Flight

Flight
2013
Robert Zemeckis

Immense réalisateur à qui l’on doit l’exceptionnelle trilogie Retour vers le futur ou encore le magnifique Forrest Gump, génie touche à tout qui a même donné dans les films d’animation ces derniers temps, Robert Zemeckis nous revient avec un film particulièrement prometteur. Nominé dans de nombreux festivals, dont les Oscars, le chef d’œuvre était annoncé.

Pilote de ligne, Whip Whitaker (Denzel Washington) n’a pas vraiment une conduite aussi respectable que son noble travail. Ce matin là, à l’embarquement, il était encore ivre de la veille, le nez encore encombré de la cocaïne sniffée. Les conditions météorologiques étaient catastrophiques – d’aucuns auraient même annulé le vol en pareilles circonstances – mais le décollage fut plus impressionnant que dangereux, le calme étant revenu une fois la masse nuageuse dépassée. Fier de lui, Whip laissa les commandes au second, s’enfilant deux mignonnettes de vodka puis s’endormi. Mais alors que l’atterrissage était imminent, les commandes se bloquèrent et l’avion se mit à descendre en piquet, condamnant les 102 passagers à une mort certaine. Malgré sa grande fatigue et l’esprit embrumé, Whip réussi un tour de force miraculeux et posa l’avion sans trop de casse : le bilan fut de six morts. Accueilli en héros, il devra néanmoins subir une enquête qui pourrait lui coûter très cher…

Alcoolique, junkie, peu importe. Lors d’une des scènes de crash les plus impressionnantes de l’histoire du cinéma, on assiste à un tour de force spectaculaire allant jusqu’à retourner l’avion pour le faire planer, allant même jusqu’à nous faire dire que peut être sans ses substances ingérées, il n’aurait pas sauvé toutes ces vies. S’en suit alors une enquête amenant son lot de rebondissements et de personnages secondaires intéressants (citons notamment Don Cheadle et John Goodman). Mieux encore, le charisme de Denzel Washington est là, magnant les mots comme une arme avec brio. Mais seulement voilà, le film est d’une lenteur atroce, on dénote de nombreux passages à vide, et l’alcoolisme intempestif est saoulant. Seules quelques scènes font montre d’un second degré très drôle, comme celle précédent le procès. C’est peu, le reste étant par moment passablement ennuyeux. Et quand vient l’heure du procès, un mea-culpa insupportable vient s’immiscer, gâchant purement et simplement le film par une fin calamiteuse. C’est bien simple, seule la scène du crash est colossale, le reste étant mauvais. Depuis Seul au monde, Robert Zemeckis a préféré se cantonner à l’animation, ayant déclaré n’avoir pas trouvé de scénario suffisamment bon. Eh bien il aurait mieux valut qu’il continu à chercher.

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20 ans d’écart

20 ans d'écart
2013
David Moreau (II)

Si un homme avec une femme beaucoup plus jeune ne choque pas outre mesure, l’inverse est largement plus rare, ou plus discret du moins. Tellement que ces femmes matures en quête de chaire fraîche portent un nom : les cougars, thème du film.

Employée comme coordinatrice dans un magazine de mode, Alice (Virginie Efira) aspire au poste de rédactrice en chef, incompréhensiblement promit à une petite jeune fofolle. Pour son patron, Alice ne fait plus rêver personne, qualité primordiale dans la mode. Par le hasard des choses, Balthazar (Pierre Niney), présent avec elle dans un avion en partance de Rio, y a récupéré sa clef USB. Mais elle ne se doutait pas qu’en allant la récupérer, quelqu’un prendrait une photo d’elle où on jurerait qu’elle embrasse Balthazar. L’effet fut immédiat : Alice était devenue un sexe-symbole, chaude comme la braise et croquant les petits jeunes. Consciente que cela lui ferait gagner des points pour le poste qu’elle vise, elle décide alors de jouer un peu les cougars avec lui, visiblement très intéressé.

Beau succès surprise, le film est mine de rien la troisième comédie romantique consécutive de Virginie Efira à dépasser le million d’entrées. Une nouvelle valeur sûre du cinéma français ? C’est certain, mais n’oublions pas non plus la star montante Pierre Niney et Charles Berling, qui incarne son père, le beau-frère inoubliable du Prénom. Une belle équipe, qui sert un film plus original qu’il n’y parait. Le postulat de départ semblait un peu limité, bien qu’aguicheur : il rappelle à la jante féminine ce qu’était le romantisme des premiers amours, et fait fantasmer les hommes avec une femme sublime au paroxysme de sa sexualité. Classiquement, le film nous refourgue des mécanismes épuisés de la comédie, faisant rire à quelques reprises sur des blagues faciles et des comiques de situation qui semblent recyclés. Mais là où le film fait la différence, c’est qu’il possède une simplicité rare et une poésie touchante. L’histoire paraît naturelle et les personnages sincères. Une comédie sympathique doublée d’une romance aboutie.

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The Call

The Call
2013
Brad Anderson

Joli petit succès surprise aux Etats-Unis, le film met en avant le service d’appel d’urgence de la police, le 911. Chaque jour ils reçoivent des milliers d’appels, certains anodins, d’autres terrifiants. L’histoire du film, bien qu’originale, aurait très bien pu être tirée d’une histoire vraie, une situation similaire ayant déjà eu lieu.

Dans la Ruche, centre des appels du 911, Jordan Turner (Halle Berry) faisait parti des responsables d’appels, mais sa dernière expérience au téléphone fut désastreuse. En ligne avec une jeune fille seule chez elle alors qu’un individu s’y était introduit, elle commit une erreur qui coûta la vie à la fille, retrouvée quelques jours plus tard enterrée dans un terrain vague. Elle officie désormais en tant que formatrice, mais un appel d’urgence en décidera autrement. Casey Welson (Abigail Breslin), une adolescente de 17 ans, fut kidnappée et enfermée dans le coffre de son ravisseur. Ayant heureusement pour elle récupéré le téléphone d’une amie, son ravisseur croyant se débarrasser de son téléphone, elle pu appeler le 911. Tombant sur une apprentie dépassée par les événements, Jordan n’eu de choix que de prendre sa place.

En voilà un métier bien difficile : coincé derrière son bureau, le responsable ne peut que prodiguer des conseils et envoyer pompiers, police ou ambulance. Pire encore, étant généralement incapables de sauver une personne avec des mots, ils ne savent pas toujours ce qu’il advient d’une personne agonisante avec qui ils s’étaient entretenu. Une situation stressante et de véritables enjeux : l’ambiance parfaite pour un grand thriller. Et effectivement, derrière l’ombre d’un terrible serial killer, l’intrigue se structure très bien, nous étonnant par moment par la pertinence des conseils et des mesures prises. Malheureusement, on n’échappera pas à quelques moments « cruchace » et « nunuche » prouvant que l’intelligence n’est pas indéfectible. Le film repose sur quelques scènes marquantes et possède un bon rythme, mais la fin décevra sur bien des points. Manque de folie, manque d’envergure, manque de surprises. Un beau travail bien acheminé mais probablement trop scolaire.

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Marius et Fanny

Marius et Fanny
2013
Daniel Auteuil

Après avoir revisité avec brio La Fille du puisatier, Daniel Auteuil nous revient avec une nouvelle adaptation de Marcel Pagnol, celle de sa trilogie Marius, Fanny et César. Déjà adaptée dans les années 30, ces aventures marseillaises ont aujourd’hui les honneurs d’un retour au cinéma, aussi débile soit-il. En effet, semblant vouloir se tirer une balle dans le pied, Marius et sa suite Fanny, sont sorti à la même date. Pour voir le second, il faut avoir vu le premier, et quitte à voir le premier, il faut aussi aller voir le second. Une grande première dans l’art du planning, et le résultat ne s’est pas fait attendre : le bide programmé ne s’est pas fait mentir, condamnant la combinaison des deux films à moins de 400 000 entrées, alors même que La Fille du puisatier réalisait plus 1,3 million de spectateurs. Mais laissons tout de même sa chance au film.

Le premier film, Marius, nous emmène dans les rues vives et joyeuses de Marseille, à une époque aussi belle qu’insouciante. Marius (Raphaël Personnaz) est un beau jeune homme rêveur, travaillant au bar de son père (Daniel Auteuil) en attendant qu’il puisse assouvir son plus grand désir : prendre la mer. Guettant une place de libre sur un voilier, il évite de se créer trop d’attaches sur place, ne voulant rien laisser s’interposer entre lui et son rêve. Mais quand la belle Fanny (Victoire Belezy) fut proposée par un vieil homme riche, Panisse (Jean-Pierre Darroussin), il ne put cacher son amour pour elle.

Suite directe de Marius, Fanny démarre alors que Marius a finalement prit la mer, s’engageant pour pas moins de cinq ans. Fanny a le cœur brisé, César (le père de Marius) est détruit, et alors que malheur semblait total, Fanny apprit sa grossesse, enceinte de Marius. Une telle ignominie jetterait un terrible déshonneur sur la famille (Marie-Anne Chazel), et Fanny n’aura de choix que d’épouser Panisse, gentil et compatissant.

Deux films qui forment un même tout. On suit donc une belle histoire d’amour entre un fougueux qui aspire à une grande aventure et une femme simple ne souhaitant que se complaire dans son amour et mener une vie banale. L’enivrante amour, le calme et la sérénité du Sud, une vie tranquille et toute tracée : une vie idéale mais bien trop sage. Partir sur les eaux imprévisibles et tumultueuses, sentir le frisson de la vie, voilà une belle façon de passer ses jours. C’est avec force et talent que ces émotions sont retranscrites, chaque vision trouvant un écho percutant. Quelques accents sont maladroits mais globalement le jeu des acteurs est très bon – surtout Victoire Belezy, un talent à suivre – et le résultat est vraiment solide. Le scénario est prévisible mais plaisant, souffrant de quelques longueurs, surtout dans le second film, mais rien de bien grave. On se régalera à l’occasion de dialogues délectables, et on passe vraiment un bon moment, malgré une tendance au pessimisme et à la tristesse. Espérons que le bouche à oreille sauve un minimum les meubles, une stupide erreur de programmation ne devrait pas condamner le film à l’oubli, tant le résultat fait honneur au maître de la littérature.

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Cloud Atlas

Cloud Atlas
2012
Lana Wachowski, Tom Tykwer, Andy Wachowski

Les ex frères Wachowski, désormais frère et sœur, célèbres pour leur film Matrix, retrouvent le chemin des cinémas, quatre ans après le four retentissant de Speed Racer. Toujours adeptes de la science-fiction, ils ont cette fois jeté leur dévolu sur La Cartographie des nuages de David Mitchell, best-seller pour le moins original.

Le film nous propose de suivre six histoires différentes, se déroulant chacune à une époque distincte, mais pourtant très liées. La première, prenant place en 1849, confronte Adam (Jim Sturgess) à la dure réalité de la vie des colonies, alors même qu’un terrible mal le ronge. La seconde se déroule en 1936, tandis que Robert Frobisher (Ben Whishaw) fuit un monde qui rejette son homosexualité, trouvant refuge chez un compositeur de renom en tant que copiste. En parallèle de quoi, en 1973, une journaliste (Halle Berry) se retrouve impliquée dans un complot visant à instaurer le chaos sur Terre en sabotant une centrale nucléaire. Grand éditeur, l’année 2012 ne sera pas la meilleure pour Timothy Cavendish (Jim Broadbent) entre des problèmes avec un ancien client et son frère qui va l’interner de force dans une maison de retraite. Humaine de synthèse élevée en cuve dans l’unique but de servir dans un restaurant, Somni (Doona Bae) représente un robot pour bien des gens, mais durant l’année 2144, un groupe rebelle va voir en elle un avenir, un espoir. Des considérations bien lointaines pour Zachry (Tom Hanks), survivant de 2321. Vivant constamment dans la peur des cannibales et du diable, son île de désolation va recevoir la visite d’une ancienne, l’une des dernières de ceux qui tentent de préserver la technologie et le savoir, non résignée à retomber à l’âge du feu. Ils ne se connaissent pas et pourtant, chacune de leurs âmes est liée par le destin.

Assez déroutante dans un premier temps, l’histoire est longue à prendre en main : une bonne demi-heure sera nécessaire pour assimiler chaque données et à les raccorder d’instinct à l’époque correspondante. Par chance, le film dure pas loin de trois heures, permettant à la fois une excellente compréhension globale, et laissant le temps d’approfondir chaque histoire comme elle le mérite. Toutes ne se valent pas : la partie journalistique de 1973 a un certain suspense, mais les mystères autour du complot resteront un peu en suspend. De même, malgré une ambition remarquable, les séquences de 2321 sonnent étrangement, surtout à cause de cette stupide idée de dialecte simplifié et sauvage. Par contre, les autres sont assez intenses avec la traite des noirs, d’une grande force émotionnelle, de même que pour l’histoire de l’éditeur senior. Dans un autre registre, plus artistique avec des mélodies magnifiques et des envolées lyriques inspirées, mais aussi plus romanesque avec l’amour impossible, les passages de 1936 sont louables, offrant même de belles connectivités avec ceux de 37 ans plus tard. Sans doute le créneau temporel le plus abouti et pierre angulaire du film, les péripéties futuristes de Somni (2144) offrent une grande puissance narrative, émotionnelle, artistique, et regorge de rebondissements enthousiasmants. Sans être parfait, le scénario est clair – malgré son abondance et sa complexité – et efficace, souligné par une réalisation de grande qualité. On retrouvera des scènes d’un impact mémorable, comme celui du « tu me fais chier donc je te balance par le balcon », osant une approche presque malsaine. En plus d’effets spéciaux brillants, le film fait montre d’une immense maîtrise du maquillage, rendant presque méconnaissable certains acteurs et réalisant des prouesses. Le casting est d’ailleurs bluffant, car en plus de ceux précédemment nommés, on retrouvera Hugo Weaving, Hugh Grant ou encore Susan Sarandon. Donc globalement, mise à part deux trois ratés (surtout certains maquillages coréens), le film ne souffre ni longueurs ni incohérences, tout juste pourra t-on lui reprocher un côté trop bien pensant et une arrogance divine. Mais peut-on vraiment blâmer le film de vouloir répondre aux questions de l’amour, la mort, la réincarnation, dieu, et celle de « somme nous seuls dans cet univers  » ? Une chose est sûre, c’est un beau film incroyablement bien structuré et passionnant, qui parlera à qui voudra bien écouter.

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Infiltré

Infiltré
2013
Ric Roman Waugh

Quand une personne se fait choper avec une dose substantielle de drogues aux Etats-Unis, il tombe sous la loi de la peine irrépressible de 10 ans d’emprisonnement, voir beaucoup plus selon les circonstances. Des condamnations exemplaires visant à mettre à mal un réseau criminel néfaste et abondant.

Inspiré d’une histoire vraie, le film prend place autour de la condamnation du fils de John Matthews (Dwayne Johnson), piégé par un ami. La police (Susan Sarandon) lui propose alors un marché : s’il accepte de collaborer, sa peine sera réduite à un an. Mais à quoi bon, sa tête serait mise à prix à sa sortie. Pour aider son fils, John va effectuer le contrat en son nom, acceptant de rejoindre le milieu des cartels de drogues et s’y infiltrer. Il deviendra leur passeur.

Habitué aux gros films d’action, mister The Rock change un peu de registre, le film se rapprochant plus d’un thriller. Alors forcément, n’assister à aucune scène d’action choque un peu, surtout que ce genre de milieu violent s’y prêtait pas mal. Au lieu de ça, on se perd un peu au début avec les magouilles policières, les tentatives d’approche des réseaux de dealers. Du coup, les deux premiers tiers du film sont assez vides, et on aurait tendance à s’ennuyer par moment, la pression des chefs mafieux n’étant pas suffisante, et le personnage du fils étant trop effacé et insipide. Seul monsieur muscle attise notre curiosité de par son charisme naturel. Mais finalement, la dernière partie du film rehausse le niveau, proposant enfin des rebondissements scénaristiques intéressants, et surtout la grosse scène d’action hollywoodienne qu’on attendait. Un divertissement correcte, sans plus.

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Safe Haven

Safe Haven
2013
Lasse Hallström

Dernière adaptation en date du célèbre Nicholas Sparks, l’un des plus grands écrivains contemporains de romances, dont les œuvres ont déjà été adaptées huit fois au cinéma (la neuvième ne sortira en revanche qu’en février 2015), le film n’aura pas eu les honneurs d’une sortie cinéma en France, malgré un beau succès à domicile. Mais heureusement, les DVD sont là pour remédier à cet oubli.

Accusée de meurtre, Katie Feldman (Julianne Hough) a fuit les services de police et aspire à recommencer une nouvelle vie dans le calme et la sérénité. Elle s’installa donc dans une petite ville côtière de Caroline, isolée de tout et dont la sympathie des habitant est rassurante. Elle se surprendra même à se rapprocher de Alex (Josh Duhamel), veuf et père de deux enfants qui tient un petit magasin au bord de l’eau. Mais le spectre de son ancienne vie la hante toujours, persuadée que son histoire la suivra toute sa vie. Et effectivement, un certain enquêteur de la police semble prêt à tout pour mettre la main sur elle.

Le film mélange avec facilité la romance à l’eau de rose et l’enquête policière sur une fugueuse. Tout est extrêmement classique et ne surprendra personne, pour ce qui concerne le début tout du moins. Le coup de foudre est évident mais pas non plus superficiel, les rapports entre les personnages classiques mais pas inintéressants. Le passé de Kathie est presque banal mais ne démérite pas complètement, le suspense étant ménagé. Le film profite tout de même d’une belle réalisation et d’acteurs convaincants, surtout l’héroïne, peu présente au cinéma mais pourtant prometteuse. Mais finalement, notamment grâce à Cobie Smulders qui nous fout une claque monumentale digne des meilleurs twist ending, le spectateur sera brutalement réveillé à la fin par une pirouette magnifique qui prouve la solidité du scénario, plus recherché qu’il n’y parait. Sans être spécialement inoubliable, le film fait montre d’une grande maîtrise et s’avère finement ficelé.

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Kill Bill : Volume 1 & 2

Kill Bill : Volume 1 & 2
2003-2004
Quentin Tarantino

Après seulement trois films, Quentin Tarantino était déjà devenu une référence du milieu, le marginal qui fait des films complètement déjantés qui tranchent singulièrement. Considéré comme des films de légende, ces Kill Bill sont des hommages à des genres aujourd’hui disparus, ou du moins plus très présent : les films d’arts martiaux pour le premier volume, et les western spaghetti pour le second. Deux films qui ont failli n’en faire qu’un, et étant les deux moitié d’un même tout, les distinguer n’a pas vraiment de sens.

Ecrit par Q & U (comprendre Quentin Tarantino et Uma Thurman), suite à leur collaboration dans Pulp Fiction, les films racontent la vengeance d’une mariée. Black Mamba (Uma Thurman), une tueuse à gage, décida de raccrocher après avoir apprit qu’elle attendait un bébé. Disparue sans crier gare, elle se terra au Texas, espérant y trouver le repos. Mais alors qu’elle s’apprêtait à se marier avec un gentil homme du coin, le père de l’enfant – d’ailleurs pas au courant de sa paternité – et chef de l’organisation dans laquelle elle travaillait, Bill (David Caradine), accompagné de ses sbires, ouvrirent le feu sur l’assistance, tuant tout le monde sur place. Gisant dans un bain de sang, sa dernière image fut celle de Bill, lui tirant une balle à bout portant en pleine tête. Elle aurait dû mourir, mais le destin en fit autrement.

Quatre ans plus tard, elle émergea d’un long coma, et ses pensées la renvoyaient immanquablement à cette chapelle, où Bill et ses anciens partenaires détruisirent sa vie et lui ôtèrent sa fille. Elle n’eu alors plus qu’une seule idée en tête : se venger. Elle suivra alors méthodologique son plan : tuer tout le monde jusqu’à Bill. Une liste de cinq personnes : O-Ren Ishii (Lucy Liu), qui contrôle désormais la mafia japonaise, Vernita Green (Vivica A. Fox), qui joue à la gentille mère au foyer, Budd (Michael Madsen), le cow-boy solitaire, Elle Driver (Daryl Hannah), bras droit de l’organisation, et bien sûr Bill, l’objectif final.

Le premier film, reprenant donc les codes du film d’art martial, tourne principalement autour de l’éveil de The Bride, ou Black Mamba (son nom étant seulement dévoilé dans la seconde moitié du deuxième film), et de sa traque de O-Ren Ishii, reposant sur un style graphique plus coloré et proche du japon, reprenant la thématique des affrontements aux sabres, des Yakuza, et offrant un combat final épique dans un cadre de temple recouvert par la neige, sur fond de musique asiatique. Pour illustrer le passé de cette cible particulièrement importante, sans doute la plus importante après Bill, on aura même le droit à un passage en animé façon manga. La technique n’est pas la meilleure qu’on est vu mais le clin d’œil est appréciable, et il est vrai que le mélange est troublant, sentiment que le réalisateur se plait à nous faire ressentir.

Le second volume, un brin moins excentrique mais tout aussi déjanté, garde l’esprit initié. La thématique asiatique est largement représentée entre la reconduite des sabres mystiques et le flash-back sur l’initiation de Black Mamba aux arts obscurs du maître Pei Mei. En revanche, on y retrouvera aussi le style texan du far-west, notamment avec l’étoffement du passage nuptial. Côté histoire, ce volume s’axe autour de la relation entre notre héroïne et Bill, qui n’était qu’évoqué dans la première moitié.

Cette aventure est particulièrement difficile à cerner. Entre une narration qui part dans tous les sens, des ruptures incessante dans la réalisation, passant sans aucune logique de la couleur au noir et blanc, et effectuant même un passage dans l’animation, le spectateur s’y perd très vite. Et que penser de la cohérence ? Constamment blessée et mutilée, notre furie vengeresse n’a ni cicatrices ni traumatismes, repartant de plus belle le corps truffé de balles. On aura aussi du mal à retenir quelques rires à force d’entendre tout le monde lui répéter qu’elle est sublime, la femme la plus belle du monde. D’un physique pour le moins peu commun, il faut tout de même rappeler que ses yeux sont globuleux, sont nez fini en boule, sa tête est proportionnellement petite, et la scène du « bouge le gros orteil » est insoutenable, ses pieds étant d’une laideur peu commune. Pas vraiment moche, elle reste très loin d’être belle. On aura aussi beaucoup de mal à s’enthousiasmer pour les katanas surpuissants, tellement insignifiants face à des armes à feu. De même, difficile de passer outre le côté terriblement kitsch des films, bien souvent à la limite du ridicule. Mais heureusement, on pourra compter sur une bonne dose d’action, une histoire plutôt solide, et des personnages atypiques attachants. On notera de nombreuses séquences désormais cultes comme celle du cercueil, et d’autres carrément hors sujet mais intéressantes, comme celle sur les super-héros, mettant le doigt sur une vérité profonde. Un film complètement barré – peut être trop -, et qui à l’image des autres films de Tarantino, ne laissera personne indifférent. Il a au moins le mérite d’être aller au bout de son idée, l’assumant pleinement.

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Antoine Lepage au Macam

Voici enfin mon passage sur la scène du Macadam Pub de Montpellier, première fois avec le Montpellier Comédie Club :

http://www.youtube.com/watch?v=ecdiyP5xQR0

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Möbius

Möbius
2013
Eric Rochant

Suite à l’immense succès de The Artist, on attendait au tournant l’évolution de carrière de Jean Dujardin dont le premier film post sacralisation, Les Infidèles, fut un véritable carton avec 2,3 millions d’entrées, malgré un bouche à oreille assez mauvais (il est vrai que sa réalisation en a dérouté plus d’un, malgré une qualité globale très bonne). Le revoilà cette fois-ci en tête d’affiche véhiculant plein d’espoir. Mais le réveil sera brutal…

Trader belge expulsée d’Amérique car désignée comme responsable de la faillite de Lemans Brother, la célèbre firme boursière, Alice (Cécile de France) fait les beaux jours des marchés financiers de Monaco. Mais son père, malade, ayant dû rester aux Etats-Unis pour ses soins, elle aspirerait à retourner là bas. C’est alors que les services secrets russes, désireux d’épingler Ivan Rostovsky (Tim Roth), le patron d’Alice, la contactèrent pour en faire une taupe. En charge des opérations d’espionnages, Grégory Liubov (Jean Dujardin) va se rapprocher d’un peu trop près de son Boris, nom de code donné aux infiltrés.

Le ruban de Möbius est une bande de papier (ou autre) dont l’une des extrémités est retournée et jointe à l’autre bout pour former une figure impossible ne possédant qu’une face. Alors oui, le nom est classe, mais le lien avec le film est pour ainsi dire inexistant, servant juste un twist tardif et absurde. Si de base l’histoire de tarder est vide, la partie espionnage est tout aussi insipide : le rythme du film étant abominable. Y mêler la mafia russe, le KGB et autres organismes d’états ne fait que rendre le scénario plus bordélique et incohérent. C’est proprement hallucinant : alors qu’il ne se passe rien à l’écran, le spectateur est assommé de personnages inutiles, de dialogues soporifiques, mais le flot de données à assimiler est énorme. On suit une histoire brouillonne, molle et difficile à comprendre. Côté cohérence c’est mort, les gens faisant n’importe quoi, sans raison, et tombant dans le WTF avec sa fin carrément téléphonée et pourtant contradictoire. Certes, il y a le charisme des acteurs et une bonne réalisation, mais le scénario est atrocement bancal et plombe tout. Un ratage ahurissant et désolant.

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