Nocturnal Animals

Nocturnal Animals
2017
Tom Ford

Alors que le festival de Cannes bat son plein dans une indifférence croissante tant les lauréats sont d’obscurs films d’auteur qui n’ont plus le prestige d’antan et que la remise des prix est de plus en plus un immense canular, il y a quelques mois sortait un de ceux qui avait le plus fait sensation sur le marché du film l’an dernier, s’arrachant à prix d’or. Avec 20 M$, c’est tout simplement la transaction la plus cher de l’histoire, mais avec seulement 29 M$ de recettes dans le monde pas sûr que l’investissement fut jugé satisfaisant.

Alors que son couple bat de l’aile et que le doute pèse sur ses motivations professionnelles, Susan (Amy Adams) va recevoir un colis de la part de son ex mari Edward (Jake Gyllenhaal). Alors qu’elle n’avait plus de nouvelles de lui depuis des années, ce dernier lui offre en avant-première son nouveau roman. Lui qui n’écrivait jusqu’alors que sur lui-même, elle ne pourra que retenir son souffle devant la sombre histoire se déroulant sous ses yeux.

Le premier contact avec un film est primordial. Or quand on voit plusieurs modèles obèses se dandiner sans le moindre vêtement tels des cachalots agonisants sur une plage, le tout sur une musique psychédélique, ça n’est pas de nature à rassurer. Heureusement, pour dissiper l’envie de vomir et d’arrêter immédiatement les frais, une liste de noms ahurissante est là pour attiser la curiosité voir l’impatience : Michael Shannon, Aaron Taylor-Johnson, Isla Fisher, Armie Hammer, Laura Linney, Andrea Riseborough, Michael Sheen ou encore Jena Malone. Un casting pour le moins colossal ! Mais finalement, en plus d’une mise en scène particulièrement soignée et une photographie très propre, le véritable point fort du film vient de son histoire, terrifiante et palpitante. Dans l’absolue la vie réelle est banale et l’histoire du livre a déjà été vue un certain nombre de fois, mais le film a l’art et la manière de dire et de montrer les choses. La construction du récit, la tension du montage, l’angoisse de l’atmosphère : tout y est pour l’immersion soit la plus oppressante possible et le film nous emporte. L’écriture des personnages est très aboutie, le jeu des acteurs impeccable, la réalisation parfaite. Le fond manque d’originalité, l’introduction est un peu de mauvais goût et la fin semble manquer, mais ça reste un exercice de style passionnant avec une histoire dans l’histoire qui vous hante.

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Demain tout commence

Demain tout commence
2016
Hugo Gélin

Certaines personnes ont du flair, c’est indéniable. Si bien sûr prendre l’acteur français le plus bankable du moment aide beaucoup, faire plus de 3,2 millions d’entrées reste un sacré exploit, plaçant le film à la douzième place des plus gros succès en France en 2016. Pourtant, à l’origine du projet l’idée de faire un remake d’un film mexicain (Ni repris ni échangé) qui n’a pas réussi à s’exporter avait de quoi laisser dubitatif, mais c’est en réalité très logique : si le film n’est pas arrivé jusqu’à nous, ressortir peu après la même histoire n’est plus un problème puisque quasiment tout le monde est passé à côté.

Être père et avoir des responsabilités, c’était loin de l’image de la vie que se faisait Samuel (Omar Sy), employé d’un spot touristique dans le sud de la France. Pour lui son quotidien c’était les plages de sable fin, les balades en bateau et les soirées chaudes en boîte, mais un jour son petit paradis va s’envoler en fumée. Conquête passée, une certaine Kristin (Clémence Poésy) va débarquer avec un bébé dans les bras, le leur. Sans même avoir le temps de comprendre ce qui lui arrive, tentant de la rattraper jusqu’à Londres, il va se retrouver bloqué avec la petite Gloria. Un cauchemar d’un jour qui deviendra un rêve de toujours.

Le fantasme de la fête perpétuelle où rien n’a d’importance, où la peine n’est qu’une lointaine hantise, où l’amour change de forme chaque jour, tout cela n’a aucun sens. Evidemment, la vie elle-même est furtive et d’un point de vu fataliste toute forme de construction est stupide, mais toutes ces considérations tombent face à un amour pure et une franche amitié. Si on aimerait pouvoir passer l’éternité avec les êtres qui nous sont le plus cher, chaque amour intense, aussi bref soit-il, donne un sens à la vie et on chéri chacun de ces instants magiques. La peur de perdre quelqu’un, la douleur de l’avoir perdu ou d’en être séparé, c’est ça qui fait de nous des êtres vivants. Si le film n’a pas un impact émotionnel colossal malgré le talent impressionnant de la jeune Gloria Colston, il a bien compris son sujet et arrive à en faire une belle fable, aussi bien d’un point de vu narratif que sensitif. Entre un casting efficace et un humour sympathique sans être forcément trop envahissant, le film est donc une belle réussite qui arrive à restituer une bonne partie de son formidable potentiel. Il manque une petite touche larmoyante de poésie pour en faire une œuvre majeure, mais c’est déjà un beau film.

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Le Cœur en braille

Le Cœur en braille
2016
Michel Boujenah

Les amours de jeunesse, une histoire d’handicap, une sortie pendant les fêtes et le retour d’un grand artiste derrière la caméra : pour quelqu’un d’aussi catastrophique que moi quant à donner des pronostiques de réussite commerciale, tous les ingrédients étaient réunis pour un gros carton. Comme pour Ma Famille t’adore déjà, je tablais sur plusieurs millions d’entrées, mais la douche sera encore plus froide ici avec à peine plus de cent mille entrées. Une sanction des plus sévères et pour le coup beaucoup moins méritée.

Être une collégienne, c’est difficile, surtout sans amis. Quand on veut en plus devenir violoncelliste professionnelle et que son père n’est clairement pas un soutien, ça devient très compliqué. Et quand il faut de surcroît lutter contre une maladie dégénérative la condamnant à devenir aveugle, on se demande bien ce qui permet à la jeune Marie (Alix Vaillot) de tenir. Seule et bientôt plongée dans l’obscurité perpétuelle, elle trouvera finalement du réconfort auprès de son camarade Victor (Jean-Stan du Pac) qui deviendra rapidement bien plus qu’un simple ami.

Une fois n’est pas coutume, encore que c’est étrangement assez fréquent, la première chose qui choc avec ce film est le décalage de jeu d’acteur entre petits et grands. Alors même que le film compte dans ses rangs Charles Berling et Pascal Elbé, deux acteurs à priori très bons, ils paraissent cabotiner à outrance comparés aux jeunes bien plus naturels et rafraîchissants, notamment l’héroïne qui est puissamment bluffante. Heureusement, comme le film se concentre sur la nouvelle génération, on rentre facilement dans cette histoire toute mignonne et pleine de bons sentiments. Le scénario est on ne peut plus classique et les rebondissements sont antédiluviens, mais ça n’empêche ce petit divertissement sans prétention de remplir pleinement son office, créant une belle empathie pour cette formidable adolescente qui arrive à trouver un peu de bonheur malgré les affres de la vie.

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Alien : Covenant

Alien : Covenant
2017
Ridley Scott

Inaugurée en 1979 avec Alien, le huitième passager, la saga Alien avait connu trois suites plus ou moins réussies avant de connaître un retour en grâce avec Prometheus, prequel signé par son créateur Ridley Scott qui jouait la carte du film original qui camouflait une ambitieuse origine story reprenant la théorie des ingénieurs, thème majeur dans le domaine de la SF. Film brillant aussi puissant visuellement que psychologiquement, il nous avait laissé dans l’expectative il y a cinq ans, hypé par la promesse de la visite de la planète des ingénieurs. Malheureusement, à cause de quelques imprécisions scientifiques, certains avaient légitimement pesté sur des points du scénario, poussant le réalisateur à «mieux» réfléchir ses suites. Et c’est alors que les premières inquiétudes sont apparues entre des changements de titre et l’annonce d’une nouvelle histoire basée sur un autre équipage. Et à l’heure du bilan, les pires inquiétudes semble bien dérisoires…

On suit cette fois l’équipage du vaisseau Covenant qui devait partir coloniser la planète Oméga 6. Suite à une éruption solaire aléatoire, l’équipe (Michael Fassbender Katherine Waterston Danny McBride) va capter un signal provenant d’une planète bien plus proche de leur destination et potentiellement plus propice à la colonisation. Un paradis perdu ? Rien n’est moins sûr…

Alors qu’une nouvelle mythologie passionnante prenait place, l’idée de partir sur une autre piste laissait perplexe et le début ne sera pas de nature à rassurer. La scène avec le créateur nous rappelle de manière très téléphonée la vénération quasi divine, mais très vite notre esprit sera obnubilé par les incohérences. Pourquoi l’impact n’a pas pu être prévu à ce point ? Quel intérêt de faire mourir un protagoniste non présenté ? Comment peut on être suffisamment débile pour sortir dans l’espace sans câble de sécurité ? Genre qu’avec un simple scan on peut derrière se balader sur une planète inconnue sans scaphandre ? Sans scaphandre ! Et les virus et bactéries ? Oh bah tient, on se demande bien ce qu’il pourrait se passer ! Et sinon les hautes herbes, on en parle ? Scientifiquement le film frôle le zéro absolu, le climax tant attendu de la nouvelle saga est bâclé à travers un flashback bancal, tous les rebondissements se sentent venir à des kilomètres, les acteurs sont décevants et visuellement aucun plan ne marquera. Le film est une déception sur chaque point, ne faisant pas évoluer la mythologie, échouant à se légitimer et peinant à provoquer le moindre frisson. Et dire que le prédécesseur était si prometteur…

Disponible en version alternative et vidéo :
https://www.youtube.com/edit?o=U&video_id=4CBZnhRqR2E

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À fond

À fond
2016
Nicolas Benamou

Pendant que l’un réalisait Alibi.com, son binôme des deux Babysitting œuvrait pour sa part sur ce film. L’un a fait plus de trois millions d’entrées et fut un immense succès critique et publique, l’autre laissa plus froid son petit million de spectateurs, à tel point que les jeux de mots du style « à fond dans le mur » allaient bon train. Pourtant, le film part d’une bonne idée et tient ses promesses.

Il y a quelques années, un automobiliste fou conduisant à plus de 200 km/h sur autoroute et soutenait que ce comportement suicidaire était le fruit d’un régulateur de vitesse bloqué. Reprenant cette idée de base, le film va mettre Tom (José Garcia), sa femme (Caroline Vigneaux), ses deux enfants et son père (André Dussollier) dans cette délicate situation où une technologie défaillante transforma la gentille voiture familiale en véritable corbillard.

Le pitch du film était on ne peut plus simple : une voiture folle impossible à arrêter, l’occasion pour la famille de se dire ses quatre vérités. Donc forcément, on ne s’attend pas à grand chose d’original en dehors de la forme, permettant d’insuffler un peu de dynamisme à une banale histoire de famille comme on en voit tant. La vitesse n’est pas le seul facteur de fluidité, le fait de multiplier les points de vue en y ajoutant une certaine tension aide à l’immersion comme avec le gendarme (Vincent Desagnat) qui les suit, sa patronne septique (Florence Foresti), le vendeur de la voiture (Jérôme Commandeur), le fou qui s’est fait défoncé la portière ou encore l’accident chirurgical. Toutes les histoires ne se valent pas et le père est carrément insupportable (aussi à cause de l’interprétation lamentable de Dussollier) mais globalement l’humour est efficace avec quelques perles comme le vendeur et le fou furieux à la BMW. Le film se vendait comme un divertissement lambda, un peu bof mais sympathique, et c’est exactement ce qu’il est, donc pour peu qu’on ne lui en demande pas plus on passe un bon moment.

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Alliés

Alliés
2016
Robert Zemeckis

Personne n’est à l’abris d’un cuisant échec, même pas Robert Zemeckis qui commence à en avoir bien conscience puisque le pauvre les enchaîne avec The Walk, même si le gros du rejet qu’il essuie vient des Etats-Unis, ce qui n’est donc pas forcément une référence qualitative (non pas que les US aient des goûts mauvais, encore que, mais quand le rejet est localisé et non global l’impact est moins significatif). Pourtant, entre l’attrait d’une histoire vraie sur la Seconde Guerre Mondiale supervisée par l’un des scénaristes les plus en vogue du moment, un réalisateur de renom et un casting prestigieux, le film semblait avoir de solides atouts dans sa manche.

Dans la lutte contre la menace nazi, nombre de pays se sont alliés et des missions conjointes ont vu le jour. C’est ainsi qu’en 1942 un canadien, Max Vatan (Brad Pitt), et une française, Marianne Beausejour (Marion Cotillard), ont travaillé ensemble pour mettre sur pied une attaque contre le régime SS à Casablanca. Une mission tout ce qu’il y avait de plus professionnel, mais à force de passer du temps ensemble leur union qui leur servait de couverture gagna en crédibilité puisqu’étant réellement amoureux l’un de l’autre. Quelques mois plus tard, alors marié et père d’un enfant avec Marianne, le monde de Max va s’effondrer quand une enquête pour espionnage va être ouverte à l’encontre de son épouse, accusée d’être une allemande infiltrée.

Quand on ressort du film, les questions sont nombreuses. Pourquoi avoir fait une histoire se déroulant durant la Seconde Guerre Mondiale si c’est simplement pour raconter comment deux collègues tombent amoureux ? Certes, on a ensuite la traque à la traîtresse potentielle, mais ça ne représente qu’une part restreinte du film, d’autant que même là les enjeux ne seront pas tellement la sécurité nationale ou la guerre mais bien leur couple. Tout ça pour une banale romance ? Eh bien oui, et même sur ce point le film ne convainc pas vraiment, la faute à des acteurs un peu creux (comptant pourtant Jared Harris, Lizzy Caplan, Matthew Goode et étonnamment Camille Cottin) et une réalisation d’une platitude incroyable. Le coup de la tempête de sable, symbolisant l’exaltation amoureuse, ou encore l’épave d’avion nazi, qui s’est miraculeusement crashé à plat et dont l’aileron arbore une croix gammée magiquement intacte pour conserver toute la symbolique, dénotent d’une mise en scène quasi grotesque qui sacrifie la crédibilité au profit d’un visuel supposément grandiose. De l’esbroufe pour un film sans grand intérêt.

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Parlons Ciné – Avril 2017

Depuis le remake absolument honteux de La Belle et la Bête, je n’avais pas sorti de critique vidéo de film vu en salle, mais pour autant il n’y avait pas tellement matière à sortir une vidéo sur chacun puisqu’il n’y a eu aucune grosse surprise, dans un sens comme dans l’autre. Qu’à cela ne tienne, voici donc une double critique des deux plus gros blockbusters du mois (Fast & Furious 8 et Les Gardiens de la Galaxie 2), l’un d’eux ayant déjà franchit le milliard de dollars dans le monde et le second aspire à entrer dans le cercle « prestigieux » des milliardaires.

https://www.youtube.com/watch?v=lBQGJhJ39N0&t=25s

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Le Fondateur

Le Fondateur
2016
John Lee Hancock

Première chaîne de restaurant au monde, nourrissant plus de 70 millions de gens dans le monde chaque jour et qui brasse chaque année près de 30 milliards de dollars de chiffre d’affaire, le géant américain McDonald’s est un monstre de l’industrie, mais sa « succes story » est pourtant méconnue. Quand on pense aux personnes liées à l’enseigne de fast-food, le seul nom qui nous vienne est celui de Ronald McDonald’s, personnage totalement imaginaire, c’est dire.

Dans les années 50, enchaînant les idées foireuses et les produits prétendument miracles, Ray Kroc (Michael Keaton) sillonnait les Etats-Unis pour refourguer un mixeur à milk-shake quand il va tomber sur un restaurant révolutionnaire. Deux frères qui ont eux aussi connu échec sur échec ont apprit depuis 20 ans à connaître les envies de leurs clients et ont progressivement élaboré des techniques de plus en plus efficaces pour les satisfaire. Efficacité des recettes, optimisation du temps de travail, contrôle de qualité et service quasi instantané : voilà ce qui avait fait du restaurant Mc Donald le rendez-vous incontournable du coin. Pour Kroc le potentiel était colossal, bien décidé à tout faire pour en créer une franchise.

Dans un monde où tout va à 200 à l’heure et que le temps est une denrée de plus en plus précieuse, une chaîne de restaurant où la commande est prête dès qu’elle est passée sonne comme une révolution majeur, surtout quand le public est très satisfait de la qualité des produits. Ah c’est sûr qu’un bel hamburger avec du vrai steak de bœuf, le tout à 15 centimes, ça avait de quoi faire rêver. L’histoire que montre le film est donc très intéressante puisqu’on découvre deux hommes incroyablement honnêtes et sympathiques qui mettent leur génie au service de leur prochain et qui vont se retrouver face à l’ambition démesurée d’un homme d’affaire que rien n’arrête. Quand on voit ce qu’est devenu leur commerce, on ne peut que donner raison à Ray Kroc tant l’implantation est aujourd’hui écrasante, mais encore faut-il avoir l’art et la manière. Comme le dit le film, rien n’est plus cliché qu’un génie incompris ou qu’un talent gâché, mais quand on a la détermination et la patience on peut venir à bout de tout. On ne va pas se mentir, ce fameux Kroc peut d’abord sembler seulement arriviste, mais c’est aussi indéniablement un connard. Cela met par moment une certaine distance entre le spectateur et le film, mais heureusement les acteurs (incluant Laura Dern et Patrick Wilson) sont très bons. Sans atteindre le niveau d’implication émotionnel ou l’impact d’un Social Network, le film est à l’image de son sujet, du plaisir rapide et efficace mais pas spécialement glorifiant.

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Le Petit locataire

Le Petit locataire
2016
Nadège Loiseau

Alors que le stress fait constamment exploser le taux de stérilisation des personnes normalement en âge d’avoir des enfants, que le premier enfant arrive de plus en plus tard de par le rallongement des études et l’égalité des sexes, sans compter les possibles incompatibilités à cause des rhésus de nos groupes sanguins, avoir un enfant tient aujourd’hui du miracle et on entend de plus en plus parler de fécondation in vitro ou de mère porteuse. Prenant le contre-pied de tout ça, le film va nous montrer une famille où la fécondité n’a pas d’âge.

À quasiment 50 ans, Nicole (Karin Viard) n’aspirait qu’à une chose : la tranquillité. Entre un mari au chômage depuis deux ans, une fille encore à charge qui a elle-même sa propre fille, sans compter la grand-mère qui n’est plus autonome et qui vit elle aussi sous leur toit, son rêve semblait déjà bien loin, mais quand elle va en plus apprendre qu’elle est encore enceinte 34 ans après son premier enfant, l’envie de tout envoyer valser va se faire méchamment sentir.

Voilà le genre de film comme la France en raffole (à produire du moins, les spectateurs n’ont pas été très nombreux à faire le déplacement). On retrouve une famille de bof un peu folle qui s’engueule régulièrement, bardée de problèmes et qui s’y complet dedans. Du misérabilisme avec des protagonistes qui relèvent presque du cas clinique, et le film nous en montre le quotidien suite à un « changement bouleversant ». Il n’y a pas grand chose à en dire tant on a l’impression d’avoir déjà vu un paquet de fois le même film et on peut même s’amuser à prédire la prochaine scène avec une précision chirurgicale. C’en devient vite lassant et rien dans la mise en scène ou le jeu des acteurs ne relancera l’intérêt. Le film n’est pas spécialement honteux mais une telle absence de créativité pèse.

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Cigarettes et chocolat chaud

Cigarettes et chocolat chaud
2016
Sophie Reine

Une sortie perdue au milieu des grosses sorties de décembre, pas de grosse tête d’affiche et un titre qui ferait fuir jusqu’aux plus grands fans de cinéma indépendant : avant même sa sortie le destin du film était scellé. Et ça n’a pas raté puisque le film a tout juste dépassé les cent mille entrées, n’amortissant ainsi que le tiers d’un budget pourtant très inférieur à la moyenne nationale. En voyant la bande-annonce on pouvait s’attendre à un beau film qui méritait bien plus, mais en fait pas tellement.

Détresse à Groland. Depuis la mort de sa femme, Denis Patar (Gustave Kervern) s’est un peu laissé aller et il n’arrive plus à gérer ni son emploi du temps ni ses finances. À force de cumuler les manquements à son rôle parental, il va finir par attirer l’attention des services de protection à l’enfance. Si ses deux filles l’aiment et ne souhaitent pas être séparées de lui, c’est avant tout les services sociaux (Camille Cottin) qu’il faudra convaincre, une tâche loin d’être acquise.

Les intentions premières du film étaient très louables et le potentiel indéniable. Voir une famille miséreuse mais heureuse et qui s’épanoui dans un modèle opposé aux valeurs classiques, ça pouvait offrir une belle bouffée d’air frais, mais dans la pratique le bilan est mitigé. Niveau bonheur on repassera puisque personne ne se complaît vraiment dans son quotidien, et côté vision alternative on restera dubitatif puisque le modèle n’est pas viable. Et c’est là le gros point faible du film : il défend un point de vu bancal tout en ayant conscience de ses lacunes, mais au final aucun parti n’y trouvera son compte ou ne serait-ce qu’un facteur d’évolution positive. Le message est donc soit faussé soit inexistant, ce qui n’enlève certes rien au talent des acteurs ou à la sincérité qui se dégage du récit, mais cela en amoindri l’impact. Cas typique de bonne idée mal exploitée.

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