Pacific Rim


Pacific Rim
2013
Guillermo del Toro

Après avoir démontré toute la force de son style graphique au travers de productions sympathiques, Guillermo del Toro joue pour la première fois dans la cours des ultimes blockbusters, avec un budget supérieur aux recettes de son plus gros succès (190 M$ de budget alors que Hellboy II avait totalisé 160 M$). Au programme de cette purge d’effets spéciaux, un hommage aux Kaijus (monstres titanesques) et Jaegers (leurs chasseurs), à la croisée de Evangelion et Godzilla.

Pas besoin de savoir pourquoi ni comment, le film nous place dans un futur où la Terre se remet tranquillement d’une série d’attaques. Une faille dans l’océan pacifique rejette depuis quelques années des monstres terrifiants venant d’une autre dimension / planète. Une catastrophe dans un premier temps, mais vite réglée avec la création d’unités de combat robotique. Des colosses de métal commandés par deux personnes, dont la connexion augmente la réception du robot en fonction de la connivence. La facilité des combats rendait même l’expérience amusante, du moins jusqu’à l’apparition d’une nouvelle forme de monstre, beaucoup plus agressive et robuste, mettant à mal leurs géants de fer. De catégorie 1 à 2, les Kaijus sont désormais de rang 3 ou 4 (voir 5 pour Big Boss), s’adaptent et anticipent : une situation critique et les Jaegers tombent les uns après les autres, créant des dépenses insurmontables qui pourraient signer la fin de notre ère.

Peu de gens croyaient au potentiel financier du film. Il faut dire que pour un projet de cette envergure, n’avoir dans ses rangs que Ron Perlman, Charlie Day, Charlie Hunnam ou Idris Elba, ça semble plus que léger. Mais qu’importe, le film fait plus office de démo technique et d’immense défouloir, une sorte de rêve de gamin qui a toujours voulu voir sur grand écran ses jouets préférés se foutre joyeusement sur la gueule. Du coup, on nous balance des machines qui font passer celles de Transformers pour des brindilles, et des monstres de plusieurs milliers de tonnes qui fracassent les demis-portions comme Godzilla en deux temps trois mouvements. Les designs sont malheureusement moins originaux que les productions habituelles de Guillermo del Toro et le principe de lumière qui vient de l’intérieur n’est pas tellement logique, mais bon, ça reste efficace et impressionnant. Le film nous réserve même quelques surprises, se montrant plus pointu sur le scénario qu’on aurait pu supposer. On sent bien que le film ne veut pas tout révéler dès le premier épisode, on parle d’une trilogie même si les résultats ont été tout juste correctes (408 M$), mais on a quelques clefs sur les envahisseurs – un point à approfondir mais déjà très fort – et la synchronisation des esprits est un concept certes pas très neuf, mais bien exploité. D’un autre côté, avec la fin qu’on a, avoir une suite n’est pas évident, un peu à la manière de Transformers 3. Pour ce qui est des affrontements, dantesques, ils sont plus graphiques que physiques : on subit un peu la lenteur des robots et les frottements de l’eau qui alourdissent le tout. Pas de claque donc, mais tout de même un travail excellent avec des modélisations propres et des jeux lumières savoureux, surtout avec les combats de la seconde moitié. Reste maintenant à avoir comment les suites pourront faire mieux (la piste scénaristique mériterait d’être creusée) et surtout quand, le temps séparant deux épisodes d’une même franchise ayant tendance à doubler.

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Les Maîtres du jeu

Les Maîtres du jeu
2004
Damian Nieman

Dans les jeux de cartes, surtout le poker, il y a 5% de talent pour 95% de chance. Tous ceux qui disent « Audaces fortuna juvat » (la chance sourit aux audacieux, en latin) ne sont que des gens de mauvaise fois, ceux là même qui pourrait avoir l’arrogance des « grands joueurs ». Car comme le disait Gapele, « n’est joueur que celui qui s’amuse ». Mais il existe une vraie façon efficace pour gagner : la triche. Vous l’aurez comprit, c’est de Texas hold’em dont il sera question, la forme la plus courante du poker.

Il y a des jours avec et des jours sans aux tables de poker, mais Jennings (Jamie Foxx) fait parti de ceux qui y gagnent, et souvent gros. Et quoi de plus avide qu’un homme riche ? Flairant le gros poisson, Charlie Miller (Gabriel Byrne) va lâcher sur lui son gros appât, Tiffany (Thandie Newton), spécialiste en pigeons amateurs de belles femmes. Pouvant compter sur son as des cartes – Vernon – pour piper la partie, il le dépouillera lui et son arrogance, arrivant jusqu’à le faire croire que tout est de sa faute. Malheureusement, le bougre avait dépasser sa dote personnelle ce soir là, utilisant de l’argent d’un mafieux, forcément mécontent d’être délesté par extension. Pendant ce temps, Vernon se prépare à affronter la plus grande légende du milieu, le Dean (Sylvester Stallone), éternel invaincu.

Alouette, gentille alouette, je te plumerai la tête. Alors on met en place combine A pour piéger monsieur J pour ensuite plumer monsieur D, sauf que monsieur M n’est pas content de J donc il veut se venger de C et V, sauf que C et V ne s’aiment pas et finalement V, D et M sont dans le coup, laissant pour compte J, C, V et D parce que en fait patatras. L’histoire n’est pas tellement fouillis, mais elle use et abuse des rebondissements dans de telles proportions que s’en est un peu exagéré. De même, bien que ça soit sympathique et parfois impressionnants, les tours de cartes du générique de début et lors de la démonstration font redondant à force : il ne faut pas trop tirer sur le fil. Rien de bien gênant dans l’absolu, le film est plutôt bien fait, le casting très solide et on se passionne devant ces coups de bluff, même si on est très loin du niveau de claque d’un Casino Royal ou du niveau de jouissance d’un Las Vegas 21 (pas le même jeu de cartes il est vrai). On a donc vu mieux dans le genre, mais ça reste une bonne production plaisante.

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Le Grand Méchant Loup

Le Grand Méchant Loup
2013
Nicolas Charlet, Bruno Lavaine

Le principe de valeur sûre n’est plus ce qu’il était. Il fut une époque où la simple présence de Kad Merad assurait le million d’entrée d’office, quelque soit la qualité du film. Ici, il s’adjoint aussi les services d’autres grandes stars, mais les résultats furent très très mauvais : à peine 355 686 entrées. Bon, il est vrai que reprendre le conte des trois petits cochons où les cochons seraient des pervers et le loup la femme en général, ça pouvait laisser perplexe…

On suivra trois frères, principalement Philippe (Benoît Poelvoorde) le cadet, mais aussi Louis (Kad Merad), l’aîné fortuné et particulièrement arrogant de par sa réussite et la « perfection » de sa famille, de même que Henri (Fred Testot), le benjamin piégé dans une relation platonique et moribonde avec son épouse policière (Léa Drucker). Pour Philippe, la situation est très confortable entre un boulot bien réglé, deux enfants et une femme aimante (Valérie Donzelli), malheureusement plus croyante que pratiquante. Un quotidien agréable mais lassant, qu’il enverra valdinguer avec une joie immense le jour où il rencontra Natacha (Charlotte Le Bon), une jeune femme aussi insouciante et belle que fougueuse. Ils menaient jusqu’alors leurs vies plus ou moins chacun de son côté, mais l’hospitalisation de leur mère va les rapprocher et les amener à se questionner sur ce qu’ils ont accompli.

Des personnages, pas d’histoire si ce n’est les éternels problèmes de couples : sur le papier le film avait tout de la comédie française fatigante. Mais finalement le film nous convainc assez vite de part un humour plus fin que d’habitude, et surtout de part des situations plus inspirées qu’à l’accoutumé. On sera même surpris avec les changements de perspectives réguliers, redynamisant le tout et approfondissant d’une belle manière certaines scènes. On se laisse pas mal entraîner grâce à la sympathie des personnages et l’intérêt que leurs histoires suscitent. On ne révolutionne rien, on ne se poile pas tellement et l’originalité n’est pas la qualité première du film, mais ça fonctionne, on est surpris par moment, et l’intérêt est suffisant pour attendre le prochain rebondissement avec une pointe de curiosité. C’est presque un miracle !

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Wolverine : le combat de l’immortel

Wolverine : le combat de l’immortel
2013
James Mangold

Cela fait sept ans que la saga principale des X-Men s’est arrêtée, avec depuis un préquel très bien accueilli par la critique et un spin-off sur Wolverine retraçant ses origines, beaucoup moins réussi mais néanmoins très rentable. Second spin-off centré sur ce personnage mythique – même si la première trilogie le plaçait déjà comme personnage principal -, le film se déroulant après L’affrontement Final est aussi censé faire le lien avec le très attendu Days of Futur Past, qui fera à la fois office de quatrième volet et de second préquel, mélangeant passé et futur.

Depuis la guerre qui avait opposé les mutants dans leur rébellion contre des humains jaloux, Logan Wolverine (Hugh Jackman) a du mal à faire son deuil de Jean (Famke Janssen) qui revient le hanter toutes les nuits. Il aire dorénavant sans but, attendant qu’il se passe quelque chose. La civilisation le rappela alors le jour où un vieil ami japonais, qu’il a sauvé lors de l’attaque nucléaire sur Nagasaki, le pria pour le voir une dernière fois avant son trépas. Une simple requête de mourant qui prit une tournure inquiétante quand il lui a proposé de lui prendre son pouvoir de régénération, lui donnant la possibilité de mourir. Un horrible traquenard qui l’opposera à des ninjas et des yakuzas, et il devra se battre pour protéger son immortalité.

Avec un dernier film en date de qualité, on pouvait espérer la saga revenue sur de bons rails, mais Wolverine au pays du soleil levant, ça n’est pas exactement ce qu’on souhaitait voir. De plus, mise à part une petite scène post-générique retrouvant enfin l’histoire arrêtée sept ans plus tôt, le film n’a pas tellement de liens avec les autres, et on pourrait même douter du lien avec les X-Men. À l’exception d’une voyante et d’une empoisonneuse, il n’y a que Logan qui représente les mutants, et encore, il perd tour à tour ses pouvoirs. Heureusement, le film s’est montré moins bête que Resident Evil 4, massacrant la saga en retirant définitivement tous ses pouvoirs à l’héroïne, mais rien de comparable ici. On a donc simplement affaire à notre fauve à griffes luttant contre des nippons avides et faibles. Une banale histoire d’héritage, rien de très réjouissant. Reste alors les scènes d’actions, trop peu nombreuses et pas tellement pêchues. La réalisation est bonne et le héros charismatique, mais l’histoire est faible et le résultat pas tellement plus convaincant que le premier essais en solo. Malheureusement, l’apport de la 3D, des résultats excellent en Asie et un budget modeste en ont fait l’épisode de la saga le plus rentable depuis le second (415 M$ de recettes pour 120 M$ de budget) et un troisième volet solo est déjà en préparation. Pour justifier ce choix en lieu et place d’autres projets potentiellement meilleurs, il vaudrait mieux que le niveau scénaristique soit en nette progression, sans quoi la franchise ne décollera jamais.

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Le Dernier pub avant la fin du monde

Le Dernier pub avant la fin du monde
2013
Edgar Wright

Après les déjantés Shaun of the Dead, Hot Fuzz et Paul, le duo Simon Pegg / Nick Frost nous revient avec une nouvelle production toute aussi barrée. Après les zombies, les fous et un extraterrestre, une nouvelle menace va planer sur eux : la fin du monde. Tout commença dans les années 90, alors que Gary King (Simon Pegg) était à la tête d’un groupe d’amis (qui compte donc dans ses rangs Nick Frost, mais aussi entre autre Martin Freeman) et qu’il entreprit l’ambitieux projet de la voie maltée. Le principe était simple : faire la tournée des douze pubs de la ville en y commandant une pleine peinte dans chaque, un marathon qui prenait fin avec le pub « The World’s End ». Un objectif malheureusement jamais atteint. Vingt ans plus tard, Gary est toujours le même et son rêve est resté intact malgré que ses amis, ayant succombé à la maturité, se soient rangés. Mais l’amitié est plus forte que tout, et son enthousiasme empathique les conduira à nouveau sur des chemins plus dangereux qu’ils ne pouvaient s’imaginer.

Un meneur charismatique, des suiveurs à la personnalité bien tranchée, une idée sympa bien définie, un humour fin et percutant : que du bonheur. Un retour en très grande forme dans un cadre génial avec pour seul objectif l’esprit de franche camaraderie et l’envie de prendre la cuite du siècle : on rêve d’être avec eux. Des acteurs bons, un casting impressionnant (citons Rosamund Pike et Pierce Brosnan) et on est comblé. Du moins ça, c’est au début… En effet, à la moitié du film, l’histoire part en vrille. Un trip dû à l’ingérence de l’alcool ? On aurait préféré, même si ça aurait été trop facile, mais le gros n’avait pas encore bu, et la fin ne reviendra pas en arrière. À partir des événements bouleversants du milieu, le délire tournera au réveil difficile. Si l’humour y est encore pas mal présent, il est moins efficace et souvent de mauvais goût. Beaucoup de redites, de redondances, mais surtout une fin hautement décevante entre une discussion affligeante et une conclusion poussive. Le charme et la folie font mouche, pas de soucis, mais on est vraiment passé à côté de quelque chose d’énorme, et ça fait mal…

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The Iceman

The Iceman
2013
Ariel Vromen

De 1965 à 1986, un tueur à gage appelé le Iceman (homme de glace), en raison de son sang froid et du fait qu’il congelait ses victimes, a sévit aux Etats-Unis pour le compte des mafias. Le film reprend donc cette histoire vraie, la replaçant au tout début de la création du personnage, alors qu’il n’était que Richard Kuklinski (Michael Shannon), un simple vendeur de pornos qui tuait de temps à autre les gêneurs, et qui venait tout juste de commencer à fonder une famille (avec Winona Ryder). Malheureusement, le réseau mafieux dont dépendait son commerce de films X décida de fermer sa branche, et son patron, Roy Demeo (Ray Liotta), se verrait bien réorienter Richard vers son élite de tueurs à gage, son absence d’émotion pouvant se révéler particulièrement intéressante.

On a déjà vu plus reluisant qu’un serial killer à la demande comme programme. Mais il est vrai que la tête de psychopathe de son interprète pouvait donner une bonne envergure au film, surtout que la boucherie devait être au programme puisque le monsieur à tout de même tué plus de 100 personnes. Pourtant, c’est à peine une dizaine de corps qui seront refroidis, mais qu’importe. À l’image de la quatrième saison de Dexter, on cherche à nous montrer comment un pareil monstre peut fonder une famille, même si on se doute que ça va mal finir. Car si on sait qu’il s’agit d’une histoire vraie, c’est que les tenants et les aboutissants sont connus, et ça gâche un peu le suspense, bien que le film n’essaye pas tellement de jouer dans cette cours là. Il s’agira plus d’une mise en abîme très sombre d’un personnage qui ne trouva que momentanément sa place dans la société. C’est assez prenant par moments, mais on ne sera pas pleinement convaincu, la faute à une dynamique pas très optimale et à une fin quelque peu décevante.

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Capitaine Phillips

Capitaine Phillips
2013
Paul Greengrass

Si pour beaucoup la piraterie c’est une aventure épique et incroyable, que ce soit à la sauce Pirates des Caraïbes , One Piece ou même Assassin’s Creed IV, la réalité, contemporaine ou non, est toute autre. Pillages de marchandises, kidnappings et massacres ont toujours été leur fond de commerce, même si aujourd’hui les choses ont tendance à se passer plus en douceur. Néanmoins, de temps à autre, un événement majeur survient, et le film retrace le plus marquant d’entre eux.

L’histoire se déroula entre le 8 et 12 avril 2009, alors qu’un cargo américain, le Maersk Alabama, faisait route vers la Somalie sous le commandement du capitaine Richard Phillips (Tom Hanks). Malgré un chemin maritime tracé sur des eaux internationales, la proximité des côtes somaliennes représentait un danger bien réel vu la prolifération de pirates dans cette zone, et le capitaine se tenait prêt, le bateau étant censé pouvoir résister à une attaque de ce genre, mais rien ne se passe jamais comme prévu. Une lance défectueuse et c’est le drame : quatre pirates montèrent à bord ce jour là. Mais pas question qu’ils mettent la main sur la cargaison ou sur l’équipage, quitte à se mettre en danger, car telle est la mission d’un capitaine.

Une grosse star, un réalisateur qui a fait ses preuves avec la saga Jason Bourne, un sujet qui sentait bon l’ultra patriotisme : sans préjuger totalement des qualités du film, on pouvait difficilement s’enthousiasmer pour ce film commercial. Puis il y a eu la sortie américaine couronnée de succès (une carrière qui dépassera sans nuls doutes les 110 M$), des critiques élogieuses et des bruits de couloirs venant des Oscars où il serait vu comme le nouveau Argo, ce qui n’est pas rien. La comparaison n’est pas dénuée de sens, les deux films reposant à la fois sur une histoire vraie et un gros suspense quant au sort des gens piégés dans cet enfer. Sans arriver à un si haut niveau, il faut bien reconnaître que le film maîtrise son sujet. Une fois passé le choc de la catastrophique réalisation parkinsonienne, on ne peut qu’avoir le souffle coupé par la force de Tom Hanks qui repoussera avec talent et brio la première attaque des pirates, de même que la force d’esprit dont il fera preuve tout au long du film. Les fameux pirates sont eux aussi très bons puisqu’ils remplissent à la perfection leur rôle : sorte de sous espèce d’homme, ils ne sont pas habités par l’intelligence ou l’émotion, ils ne sont que des brutes sanguinaires aliénées. C’est bien simple : Al Qaïda peut se rhabiller. Mais même si la fin est particulièrement haletante, le film possède quelques faiblesses. On dénote quelques baisses de rythme, surtout une fois dans le canot de sauvetage, mais le plus gros problème vient des américains. Non seulement incapables de protéger convenablement un énorme cargo mit à mal par quatre trisomiques (c’est compliqué de leur donner une arme ?), ils ne tiendront compte de l’assaut que deux jours plus tard, déployant un arsenal aussi démesuré que demeuré. Comment ne pas rager de la stupidité des sauveurs qui ratent des occasions de fou ?! Mais ne boudons pas ce bel exemple de suspense frissonnant, d’autant que porté par un immense acteur.

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Before Sunrise

Before Sunrise
1995
Richard Linklater

Plutôt vachement bien accueillie par la critique, la saga Before s’est récemment vue prolongée par une troisième histoire. Trois films et aucun visionnage au compteur, un fait qui aurait pu – et qui aurait dû – en rester là, mais un duo composé d’une frenchy et de Crocs-Blancs, ça attise la curiosité. Un pêcher assurément, d’autant que le courage me manquera pour continuer…

Y’a t-il un scénariste dans l’avion ? Non, très certainement pas. C’est non seulement une insulte au spectateur mais aussi une preuve de la nonchalante fainéantise de ces derniers. Tout prit place dans un train, où, dérangée par deux allemands se disputant, Céline (Julie Delpy) va changer de place, s’asseyant à côté Jesse (Ethan Hawke), un américain voyageant en Europe. Attiré par la beauté de cette petite française sexy, il va l’inviter à manger, faisant connaissance, puis va la convaincre de le suivre à Vienne pour une petite journée de tourisme dans un cadre romantique. Mais cette journée ensemble sera probablement la seule de leur vie.

Pas d’histoire, juste deux jeunes fougueux qui passent un jour ensemble à discuter et à flâner. Du cliché de romance assez affligeant entre l’américain chaud lapin au fort accent, et la parisienne bobo ultra gauchiste, féministe et donc cruchasse. Deux jeunes antipathiques donc, aux conversations aussi plates qu’insipides, surtout elle, qui ne manque pas une occasion de montrer toute l’étendue de son étroitesse d’esprit bien modulée à l’image de la femme dédaigneuse et rageuse, et aux idéaux criminels. Et puis ça claque de l’argent de partout avec une insouciance ahurissante, parlant d’amour avec une bêtise désarmante. Du Roméo et Juliette en mode mielleux et tout aussi improbable et mélodramatique, inutilement s’entend bien. On aimerait y croire au début, mais rien à faire, ça lasse, ça stagne et même la fin ne saura changer la donne. Et que c’est mou, une horreur ! En somme, à moins d’un formatage intellectuel sponsorisé par les médias ou d’un niveau de romance aussi stupide que les histoires de Shakespeare, l’ennui est très très présent. Donc si vous aimez ce film, toutes mes condoléances, votre interprétation est au mieux naïve, mais dans tous les cas une remise en question s’impose.

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Ce qui vous attend si vous attendez un enfant

Ce qui vous attend si vous attendez un enfant
2012
Kirk Jones (II)

Attendu comme le grand outsider de l’été 2012, cette adaptation de la saga de guides pour mamans de Heidi Murkoff a quelque peu déçu avec « seulement » 84 M$ dans le monde, prouvant un phénomène qui inquiète les distributeur : les comédies-romantiques ne font plus vendre, du moins pas aussi bien qu’avant. À moins que le principe du film choral serve une nouvelle fois de cache misère et que pour une fois le public s’en soit rendu compte, fait hautement probable.

Pour ce qui est de l’histoire, il ne s’agit ni plus ni moins que d’un gros fourre-tout où l’heureux – ou non – événement sera décortiqué sous toutes ses formes, avec différents niveaux de complications, de celle qui agonise à celle qui ne sent rien. On verra des naissances « normales », des par césarienne, d’autres de jumeaux, mais aussi malheureusement de fausses couches ou des cas de gens stériles obligés d’avoir recours à l’adoption. Au programme bien sûr, des pères, avec celui inquiet, celui surprit, les irresponsables et les professionnels, de toutes origines et de tous âges. Et derrière cette multitude de profils, un casting des plus riches : Cameron Diaz, Jennifer Lopez, Elizabeth Banks, Anna Kendrick, Chace Crawford, Brooklyn Decker, Dennis Quaid ou encore Chris Rock.

Le film s’en tient à un nombre raisonnable d’histoire annexes, le spectateur ne risque pas de se perdre, surtout avec des acteurs aussi connus. Pour une fois, chacune des histoires se valent, un fait rare : aussi vides les unes que les autres. En fait non, il y a une histoire qui s’en sort pas mal : celle du père qui s’est remarié. Sa femme est la seule à ne pas être complètement hystérique et à vivre une grossesse normale. Il y a même là un certain effet comique dans la comparaison. Mais globalement, le niveau humoristique est faible, souvent plombé par des gags d’une lourdeur infâme ou des discours honteux. Même le coup du « gang des pères » tombe à plat, l’idée étant traitée avec tant de maladresse… Le film n’en est pas carrément mauvais pour autant, deux trois bonnes idées nous faisant tenir jusqu’au moment fatidique des naissances, assez réussi et offrant des conclusions sympathiques. Ça se regarde, mais de là à le conseiller…

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Un nom pour un autre

Un nom pour un autre
2007
Mira Nair

L’Inde n’est pas que l’un des pays les plus pollué et sale au monde, il est aussi celui d’un cinéma en pleine expansion qui nous livre de temps à autre des très grands films comme Slumdog Millionnaire, voir des chefs d’œuvres d’intelligence comme l’extraordinaire My Name is Khan (Rah j’ai jamais vu la dernière demi-heure ! Et si quelqu’un me le trouve en français je l’appelle Dieu pendant deux mois). Vainqueur du prix Pulitzer, l’histoire du roman dont est adapté le film a donc déjà fait ses preuves, mais un ratage à la hauteur de L’Odyssée de Pi n’est jamais à exclure et impose la prudence.

Tout commença dans les années 70, alors que Ashoke Ganguli, prenant le train, rencontra un homme retournant chez lui après avoir longuement voyagé, narrant cette passion qu’il l’anima. Lui qui ne voyageait que dans des livres comme ceux de Nikolaï Gogol, son auteur préféré, il prit conscience cette nuit là que d’autres vies plus réjouissantes l’attendaient par delà L’Inde, et il refit sa vie en Amérique, emportant dans ses bagages la charmante Ashima devenue sa femme. Une vie qu’il dédicacera à son fils, prénommé Gogol (Kal Penn) en raison de son passé.

S’intégrer dans un pays, c’est compliqué, surtout si on essaye de préserver au mieux sa culture originelle. Et quand des enfants naissent dans une culture mais en vivent une autre à la maison, il est difficile de trouver sa place. Par le biais de Gogol, on abordera donc le sujet de l’intégration, même si les parents ont prouvé qu’une symbiose entre les croyances est possible. Ainsi, le film met en opposition la certaine lassitude du style de vie occidentale et les couleurs et la fougue indienne. À l’image de Indian Palace, le choix entre les deux environnements est vite fait, pour peu qu’on ai des goûts simples. La réalisation joue beaucoup dessus, comme entourant de lumière les moments privilégiés de la famille lors de ses excursions au pays. Les acteurs aussi portent haut ces valeurs, arrivant bien à retransmettre cette émotion. Malheureusement, le film n’est pas exempt de défauts. L’histoire est un peu longuette et voulant trop en dire, elle perd en rythme et on aurait préféré se concentrer sur l’histoire des parents, beaucoup plus poétique que les problèmes de leurs progénitures, surtout Gogol qui porte bien son prénom. Le film reste malgré tout touchant et très bien retranscrit.

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