Le Crime de l’Orient-Express

Le Crime de l’Orient-Express
2017
Kenneth Branagh

Grand amateur de Shakespeare qu’il a adapté de nombreuses fois à l’écran, Kenneth Branagh est ce qu’on qualifierait de gentleman britannique amateur de classiques, et le voir se plonger dans du Agatha Christi avait de quoi hautement nous réjouir. Il était incontestablement l’homme de la situation, et avec l’un des casting les plus ahurissants de l’histoire pour camper les protagonistes du mythique train, le tableau semblait presque trop idyllique pour être vrai.

Légendaire détective connu dans le monde entier, Hercule Poirot (Kenneth Branagh) pensait pouvoir jouir de petites vacances après avoir résolu une enquête à Jérusalem, mais le sort va s’acharner et le travail tomber. Voulant retourner à Calais, il va prendre à Istanbul le célèbre train de l’Orient-Express, mais le voyage ne sera pas de tout repos. Alors qu’une avalanche va clouer le train sur place, un drame va survenir : Edward Ratchett (Johnny Depp), un trafiquant d’art, va être retrouvé mort dans sa cabine, poignardé de douze coups de couteau. D’après les circonstances, seuls les passagers du wagon (incluant Michelle Pfeiffer, Josh Gad, Daisy Ridley, Penélope Cruz, Willem Dafoe, Judi Dench) auraient pu commettre le crime. L’un d’eux est coupable, mais qui ?

Il y a de ça une bonne quinzaine d’années, j’avais étudié le roman d’origine en classe, gardant de cette expérience le souvenir d’une fin bancale et tirée par les cheveux. Excusez ma jeunesse de l’époque, j’étais alors loin de réaliser non seulement la complexité du récit mais aussi l’intérêt de sa morale bivalente. D’emblée on découvre un Hercule Poirot au charisme monstrueux, à la force de déduction implacable et à la classe aussi dingue que son égocentrisme et son arrogance sont justifiés. Il suffira d’une scène pour le placer dans les stratosphères de mes héros favoris : le protège moustache pour la nuit, l’accessoire ultime d’icônisation pour le faire entrer dans la légende, au même titre que le smoking de nuit de Barney dans How I Met Your Mother. Il ne cherche pas à paraître, il est. Et le plus fort, c’est que non seulement son enquête est d’une justesse ahurissante, mais en plus ce n’est pas lui qui vient éblouir le monde de son intelligence car la véritable leçon du film c’est lui qui va l’apprendre. Sans trop en dire sur le fond de l’histoire, le moins que l’on puisse dire c’est que chaque personnage est utile, l’écriture est extrêmement travaillée, les dialogues sont d’une précision irréprochable et l’atmosphère pesante nous fait retenir notre souffle jusqu’à la dernière seconde. Par la mise en scène et le procédé d’enquête qui nous dévoile petit à petit les éléments de l’intrigue, on en perçoit pas tout de suite l’ampleur de l’histoire, mais quand vient l’heure du bilan on reste sans voix. C’est brillant, puissant, captivant. Une suite toujours emmenée par Kenneth Branagh est déjà programmée et c’est une excellente nouvelle tant pour le cinéma que pour les œuvres d’origines, trouvant là une parure d’une rare noblesse.

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Santa & Cie

Santa & Cie
2017
Alain Chabat

Dans les années 90, on avait deux groupes comiques qui fédéraient quasiment tout le monde : Les inconnus et Les Nuls. Figure emblématique de ces seconds, Alain Chabat a toujours occupé une place de choix dans nos cœurs de petits français, et ses trois premiers films en tant que réalisateur sont devenus cultes. Seul son quatrième long-métrage a laissé globalement perplexe : Sur la piste du Marsupilami, quoique moins honteux que ce qu’on aurait pu craindre. Loin de nous refroidir, on attendait tous son prochain projet comme des enfants attendant leurs cadeaux de Noël, et c’est justement sur cette fête que le film porte.

Dans le film, Alain Chabat y campe Santa Claus, le Père Noël, devant faire face à un énorme problème : à une poignée de jours de Noël, ses 92 000 lutins vont tous tomber malades simultanément. D’après sa femme Wanda (Audrey Tautou), ils manqueraient de vitames C, et il faudrait donc se rendre en territoire civilisé pour commander près de cent mille vitamines pour les remettre sur pied. Un challenge difficile quand on ne connaît pas le monde qui nous entoure, mais il trouvera sur sa route Thomas (Pio Marmai) et sa femme (Golshifteh Farahani) qui vont accepter de l’aider dans sa tache.

Les films de Noël occupent une part de moins en moins important d’année en année, surtout en France où même les grosses comédies américaines sur le sujet ont des sorties confidentielles voir directement dans les bacs. Un gros blockbuster français avec un artiste au capital sympathie dingue, ça nourrissait forcément des attentes considérables, et dans ces conditions là on ne peut qu’être déçu si le film n’est pas au minimum excellent. Enchaînant les jeux de mots faciles et débiles sans être drôles pour autant, lâchant du guest pour les prestige sans rien en faire derrière, à l’image du duo David Marsais et Grégoire Ludig carrément sous-exploité, le film coupe rapidement court à nos attentes. Le scénario est au mieux bancal, reposant sur une idée très faiblarde et multipliant les incohérences. La plus flagrante est celle de l’argent : Santa prétend être l’inventeur du monopoli, et pourtant il ne comprend pas la notion d’argent, achat et vente. L’écriture des personnages est elle aussi problématique tant la psychologie de chacun ne bougera pas, même celle du Père Noël qui restera un connard narcissique quasi autiste jusqu’à la fin. C’est dommage car le film avait un vrai potentiel et quelques trouvailles s’y sont glissées. On pense notamment aux pouvoirs du Père Noël, capable de parler n’importe quelle langue au monde et il connaît et se rappelle de tous les enfants et de tous les cadeaux qu’il leur a apporté. Cela donne lieu à quelques scènes tantôt drôles tantôt touchantes, mais trop peu nombreuses pour tirer pleinement parti du potentiel sous-jacent. Au final le film est tout juste correct, pas si drôle que ça et largement plombé par l’inconsistance de son histoire. Un crève cœur tant on voulait y croire.

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Top 10 Jeux-Vidéo

Salutations ! Pour célébrer les 7 ans du lancement de mon site, qui fut dévoilé le 20 décembre 2010 déjà, je vous propose de découvrir un top de mes jeux-vidéo préférés. Comme il y a deux ans avec le cinéma, je vous livre la liste des œuvres d’un autre domaine artistique qui m’ont le plus touché et marqué, revenant sur ce qui m’a fait le plus vibrer dans chacune d’entre elles.

N’hésitez pas à partager vos expériences personnelles et à les confronter aux autres dans les commentaires, et surtout mettez un pouce bleu, partagez la vidéo et abonnez-vous si ça vous a plu.

https://www.youtube.com/watch?v=9KY01rJ_LOw&t=25s

Bonne vidéo et à demain pour de nouvelles critiques de cinéma.

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Overdrive

Overdrive
2017
Antonio Negret

Sorti au cours d’un été bien trop chargé, le film a pourtant essayé de prendre sa part du gâteau en exposant des arguments de poids : le film est réalisé par celui à qui l’on doit l’excellente purge d’adrénaline qu’est Taken ; il est scénarisé par le duo pensant du très fun Fast & Furious 2, légitimant ainsi l’aspect braquage et course de voiture ; la tête d’affiche n’est nulle autre que Scott Eastwood, fils de en encore plus beau mesdames ; et pour les hommes on aura droit à la sublime Ana de Armas qui crevait l’écran dans Blade Runner 2049 ainsi que la non moins magnifique Gaia Weiss de la série Vikings, celle qu’on rêvait nous aussi d’affranchir. Avec en plus la cité phocéenne en toile de fond pour aguicher le spectateur français, toutes les cartes étaient réunies, mais avec la moitié des entrées d’un film comme Le Transporteur Héritage, la claque est aussi sévère que surprenante.

Côté histoire c’est simple et ça fait le taff : deux frères américains arrivent à Marseille pour dérober une voiture de collection estimée à plus de 40 millions d’euro, mais une fois le casse réussi ils vont vite déchanter. Cette voiture appartenait à Jacomo Morier, parrain de la pègre et boss de la ville, assez furieux qu’on se foute de sa gueule en lui prenant la pièce maîtresse de son musée personnel. Pour calmer le jeu et sauver leurs vies, les deux frères vont proposer la seule chose en leur possession : leur talent d’escrocs et de conducteurs. Pour se racheter, ils ambitionnent de voler le bolide le plus précieux d’un autre collectionneur mafieux, nouveau rival sur le territoire.

Le film commence assez fort avec une leçon de pilotage de haut vol avec des cascades impressionnantes et périlleuses, nous rappelant les débuts de la saga Fast & Furious, à l’époque où ils ne se sentaient pas obligés de repousser les limites du possible pour nous en mettre le plus possible plein les yeux. Une « simplicité » qui fait du bien, mais qui d’un autre côté souffre parfois de la comparaison. Côté acteurs le charisme est présent, même si on sent bien que les choix se sont vachement centrés sur le physique et que le casting sent un peu trop le défilé de mannequins en dehors des « méchants ». Pour ce qui est de la réal le bilan est surprenant : si on garde l’efficacité brute de Taken, on a aussi le droit à énormément de transitions imaginatives et réussies qui demandent une précision technique de dingue. On soigne donc beaucoup l’apparence, le fond un peu moins. Ainsi soit-il, le film n’avait pas l’ambition de révolutionner le genre et le résultat est là.

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Wheelman

Wheelman
2017
Jeremy Rush

Il y a trois ans sortait Locke qui narrait le dilemme d’un père qui hésitait entre foutre en l’air sa carrière et son mariage et attendre le lendemain pour aller voir son enfant illégitime à la maternité, aboutissant sur un choix aussi débile que ce que le film était long et les dialogues insipides. Comme quoi, on peut avoir un bon concept, et selon comment on le traite le résultat peut-être chiant ou sympa. La preuve en est avec ce film, reprenant le principe du huit clos dans une voiture où on suit une personne en temps réel pendant une soirée.

Ne pas ramasser la savonnette en prison, ça a un prix, et à la sortie il faut bien payer. Pour se faire, l’homme en question (Frank Grillo) va accepter de devenir chauffeur pour un gang, mais ce soir là les choses vont mal tourner. Alors qu’il attendait devant une banque que des complices braquaient, il va recevoir un coup de fil inquiétant lui disant que les deux connards ont pour ordre de le butter une fois le fric livré. Heureusement, la personne au bout du fil va « généreusement » lui proposer un deal : si il laisse en plan les deux autres une fois l’argent déposé dans le coffre de la voiture et qu’il procède ensuite seul à l’échange, il pourra avoir la vie sauve. Bien sûr, à partir de là tout va partir en vrille.

Quand un film est réfléchi de bout en bout, ça fait plaisir. Le concept est ici loin d’être gratuit puisque à l’image du protagoniste principal, le spectateur est lui aussi prit au piège de cette voiture, renforçant le sentiment d’oppression qu’il ressent et créant une empathie immédiate. La tension est énorme, enchaînant braquage, fuite, course aux réponses puis contre la montre. Cette fois chaque coup de téléphone est primordial, apportant chacun une piste de réflexion sur le comment et le pourquoi de l’opération et développant en prime des personnages clés pouvant potentiellement apporter des solutions à certain des problèmes, de plus en plus nombreux et complexes à mesure que le filma avance. L’histoire est particulièrement bien structurée et s’avère même plaisante à regarder puisque le film arrive à trouver des dizaines d’angles pour filmer à travers la voiture, jonglant entre des plans intérieurs et extérieurs. À la tension de l’histoire s’ajoute également celle de l’action, nous plongeant régulièrement au cœur de séquences musclées où le talent de pilote du chauffeur sera mis à rude épreuve. Mieux, le film osera même casser ses propres codes dans son dernier acte. Un film bien écrit, original, stylisé et dynamique que je recommande donc fortement.

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Pottersville

Pottersville
2017
Seth Henrikson

Ce n’est pas beau de se moquer, mais il faut bien dire que les américains sont parfois sacrément cons. Canular qui compte parmi les plus ridicules au monde, la pseudo légende du Bigfoot, sorte de gorille géant de trois mètres de haut qui sillonne les Etats-Unis depuis près d’un siècle (quelle longévité !), fait pourtant partie des plus populaires et une part inquiétante de la population y croit vraiment. God save America…

Commerçant désabusé qui a vu sa femme (Christina Hendricks) faire des choses étranges en costume de lapin avec le shérif de la ville (Ron Perlman), Maynard (Michael Shannon) va un peu trop boire un soir, et traumatisé par la vision de sa femme en animal il va à son tour se déguiser et déambuler ivre dans les rues. Son costume ? Une tenue de gorille. Bilan des courses, à cause de sa grande taille avoisinant les deux mètres il a été prit pour le fameux bigfoot et l’histoire a déjà fait le tour du monde. Avant même d’avoir pu révéler quoi que ce soit, la ville ravagée de Pottersville où régnait la misère va voir des touristes affluer par milliers et un célèbre chasseur de mythes va poser y ses valises. Sans le savoir, en nuit à peine il a créé un monstre impossible à arrêter.

Avant de commencer à regarder le film, d’après ce que j’en avais entendu, pour moi le film était un peu parodique et se moquait de la crédulité de certaines personnes naïves, mais en fait il est complètement premier degré. Le héros subit l’histoire tout autant que les autres et ne cherche même pas à en tirer profit tandis que les autres dévoilent leur avidité et arrivisme. Au fond le coup du bigfoot n’a que peu d’intérêt, le film parlant plus de relations humaines, d’un village qui voit une occasion inespérée de sortir la tête du lot et d’un pseudo journaliste de l’extrême qui est évidemment un énorme escroc. Rien de bien folichon ou original mais le casting est assez dingue, comprenant en plus Judy Greer en assistante du héros et Ian McShane en chasseur taquin. C’est donc d’autant plus étonnant de les voir dans un film aussi lambda, mais ça aide un tant soit peu à sauver la mise. En revanche, il est vital d’esquiver la VF, assurément l’une des pires jamais enregistrées de l’histoire et qui ruine le peu d’intérêt de cette sous-production fainéante.

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La Tour sombre

La Tour sombre
2017
Nikolaj Arcel

Voici sans doute la saga la plus méta de l’histoire. Assurément l’un des écrivains les plus prolifiques qui soit, Stephen King a débuté en 1982 une saga littéraire qui compte aujourd’hui huit tomes et dont la particularité est qu’elle est connectée à tous ses autres romans. Imaginez un univers à mi chemin entre du Western, de la SF et de l’héroïque-fantaisie, le tout se recoupant régulièrement avec chacune des histoires de l’auteur, même celle de Ça. N’ayant pas lu les livres de cette saga, je n’ai aucune idée de comment sont gérés les problèmes de temporalité puisque toutes les histoires ne se déroulent pas à la même époque, mais rien que pour le principe cela avait de quoi intriguer. Pour ne pas perdre le spectateur dans un surplus d’informations, un choix très judicieux a été apporté : le projet initial devait comporter trois films, dont le premier se contenterait d’introduire uniquement l’univers propre à la saga sans s’attarder sur les connexions, tandis qu’une série télévisuelle développée en parallèle devait permettre d’offrir à chaque monde interconnecté son chapitre. Un projet extrêmement ambitieux comme on en voit rarement, mais à trop vouloir le rendre accessible on fini par l’édulcorer.

La Terre, appelée Terre-clé, n’est qu’un monde parmi tant d’autres. Chacun d’entre eux gravite autour d’un lieu appelé l’Entre-Monde, au milieu duquel est érigée une tour sombre qui protège les mondes de la brume, espace maléfique qui borde tous les mondes et où vivent de terrifiantes créatures. Conflit éternel du bien contre le mal, depuis toujours deux camps s’affrontent : d’un côté les êtres échappés de la brume qui tentent de détruire la tour pour que règne la terreur et que les ténèbres s’abattent, et de l’autre les défenseurs de l’équilibre, les Pistoleros. Seulement depuis la venue de Randall (Matthew McConaughey), le mal gagne sans cesse du terrain et les Pistoleros sont tous tombés les uns après les autres. Seul Randall (Idris Elba) a survécu à l’extermination, mais tout espoir semble perdu.

Pour immerger le spectateur dans un univers, y plonger un personnage lambda est toujours une bonne solution. Enfin lambda pas tant que ça, et c’est dommage d’ailleurs. Un peu comme les midicloriens dans Star Wars I, on a là aussi une mesure de potentiel, le shinning, et évidemment le jeune héros explose tous les compteurs tel un élu. Un manque d’originalité qui vient rapidement prendre le pas sur un démarrage excellent. On découvre que les démons prennent l’apparence d’humains en posant des tissus de chair tel un vêtement, qu’ils se cachent parmi nous, enlève des enfants et les tuent pour essayer de détruire la tour (extrayant leur shinning pour le projeter contre la tour telle une explosion). Le coup de l’adolescent seul contre tous marche très bien avec ses visions assimilées à de la folie et on a un énorme plaisir à découvrir Katheryn Winnick en dehors de Vikings, campant ici la mère de l’ado. Fuir une menace invisible mais tangible, mener l’enquête pour savoir ce que veulent dirent les vision et découvrir tout un nouveau monde : le programme était alléchant et durant 15 minutes ont y croyait, puis plus rien. On se vautre dans des clichés d’élus et de prophétie, l’univers est balayé d’un revers de la main sans même faire mine d’avoir quelque chose à creuser, les personnages sont creux et le film tente de combler le vide avec de l’action bas de gamme. Pire, les dialogues sont parfois d’une bêtise affolante à l’image du credo des Pistoleros qui n’a aucun sens. Au final sans même savoir si le film avait quoi que ce soit à offrir, le projet s’annonçait mort-né avec une histoire à ce point lisse et des protagonistes creux à outrance. Si dans l’absolu le concept ne semblait pas complètement absurde, dans le cas présent ça laisse largement dubitatif.

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The Dressmaker

The Dressmaker
2015
Jocelyn Moorhouse

Énorme succès en Australie où le film a battu le record de nominations aux Oscars locaux, en plus d’y avoir dépassé les 14 M$ sur le seul territoire, ce film a pourtant eu du mal à trouver sa place dans le reste du monde. Encore frais sur le marché du cinéma, Amazone a semble t-il peiné à exporter son film puisqu’en dehors du pays des kangourous le film n’a rapporté que 9 M$ et n’est  par exemple même pas sorti en France. C’est avec près de deux ans de retard que Netflix vient de rendre le film disponible chez nous, Amazone tardant il est vrai à mettre en place son service de vidéo à la demande.

Après 25 ans d’absence, Myrtle Dunnage (Kate Winslet) va revenir dans son village natal australien du milieu du XX° siècle, n’arrivant toujours pas à refermer ce chapitre de sa vie après tant d’années. Alors qu’elle n’était encore qu’une enfant, elle aurait apparemment tué un de ses camarades, et pour calmer le jeu le shérif du village (Hugo Weaving) fut chargé de l’en éloigner, la bannissant en Europe. Considérée comme le mouton noir local, son retour va raviver la noirceur des habitants, mais elle va ramener dans son sac un petit tour pour les amadouer : durant son exil, elle a apprit l’art de la couture.

À mi-chemin entre le drame social et un western sous tension, le film nous immerge dans une ville quasi fantôme où les secrets et les rancœurs ont conduit ses habitants à se terrer dans leur coin. Gigantesque coup de pied dans la fourmilière, l’arrivée de Myrtle est donc jouissive puisque sa posture de femme forte et indépendante à la pointe de la mode dénote complètement avec le cadre austère de ce trou paumé d’Australie et l’époque (1950). On suit donc avec attention les réactions de chacun, les tentatives de riposte et les changements qui vont immédiatement se faire ressentir. Le film est un poil long mais l’histoire est pleine de rebondissements palpitants, les pistes de réflexion sont nombreuses et les acteurs sont excellents. Le vrai problème vient du casting malgré les performances irréprochables. Si les enfants devenus grands sont censés avoir aux alentours de 35 ans et que les acteurs de ladite génération n’ont que maximum huit ans d’écart avec cet age, quand tous tournent plutôt en dessous des 30 à l’image de Liam Hemsworth et Sarah Snook et que seule l’héroïne les dépasse, atteignant même la barre des 40, la différence devient flagrante et nous sort complètement du film. Reste qu’une femme accomplie de la haute société en avance sur son temps qui revient dans son bled natal pour faire face à ses fantômes du passé est un concept assez fort et le film joui d’une photographie magnifique, de décors intéressants et de costumes splendides.

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Star Wars – Les Derniers Jedi

Star Wars – Les Derniers Jedi
2017
Rian Johnson

Il n’y a rien de plus chiant qu’un fan hardcore à qui on ne peut rien dire et avec qui il ne faut rien toucher. Nombreux furent ceux à avoir pesté contre Le Réveil de la force sous prétexte qu’il reprenait trait pour trait le cheminement narratif de l’épisode IV, se concentrant sur les similitudes plus que sur les différences. Et pourtant, quoi de plus naturel que de reprendre les bases d’une saga mythique pour lui rendre hommage ? D’autant que ça n’était pas un simple artifice puisque le but était de montrer que l’histoire est amenée à se répéter et que toute âme tourmentée est susceptible de basculer du côté obscur, surtout quand le sujet est tabou et le problème éludé. Si bien sûr le premier épisode de cette nouvelle trilogie n’était pas dénué de défauts, les bases s’annonçaient prometteuses et les nouveaux arrivants étaient pour la plupart très charismatiques. Les attentes étaient naturellement monstrueuses pour cette suite au troisième plus succès de tous les temps et (premier hors inflation sur le marché américain) et encore une fois les fans pestent plus que jamais alors même que le film innove bien plus que son prédécesseur.

Reproduisant toujours un peu le modèle de la première trilogie, cette fois ce n’est donc pas l’Empire qui contre-attaque mais donc son successeur, le Premier Ordre. Suite à la destruction de son Etoile de la mort 2.0, le leader suprême Snoke a donc envoyé ses deux vassaux, le général Hux (Domhnall Gleeson) et Kylo Ren (Adam Driver), pour détruire une bonne fois pour toute la résistance, menée par Leia Organa (Carrie Fisher) (et comptant dans ses rangs Poe (Oscar Isaac), Finn (John Boyega) et Amilyn (Laura Dern)). De son côté, Rey (Daisy Ridley) est partie quémander de l’aide auprès de Luke Skywalker (Mark Hamill), terré sur île déserte d’une planète isolée suite à l’échec de la formation de son apprenti Jedi, Kylo.

Le film reprend donc directement là où s’arrêtait l’histoire, enchaînant presque à vitesse réelle puisque cette suite se déroule sur seulement deux-trois jours. Structurée autour d’une immense course-poursuite entre la flotte du Premier Ordre et celle de la Résistance, la narration s’axe surtout sur les histoires parallèles de ceux qui tentent d’influer sur l’aboutissement de cette course. Il y en a plus exactement trois, hormis les « méchants » : l’initiation de Rey aux arts Jedi, se heurtant à un Luke totalement désabusé ; Poe qui tente pallier à l’inefficacité de la direction ; ou encore Finn et Rose (une nouvelle très intéressante) qui vont essayer de recruter un pirate informatique  (Benicio Del Toro). Ces derniers vont d’ailleurs nous offrir un haut lieu créatif puisque la planète visitée consiste en un immense terrain de jeux pour les personnes les plus riches de la galaxie, concentrant ainsi tous les pires abus et dérives de l’univers, l’occasion de croiser l’une des deux nouvelles espèces animales très réussies. On retrouve enfin un peu du plaisir de la découverte, de l’aventure. On aura même droit à une planète légèrement originale avec celle dont le sel de surface recouvre des minéraux rouges, l’occasion de découvrir des entrailles magnifiques. Mais ce qu’il y a de plus intéressant dans toutes ces petites histoire c’est leurs développements. Loin de se reposer autant sur ses lauriers que son prédécesseur, le réalisateur ose enfin nous surprendre, jouant sur nos attentes pour mieux partir dans une direction inattendue. L’important n’est plus d’atteindre ses objectifs mais de tout faire pour y arriver, arrêtant enfin de nous servir sur un plateau des victoires faciles et prévisibles. Plus encore, le film est aussi une histoire indépendante qui se suffit à elle-même, dépassant son statut de simple épisode de transition pour nous offrir une histoire complète possédant une vraie fin. Mieux encore, l’humour prend une toute autre dimension en nous offrant de vrais bons moments drôles et fins comme les deux trolls avec la force et la brindille et le coup de l’interphone. Point de gratuité ou de racolage, le comique se fondant de surcroît parfaitement dans le paysage. Toujours aussi plaisant visuellement , le film est donc bien plus abouti d’un point vu scénaristique et artistique, s’imposant tout simplement comme le meilleur épisode de la saga. Eh oui.

Disponible aussi en vidéo complémentaire : https://www.youtube.com/watch?v=2nDaa5HQu60&t=25s

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Christmas Inheritance

Christmas Inheritance
2017
Ernie Barbarash

Histoire d’avoir sans doute le catalogue le plus complet possible et imaginable, Netflix vient d’y ajouter dans la semaine ce petit film de Noël bien dans l’esprit des fêtes, même si en réalité il n’est pas le premier du genre à être disponible sur la plateforme de vidéo à la demande. Comme la vie elle-même semble de moins en moins magique en fonction des générations et de son propre age, le cinéma a pour vocation de pallier à ce manque et nous plonger dans une fête qu’on ne voit plus que comme une dérive capitaliste. Reste à déterminer si le film peut prétendre à plus que du divertissement de saison où s’il a vocation à en devenir un emblème.

Fille d’un riche président de société de donation de jouets, Ellen (Eliza Taylor) est vouée à devenir à son tour présidente du groupe, mais elle est encore loin d’avoir la stature ou la mentalité pour prendre la relève. Faisant une fois de plus la une des magazines people suite à une de ces frasques alcoolisées, la sanction va tomber : son père va l’envoyer là où tout a commencé pour respecter une ancienne tradition de correspondance avec le co-fondateur du groupe. Loin du faste et de l’agitation de New-York, elle va devoir apprendre les choses simples de la vie à Snow Fall, la ville natale de ses parents. Privée de son argent et devant s’y rendre incognito, elle va devoir se mêler aux habitants (comprenant Jake Lacy et surtout Andie MacDowell, bougre !) et montrer sa fibre morale.

Richesse est mère de paresse et cupidité engendre vanité. C’est bien connu, les gens riches tournent snob et il est de bon ton de les remettre à leur place, surtout quand ils se fourvoient et ont eux-même conscience que ce qu’ils appellent « profiter de la vie » est très loin du bonheur. Alors forcément, cette fête traditionnelle qu’est Noël est le moment idéal pour se recentrer et faire le point sur sa vie, d’autant plus quand on se confronte à un monde aux intérêts et ambitions totalement opposés. D’un certain point de vue on nous narre encore et toujours l’histoire de Scroodge, mais la différence est qu’ici la personne avait encore moins conscience de ce qu’elle était de par son milieu qui la préservait de la solitude. C’est bien fait, les acteurs sont bons, le doublage français excellent et malgré l’absence d’originalité ça reste une fable attachante et inspirante.

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