d’ouvrir son propre écurie : APXGP. Seulement voilà, concevoir des voitures capables de rivaliser avec Ferrari ou Redbull est quasi mission impossible, et le voilà après quelques années avec aucun top10 à son actif et des actionnaires en colère face à une dette de 350 millions de dollars. Tentant le tout pour le tout, Ruben va rappeler son ancien ami Sonny Hayes (Brad Pitt) pour épauler son poulain (Damson Idris), qui va donc reprendre le volant trois décennies après avoir mis un terme à sa carrière.

Outre l’idée que de bruler l’asphalte à toute vitesse, en tant que vieux con blanc, le fait de voir un Brad Pitt vieillissant venant mettre tout le monde à l’amande et leur donner une leçon de vie était gageur, pour ne pas dire totalement grisant. De la déchéance à la grandeur, une seconde chance des décennies plus tard, c’est indéniablement hautement satisfaisant. Et puis y’a pas à chier une pendule, peu d’acteurs peuvent se vanter d’avoir autant de charisme et de prestance que Brad Pitt, qui rayonne avec une aura toujours aussi mystique. L’histoire est nettement moins risible que Gran Turismo, bien plus ambitieuse, la mise en scène est au top et Hans Zimmer nous régale d’une BO épique bien classe, bien qu’elle ne fera pas date contrairement à bien de ses précédentes œuvres. Un trip dont on ne décrochera pas un instant, sans pour autant marquer outre mesure.

Parlons donc des quelques défauts du long-métrage, plus ou moins gênants. Déjà l’écriture est très paresseuse, d’une prévisibilité à toute épreuve, et les dialogues sont souvent à la limite du ridicule. Enfin pour du blockbuster bourrin, rien de bien grave. En revanche, c’est tout ce qui entoure la F1 qui m’a posé problème : l’art du mécano, de la débrouille, du pilotage et même de l’humain s’effacent derrière la technologie et le luxe. C’est aussi un peu le message du film, mais sans jamais rien remettre en question. Ca balance des morceaux de voiture à plusieurs centaines de milliers de dollar comme on sort sa poubelle, ça fait plus de tours en simulateurs que sur le terrain, les tests ne se font plus en garage mais dans des laboratoires, et la quantité de staff n’a aucun sens. Plus aucun mécano, mais des dizaines d’ingénieurs dans des bureaux high tech, et vu la quantité de personnel et la machinerie, on comprend vite comment on peut se retrouver avec des centaines de millions de dette. Déjà que les courses en circuit m’ennuient dans l’absolu, voir les techniques modernes me fait me dire que la course automobile, et plus particulièrement la F1, ça n’est pas pour moi. Un très bon divertissement malgré tout.

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Downton Abbey III : le grand final


Downton Abbey III : le grand final
2025
Simon Curtis

Si on pensait la série terminée à l’issue de sa sixième saison, un premier film en 2019 est venu tâter le terrain des fans, visiblement très nombreux puisque Downton Abbey avait fait pas loin de 200 M$ dans le monde et presque un million d’entrées en France, des scores colossaux pour du drame d’époque. Et il est vrai que pour ma part, c’était tout simplement un petit bijou condensant tout ce que le série avait de meilleur, au contraire du second opus, Une nouvelle ère, qui en dehors de son incursion Hollywoodienne, n’avait pas grand chose à raconter. On pensait d’ailleurs le projet de trilogie abandonnée suite à l’échec de ce second film (ratio budget / recettes divisé par cinq !), mais en 2024 une folie se murmura : une septième saison ! En réalité non, c’était bien le fameux troisième opus cinématographique, mais on osait y croire.

Ca y est, la famille Crawley (Hugh Bonneville, Elizabeth McGovern, Michelle Dockery et Laura Carmichael) passe dans les années 30, mais non sans heurt. La crise économique de 1929 fait craindre le pire, Harold (Paul Giamatti) revenant des Etats-Unis avec de bien mauvaises nouvelles, tandis que Mary, devant reprendre le domaine, se fait mettre au banc de la société à cause du scandale de son divorce. La famille va devoir une fois de plus s’adapter à un monde en perpétuelle évolution.

Bis repetita… Déjà que je trouvais les dernières saisons de moins en moins pertinentes, de même que le second film, mais là on arrive vraiment à un niveau de recyclage / redondance assez violent. Malgré tout l’amour que j’ai pour cette époque, et surtout ces personnages si formidablement écrits, ce « grand final » n’a rien de grand, et surtout rien d’original. Pratiquement pas une saison ne s’est déroulée sans qu’une crise économique ou de succession ne vienne tout menacer, et devoir s’adapter au changement, réduire son train de vie, c’est devenu d’une banalité confondante au fur et à mesure du récit, au point que les rares fois où la situation se calme ou qu’un nouveau membre de personnel est recruté est un immense soulagement calmant cette tendance à la neurasthénie. Si la thématique du divorce pouvait être gageure, après tout le scandale et choquer la grande bourgeoisie fait parti des grands plaisirs de la saga, dans les faits ça reste petit joueur, avec peu de répercutions et venant surtout réutiliser la pauvre détresse sentimentale de Mary, qui décidément n’aura jamais eu de chance dans sa vie. Je dirais même plus que ce troisième volet ciné détruit plus qu’il ne construit : Edith ne parle plus du tout du journal, Elsie Hughes (Phyllis Logan) est toujours intendante et Carson (Jim Carter) tarde décidément à prendre sa retraite, tapant sur les nerfs d’un Andy (Michael Fox) dont la romance avec Daisy (Sophie McShera) ne saute pas aux yeux, remplaçant pour sa part une madame Patmore (Lesley Nicol) qu’on pensait déjà partie, de même que Molesley (Kevin Doyle) peine toujours à s’ouvrir au bonheur que lui tend Baxter (Raquel Cassidy). Bates (Brendan Coyle) et Anna (Joanne Froggatt) font de la figuration, au même titre que Tom (Allen Leech), Isabelle (Penelope Wilton) – quoi que s’occupant de la foire – et Lord Merton (Douglas Reith). Seul Barrow (Rob James-Collier) coule des jours heureux avec Dexter (Dominic West). Pas de cousine, et des enfants plus que jamais réduits à un bruit en fond, alors même qu’ils ont désormais l’âge qu’avaient certaines des sœurs au tout début.

Les thématiques abordées sont donc peu ou prou toujours les mêmes, et tout est parfaitement résumé par le personnage de Harold : « le passé semble tellement plus chaleureux et paisible que le futur ». Tout n’est que réduction de train de vie, perte de privilèges, disparition du faste et du grandiose. Un « Grand Final » tellement petit joueur, avec peu d’événements, tous de moindre ampleur que par le passé, et une moins grande variété de décors. Etonnamment, il semblerait que ma lassitude ne soit pas du tout partagée, les notes des trois films étant d’une stabilité remarquable (tous entre 3.1 et 3.3 par la presse, égalité absolue à 3.8 chacun par les spectateurs allociné, et sur imdb 7.4 les deux premiers, 7.3 ce troisième). Et d’ailleurs ce troisième opus a connu un léger regain d’intérêt, dépassant à nouveau les 100 M$, et peut-être qu’un jour nous aurons droit à une nouvelle incursion à Downton Abbey. M’est avis que si le premier film était un prolongement brillant, il n’empêche que le final de la série était autrement plus joyeux et satisfaisant, et il est si dommageable de voir à quel point chaque progrès social est un déclin sociétal. Le confort du passé ne sera visiblement jamais égalé.

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Stranger Things


Stranger Things
2016-2026
Matt et Ross Duffer

Nous y voilà, après presque dix ans d’attente, la série emblématique de Netflix touche à sa fin, à ceci près qu’à l’heure d’écrire ces lignes, l’attente était encore de mise de mon côté, revoyant les quatre premières saisons avant de découvrir les dernières salves d’épisodes. Une aventure qui je l’espère ne laissera pas un goût amer tant la série est dans son ensemble l’une des plus grandes jamais vue. Verdict ?

Tout commença en grande pompe à l’été 2016 où la série était déjà présentée comme un porte étendard de Netflix, et le succès fut immédiatement au rendez-vous. Une plongée au cœur des années 80 pour un mélange audacieux entre histoire d’aventure pour enfant, piochant allègrement du côté des Goonies, E.T. et autres histoires de S. King comme Stand by me ou Ça, tout en y insufflant un vrai côté horrifique aussi radical qu’un Silent Hill, le tout sur fond de Guerre Froide teintée de X-Men.

Petite ville habituellement sans histoire, Hawkins va devenir le théâtre d’événements pour le moins inquiétants. Alors qu’il rentrait d’une partie de Donjons et Dragons avec ses amis – Mike (Finn Wolfhard), Lucas (Caleb McLaughlin) et Dustin (Gaten Matarazzo) – Will (Noah Schnapp) va disparaître sans laisser la moindre trace. Peu à peu, les disparitions et phénomènes étranges vont se multiplier. On suivra sa mère (Winona Ryder), persuadée que son fils lui parle à travers les lumières ; le directeur du labo gouvernemental, le docteur Brenner (Matthew Modine), qui cherche son cobaye n°11 (Millie Bobby Brown) fraîchement évadé ; Nancy (Natalia Dyer), la sœur de Mike, qui va partir en quête de la vérité avec Jonathan (Charlie Heaton), le frère de Will ; tandis que le chef de police Jim Hopper (David Harbour) tentera de garder un esprit ouvert face à des situations au delà de son entendement. On notera aussi Steve (Joe Keery) parmi les personnages principaux, petit ami de Nancy, bien qu’il ne sera que secondaire à la progression de l’intrigue.

Si la série a autant marquée d’emblée, outre son côté nostalgique et ses moult références aux œuvres du passé, c’est avant tout pour la grande maîtrise dont elle fait preuve dans absolument tous les domaines. Le rythme est particulièrement excellent, instaurant d’abord cette petite ville modèle américaine où il y fait bon vivre, y ajoutant progressivement du mystère et de l’angoisse, entre surnaturel et complots gouvernementaux. On sent que la production n’a souffert d’aucune limite, nous offrant de vrais décors, donnant un côté palpable à cette ville et ses environs, avec surtout une seconde dimension de L’upside down incroyable, particulièrement réussie dans son design et ses effets spéciaux. Le tout est accompagné par des sonorités un peu rétro donnant une vraie ambiance originale et marquante à l’ensemble, qui arrive sans mal à se dépasser de ses inspirations. Mais ce qui fait d’autant plus la force de la série, c’est bien sûr son casting, un vivier à talents qui a fait exploser des carrières comme rarement on aura vu de telles ascensions. Si les enfants sont un peu moins impactant, sauf Dustin qui est incroyable, tous les personnages sont une franche réussite avec une interprétation au top, avec surtout un Jim Hopper ahurissant de charisme, une version ultime de l’ours mal léché au grand cœur. Bien sûr, avec le recul le lore n’en était qu’à ses balbutiements et objectivement les saisons 2 et 4 vont tellement plus loin, mais mise à part chipoter sur un manque de communication entre certains personnages qui fait avancer un peu lentement les choses au début, cette première saison est une claque sur toute la ligne qui pose avec brio les bases d’un univers fou.

Saison 1 :


Sortie un an et demi après, la seconde saison est l’exemple même de la suite « idéale » : une recette améliorée, en plus grand. La menace de cette saison est le Flageleur mental, une créature aussi immense que terrifiante, aux pouvoirs incommensurables, capable de contrôler par la pensée une armée entière de Demogorgons, c’est dire. Le sort va en revanche continuer de s’acharner sur les mêmes, car contrairement à l’adage, la foudre n’aura de cesse que de frapper au même endroit, Will étant une nouvelle fois la cible de l’upside down, souffrant de terribles rêves éveillés où il s’y retrouve plongé, avec cette ombre du Flageleur planant sur lui.

Cette saison est ô combien importante, car elle met en place moult dynamiques qui deviendront le moteur de la série, que ce soit la relation père-fille entre Jane / Eleven et Jim Hopper, aussi maladroite que touchante (it’s only 8000 calories – grown the hell up !), ou l’introduction de nouveaux personnages tous plus importants et réussis. Nouveau membre du groupe des enfants, Max (Sadie Sink) la zoomeuse est une révélation d’envergure, et probablement l’actrice de la série ayant le plus percé au cinéma. Pétillante, insolente, elle apporte une fougue délectable, semant un léger trouble dans le groupe, mais rien de bien gênant. Son frère Billy (Dacre Montgomery), certes un peu en retrait, est aussi une immense réussite, venant prendre la place non assumée par Steve de la star du bahut, avec une scène hilarante avec la mère Wheeler (Cara Buono). Le King Steve tombe donc, mais pour le mieux, continuant sa transition pour devenir le mec le plus sympa qui soit, nouant une amitié magnifique avec Dustin, assurément le meilleur duo qui soit. Cette saison introduira aussi le docteur Owens (Paul Reiser), souhaitant réellement faire du labo Hawkins un lieu de rédemption, ou encore Murray (Brett Gelman), le journaliste freelance un peu fou qui deviendra le sidekick ultime dans les saisons suivantes. Mais bien sûr, la star de la saison dans notre cœur sera incontestablement l’extraordinaire ordinaire Bob Newby (Sean Astin), aka Sam Gamegie le brave, le fantastique Bob, l’humain le plus bienveillant et méritant de toute l’histoire de l’humanité. Nous ne t’oublierons jamais, étoile la plus brillante de la nuit.

A dire vrai, et c’est assez rare de pouvoir autant prendre son temps, cette seconde saison continue l’exposition, renforce le lore sans encore pleinement rentrer dedans. Un bon point pour ma part, mais qui a pu en frustrer au passage. En passant de 8 à 9 épisodes, cette saison conserve un rythme assez tranquille, avec là encore une menace qui prend le temps de s’installer, avant d’exploser vers la fin, à un détail près qui reste de très très loin l’épisode de la série le plus décrié qui soit : l’épisode 7. Alors que sur IMDb pratiquement aucun épisode ne descend sous les 8/10 (juste deux épisodes à 7.8 et 7.9 en saison 3) avec près de la moitié des épisodes au dessus de 9/10, et que sans l’épisode 7 la saison 2 a 8.9/10 de moyenne, la note qui fait tâche, 6/10. Pourquoi tant de haine ? Eh bien pourtant l’épisode est cool, une plongée dans la misère urbaine avec la découverte d’une sœur Kali (Linnea Berthelsen) indienne aux pouvoirs intéressants, elle aussi arrachée à sa famille pour devenir un cobaye de « Papa ». Etant fan de Chappie, le côté poupon qui bascule dans une criminalité dans un style punk désabusé, ça me parle pas mal. Mais le vrai souci, c’est que l’épisode arrive en pleine dernière ligne droite, coupant en plein twist. Il aurait fallu revoir le montage des épisodes 6 et 7 pour les mélanger et ainsi ne pas couper près d’une heure durant le suspens terrible de la fin de l’épisode 6. Mais soit.

Plus j’y pense et plus certaines des scènes cultes ou marquantes de la série se concentrent dans cette seconde saison, peut-être la plus aboutie de toutes. Jim et Elf qui après le deuil et des familles dysfonctionnelles arrivent à se créer leur propre cocon, Max qui vient tout chambouler, Dustin qui élève son petit Dart avec une naïveté aussi hilarante qu’effrayante, son amitié nouvelle avec l’immense Steve, la petite escapade de Nancy et Jonathan à la recherche de la vérité « too strong », le génial Bob qui veut bien faire mais qui va pousser Will à faire une erreur monumentale, ou même les piques géniales de Erica (Priah Ferguson), la petite sœur de Lucas et ses mimiques de crapule visiblement trop dorlotée par ses parents. Voilà qui confirme donc que Stranger Things n’était pas qu’un éclair de génie, mais bien une vision à plus long terme (dire que la cloche de Vecna y retenti déjà !) qui avait encore de belles choses à nous faire découvrir.

Saison 2 :

Nous y voici, la saison du désamour, celle qui a suscité les réactions les plus mitigées, et qui concentre tous les épisodes les plus mal notés (à l’exception du fameux épisode 7 de la saison précédente). Il faut dire que la saison dénote à plus d’un titre, à commencer par l’âge des acteurs. En effet, si cette saison a réussi à voir le jour au bout d’un an et demi, comme la précédente, la puberté et les poussées de croissance ont fait des leur, certains comme Mike ayant prit deux têtes de plus, comme si le temps était passé trop vite. Mais ce qui change surtout, c’est le traitement en lui-même de la série, qui reposait en grande partie sur deux axes : les références / nostalgie, et l’horreur. A l’image du grand vilain russe dont la copie de Terminator est même clairement oralement énoncée (Magnum aussi), le premier axe est bien moins négligeable que dans les précédentes saisons, plus « in your face » et limite lourdingue entre le délire « Mall » et Retour vers le futur. Un point fâcheux, mais jamais autant pour ma part que la gestion de l’horreur. En effet, le frisson ne sera plus suggéré, misant surtout sur l’ambiance auparavant, basculant totalement dans un sous-genre que je déteste : le body horror, à savoir du gore très visuel à base de corps mutilés ou dégoûtants.

C’est bien simple, les cinq premiers épisodes ont été pour ma part une quasi punition, une longue attente fatigante où ce n’est pas moins de quatre équipes qui seront continuellement séparées pour traquer la menace de cette saison. On aura d’un côté Nancy et Jonathan qui vont enquêter sur des rats, avec du bon vieux féminisme lourd montrant des hommes d’antan archi toxiques ; on retrouvera aussi au Mall Dustin, Steve et sa collègue Robin (Maya Hawke), de même que Erica qui vont tenter de percer les mystères d’une invasion russe ; invasion que vont tenter de contrecarrer Hopper et Joyce en cherchant à savoir ce que font les russes ici ; et enfin Mike, Lucas, Max, Will et Eleven qui vont traquer Billy pour savoir quel terrible secret se cache derrière des inquiétantes disparitions qui semblent lui être amputable. Des sous intrigues évidemment liées, mais qui devront attendre l’épisode 6 sur 8 avant de réellement se recouper. Certes, les précédentes saisons prenaient également leur temps, mais jamais à ce point.

Si on a encore plaisir à retrouver les personnages et que la fin décolle enfin avec plusieurs duos très réussis comme Steve / Robin et Murray / Alexei, cette saison ne sert en fait pas à grand chose, puisque sa fin est peu ou prou la même que celle de la saison précédente, avec une menace juste repoussée. Le coup des russes (qui sera certes incroyable en saison 4) sonne peu inspiré, les querelles d’adolescents sont puériles, l’ambiance est un peu ternie par un passage précipité vers l’âge adulte, et surtout ce basculement vers du pur body horror m’a clairement déçu, pour ne pas dire totalement rebuté. Heureusement, encore une fois les trois derniers épisodes rehaussent sensiblement le niveau, connectant enfin toutes les intrigues pour se concentrer sur les plus intéressantes et aux enjeux plus globaux, avec quelques pépites comme la chanson de L’Histoire sans fin avec la fameuse Suzy (Gabriella Pizzolo). Un faux pas indéniable aux airs de spin-off « summer édition », qui a pu compter sur les bases solides de la série pour ne pas trop s’effondrer. Heureusement, la suite va proposer un vrai renouveau autrement plus excitant et abouti.

Saison 3 :


Bigre que l’attente fut longue ! Contrairement aux deux précédentes qui avaient pu sortir dans un laps assez court (un an et demi), cette fois le Covid nous a obligé d’attendre trois longues années, avec en plus une mauvaise surprise à l’arrivée qui leur a donné des idées cassant le principe même du bing watching : une sortie fragmentée. Composé de neuf épisodes, cette quatrième saison proposa d’abord les sept premiers au printemps 2022, puis les deux derniers à début juillet.

Contrairement à la saison 3 où tout le monde étaient séparés en équipes plus ou moins inutiles ne se parlant pas assez car tout se déroulait à Hawkins, cette fois la série prend une dimension plus grande avec des enjeux tous liés et importants. Alors que Joyce avait fuit Hawkins avec ses deux fils et Jane pour démarrer une nouvelle vie au soleil, un mystérieux colis va raviver l’espoir : et si Hopper était encore en vie, captif d’une prison russe ? Elle va alors organiser son évasion avec Murray, laissant sa famille avec Mike venu rendre visite à sa copine pour le fêtes. Seulement voilà, le gouvernement cherche toujours activement Eleven, tendis que les anciens du laboratoire espèrent pouvoir raviver ses pouvoirs, d’autant qu’une nouvelle menace s’est encore abattue sur Hawkins. Le Flageleur mental s’est visiblement trouvé un allié de poids : Vecna (Jamie Campbell Bower), un mage noir capable d’infiltrer l’esprit des habitants depuis l’Upside Down, et même les tuer. Une série de meurtre terribles affolent la ville, amenant les habitants à croire que le coupable n’est autre que Eddie Munson (Joseph Quinn), le chef du Hellfire club, que tout le monde voit comme une secte satanique alors que ce ne sont que des gamins jouant à Donjons et Dragons. Club dont font parti Mike, Dustin, Lucas et Erica. Nancy, Robin et Steve vont alors leur prêter main forte pour protéger Eddie et trouver ce Vecna, d’autant que le temps presse : Max est sa prochaine cible.

Si toutes les histoires ne se valent pas en termes d’enjeux ou d’intérêt, on est clairement sur le très haut du panier de tout ce que la série a proposé depuis ses débuts. Déjà malgré des épisodes plus longs que jamais (2h20 pour le dernier !) et le record de neuf épisodes de la saison 2 égalé, le rythme est de loin le meilleur de toutes les saisons : dès l’épisode 1, tout est en place, que ce soit la prison et Vecna, qui fera sa première victime d’emblée. Et on peut d’ailleurs pousser un énorme soulagement tant la série fait machine arrière sur le gore stupide et archaïque du body horror de la saison 3, revenant à une peur plus viscérale et psychologique, avec néanmoins pas mal d’éléments visuels choquants démonstratifs. Le meilleur des deux mondes en sommes, retrouvant son ambiance angoissante plus psychologique, mais en y ajoutant plus d’éléments visuels effrayants sans jamais tomber dans de la gratuité mal placée.

Pour en revenir aux histoires, il n’y a absolument rien à jeter. Tout ce qui entoure la prison est une franche réussite avec un combo Yuri / Murray aussi fou que drôle, on a grand plaisir de retrouver le charismatique Tom Wlaschiha (maître des sans visages de Game of Thrones) en geôlier corrompu, et l’acteur de Hopper a subi une transformation physique incroyable (notamment pour le rôle de l’avant-dernière version – oui oui, deux reboots en cinq ans – de Hellboy). Concernant le gang des surfer boys, il y a pas mal à dire aussi. La formation de Eleven permet un développement de lore incroyable, donnant l’autre facette de la vie de Vecna, tandis que l’escapade des garçons apporte une légèreté salvatrice au récit (mais ce qui n’empêche pas quelques passages émotionnels comme quand Will assume enfin ce qui a été dit une dizaine de fois concernant son orientation), qui autrement croulerait sous le poids des ombres. Le revirement hippie de Jonathan sonne comme une évidence, sa réplique interposée du « it’s super safe, it came from earth » (en gros c’est super sécure comme ça vient de la terre, en parlant de la weed) est légendaire, au même titre que le « Purple Palm Tree Delight », et Argyle est hilarant, se battant avec Murray en mode Yuri pour le prix de la pépite comique de la saison.

Place ensuite au vrai gros dos niveau histoire : Hawkins. On aura ainsi une ville tombant dans une chasse aux sorcières folle, rappelant les sombres heures des médias crétins qui assuraient que les jeux-vidéos rendent violent, alors qu’aujourd’hui la science a démontré le contraire. Le nouveau « roi » du lycée Jason et sa troupe de chienchiens dont Lucas tente de faire parti traitent non seulement d’un sujet jamais vraiment traité dans la série, la quête de popularité, mais en plus ils apportent une certaine candeur presque légitime à cette chasse aux sourcières, rajoutant de surcroît ce poison de la religion qui veut combler les blancs dans nos interrogations de la pire des manières. Si tout le monde a crié à la révélation concernant Eddie Munson, c’est effectivement un excellent personnage avec ses grands moments, mais ça reste une version wish de Steve, le vrai partenaire ultime de Dustin avec qui il forme le duo de bro le plus attachant jamais vu. Pas mal mise en avant dans l’histoire, c’est bien sûr Max qui va rayonner le plus, manquant de peu de me faire verser ma larme à plusieurs reprises. Tout ce qui entoure Vecna est de toutes façons le plus grand banger jamais vu, le prime de la série, et même si son niveau de menace reste potentiellement inférieur au Flageleur mental (qui est réellement l’antagoniste ultime ?), son histoire, son développement et même son design sont un enchaînement de claques.

Aventure qui commence à plein régime dès le début, histoires parallèles toutes importantes et captivantes, développement de personnages réussi, mise en scène au top et épouvante retrouvant ses lettres de noblesse, ampleur de l’action décuplée, mythologie à son apogée et Kate Bush qui rajoute un grandiose supplémentaire. Oui, sans nulle doute la meilleure saison d’une série pourtant déjà incroyable, et c’est d’autant plus admirable qu’on pouvait craindre le pire après une troisième saison en demi-teinte qui avait prit tant de mauvaises décisions. Reste maintenant la plus délicate des épreuves : la conclusion, là où tant de grandes séries s’y sont cassé les dents. Stranger Things va t-il entrer dans la légende et devenir pour des décennies entières la série préférées de nombreuses personnes, ou au contraire trébucher sur la dernière marche, et que dans quelques années les gens diront « Stranger Things ? C’était vraiment cool, mais la fin quel gadin ! J’avais oublié ce truc d’ailleurs, ça a pas été supprimé de Netflix ? Moche…  » ? Oh que non !

Saison 4 :

 

Nous y voilà, la toute fin. Vecna a gagné, Hawkins sombre dans les flammes ? Oui et non, l’ensemble de la ville est bien couverte de portails qui coupent la ville en quatre, mais l’écrasement n’a pas eu lieu car Eleven avait pu stopper le processus à temps. Plus encore, pour éviter que des créatures ne surgissent de n’importe où pour semer la terreur, l’armée a mis la ville en quarantaine et a scellé tous les portails, à une exception près qu’ils gardent sous leur protection dans leur base militaire, tout en gardant une surveillance de chaque instant autour de toutes les plaques scellées par mesure de précaution. Enfin auront-ils compris que Eleven ne représente rien et que la menace est au delà de notre réalité ? Eh bien la réalité est plus complexe : la quête d’Eleven n’est qu’un prétexte pour le docteur Key (Linda Hamilton) pour répliquer l’expérience, qu’importe les risques.

On retrouve alors toute l’équipe après plusieurs mois de « plongeons », où ils arrivent à s’infiltrer dans la base militaire pour parcourir l’upside down à la recherche de Vecna et potentiellement mettre fin à ses agissements. Et pourtant, toujours aucune trace de lui, et au contraire les lieux semblent avoir été désertés, à tel point que les militaires y ont installé une base secrète. Que cache t-elle ? D’autant que Vecna n’est clairement pas mort, de plus en plus d’enfants commencent à avoir des visions d’un certain Monsieur Quiproquo, incluant Holly (Nell Fisher) et Derek (Jake Connely), qui sont peut-être la clé pour comprendre ce qui se joue dans l’ombre.

Dès le début, cette dernière saison est à la fois incroyable et frustrante : on sent ce climat de guerre, avec le raz-le-bol de Dustin, Robin et Steve en mode radio pirate, et une résistance bien rodée qui est prête pour l’affrontement final. C’est épique, mais on a l’impression d’en avoir raté pas mal, et en vrai cette histoire de plongeons ferait un excellent jeu vidéo tant on aimerait y être, participer à l’effort de guerre, contribuer. Tout le monde a un rôle à jouer, tout le monde est utile et ça fait plaisir de voir la lumière sur un peu tout le monde, à la limite du fan service avec monsieur Clarke qui va également rejoindre le groupe. La montée en puissance se fait sous haute tension, jusqu’au fameux épisode 4 qui a cassé Internet, donnant un peu aux fans un fantasme ultime concernant un personnage clé, et bon dieu que c’est classe ! Dommage que son rôle restera celui de soutien tant il aurait mérité plus pour la toute fin.

Venons en aux personnages, où tous n’auront pas la même qualité de traitement / degré de satisfaction quant à leur devenir. Pivot central tout du long de la série, Jim Hopper n’aura pas de moment spécialement marquant, et on aurait aimé le voir recroiser ses anciens collègues dont le regard ahuri aurait valu son pesant de cacahuètes. Ensuite, la plupart des autres auront un traitement assez prévisible, quoique pas forcément décevant, mais on aurait aimé du flamboiement aussi fou que Dustin (mon dieu son discours !) et Steve, les plus incroyables bros de la série sans le moindre doute. Le côté narrateur de Mike et toute la dernière ligne droite sont en revanche probablement ce que l’acteur a délivré de meilleur dans tout le show, ce qui n’est pas rien. Mais il faut bien le dire, ceux qui ont le plus brillé au cours de la saison, ce sont Holly et deepshit / delightfull Derek, des personnages forts, drôles et attachants, là pour le côté passation. On notera que dans les anciens, hormis les indépassables Dustin et Steve, les plus intéressants à suivre seront Will, Max et Vecna, les plus travaillés, au contraire de Eleven qui passe en mode bras vengeur déshumanisé et dont l’actrice cachetonne comme rarement on aura vu ça. Pour un rôle à qui elle doit tout, c’est consternant…

Cette dernière ligne droite est donc incroyable à plus d’un titre : instaurant un principe de plongeons sous haute tension, particulièrement bien rodé et prenant, tout le monde a un rôle à jouer et la cohésion d’équipe n’a jamais été aussi forte, on découvre toujours plus de lore autour de la série, la dimension X est force de proposition visuelle, et la saison se paye même le luxe d’introduire encore de nouveaux personnages centraux sans pour autant délaisser les autres ou perdre en lisibilité. Alors oui, cette fois on se prépare, on attaque, on n’est plus dans la surprise ni dans la réaction, donc la menace semble moindre que dans la saison 4, et en plus l’action se concentre uniquement sur Hawkins, là où la précédente était internationale avec quatre lieux principaux. Incontestablement oui, cette saison est moins riche, moins dense et moins grandiose que la précédente, d’autant que les épisodes sont moins longs et ne sont que huit, contre neuf dans la quatrième (avec une moyenne par épisode 10-15 minutes supérieures). Mais concernant la conclusion des arcs, le devenir des personnages, c’est une grande réussite. Pas flamboyante, on explique difficilement le retrait visiblement sans condition des militaires, et on aurait aimé en savoir encore plus sur les personnages, notamment tertiaires dont certains auront tout simplement disparu en cours de route sans aucune nouvelle (on pense notamment à Owens, Argyle ou Suzy). Mais peu de séries se permettent d’offrir à leurs spectateurs près de trois quart d’heure sur le devenir de chacun, avec pas mal de scènes marquantes, jusqu’à la fameuse partie de Donjons & Dragons qui vient boucler la boucle de manière sublime, donc c’est déjà énorme.

D’aucuns pesteront – moi y compris – que la bataille finale aurait pu être encore plus folle, mais que tout le monde serve et que la surprise de la location offre l’un des visuels les plus épique de la série est déjà immense ! Les créateurs n’ont offert que peu de surprises pour cette dernière salve, mais ils n’ont pas cédé aux sirènes de la facilité en sacrifiant à tour de bras comme certains l’aurait souhaité, et entre le coup du « the wise » et la satisfaction générale concernant le devenir de chacun, c’est un véritable tour de force que de trouver une fin globalement si satisfaisante quand pour ainsi dire aucune des plus grandes séries de l’histoire n’aura réussi à faire de près ou de loin aussi bien ! Si malheureusement la troisième saison vient un peu gâcher le tableau avec une histoire largement oubliable et un focus mis sur le body horror complètement raté, force est de constater que la série aura été réfléchie dans son ensemble dès ses prémices, avec quantités d’éléments cachés en saison 2 qui ne prennent leur sens que dans le final, avec un sentiment de maîtrise sur l’ensemble de la série qui inspire le plus grand des respects. Avec sa fin épique et savamment orchestrée, Stranger Things achève d’entrer dans la légende. Merci Netflix pour ce monument de divertissement, et il me tarde déjà de m’y replonger.

Saison 5 :

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Submersion


Submersion
2025
Byung-woo Kim

Pourquoi payer des sommes astronomiques s’il suffit de produire coréen ? En effet, malgré une quasi absence de communication, ce film des plus modestes (22 M$ de budget) a pulvérisé en dix jours les scores du mastodonte The Electric State fait en six mois, à savoir 60 millions de vues, ce qui était une catastrophe ahurissante dans le second cas, mais qui ici le propulse dans le top 10 annuel sans forcer. Que vaut donc cette proposition à mi chemin entre Interstellar, Matrix et 2012 ?

C’est le déluge. An Na (Da-mi Kim) va se réveiller un beau matin alors que des pluies diluviennes ne cessent de tomber, au point que l’eau va commencer à s’infiltrer chez elle au troisième. Pas une seconde à perdre, elle doit fuir vers les étages supérieurs avec son fils, où elle y trouvera d’ailleurs un certain Hee-Zo (Park Hae-Soo), censé la sauver, car cette pluie pourrait sonner la fin de l’humanité.

Dans l’idée, ça aurait pu être incroyable : une actrice que j’aime bien, une situation de fin du monde, avec en fait un twist à base d’expérience qui boucle jusqu’à sa pleine réussite. Dans les faits, il n’y a pas grand chose à sauver : le prétexte est stupide à outrance (connaissez vous les bateaux ?), l’enfant est insupportable, aucun développement de personnage hormis la mère, les situations vécues durant l’ascension n’ont rien de bien passionnantes, et surtout on y croit pas deux secondes. La pluie est ridicule, un tout petit crachin (oui c’est surtout la banquise et ta mère les astéroïdes, mais quand même), mais surtout la modélisation de l’eau est à un niveau de ratage tel que la société de FX s’est effondrée en bourse et a dû présenter des excuses publiques. En plein immeuble, en pleine rue, l’inondation est d’une propreté cristalline abrutissante, sans compter son absence de texture prouvant que très peu d’eau a été utilisée au tournage. Pourtant, les passages en simulation ont un semblant de personnalité et ceux dans l’espace sont presque corrects, tout n’est pas totalement honteux. Un embryon d’idée aux faux airs de projet étudiant pseudo intellectuel, dont tout le budget est visiblement passé dans le cachet des acteurs.

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KPop Demon Hunters


KPop Demon Hunters
2025
Chris Appelhans, Maggie Kang

Nous y voilà, l’un des plus gros phénomène de l’année, pour ne pas dire de la décennie. En seulement sept semaines, le film a battu le record du film le plus vu de tous les temps pour Netflix, affichant alors 236 millions de vues pour près de 300 millions d’heure de visionnage. Avec une durée de 1h39, autant dire que pas grand monde n’aura raté le générique de fin. Six mois plus tard jour pour jour, le succès ne désempli pas un instant, le titre Golden étant toujours bombardé à la radio, vient d’être nommé aux Golden Globes et ira sans nulle doute aux Oscars, et sur YouTube le clip est en passe d’atteindre le milliard. Malgré un investissement conséquent de 80 M$, Sony ne croyait tellement pas au projet qu’il l’a bazardé à Netflix, et visiblement il y a de quoi s’en mordre les doigts quand on voit qu’une version karaoké en trois dates uniques plusieurs mois après la sortie sur la plateforme a généré près de 25 M$ sur le seul sol américain.

Comme le titre le laisse présager, il va y avoir de la KPop (musique pop sud coréenne) et de la chasse aux démons. On suivra ainsi le girls band Huntrix, composé de Rumi, Mira et Zoey, qui ont été désignées par un ordre secret de protéger la Terre des démons grâce à la musique. En effet, leur chant permet de créer le Honmoon, une barrière protectrice qui va bientôt atteindre sa pleine puissance. Seulement le chef des démons Gui Ma a encore une dernière carte dans sa manche : les Saja Boys, un boys band composé de démons, qui vont partir à la conquête de ce que les Huntrix ont de plus précieux, leurs fans.

C’est un grand oui, mais à modérer. Musicalement, c’est plutôt très bon, assez oubliable pour le boys band, mais les fameuses Huntrix sont au top, carrément ma came. Outre Golden que j’ai déjà écouté des dizaines de fois, le titre de fin « What it sounds like » et celui accrocheur du début « How it’s done » sont punchys et entraînants. Visuellement, c’est plus tiédasse, pas très original au niveau design mais pas non plus mal modélisé, clairement pas de l’animation au rabais, mais par contre la fluidité n’est pas là, où du moins sur l’animation des personnages et notamment leurs expressions de visage. Côté scénario, c’est là que je resterais le plus dubitatif : du archi classique sur la peur de l’acceptation, cherchant à briser une pensée manichéenne, alors que justement le principe est d’opposer le bien contre le mal, les femmes contre les hommes. En vrai le fond est bon, le personnage de Rumi est attachante et il y a un gros potentiel, mais pour les enfants. La forme est édulcorée au possible, du tout public où rien ne dépasse, sans réel traitement ni profondeur, de quoi frustrer ceux à la recherche d’une certaine exigence. Une suite a été programmée pour 2029 (en gros mise en chantier dans l’urgence face au succès totalement imprévu), en espérant qu’elle sera un peu plus qu’une chouette compilation musicale avec une légère toile de fond.

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