Mélodie pour un meurtre

Mélodie pour un meurtre
1990
Harold Becker

Il est parfois difficile de se relever après une lourde chute. Après avoir enchaîné des rôles majeurs dans des œuvres cultes, Al Pacino a connu son premier flop en 1985, qui tient plus du boycotte des distributeurs qu’autre chose, ayant eu des moyennes par copie excellentes. Mais voilà, l’acteur s’est senti rejeté et s’est retiré des écrans pendant quatre ans. Un retour salué avec à la clef une nomination aux Golden Globes et des recettes énormes (110 M$).

Aux Etats-Unis, la retraite d’un policier est accordée après 20 ans de métier, mais certains prolongent l’expérience, comme Frank Keller (Al Pacino), qui n’a pas vraiment d’autre raison de vivre, étant seul et sans vraiment d’amis. Sa dernière affaire en date est une série de meurtre un peu particulière : des hommes tous retrouvés mort, allongé nu sur leur lit. Leur point commun ? Une annonce poétique dans le journal pour attirer les femmes. Avec l’aide de Sherman (John Goodman) d’un service voisin, il va mettre en place des rencontres arrangées par le même biais de petites annonces. Seulement voilà, l’une de ses rencontres va se passer bien mieux que prévu, perturbant son jugement.

C’est ce qu’on appel un retour en mousse. Vraiment pas de quoi crier au génie, que ce soit pour l’acteur ou le film. Une prestation classique pour l’acteur qui joue inlassablement les vieux fatigués de la vie, blasé et souvent alcoolique. Pour ce qui est du film, c’est banal à souhait : du polar très classique, sur la forme comme sur le fond. Comme d’habitude, à la police on se la coule douce, on fait semblant de travailler, et on picole plus que de raison. le coup des speed-dating avant l’heure n’a rien de mémorable, et le fait de craquer pour l’une d’elles était prévisible. Quelques légers suspenses sur les tenants et les aboutissants, mais rien ne nous surprendra vraiment. C’est relativement bien fait malgré tout, de par des acteurs solides et une histoire qui tient la route, originale ou non. Une mise en abîme de la solitude, un tiraillement intérieur, un cynisme fataliste : de vieux rouages, mais qui passent à peu près. À ranger au fond d’un placard, et pas tellement besoin de faire la poussière.

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Novembre 2014

Après Juillet qui se hissait sur le podium, c’est au tour du mois dernier de marquer le beau regain d’intérêt du site en signant à son tour la troisième meilleure performance du site en terme de visites, bien qu’il y ait eu un peu moins de visiteurs.

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Souvenirs d’un été

Souvenirs d’un été
1995
Lesli Linka Glatter

Si pour beaucoup la référence dans le domaine du film d’aventure sont Les Goonies (faudrait vraiment que je me le refasse depuis le temps), il y a un tel nombre de grandes réussites cinématographiques mettant en avant une bande de jeunes qu’on est souvent surexcité à l’idée de se laisser enivrer par leurs histoires. Passé relativement inaperçu à l’époque, le film a presque tous les ingrédients pour nous offrir cette cure de jouvence qu’on attendait fébrilement, mais souffre aussi d’un certain nombre de problèmes impardonnables.

Dans une petite ville tranquille de la campagne américaine, quatre copines d’une dizaine d’années s’apprêtaient à vivre un été des plus mouvementés. Alors qu’elles n’ambitionnaient que de s’acheter une cabane où couler des jours heureux, au détour d’un petit jeu de spiritisme à la con leur été prit un tournant quand la foudre frappa la tombe d’un jeune garçon mort à 12 ans, persuadées d’avoir réveillé son esprit. Elles vont alors décider d’enquêter sur sa disparition.

Bande de criminels, tueurs de bonheur ! Je vomit la narration de ce film ! Elle ruine toute forme de suspense, et sa présentation détruit l’image du meilleur personnage du film par un choix détestable en tous points : les retrouvailles des années plus tard. Le fait de commencer le film par les quatre filles devenues quadragénaires se retrouvant après une longue période d’absence, cela nous montre non seulement qu’elles ne sont pas si inséparables, brisant la magie de l’enfance d’emblée, mais aussi qu’elles sont toutes en vie, nous empêchant de nous inquiéter ne serait-ce qu’une seconde quand l’une d’elles est menacée. Pire encore, leur vision d’avenir est médiocre : des caricatures ambulantes, aux vies dépressives et inintéressantes. Plus grave encore, le casting est atroce, une hérésie. Le meilleur personnage du film, la jeune Roberta (Christina Ricci), est remplacée une fois adulte par un monstre obèse, d’une laideur physique et morale en totale opposition avec cet ange, certes un peu garçon manqué, qu’elle était petite. Une folie d’autant plus grande tant cela est une insulte à une immense actrice, star montante sortant de trois succès majeurs. C’est en plus totalement incohérent avec les personnages puisque la jeune Christy était, elle, toute désignée pour devenir bouboule. Elle aurait été plus crédible en Demi Moore, elle aussi mal castée. Il semblerait que quel que soit le film, vouloir faire se retrouver les personnages des années plus tard est une idée très mauvaise (cf Le Club des empereurs).

Donc une erreur quasi rédhibitoire sur le mode narratif aboutissant à des incohérences de tailles et des déceptions atroces pour le spectateurs, mais heureusement cela représente une faible partie du film, très largement centré sur les petites filles. Du point de vu du passé, le film est déjà bien meilleur, même très bon. La bande est géniale, les actrice excellentes, leur joie de vivre est communicative, et même s’il faut dénoncer une hypersexualisation bien trop précoce, on les suit avec grand bonheur. L’histoire est très simpliste, on dirait du Chair de Poule, avec des aboutissants très évidents, mais l’intérêt réside surtout dans l’ambiance, dans cette quête initiatique, découverte de la vie. Chaque petite aventure est un message, une leçon de vie, l’une d’elles nous étant offerte par Brendan Fraser, petite surprise sympathique, bien qu’il contribue lui aussi à faire grandir trop vite ce groupe en proie trop tôt à certains affres de la vie. On y voit donc des choses magnifiques, on est quelques fois assez ému, mais impossible de pardonner cette vision d’horreur futuriste, destructrice de rêve.

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Jimmy’s Hall

Jimmy’s Hall
2014
Ken Loach

Ken Loach est quelqu’un que je connais peu malgré ces nombreuses décennies de métier, et le seul autre film de lui que j’ai vu m’a laissé glacial, me laissant supposer qu’il était l’un de ces réalisateurs de cinéma d’auteur à beaucoup trop conceptualiser et contextualiser ses films. Un avis bien différent ici pour son tout dernier film, plus classique et abordable.

Tiré d’une histoire vraie s’étant déroulée dans les années 20 (à noter d’ailleurs une incohérence au sujet de la crise de 29 que le héros n’a pas connu aux Etats-Unis, contrairement à ce qui est dit), le film raconte le retour chez lui après 12 ans en Amérique de Jimmy Gralton (Barry Ward). Considéré comme un communiste dangereux pour les valeurs de l’église et par extension de son pays (l’Irlande), il aura œuvré malgré les interdictions pour le bonheur de ses compatriotes, créant le Jimmy’s Hall, lieu où l’enseignement et les loisirs ne sont pas soumit au contrôle du clergé.

C’est clair qu’il y a eu un avant et qu’il y a désormais un après Downton Abbey : je suis incapable de parler d’une œuvre cinématographique se déroulant dans le royaume pas encore uni du début du XX° siècle sans la comparer avec ce monument de la télévision. Et pour cause : on retrouve l’ambiance de l’époque, au bord de la révolution culturelle, mais conservant ses valeurs et ses manières aristocratiques. De la bienséance outrancière dans un monde espiègle, prêt à se dévergonder dès que les mentalités auront changé. C’est paisible, très agréable à regarder, comme une leçon douce sur l’art de vivre, la simplicité des choses. Les personnages sont attachants, incarnés par de très bons acteurs, surtout le personnage principal très charismatique, et l’histoire a beau être simpliste, elle n’en reste pas moins intéressante. Un combat pour la liberté un peu léger, une romance pas vraiment aboutie et un prêtre qui ne va pas au bout des choses, mais le film est très bien fait et arrive à nous interpeller sur presque tous les sujets qu’il aborde.

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Imogene

Imogene
2013
Shari Springer Berman, Robert Pulcini

Quand un film ne trouve pas de distributeur, c’est rarement bon signe. Et ici, il aura fallut deux ans au film pour se frayer un chemin vers les salles, pour au final se planter dans les grandes largeurs. Autre signe qui ne trompe pas : bien qu’indépendant, le film n’a pas eu sa place au festival de Sundance, et rare sont les bons films indés à ne pas s’y être fait remarqué.

Depuis l’immense succès de Sweet Home Alabama, pourtant assez mauvais, nombreux sont les films à s’inspirer de ce modèle de comédie, axé sur un retour aux sources, de la ville étouffante à la campagne chaleureuse. Ce coup-ci, c’est une certaine Imogene (Kristen Wiig) qui va en faire les frais, obligée de retourner vivre chez son horrible mère (Annette Bening), son psychopathe de mari (Matt Dillon) et son demeuré de frère, tout ça à cause d’une malencontreuse série d’incidents. Elle ne jure que par New-York, et retourner là bas est la pire punition possible au monde.

Mais merde, un peu de décence ! Tout le film tourne autour d’humiliations, de déballages de vie en publique, le tout sans le moindre soupçon de gêne, comme si le monde entier n’était là que pour être le témoin de leurs vies. Un égoïsme profond qui ôte beaucoup de crédibilité au film, dans l’unique but de provoquer des rires forcés à outrance, usant de rouages archaïques qui nous fatiguent. Les acteurs en font donc des caisses, spécialement le frère trisomique, véritable incitation au meurtre. Seul aspect du film qui trouve grâce à nos yeux : le côté comédie-romantique, encore une fois pas original pour un sous, mais on y croit à peu près et c’est donc la seule chose qui ne sonne pas complètement faux. Deux trois gags pour sourire, c’est trop peu, et l’aspect dramatique est totalement foiré. Au mieux vous vous ferez chier, à condition de supporter les gens qui se donnent en spectacle.

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A toute épreuve

A toute épreuve
2014
Antoine Blossier

Eh bah voilà du cinéma français original, novateur et frais ! Preuve que le teen-movie n’est pas qu’un phénomène américain, de temps à autre un film de chez nous ose s’aventurer du côté des adolescents, et c’est souvent très bon. Bien sûr, il y a eu le gros succès des Beaux Gosses, mais il ne faut pas oublier les laissés pour compte et pourtant très méritants, comme le sulfureux 17 filles, bon petit choc sur la césure générationnelle, déjà emmené par Louise Grinberg qui signe ici le rôle féminin le plus intéressant (la fille du directeur), ou plus encore, le surprenant et fortement conceptualisé Simon Werner a disparu…, une quasi révolution dans notre paysage cinématographique national.

Cette fois-ci, le film s’intéresse à un problème majeur dans la vie d’un lycéen : l’épreuve finale, le bac. Un stress différent suivant les personnes, mais toujours aussi grand. Pour les plus mauvais, on espère ne pas être parmi les 10% qui le ratent, honte suprême, et pour les bons élèves aspirant à de grandes écoles, l’avoir n’est pas suffisant, et seule une mention (et pas n’importe laquelle) peut leur ouvrir certaines portes. Au lycée Le Corbusier (dirigé par Marc Lavoine), la pression est énorme pour Greg (Thomas Soliveres), qui doit obtenir la mention très bien pour se payer ses études en amoureux en Angleterre, alors même que la moyenne est à ses yeux un sacré exploit. Pas le choix alors, avec son pote Yani (Samy Seghir) ils vont devoir voler les sujets du bac. Une mission à haut risque…

C’est tout simplement génial. C’est comme si on oubliait tous les problèmes de notre jeunesse pour se concentrer sur ce qu’il y a eu de positif, nous montrant l’école sous un jour sympathique, festif et tranquille. Pas de panique, il existe une solution a tout, et il suffit de le vouloir pour que ça marche. Quand on veut, on peut, et ça n’est pas une connerie d’idéaliste. Le type voit une fille, bave comme un malade, fait preuve de courage et la conquiert, easy. Il tente des choses, ça passe, et plus il tente fort et plus ce qu’il vit est fort. Un type banal avec une gueule de con, mais il vit nos rêves de gosses avec une facilité déconcertante, enivrante. Le film arrive à nous montrer exactement ce qu’on veut voir, souvent de manière inattendue, et il ne déçoit sur aucun aspect. Réalisation sympa, avec d’ailleurs un générique vraiment excellent, acteurs très bons, rythme soutenu, marrant, imaginatif, bref, du bon boulot. Un peu cliché, parfois téléphoné, souvent facile, mais ô combien efficace et divertissant.

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Une virée en enfer

Une virée en enfer
2001
John Dahl

C’est ça qu’il y a de plus formidable avec la vie : on est capable de faire les pires conneries au monde sans même s’en rendre compte. Quand Lewis (Paul Walker) a décidé de traverser le pays pour rejoindre son grand amour Venna (Leelee Sobieski), il ne pouvait s’attendre à se retrouver pourchassé par un fou. Faisant un petit détour sur la route pour aller chercher son frère (Steve Zahn), ils vont tous les deux se lancer dans un petit jeu stupide au volant : se faire passer pour « Sucre d’orge », une grosse chaudasse squattant les fréquences des camionneurs pour les attirer dans son lit. Hilares en pensant à « Vieux clou », à genoux devant Lewis jouant les « Sucre d’orge », ils vont lui donner rendez-vous dans la chambre voisine de la leur dans leur motel, occupée par un gros con. Seulement le lendemain, le fameux gros con fut retrouvé quasi tabassé à mort, et « Vieux clou » compte bien se venger de ce canular de mauvais goût.

Malgré la sortie quelques mois plus tôt de Fast and Furious qui a fait de Paul Walker une star, le film n’a pas eu un succès terrible, bien que rentable. Un score en fait très standard pour ce genre de film : le teen-horror-movie, soit le principe de mettre un groupe de jeunes (lycéens ou étudiants) face à un ou plusieurs psychopathes qui leur font vivre un cauchemar. Le film s’inscrit dans cette droite lignée, réutilisant à son compte et plutôt bien les codes du genre, mélangeant des passages comiques pour le fun avec de grands moments d’angoisse, bien qu’il faille faire avec quelques clichés assez honteux. Par exemple, si les deux frères avaient prit deux secondes le temps de réfléchir, la situation aurait pu se régler d’emblée. De même, le passage de course-poursuite dans les champs est un modèle de bêtise avec l’insupportable coup de la course en ligne droite, comme si un homme pouvait aller plus vite qu’un véhicule. Mais sinon, c’est assez drôle, flippant par moments, et on passe du bon temps.

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Lulu femme nue

Lulu femme nue
2014
Solveig Anspach

Lulu, femme nue, et c’est à peu près tout ce qu’on retiendra de ce film. Malgré la cinquantaine qui pointe le bout de son nez, Karin Viard est toujours aussi charmante, moins sensuelle et désirable que dans Parlez-moi de vous, mais son corps est surprenant de volupté (cf la scène de la sirène sortant des eaux). En dehors de ça, le film est une merde.

Sorti avant, mais personnellement vu après, le film est à peu près le même que La Ritournelle, en moins émotif, plus égoïste et d’un point de vu narratif inférieur. Ainsi, on retrouve la bonne grosse bourgeoise parisienne coincée, mais sous des traits de quasi paysanne, en proie aux tentations de l’extra conjugal en la personne de Charles (Bouli Lanners). Elle décide alors de prendre un peu de temps pour elle, voir où son histoire peu la mener, et simplement laisser faire les choses.

Rien de nouveau au programme, juste une femme délaissée qui réapprend à aimer. Un comportement totalement irresponsable et irrespectueux, qui fait certes réagir le spectateur, mais au fond on s’en fout : le personnage n’en devient pas plus attachant, ses actions n’en deviennent pas plus légitimes, et son amour ne convainc pas d’avantage. Plus encore, on se fait chier comme rarement, attendant d’abord l’événement déclencheur, puis la concrétisation, puis un retour dans l’ordre des choses. Passif, le spectateur regarde une histoire qu’il connait déjà, totalement hermétique aux enjeux et aux intervenants. On ne s’intéresse à rien, aucun passage marquant, rien de drôle ou de tragique, du moins rien que ne saurait nous toucher. Un film désespérément creux, mal réalisé, mal interprété, et à l’histoire banale.

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The Art of the Steal

The Art of the Steal
2014
Jonathan Sobol

Belle équipe de bras cassés au menu de ce film de braquage, inédit en salles (sauf aux US et en Angleterre, mais uniquement projeté dans une poignée de salles où il fut déprogrammé quasi d’emblée), qui se veut comme une espèce d’Ocean Eleven presque parodique tant le plan n’est d’apparence pas terrible, et avec à la tête des bons gros débiles. Petit budget, casting de has-been, histoire classique : le film ne paye pas de mine et pourtant, son scénario est un modèle du genre et en bluffera plus d’un.

Dans la famille Calhoune, la spécialité c’est le vol et la revente d’œuvre d’art, subtilisant l’original en le remplaçant par une copie. Seulement leur dernier coup en date a mal tourné, Nicky (Matt Dillon) s’est fait choppé, et il a balancé son frère Crunch (Kurt Russell) pour éviter la prison. Après cinq ans et demi passés dans une prison crasseuse de Varsovie, Crunch n’a plus qu’une idée en tête : arrêter ces conneries et reprendre une vie normale. Mais quand son frère, voulant se faire pardonner, lui a proposé un coup à plus d’un million de dollar, il a accepté de replonger, l’occasion de former sa nouvelle recrue (Jay Baruchel).

Le film présente vraiment très mal : le premier coup sent le réchauffé, avec une connerie qu’on sent venir à des kilomètres, et la présentation des personnages est très mauvaise, trop kitsch et saccadée. La tentative de raccrochage est ensuite maladroite, et le second gros coup sonne comme un pétard mouillé, à la fois hasardeux et à la somme qui ne fait pas tellement rêver. Quelques passages drôles viennent pimenter un peu la préparation laborieuse, mais ça fait tout de même beaucoup trop juste pour convaincre. Rien ne tient la route et ils passent d’un cheveu de la plantade en permanence. Mais plus on avance et plus les choses deviennent intéressante, avec quelques idées presque brillantes pour le larcin avec une magnifique anecdote sur le vol de la Joconde au siècle dernier qui mérite d’être écoutée avec attention. Une véritable leçon de vie. Puis l’air de rien, le film nous dévoile une seconde, puis une troisième vision de l’histoire qui prend alors un sens tout nouveau, surprenant et inespéré, un pur twist-ending comme on les aime tant. Un scénario finalement très fin et inspiré, et le film vaut le détour ne serait-ce que pour sa fin amenée de façon très sympa.

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Californication


Californication
2007 – 2014
Tom Kapinos

Après Dexter, la célèbre chaîne câblée américaine Showtime perdait sa seconde meilleure série en terme d’audience le 29 juin dernier après une septième et dernière saison qui marquait effectivement le déclin de la série, divisant par deux sa moyenne de fréquentation par rapport à la saison précédente. Les gens se sont-il lassé de voir Hank déconner à ce point ? Triste sort pour la série qui a tutoyé les deux millions de spectateurs à sa grande époque, tombant sous la barre du million pour ses deux dernières saisons, et s’achevant devant moins de quatre cent mille personnes. Y a t-il eu une réelle baisse de qualité sur la fin ? Rien n’est moins sûr, mais il est l’heure de rendre hommage à l’un des plus grands héros tragique de l’histoire de la télévision.

L’aventure démarra donc le 13 août 2007, alors que l’immense agent Fox Mulder des X-Files faisait son retour triomphal à la télévision avec un rôle en opposition total avec celui du gentil, naïf et réservé agent du FBI (l’occasion d’un petit tacle à ce sujet en saison 4 d’ailleurs). David Duchovny campe ici un certain Hank Moody, écrivain maudit auteur d’un unique succès : « Dieu nous hait tous », dont l’adaptation cinématographique, « Cette petite folie qu’on appelle l’amour », le désespère au plus haut point tant c’est – à ses yeux – une infâme bouse hollywoodienne. Cela fait des années qu’il n’arrive plus à écrire – en fait depuis qu’il a emménagé à Los Angeles – et tout dans sa vie va mal. Il est une déception constante pour sa fille Rebecca (Madeleine Martin) et le doux rêve de renouer avec l’amour de sa vie, la mère de sa fille, Karen (Natascha McElhone), ne sera bientôt qu’une lointaine chimère, étant promise à un autre. Pour oublier sa situation merdique, il se réfugie dans l’alcool, les drogues, et tout spécialement le sexe. Voilà donc le genre d’homme qu’est Hank, grand dépressif et nostalgique, assez largement inspiré du célèbre film Manhattan, de par le style, le nom du héros (Moody / Woody) ou même modèle de voiture, identique.

La première saison pose les bases, montrant donc principalement Hank, sa femme, sa fille, mais aussi Charlie Runkle (Evan Handler), l’agent et meilleur ami de Hank, et sa femme Marcy la schtroupfette (Pamela Adlon), ainsi que Mia (Madeline Zima), la fille de Bill, nouveau prétendant de Karen. Mia constitue un peu la pierre angulaire de la trame de la première saison : c’est par elle que tout arrive, que tout part en vrille. Alors que Hank ignorait totalement son existence, elle va le séduire, puis coucher avec lui. Un fait anodin si seulement elle n’était pas la fille de son concurrent et si elle n’avait pas 16 ans, constituant là un détournement de mineur. Une épée de Damoclès pour lui, un petit jeu diabolique pour elle. Elle en profitera pour lui extorquer son miraculeux nouveau roman, uniquement en possession de Mia suite à une série de malchances dont Hank a le secret. Entre ça, la tentative désespérée de Hank pour renouer avec Karen, et les déboires des Runkle, prit au piège de la secrétaire de Charlie venue s’immiscer dans leur couple, l’histoire de cette saison est plutôt discrète, nous montrant sous diverses formes les vices et les faiblesses d’un héros au grand cœur, mais brisé. Des prémices de concept, suffisant pour significativement accrocher, notamment grâce à un David Duchovny empathique et brillant dans son genre. Une ébauche assez professionnelle et au fort potentiel.

Saison 1 :  

Sacré choc, la séquence de fin de la dernière saison était classe, mais on attendait au tournant la suite des événements. Servir sur un plateau le rêve absolu de Hank, à savoir le retour de sa femme qu’il n’a jamais épousé, c’était effectivement une belle chose, mais c’était probablement trop tôt. Alcoolique, fumeur, dépressif et tombeur : voilà comment on l’aimait. Le tir sera donc rectifié dès le premier épisode avec un accident qui débouchera sur d’autres conneries, amenant à une rupture aussi prévisible que pénible. Ah c’est malin de les remettre ensemble pour une petite poignée d’épisodes ! Du coup, la série n’évolue pas et continue de faire ses choux gras dans les mêmes moules. Quelques pistes intéressantes malgré tout avec le premier petit copain de Becca (Ezra Miller), les nouveaux déboires du couple Charlie / Marcy avec l’arrivée d’une actrice porno qui deviendra la maîtresse du bouddha miniature, et surtout Lew Ashby (Callum Keith Rennie), le premier vrai pote de Hank avec qui il partage nombre de similitudes. Un vrai bon personnage, attachant et mystérieux, qui relance à lui seul l’intérêt de la série. Globalement on stagne et la trame de la saison n’a rien de mémorable, mais au moins la qualité est maintenue et le potentiel reste intact.

Saison 2 :  

Un couple se brise, un autre se reforme, partiellement. La dernière connerie de Charlie lui a coûté son mariage, et Hank devait se remettre avec Karen, mais cette dernière est partie pour son travail à New-York, laissant son abruti d’amant avec une carte blanche, qu’il ne manquera pas d’utiliser sans se soucier des conséquences, pensant comme d’habitude uniquement au plaisir qu’il donne à toutes ses femmes en leur montrant à quel point elles sont belles et uniques. Une nouvelle saison très intéressante à diverses niveaux. Charlie se remet enfin en scelle et retrouve un poste de manager (chez Kathleen Turner), tandis que Hank, malgré l’absence de publication de ses mémoires de Lew Ashby, se range et devient professeur, probablement son occupation la plus pertinente et la plus saine. Seulement voilà, vouloir faire plaisir à son assistante, à son étudiante préférée et à la femme du doyen (Embeth Davidtz), ça ne sera pas sans conséquences : lors d’un huitième épisode magnifique, l’ensemble lui retombera sur le coin de la gueule dans un déluge biblique. Le héros maudit dans toute sa splendeur : il n’a, au fond, rien fait de mal, mais chacun de ses actes va avoir une répercussion désastreuse sur sa vie. Et certaines malchances du passé vont elles aussi resurgir pour un final quasi comique tant Dieu semble le haïr. Son roman « Dieu nous haït tous » s’applique particulièrement à lui. Les personnages sont donc quelque peu malmenés, et c’est avec un plaisir machiavélique qu’on assiste à leur déchéance. Un humour plus acerbe, une ambiance plus aboutie, une mise en abîme plus poussée : la série a trouvé sa voie.

Saison 3 :  

Ça y est : Hank est au fond du trou et la merde commence à suinter par tous les orifices. Vieille épée de Damoclès oubliée depuis longtemps, la petite aventure d’un soir entre lui et Mia va lui retomber dessus avec une violence inouï : non seulement cela a brisé sa famille et fait de lui un pédophile aux yeux du monde entier, mais en plus il risque une lourde condamnation pour détournement de mineur. Au moins ce drame a permis de réparer une injustice de taille : Hank est désormais officiellement l’auteur de « Fornication Musclée », même si on a toujours au travers de la gorge l’absence de publication pour les mémoires de Lew Ashby. On le retrouve donc dans notre position favorite : celle du pauvre type malchanceux qui a besoin de boire pour soulager sa douleur. Et avec son statut de monstre auprès de sa progéniture et de celle qui a aidé à la concevoir, ce besoin sera décuplé, au point de finir à l’hôpital dès le second épisode, d’abord perçu comme une tentative de suicide faisant remonter sa côte de popularité. Un passage assurément très fort, à la fois symbolique, incroyablement drôle et dramatique. Cette quatrième saison est principalement axée autour du procès de Hank donc, mais pas que. L’adaptation cinématographique de son livre est aussi au cœur de l’intrigue avec Sasha Bingham (Addison Timlin) et Eddie Nero (Rob Lowe), de grands acteurs censés l’incarné lui et Mia à l’écran. Ainsi, on vit pour de vrai l’expérience retracée au travers de flashback sur sa première adaptation au cinéma. De son côté, Charlie essaye de se la jouer comme Hank depuis sa liberté retrouvée, une comparaison assez drôle tant les deux ne boxent pas du tout dans la même catégorie. Tant qu’à Marcy, elle batifole avec un riche producteur, Stu (Stephen Tobolowsky). Des péripéties intéressantes, pleine de nouveaux personnages très bons comme l’avocate (Carla Gugino), et l’intensité de la série est à son paroxysme.

Saison 4 :  

Gros bond dans la série, la cinquième saison démarre trois ans après la fin de la dernière qui voyait notre romantique-dépressif écoper de trois ans avec sursis et un nombre conséquent d’heures de travaux d’intérêts généraux. Les choses ont donc beaucoup changé depuis le temps : Marcy et Stu file le grand amour, et leur enfant qu’ils partagent avec Charlie a deux ans et demi. Becca est à l’université et sort avec une version jeune de son père, tandis que Karen a refait sa vie avec son ancien amour et prof de fac Richard Bates (Jason Beghe, furtivement apparu en saison 3) et est désormais son épouse. Charlie sombre un peu plus, devenant le chien errant qu’était Hank, en quête de rédemption, non sans difficultés. Sa carrière reprend du poil de la bête entre son nouveau livre (« Californication », inspiré de ses déboires de ses dernières années) et un job de scénariste sur une grosse production Hollywoodienne, mais sa vie reste toujours aussi bordélique. Il a fait l’erreur de tourner autour de la copine de Samurai Apocalypse (RZA), celui pour qui il écrit le film, et son retour dans la vie de sa fille va être catastrophique tant son nouveau copain est un connard de première. Lui qui revenait sur des bases saines, prêt à refaire sa vie et voulant seulement aider son prochain, il va encore une fois avoir tout faux et foutre le même bordel dans un chaos imperturbable. Des situations pas très neuves voir quasi redondantes, heureusement relativisées par l’arrivée de très bons nouveaux personnages, et on sent la fin de la série poindre le bout de son nez, douce-amer au happy end difficile à croire. Pourra t-il éviter de finir mort dans une flaque de pisse ou de vomit ? Un dernier virage qui s’annonce difficile à négocier, en espérant que la série arrive à nous captiver jusqu’au bout.

Saison 5 :  

Il touchait au but : destination la terre promise avec Karen et Becca. Mais voilà, une ex complètement siphonnée, un verre contenant un cocktail mortel de médicaments, et c’est son rêve qui s’envole, prit au piège de ses éternelles conneries par inadvertance. Une spirale de l’auto-apitoiement va alors débuter dans un tourbillon d’alcool, obligeant ses proches à intervenir pour mettre fin à son comportement destructeur en l’envoyant en cure de désintoxication. Il y rencontrera la belle Faith (Maggie Grace), fille d’apparence très superficielle, d’autant plus en prenant compte son style de vie (elle se sert de son corps sublime pour se faire entretenir par des rocks-stars), mais sa romance avec Hank aurait pu être son unique chance de finir heureux, mais seul l’avenir nous le dira. L’intrigue de cette avant-dernière saison est principalement axée autour d’Atticus Fetch, chanteur rock déjanté, campé par un vrai rockeur probablement très similaire à son personnage tant il est convaincant. Cette fois, l’écrivain Moody est chargé de pondre une comédie musicale, exercice inédit mais à l’approche identique. Et c’est un peu le drame de cette saison qui commence à s’essouffler : malgré des situations différentes, rien n’évolue vraiment et on ne découvre plus rien. La plongée au cœur du milieu de la musique trash, c’était déjà le décors de la seconde saison, et le parallèle est d’autant plus flagrant avec le retour d’Ashby sous forme de conscience (on a d’ailleurs enfin la confirmation de la publication de ses mémoires !). Hank est toujours hanté par Karen, Charlie replonge vers Marcy et Becca continue de brûler la chandelle par les deux bouts. On ne voit plus trop ce que la série a à apporter, et il y a de quoi craindre la fin tant les possibilités semblent réduite à deux choix figés : la mort ou le désespoir.

Saison 6 :  

Quid opus est ea repetere : ce qui s’est passé est amené à se répéter. Cet abruti de Hank a laissé passé sa chance de refaire sa vie avec une sublime jeune fille, et a choisit de replonger une fois de plus vers Karen, en espérant que cette fois sera la bonne. Mais non, cette dernière veut tourner définitivement cette page et repoussera notre pauvre héros tragique. Pourtant, il est prêt à changer, à avoir une vie seine et respectueuse, allant même jusqu’à accepter de bosser sur la version télévisuelle du Flic de Santa Barbara, le projet avorté de Samourai Apocalypse (avec Brandon T. Jackson a sa place pour jouer le rôle). Ça aurait pu convaincre Karen, si seulement une nouvelle merde du passé ne s’était pas manifestée, chamboulant une fois de plus sa vie : un fils. Peu avant d’avoir rencontré Karen, Hank sortait avec la belle Julia (Heather Graham), et elle lui avait caché l’existence de son fils, Levon (Oliver Cooper), qui a fini par se dévoiler plus de deux décennies plus tard. Un peu spécial,  limite psychopathe, il va compliquer davantage encore sa relation avec la mère de sa fille, qui n’est désormais plus la seule mère de son unique enfant, mais qui doit partager cet honneur avec une autre, qui en plus a été la première. Quasi impossible de recoller les morceaux après ça, Hank va néanmoins entrevoir une possible fin heureuse avec Julia pour qui l’alchimie est restée intacte. Mais monsieur n’apprend jamais de ses erreurs, et il lui refera le même coup qu’à Faith. Pour les autres personnages, excepté donc sa seconde famille, leurs histoires n’évoluent que peu : Marcy et Charlie continuent à essayer de se retrouver malgré les emmerdes et Stu qui ne lâche rien, tendis que Becca est en vadrouille jusqu’à l’avant-dernier épisode, mais de toute façon son personnage n’a jamais été très intéressant et elle ne nous manque pas une seule seconde. On se concentre donc sur Hank, qui réapprend à être un père, un amant dévoué, pour au final faire volte-face, car c’est et ça a toujours été Karen. Un choix régressif, du bonheur dans la douleur, mais il a toujours été un éternel romantique et cette fin lui correspond bien, et même si on aurait préféré qu’il tourne la page et tente autre chose, ça reste un beau passage plein de tendresse. Une fin pas totalement finie, comme pour dire que de toute façon la vie continue, laissant quelques histoires en plan, mais ça fait l’affaire, et globalement cette dernière saison, sans faire preuve de véritable génie, boucle la boucle en tenant ses promesses. Pas d’apothéose mais un contrat rempli.

Saison 7 :  

Après sept saisons de beuverie, de roulage de joins et de chattes léchées, l’écrivain le plus dépressif de l’histoire nous quitte paisible, le sourire aux lèvres, sa Karen chérie aux bras. Nom de Dieu, tout ça pour en finir au même point qu’à la fin de la saison 1, même si il semblerait que les choses soient actées et définitives cette fois-ci. Sept saisons à courir après la même femme, à baiser des centaines d’autres, à subir une malchance colossale et leurs merdiques retombées. Heureusement, chaque saison a apporté son lot de surprises, de personnages attachants, et chacune avait une intrigue bien spécifique, mais tout de même, tout ça pour finir à accepter le monde et les gens tels qu’ils sont, c’est un peu long. Voilà pourquoi dès la cinquième saison une certaine forme de lassitude s’est installée, particulièrement persistante en sixième saison avec l’erreur « Faith », qui aurait très bien pu marquer la fin d’une histoire et le début d’une nouvelle : savoir lâcher prise et vivre la vie comme elle vient. Mais non, il est vrai que la vie peut avoir plus à offrir, et la dernière saison l’a bien prouvé en offrant à Hank la chance de retrouver une vie de famille magnifique avec un fils et une femme qui l’aiment. C’était beau, c’était simple, mais toujours le même problème : c’était une possibilité agréable, mais Karen hantait inlassablement ses pensées, et il fallait tenter le tout pour le tout, encore, en laissant à nouveau tout derrière lui. À croire que sa vie ne vaut la peine d’être vécue que pour les instants passés avec elle. On a du mal à le comprendre, c’est douloureux et incertain, mais c’est elle qui l’anime, et on ne peut que s’incliner face à une romance aussi idéalisée et poétique, car s’il a décidé de trouver son bonheur de cette façon, alors rien d’autre ne saurait le combler. Car après tout c’est ça Californication : une quête de vérité mélancolique et tragique sur nos rêves et nos désirs. Et s’il y a bien une chose à retenir de tout ça, c’est que l’important est de trouver la chose qui nous tient le plus à cœur, et de tout faire pour y arriver. L’amour est le meilleur moteur de vie, et la série aura su le montrer avec une authenticité crue, et un grand merci à David Duchovny pour avoir su représenter et véhiculer ces valeurs avec tant de justesse.

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