Byzantium


Byzantium
2013
Neil Jordan

Maintenant que la saga Twilight est normalement finie (qui se termine largement mieux qu’elle n’a commencé), on aurait pu se croire libéré du phénomène vampirique, d’autant que malgré des progrès considérables au niveau critiques et box office, la saga Underworld semble s’être éteinte. Mais avec Neil Jordan aux commandes, réalisateur d’Entretien avec un vampire, l’espoir de voir le genre se renouveler un chouia est permis, d’autant que le casting est particulièrement prometteur.

Un simple choix peut avoir des répercutions bien au delà de sa propre vie. En 1805, Clara Webb (Gemma Arterton) n’était qu’une petite fille innocente qui a suivit la mauvaise personne. Qu’aurait été sa vie si elle était restée avec le général Darvell (Sam Riley) ? Sans doutes meilleure que celle imposée par le commandant Ruthven (Jonny Lee Miller), qui fit d’elle une prostituée. Une vie de désolation qui donna naissance à Eleanor (Saoirse Ronan), placée dans un couvant jusqu’à ce qu’elle soit en mesure de s’occuper d’elle. Plus de deux siècles plus tard, la mère et la fille se déplacent de ville en ville, tentant d’échapper à une confrérie dont la force des choses les en a fait faire partie : les vampires immortels. De retour là où tout a commencé, elles vont trouver une âme charitable leur offrant refuge dans un ancien hôtel délabré : Byzantium.

Le film ne se laisse pas appréhender facilement : tout le début est assez flou, que ce soit sur la relation entre les deux femmes ou sur leur nature exacte. Le mot « vampire » ne sera évoqué que tardivement et à aucun moment Eleanor n’appellera Clara « maman ». De même, les conditions quant à la transformation font parti de ces événements distillés au compte goutte par le biais de flash-back qui ponctuent l’histoire. Un choix narratif classique qui est très bien amené et dont la cohérence est solide. On ne s’éloignera jamais vraiment des sentiers battus mais l’histoire est bonne et sa mise en scène est à la fois personnelle et soignée, reposant sur une image surréaliste aux couleurs ternies. L’ambiance sombre est parfaitement maîtrisée et le rythme est passif mais pas mou non plus. De même, sans faire preuve d’un talent spécial, les actrices s’en sortent avec honneur. Ainsi, sans nous transcender, le film fait montre d’un grand professionnalisme délectable et son histoire intéresse beaucoup, bien que l’absence de prise de risques sur les mythes vampiriques soit dommageable.

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American Nightmare

American Nightmare
2013
James DeMonaco

Gros succès aux États-Unis où la campagne publicitaire largement saluée a permis au film d’effectuer un démarrage énorme (34 M$ en trois jours et 64 M$ au final pour un total mondial de 87 M$), le film part d’un postulat intelligent, imaginatif et prometteur. Dans un monde où le pauvreté ne cesse de gagner du terrain et où les politiciens communistes crachent leur venin sur les nantis, montant le peuple les uns contre les autres, l’urgence est de mise. Aux grands maux les grands remèdes : pour évacuer cette colère latente, endiguer le crime et se débarrasser des pauvres, un événement majeur a été mit en place. Chaque 21 mars, la « purge » est déclarée, période de 12 heures durant laquelle la loi n’est plus, autorisant le meurtre, le viol et la destruction.

Film d’anticipation, cette vision d’un futur proche à la morale douteuse mais au résultat certain a déjà expérimenté quelques « purges », et nous voici en 2022, alors que James Sandin (Ethan Hawke) capitalise comme un bon américain sur la peur des riches, capables de se protéger convenablement contre cette menace avec le système de sécurité adéquat. Une vie florissante et gratifiante où les affres de la violence passent bien loin de chez eux. Mais pour la purge annuelle, les choses vont mal tourner. Entre un petit ami de sa fille qui tenta de le tuer et un fils qui ouvra la porte pour laisser entrer un manant pourchassé, le tableau de la belle famille idéale va voler en éclats. En effet, l’invité est une cible dont un groupe de nantis vengeurs ne souhaite pas se passer, et à moins de récupérer leur gibier, ils vont abattre les murs de la maison et ils ne se contenteront pas d’une seule personne.

Le principe de la purge, non sans rappeler ceux des jeux de Battle RoyaleHunger Games, est une vraie bonne idée répondant avec pertinence à des problèmes existants. Bien sûr, sa mise en place est hautement improbable, mais admettons. Dans cette optique, il est évident que les protections / armements seront proportionnels aux ressources, donc la logique est respectée. En plus, on a le plaisir de retrouver un acteur de qualité à sa tête, augmentant d’autant plus l’intérêt du film. Mais il ne tiendra pas ses promesses, la faute à des comportements d’un niveau de bêtise alarmant. Le film commencera à partir en vrille avec cet espèce de petit con d’échevelé qu’est le fils de la famille, accordant plus d’importance à la vie d’un clochard qui lui est inconnu qu’à la sienne ou à celle de sa famille. Et malheureusement, justice ne sera pas rendue : ce trisomique criminel n’aura pas ce qu’il mérite. Mais au delà de ça, beaucoup d’incohérences sont à déplorer. Comment est-ce possible que des gens participant à la purge restent patiemment pendant des heures à attendre avant de forcer l’entrée d’une maison, alors même qu’elle ne dure que 12 heures par an ? De même, la purge semble se résumer à des meurtres. Il y avait pourtant bien d’autres pistes à exploiter, comme les viols collectifs et autres festivités. Et en plus, la peur n’est vraiment pas communicative, prouvant d’autant plus le manque de travail dont fait preuve le film. Pas franchement mauvais – l’ambiance est pesante et le sujet a de bonnes bases -, le film n’en reste pas moins un brouillon inachevé.

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L’Eveil


L’Eveil
1991
Penny Marshall

Dans les années 20, une terrible épidémie d’encéphalite sévit, laissant les médecins impuissants face à un mal aux répercutions irrémédiables et catastrophiques : elle provoque chez le patient une paralysie progressive mais fatalement totale, les réduisant petit à petit à l’état de légumes. Ne pouvant rien pour eux, leurs corps inertes furent entassés dans des hôpitaux, attendant le jour du trépas. Histoire véridique sur une maladie encore méconnue, le film nous en conte le fait le plus marquant.

Durant l’été 69, un hôpital spécialisé dans les cas d’encéphalites mit à sa tête un docteur complètement inexpérimenté en soins, ayant passé sa vie à faire de la recherche : le docteur Malcolm Sayer (Robin Williams). Intrigué par ces zombies catatoniques, il fit comme nombre de ses collègues avant lui la découverte du reste de réflexe des malades. Mais si cela n’était pas un réflexe mais une transmission de volonté, empruntant celui de l’objet tombant ? Une réflexion en amenant une autre, les progrès furent considérables : en les stimulant avec de la musique ou en attisant leurs réflexes, des prouesses telles que manger ou faire des passes avec une balle furent possibles. Mais sa plus grande avancée fit suite à un exposé sur la dopamine dans le cas de malades atteints de Parkinson : et si le corps n’était pas inerte mais au contraire en mouvement si rapide qu’il soit confondant avec l’immobilité ? Ses essais avec Leonard (Robert De Niro) seront spectaculaires.

Deux des plus grandes stars de l’histoire face à face, tout deux au sommet de leur art pour une histoire magnifique, émouvante et d’importance historique qui plus est. Le film nous montre comment la volonté et la force d’un seul homme peuvent faire la différence. La confrontation médecin / patient est souvent l’occasion de relations attendrissantes, mais rarement un tel niveau aura été atteint. Si Robin Williams est excellent, il faut bien avouer que la véritable performance du film est à mettre au crédit de Robert De Niro, tellement bluffant qu’il viendra plus d’une fois titiller nos glandes lacrymales. Tout dans ce film est passionnant entre l’étude brillante des patients, non sans rappeler le génie de Dr House, l’éveil des patients (comme le titre l’annonce), la joie et les pleurs d’une vie à la fois retrouvée et perdue, et les moments de grâce comme les moments de doutes. Tous les retissants à l’acharnement thérapeutique en ont pour leur compte, et c’est une véritable leçon de vie à laquelle on assiste. Mais la vie est souvent pleine de désillusions et d’amertume, et l’adage est malheureusement vérifié ici : la tristesse est de mise. L’histoire dont s’inspire le film n’a pas d’autre fin que celle dépeinte et telle est la réalité. Donc le film n’est pas un chef d’œuvre, d’autant qu’il n’est pas exempt de temps morts, mais il faut saluer la force du récit et l’interprétation magistrale des acteurs.

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Dexter

Dexter
2006-2013
James Manos Jr.

Attention, cet article contient des révélations importantes sur la série, et s’adresse principalement aux fans souhaitant se la commémorer ou confronter leurs point de vu.

C’est le 1° octobre 2006 que Showtime a lancé avec fracas la série Dexter, adaptation d’une série de romans  de Jeff Lindsay (du moins pour la première saison, le reste ne reprenant que les personnages), devenue aujourd’hui un véritable phénomène avec à la clef des records d’audiences pour la chaîne. On y découvrait pour la première fois le brillant Michael C. Hall dans le rôle de Dexter, qui dès la première scène venait nous expliquer en quoi tuer un professeur de chant était une bonne chose si à côté il est un dangereux pédophile avec sa fameuse phrase d’accroche par laquelle démarre presque toutes les saisons : « tonight is the night » (comprendre « ce soir c’est le grand soir », celui d’une exécution). Et paf, notre meurtrier en herbe est lancé, choquant, divisant avec son apologie du mal, justifiant une vie de serial killer. Un principe pourtant pas si étranger, le récent Wanted en reprenant les codes d’honneur, de même que le manga Death Note. Et après huit grandes années clairsemées de quelques déceptions, il est temps de faire le point sur cette aventure qui a de toute façon marqué les esprits, même si sa fin restera à tout jamais dans les annales des plus gros massacres impardonnables de l’histoire.

Dès la saison 1, on retrouvera des bases qui resteront immuables, la plupart des acteurs restant de bout en bout de la série, restant dans le même corps de métier, et les lieux ne varieront que très peu. Ainsi, dans ce qui deviendra de plus en plus au fil des ans la belle famille de la police de Miami, on y suit Dexter Morgan (Michael C. Hall), un légiste aux pulsions particulières. Soumit depuis sa plus tendre enfance à « A Dark Passenger » (un hôte funeste), une envie de tuer régit sa vie. Mais son père adoptif, Harry (James Remar), lui à apprit à canaliser cette fureur pour en faire « quelque chose de bien » : tuer des gens qui le méritent. Ainsi, celui qui sera plus tard surnommé « le boucher de Miami / Bay Harbor Butcher », débarrasse la ville des meurtriers, violeurs et autres dangereux criminels dont il est avéré qu’ils ont tué et qu’ils recommenceront. C’est ce qu’il appelle son code de conduite, dont la règle numéro une est de ne pas se faire attraper. Alors dirigé par la lieutenant LaGuerta (Lauren Velez), la police de Miami aura fort à faire cette saison : elle est sur les traces du « Ice track killer » (le tueur au camion frigorifique), le meurtrier qui laisse derrière lui des corps vidés de leur sang et découpés en morceaux. Déjà présents dans les forces de l’ordre, on retrouvera les éternels Masuka (C.S. Lee), l’expert scientifique qui épaule Dexter, et le sergent Batista (David Zayas), mais aussi la sœur adoptive de Dexter, Debra (Jennifer Carpenter), celle qui dit « fuck » tous les deux mots (le deuxième étant généralement « shit ») et qui espère passer des mœurs aux homicides, et aussi le suspicieux sergent Doakes (Erik King). Tout ce petit monde présent dès le tout premier épisode, de même que celle qui apportera une formidable romance au cours des quatre premières saisons : Rita (Julie Benz), « petite amie » de Dexter.

Ce premier contact – avec le recul – est tout de même déjà bien représentatif de l’esprit global de la série. Et même si Dexter est jeune et commet certaines erreurs grossières (et pourtant, son premier assassinat avec l’infirmière de son père datait d’au moins quinze ans), son emprunte n’aura finalement pas beaucoup évoluée : enquête minutieuse pour avoir la certitude de la culpabilité de la cible, préparation de la chambre (recouverte de plastique), dernière confrontation avec ses méfaits (photos des victimes), prélèvement sanguin, plantage de couteau en plein thorax puis dépôt du cadavre en mer. Masuka fait ses blagues sexuelles, Angel joue les grands frères, Debra jure comme pas deux, et Dexter se pose déjà ses interminables questions existentielles. Et avec les prémices de l’enquête sur le « ice track killer » (révélé sous les traits de Christian Camargo lors de l’épisode 8, bien que déjà suspect avant ça) et les messages personnels envoyés à Dexter, on prend d’emblée l’habitude des mensonges de notre tueur-légiste, ayant continuellement une longueur d’avance sur l’équipe mais qui joue encore son rôle, son travail devenant par la suite de plus en plus secret, bien que clairement la pression de Doakes se fait sentir, surtout lors des derniers épisodes. – Au passage par rapport à l’épisode 3 où des morceaux du concierge sont retrouvés, mais quelle salope cette LaGuerta d’appeler la mère pour lui dire qu’il est encore en vie alors qu’au mieux il ne restera qu’un tronc ! – Bref, dès le début on retrouvera une part importante du charme de la série, et malgré le cadre classique de la famille policière et de ses enquêtes, la singularité du héros et sa vision des choses donne une dimension unique et révolutionnaire à l’ensemble. Une très bonne première saison donc, avec un tueur « pratique » qui permet d’éclaircir rapidement le personnage de Dexter et d’en faire un symbole de complexité.

Saison 1 :

Pour la seconde saison, l’intrigue se forme autour d’un terrible étau qui se ressert sur Dexter : l’endroit où gisait les cadavres de ses victimes a été hasardeusement découvert, glaçant d’effroi le monde de la macabre découverte du « Bay Harbor Butcher ». Une saison marquée par la vigilance renforcée de Doakes, plus suspicieux que jamais envers Dexter, qui doit en plus de ça faire avec les doutes de Rita, qui de son côté a percé la machination de Dexter sur l’incrimination de Paul, son ex-mari désormais mort en prison. Par une pirouette il gardera ses faveurs en jouant les drogués repentant, l’amenant aux réunions anonymes et marquant sa rencontre avec Lila (Jaime Murray). Une relation ambiguë qui lui montrera que sa nature peut être acceptée, voir combattue. Une réminiscence à double tranchant : sa relation avec Lila va évoluer (épisode 6) et faire s’éteindre celle qu’il entretenait avec Rita – un mal pour un bien : sa relation avec elle nous étant imposée depuis les prémices, l’occasion nous est donnée de la remettre en cause -. Côté relations, Debra la traumatisée va peu à peu se lier avec l’agent spécial Lundy (Keith Carradine), l’homme en charge de la traque du boucher. Une traque qui devient très dangereuse au fil des épisodes, et on sent un réel danger, alors même que le sevrage est en cours et qu’il apprend à vivre indépendamment de son « dark passenger ». Une excellente saison dans la continuité de la précédente, l’histoire reprenant la traque de Doakes, dont le tournant sera l’épisode 8 avec la découverte des plaquettes de sang dans l’appartement de Dexter. Les deux nouveaux venus que sont Lila et Lundy sont intéressant, bien qu’éphémères, et entre la remise en question de Dexter et l’enquête sur le Boucher, on se retrouve vraiment captivé. Mieux encore, les derniers épisodes sont haletants et ingénieux, permettant aussi de se débarrasser de deux personnages qui devenaient encombrant. Bref, la voix est trouvée.

Saison 2 :

Déjà abordé en saison passée, l’acceptation de sa nature par Dexter va prendre une toute autre dimension avec l’arrivée de Miguel Prado (Jimmy Smits), un procureur en mal de justice qui basculera du côté obscur après la mort de son jeune frère, tué par Dexter mais par la faute d’un dealer : Freebo, du coup accusé du meurtre. Cible ayant échappée à Dexter, il constitue une grande menace pour lui, d’autant qu’il connaît son visage. Sa grande motivation pour le retrouver sera percée par Miguel, croyant voir là une personne dévouée et de confiance. Une amitié va alors débuter, gênant Dexter dans sa recherche, déjà brouillée par l’idée de devenir père, Rita étant tombée enceinte. De son côté, Debra est tiraillée entre ses enquêtes, son désir de promotion et la demande d’espionnage des Stup, désireuse de demasquer le nouveau policier de Miami qu’elle soupçonne d’être ripoux : Josef ‘Joey’ Quinn (Desmond Harrington). Prit au dépourvu en plein rituel avec Freebo (épisode 2), Dexter va réussir à jouer les improvisateurs avec Miguel, ouvrant la porte à une équipe de justiciers.
Le mystérieux serial killer de cette saison sera surnommé « l’écorcheur », laissant derrière lui des cadavres en partie dépecés. Mais pour Dexter la priorité n’est pas là : avec un bébé et un mariage avec Rita en route, la perspective d’une nouvelle vie le terrifie (l’épisode 5 sera l’occasion de démarrer cette schizophrénie hallucinatoire faisant apparaître son père comme conseiller, fait récurrent dans la série). À noter un élément particulièrement intéressant lors de l’épisode 7, où Debra dit à Dexter que si jamais elle se retrouvait à souffrir à l’hôpital, elle le supplierait de la débrancher, faisant écho à la fin de la série, mais dont je reviendrais lors de la saison 8. La saison prendra un tournant avec le huitième épisode, marquant le premier meurtre rituel de Miguel, tandis que l’enquête sur l’écorcheur prend forme, mais sans créer de véritable intérêt autour : les nouveaux personnages de cette saison, y compris Miguel, n’ont pas un très grand intérêt, et le tout ronronne gentiment. Au final, pas de véritable grand méchant cette saison, pas de nouveau personnage remarquable et pas d’évolution tonitruante. Un certain manque d’enjeux qui donne un coup de mou à la série stagnante, sans pour autant perdre ses qualités premières. En gros ce qu’on retiendra de cette troisième saison c’est le mariage, le bébé à venir, et la tentative ratée de complicité meurtrière.

Saison 3 :

Après une saison sans véritable méchant, on commence ici directement avec celui autour de qui la saison tournera : The Trinity Killer (John Lithgow – d’ailleurs récompensé par un Golden Globe et un Emmy Award pour son rôle). Point d’attente non plus en ce qui concerne le bébé, Harrison, déjà présent dès le premier épisode. Ainsi, la scène de la maternité de la saison 8 se déroule entre les saisons 3 et 4. De même, on découvre la fraîche relation entre Batista et LaGuerta d’emblée, alors que ce dernier nous avait quitté en compagnie de Barbara. Trinity restera pour beaucoup l’assassin le plus emblématique de la série, et même au bout d’un seul épisode, le mystère fascine : un homme qui se baigne nu avec ses victimes (de jeunes filles, elles aussi nues), leur tranche la cuisse puis se délecte de ce bain de sang, savourant la vision de leur dernier soupir. Les tuant par cycle, il œuvre depuis trente ans, une longévité qui force le respect.
Pour l’occasion, le chasseur de serial killer Lundy va revenir à la charge, rappelant ses sentiments à Debra. Et quand pour son deuxième meurtre Trinity oblige une mère à se suicider en sautant du haut d’un immeuble (épisode 3), le mystère s’épaissi et l’attrait s’en retrouve plus grand encore. Pour clore son rituel, il tue ensuite un homme en le battant avec un marteau (épisode 5). Tout cela pour reproduire le schéma de la mort de ses proches avec chronologiquement sa sœur, sa mère puis son père. Mais alors qu’on le croyait solitaire, on apprendra lors de l’épisode 5 que le bougre a une belle famille rien qu’à lui avec une femme et deux enfants. Pour Dexter qui doit lui aussi gérer famille, travail et son monstre intérieur, voir quelqu’un s’en sortir aussi bien intrigue, fascine. Mais lors de l’épisode 8, Dexter va commencer à faire n’importe quoi : au lieu de se débarrasser de Trinity, monstre avéré n’ayant rien à lui apprendre, il va continuer à le côtoyer dangereusement. Une longue descente aux enfers pour Dexter qui se fera non seulement mal voir au boulot en sabotant son travail et celui de l’équipe, en plus de continuellement s’absenter, mais il va en plus délaisser complètement sa famille, ignorant ses enfants et amenant Rita à avoir envie de le tromper. Tout ça pour s’exposer chaque jour un peu plus auprès de Trinity, ce qui causera sa perte.
Tueur maladroit, père exécrable, mari indigne, collègue asocial (Quinn est même devenu un ennemi) : notre héros tombe en disgrâce, un sentiment un peu énervant par moments. Un enchevêtrement de bêtises et maladresses qui aboutiront à un cauchemardesque « hello, Dexter Morgan » (épisode 11), promesse d’un destin funeste clôturant ce qui aura été une saison particulièrement stressante et poignante, pleine de rebondissements, d’enjeux, de suspense, et mettant surtout en avant un monstre à l’état brut, se posant comme une référence du genre. Malheureusement, aussi brillante soit-elle, cette saison connaîtra une fin des plus exécrables : la mort de Rita, emportée par Trinity. Et c’est ainsi que Dexter perdra pour toujours les notions de famille et paternité…

Saison 4 :

La cinquième saison démarre donc sous le signe du deuil, déplorant la mort de Rita. L’annonce de sa mort à ses enfants est magnifique : Dexter, revêtant un chapeau de Mickey, annonce de but en blanc la nouvelle, la ponctuant d’un magnifique « sorry for your lost » (désolé pour votre perte), comme si cela les concernait plus que lui. Incapable de ressentir le moindre chagrin quant à la mort de sa femme, il n’arrivera pas non plus à réconforter Astor et Cody, incapables de voir en lui un père, et partiront habiter avec leurs grands parents (épisode 2), laissant Dexter seul avec Harrison, et Debra tentant de récupérer les morceaux, puisant quant à elle sa force de sa nouvelle relation avec Quinn, tandis que les nouveaux mariés Angel et Maria battent déjà de l’aile, leurs caractères autoritaires entrant en contradiction.
Pour se changer les idées, Dexter voulait partir en quête d’un meurtrier : Boyd, un ramasseur de cadavres d’animaux, déchargeant à l’occasion des d’humains. Mais la reprise est difficile (le double ko de l’épisode 3 est particulièrement drôle, mais pas autant que le coup du container dans l’épisode 6 avec la démonstration jubilatoire de Masuka), et les erreurs se multiplient, allant jusqu’à échouer pour la première fois à respecter la première règle du code : ne pas se faire attraper. Accomplissant pour la première fois depuis la mort de Rita son rituel, il découvrira ce qui devait être la prochaine victime de Boyd : Lumen (Julia Stiles). Laissée agonisante dans une pièce close, elle y a subit durant deux semaines sévices corporels et tortures mentales. Etant innocente, Dexter ne pouvait pas la laisser mourir, et son histoire mérite qu’il s’y attarde : Boyd n’était pas le seul à lui rendre des visites désagréables.
Faisant maladroitement solo chacun de son côté, Dexter va finalement comprendre que Lumen a besoin de les voir tous morts pour refaire sa vie, et voir à l’œuvre son hôte funeste ne lui fait pas peur. Esquissé dans la saison 3, Dexter va ici enfin pouvoir partager son fardeau avec elle et reprendre goût à la vie (épisode 8). Mais dans cette grande vendetta, cette saison nous apportera un très beau neuvième épisode où Dexter va ouvrir sa carapace comme jamais et montrer qu’il a en lui la fibre paternelle, nous rappelant au doux souvenir d’Astor, excellent personnage qui nous quittera malheureusement à la fin de la saison et pour ne revenir que subrepticement lors d’un épisode de la septième saison. Et mieux encore, l’épisode se fini par un magnifique coup de pute de Jordan Chase (Jonny Lee Miller), le monstre à la tête du groupe de torture. Pas aussi charismatique et mémorable que Trinity, il reste néanmoins très bon, et la kill list qui l’entoure lui et ses amis est particulièrement intéressante, d’autant que Lumen aura été l’un des personnages les plus remarquable de la série. Dommage que cette noirceur qui réclamait vengeance l’a quitté, lui faisant perdre sa connexion avec Dexter et l’obligeant à partir. Quelle belle fin de série cela aurait été si, main dans la main, les deux amants maudits s’étaient jurer justiciers à vie, perpétrant tous deux le code. Mais non. La saison, sans doutes la plus aboutie, n’aura finalement servit qu’à dire que la vie continue.

Saison 5 :

À l’image du spectateur qui découvrait la nouvelle saison quelques mois après la fin de la dernière, l’action se déroulait aussi quelques mois après les derniers événements. Mais pour cette sixième saison, on subit un saut narratif d’une année complète. Harrison s’apprête à entrer en maternelle – mais on s’en fout -, Quinn et Debra sont toujours ensemble – mais on s’en fout -, et LaGuerta a laissé tomber son mariage pour devenir Capitaine – vivement qu’elle crève celle là ! -. Quant à Dexter, il est resté le même, prisonnier de son appartement et de ses rituels meurtriers. Le départ de Lumen semble avoir brisé quelque chose en nous, et on part d’emblée avec un fort à priori.
Et en effet, le postulat de la trame principale de cette saison est la religion, les « deux » associés du crime perpétrant des meurtres mis en scène comme dans la bible pour annoncer l’apocalypse. Des bondieuseries qui laissent perplexe au début, et même quelque chose d’aussi énorme que Debra qui passe directe de détective à inspecteur (sans passer par sergent, et au nez et à la barbe de Batista) est accueilli de façon mitigée, son personnage étant devenu aussi inutile que Quinn, incapable de jouer autre chose que la colère. Mais bon, le goût prononcé pour la mise en scène des tableaux et les mystérieux nombres laissés dans les cadavres nous redonnent ce petit frisson de suspense, suffisamment pour passer outre la perte de vitesse. D’ailleurs, à la manière d’un Sixième Sens, un soin particulièrement méticuleux a été apporté au mentor de celui que la police va appeler Doomsday, faisant écho au mentor de Dexter, Harry. Les meilleurs mentors sont ils des projections schizophrènes ? Il faut croire que oui, et un œil aguerri le démasquera assez vite (possiblement dès l’épisode 4, alors que la révélation se fait lors du 9°).
On découvrira ensuite (épisode 6) que les tueries ne sont pas une mise en garde contre la fin du monde, mais l’accomplissement de l’Enesserette, rituel provoquant l’apocalypse (au sens cataclysmique, et non littéraire). Mais la véritable découverte est à mettre au crédit de l’épisode 7, la perle de la saison qui fait écho au neuvième de la saison précédente. Avec la mort gratuite du frère Sam, Dexter est persuadé ne plus avoir de lumière en lui, et le temps d’un épisode sa conscience changera d’apparence : le père deviendra le frère. Au revoir Harry, toi qui tentait de contenir le monstre, et bonjour Bryan, le Ice Track Killer et frère de Dexter. Un épisode placé sous le signe de Trinity : il semblerait que son fils Jonah est reproduit le même schéma que lui en tuant sa mère et sa sœur, l’occasion d’un road trip assez inoubliable.
Une petite interlude, puis on repart sur les traces de Travis Marshall (Colins Hanks, fils de Tom), véritable et unique responsable des meurtres censés provoquer l’Apocalypse. Le pauvre Gellar, accusé de tous les maux et utilisé comme bouclier par Travis, croupissait en fait depuis le début dans un congélateur, tel un bébé mal tombé. Cette découverte met aussi en avant une tare de Dexter particulièrement prononcée dans cette saison : l’absence de remise en question de ses jugements premiers. Une mentalité très fermée un peu saoulante à force… Et paf, l’épisode 10 nous balance une belle incohérence : Dexter fait référence à Deb de l’assassinat de sa mère, alors qu’il est censé lui avoir fait croire qu’il ne s’en rappelle pas pour faire croire qu’il n’a jamais été au courant pour sa relation avec son père adoptif, une chose déjà limite du fait qu’il soit à l’origine de cette enquête.
Mais le plus important et irrémédiable dans cette saison est la conclusion de cet arc biblique, alors que Dexter mit fin aux jours de Travis : Debra assista à la scène, l’amenant définitivement dans la confidence. Et c’est très fort, car si cette saison fut la plus mauvaise entre le manque d’évolution des personnages et un vide relationnel incroyable (aucune histoire d’amour), et qu’en plus l’enquête sur les témoins de Dieu mit un sacré temps à se lancer correctement (il faudra attendre l’épisode 9 pour que Travis devienne un véritable icône maléfique), ce twist nous donne méchamment envie de poursuivre l’aventure, pour voir si une personne peut être dans le secret de Dexter et rester avec lui malgré ce poids. Nouveau coup de mou pour la série, mais la formule marche encore très bien et l’envie persiste : une belle longévité qui perdure !

Saison 6 :

Oh mon dieu mais elle le sait maintenant ?! Mais que va t-il se passer, c’est énorme, le suspense est insoutenable ! Alors forcément, Dexter joue à nouveau la carte de « ah non, c’est la première fois que ça m’arrive, j’ai craqué ». Il l’a déjà fait avec Miguel et Lumen, donc on repassera sur l’originalité. Mais dès le premier épisode, son secret est percé par Debra qui découvre la sombre vérité : il est le Bay Harbor Butcher. On aurait pu se passer de ce rebondissement tonitruant, mais il est vrai qu’on se demande depuis longtemps comment elle pourrait réagir. Dénie, furie, dépression ? Un peu de tout, mais avec une bonne dose de Fuck, Shit et autre Jesus Christ. Plus encore, Dexter devra aussi faire face à Louis, le stagiaire de Masuka, lui aussi sur sa piste et qui a mit la main sur le bras du Ice Trick Killer, prêt à lui faire du chantage. On nous mettra aussi d’emblée sur la piste des trafiquants ukrainiens et leur marché de la prostitution.
Une intrigue qui s’installe donc rapidement, puisque avec le second épisode, ce qui sera l’histoire la plus importante de la saison prendra place. Deb tentant une méthode de sevrage avec surveillance rapprochée pour que Dexter ne tue personne, on assistera à des moments de manque de la part sa part, s’imaginant massacrer tout le monde comme si c’était la seule chose importante et advienne que pourra (épisode 3). Un moment particulièrement drôle et imaginatif. Puis finalement, elle se rendra compte que la passion de son frère est « un mal nécessaire », tolérant ses agissements. Un épisode qui nous offrira les prémisses de ce qui faisait tellement défaut à Dexter : l’amour. Sa rencontre avec Hannah McKay (Yvonne Strahovski, alias Miranda Lawson dans la saga SF Mass Effect et accessoirement l’une des plus belles femmes au monde) est magnifique, pleine de poésie, de tendresse et de maladresse. Une romance qui s’installera à la fin de l’épisode 6, apportant quelque chose de déjà plus solide que Joey Quinn et sa strip-teaseuse, la Nadia qui travaille au club appartenant à Isaak Sirko, le chef de la mafia ukrainienne. Cette relation permettra au gang des Koshka de tenir Quinn, obligé de coopérer avec eux et faire relaxer Isaak pour protéger Nadia. Mais les choses vont se gâter pour Dexter : Debra va se lancer dans une vendetta contre Hannah, sa nouvelle copine, LaGuerta va recentrer son enquête sur le Bay Harbor Butcher sur lui et avec la libération de Isaak, le moindre faux pas pourrait lui être fatal.
L’épisode 8 nous rappellera au bon souvenir de la paternité, car oui, Dexter a un fils et même deux beaux-enfants de son mariage avec Rita. Si déjà Harrison voit son père une demi-heure par jour gros maximum, il sera envoyé en pension chez des grands-parents avec qui il n’a aucun lien de sang (les parents de Paul, le père des enfants de Rita) pour finalement refaire coucou avec ses demi frères et sœur Astor et Cody, revenant pour leur seule participation des trois dernières saisons, mais en mode simple figurant. C’est moche… Mais pas autant que la découverte de l’homosexualité de Isaak Sirko, transformant le gros mafieux terrifiant en vieille tantouze sentimentale. Une histoire qui contrairement aux autres saisons ne durera pas jusqu’au bout : cet arc narratif prenant fin avec l’épisode 9, ou du moins la partie avec Isaak, Quinn sortant toujours avec Nadia, le réseau mafieux ukrainien n’en a pas fini. Mais bon, perdre le principal fil conducteur de la série avant la fin, ça la fout mal, et difficile de rebondir sur le pyromane, une belle déception pliée vitesse grand V.
De même, l’éternelle rengaine du « Dark passenger » est rébarbative, quoiqu’une évolution est possible ; Debra qui continue à s’acharner sur Hannah, ça saoule ; et au final la relation Dexter / Hannah s’en tient à une simple attirance mutuelle pas si intéressante. D’ailleurs, avec la traque de Debra contre elle et les risques de terminer en prison s’aggravant de jour en jour, Hannah décida de la tuer, s’attirant les foudres de Dexter qui n’hésita pas à la faire tomber pour le meurtre de Sal Price, celui qui écrivait un livre sur ses meurtres. La situation devient donc critique entre Hannah emprisonnée et Dexter poussé à bout par LaGuerta, qui n’hésita pas à l’arrêter sur des preuves falsifiées par lui, se couvrant ainsi de ridicule mais la confortant dans sa théorie sur le boucher de Miami. Tout une succession de dérapages qui aboutira à l’évasion de Hannah et au meurtre de LaGuerta dans une fin des plus stupides, activant notre cervelle de lézard qui détecte une alerte cruchasse. Alors que Dexter avait tout prévu, Deb s’est encore une fois mêlée de ce qui ne la regarde pas et a fait foiré le plan, la tuant avec son arme de service, faussant la trajectoire, et laissant au passage de nombreuses empruntes sur son chemisier.
Le bilan de cette saison est donc terrible puisque Debra a réagit comme une conne de bout en bout, la romance avec Hannah fut tout juste effleurée et la rupture de Dexter est stupide, LaGuerta a eu ce qu’elle méritait et il n’y aura eu au final qu’un petit méchant de faible envergure et pas très intéressant. Avec en plus le côté paternité qui devient ridicule de par son manque d’investissement, la saison marque des signes de faiblesses inquiétants, et heureusement que la saison 8 fut la dernière, car même si la formule reste bonne, la série commence sérieusement à s’embourber.

Saison 7 :

La saison 8 commence dans un flou total et la situation est déjà chaotique. Tout commence six mois plus tard et on ne sait pas comment s’est terminée l’affaire LaGuerta puisque sa mort est connue mais Debra n’est pas en prison. Comment Dexter a t-il sauver sa scène de crime fictive ? Un mystère. Tout juste sait-on que ce meurtre a tellement pesé sur elle qu’elle a quitté la police pour devenir chasseur de prime dans une police privée et qu’elle a coupé les ponts avec tout le monde. Une mort qui a aussi affecté Batista, qui est du coup est revenu dans les forces de l’ordre avec une promotion (lieutenant), reportant son projet de restaurant à temps plein. Le député chef Matthews est lui aussi de retour, suffisamment d’eau ayant dû couler sous les ponts depuis son affaire de la prostituée.
On reprend ensuite directement les bonnes habitudes, à savoir introduire directement celui (tient c’est vrai, il n’y a jamais eu de monstre au féminin, Lila ne pouvant clairement pas y prétendre) qui sera le grand méchant de la saison : le Lobotomie-Man (il n’a pas de nom officiel, il sera seulement appelé quelques fois le « Neurochirurgien »). Pour aider l’équipe dans cette enquête, le docteur en psychologie Evelyn Vogel (Charlotte Rampling) se portera volontaire. Un personnage intriguant qui dévoile dès les prémices son appartenance au passé de Dexter, savant exactement qui il est et que son code du « meurtre moral » lui vient de Harry. La raison est simple : c’est elle qui avait orienté Harry vers ce code et qui l’avait aidé à le canaliser.
Sa vraie rencontre avec lui sera indispensable car le nouveau serial killer en a après elle – sans doute un ancien patient – et l’aide de Dexter pourrait lui sauver la vie. Mais comment pourrait-il la protéger quand les morts s’accumulent autour de lui et que sa propre sœur le déteste et adopte un comportement autodestructeur ? Incapable de quoi que ce soit et son cas atteignant une gravité telle qu’elle songe à confesser le meurtre de LaGuerta, Dexter se tournera vers Vogel, misant tout sur ses talents de psychologue. Un essai brillant puisque Debra va arriver à la conclusion que si son père s’est suicidé parce qu’il croyait avoir créé un monstre, elle devrait en faire de même, mais pas sans l’entraîner avec elle dans la mort. Ainsi, dans l’épisode 4, elle précipitera la voiture dans une étendue d’eau, espérant envoyer deux âmes perdues aux enfers. Comme quoi il faut avoir touché le fond pour remonter : cet incident la ramènera sur le droit chemin, prêtant même main forte à Dexter lorsque Vogel sera enlevée, nous faisant croire à la fin du Neurochirurgien. Que reste t-il alors ? Une promotion de sergent à décerner, un fils de riche potentiellement meurtrier ? L’espoir nous quitte déjà : aucune intrigue digne de ce nom alors que la saison est bien avancée et qu’elle est la dernière.
Avec l’épisode 6, une piste mainte fois abordée va refaire surface : l’éternel complexe de dieu. Comme Vogel qui a créé Dexter, il souhaite à son tour reproduire ce schéma avec Zach Hamilton en lui enseignant le code. Une situation déjà exploitée avec un jeune semblable dans la saison 1, avant d’être réitéré entre autre en saison 3 avec Miguel Prada. Cet épisode se terminera aussi par un retour intéressant : celui de Hannah, dont la romance ne fut que trop brève, plus encore que celle avec Lumen. Elle se fait désormais appeler Maggie Castner et s’est entichée d’un très riche homme d’affaire, et sa visite était en fait le fruit de l’improvisation (des scénaristes). Par la suite avec l’épisode 8 on pensait la série reprendre un peu d’élan pour une possible bonne fin : la romance avec Hannah prend forme avec en prime un Zach en plein apprentissage et qu’on imagine parfait pour reprendre le flambeau et même Debra s’interroge quant à redevenir Détective (rétrogradation de deux échelons) à la police de Miami et accorde son pardon à Hannah. Puis en l’espace de quelques minutes tout s’effondre : Zach est retrouvé mort, tué par le Neurochirurgien qui n’était pas celui qu’on croyait, et l’investigation de Debra à l’encontre de Hannah amène une ombre menaçante, celle de son patron très intéressé par l’argent qu’elle représente de par son statut de fugitive. Dans l’épisode suivant les derniers éléments prennent place : on découvre que Vogel a en fait un fils qui a simulé sa mort trente ans auparavant et qu’il est le Neurochirurgien, et Dexter et Hannah ont décidé de refaire leur vie en Argentine avec Harrison une fois le problème Vogel réglé.
Une dernière ligne droite où le suspense est de mise entre le stress sur la possible arrestation de Hannah et la course contre la montre pour arrêter Oliver Saxon, alias le fils de Vogel. Mais l’espoir de voir une fin heureuse s’envole au fur et à mesure que l’histoire avance : l’étau se ressert autour de Hannah avec l’incident de l’hôpital, où elle a dû emmener Harrison pour un bobo au menton, et avec la mort de Evelyn Vogel, Dexter multiplie les erreurs et une autre tragédie semble inévitable. Pendant un instant on croyait vraiment que la série aurait pu se terminer sur une « mother fucker happy end » avec Debra redevenue policière et probablement mariée avec Quinn, tandis que Dexter, débarrassé de son hôte funeste libéré grâce à Oliver qu’il a livré à la police, coule des jours heureux avec sa nouvelle famille en Argentine. Pas une grande fin mais une fin de qualité qui achève chaque histoire sur une note positive, pleine de promesses quant à un avenir radieux. Mais seulement voilà, la série ne s’est pas arrêtée à cinq minutes de la fin de l’avant dernier épisode…
Les répercussions d’actes anodins peuvent être monstrueux. Et c’est comme ça qu’un connard de Marshall va libérer Saxon et ainsi démarrer une suite d’événements qui feront de la fin la série l’une des pires du genre. Bon, Debra est blessée et s’en remet doucement à l’hôpital, Saxon cours toujours et le voyage en Argentine est repoussé, mais tout était encore possible. Puis enfin Saxon est arrêté, Hannah et Harrison sont partis – même si on aurait put craindre à une interpellation de Elway, finalement déjouée – et tout aurez dû se passer pour le mieux, mais l’état de Debra s’aggrava : la mort cérébrale est prononcer et elle restera un légume à vie. Elle constituait la dernière attache de Dexter à sa précédente vie, et il aurait pu passer outre, mais non… La scène de vengeance est très intéressante et voir mourir celui qui a brisé la vie de sa sœur aurait pu lui suffir. Ainsi, on aurait assisté à un dernier épilogue en Argentine mitigé entre bonheur et nostalgie, avant une toute dernière scène post-générique à la Mass Effect 3 où l’on verrait Debra sortir du coma et ouvrir les yeux, posant le regard sur un Quinn resté à son chevêt des semaines durant, et semblant lui aussi revenir à la vie. Et paf, fin de qualité, applaudissement et larme à l’œil ! Quel talent, quel génie, quelle série inoubliable ! Mais non, bande d’incapables ! Respectant la promesse qu’il avait fait en saison 3, il va débrancher sa sœur, lui donnant lui même la mort, avant de se suicider en fonçant avec son bateau sur l’ouragan, laissant seuls Hannah et Harrison, abandonnant les dernières personnes qui comptaient sur lui. Mais le pire, c’est que ça n’est pas fini ! En effet, on ne sait comment, Dexter a survécu à son naufrage et est désormais bûcheron dans un endroit style le Canada, abandonnant ainsi doublement et délibérément sa famille, se punissant autant qu’eux. FIN
Un fin mauvaise ? Oh bah non, simplement la pire imaginable : on perd gratuitement un des personnages clef de la série et le héros tombe en disgrâce en nous faisant carrément regretter d’avoir connu la série. Une saison pas mauvaise, elle avait même le potentiel pour nous emporter loin (nouvel angle sur la jeunesse du personnage principal, retournements de situation, apprenti prometteur, méchant dangereux, histoire d’amour faible mais on s’y attache, et l’idée d’une nouvelle vie nous enchantait avec des perspectives de fins très bonnes), mais voilà : les derniers instants sont une aberration. Pour les scénaristes, la seule contrainte était de ne pas faire mourir Dexter. La belle affaire ! Sa mort serait en effet une piste encore plus stupide que celle choisie ! Dexter, sur le point de recevoir l’injection létale, revoyant tout les gens qu’il a tué : de quoi rendre encore plus rageurs les fans qui croyaient en ce héros. Mais de toute façon, dans les deux cas l’indignation est un euphémisme. Une fin tellement minable qu’elle restera en travers de toute une génération.

Saison 8 :

Un jour peut être nous en rirons, mais certainement pas avant longtemps, à moins que certains projets ne viennent rectifier le tir. En effet, la raison principale pour laquelle il était interdit aux scénaristes de faire mourir Dexter est que la chaîne Showtime se voit bien prolonger l’affaire, que ce soit avec une possible seconde série faisant office de suite, par le biais d’un spin-off ou même via un film à destination des salles obscures. Il faut dire que parmi toutes les séries policières qui pullulent sur nos écrans de télévision, celle ci fut particulièrement originale de par son orientation « dérangeante » (centrée sur un serial killer) et la qualité fut largement au rendez-vous, durant un temps du moins. Et les spectateurs ne s’y sont pas trompé : elle fut de très loin la plus regardée de l’histoire de la chaîne, et retrouver pareille locomotive n’est pas chose aisée. Mais cela peut-il réellement se faire ? La colère des fans est telle qu’il faudrait réagir très vite, sans quoi l’histoire se tassera et la série sombrera dans l’indifférence. L’exemple de Mass Effect 3 est un cas d’école : franchise d’une qualité inégalable, sa fin fut trop brutale, brouillonne, et ne tenant pas compte du parcours du joueur. Les fans ont crié au scandale, un DLC gratuit est sorti et a rallongé la fin d’une demi-heure tout en multipliant les fins alternatives et le résultat fut comme le jeu : bluffant. Donc à moins que pareil soin ne soit apporter ou qu’une annonce paraisse sur une possible alternative, l’image de cette série qui avait tout d’une série de légende risque de se voir rognée et les projets à venir risquent d’en pâtir sérieusement.

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Thor : Le Monde des ténèbres


Thor : Le Monde des ténèbres
2013
Alan Taylor

Les films de super héros ont toujours été de bons fers de lance pour le box office, malgré quelques ratés retentissants comme avec Green Lantern, mais depuis que Disney est passé par là et a racheter Marvel, un dynamisme et un ordre nouveau furent instaurés avec dans la ligne de mir le rassemblement ultime : Avengers. Troisième plus gros succès historique avec 1 519 M$, le film avait fait pâlir le précédent record de la franchise détenu par Iron Man 2 et ses 623 M$. Seul nouvel épisode héroïque sorti depuis, Iron Man 3 a transcendé la saga avec 1 215 M$, prouvant qu’il y a eu un avant et qu’il y a désormais un après Avengers. Second personnage le plus populaire derrière l’homme en armure, le très bon Thor avait fait son petit bout de chemin avec 449 M$ dans le monde, un score qu’il doublera sans nuls doutes aux vus des premiers résultats.

Pour permettre à Thor (Chris Hemsworth) d’aider à sauver la Terre d’une nouvelle menace orchestrée par son redoutable frère Loki (Tom Hiddleston), le Bifröst (voûte de transport céleste) avait été réparé, mais son retour sur Terre était jusqu’alors reporté pour ramener l’ordre dans les neuf royaumes et ainsi s’assurer de la légitimité de sa succession auprès de son père Odin (Anthony Hopkins). Mais finalement l’une des plus terribles menaces ayant jamais pesé sur l’univers s’apprête à refaire surface : l’Ether. Arme destructrice répandant les ténèbres sur le monde, elle avait été créée par les elfes noirs, dont leur chef est sorti de son hibernation suite à la découverte de la source de l’Ether, cachée dans les entrailles de la Terre. Une sombre découverte dû à l’acharnement de Jane Foster (Natalie Portman), la chère et tendre de Thor dont l’éloignement et ses répercussions pourraient avoir causé la fin de toute forme de vie…

Ah, les joies des énormes blockbuster Marvel ! Incontestablement une référence du genre, le studio multiplie les projets ambitieux et nous offre des spectacles plus grandiloquent que jamais. La surenchère n’en fini plus : après la 3D, les sièges mouvants équipent désormais nos salles (ou une partie du moins). Révolution ou gadget inventé pour extorquer plus d’argent ? Avec des séances à 20€ le cinéma devient une véritable attraction, mais on est loin de la qualité des parcs spécialisés (enfin je suppose, le prix est trop abusif pour tenter l’expérience). Donc on retrouve avec plaisir des environnements hors du commun, des structures colossales, des monstres horribles, des elfes qui font peur, des explosions énormes et d’intenses combats. Le spectateur est donc comblé, d’autant que l’histoire se la joue complexe, sombre et dramatique. Quelques personnages secondaires intéressants, des idées bien exploitées, on a clairement affaire à un bon film. Malheureusement, sur bien des points il se montre inférieur au premier. Le changement de réalisateur est assez néfaste : certains plans sont brouillons, les effets de lumières moins beaux, les effets spéciaux moins fins et même le rythme est inférieur. De même, l’histoire, bien que plus complexe, est décevante : sa validité scientifique est inexistante entre les histoires alarmantes de trous dimensionnels, les problèmes d’oxygène, et pire de tout, sa fin, une aberration. On ne sait ni comment ni pourquoi et c’est juste débile. Mais le plus grave, c’est que l’humour qui apportait un plus indéniable à son prédécesseur est quasi absent, les quelques vraiment bonnes idées ne sont pas suffisamment exploitées (master exhibition). Le film reste donc très solide et remplit pleinement son rôle de divertissement épique en nous offrant des scènes de plus en plus spectaculaires, mais le résultat est un peu moins convaincant. Si la tendance du « privilégier le spectacle au scénario » se confirme, l’inquiétude sera de mise, mais la franchise a encore de beaux jours devant elle.

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Un été avec Coo


Un été avec Coo
2008
Keiichi Hara

De loin le pays le plus prolifique en cinéma d’animation, il oppose donc de nombreux concurrents, et en dehors des franchises bien établies ou des productions Ghibli, les nouveaux venus ou les trop anciennes saga se cassent souvent les dents. Cette année aura été terrible pour Albator (4,4 M$), éclipsé par la huitième semaine du phénomène de l’été : Le vent se lève (119,5 M$ pour l’instant), dernier film de l’immense Miyazaki et qui en 15 semaines d’exploitation n’a toujours pas perdu une seule salle depuis sa sortie. Mais pire encore, bien qu’ayant disposé de cinq fois moins de salles, cette petite production indépendante, et première vraie sortie pour son réalisateur qui ne soit pas estampillée Doraemon, a largement bidé avec tout juste 3,3 M$ dans le monde. Mais rappelons le, le succès n’est pas gage de qualité : l’acclamé Le Tombeau des Lucioles – dont le réalisateur a qualifié cet été avec Coo de « magnifique » – avait fait un décevant 800 000 entrées en son temps.

Longtemps auparavant, vivaient sur cette terre des créatures étranges et légendaires : les Kappas. Sortes d’esprits de l’eau dotés de capacités extraordinaires tel la parole, ces batraciens mythiques ne sont aujourd’hui q’une lointaine histoire à laquelle plus grand monde ne croit. Mais un jour, Kôichi, un jeune japonais, fit la découverte d’une roche fossilisée au motif inhabituel et remarquable. Voulant redonner à son cailloux une seconde jeunesse, il tenta de le laver, et quelle ne fut pas sa surprise quand la force minérale de l’eau ramena à la vie le Kappa prisonnier à l’intérieur. Surnommé Coo, sa vie a bien changé en quelques siècles : ayant été séparé de son père, tué par un samouraï, lors d’un séisme, il se rappelait encore la douceur de son lac et la foisonnante végétation qui l’entourait. Et le voilà plongé dans un monde d’hommes dénaturant tout et dont les méfaits ont probablement décimé tous les Kappas. Mais Coo tomba sur une famille honnête et l’espoir de trouver ses semblables réside encore dans son cœur.

On retrouve trois problèmes récurrents dans l’animation japonaise : la bizarrerie dérangeante, la culture du bizutage / suicide, et l’ambiance morbide. Ici, on cumule les trois. Certes, les japonais sont loin de nos croyances monothéistes, et le principe que chaque chose soit potentiellement une divinité nous est donc étranger, mais en faire une race de tortue / grenouille avec des rastas et qui parle, ça choque. Et quand l’un d’eux se réveille d’une fossilisation, on part dans une histoire tellement surréaliste qu’on s’y perd d’emblée (un style malsain qui n’est pas sans rappeler Le Royaume des chats), d’autant que tout le monde réagit de façon anormalement normale. Pourtant, sur d’autres points les réactions sont alarmante où tout le monde traite gratuitement une élève de « gros thon ». Parents et enfants sans distinctions y vont franchement, s’insultant mutuellement avec ferveur. Pour le troisième point, l’absurdité et la folie déclencheront plus d’un rire nerveux devant l’incompréhension de certaines scènes où la mort frappe sans noblesse et où elle est commémorée avec impudeur et maladresse. De manière générale, le film est particulièrement triste et mélancolique malgré la folie de l’histoire et la nonchalance des personnages. Celui qui est en quête de Happy End peut passer directement son chemin, même si pour le genre ça reste plutôt joyeux et positif. Enfin, dernier point qui fâche : les graphismes. Globalement, c’est beau, mais il y a de tels fossés entre certains points que le rendu choque par moments. Bluffant quand il s’agit des environnements verts ou du rendu de l’eau, le film est en revanche plus classique pour les décors urbains et carrément limite quant aux personnages, humains ou animaux. On ne peux peut pas traiter différemment les éléments : le mélange réaliste et manga n’est pas cohérent, du moins pas en l’état. De même, l’animation manque parfois de fluidité et la première scène sous la pluie est très mal gérée. Malgré tout ces défauts nombreux – sans compter sa durée longuette et quelques passages à vide – le film vaut le détour pour sa poésie, le charme de l’histoire, et son surréalisme fini par nous emporter. Une étrangeté qui ne fera pas l’unanimité, mais dont la singularité est attachante.

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Black Rock


Black Rock
2013
Katie Aselton

Ces dernières années, un sous-genre de film d’horreur a particulièrement proliféré : les torture porn. Le principe est simple : foutre des filles mignonnes – souvent en maillots de bain ou au moins avec des vêtements qui finissent déchirés – et les opposées à une terrible menace – souvent une attaque de monstre -. Et généralement, la formule tourne autour du gore, car apparemment ça affecte certaines personnes. Mais ici, cette formule pas très brillante va être reprise dans la douleur.

Pour passer le weekend, Sarah (Kate Bosworth) a eu l’extraordinaire idée de demander séparément à deux ennemies jurées (incluant Lake Bell) – l’une ayant provoqué le divorce de l’autre – de l’accompagner pour passer deux jours sur une petite île isolée et froide. Mais comment refuser pareille opportunité ? Un programme bien chiant consistant à marcher dans une petite forêt et camper dans un froid terrible : cool ! Mieux encore, pour le premier, soir trois anciens militaires radiés pour comportement violant vont se joindre à elles. Une bière en entraînant une autre, la mariée du groupe va jouer les grosses chaudasses et entraîner l’un d’eux dans les bois, avant de s’écrier au viol au milieu de l’acte (tient au fait, j’suis plus trop d’accord). Une connerie en entraînant une autre, elle le tuera avec une pierre. Pour ses deux potes, impossible de fermer les yeux dessus : elles devront payer. Va alors s’en suivre une chasse aux trois femmes dans les bois.

Mais quel génie, quel scénario magnifique ! Ah oui, là je dit bravo ! Trois hommes, trois femmes, une île et c’est parti. Le pire, c’est que au final c’est les deux seules qui méritaient de mourir qui survivent : du grand n’importe quoi. Et puis il faut voir les gratuités des morts. On ne se dit jamais que : « énorme, il méritait vraiment de mourir ! ». Non, c’est systématique du : « Mais ils sont sérieux ? ». Et même quand le film essaye d’être un minimum crédible, comme lorsqu’il cherche une excuse pour foutre à poil les actrices (les faire nager dans une eau gelée histoire qu’elle soient obligées d’enlever leurs vêtements pour échapper à l’hypothermie), il oubli cette logique l’instant d’après (genre que ça sèche en une nuit, sans vent ni chaleur). Mais le plus catastrophique dans ce film, c’est les dialogues et le rythme. Pour un film de même pas 80 minutes, commencer après demi-heure et connaître autant de passages à vide, c’est honteux. Et si c’est pour faire dire des absurdités ou des banalités insipides aux actrices, quel est l’intérêt ? Risible, lent, débile, dépourvu d’originalité : une daube sans nom même pas digne d’être appelée un nanar.

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Octobre 2013

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Garden State


Garden State
2005
Zach Braff

Conseillé par plusieurs sites et décrit comme une très belle romance, le film a en plus des critiques très bonnes à son compteur, laissant clairement entrevoir un beau film de qualité. Avec 35 M$ dans le monde le film n’a pas était un phénomène non plus, mais étant un film indépendant comptant seulement 2,5 M$ de budget et n’ayant pas eu une pléthore de salles pour le diffuser, ça reste une belle performance. Pourtant, on assiste au même genre de ratage qu’un Blue Valentine, c’est dire…

Entre un père détestable (Ian Holm) et une mère amorphe, l’enfance de Andrew Largeman (Zach Braff) fut rude, d’autant qu’elle a fini dans un internat où la solitude le pesait. Depuis accro aux antidépresseurs et autres antidouleurs, il mène une vie d’acteur déprimante où ses rôles consistent inlassablement à jouer les demeurés. Une vie qu’il ne pensait pas pouvoir être pire, jusqu’au jour où il apprit la mort de sa mère, agrémentant son chagrin de l’obligation de retourner dans sa ville natale où l’attendent des anciens amis qu’il n’a pas envie de voir, et surtout son père qu’il espérait ne plus jamais croiser. Mais tout n’est pas noir, sa visite lui permis de rencontrer une connaissance d’école, devenue aujourd’hui une femme aussi excentrique que charmante : Samantha (Natalie Portman).

Généralement les romances sont doublées d’une comédie, car tel est le bon plaisir du spectateur. Choisir l’orientation dramatique est souvent risqué, mais certains films s’en sortent d’autant mieux, comme le très beau Hors du temps, ou plus encore avec l’inoubliable et merveilleux Quelque part dans le temps. Deux films qui ont un point commun assez singulier : le voyage dans le temps, donnant plus d’ampleur à l’histoire de par son caractère fantastique. Ici, on ne versa aucunes larmes et l’histoire n’a que peu d’intérêt. Le film n’est pas triste, malgré tout ses efforts, il n’est que morne, n’arrivant à provoquer aucune empathie. Deux problèmes en sont la cause. Premièrement l’acteur principal, dont la sale gueule n’a d’égal que son jeu d’acteur déplorable. Et deuxième, le rythme du film est presque insoutenable tant la morphine est injectée jusqu’à l’overdose et bien au delà. Non seulement l’histoire – si on peux appeler ça comme ça vu le peu d’enjeux qu’elle suscite et la faiblesse alarmante du fil conducteur (American Pie est un exemple de complexité à côté) – met un temps fou à prendre place, mais en plus on ne voit pas où elle peut bien aller tant rien ne se présente, hormis des passages à vide. Heureusement que la princesse de cette histoire est attachante et attendrissante, car sinon le film frôlerait le degré zéro de l’intérêt. Mais quand l’un des deux amoureux nous indiffère, difficile d’apprécier cette romance, donc même ce point est raté. Rythme affreux, héros moribond, histoire ennuyeuse et absence d’émotion font de ce film un calvaire que presque rien ne saurait sauver.

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Pop Redemption

Pop Redemption
2013
Martin Le Gall

Metal, Heavy Metal, Hard Rock, Death Metal, Black Metal, tout ces noms et pourtant bien souvent cela se résume à du bruit nauséeux qui explose nos tympans. Souvent de pair avec les pratiques sataniques, cette « musique » de la dérive réunie contre tout bon sens beaucoup de gens, et un énorme festival leur est même dédié : le Hellfest. Sur le ton de l’humour et non de la moquerie, le film va nous plonger au cœur du milieu en compagnie des Dead Macabés, quatre potes passionnés.

Là où tous sont casés, avec un boulot, une femme et des enfants – ou du moins essayent d’en avoir -, Alex (Julien Doré) vit nonchalamment chez sa grand-mère et pousse ses potes (Grégory Gadebois, Jonathan Cohen et Yacine Belhousse) à faire une tournée exceptionnelle avec pour culminance le Hellfest. Personne d’autre que lui n’était vraiment convaincu, et la première date ne se passa pas exactement bien : leur musique barbare ne correspondant pas tout à fait au cadre de l’endroit, ils furent éjectés et même poursuivis, le fait d’avoir uriné sur la table de mixage devant avoir joué. Une altercation qui se termina par la mort accidentelle du propriétaire énervé, mais le résultat reste le même : impossible de continuer la tournée. Et quelle meilleure planque que la fête de la fraise ?

Prendre quatre quasi inconnus et parodier l’univers trash et sataniste du Black Metal, ça pouvait laisser perplexe, mais rapidement les doutes s’estompent, laissant place aux rires et à l’amusement. Difficile de résister à l’hilarité d’une scène telle qu’un pauvre vieux voyant quatre gars maquillés en zombies, l’un trimbalant un cercueil, un autre un faux squelette, un troisième ayant eu un accident avec son faux sang, et le dernier se tenant devant un cadavre : jubilatoire. Le film connaît nombre de moments de grâce, comme avec le duo Alexandre Astier / Audrey Fleurot ou le running gag des Beatles, et globalement le niveau est très bon. On se marre bien quoi, le sujet est original et c’est dynamique. Les acteurs sont loin d’être bons et on partait sur une musique qui laisse de marbre, mais finalement ça passe et nos craintes sont effacées. Une bonne comédie efficace.

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