Wake Up Dead Man : Une histoire à couteaux tirés


Wake Up Dead Man : Une histoire à couteaux tirés
2025
Rian Johnson

Si on passera sur la folie même des prémices que d’avoir racheté les droits d’une saga qui n’avait forcément vocation à en devenir une, surtout qu’un investissement de 400 M$ pour un genre – le whodoneit / cluedo – quasi mort et enterré, Netflix a finalement eu raison, au moins au début. En effet, si le résultat manquait toujours d’un peu plus de folie et de maintient tout du long pour pleinement convaincre, Glass Onion avait réussi à se faire une place dans le top10 des films les plus vus sur la plateforme, bien qu’il en fut délogé récemment. La formule va t-elle un peu évoluer et enfin s’imposer comme un modèle du genre ?

Ancien boxeur reconverti en prêtre pour se sortir de ses propres démons, le révérant Judd Duplenticy (Josh O’Connor) va se voir affecté par le père Langston (Jeffrey Wright) dans une petite église en campagne anglaise, sous la tutelle de Monsignor Jefferson Wicks (Josh Brolin), un vrai psychopathe qui confond paroisse et secte, prêtre et gourou. Ses « messes » font fuir mêmes les plus dévoués, à quelques exceptions près (Glenn Close, Thomas Haden Church, Jeremy Renner, Kerry Washington, Cailee Spaeny et Andrew Scott), totalement sous son emprise. Une situation sous haute tension, jusqu’à ce que Monsignor tombe raide mort au cours d’une messe. Que s’est-il passé ? Pour l’aider à élucider ce meurtre, la cheffe de police (Mila Kunis) va faire appel à nulle autre que le légendaire Benoit Blanc (Daniel Craig).

Eh bah voilà ! Toutes les qualités décuplées, les défauts envolés. Habitué des castings quatre étoiles, la saga passe la cinquième ici, avec des performances à saluer pour le duo de tête, puisqu’en réalité l’enquête change d’axe. Exit Benoit Blanc le solitaire, il mettra d’ailleurs pas moins de 39 minutes à faire son apparition, laissant ainsi pleinement le temps à l’intrigue d’avancer ses pions, de développer ses personnages, et ainsi faire du meurtre du film un vrai enjeu central, pas juste un point de départ. On pourrait même dire que le vrai personnage principal de l’histoire est le révérant Judd, qui donc fera équipe avec Benoit, recréant une sorte de dynamique de duo à la Pirates des Caraïbes avec Will et Jack, ce qui marche du feu de Dieu avec un Daniel Craig plus charismatique que jamais. Le cadre est oppressant, très bien travaillé, et pour une fois on ne ressent pas cette impression que le film se joue de nous en nous cachant trop d’informations ou quoi. Non, les indices ne sont pas si nombreux, les pièces avares, on rame réellement à trouver quoi que ce soit de concret, et à chaque fois c’est primordial. Le spectateur avance donc au même rythme que l’enquête, avec parfois quelques intuitions prémonitoires, parfois quelques surinterprétations trompeuses, mais quand vient l’heure du « échec et mat », à aucun moment on ne sent berné ou floué : tout était là, logique, implacable, il fallait juste tout mettre dans l’ordre. L’introduction est un poil longue, mais c’est pour mieux créer du liant, ménager l’arrivée de son enquêteur emblématique, et toute l’enquête est passionnante avec une résolution non pas satisfaisante, mais gratifiante. Après deux volets pas tout à fait concluants, l’essai est cette fois pleinement transformé avec brio.

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Valeur sentimentale


Valeur sentimentale
2025
Joachim Trier

Grand prix du festival de Cannes, le film a semble t-il conquis très largement les critiques à travers le monde, se retrouvant nommé dans pratiquement toutes les catégories aux Golden Globes, le plaçant de fait comme l’une des œuvres à suivre pour la période des cérémonies. Au final le film a fait quasi choux blanc, et on attend encore la liste des nommés pour les Oscars, mais ça m’étonnerait que le film y fasse tellement plus de bruit.

Grand cinéaste reconnu, Gustav Borg (Stellan Skarsgârd) n’a en revanche pas été un bon père, ayant quitté ses filles dès leur plus jeune âge au moment du divorce. Trente ans plus tard, Gustav va revoir ses filles à l’occasion de l’enterrement de leur mère, espérant peut-être pouvoir renouer avec elles, notamment son aînée (Renate Reinsve) qui s’est particulièrement renfermée sur elle-même, pour qui il a justement écrit un film dont il espère qu’elle tiendra le rôle principal.

Si on excepte le fait qu’il s’agit d’un film norvégien où gravite quelques têtes connues, le père en tête mais aussi Elle Fanning qui campe une actrice américaine, on est dans du classico drame social de bobo arty où ça se balance des fions, ça crie son malheur, ça se lamente, le tout dans une auto fellation totale autour du cinéma. Je ne dis pas que le cinéma ne peut pas parler de cinéma, au contraire, The Fabelmans était un petit bijou sur la créativité dans sa première moitié, mais le film en parle plus qu’il n’en montre. Il s’en sert comme d’une parure pour montrer que ce sont des personnes hypersensibles, animées par cette noble passion de l’art, revêtant au passage un arrogance insupportable, mais au fond on ne voit pratiquement rien du processus créatif, d’où vient cette passion ni pourquoi elle est si importante. Au contraire, le film passe son temps à montrer à quel point la fille aînée n’y a pas sa place, souffrant à chaque montée sur scène du théâtre, et on montre surtout ce tiraillement intérieur, ce mélange d’agonie et de dépression, pour au final éclipser toute la pièce ou ce qui la fait vivre (costumes, décors, techniciens, etc.). Ou alors c’est pour dire qu’il faut souffrir dans le processus créatif, mais dans ce cas il faut aller se faire foutre et arrêter de tout ramener à la Seconde Guerre Mondiale, puisqu’évidemment on suivra une famille dont la grand-mère (mère du père) fut dénoncée et déportée. L’actrice principale est en ce sens totalement insupportable, ruminant inlassablement le passé, auto alimentant sa souffrance en refusant de vivre autrement que dans une forme d’égoïsme absolu. Des claques se perdent…

En vrai le film est à moitié bon et à moitié chiant. Tout ce qui entoure la fille est donc ennuyeux, de l’auto apitoiement pénible, alors même qu’elle se pose en égérie de la morale, ce qui m’a énervé plus d’une fois. Elle fait traîner l’intrigue, bloque les relations des personnages dans une spirale de remords et non pardon. C’est comme la règle d’or en théâtre d’improvisation : ne jamais dire non. Eh bien là elle ne fait que ça, poussant les autres à ramer pour tenter de quand même faire avancer la barque. Usant. Heureusement, l’autre moitié du film est bien plus réussie : celle du père. Déjà Stellan Skarsgârd est formidable, et ce n’est pas pour rien que le seul prix aux Golden Globes sur la dizaine de nominations pour le film fut le prix du meilleur acteur secondaire qui lui a été décerné. Son chemin de rédemption pour reconquérir ses filles est des plus louables, car non seulement mieux vaut tard que jamais, mais en plus il le fait par le biais qui lui ai le plus cher, celui du cinéma, en écrivant son premier film en 15 ans avec le premier rôle pour sa fille aînée, celle qui a accumulé le plus de remontrances. On le voit vraiment essayer de bien faire, et sa relation père/fille improvisé avec la star américaine est touchante, montrant qu’il suffirait qu’on lui laisse sa chance. Quelques bonnes idées, de bons acteurs, mais une écriture trop concentrée sur l’aigreur et les reproches, allant jusqu’à en paralyser l’intrigue, à la limite de l’ennui.

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Une bataille après l’autre


Une bataille après l’autre
2025
Paul Thomas Anderson

Nous y voilà, le chef d’œuvre ultime au niveau d’encensement ahurissant, totalisant pas moins de 4,7/5 de moyenne par la presse française. Le film qui marque un tournant dans la carrière de son réalisateur Paul Thomas Anderson, d’habitude confiné à du cinéma d’auteur ne dépassant pas les quelques dizaines de millions dans le monde, et passant d’un coup à un budget fou de 140 M$ et des recettes comparativement modestes mais néanmoins remarquables dans le genre, dépassant les 200 M$. Continuellement cité de partout dans le top liste des meilleurs films de l’année : le film que tout le monde a adoré. Ah non, pas tout le monde, et faut redescendre deux minutes.

On suivra une bande de terroristes pro immigration clandestine, les French 75. Suite à un braquage ayant mal tourné avec un civil assassiné par les terroristes, les forces de l’ordre vont se déchaîner sur eux, menés par un certain Steven J. Lockjaw (Sean Penn). Monsieur dynamite (Leonardo DiCaprio), le Rocket Man, va fuir sous l’identité factice de Bob, emmenant avec lui son nouveau né, la petite Charlène / Willa (Chase Infinity). Seulement 16 ans plus tard, sur le point d’intégrer une haute confrérie, Lockjaw va relancer la traque pour couvrir ses arrière, pensant être potentiellement le père de Willa, ayant eu une aventure avec sa mère aux alentours de sa conception.

Bigre par où commencer ? Déjà, comment s’attacher à des personnages profondément antipathiques, des pseudos révolutionnaires qui déchaînent une immigration incontrôlée, font des destructions de biens publics, et vont même jusqu’à tuer des innocents ? Ce sont clairement des terroristes de la pire des espèces, pro ségrégation puisque pro black (être pro quoi que ce soit brise tout équité, et est de fait un acte raciste), donc idéologiquement le film m’a profondément rebuté d’emblée. Ensuite, le début met en avant le personnage de Perfidia, portant bien son nom puisqu’étant une gigantesque nymphomane. Admettons, mais son absence d’instinct maternel ou de stabilité émotionnelle la rende insupportable, son devenir n’est jamais traité (gros souci de traitement des personnages, celui de Benicio Del Toro est lui aussi abandonné en cours de route) et surtout j’ai du mal à comprendre le délire autour d’elle. Perfidia est interprétée par Teyana Taylor, dont ma première impression n’a pas changé : j’ai toujours autant l’impression de voir un sosie travelo de Michael Jackson. Globalement l’écriture des personnages et le scénario en général sont mauvais. Je pense notamment à l’antagoniste Lockjaw, dont le dernier rebondissement, totalement débile, est foutu en l’air par l’inversion dudit rebondissement. Pourquoi avoir fait ça si c’est pour l’annuler derrière ? Stupide… Petit mot sur le bon temporel de 16 ans : n’aurait-il pas été pertinent de rajeunir en amont ou vieillir après coup les acteurs ? Qu’une ellipse de 16 ans soit effective et que les acteurs aient les mêmes gueules comme si c’était le lendemain, c’est un ratage comme rarement on en a vu de pareil ! Et mon dieu ce final sur le fait de prendre les armes ! Sérieusement, tout le gratin d’Hollywood qui se réuni dans leur petit confort pour dire aux autres de se battre ? On parle de terroristes nauséeux dont je n’espérais que voir leur mort à l’écran ! Bref, l’histoire est minable.

Maintenant que l’aversion totale pour les idéaux est passée, parlons tout de même des points positifs qui sont à louer. Si les 140 M$ de budget ne se voient pas du tout, il faut reconnaitre une belle variété de décors naturels, un certain sens de la mise en scène avec par exemple le plan séquence dans la partie habitation / toit de la superette, ou encore la séquence en voiture sur les routes sinueuses. De même, malgré une durée de 2h40, le film se suit de façon étonnamment fluide, un rythme vraiment maîtrisé avec une bonne dose d’action et une gestion du suspens réussie. Heureusement, au milieu de cette bande de terroristes et de dégénérés suprémacistes, il y a le personnage de Milly, la caution pureté du récit, permettant d’avoir un vrai personnage positif pour qui on va s’inquiéter et dont le sort nous intéresse. Dommage pour sa conclusion en revanche…

En termes de cinéma, le film est une grande réussite. Au niveau de l’acting, c’est plutôt bon. Par contre au niveau du scénario et du propos politique, c’est une catastrophe sans nom. Les images sont belles, c’est dynamique et prenant, mais le fond est hypocrite au possible, dangereux et nauséeux. Pour un bobo gauchiasse bien installé dans son fauteuil se gargarisant du récit des révolutionnaires alors que lui est bien au chaud dans son confort, pour peu qu’il soit également très limité cognitivement, il se pourrait qu’il applaudisse des deux mains. Un haut niveau d’hypocrisie qui voudrait qu’on déloge Trump du pouvoir, mais qui exècre ce dernier quand lui déloge du pouvoir un narcotrafiquant dictateur (enfin paraît-il). Si le message est vraiment de prendre les armes, faire fi des lois, des institutions, et qu’importe si des innocents sont tués, alors clairement ceux qui le soutiennent sont pire que ceux qu’ils dénoncent. Bref, ce film me tiraille profondément, car j’ai plutôt aimé la forme, mais j’ai détesté le fond. Par contre vraiment, l’engouement si intense autour du film me terrifie sur la mentalité actuelle, en espérant que ce soit surtout de la connerie et pas de l’hypocrisie malsaine.

 

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Blanche Neige


Blanche Neige
2025
Marc Webb

Après avoir vu l’un des meilleurs films de la décennie, il fallait un peu redescendre sur terre et s’attaquer à un projet maudit, qu’on ne pouvait que détester avant même sa sortie. On attendait un carnage, et ce fut pire que tout : un budget fou furieux de presque 270 M$, hors marketing, pour des recettes anémiques de 206 M$, avant frais de distribution. Le film se bat avec  Mission : Impossible – The Final Reckoning pour la place de plus gros désastre financier de l’année (et dans le top 3 all time), là aussi avec des pertes estimées entre 250 et 300 M$. Il faut dire que les scandales ont battu des records autour du film.

Il y a eu l’histoire des nains, censés être joués par de vrais acteurs, puis finalement devenus des « créatures magiques » en CGI pour ne froisser personne. Il y a eu les projections test désastreuses, qui ont conduit à quantité de reshoots alors que le film était terminé en 2022. Il y a eu la guerre Israël / Palestine, où les deux actrices principales avaient des positions opposées, l’une défendant Gaza, l’autre étant une ambassadrice juive ayant été élue Miss Israël et ayant servi pour le Mossad, et paraît-il que l’ambiance sur les plateaux était des plus austère. Mais surtout, surtout, c’est bien le comportement cataclysmique de la fameuse Blanche-Neige (Rachel Zegler) qui posa problème, alors même que son casting avait déjà provoqué des indignations à la base. C’est bien simple, l’actrice s’est mise absolument tout le monde à dos, crachant ouvertement dans la soupe en disant haut et fort à quel point ce rôle était insignifiant pour elle, que le classique d’animation, monument du cinéma et tout premier film animé de l’histoire, était une bouse sans nom et qu’elle a fait ce qu’elle a pu pour sauver le film tant l’histoire de base est médiocre. Ses vidéos de défiance envers ses détracteurs étaient aussi un summum de maladresse provoquante, insultant carrément les critiques. Les gens se sont délectés des vidéos d’elle pleurant devant des salles vides, et c’est mérité. Arrogante, méprisante et méprisable : à elle seule elle avait ruiné tout le marketing du film. Donc oui, on ne pouvait que haïr le film, et il trouve quand même le moyen d’encore décevoir !

Si la présence du prince charmant a été supprimée et que les nains sont désormais des créatures magiques, l’histoire est peu ou prou restée la même : après la mort de sa femme, un roi s’est épris d’une autre (Gal Gadot), et peu après en avoir fait sa reine, il mourut à son tour. Le royaume devint de plus en plus sombre sous son règne, obnubilée par l’argent et la beauté. D’ailleurs, quand la princesse Blanche-Neige (Rachel Zegler) atteint la majorité, son beau miroir magique au mur cessa de reconnaître en la reine la plus belle de tout le royaume, donnant désormais ce titre à la princesse. La reine va alors décider d’ordonner la mort de sa belle-fille.

En vrai, mise à part qu’il est totalement ridicule de comparer la beauté des deux actrices tant la princesse est d’une laideur infinie en comparaison, ce qui est certes un sacré problème de cohérence, j’avais presque envie de défendre le film basé sur ses premières 27 minutes. Oui, ça chante de trop et la VF est absolument catastrophique au niveau des chansons, mais en vrai les décors / costumes et effets spéciaux passait à peu près, bien que dégoulinant de couleurs et de fluo au delà de l’indigestion. Et puis après j’ai progressivement abandonné toute idée de voir un film ne serait-ce que supportable. Déjà les animaux sont très limites, complètement cartoon, mais alors les nains sont un ratage sans commune mesure. Juste ignobles, tant au niveau du design censé être un hommage mais totalement raté, que surtout de la modélisation pas crédible une seconde. Et autant le château fait mine d’avoir de beaux paysages, autant les forêts sont tristes à crever, puant le plateau en carton pate. Les acteurs sont en roue libre totale, en surjeu monumental, surtout que les chansons sont assommantes. C’est bien simple, il ne se passe pas deux minutes sans que ça chante, enchaînant à un rythme usant : de la pure comédie musicale. Et c’est bien beau de supprimer le prince charmant, mais dans les faits le voleur fait totalement office de, avec un amour toujours aussi superficiel. La poésie de l’animation d’antan a laissé sa place à une avalanche de FX atroces, les chansons sont encore plus nombreuses avec des reprises systématiquement moins bien que l’original, avec en plus des acteurs qui cabotinent et nous chient dessus en off. Le projet était déjà détestable, mais le résultat l’est encore plus.

 

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Tron : Ares


Tron : Ares
2025
Joachim Rønning

Véritable révolution technologique à sa sortie en 1982, Tron est devenu une œuvre culte, qui pour ma part a été découvert à travers la plongée immersive dans Kingdom Hearts II où j’avais trouvé le monde fascinant. Presque trente ans plus tard, Tron l’héritage tenta de surfer sur la nostalgie, en oubliant au passage tout ce qui faisait le charme du film d’origine au profit d’un divertissement lambda, et les résultats furent d’ailleurs en demi-teinte. Pourtant, Disney voulait très vite récidiver, car dès l’année suivante Kindgom Hearts Dreams Drop Distance proposa une virée dans le second film, et un projet de troisième long-métrage fut régulièrement sur la table depuis 2015. Un projet chaotique qui connu moult changements, et financièrement c’est assurément un désastre et la mort de la franchise pour un long moment tant les pertes avoisinent les 200 M$. Au niveau artistique et divertissement, le constat est tout autre.

Le complexe de Dieu est désormais une réalité, mais les visions diffèrent. L’héritage de la grille et du cybermonde créé par Kevin Flynn (Jeff Bridges) s’est scindé en deux entités. D’un côté la société Dillinger, dirigée par Elisabeth (Gillian Anderson) puis son fils Julian (Evan Peters), y cherchant à développer des IA et des armes de guerres. De l’autre, Encom, dirigée par Eve Kim (Greta Lee), société spécialisée dans le divertissement et les jeux-vidéos, qui aspire à se servir de cette technologie pour également révolutionner le domaine médical et agricole. Si créer la vie par modélisation est devenue possible, le processus reste encore instable, limité à une durée de vie de 29 minutes. Une course entre les deux pour trouver la solution à cette limitation pourrait changer l’avenir de l’humanité.

Deux critiques semblent revenir fréquemment autour du film : encore une histoire d’IA, et on suit l’histoire au travers des yeux d’Ares, une IA qui va remettre en question sa réalité, campée par Jared Leto, que beaucoup ont trouvé peu expressif. Eh bien déjà vos gueules, le scénario est autrement plus abouti qu’un Mission : Impossible – The Final Reckoning par exemple, et Ares est une formidable réussite. L’idée de vouloir utiliser l’imprimante 3D, dans une version futuriste laser, pour carrément imprimer des êtres vivants, c’est une dinguerie ! Dans le bon sens du terme. On est pleinement dans de la SF pur jus qui ose pousser loin son concept, quoique esquivant ce qui est attrait à l’âme, transposant un peu facilement une personne d’un monde à l’autre, alors que techniquement ça serait logiquement un meurtre avec création de clone, mais ça reste raccord avec les précédents volets. Concernant Ares et globalement le traitement de l’IA, ça me rappelle les plus belles pépites du genre comme Chappie ou WALL·E, et le film a une vraie poésie thématique sur la découverte du monde avec une touchante naïveté concernant Ares, et une exécution pas forcément si aveugle pour Athena. On ne l’attendait pas là, mais le film est une vraie réussite au niveau de son scénario, intelligent, riche et développé.

Et pourtant, malgré toutes ces qualités, ce n’est même pas là que le film brille le plus. La claque monumentale vient de son ambiance, que ce soit les effets spéciaux ahurissants, la musique épique marquante ou sa direction artistique folle. J’ai beau chercher, aucun film n’a récemment atteint un tel niveau de FX, d’autant que combinés à une DA sublime qui arrive à révolutionner les visuels de la grille, les transposer avec un brio vertigineux dans le monde réel, et également rendre hommage au film d’origine bien mieux que la première suite. Côté bande originale, Nine Inch Nails fait un travail colossal, décuplant le grandiose de scènes pourtant déjà gigantesques à la mise en scène démesurée. Un tel niveau de spectacle est déjà une immense réussite en soi, mais avoir su le mettre au profit d’une histoire captivante et ambitieuse, c’est un tour de force comme on en voit rarement.

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Mission : Impossible – The Final Reckoning


Mission : Impossible – The Final Reckoning
2025
Christopher McQuarrie

Alors que la saga a faillit s’arrêter avec Mission : Impossible III, semi-échec qui avait marqué un net recul alors que le budget s’était envolé, la saga s’est finalement relevée et a perduré jusqu’à atteindre les plus hautes cimes, tant au box-office (quasi 800 M$ !) que au niveau des critiques avec le sommet Fallout, son sixième opus. A la fois conscient que son acteur principal ne pourrait pas continuer tellement au delà de la soixantaine qu’il a entamé, et à la fois portés par le succès grandissant de la franchise, une ambitieuse conclusion en deux films fut lancée. Et patatras, la double cata. Tout d’abord le budget, censé être à la base de 150-200 M$, s’est envolé à 290 M$ avec le Covid, ce qui aurait demandé à minima à Dead Reckoning d’égaler le record de la saga pour se rentabiliser. Et malheureusement, le film s’est mangé de plein fouet le phénomène Barbenheimer, l’éclipsant aussi sec avec un bien maigre 565 M$ au final, ce qui en a fait un véritable échec financier (on rappel, il y a toujours une centaine de million en marketing à ajouter au budget initial, et plus de la moitié des recettes partent en frais de distribution). Quid de la seconde partie alors ? La mention « partie 1 » fut rayée du précédent opus, et cette seconde partie étant déjà en tournage, les dés étaient déjà jetés, donc autant en terminer, avec un petit changement de titre pour souligner le fait que la saga allait très probablement s’arrêter avec ce huitième film. Quoi qu’il en soit, cette saga a clairement marqué le paysage cinématographique, il s’agissait donc de partir avec les honneurs.

On reprend donc cette histoire de « L’Entité », une IA autonome qui a prit le contrôle de tous les systèmes informatiques du monde, s’en servant pour mener à bien tout simplement l’extinction de l’humanité. Ethan Hunt (Tom Cruise) et son équipe (Simon Pegg, Hayley Atwell, Pom Klementieff) sont le dernier rempart pour l’arrêter, bien que Gabriel (Esai Morales) soit toujours là pour s’interposer, pensant pouvoir contrôler cette IA. Dans une ère du tout numérique, peut-on encore s’interposer contre une telle entité ?

Bigre que j’y allais à reculons… Déjà que les 2h40 du précédent volet étaient interminables, là on en rajoute une couche avec plus de 2h50 ! Au secours ! Et comme pour la première partie, cette suite peine à démarrer, retraçant pompeusement les événements passés et la menace actuelle en mode « plus grande menace de tous les temps », mettant d’ailleurs plus de 20 minutes à lancer son générique. La mise en place est laborieuse, et globalement la construction du métrage est chaotique. On sent que la séquence du sous-marin aurait dû être le climax du film, mais que l’ensemble pue les reshoots et réécritures. En vrai, je pense que l’ensemble des deux Reckoning aurait dû faire 2h30, balancer à la poubelle une partie de l’intro du premier et tout Venise, couper lourdement sur le passage à l’aéroport et à Rome, avoir la scène du train en grosse séquence de milieu et tuer le méchant, puis balancer toute l’intro d’ici et conclure avec l’arc du sous-marin et jeter tout ce qui suit. Oui, même la séquence sympa en avion, car en vrai c’est un peu comme la fin de Fallout en moins bien.

Si le Covid et Barbenheimer ont failli tuer la licence, c’est finalement la grève des scénariste de 2023 qui acheva Mission : Impossible. Après la bérézina Covid qui propulsa le budget du précédent à 290 M$, c’était promis, il fallait réduire les coûts pour sauver les meubles. Résultat, avec la grève le tournage fut bloqué plus de six mois, avec toute l’équipe de pleinement mobilisée, faisant grimper le budget à une folie insondable : 400 M$. Pour rappel, le précédent avait rapporté 567 M$, et en tenant compte du calcul mentionné où le ratio doit grosso modo être de 2,5 voir 3, le film aurait été un échec en dessous du milliard. Si le film s’en est assez bien sorti à l’échelle de la franchise, ses 598 M$ le place tout simplement dans le top 3 des plus gros échecs financiers de l’histoire avec une colossale fourchette située entre 250 et 300 M$ de pertes. Autant dire que la fin ouverte – d’une nullité sans nom d’ailleurs, loin de conclure quoi que ce soit, ni classe, ni épique, ni émotionnelle – ne débouchera sur rien du tout, surtout pas dans un avenir raisonnable.

Un dernier chant du cygne qui devait être l’apothéose ultime, mais déjà il n’ont pas pu s’empêcher de laisser une porte non pas ouverte mais totalement béante, mais en plus le découpage en deux parties est d’une lourdeur atroce, alors même que les films affichent des durées stupides. Rythme ampoulé, scènes à rallonge : l’efficacité a drastiquement chutée. Oui, les personnages sont cools, voir iconiques pour Ethan Hunt, et on ne saluera jamais assez le travail fait sur les cascades et cette envie de tourner en décors réels, d’éviter le plus possible les effets spéciaux. Les images sont belles et cette véracité force le respect, indéniablement. Mais entre une histoire d’IA trop superficielle sentant le formol (on dirait Ennemi d’Etat sorti il y a presque trente ans !) et de gros soucis de rythme, l’intérêt s’amenuise encore un peu plus. Il est amusant de constater que la saga a pratiquement suivi le même chemin que Fast & Furious au final : quasi morte avec le troisième épisode, puis retour en force avec un pic au septième pour l’un, au sixième pour l’autre, avant de continuer de trop et perdre peu à peu son public. On se consolera en se disant que la chute est moins rude cette fois, mais ce diptyque final laissera un goût amer tant juste avant la licence avait trouvé la recette parfaite. Une grande saga s’en est allée.

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Bridget Jones : folle de lui


Bridget Jones : folle de lui
2025
Michael Morris

Si la saga Bridget Jones n’a jamais volé très haut, il faut bien avouer que le troisième volet sorti en 2016 arrivait enfin à proposer un divertissement un peu moins convenu et redondant, et après un quart de siècle, l’attachement aux personnages s’est imposé, indépendamment de toute volonté. Et cette fois il semblerait que le concept évolue un peu, s’osant à un peu moins de légèreté.

Décidément, le bonheur n’est qu’un stade que très transitoire pour notre pauvre Bridget Jones (Renée Zellweger), madame feu Darcy (Colin Firth) puisque le père de ses deux enfants n’est plus, et a depuis également enterré son père (Jim Broadbent). Pleinement entrée dans la cinquantaine, sa vie semblait finie, d’autant qu’ayant arrêté son travail, mais après quatre ans de deuil, elle va décider de se reprendre en main. Qui sait, peut-être que le beau jeune homme du parc (Leo Woodall) ou le professeur Wallaker (Chiwetel Ejiofor) pourraient lui offrir une nouvelle chance dans la vie ?

Si on peut saluer la prise de risque que de détruire ce que la saga avait de plus beau, à savoir la romance entre Bridget et Mark, ici fantôme du passé, il n’empêche que c’est indéniablement un pincement au cœur qui aura du mal à passer. En revanche, quel plaisir que de retrouver Daniel (Hugh Grant) plus en forme que jamais ! Lui qui était absent de l’âge des bébés, mais y faisant tout de même une belle pirouette à son image, sa présence permet de garder l’attache à la saga. D’autant que que ce soit Mark ou le père de Bridget, ils n’ont pas simplement « disparus », l’un est un fantôme avec quelques flashbacks, tandis que l’autre nous offrira une belle mort pleine de tendresse. L’équilibre entre humour, avec notamment le retour d’Emma Thompson en gynéco / psy toujours aussi drôle, et émotion, avec le fait d’affronter le deuil et la dépression, est plutôt bon, même si on comprend vite que l’étalon est une perte de temps alors que Chiwetel Ejiofor explose de charisme à l’écran. On notera la présence de Nico Parker en babysitteur, dont l’année 2025 a décidément été une belle explosion dans sa carrière. Avec néanmoins une absence de sortie en salle aux Etats-Unis et un peu moins de 140 M$ dans le monde, alors que tous les précédents avaient dépassés les 200 M$, c’est probablement la fin de l’histoire pour la blonde la plus écervelée et maladroite qui soit, en espérant qu’elle puisse enfin jouir tranquillement de son happy ending.

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28 ans plus tard


28 ans plus tard
2025
Danny Boyle

L’art du marketing, c’est quand même quelque chose ! Alors que je n’ai que modérément apprécié à l’époque 28 jours plus tard et que j’ai carrément détesté 28 semaines plus tard, la bande annonce de ce troisième volet m’a tellement agréablement choqué que mes attentes étaient dantesques. Ambiance de folie, angoisse pesante, le film semblait promettre de toucher une psyché humaine au paroxysme de son aliénation. Pourtant, sur le papier le projet semblait être une aberration : une suite 18 ans après le précédent volet, devant relancer une toute nouvelle trilogie dont le second serait tourné avant la sortie du premier, le tout pour un budget de près de 140 M$ (75 M$ le premier, 60 M$ après abattage fiscal, et 63 / 50 M$ pour la seconde partie), soit la totalité des recettes des deux premiers opus. En gros, pour éviter la catastrophe industrielle, près de deux décennies plus tard il fallait à minima faire le double du précédent. Eh bien mine de rien, avec plus de 150 M$, ils l’ont fait !

L’histoire prend place, comme le titre l’indique, 28 ans plus tard. Plus tard que quoi ? Que la fin du monde, mais contenue au Royaume-Uni, désormais terre désolée et isolée. Un puissant pathogène hautement contagieux a transformé les habitants en zombies assoiffés de sang, qui avec le temps ont su s’adapter à un nouvel environnement où la nature a repris ses droits, variant ainsi leur alimentation en fonction de ce qu’ils trouvent. Jamie (Aaron Taylor-Johnson) est un chasseur, une des rares personnes quittant le village en quête de ressources, et cette fois il va emmener avec lui son fils de 12 ans, Spike (Alfie Williams), destiné à prendre la relève. Seulement quand il entendra parler d’un certain docteur Kelson (Ralph Fiennes), il n’aura plus qu’une idée en tête : aller lui rendre visite avec sa mère (Jodie Comer) malade, qu’importe les risques.

Le film se vendait sur deux choses : une ambiance crépusculaire, et une violence psychologique plus rude encore avec le message radio. Si on peut saluer le travail sur les décors, nous plongeant avec brio dans un style post-apo mais où la menace est toujours là, le fameux message radio sera carrément moins présent dans tout le film que dans la bande-annonce, c’est dire. Dans les faits, le film est terriblement classique sur sa forme comme sur son fond, si ce n’est qu’un effort louable a été fourni concernant la création de décors en dur, ne succombant pas à l’appel des effets spéciaux, pas même pour les zombies, tous en maquillages et prothèses. Reste pas mal d’idées intéressantes comme le parallèle entre le virus et la maladie de la mère, mais on se demande tout de même pourquoi, si le virus est contenu sur l’ile de Grande Bretagne, les forces militaires extérieures n’ont pas tout rasé à coup de napalme par mesure de sécurité ? Reste aussi les ficelles classiques du genre, pour un déroulé trop prévisible, voir laborieux avec le délire des Jimmy (Jack O’Connell) qui ouvre le prochain chapitre de façon trop frontale. Reste à savoir si la suite qui débarque la semaine prochaine (seulement sept mois après alors qu’il faudra au mieux plusieurs années pour la dernière partie si elle voit le jour !) fera des scores similaires, car avec une rentabilité très limite, toute baisse sensible compromettrait le projet de trilogie, en espérant que les suites sauront faire montre de plus d’originalité et de radicalité.

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Dragons


Dragons
2025
Dean DeBlois

Pas forcément la saga d’animation la plus populaire de l’histoire, n’ayant fait que 1,6 milliards de dollars en trois films, la trilogie Dragons a néanmoins indéniablement marqué toute une génération. Une épopée viking magnifique, tant en termes d’ambiance, de direction artistique, d’aventure ou même d’histoire épique. Et alors que l’histoire ne s’était achevée qu’en 2019, Noël en comptant l’excellent court-métrage de conclusion, mais pitié oublions les séries dérivées de remplissage, Universal a très vite mis en chantier non pas une suite (après tout ça aurait été possible), mais un fameux remake live action, qui visiblement n’est pas que l’adage de Disney. Comme visiblement le studio comptait le faire avec ou sans son accord, le réalisateur de la trilogie a donc accepté de rempiler, couteau sous la gorge oblige pour ne pas « dénaturer son œuvre ». Mais en réalité, c’est probablement la pire décision du projet.

Ctrl C / Ctrl V. Durant une époque passée, une petite île de vikings est sujette à un problème : les dragons ! En effet, ces derniers attaquent régulièrement leurs maisons et volent leurs moutons. Plus qu’une nécessité, c’est une tradition que de tuer les dragons.
Le jeune Harold (Mason Thames) est l’un de ces vikings, seulement voilà, il est chétif et peu apte à tuer un dragon. Le soir d’une attaque, il décide de se lancer et à l’aide d’une de ces créations, essaye d’abattre l’un d’eux. Par pure inadvertance, il piège le plus dangereux de tous : un furie-nocturne. Mais alors qu’il se trouve en face de lui, il se voit dans l’incapacité de tuer le dragon. Contre toute attente, le dragon ne se montre pas hostile. Il semblerait même que tous les dragons sont de nature gentille et qu’il ne volent des vivres que dans le seul but d’entretenir leur maître. Mais bien sûr, il sera difficile d’en convaincre les autres vikings…

Oui, j’ai copié collé mon résumé du film original, car pourquoi me faire chier si eux ne le font pas ? Je ne pense pas qu’il soit possible de faire remake plus fainéant, plus inutile et plus débile. C’est bien simple, c’est très exactement le même film : chaque plan, angle de caméra, chaque mouvement, chaque ligne de texte est très exactement la même, absolument aucune virgule n’a été modifiée, à une exception près. Comme les films en prises de vues réelles ont des quotas à respecter, le village viking va se voir doter de quelques personnes de couleur, avec deux répliques parlant de route de la soie et d’africains perdus. Autrement, rien ne bouge, et le film va même jusqu’à aller chercher Gerard Butler pour incarner à nouveau le chef du village qu’il doublait déjà à l’origine. Pour la VF d’ailleurs, c’est à se demander si un nouveau doublage a été fait ou si c’est celui d’origine qui a été légèrement retouché pour la synchro labiale puisque ça reste pour quasi tous les mêmes comédiens de doublage. Le casting est d’ailleurs assez bon, Nick Frost fait un bon Gueulfort, et la népo-baby Nico Parker (qui ressemble tellement à sa mère T. Newton) fait le taf malgré le mini scandale de la blonde aux yeux bleus devenant métisse quart zimbabwéenne. On retrouve avec plaisir les compositions musicales de John Powell, mais là encore, ce sont exactement les mêmes musiques réutilisées aux mêmes moments, tout juste a t-on quelques réorchestrations sympathiques. Si on prend en plus en compte le fait que les designs des dragons n’ont presque pas été retouchés et que l’étalonnage trop coloré rend le film visuellement peu réaliste, alors même que c’était le but initial, ce remake n’a vraiment aucun intérêt. A moins que ?

L’argent. Ne cherchez pas plus loin, et visiblement ils ont eu le nez particulièrement creux. En tenant compte de l’inflation, avec 150 M$ de budget, c’est tout simplement le film le moins cher de cet univers, et en valeur absolue, c’est de loin le plus rentable. Classé huitième de l’année avec 636 M$ et 8ème aussi en France avec 2,6 millions d’entrées, le film est une grande réussite financière, d’autant qu’il a cartonné aux Etats-Unis où il a fait 263 M$, ce qui même après inflation reste mieux que les suites, et comme les frais de distribution sont moindre à domicile, le succès en est d’autant plus grand. Quinze ans après le film original, la nostalgie a de tout évidence porté haut le film, et le remake du second opus est déjà acté pour juin 2027. Pour ma part, même si c’est pour ainsi dire le même film avec un casting très réussi, on est pas loin du sacrilège totalement nuisible. Au moins Disney a toujours su profiter de ses live-action pour enrichir des personnages voir réadapter le matériaux d’origine avec une nouvelle approche, sans forcément que ça en vaille la peine derrière, mais au moins la démarche était un poil moins cynique. Là du plan pour plan à la virgule près, sans rien retravailler avec de fait des designs peu réaliste et un étalonnage cartoon rendant l’image au mieux totalement artificielle, c’est juste honteux. J’espère que cette version ne remplacera pour personne le film d’animation, aujourd’hui encore bien plus beau et poétique.

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F1


F1
2025
Joseph Kosinski

Dans le genre film sur lequel personne n’aurait parié un copek, le film s’impose là. Alors oui, les films de course attire indéniablement du public en salle, notamment la F1, mais très largement pas suffisamment : même des films acclamés comme Rush ou Le Mans 66 ont peiné à se rentabiliser avec 98 M$ et 224 M$ respectivement. Alors là avec un budget estimé entre 250 et 300 M$, ne serait-ce que éviter l’accident industriel aurait été un prodige sans commune mesure. Eh bien le miracle a eu lieu, se classant 9ème plus gros succès mondial de 2025 avec plus de 630 M$, dont une quatrième place en France avec près de 3.4 millions d’entrées ! Sachant que 140 M$ avaient été dépensés par Apple pour acquérir les droits de la F1, inclus dans le budget pharaonique du film, un tel succès donne à réfléchir.

Le monde de la F1 est des plus hermétiques, mais ça n’a pas empêché Ruben Cerventes (Javier Bardem) de tenter d’ouvrir son propre écurie : APXGP. Seulement voilà, concevoir des voitures capables de rivaliser avec Ferrari ou Redbull est quasi mission impossible, et le voilà après quelques années avec aucun top10 à son actif et des actionnaires en colère face à une dette de 350 millions de dollars. Tentant le tout pour le tout, Ruben va rappeler son ancien ami Sonny Hayes (Brad Pitt) pour épauler son poulain (Damson Idris), qui va donc reprendre le volant trois décennies après avoir mis un terme à sa carrière.

Outre l’idée que de bruler l’asphalte à toute vitesse, en tant que vieux con blanc, le fait de voir un Brad Pitt vieillissant venant mettre tout le monde à l’amande et leur donner une leçon de vie était gageur, pour ne pas dire totalement grisant. De la déchéance à la grandeur, une seconde chance des décennies plus tard, c’est indéniablement hautement satisfaisant. Et puis y’a pas à chier une pendule, peu d’acteurs peuvent se vanter d’avoir autant de charisme et de prestance que Brad Pitt, qui rayonne avec une aura toujours aussi mystique. L’histoire est nettement moins risible que Gran Turismo, bien plus ambitieuse, la mise en scène est au top et Hans Zimmer nous régale d’une BO épique bien classe, bien qu’elle ne fera pas date contrairement à bien de ses précédentes œuvres. Un trip dont on ne décrochera pas un instant, sans pour autant marquer outre mesure.

Parlons donc des quelques défauts du long-métrage, plus ou moins gênants. Déjà l’écriture est très paresseuse, d’une prévisibilité à toute épreuve, et les dialogues sont souvent à la limite du ridicule. Enfin pour du blockbuster bourrin, rien de bien grave. En revanche, c’est tout ce qui entoure la F1 qui m’a posé problème : l’art du mécano, de la débrouille, du pilotage et même de l’humain s’effacent derrière la technologie et le luxe. C’est aussi un peu le message du film, mais sans jamais rien remettre en question. Ca balance des morceaux de voiture à plusieurs centaines de milliers de dollar comme on sort sa poubelle, ça fait plus de tours en simulateurs que sur le terrain, les tests ne se font plus en garage mais dans des laboratoires, et la quantité de staff n’a aucun sens. Plus aucun mécano, mais des dizaines d’ingénieurs dans des bureaux high tech, et vu la quantité de personnel et la machinerie, on comprend vite comment on peut se retrouver avec des centaines de millions de dette. Déjà que les courses en circuit m’ennuient dans l’absolu, voir les techniques modernes me fait me dire que la course automobile, et plus particulièrement la F1, ça n’est pas pour moi. Un très bon divertissement malgré tout.

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