Escrocs mais pas trop

Escrocs mais pas trop
2000
Woody Allen

Grand réalisateur du cinéma indépendant, Woody Allen est capable de tout, mais a toujours tourné autour de la comédie, avec généralement une même touche de mélodrame, désespérant d’originalité. Et ici, il nous livrera un cru d’un commun peu commun.

Jouant sur le braqueur bidon, le film met en place un braquage maladroit et désastreux d’une bande d’ex taulards retardés, avec à leur tête Ray (Woody Allen). Le plan est simple : louer une ancienne pizzeria qui se situe à peine deux maisons d’une banque, et y creuser un tunnel jusqu’à la salle des coffres. Un ratage total, mais pendant ce temps là, Frenchy, la femme de Ray, connait un succès outrancier à la pizzeria, reconvertie en magasin de cookies. L’affaire prend de l’ampleur et un an plus tard leur fortune est colossale. Mais désormais leur couple bat de l’aile entre Ray qui n’est pas à sa place en société et qui ne rêve que de braquages et de fast-food, tandis que Frenchy aspire à une culture plus riche et à une vie trépidante et enrichissante avec son professeur de savoir-vivre, David (Hugh Grant).

Pas très heureux, le principe de voleurs demeurés et handicapés est plutôt gageure, mais après quelques scènes peu inspirées mais légèrement amusantes, le film bifurque sur la crise de la cinquantaine bien tassée et du « les pecnots chez les bobos »  pas assumé. Le potentiel était là, mais le film ne s’y installera pas, partant une fois de plus vers de la crise relationnelle et sentimentale. À chaque nouvelle étape le film s’embourbe dans le classique et n’arrive pas s’imposer, s’embourbant dans des clichés et des dialogues interminables et peu percutant. La fibre du réalisateur est là, mais son œuvre n’a ni fougue ni inspiration. On rit quelques fois de l’absurdité des situations ou du décalage, mais il faut dire que la présence navrante et grotesque de Woody Allen devant la caméra enlise définitivement le film. Sans doute l’un des plus mauvais de sa carrière…

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58 minutes pour vivre

58 minutes pour vivre
1990
Renny Harlin

Vu l’immense succès de Die Hard, tant au niveau réception publique que commercial, une suite  a évidemment vu le jour, bien que l’ascension de la carrière de Bruce Willis n’eu pas encore lieu, le pauvre n’ayant eu droit qu’à une seule sortie cinéma entre les deux films, qui fut un bide. Le risque était donc là, d’autant que la très forte hausse de budget (28 -> 70 M$) aurait coupé court à toute suite éventuelle si le film ne faisait pas un résultat significativement meilleur que le premier.

Pour cette seconde aventure, le principe reste le même : un policier d’une autre ville que celle où il se trouve, John McClane (Bruce Willis), se retrouve au mauvais endroit au mauvais moment. Cadre unique ici aussi, l’histoire sera transposée d’un immeuble à un aéroport. Commandé par son instinct de flic, il suivra deux hommes suspects au terminal des bagages, où une fusillade suivit. Alors qu’il allait tranquillement chercher sa femme à l’aéroport pour Noël – une fois de plus le réveillon sera mouvementé – il se retrouvera mêlé à une prise de contrôle terroriste du site, visant à récupérer le contenu d’un avion devant y transiter : le baron de la drogue mexicaine, détenu en tant que prisonnier dans un cargo. Et une fois encore, face à une police exécrable, il devra se débrouiller seul.

On reprend donc le même principe de l’homme seul face aux terroristes, avec une unité de lieu, certes plus vaste, et une même malédiction calendaire : Noël. C’est donc forcément plus une déception qu’un simple clin d’œil, l’allusion étant trop poussée. Pire encore, les décors ont moins d’impact. Un coup du froid, de la nuit ? Il s’agit probablement d’un manque d’interactivité avec les lieux, sans doute beaucoup plus vivants et importants dans le premier. Autre regret, les méchants : infiniment moins charismatiques, ils gardent aussi les mêmes tares et clichés, les rendant carrément oubliable. Le film reste malgré tout bon grâce au talent de son héros, et l’action fuse, mais le film aurait pu en rester là. Heureusement, la fin viendra nous rassurer en faisant preuve de créativité, alliant rebondissement et soucis du détail, très loin d’être soupçonné. On notera même quelques grandes scènes sur l’avion, et un final enflammé aussi fou qu’amusant. Clairement en deçà de son prédécesseur, le film peut tout de même se targuer de perpétrer l’histoire sans heurt.

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Savages

Savages
2012
Oliver Stone

Deux après sa suite mitigée sur ses traders (déjà pas bien brillants), Oliver Stone s’attaque aux cartels de drogues avec l’adaptation du roman éponyme de Don Winslow, qu’il avait lui même confié comme étant pensé pour le cinéma.

Dans le grand monde du trafic que drogue, Ben (Aaron Johnson) et Chon (Taylor Kitsch) se sont fait un nom en important des graines afghanes pour en tirer des récoltes de grandes qualités. Petits mais bien implantés, leur cas intéresse fortement un immense cartel mexicain, qui se verrait bien acquéreur. Mais en réalité Ben et Chon préféreraient se retirer définitivement du marché et reprendre une activité plus bienfaitrice. Sauf qu’avec un gouvernement mexicain de plus en plus réprimant, le cartel se voit menacé, et il est prêt à tout pour mettre la main sur leur industrie locale : même à kidnapper Ophélie (Blake Lively), petite amie simultanée des deux compères. Qu’on les menace, OK. Mais qu’on touche à leur copine, ça ne se passera pas comme ça !

Banal thriller sombre à priori, le film va finalement se révéler être bien plus qu’une simple histoire de dealeurs rivaux. Pierre angulaire de l’histoire, le trio amoureux n’est pas totalement répréhensible, mais il manque de profondeur, la faute à une actrice pas au niveau. Mais heureusement, le reste tient ses promesses, détaillant avec talent l’univers décrit, et en y ajoutant une touche de perfection quand à l’écriture du scénario. Pas l’un des meilleurs qui soit, il a le mérite d’être particulièrement clair et riche, plein de rebondissements, et se clôturant sur un final audacieux et jouissif. Le casting est un sacré best-of, où on retrouvera aussi Benicio Del Toro, Salma Hayek, Emile Hirsch et même John Travolta. Tous n’explosent pas à l’écran, mais on notera le charisme puissant de Aaron Johnson qui sert énormément le film. Du beau travail de précision autour d’un sujet qui ne payait pourtant pas de mine.

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Piège de cristal

Piège de cristal
1988
John McTiernan

Alors que demain sort sur nos écrans le cinquième volet de la saga Die Hard, voici une petite rétrospective sur les débuts du policier « toujours là au mauvais endroit au mauvais moment » John McClane, qui propulsa la carrière de Bruce Willis, qui n’avait jusque là fait que de la figuration et une petite comédie, n’étant connu que grâce à sa série Clair de Lune. Et aujourd’hui, il est l’un des plus grands acteurs de tout les temps et a à son actif un immense panel de films exceptionnels. Et c’est avec ce film que tout a commencé.

Ce jour là, John McClane (Bruce Willis) sortait sereinement de l’avion, espérant en ce jour de réveillon renouer l’amour avec sa femme Holly, vivant séparée pour son travail. Mais la réception au Nakatomi Hôtel ne se passa pas exactement comme prévu : une douzaine de terroristes allemand sous la houlette Hans Gruber (Alan Rickman) prirent les convives en otages. Tous ? Non, tous sauf John, qui réussi à passer inaperçu et à se réfugier dans un étage inoccupé. Seul contre une bande surarmée, il décide de tout faire pour prévenir la police. Une tactique vaine : venus dérober plus de 600 millions de dollars en actions boursières, leur plan est sans failles, et même la police ou la FBI ne peuvent rien faire. Il ne reste alors que lui… Yipikai !

Considéré comme une référence du film d’action, le piège se refermera donc sur une tour de cristal : un building de 40 étages. Pas vraiment huis clôt, l’action du film y est tout de même confinée, ne laissant guère d’avenir au pauvre bâtiment qui subira bien des dégâts. Mi thriller, mi action, le film consiste en un affrontement musclé entre un Bruce Willis excellent et une horde de mercenaires, le tout sur fond de braquage méticuleux. Un cocktail qui marche parfaitement, arrosé d’un peu d’humour et de folie des grandeurs donnant lieu à des scènes d’anthologie. On regrettera en revanche le cliché « les allemands sont les méchants » et le manque de profondeur de la trame, empêchant le film d’atteindre les plus hauts sommets. Mais avec 140 M$ de recettes pour 28 M$ d’investissement, l’ascension fut bien là, et c’est pleinement mérité. Un pilier du genre.

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Motorway

Motorway
2012
Soi Cheang

En l’espace de dix ans, la part du marché asiatique a plus que doublée, en particulier la Chine où chaque nouvelle année explose un record d’affluence dans les salles obscures. C’est donc tout naturellement que des productions de plus en plus ambitieuses voient le jour, et la ville de Hong-Kong nous propose ici une version locale de Fast & Furious.

Tout comme pour son illustre model américain, le film tourne autour du milieu de la mafia et des courses de rues, avec ici aussi un policier qui s’y intéressera de près. – Mais pas d’infiltration dans le milieu ce coup-ci. – On suivra donc un jeune flic Hong-Kongais passionné de mécanique et qui met son volant au service de la justice. Mais un jour, un truand va s’introduire dans le commissariat, libérant un détenu et prenant la fuite en voiture. Conducteur hors-pair lui aussi, il le sèmera aisément à l’aide d’une technique de virage en pleine ruelle, laissant pour compte le jeune policier. Une humiliation sur bitume, ça va se payer !

L’inspiration à son incontournable aîné est flagrante, reprenant même certaines lignes du scénario, en plus du concept de base. L’originalité n’y est pas, mais les bases sont au moins solides, réutilisant une formule qui a largement fait ses preuves. Au pire, on pouvait retomber sur du Tokyo Drift, déjà pas si mal pour une industrie cinématographique encore balbutiante en terme de blockbuster. La technique n’est malheureusement pas aussi bonne, et les courses-poursuites ont moins d’impact malgré de belles voitures de sport, mais on se consolera avec quelques bonnes idées, des acteurs pas mauvais, et un semblant de scénario assez correct. Pour ce genre de film, on n’en demandait pas spécialement plus pour pleinement en apprécier les qualités.

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Insensibles

Insensibles
2012
Juan Carlos Medina

Le cinéma espagnol regorge de perles de tous genres, et nous livre occasionnellement des films uniques et pour le moins étranges. Certains présentaient ce film comme le nouveau messie, et leur enthousiasme peut se comprendre, mais le film sera très loin de faire l’unanimité.

Axé sur une maladie génétique rendant insensible à toute forme de douleur physique, le film retrace deux histoires à deux époques, toutes deux liées à cette maladie. La première prend place en 1931, alors qu’une étude médicale est lancée sur ce fléau rendant certains enfants incapables de vivre normalement sans se blesser grièvement. Une dizaine d’entre eux seront donc placés et enfermé dans un hôpital afin d’étudier et peut-être contrer les effets de cet handicap. L’autre histoire racontée en parallèle est contemporaine, et met en avant un insensible d’aujourd’hui, « rescapé » d’un accident de voiture. Si son bébé fut sauvé, sa femme en revanche décéda, et l’incident permit de détecter chez lui une tumeur lymphocyte. Enfant adopté, il enquête sur ses vrais parents, en quête de donneur de moelle osseuse pour survivre à son traitement.

Déroutant est sans doute l’adjectif qui lui convient le mieux. Dans sa première partie, le film nous entraîne dans son hôpital d’infortune où coexistent des enfants aussi énigmatiques que terrifiant. Les interludes du présent, supposées sans véritable lien autre que la maladie, sont particulièrement inintéressantes comparées aux évènements passés. Si ce phénomène génétique pouvait paraître être un mauvais sujet, le film dissipe instantanément nos doutes, prouvant le potentiel sombre et palpitant du cas. Un film assurément haletant et passionnant. Puis vient la seconde moitié. Certains y adhéreront totalement, mais c’est un tort. Basculant d’un coup dans la seconde guerre mondiale, le film prendra un virage de mouvais goût, n’assumant plus son caractère psychologique voir fantastique. Un contexte lourd qui nous embourbe maladroitement dans le rappel civique. Et c’est alors que le film vire carrément cinéma horrifique, tombant dans l’aliénation et le grand n’importe quoi. Les erreurs s’enchaînent alors, que ce soit des anachronismes (par rapport à la guerre) ou de pure logique (gros problèmes d’âges et autres notions de temps qui passe). Une certaine cohérence globale persiste, mais ce scénario délirant est loin d’être béton. On notera aussi un manque de consistance niveau acteurs, majoritairement limites. Heureusement, le film peut compter sur la force de son ambiance, appuyée par une réalisation magnifique et une image très stylisée et réussie. Une chose est sûre, on y restera pas insensible.

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Courage, fuyons

Courage, fuyons
1979
Yves Robert

Deux ans après s’être magistralement planté avec Nous irons tous au paradis, qui partait déjà d’une idée bancale puisque étant supposé être la suite d’une histoire se terminant sur le suicide de son acteur principal qui y revient comme une fleure, Yves Robert nous revient donc forcément avec une nouvelle comédie, où il fera appel pour la troisième fois de suite à son acteur fétiche Jean Rochefort.

De génération en génération, les hommes de la famille Belhomme ont mit un point d’honneur a représenter la couardise et la lâcheté. Martin (Jean Rochefort) a à son tour perpétué la tradition génétique, la portant même à un degré jamais encore atteint. Marié par dépit à Mathilda (Dominique Lavanant), il profita des manifestation de mai 68 pour prendre la poudre d’escampette sans donné ni nouvelles, ni motif. Atterrissant dans une bâtisse militante pseudo-intellectuelle, il y suivra une belle demoiselle, la chanteuse Eva (Catherine Deneuve). C’est un amour passionné qui l’animera pour la première fois de sa vie, le poussant même à la rejoindre à Amsterdam, et rien ne pourra l’en séparer. Sauf peut-être la menace d’un ancien amant dangereux… Fuyons !

Le principe est donc simple, et Jean Rochefort fait à merveille le grand benêt fragile et peureux. On retrouve de grosses facilités dans l’humour, et les clin d’œil historiques passent généralement mal, mais les comiques de situation sont là, avec en plus de bons dialogues à la clef. Mais on regrette cet amateurisme inexplicable qui ressort du film, avec une structure décousue, un montage approximatif, et une narration franchement ratée. Le potentiel est même carrément gâché lors de certains passages qui auraient dû être inoubliables, comme le coup de l’amnésie choisie, mais qui dans l’état fait tout juste office de bon moment sympa. Reste un niveau globale plutôt correct, et un très bon casting, mais on ressent forcément une certaine déception quand au résultat.

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Exam

Exam
2009
Stuart Hazeldine

Sorti en Angleterre il y a plus de trois ans, le film a tout juste débarqué chez nous en octobre dernier, venant heureusement réparer une injustice aussi improbable qu’inespérée. La science-fiction est un genre hautement prometteur, mais non moins délicat. Et dans un contexte de huis clôt, on aurait pu être dubitatif, mais les meilleures surprises sont là où on les attend le moins.

Dans un futur proche, la Terre sera paralysée par une terrible maladie dégénératrice mortelle, tout juste atténuable pour les plus riches. L’économie est suspendue et le chômage ravage les pays, créant une demande insatiable. Alors quand l’offre d’emploi ultime se présente, plus rien d’autre n’a d’importance. Huit candidats, une seule question qui ne nécessitera qu’une seule réponse. Seules règles : « si un candidat tente de communiquer avec le surveillant ou le garde, il sera disqualifié », « si un candidat gâche son papier (feuille d’examen), intentionnellement ou non, il sera disqualifié », « si un candidat choisit de quitter la pièce pour n’importe quelle raison, il sera disqualifié ». Et toutes les autres règles de la société n’ont plus cour. Les 80 prochaines minutes détermineront leurs 80 prochaines années…

Quatre hommes et quatre femmes, seuls face à une feuille blanche n’indiquant qu’un numéro de candidat, rien de plus, avec un garde armée en médiateur. Comment répondre à une question qu’on ne connait pas ? Une première candidate confondant sa feuille et une lettre de motivation comprendra alors la règle « il ne faut pas gâcher son papier ». C’est alors qu’un homme se lève, conscient de la véritable nature des règles. On comprend alors la nature cachée de cette salle d’examen, recelant en réalité une quantité infinie d’interactions. Reste à savoir lesquelles les mèneront à la vérité.

On suivra donc ce petit comité cloîtré dans cette salle pendant 80 minutes, échafaudant plan sur plan pour percer les mystères de la pièce, mais aussi de la feuille énigmatique. Photo-sensible ? Effervescente ? Thermique ? Bien trop occupés à s’aider et se tirer dans les pattes, l’équipe ratera bien évidemment l’indice ultime, frustrant le spectateur déjà victorieux depuis longtemps. Quoique… Mais la force du film réside surtout dans le suspense torride de la situation incroyablement stressante, et dans les interactions malignes avec le décor, amenant ce huis clôt très loin, et apportant à l’histoire et au cadre futuriste apocalyptique une touche de réalisme et de cohérence implacable. Mieux encore, les acteurs sont très bons, rendant l’expérience particulièrement captivante. Alors bien sûr, cet indice qui leurs échappe tout du long agace, et le dernier tiers juste avant la révélation finale connaît quelques ratés. Mais de manière générale, le film force le respect de par sa profondeur, son professionnalisme et son soucis du détail. Une perle du genre.

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Citadel

Citadel
2012
Ciaran Foy

Présenté à quelques festivals indépendants, le film est resté inédit en salles, mais heureusement pas à nos yeux. Petite production irlandaise, le film est un véritable ovni métaphorique sur notre société. Drame psychologique, film fantastique et horrifique, Citadel est un véritable mélange des genres, alliant du Harry Brown à du Silent Hill.

Dans une ville sans nom, où les rues sont désertes, où les habitats sont insalubres et où la racaille pullule, Tommy (Aneurin Barnard) a assisté impuissant à l’agression de sa femme enceinte. Sa fille fut sauvée, mais pas elle, qui partit après de longs mois de coma. Agoraphobe depuis l’incident, il vit dans la peur continuelle de voir ces jeunes délinquants s’en reprendre à lui ou son bébé. Mais il ne réalise pas qu’en faite ces jeunes ne sont plus humains, et sont désormais des monstres sanguinaires attirés par la peur, sentiment dont déborde Tommy, et sa fille de surcroît. Conscient du problème, il voulait quitter la ville. Mais ce soir là dans le bus…

Le film démarre sur une « banale » agression – bon c’est vrai que se mettre à trois pour tabasser et poignarder une femme enceinte pour le fun, c’est violent – et un père veuf qui tente de se reconstruire après son trauma. Fragile, névrosé et paranoïaque, il alterne visite à l’hôpital et réunion d’anonyme entre chaque biberon. Première partie assez molle, le film y culmine néanmoins un suspense pesant sur ce monde extérieur si terrorisant. Et c’est là que le film fait très fort, alors que la métaphore et la phobie prennent vie, plongeant le spectateur dans l’horreur et la violence oppressante. D’un seul basculement, le film passe du drame humain à une menace démoniaque, faisant preuve d’une force inouïe dans la transition magistrale qui n’est que le prélude à une montée en puissance surprenante et tellement peu commune. Il faut le voir pour le croire. On regrettera tout de même un peu son début timide et sa fin abrupte. Dans tout les cas, le film nous prouve plus que jamais que le cinéma indépendant à un bel avenir devant lui.

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Les Seigneurs

Les Seigneurs
2012
Olivier Dahan

Comment s’assurer le succès ? Simple : réunir le plus de stars possibles autour du sport national le plus populaire, le foot. Et on peut dire que l’équipe rivalise avec le PSG du Qatar : José Garcia, un ancien attaquant prodige traîné dans la boue qui tente un come-back en tant qu’entraîneur d’une équipe inexistante de bretagne, Jean-Pierre Marielle, un local qui joue l’avenir de son entreprise de pêche sur son équipe de foot, Franck Dubosc, ancien attaquant vedette en pleine reconversion théâtrale, Gad Elmaleh, grand attaquant traumatisé et en convalescence, Joey Starr, défenseur « anglais » sortant de prison, Ramzy Bedia, gaule de génie, et Omar Sy, qui avait mit un terme à sa carrière pour raisons cardiaques. Une équipe improbable de retraités sportifs, qui s’allient pour sauver la conserverie de l’île, mais aussi redonner un second souffle à leur vie.

Le piège était évident et fut bien sûr vérifié : du pur film commercial. Le pitch footballistique est opportun, et se sert en plus de la crise comme cache-misère. L’unique entreprise de l’île est en faillite et seul l’argent généré par les publicités des matchs peut la renflouer. Pour cela l’équipe doit gagner trois matchs. Hou là là… Et vas-y que j’y met la fine fleure de la comédie française avec un peu de guest (Jean Reno et Frédérique Bel) pour capter un maximum de gens dans les salles. Et effectivement, 2.7 millions de français ont répondu à l’appel, suffisant pour couvrir les frais du film. Mais il est vrai que malgré des matchs mal filmés (on aurait aimé une vue plus télévisuelle par moments), le film est globalement assez sympa, usant de son puissant casting pour en soutirer quelques passages drôles, surtout avec Gad Elmaleh en demeuré. Un divertissement simple et efficace en somme, à réserver aux moins exigeants.

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