Cette sacrée gamine

Cette sacrée gamine
1956
Michel Boisrond

Fantasme de plusieurs générations, icone de la mode, de la beauté, femme parfaite aux courbes servant de référence pour le nombre d’or, au même titre que la bipédie, celle pour qui battent les cœurs du monde entier, mais surtout en France, Brigitte Bardot est sans aucun doute la femme la plus fatale de l’histoire du cinéma français. À 21 ans, après avoir commencé sa carrière à peine quatre ans auparavant, ce film était déjà son 17ème, c’est dire à quel point tout le monde se l’arrachait. Avec 4 millions d’entrées, ce film participa lui aussi à bâtir la légende, mais vu la piètre qualité du film, pas de doute que le succès fut uniquement dû aux beaux yeux de l’actrice.

Victime de ragots infondés qui pourtant pourrait lui valoir la prison, Paul Latour, directeur d’un cabaret, va décider de chercher de l’aide en Suisse, confiant le soin de récupérer et cacher sa fille, Brigitte (Brigitte Bardot), à son chanteur fétiche. Ce dernier, prit au dépourvu, va accepter au nom de leur amitié. Il va alors découvrir une gamine de dix ans plus jeune, d’une maladresse incroyable et ô combien envahissante. Une occupation dont il avait nulle besoin avec son mariage en perspective.

Suspense, son mariage va t-il tenir ? Ou alors, comme 100% des hommes, va t-il tomber amoureux de cette « gamine » ? Ah que les hommes sont faibles et les femmes aguicheuses ! Mais bon après tout l’histoire aurait pu trouver son originalité ailleurs. Seulement voilà, on tient là l’un des scénarios les plus stupides jamais écrit, brillant par l’ingéniosité de ses protagonistes. Quel génie que d’avoir pensé à faire passer la fille pour une SDF amnésique que la police lui aurait confié ! Puis tour à tour jouer la carte de la nièce et de la sœur, quel talent ! De même, pour aider les spectateurs les plus cons qui n’ont pas compris que le monsieur est tombé amoureux de la jeunette, ce n’est pas un, ni même trois, mais bien cinq rêves d’affilés et de belle taille qui viendront mettre les points sur les i. Quelle sublime finesse ! Presque aussi fin que le combat géant final, du grand art ! Mention spéciale aussi à l’ingénieur son, établissant un sans faute quant à balancer des bruitages totalement hors de propos. Bref, une honte absolue d’une bêtise affolante, et on a rarement vu une femme à ce point objet (prototype ahurissant de la nunuche bonasse), donc même les amoureux transits n’y trouveront pas leur compte, surtout niveau nudité. Chou blanc.

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Mon fils Jack

Mon fils Jack
2008
Brian Kirk (III)

Avant de devenir médecin russe dans une série pour le moins originale, A Young Doctor’s Notebook, le plus célèbre sorcier au monde a déjà eu une expérience remarquée ayant elle aussi pour thème la première guerre mondiale, l’occasion d’explorer un autre point de vu de l’histoire par le biais de ce téléfilm britannique diffusé en novembre 2007 et sorti en DVD chez nous pile un an plus tard.

Le film s’intéresse donc à l’engagement anglo-saxon durant la guerre de 14-18, et plus particulièrement de l’investissement de la famille Kipling dont le père, célèbre poète, militait pour un engagement massif des hommes pour défendre les valeurs du royaume. Son fils, John (Daniel Radcliffe), Jack étant le surnom donné aux soldats, souhaitant gagner son indépendance et rendre son père fier, bataillait pour intégrer les rangs de l’armée, mais à cause d’une myopie sévère, chaque docteur le déclarait inapte. Faisant jouer ses relations, Kipling va finalement réussir à faire intégrer son fils, au grand dam de sa sœur (Carey Mulligan), légitimement inquiète pour lui tant le front est impitoyable et les survivants rares.

Le fait qu’il s’agisse d’un téléfilm n’échappera à personne tant la réalisation est catastrophique. Presque aucun plan stable, surtout en extérieur, pour un résultat encore plus déstabilisant que du found-footage. Les cadrages sont horribles, et la qualité d’image est vieillotte, pleine de grains. Mais à part ça, le film est assez bon, non sans rappeler les références du genre en matière de flegme britannique, comptant sur un casting très bon, tout particulièrement les deux enfants du poète, l’aînée étant plus qu’attendrissante. L’histoire est intéressante, dévoilant une armée britannique ridicule, se faisant en grande partie exterminer dès le premier jour, puis enchaînant bavures et maladresses. Des bilans terribles et peu glorieux, permettant de faire monter la pression autour de l’inévitable mobilisation de la division de John. L’ambiance est assez prenante, et avec une musique très belle, on se laisse emporter. La fin traîne un peu en longueur mais globalement le montage est solide. Un film émouvant et très bon, bien que souffrant de son absence de budget.

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A Young Doctor’s Notebook

A Young Doctor’s Notebook
2012 – 2013
Alex Hardcastle, Robert McKillop

Alors que les séries britanniques prennent de plus en plus d’importance ces dernières années, s’exportant de mieux en mieux, l’une d’elles, mettant pourtant en scène l’un des acteurs les plus connus au monde, a peiné à trouver son public, n’a jamais vraiment dépasser ses frontières, et n’est d’ailleurs jamais arrivée chez nous. L’humour noir est-il si difficile à vendre ? Il faut croire que oui, car cette mini série de deux saisons de quatre épisodes de vingt minutes chacune vaut assez largement le détour.

Mélangeant passé et « présent », la série raconte les débuts en tant que médecin de Nika Vladmir Bomgard (Daniel Radcliffe). Brillant étudiant de l’école de Moscou ayant obtenu quinze fois la note maximum, il démarrera sa carrière en 1917 dans l’hôpital Leopold Leopoldovitch, battisse perdue au fin fond de la Russie. Jeté dans le feu de l’action dans un lieu lugubre, entouré par un fou et deux laiderons inhospitalières dont l’une n’a de cesse de lui rappeler l’infini talent de son prédécesseur, son séjour de deux ans s’annonçait comme invivable, et pourtant, contemplant son journal passé en 1935, Nika (Jon Hamm), alors rattrapé par sa dépendance à la morphine, se rappelle les événements passés avec nostalgie, les considérant comme la plus belle période de sa vie.

Vous pensiez que Dr House était déjà une série médicale des plus sombres et cynique ? Eh bien ici on pulvérise tous les records établis, nous plongeant dans le lieu le plus glacial et triste au monde, peuplé par quatre âmes désabusées, cherchant tant bien que mal une once de lumière dans ce monde en crise, bien que le conflit bolchevique et la guerre mondiale en trame de fond ne sont qu’à peine évoqués, et n’ont pas grande influence sur le récit. Le principe est simple, montrant l’évolution qui a conduit le jeune docteur à son état de décrépitude final par le biais d’une double narration où l’action passée, contée au présent, se transforme en schizophrénie entre les deux âges du héros, s’axant sur les problèmes de la morphine en y mêlant une grosse dose d’humour noir ravageur. C’est osé et pourtant ça marche, la série n’hésite pas à faire de la syphilis ou des amputations un running-gag, et l’effet est immédiat. L’ambiance sombre est magnifique, la narration prenante, la mise en scène parfaite, et les acteurs, notamment les deux incarnations du héros, sont impeccables. C’est très court, alors pas de raisons de passer à côté, surtout si on souhaite découvrir le plus emblématique sorcier de l’histoire sous un jour nouveau.

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Projet Almanac

Projet Almanac
2015
Dean Israelite

Qui dit voyage dans le temps dit souvent chef d’œuvre avec moult films iconiques qu’on est pas prêt d’oublier, comme Un jour sans fin, L’effet Papillon, Retour vers le futur ou encore Edge of Tomorrow. Le sujet a été traité de long en large, mais le film y apporte sa petite touche d’originalité : le found-footage. Du Chronicle en mode voyage dans le temps, ça pouvait être génial, mais ça ne le sera malheureusement pas tant que ça.

En dernière année de lycée, David est à un tournant majeur de sa vie : le passage aux études supérieures. Mécanicien précoce et génial, il espérait entrer au MIT, et sa demande a été acceptée, mais sans la bourse, impossible de payer de telles études. Mais tout espoir n’est pas perdu : l’université peut encore attribuer une bourse à qui lui présentera une invention digne de ce nom. Cherchant une inspiration dans les affaires de feu son père, ingénieur de renom, il va tomber sur une vidéo laissant entendre que le voyage dans le temps est possible. La machine n’a pas abouti à l’époque, mais les plans sont encore là, et elle va s’avérer opérationnelle.

Il y avait beaucoup à espérer d’un tel film, pouvant nous proposer potentiellement tout. On pouvait s’attendre à une absence totale de limites pour un bonheur égoïste rafraîchissant où la bande de copains fait tout pour rendre leur vie la plus cool possible, et c’est en partie ce à quoi s’affaire le film. Intelligent sur certains points, le film ne fonce pas tête baissée, montrant tout de même combien cette machine fut compliquée à concevoir, permettant de faire monter l’attente. On ne va pas se mentir, en possession d’un tel pouvoir à peu près tout le monde s’en servirait pour les deux choses les plus importantes au monde : être riche et trouver l’amour. Mission accomplie, mais le film ne fait pourtant pas exactement ce qu’on attend de lui, et il est truffé d’incohérences. Chaque voyage implique à peu près une dizaine de paradoxes temporels, pas tous forcément gênants, mais impardonnable pour quelque chose d’aussi stupide que l’examen oral. Avec une demi douzaine de tentatives, il devrait y avoir autant de groupe derrière la porte, ce qui n’est pas le cas, comme si chaque voyage écrasait l’ancien, ce qui n’a aucun sens. De même, le principe de cause à effet sur la fin est stupide, voulant juste rajouter artificiellement une dimension tragique superficielle, ce qui ne fonctionne pas. On est loin du niveau de perfection cyclique de Prédestination. Et puis comme d’habitude, les lycéens ont tous plus de vingt ans, avec quasi trente pour certains, ce qui est assez saoulant. De même, niveau frustration, on notera le gâchis de Christine, l’une des plus belles femmes au monde, presque tout le temps cachée derrière la caméra. Un film frais, sympathique et dynamique, mais complètement bancal dans son écriture, calmant quelque peu nos ardeurs.

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Les Grandes manoeuvres

Les Grandes manœuvres
1955
René Clair

Imaginez, un film français réunissant tous les plus grands talents nationaux pour une comédie événement. Eh bien c’est exactement ce qu’il c’est passé il y a 60 ans, et le public de l’époque a massivement répondu présent (5,3 millions d’entrées). Un peu comme pour Les Tontons flingueurs ou La Grande Vadrouille, au casting incroyable, suscitant une joie immense à l’idée de retrouver nos acteurs préférés ensemble, tant que deux trois gags nous font rire, l’on est heureux. Et c’est probablement ce qu’il s’est passé tant on tient là un prototype de romance éculé, même pour l’époque.

Haut gradé de son régiment (militaire ? Pas sûr, il semblerait que la bande ne soit que des guignols qui paradent), Armand (Gérard Philipe) est un Casanova de la pire espèce, brisant le cœur de toutes à force de multiplier les conquêtes pour son simple orgueil. Capable de s’attirer les faveurs de n’importe quelle donzelle, il va parier sur sa capacité à séduire n’importe qui avant les prochaines grandes manœuvres (qu’est-ce ? Une mobilisation ?), prévues pour dans 15 jours. Choisie au hasard, Marie-Louise (Michèle Morgan), la couturière du village, sera désignée comme nouvelle cible.

On le sent venir gros comme une maison, et cela se confirmera d’emblée : l’infatigable coureur de jupons va tomber amoureux. Et bien évidemment, elle va le repousser, il va insister, elle va craquer, tomber amoureuse, découvrir l’histoire de pari, le détester, se fiancer à un autre, mais tout de même finir dans ses bras quand elle se rendra compte de sa sincérité. Une histoire clichée à outrance, prévisible à souhait, et donc pas super intéressante. Les acteurs, exception faite de Gérard Philipe, n’aident pas tellement à faire passer les choses, ne se montrant pas très convaincants. L’humour ne rattrape pas tout non plus, étant certes bon enfant, mais souffrant largement des faiblesses d’écriture. Un film qui ne cherche qu’à divertir à moindre frais, pêchant par manque de créativité.

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Papa ou maman

Papa ou maman
2015
Martin Bourboulon

Énorme carton surprise des vacances de février, cette comédie française a rassemblé presque trois millions de spectateurs dans les salles, une sacrée performance d’autant plus belle compte tenu des rudes concurrents auquel il a dû faire face. Il faut dire que le battage médiatique fut efficace, et sa très courte durée (80 minutes) aidant largement à multiplier les séances. Pourtant, aussi amusante que fut l’idée de base, le résultat n’est pas à ce point désopilant.

C’est un principe normalement naturel et fondamental que d’aimer ses enfants, et lors d’une procédure de divorce la bataille est censée être féroce pour s’en octroyer la garde, mais il faut croire que certaines personnes y sont moins sensibles. Lassé l’un de l’autre, Vincent (Laurent Lafitte) et Florence (Marina Foïs) ont donc décidé de se séparer, mais lui souhaitant partir avec médecin sans frontière à Haïti et elle ayant reçu une proposition de chantier éolien au Danemark, leurs ambitions professionnelles les poussent l’un comme l’autre à vouloir se débarrasser de la garde de leurs enfants. Ne pouvant se mettre d’accord, ce sera donc aux enfants de choisir qui des deux aura la garde, les incitant à tout faire pour qu’ils choisissent l’autre. La guerre est déclarée !

On s’attendait à une comédie fun et délurée sur deux grands enfants qui font le caprice du divorce et qui font payer méchamment leurs ambitions à leurs enfants, mais ça n’est là qu’une partie du film, même pas forcément la plus importante. Elle fait jeu égal avec l’annonce dudit divorce, difficile à avouer aux enfants, faisant quelque peu traîner les choses. Et une fois qu’on arrive à la seule partie qu’on attendait vraiment, le constat est loin d’être parfait. Les gags sont souvent éculés, un comble, et d’autres sont vraiment trop grossiers pour passer, surtout tout ce qui tourne autour du thème de la honte, point le plus bancal du film. L’ambiance y est et le tandem marche à la perfection, mais on ne rit pas tant que ça au final, et le scénario est trop farfelu pour convaincre. Plus dubitative encore, l’idée d’une suite, déjà dans les cartons, étirant un concept mal abordé. Ça pouvait être une très bonne idée, mais avec une écriture aussi faible, le bilan est mitigé.

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Le Beau Monde

Le Beau Monde
2014
Julie Lopes Curval

Aguiché par un casting jeune et intéressant, notamment de par la révélation Baptiste Lecaplain, l’envie m’a prit, pouf comme ça, osef le scénario et le reste, on verra bien. Et finalement ce dernier à moins de cinq minutes de présentiel (tout comme Sergi Lopez, pourtant lui aussi sur l’affiche), et si le film n’a même pas atteint le seuil des cent-mille entrées, on en comprend vite les raisons. Voici le film bobo parisien pseudo intellectuel dans toute sa splendeur.

Trouver sa voie, c’est compliqué dans la vie, surtout si on s’oriente vers des domaines artistiques crève-la-faim. Pour Alice (Ana Girardot), étudiante en couture, les choses ne s’annonçaient pas terrible, surtout quand on vient d’une famille miséreuse. Mais quand elle a commencé à sortir avec Antoine (Bastien Bouillon), fils de bobo pour qui l’argent coule à flot, elle a pu se mettre à côtoyer du beau monde. Une chance pour elle, mais difficile de supporter le regard méprisant des autres.

Alors grosso modo on a le petit con tête-à-claque superficiel au possible qui sali le plus beau prénom qui soit, accompagné de sa petite couturière qui semble n’avoir que l’amour pour justifier son existence. Elle est vide, lui est insupportable, et leur histoire d’amour est purement sexuelle, ne trouvant jamais un sujet les rassemblant. En dehors de ça le seul thème un tant soit peu creusé est le problème des classes sociales, se résumant au fait que les riches sont arrogants et dédaigneux. Bref, une révolution sans commune mesure dans le débat. Le rythme est bien évidemment mollasson, et pas une once de comique de viendra nous aider pour lutter contre un sommeil incommensurable. Il y a quelques images vite fait jolies et des acteurs pas franchement mauvais, mais à quoi bon… Un film inutile d’un vide abyssal.

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Ex Machina

Ex Machina
2015
Alex Garland

Petite production anglaise d’un réalisateur qui faisait ses débuts, le film avait alors connu à domicile un succès modeste, voir décevant malgré d’exceptionnelles critiques, saluant l’une des réflexions sur l’intelligence artificielle les plus poussées de l’histoire du cinéma. Le film est ensuite sorti aux Etats-Unis dans une poignée de salles, avec à le clef une performance incroyable, aboutissant dès la troisième semaine à une sortie nationale surprise, et contre toutes attentes le film a cartonné et est désormais pleinement rentabilisé (35 M$ pour un budget trois fois moindre).

Programmeur dans la société Bluebook, le moteur de recherche numéro un mondial, Caleb (Domhnall Gleeson) fut choisit au tirage au sort pour participer à un test mystérieux organisé par Nathan (Oscar Isaac), président de la société. À l’abris des regards, dans un bunker secret perdu au milieu de l’Alaska, il aura pour mission d’étudier une intelligence artificielle expérimentale : Ava (Alicia Vikander). Il devra lui imposer le test de Turing pour déceler si sa conversation répond mécaniquement à un protocole à dialogue arborescent ou si au contraire, les réponses sont simulées par une intelligence proche de celle humaine.

On suit donc un huis clos entre trois personnes : Caleb, le testeur qui se laisse un peu trop prendre au jeu, Nathan, l’énigmatique patron qui semble cacher des choses tout en jouant tout le temps carte sur table avec une bonhomie totale, et Ava, cette machine potentiellement fourbe, émotive, ou tout simplement vide. Il y a aussi Kyoko, la domestique, l’élément perturbateur et perturbant. Le cadre est glacial, impersonnel, et pourtant, les environnements extérieurs sont resplendissants et l’intérieur regorge d’art de toute sorte. Le film est donc là, constamment à nous brouiller les pistes, nous poussant à tout remettre en cause tout en nous montrant clairement une piste avantageuse et enivrante. C’est une certitude : l’homme est faible, émotionnellement dépendant, et le jour où de telle machines verront le jour le marché de la poupée gonflable va s’effondrer. Le film joue prodigieusement sur chaque tableau, ménageant son suspens avec talent, et que ce soit l’ambiance sonore ou visuel, tout fonctionne à merveille. L’histoire est écrite de main de maître, pas étonnant quand on sait que c’est la formation première du réalisateur, à qui l’on doit entre autre Sunshine, et les conversations homme / machine sont réellement passionnantes. Une réflexion très poussée donc, mais aussi simple et facilement abordable, trouvant l’équilibre parfait entre limpidité, complexité et précision. Une des œuvres de science-fiction les plus abouties de ses dernières années.

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Jurassic World

Jurassic World
2015
Colin Trevorrow

C’était il y a 22 ans, l’un des plus grands réalisateurs de l’histoire donnait vie au roman de Michael Crichton dans un film d’aventure magnifique, Jurassic Park, qui avait alors engrangé pas moins de 910 M$ dans le monde (et 1.03 milliard avec la ressortie 3D). Un bijou révolutionnaire qui grâce à des animatroniques avait redonné vie de façon réaliste et spectaculaire aux dinosaures, et qui reste encore auréolé d’une nostalgie tenace, étant pour beaucoup l’un des meilleurs films de leur enfance. Une première suite, Le Monde perdu, avait réussie sans trop de heurt à entretenir la flamme, mais le troisième volet, au scénario inexistant et à la direction artistique bien moins inspirée, fit plonger la saga, désertée par les fans. Une plaie qui mit longtemps à cicatriser puisqu’il aura fallut attendre près de 14 ans pour revoir nos dinos pointer le bout de leurs écailles. Le rendez-vous se devait d’être à la hauteur vu l’attente ahurissante, et c’est globalement mission réussie.

Mix entre remake, reboot et suite du tout premier film de la saga, le film prend place vingt ans après la tentative de John Hammond de créer un parc à thème sur des dinosaures ramenés à la vie par clonage, reprit par Masrani (Irrfan Khan) qui a battit Jurassic World sur les ruines de l’ancien parc. Mais cela fait déjà un bout de temps que le monde s’est acclimaté aux dinosaures, et l’intérêt du parc est constamment remit en cause, forçant les responsables à redoubler d’effort pour maintenir la curiosité et l’émerveillement du public. Responsable du parc, Claire Dearing (Bryce Dallas Howard) a donc chargé son équipe d’élaborer l’Indominous Rex, nouvelle créature plus terrifiante et plus imposante que le T-Rex, et son inauguration était prévue pour bientôt. Mais testant constamment les failles de son enclot, l’animal va finir par réussir à s’échapper, lâchant une menace sans précédent sur le parc, possédant quelques 22 000 visiteurs, et potentiellement autant de victimes…

Dans l’ensemble les critiques sur le film sont plutôt très bonnes, et à en juger par le démarrage stratosphérique (approximativement 400 M$ sur ses cinq premiers jours, dont un démarrage ahurissant à 208 M$ aux Etats-Unis sur le seul weekend) qui garanti au film une fin de course bien au delà du milliard (quasi 1,7 au final), en faisant déjà le troisième de l’année, l’avenir de franchise semble radieux, ouvrant un pont d’or pour les deux suites déjà programmées, en espérant que contrairement aux productions actuelles, cela ne prenne pas plus trois ans. Pourtant, si le film se défend effectivement pas mal et assure le spectacle, difficile de sauter au plafond en criant de joie. Certes, on voulait voir nos amis les dinosaures remit au goût du jour, profitant de la grosse décennie d’énormes progrès technologiques, mais on voulait surtout du renouveau, ce qui n’est clairement pas le cas. En proposant une histoire banale de visite du parc avec la menace d’une ou plusieurs créatures en liberté, le film lorgne assez largement du côté de l’original, sans apporter tout ce qu’on souhaitait.

On a majoritairement deux point de vue de l’histoire : celui de deux adolescents (dont la mère est incarnée par Judy Greer) qui découvrent le parc, l’un blasé l’autre surexcité, copiant les petits-enfants du premier, avec en plus une parenté avec la responsable ; et celui de Owen (Chris Pratt), un dresseur de vélociraptors (tout comme Omar Sy, invariablement simple figurant) inquiet par la politique menée par le parc, qu’il juge contre nature et poussant trop loin les limites sans être capable d’en prédire les conséquences (une philosophie à la Malcom, personnage clef des deux premiers films). Donc l’histoire de base est similaire, et les personnages sont à peu près les mêmes, avec la sublime Bryce Dallas Howard qui joue les femmes fortes et badass au milieu de tout ça, bien qu’elle ait commencé comme femme d’affaire coincée et impersonnelle. Même les plans sont les mêmes par moment, avec la bulle qui remplace la jeep. L’originalité est donc en berne, et le principe même du film repose sur une connerie (pourquoi être sorti par la grande porte et non la petite utilisée pour entrer ?), mais le film reste tout de même bon.

Les effets spéciaux sont au top, les dinosaures plus beaux et réalistes que jamais (même si certains polémiquent sur leur intelligence, alors que personnellement ils me font penser, surtout les vélociraptors, à des border collie, avec un quart de bosseron, soit relativement intelligents et beaux mais surtout vachement couillons et imprévisibles), la réalisation est efficace, les musiques recyclées toujours sublimes, le parc magnifique, quoique pas assez présenté dans sa grandeur, et les nouvelles bébêtes sont classes. Le coup du dressage des raptors est génial (et crédible, contrairement à l’idée militaire, économiquement pas forcément viable et à l’efficacité toute relative), et l’affrontement final a de la gueule, même si on espérait plus. Un excellent remake, mais une suite un peu décevante faute d’imagination. Sans doute fallait t-il reposer les bases de l’univers pour repartir sur de nouvelles, mais les suites ont vraiment intérêt à se renouveler, car personnellement il m’en faut plus pour réellement me convaincre, et à ce jour Le Monde perdu est la seule suite à avoir tenter quelque chose de différent, ce qui n’est pas des plus rassurants.

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Paris à tout prix

Paris à tout prix
2013
Reem Kherici

Jamais vu autrement qu’en bimbo en tenue ultra sexy, celle qui a fait ses débuts comme comique sur Canal nous arrivait il y a deux ans dans sa toute première réalisation qui sentait le classique retour aux sources en mode « bah finalement mes origines sont pas si mauvaises ». La médiatisation dépassait de loin le seuil de tolérance, et même si le maintien fut bon, ce qui est assez classique en été, le succès fut modéré (un peu plus d’un demi-million d’entrées). Donc oui, ne vous attendez pas à un film qui cherche plus loin que ses prémices, mais c’est assez drôle.

Styliste encore en essai dans une boîte de mode, la vie de Maya (Reem Kherici) était splendide entre sa réussite de chaque instant et son quotidien excitant. Elle se pensait sur son petit nuage, mais lorsque des flics, ayant constaté que son titre de séjour n’était plus en règle, lui ont annoncé qu’elle sera expulsée au Maroc, son monde s’est effondré. La voilà retombée dans le tiers monde, entourée de pecnots repoussants, alors même qu’un poste en CDI dans son agence allait se libérer.

Bon alors comme prévu, elle va se rendre compte au bout d’un moment que sa famille lui manquait en fait, et que la vie sur place c’est pas si mal, mais elle va quand même réussir à retourner à Paris, parce que faut pas déconner quand même, et grâce à son séjour elle va avoir l’idée du siècle, obtenir le poste et méga youpi c’est génial. Oh la la, je suis abasourdi par un tel scénario complexe et enrichissant. Mais bon, le film est avant tout une comédie, et pour nous faire rire le film y arrive plutôt bien. On a une belle gestion des guests entre Philippe Lacheau qui fait son gamin capricieux et pantouflard, Stéphane Rousseau en maître de la mode, Shirley Bousquet en pétasse aguicheuse, Florence Foresti en hôtesse snobinarde, Lionnel Astier en ambassadeur, ou encore François-Xavier Demaison en avocat délaissé. Tous ont un rôle sur-mesure, avec à la clef une ou plusieurs apparitions des plus efficaces. Globalement l’humour du film est fin et dans l’air du temps, un peu dans la veine décalée de Fatal et autre Babysitting. Du bon du lourd donc, mais l’univers de la mode n’est pas assez exploité, les terres marocaines pas spécialement mieux, et le scénario ne brille décidément pas. Mais après tout, cela suffit bien.

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