Un Village presque parfait

Un Village presque parfait
2015
Stéphane Meunier

Bien que remake d’un film canadien, La Grande Séduction, on a là un film bien franchouillard, une bonne comédie bien de chez nous. Un fond de crise, des gros beaufs, de la campagne bien rurale, un débarqué d’une grande ville et des clichés en pagaille, avec en prime du gros casting. Ça ne vous rappelle rien ? Eh oui, on retrouve une sorte de Bienvenu chez les ch’ti, mais transposé cette fois dans les Hautes-Pyrénées.

Ainsi dont, dans le petit village paumé de Saint-Loin-la-Mauderne où résident quelques 120 péquenots, la crise frappe tous les foyers. La seule usine du coin a fermé, de même que l’école, faute d’élèves, et le seul lien qui leur reste avec le monde extérieur leur vient du guichetier de la poste (Denis Podalydès). Mais l’espoir subsiste : si le maire (Didier Bourdon) arrive à faire signer à un docteur un bail de cinq ans, un projet d’entreprise pourrait voir le jour, apportant autre chose que le RSA aux habitants. Piégé par un flic anciennement de chez eux, le docteur Maxime (Lorànt Deutsch) va se retrouver à devoir faire un mois d’essai dans leur petit village. L’objectif sera donc de le bichonner et de lui montrer la ville sous son meilleur jour pour le faire rester.

Est-il utile de le préciser ? Le film se passera évidemment exactement comme prévu : à savoir que le plan va finir par marcher, mais ledit docteur va apprendre pour l’entourloupe, s’énerver, pour au final revenir car la vie est quand même plus belle, plus simple et plus sympa à la campagne. De la morale classique, inévitable avec ce genre de film, et tout va dans le sens du poil sans trop d’imagination ni d’efforts. Néanmoins, c’était attendu, voulu, et ça reste assez efficace, le film étant bourré de scènes de quiproquos amusantes et de décalages marrants. En plus, on retrouve des personnages sympathiques, avec un beau casting derrière, avec en plus Lionnel Astier, Armelle et Elie Semoun. Ainsi, on s’amuse et on se détend à moindre frais, et on en demandait pas tellement plus. De la comédie de base, mais qui fait son office.

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St. Vincent

St. Vincent
2014
Theodore Melfi

Personne ne l’attendait, c’est sorti de nulle part, et pourtant, aujourd’hui Netflix est désormais un incontournable, et dès le début le service de vidéo à la demande a frappé très fort. Le même jour que la sortie nationale américaine, alors que le buzz commençait à prendre de l’ampleur avec des retours tonitruants et une nomination aux Goldens Globes pour son personnage principal, le film était déjà proposé en France en version originale sous-titrée grâce audit média. Et depuis neuf mois, la main mise reste totale, aucun doublage français n’étant prévu, de même qu’aucune sortie DVD n’est programmée. Un fait fâcheux qui prive le film d’une plus large visibilité.

Quand on arrive à la retraite, le contre-coup est parfois brutal. Le pouvoir d’achat s’effondre, notre rôle dans la société est révolu, et l’amertume peut rapidement prendre le dessus, notamment pour Vincent (Bill Murray), qui doit en plus faire face à la solitude. Dans une spirale auto-destructrice, il se retrouve sans un sou, avec pour seule compagnie autre que son chat une travailleuse de la nuit, Daka (Naomi Watts), qui porte peut-être en elle sa descendance. Mais sa vie va se retrouver à nouveau pimentée avec l’arrivée de Maggie (Melissa McCarthy), sa nouvelle voisine, qui l’embauchera comme baby-sitter.

Certes sorti avant mais personnellement visionné après, le film souffre de la comparaison avec la belle surprise qu’était The Gambler. Le point commun entre les deux films ? Le personnage principal, peu ou prou semblable, à une différence d’âge près. Dans les deux cas, on se retrouve avec un abruti qui gère son argent comme un connard, endetté auprès de gens peu recommandables, et qui nous fait rager à de nombreuses reprises à cause de ça, sauf qu’on assistera pas ici au coup de maître salvateur, bien au contraire, rendant difficilement sympathique le héros. Il faudra même attendre la toute fin pour, à grand renfort de rédemption et de témoignages attendrissants, le trouver un tant soit peu attachant. Et c’est là le principal problème du film, outre sa prévisibilité due à une histoire pas très neuve : les enjeux ne sont pas respectés. Le film est très bien fait, l’histoire est intéressante, les acteurs bons malgré une élocution irrégulière, mais le véritable sujet de fond est majoritairement esquivé. Dommage, car l’impact du film s’en retrouve amoindri.

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American Heist

American Heist
2015
Sarik Andreasyan

Décidément, malgré une reprise en main dans la conclusion de la trilogie, Hayden Christensen continu de payer cher sa piètre performance dans Star Wars II, ne faisant qu’enchaîner les Direct-to-DVD depuis, à quelques rares exceptions près. Mais bon, même avec un faible budget on peut faire quelque chose de bien, et le reste du casting se voulait rassurant, mais il n’y a finalement pas grand chose à en tirer.

Récemment sorti de prison après dix longues années suite au meurtre d’un policier lors d’un casse qui a mal tourné, Frankie (Adrien Brody) n’a finalement rien apprit de cette leçon, replongeant illico dans la délinquance, préparant de nouveaux sales coups avec des types plus louches que jamais. Embarqué contre son gré à l’époque, son petit frère James (Hayden Christensen) avait réussi à refaire sa vie, s’apprêtant à ouvrir son garage et renouant avec l’amour de sa vie (Jordana Brewster), mais encore une fois, Frankie va tout faire foirer, tel un enfoiré.

Il y a deux genres de bons braquages : ceux qui misent sur une préparation minutieuse à laquelle on ne comprend pas forcément tout mais qui s’avère époustouflante, avec Ocean Eleven comme maître du genre, ou ceux qui envoient du très très lourd, en mode bourrin absolu avec du spectacle ahurissant, comme dans Fast and Furious 5. Malheureusement, le film ne convaincra ni dans ses préparatifs, ni dans l’exécution. La présentation des personnages est laborieuse, les enjeux bateaux, les acteurs décevant (Adrien Brody nous refait une sorte de psychopathe comme dans Le Village, mais en largement moins inspiré), le plan est bidon, et le casse n’a rien de mémorable. On s’ennuie vraiment ferme durant la première heure d’amorce, pour au final ne retrouver que quelques scènes d’action efficaces perdues dans une histoire faiblarde. Se contenter d’un dernier tiers « explosif » est bien loin de suffire, et de toute façon rien ne justifie d’attendre tant les personnages et leur devenir indiffèrent. Le film n’est pas honteux, mais avec un rythme si mollasson et une écriture si fainéante, il n’en vaut pas le coup.

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Les Dix commandements

Les Dix commandements
1956
Cecil B. DeMille

Au rayon des monuments du cinéma, voici une pièce de maître. Le film se classe sixième de l’histoire au box-office américain en terme de nombre d’entrées, et fait probablement parti du top 10 mondial si les 14,23 millions d’entrées françaises sont représentatives de l’impact phénoménale du film. Tout simplement prodigieux pour un auto-remake, le réalisateur s’étant justement fait connaître à ses débuts en 1923 avec une première version de ce conte biblique, mais l’histoire n’était traitée que dans sa première moitié, la seconde étant consacrée à une contextualisation des valeurs morales véhiculées à « notre époque » (ça va bientôt faire un siècle mine de rien). Péplum au sens grandiose du terme, le film consacrera cette fois ses 3h40 au seul récit de la vie de Moïse.

La mer qui s’ouvre en deux, le vieux barbu qui descend la montagne, les deux stèles des Dix Commandements : c’est ici que ça se passe. Voici dont l’histoire d’un personnage central dans nombre de religions, Moïse (Charlton Heston), qui aurait vraisemblablement vécu au septième siècle avant Jésus Christ. Né d’une famille hébraïque (juive), il fut sauvé des eaux par la fille du pharaon qui le recueilli comme son fils, sa mère biologique ayant du l’abandonner suite à un décret visant à tuer chaque nourrisson hébreu, l’un d’eux devant devenir, d’après un mythe, le messager de Dieu qui les délivrera de l’esclavage, leur peuple étant en effet la propriété des égyptiens. On suivra donc ses querelles avec son frère et fils légitime du pharaon (Yul Brynner), qui refuse de se voir déposséder d’un trône qui lui est dû, de même que son cheminement vers Dieu.

Dire que ce film a 59 ans, c’est juste fou. Soulignons tout d’abord le travail remarquable de restauration de la Paramount, qui a réussi à rendre à nouveau ce film spectaculaire, nous offrant une image nette, sans bavure, presque sans grains, aux couleurs éclatantes, à la résolution très haute, et même le son a profité d’une restauration complète pour une immersion optimale. Les rageurs diront toujours qu’une refonte des effets spéciaux n’aurait pas fait de mal tant toutes les manifestations divines frisent le ridicule (bien que suffisants pour gagner l’Oscar), mais alors les amoureux authentiques auraient crié au scandale, voyant leur œuvre chérie dénaturée. Dans tous les cas, aujourd’hui encore nous pouvons saluer le travail colossal du film, ayant fait appels à une dizaine de milliers de figurants pour certaines scènes, et n’ayant pas hésité à reconstituer des décors titanesques pour un réalisme accru. Le sentiment de grandeur est entier, et malgré de trop nombreuses incrustations sur fond vert impropres pour des effets de transitions ambitieux, l’impact visuel du film est toujours aussi fort, et on ne peut qu’imaginer le choc de l’époque. Pour se faire une idée, compte tenu de l’inflation et du budget record du film de 13 M$, le coût actuel d’une telle production serait de 210 M$, soit moitié plus que la dernière version en date, Exodus : Gods and Kings, qui a d’ailleurs, même sans tenir compte de l’inflation, rapporté moins que son aîné (donc approximativement dix-huit fois moins d’entrées pour un budget pesant pour les deux-tiers). Et enfin, pour terminer avec des éloges amplement méritées autour de son visuel, le film impressionne aussi de par la richesse et la diversité des costumes, allant de pair avec des maquillages très convaincants, réussissant avec brio l’âpre tâche du vieillissement.

Parlons maintenant du reste, avec quelques points fâcheux. La première moitié du film, qui compte en réalité pour 2h15 de temps, nous rassure amplement sur le possible caractère désuet du film, car malgré une Nefertiti agaçante et un Yul Brynner décidément très mauvais acteur, on découvre une histoire intéressante, pleine de grandeur, d’enjeux, et avec un héros extraordinaire, mais rien de surprenant vu son interprète, Charlton Heston, à qui l’on doit nombre de films majeurs qui reposent en grande partie sur lui. Une « origin story » très bien faite, et globalement le rythme est parfaitement maîtrisé. Mais le bilan se nuance quelque peu lors de la seconde partie, qui bascule complètement dans le religieux. Dès la première scène à la montagne, la déception nous gagne et ne nous lâchera plus jamais vraiment. Moïse se transforme alors, et irrémédiablement, en une espèce de gourou planant complètement, nous bassinant à grand renfort de discours et de morale discutable. En gros, Dieu est un connard, qui a d’abord ri un bon coup en voyant la souffrance des juifs, puis qui a décidé de faire très mal à leurs oppresseurs, prouvant que Dieu n’est pas amour, mais haine. Tout tourne alors autour d’une morale biaisée qui ne sonne jamais comme une justice, et notre Moïse sombre dans une caricature d’hippie à la con, sans compter le déluge d’effets spéciaux carrément datés. Grâce à certains personnages secondaires comme le fidèle Josué ou cet enfoiré jubilatoire de Dathan, on reste relativement impliqué dans l’histoire, mais il est clair que le tournant religieux est mal fait et largement en dessous du reste. Un film épique et impressionnant, qui n’a pas tellement vieilli, mais son message n’est pas terrible, et son aspect religieux bancal.

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Barquero Vs Tong que tai

Barquero                                                           Tong que tai
1970                                                                       2012
Gordon Douglas                                                Linshan Zhao

Deux films, deux genres atypiques pour un même résultat médiocre, avec au final si peu à dire dans chaque cas, alors autant les combiner. Le premier est un vieux western qui n’a rien de classique, passé complètement inaperçu en son temps et on se demande pourquoi on le diffuse encore à la télévision, tandis que le second est un énième film de samouraï asiatique, lui aussi largement délaissé par le public.

Pour le Far West, on suivra un bras de fer entre des colons américains, biens installés dans leur petit village au bord du fleuve, et des pillards, incapables de faire traverser leur butin à cause de l’eau, et qui sont prêts à tout pour mettre la main sur le seul bateau du coin. Pour ce qui est de l’épopée chinoise, on assistera aux virulentes oppositions lors de la période historique des trois royaumes, où un père régent, fin stratège et maître dans l’art de la guerre, doit aussi faire face aux ambitions de son fils.

L’un comme l’autre, l’inspiration est en berne et l’intérêt discret. Deux films qui puisent abondamment dans les stéréotypes de leur genre, sans rien y apporter, que ce soit au niveau du jeu des acteurs, au mieux inexistant, de la mise en scène, spécialement ignoble pour le western avec des zooms baveux, ou des décors, classiques et efficaces. Mention spéciale à l’aîné, qui souffre d’un doublage horrible, cumulant voix décalées (raccord ou cohérence) et dialogues stupides. Outre une direction mauvaise, une histoire recyclée et des affrontements moisis, les deux films partagent aussi un montage terriblement lent, spécialement l’excursion chez les jaunes, particulièrement interminable et bavarde. Ainsi dont, à l’exception des décors, rien ne viendra conforter un spectateur écrasé sous l’ennui.

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La Cage Dorée

La Cage Dorée
2013
Ruben Alves

Le Portugal, pays de la morue, du Porto, du ménage et des bâtisseurs, qui viennent si nombreux travailler de par chez nous, que ce soit pour faire concierge ou maçon. Les clichés sur ces gens sont légions, presque autant que les poils sur les visages de leurs femmes. Un film reposant là dessus n’inspirait donc pas tellement confiance, mais le succès ayant été au rendez-vous, avec d’excellentes critiques en prime, la curiosité a fini par l’emporter.

Comme prévu : de l’outrancier. On suit une famille portugaise installée depuis déjà trente ans en France, où le père est chef de chantier et la mère concierge de leur immeuble. Des gens biens, biens intégrés mais pas spécialement appréciés, vus comme de loyaux sujets efficaces et bon marché. Quand la nouvelle d’un héritage va se répandre, faisant planer la menace d’un retour au Portugal où une sublime demeure les attend avec une belle exploitation, la panique va gagner tout leur entourage, bien décidé à tout faire pour les garder.

En voilà des gens qui ne se sont pas foulé pour écrire l’histoire ! Une accumulation de clichés, une situation qui se retourne, une nouvelle qui se répand et des gens de peu de scrupules qui en profitent, des non-dit et des allusions insistantes, pour au final changer la donne à mesure que l’information circule. C’est du classique salement appuyé, vraiment peu inspiré : on s’attend à tout, et tout se passe exactement comme prévu. Pourtant, même si les seules têtes connues ont des rôles très secondaires (Chantal Lauby, Alice Isaaz, Lannick Gautry) à l’exception du mari qui passe de temps à autre dans des blockbuster américains à l’image de son rôle de baron brésilien dans Fast and Furious 5, on accroche assez bien à l’histoire, les gags étant efficaces et le principe simple. Néanmoins, le film connait quelques lourdeurs et grosses périodes de mou, et on est clairement en dessous des Femmes du 6e étage, que ce soit au niveau de l’histoire, des acteurs, des personnages, de l’émotion, la poésie et même de l’humour. Un intérêt limité donc, d’autant que le sujet a déjà été traité par le passé, et bien mieux.

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Les Lions sont lâchés

Les Lions sont lâchés
1961
Henri Verneuil

La provinciale qui rêve de Paris, un sujet vieux comme le monde, et en voici la preuve. Marié à un homme banal et ennuyeux, Albertine (Claudia Cardinale) s’est un jour réveillée et a prit les choses en main, quittant sur le champ Bordeaux pour la capitale, ville excitante, vivante et pleine de promesses. Pouvant compter sur le soutien de sa riche amie Cecile (Michèle Morgan), elle va donc y emménager, découvrant le monde de la mode, de l’art et de la frivolité. Belle et jeune, elle attirera la convoitise de tous, de l’écrivain intellectuel (Jean-Claude Brialy) au docteur de renom (Lino Ventura).

Typiquement, l’image qu’on a d’une parisienne est représentée en la personne de la meilleure amie : une femme froide, manipulatrice, hautaine et qui ne se complet que dans la mondanité. Alors forcément, quand une belle femme chaleureuse, naïve et authentique fait preuve de naturel dans un monde d’apparences, elle en devient l’élément le plus désirable, surtout quand le physique est à ce point généreux. Mais voilà, suivre ce genre de péripétie n’a rien de très original, et l’histoire est en plus particulièrement mal écrite dans le cas présent. Heureusement, le casting rattrape un peu cette faiblesse, au même titre que certains passages comiques et les dialogues. Fait exprès ou non, certains passages sont d’une telle maladresse que s’en devient drôle, à l’image de la balade en voiture invraisemblable, avec des coups de volant rarement raccord avec une image cadrée beaucoup trop près, amenant nombre de fusions entre la voiture et celle de devant, sans provoquer le moindre impact. De plus, la faiblesse d’écriture épargne les dialogues, comportant quelques répliques mémorables à l’image du « en trois heures avec toi je me suis autant ennuyé qu’en trois ans avec mon ex-mari ». Ainsi, cette histoire maladroite et complètement bâclée sur la fin sauve quelque peu les meubles grâce à ces personnages, mais cela ne suffira qu’aux plus nostalgiques.

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Gazon Maudit

Gazon Maudit
1994
Josiane Balasko

Il y a 21 ans, la gay pride et autres rassemblements homosexuels étaient encore mal vus, et s’y montrer étant même dangereux pour la santé, bien qu’aujourd’hui certaines émeutes peuvent tout de même éclater. Tout ça pour dire qu’à l’époque, le sujet était un peu tabou, ou du moins clairement pas aussi banalisé que maintenant avec des films comme le très sulfureux La Vie d’Adèle. Ainsi, quand ce film est sorti, malgré des critiques plutôt réservées (ce qui ne l’a pas empêché de recevoir plusieurs nominations aux Césars avec à la clef le prix du meilleur scénario), son succès fut fracassant, cumulant presque quatre millions d’entrées. Comme quoi, c’était pas tout le temps mieux avant.

C’est bien connu : il faut excuser les hommes pour leurs pulsions primaires où sexe ne rime pas avec amour, alors qu’une femme qui fait ça est une grosse salope. Voilà quelle était la philosophie de Laurent (Alain Chabat), agent immobilier qui offrait souvent quelques extra aux jeunes et jolies clientes lors de ses visites, gageant que sa femme (Victoria Abril) l’attende pendant ce temps là. Seulement voilà, repérée par Marie-Jo (Josiane Balasko), une espèce de camionneuse gouinasse, elle se laissera enivrer par ses flatteries, basculant chez les brouteuses de gazon.

Avec un titre pareil, on pouvait s’y attendre, mais donc je confirme : ils n’ont pas fait dans la dentelle. La Marie-Jo est un prototype de lesbienne outrancier, la femme au foyer délaissée est une espagnole chaude comme la braise, et son mari est chaud lapin mais loser invétéré, reprenant pas mal de son humour des Nuls, ce qui est une bonne chose, mais ils n’étaient pas non plus réputés pour leur finesse. Du coup, on enchaîne les gags bien gras et visuels, assurant une partie du boulot, mais sans grande inspiration. Tout est cliché à outrance avec des personnages vus mille fois, des situations pas tellement plus originales, et tout se suit dans une prévisibilité totale. Mais le plus gros problème, c’est qu’on ne croit pas beaucoup à la romance inter-femelles, la faute à une Marie-Jo vraiment trop vulgaire et immonde. Vis-à-vis d’elle, on la comprend largement vu la diablesse séduisante qui se déhanche sous ses yeux, mais entre la lourdeur des personnages, de l’histoire et de l’ambiance, la pilule que personne ne prend passe difficilement. D’ailleurs, en parlant de chose qui passent mal, le quatrième acte de l’histoire nous achève entre la surenchère de mauvais goût et le caractère déplorable de l’évolution. Une vieille comédie bien grasse, qui ne fera plus rire grand monde et dont le caractère révolutionnaire de la thématique est désormais désuet.

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Lord of War

Lord of War
2006
Andrew Niccol

Pas forcément très populaire au box-office, avec souvent des rentabilités bien moindres, le réalisateur Andrew Niccol est pourtant l’une des valeurs les plus sûres jamais vues, proposant des concepts novateurs et brillants dans chacun de ses films, avec parmi eux des chef d’œuvre aussi aboutis que Bienvenue à Gattaca, monument de la science-fiction, son genre de prédilection. Cette fois là, son ambition se porta sur la guerre, et plus précisément tout ce qui entoure la vente d’armes.

Émigré ukrainien qui a trouvé refuge sous une fausse bannière juive aux Etats-Unis, Yuri Orlov (Nicolas Cage) a toujours eu un sens aiguë des affaires, et après avoir assisté à une fusillade, il va avoir une révélation : la vente d’armes. Épaulé par son frère Vitaly (Jared Leto), il va alors mettre en place un vaste réseau de vente d’armement militaire, s’exportant petit à petit dans le monde entier. Une immense réussite, lui permettant de réaliser ses rêves, comme épouser la mannequin Ava Fontaine (Bridget Moynahan), mais cela lui vaudra aussi une surveillance acharnée d’Interpol (Ethan Hawke), sans compter le danger propre au milieu.

On a du mal à s’en rappeler à force de ne le voir plus que dans des sous-productions où ses performances sont plus honteuses les unes que les autres, mais il fut une époque où Nicolas Cage livrait de temps à autre de belles performances, et ceci en est l’un des plus beaux témoignages. Dès la scène d’introduction, ça claque, balançant avec détachement une tag-line fracassante, enchaînant sur un magnifique générique sous forme de plan séquence choc, même si on se doute que le raccord fut possible grâce à des balles numériques (le contraire serait bluffant). Porté par un casting colossal, le film nous livre ensuite une plongée crue et la plus authentique possible dans ce trafique malsain et pourtant si captivant, cumulant excitation, illégalité et danger. L’occasion aussi de découvrir moult paysages autour du globe, avec à chaque fois un grand sentiment de réalisme. Mais quand on joue avec le feu, le risque de se brûler peut être très grand, et rare sont ceux qui arrivent à proposer quelque chose d’aussi abouti et classe que Arrête-moi si tu peux. Eh bien rassurez vous, le tour de force final est bien là, assumant la logique jusqu’au bout et ne lâchant rien. Une réussite totale donc, enchaînant les plans marquants et les répliques cultes, nous offrant une grande leçon de cinéma.

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Réalité

Réalité
2015
Quentin Dupieux

Moins de cent-mille entrées et pourtant, il s’agit du second plus gros succès de son réalisateur, qui compte tout de même une demie-douzaine de films à son actif. Il faut dire que Quentin Dupieux est loin de faire des films tout public, et en plus, de ce que j’en ai vu, malgré un certain potentiel à chaque fois, la qualité laissait à désirer. On peut féliciter sa démarche de vouloir faire de l’originalité, mais ça n’est pas une finalité en soit, et le message n’est toujours pas passé.

Difficile de parler de l’histoire sans trop en révéler, enfin en supposant qu’il y ait au fond quelque chose, car l’interprétation ira de l’avis de chacun. Mais en gros, à la base, on suit plusieurs histoires : celle de Réalité, une petite fille qui a trouvé une cassette dans le ventre d’un sanglier ; celle de Bob Marshall (Jonathan Lambert), un producteur français d’Holywood, autour de qui gravitent Zog (John Glover), un réalisateur au film quelque peu spécial, et Jason (Alain Chabat, marié à Elodie Bouchez), autre réalisateur mais pour la télévision, mais qui ambitionne de tourner son premier film.

Si vous êtes fan du réalisateur, foncez, il s’agit probablement de son meilleur film, synthèse de ses qualités et à la folie la mieux gérée et légitimée. En revanche, si vous n’êtes pas familier avec son univers ou que vous ne l’appréciez que modérément, vous avez intérêt à vous accrocher. Le principe est que tout est lié, mais dans des propensions dantesques, avec des nœuds au cerveau en perspective, surtout qu’au final la démarche n’est que de briser le plus de règles cinématographiques possible. Donc pour éviter de nous embrouiller d’emblée, même s’il le fait, le film prend le temps de poser ses personnages et ses lieux, aboutissant à un démarrage poussif, et le réalisateur aimant les scènes contemplatives, le rythme est constamment à la limite de l’ennuie. Heureusement, les personnages sont forts, l’ambiance prenante et le scénario suffisamment intriguant pour nous tenir en haleine, mais on en revient toujours au même problème : la démarche n’est que pur effet de style, et si on creuse bien ça n’est rien de plus qu’un délire psychédélique. Ça ne manque clairement pas d’inspiration, mais on déplore l’absence de but ou de message autre qu’un « la télé ça abruti », tenant plus de l’anecdote.

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