Insaisissables

Insaisissables
2013
Louis Leterrier

Capable du meilleur comme du pire, le frenchy Louis Leterrier est un habitué des super-productions américaines, mais les spectacles de magie ne sont normalement pas des blockbusters, et afficher un budget de 75 M$ en pleine confrontation entre la seconde semaine de Fast & Furious 6 et la première de After Earth et bien d’autres, les analystes prédisaient un cuisant échec, d’autant qu’accueilli de façon mitigée par la presse. Et pourtant, le film a connu un excellent démarrage et s’est maintenu de façon spectaculaire, arrivant à un score inespéré de 352 M$ à l’international, avec notamment trois millions d’entrées en France, en faisant de lui le phénomène de l’été.

Aux Etats-Unis, quatre magiciens excellent dans leur domaine. Henley (Isla Fisher) détourne l’attention comme personne avec sa beauté étincelante. J. Daniel (Jesse Eisenberg) maîtrise quant à lui des tours de passe-passe impressionnants. Jack (Dave Franco) est pour sa part un pickpocket hors pair, dépouillant les gens avec une habileté remarquable. Et enfin Merritt (Woody Harrelson), un mentaliste de génie doté d’un véritable don pour l’hypnose. Tous opèrent à la sauvette, mais une invitation va les rassembler : « l’œil », organisation magique de renom qui tient de la légende. Pour obtenir leur entrée, ils vont devoir effectuer trois tours qui devront rester à jamais dans l’esprit des spectateurs.

Les premiers instants avec le film sont très rassurants : on y découvre plusieurs magiciens très bons, notamment Mister Facebook et le Mentaliste, l’un très charismatique et l’autre aux dons tellement bluffants qu’on les croirait divins. Les deux autres sont plus dispensable, mais on veut y croire. Puis vient le premier show, le cambriolage d’une banque française, l’occasion d’un caméo sympathique avec notre José Garcia national. C’est tellement gros et tapageur que ça ne peut qu’être de la magie surnaturelle, mais le film nous épatera en en démontrant la supercherie avec l’équipe chargée de les démasquer : Mélanie Laurent et Mark Ruffalo, épaulés aussi par le chasseur de faussaires de la télévision, incarné par Morgan Freeman. Puis c’est déjà l’heure de la seconde prestation avec Michael Caine, toujours sous le signe de l’argent – donc redondant -, et à l’ingéniosité moins poussée. Et à nouveau on s’enlise avec le dernier tour, ridicule de médiatisation pour un résultat médiocre. Heureusement, même si on s’y attendait à moitié, la pirouette final sauve la mise avec un twist maîtrisé et plutôt bien fait. Mais d’un autre côté, on a tendance à se dire « tout ça pour ça », et l’un des aspects du twist a du mal à passer tant c’est abusif et pas très crédible. On s’attendait même à encore plus gros, et la vérité sera en dessous de nos espérances. Bien sûr, le film est assez bon et le spectacle est réussi, notamment grâce à la puissance du casting, mais clairement la réputation du film est très surfaite. La réalisation est des plus mauvaises : les show des quatre cavaliers sont non seulement redondants, mais la surenchère d’effets de lumières et de mise en scène semble être un cache misère pour la facilité et la banalité des tours, dont la prestation sur scène est minime comparée à la préparation qu’elle nécessite. Et de manière générale, la magie n’est pas vraiment là (trois fois le même tour, ça lasse) et le scénario n’est pas au niveau, n’allant pas assez loin et ratant en grande partie sa fin, d’autant que le schéma du développement est très linéaire. Donc oui, le film est divertissant et a de très bonnes bases, mais la déception est de mise face au tapage qu’il a suscité. L’idée d’une suite a en plus de quoi laisser froid tant il n’y a pas grand chose à espérer, mais en tous cas il y a une marge de progression énorme quant au rapport avec la magie.

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La Grande boucle

La Grande boucle
2013
Laurent Tuel

Sport incontournable en France, le vélo et son Tour de France sont aussi mondialement connus, et mise à part Le Vélo de Ghislain Lambert, cette activité est complètement absente du paysage cinématographique, un tord assurément. Pour démarrer le bal des belles petites productions estivales en juin dernier, le film voulait s’imposer comme le premier coup de pédale de l’été, mais il n’en fut rien. Pourtant pas soumit à une rude concurrence, loin s’en faut, le film s’est méchamment viandé avec 261 860 entrées. Et si au moins il y avait une raison à cet échec…

Vivre sa passion, c’est primordial, mais difficile de faire la part des choses avec sa famille. Fou de vélo, François Nouel (Clovis Cornillac) y consacre toute sa vie, allant même jusqu’à travailler pour Sport 2000, et cette année il aura la chance de pouvoir assister les coureurs de leur écurie, dont son chouchou Toni Agnello (Ary Abittan). Le seul problème, c’est qu’il avait déjà prévu des vacances avec sa femme (Elodie Bouchez) et son fils, et que ce « travail » viendrait compromettre le tout. Ne supportant plus de passer après le vélo, sa femme partira seule au soleil, tandis que lui vient tout juste d’être viré. Désabusé, il va prendre son vélo et entreprendre de réaliser les étapes du Tour de France un jour avant les professionnels, comme un éclaireur. Une folie de plusieurs milliers de kilomètres intenses, qui suscitera l’admiration de plus d’un.

Le film met un peu de temps à démarrer, mais dès le début on se place du côté de François Nouel, français moyen mais passionné et au fort capital sympathie qui ne cessera de croître. Plus d’une centaine de kilomètre par jour pendant quasiment un mois entier sans pauses, c’est un véritable challenge, et voir une personne, dont ça n’est pas le métier, se lancer dans l’aventure, c’est fort. Bien sûr, avec son statut d’éclaireur il n’a nul besoin de forcer pour arriver dans les délais, il va à son rythme, mais ça reste un sacré exploit. Viennent s’y greffer des drames humains très attendus mais pas inintéressants, et surtout une équipe de soutien de qualité entre le vieil entraîneur dépressif et la famille hollandaise, qui après avoir vu leur favoris se faire éliminer, se sont rabattus sur François. Une équipe de bras cassés mais une équipe quand même, qui vient renforcer le côté amateur du défi créant une empathie très belle, et entre les beaux paysages et cet amour communiquant pour le cyclisme, on est vraiment happé par cette production qui fleure bon les vacances et le soleil. Des acteurs pas mauvais, une image soignée et un scénario qui tient la route : le divertissement est au comble. Un film populaire qui retrouve la simplicité et l’efficacité d’antan.

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La Guerre des Boutons

La Guerre des Boutons
2011
Yann Samuell

Racontant les querelles de deux bandes rivales d’enfants à la fin du XIX° siècle, le livre de Louis Pergaud est récemment tombé dans le domaine public, donnant libre court à qui veut en faire une nouvelle adaptation cinématographique. En effet, une version portant le même titre était sorti en 1962 et avait prouvé le potentiel commercial de l’histoire en faisant quasiment dix millions d’entrées en France. Et il y a deux ans, deux productions reprenant à leur compte le livre se sont affronté à une semaine d’intervalle, espérant jusqu’au dernier moment que l’un des deux se déprogrammerait (celui-ci en l’occurrence, une tentative de soudoiement a même eu lieu pour le repousser), mais ce fut un double KO : 1,4 millions d’entrées pour le premier et 1,5 pour le second, soit à peu près leurs budgets respectifs (12,8 M€ / 15 M€). Le succès du modèle est donc loin, mais quant n’est-il de la qualité ?

Tout comme le grand classique de 1962, le film replace lui aussi l’histoire durant la guerre d’Algérie. Dans un petit village du midi, on suivra les rivalités de deux classes d’une même école : celles des professeurs Merlin (Eric Elmosnino) et Labru (Alain Chabat). Telle une guerre de religion (enseignée par le curé Fred Testot), les deux clans s’affrontent virilement à grands coups de lance-pierre et épées en bois, opposant les guerriers de Lebrac (dont la mère est jouée par Mathilde Seigner) contre ceux de Aztec. Un jeu qui se termine souvent tout débraillé, les boutons finissant par terre, arrachés.

Dès le début, ça ne marche pas. Il y a de base un problème d’époque, le temps où se passe le film étant beaucoup trop avancé pour qu’on est encore l’ambiance des Pagnol. Ça a beau être un coin paumé, leur retard culturel est inexplicable. Mais ça reste du domaine du détail, surtout comparé aux autres problèmes du film. Comme bien souvent, la plupart des enfants sont insupportables et médiocres, et cela se répercute sur les adultes en les traînant vers le bas, comme les joutes « verbales » des deux professeurs : des moments particulièrement honteux et indigestes. Pire encore, ce qui aurait dû être le nerf du film, les affrontement rivaux entre les deux groupes d’enfants, n’est qu’une risible chamaillerie filmée avec les pieds. Il y avait plusieurs drames humains à traiter (la guerre, la misère), mais ces sujets ne sont qu’évoqués. Le seul point positif du film, outre une ambiance assez légère, c’est le duo Lebrac / Lanterne, cette dernière apportant un personnage intéressant et réussi. Les protagonistes étant en pleine adolescence affichant 14 et 13 ans au compteur, on pouvait néanmoins espérer une romance un peu moins bac à sable, mais ça reste attendrissant. L’ennui n’est donc pas accablant, mais clairement le film n’est pas à la hauteur.

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The East

The East
2013
Zal Batmanglij

L’écologie, c’est bien, mais mollo mollo. Qu’on punisse les gens qui se débarrassent de leurs ordures en forêt ou dans une rivière, admettons, mais quand le principal argument est le réchauffement climatique et qu’on se gèle les miches, ça donne envie de se faire une manif spéciale bouchons. Et si c’est pour balancer du malus sur certaines voitures et mettre en place une éco-taxe, le délire snobinard vire au canular cauchemardesque. Mais alors pourquoi je me fais du mal à regarder ce film ? On sait jamais, ces écolo-terroristes vont peut-être mourir dans d’atroces souffrances avec un patron du capitalisme porté aux nus. Non ? Ou pas.

Aux Etats-Unis, les services secrets tremblent : un groupe d’éco-terroristes appelé « The East » (qui n’existent heureusement pas) prépare quelque chose d’énorme. Pour potentiellement empêcher leurs méfaits, ou du moins en tirer bénéfices en offrant la possibilité aux principaux concernés de s’en prémunir, ils infiltreront leur groupe en la personne de Sarah (Brit Marling). D’abord rassurée en voyant qu’ils ne sont qu’une bande de clochards vomitifs, elle prendra finalement conscience de leur dangerosité lors d’un empoisonnement de masse, donnant aux dirigeant d’un grand groupe pharmaceutique une dose de leur produit potentiellement mortel avec une lente agonie allant de l’amnésie à la paralysie. Bien sûr, leur produit commercialisé aurait pu coûter de nombreuses vies, mais méritaient t-ils pareil sort ? Piégée entre son statut d’infiltrée et le militantisme prononcé de ses camarades, elle perdra peu à peu pied.

C’est donc raté, le film fait exactement ce qu’on pouvait supposer de lui : il donne en grande partie raisons aux fous furieux d’écologistes, accordant plus d’importance à l’état d’une rivière qu’à la vie humaine, car il ne faut jamais oublier que certaines formes de pollutions sont un mal pour un bien, comme le nucléaire. On butte aussi sur un cas d’école : les militants confondent gaspillage et risque sanitaire, comme s’ils souhaitaient voir les industries perdre des procès pour intoxication alimentaire à cause de réformes sur les dates de péremption. Comme d’habitude, le film n’est qu’une suite de discutions stériles, même si le film n’est pas dénué de qualités. Bon côté casting c’est assez vide, seule Ellen Page est reconnaissable, et son rôle n’est que secondaire. Les points positifs du film sont plus à chercher du côté de la réalisation et de l’ambiance, puisque malgré des idées néfastes, on se sent immanquablement concerné par le sujet, l’indifférence étant aussi une forme de rejet. Mais bon, ça reste d’un intérêt limité…

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Dans la tourmente

Dans la tourmente
2012
Christophe Ruggia

Avec la délocalisation, dans usines au bord de la faillite ont pu sauver leur affaire, tandis que d’autres plus prospères ont choisi cette option pour augmenter leurs bénéfices, mais certains sont restés. Des renégats bientôt relégués au passé avec l’augmentation des impôts, de la TVA, et se heurtant à des consommateurs appauvris. Des films de propagande communiste sur le milieu des ouvriers, il y en a eu un paquet, globalement très médiocres, et celui-ci ne fera pas exception.

Dans la périphérie de Marseille, une usine qui embauche des centaines de personnes inquiète. Des plans de licenciement, il y en a déjà eu, mais le prochain fait craindre le pire. S’empressant de réunir tout le comité, Franck (Clovis Cornillac) souhaitait mettre en place un blocus autour de l’usine avec bombes et menaces d’explosions. Mais en repérant les lieux, il va surprendre une conversation à la fois cauchemardesque et intéressante : l’usine sera démantelée dans la nuit, coupant court à leur plan du lendemain, mais il semblerait que le coffre de la boîte sera ouvert pendant la nuit pour payer les camions, contenant pas moins de deux millions d’euros, de quoi mettre sa famille (Mathilde Seigner) à l’abris pour toujours. Pas question de laisser ces pourritures de patrons s’en mettre plein les poches, il compte bien s’emparer du magot avec son camarade Max (Yvan Attal), licencié il y a trois ans et qui n’a eu de cesses d’alimenter une rage maladive contre eux. Mais bien sûr, les choses vont mal tourner…

Que du classique : des communistes peu au fait de l’état de leur entreprise, pour peu qu’ils reçoivent leur paye à la fin du mois, et qui ne savent s’exprimer qu’au travers de manifestations et autre démonstration de force affaiblissant l’économie qui les nourrit. C’est moche une mentalité pareille… Donc du coup, on part avec un à priori terrible, et c’est encore trop optimiste. Détestable dans tous ses films, Yvan Attal va à nouveau nous démontrer toute sa sympathie au travers d’un personnage aussi haineux que stupide, adoptant des comportements violant et hautement nuisible à son entourage, faisant fi de la logique et enchaînant les réactions suicidaires amenant à un dénouement hilarant. Rarement pareille fin aura été donnée de voir, provoquant moult rires avec les fugitifs trisomiques et les discutions complètement dénuées de sens. Mais le pire dans le film, entre deux séquences hautement intellectuelles, c’est ce vide au delà de l’abyssal, comme un vortex aspirant du néant et créant du négatif. L’ennui est l’une des pires tortures de l’esprit…

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Novembre 2013

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Hunger Games – L’embrasement


Hunger Games – L’embrasement
2013
Francis Lawrence

Certains voyaient en Hunger Games un horrible plagiat de Battle Royal, mais finalement le film s’est révélé être un peu plus que ça, et il se pourrait que cette nouvelle franchise aille au delà du simple Twilight et s’aligne sur le niveau de Harry Potter au box office, un exploit. Faisant pour l’instant une carrière au moins aussi brillante que son prédécesseur aux USA, il semblerait que son potentiel international est doublé en seulement un an et demi, le plaçant aux portes du milliard, donnant raison aux analystes les plus optimistes. Il y a donc un véritable embrasement autour de la saga, mais jusqu’où ira t-il ?

Le 74° Hunger Game s’était terminé par un fait sans précédent : deux vainqueurs. Katniss Everdeen (Jennifer Lawrence) et Peeta Mellark (Josh Hutcherson) avaient fait croire en un grand amour, mais le public n’est pas dupe, du moins celui des districts. – Petit rappel des faits, l’histoire se passe dans un futur post-apocalyptique où un gouvernement, logeant avec l’élite dans un lieu privilégié appelé « Le Capitole », retient captif le peuple dans douze districts, les obligeant à trimer avec pour menace les Hunger Games, jeu de télé-réalité où un tribu mâle et femelle (âgés de 12 à 18 ans avec une probabilité de concourir de n/m où n est égal au nombre de bulletins à son nom et m la somme de tous les bulletins, sachant que n est égal à 1 à 12 ans, suivant une loi arithmétique telle que n = 7 à 18 ans, mais certaines actions peuvent augmenter le nombre de bulletins par un principe de dettes) sont envoyés dans un dôme contrôlé numériquement plein de dangers, où le but est que les 24 candidats s’entre-tuent jusqu’à qu’il n’en reste plus qu’un. – Ainsi, la rébellion fait rage dans les districts, qui voient en cette double victoire une faille dans un gouvernement qu’ils rêvent de voir brûler, faisant de Katniss et son geai moqueur leur symbole. Alors que fait on d’un symbole ? On le brise. Avec les 75° Hunger Games qui représentent les troisièmes jeux de l’expiation, le président Snow (Donald Sutherland) va faire fi des règles et briser les espoirs du peuple : même les vainqueurs ne sont plus à l’abris. Cette année, les jeux remettront sur la sellette les vies des vainqueurs des districts, dont Katniss.

Les choses évoluent du côté des grosses productions d’adaptation littéraire. Fini le temps où on choisissait les acteurs en fonction de leur ressemblance, obligeant les spectateurs à attendre plusieurs films avant de voir une pointe de talent s’immiscer chez les interprètes : le casting est l’un des plus gros jamais vu. Liam HemsworthWoody HarrelsonElizabeth BanksDonald SutherlandStanley Tucci, Jena Malone et même Philip Seymour Hoffman : une claque qui compte cinq acteurs nominés à l’Oscar dont deux lauréat avec notamment Jennifer Lawrence, coupant court à toutes protestations de cinéphiles qui jugent par moment les productions populaires avec beaucoup de mépris. Forte de ses 691 M$ de recettes avec le premier volet, la franchise met les petits plats dans les grands, s’offrant une augmentation substantielle de budget : 78 M$ Vs 130 M$. Ça se sent, et pas qu’un peu. Des effets visuels plus sobres et nets, une direction artistique plus classe et originale, des jeux à l’ambiance plus soignée et mature : pas de doutes, le film est beaucoup plus travaillé. Même au niveau de l’histoire, on marque bonne évolution. On pouvait avoir un peu peur concernant un effet de redite et un retour dans l’arène impromptu, de même qu’une tournée inutile, mais il n’en est rien. Entre deux scènes chocs, la rage au ventre le peuple gronde, les provocations se multiplient et l’orage est menaçant, même au sein du Capitole. Plus dynamique, directement dans le sujet, le film nous fait oublier ses inspirations douteuses en créant un véritable univers autour de ses jeux. La tension est palpable et on a réellement hâte de se confronter à la révolte, la vraie, la sanglante. Avec ce second volet, on franchit un seuil de qualité inespéré nous faisant fébrilement attendre la suite.

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Kit Kittredge : An American Girl

Kit Kittredge : An American Girl
2008
Patricia Rozema

Ah les douces joies du journalisme, la passion d’écrire ! Que ce soit pour relater l’aventure épique du boulanger du coin, se levant tous les jours à quatre heure, ou pour partager une vision nette et professionnelle d’expériences cinématographiques, l’envie y est et peut se manifester à tout âge, comme c’est le cas pour Kit Kittredge (Abigail Breslin), jeune fille de dix ans à peine. Son frère travaillant dans le milieu, elle espérait pouvoir être publiée, mais son style encore trop frais et la banalité de ses sujets l’empêchent d’accéder à la publication. mais plus que la reconnaissance et la popularité, elle va comprendre en cette douloureuse période de crise (le film se déroulant après le crash économique de 1929) que le sort de son prochain est plus important que le sien, voyant certains voisins expulsés de chez eux par les banques. Une crise qui frappa aussi sa propre famille (Julia Ormond et Chris O’Donnell), les obligeant à accueillir en leur sein des personnages atypiques, tels une libraire (Joan Cusack) ou un magicien (Stanley Tucci). Une période de troubles qui se cherche des responsables, tout désignés avec ces manants de vagabonds, mais Kit a une autre théorie…

C’est un genre qui se perd, les enfants jouant aux grands, parcourant le monde à la recherche d’un trésor ou d’une enquête palpitante, apportant avec eux toute leur naïveté et leurs espoirs. Il y a eu quelques perles du genre (Les Goonies), mais celui-ci n’en fera malheureusement pas parti, même si on est loin des ratages du style Judy Moody. Si on remarque que l’histoire est particulièrement d’actualité entre la crise – ou François Hollande suivant le nom que l’on lui donne – et le matraquage médiatique sur le racisme – pourtant les municipales ne sont pas avant quatre mois -, elle manque de finesse et de folie. Des voleurs à la petite semelle, des personnages trop loufoques, une enquête téléphonée : rien de surprenant ou transcendant au programme. Quelques noms de connus pour le casting, mais mise à part la jeune héroïne, on ne s’attachera pas beaucoup. De même, on dénote quelques bassesses dans l’humour, nuisant à l’accessibilité. Le côté journalistique, lui aussi particulièrement prévisible, est très sous exploité. Ce qui sauve le film en revanche, c’est la gaieté qui arrive, malgré la crise, à subsister dans le cœur des enfants, et leur univers aurait pu être très bon avec un traitement plus soigné. Reste une espèce de club des cinq divertissant, menant bon train leurs aventures oh combien banales.

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Serial noceurs

Serial noceurs
2005
David Dobkin

Réunis cet été pour Les Stagiaires, qui n’a malheureusement pas réussi à reproduire le succès de ce film, le duo formé ici a marqué. Grosse comédie de l’été 2005, le film avait déjà démarré plutôt fort avec 34 M$ en un weekend, mais là où il a battu des records, c’est au niveau du maintient. Plus de dix semaines à truster le top 10, il a fini sa course à un hallucinant 209 M$ sur le seul territoire américain, pour un total international plus modeste mais tout de même énorme de 285 M$. Un must ?

Suivant les instruction de leur mentor Chazz (Will Ferrell), deux potes pour la vie, John (Owen Wilson) et Jeremy (Vince Vaughn), croquent la vie à pleines dents en s’adonnant à un plaisir sans commune mesure pour eux : s’incruster à des mariages, territoire de prédilection pour la séduction. Convivialité, festivité et sexe : le plan de rêve. Puis un jour, c’est le jackpot, le mariage ultime : celui de la fille aînée du ministre de l’économie (Christopher Walken). Un événement mondain incroyable, auquel va s’ajouter une double rencontre féerique : les autres filles du ministre, Claire (Rachel McAdams) et Gloria (Isla Fisher). Mais les choses vont se révéler un peu plus compliquées : Gloria n’est qu’une nymphomane insatiable et Claire est fiancé (avec Bradley Cooper).

Si tous les mariages ne sont pas des fêtes somptueuses, il y règne généralement une bonne ambiance, la nourriture est à foison et l’alcool coule à flot. On comprend ainsi cette joie pas si démesurée des deux compères, et on y voit toute la diversité que peut offrir les cultures et les croyances, apportant un divertissement varié. Puis ensuite on passe au vrai fond : la quête d’amour, forcément parsemée d’embûches. Sans faire preuve d’une originalité folle, le film se renouvelle pas mal et l’histoire n’est pas mauvaise. Pour ce qui est de l’humour, certes parfois un peu gras et en dessous de la ceinture, il faut bien dire que ça fait mouche, presque tout le temps et avec un rythme effréné. Ça fuse et on se marre bien, trouvant régulièrement des perles magnifiques, jusque dans les derniers instants avec le personnage de Chazz, sorte de cerise sur le gâteau. Quelques facilités, peu de surprises mais une efficacité monstre qui nous fera passer un excellent moment.

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Quand je serai petit

Quand je serai petit
2012
Jean-Paul Rouve

Réalisateur, acteur et scénariste, Jean-Paul Rouve vient nous conter l’un des plus grands fantasmes de l’homme : être maître de sa vie, pouvoir remonter le temps et réparer nos erreurs passées. Tout commença lors d’une croisière, alors que Mathias (Jean-Paul Rouve), croisa un enfant à bord, non sans lui rappeler sa propre jeunesse, la ressemblance étant troublante. Tellement troublante que s’en devint une obsession, une hantise au résultat surprenant. Ayant réussi à retrouver l’enfant via l’agence de voyage, il se rendit compte que non seulement ce dernier était un homonyme, mais qu’en plus ses parents portaient le même nom que les siens. Cette famille vie à Dunkerque, mais il n’a aucun souvenir d’avoir habité là bas, mais la mort de son père à tout juste 10 ans dont il n’a presque plus de souvenirs peut l’avoir fait oublier, et une idée lui traversa alors l’esprit. Et si par un mystère de l’univers, cette famille était son passé ?

Pour un film français, on pourrait presque parler de miracle. Un film où un homme a l’occasion de se confronter à son lui enfant, revivre sa vie, ça n’est pas non plus très nouveau, mais l’angle change un peu, ce qui n’est pas sans conséquences néfastes malheureusement. D’habitude, dans ce genre de cas, il s’agit ou de pouvoirs de voyages temporels, ou d’une machine permettant de changer d’époque. Ici telle l’addition de deux réalités alternatives, un homme se retrouve face à sa famille de ses 10 ans, mais elle vie aujourd’hui. Le point négatif, c’est que le postulat de départ est absurde, ne reposant sur rien. Mais d’un autre côté, le film exploite son idée avec une poésie rare, bien aidée par la force et le talent de son héros, mais aussi et surtout par ceux de Benoît Poelvoorde, qui incarne un père attendrissant. On retrouve aussi Gilles Lellouche, Claude Brasseur et Miou-Miou, mais tous sont écrasés par les deux premiers. Seulement avant d’arriver à cette incrustation de Mathias adulte dans son ancienne famille, se rattachant telle une sangsue, le film rame un peu, le début étant mou et l’avancement lent. On ne s’ennuie pas, mais arriver à la vraie histoire, ça se mérite. Et quelle belle récompense quand on voit le charme qui se dégage de cette rencontre improbable, à mi-chemin entre tendresse et maladresse. Un film plein d’imperfections, mais son histoire est particulièrement belle et émouvante.

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