The Troll Hunter

The Troll Hunter
2011
André Øvredal

Créature mythique très présente dans la culture scandinave, c’est tout naturellement que les trolls obtiennent un film qui leur est dédié par le biais d’un pseudo reportage au cœur de l’action à la recherche d’authentiques géants. Beau succès norvégien, mais beaucoup moins en dehors de ses frontières, le film s’ancre dans la droite lignée des found-footing (façon caméra à l’épaule, gage de « réalisme » et de budget drastiquement diminué).

En quête d’un bon reportage pour leur projet de fin d’étude de journalisme, trois jeunes vont se pencher sur une affaire d’ours mystérieusement tués. Très vite, leur petite investigation va les mener sur les traces d’un chasseur énigmatique, mais ce dernier se refuse à toute interview. Un soir, ayant réussi à le suivre jusqu’à son terrain de chasse, il vont découvrir la nature exacte de ses proies : il s’agit de trolls. Impensable et pourtant, ils sont là, tapis dans les forêts, les montagnes, surveillés de près par le gouvernement. Un monde alors inconnu s’ouvre à eux.

Certains le comprennent d’instinct, mais ce principe de base n’est pas respecté ici. Quand on traque quelque chose de mystérieux, d’hors du commun, on attend généralement la toute fin pour pleinement le dévoiler, mais pas ici. Dès 40 minutes de film le premier troll s’est déjà montré sous toutes les coutures et tout ce qu’il y a à savoir sur eux est dévoilé, de même que l’approche du gouvernement sur ce sujet et tout ça. Ainsi, le film nous laisse sans le moindre os à ronger alors que moins de la moitié de sa durée ne s’est écoulée. Il y aura quelques nouvelles confrontations avec des géants, mais même si leur modélisation n’est pas mauvaise, leur design est franchement immonde et les voir indiffère très vite tant la déception s’accumule à chaque fois. La faute sans doute à un scénario catastrophique, incapable de justifier ce que l’on voit et qui n’arrive pas non plus à donner suffisamment d’enjeux à l’ensemble. C’est bien simple : pas un seul point du film n’est convaincant. Une piètre tentative bien mal inspirée…

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L’Assassin connaît la musique

L’Assassin connaît la musique
1963
Pierre Chenal

Bien sûr, le film n’est pas considéré comme un classique, et même en son temps il n’a pas été un grand succès : 688 469 entrées. Mais derrière son style non sans rappeler celui de ceux d’Hitchcock, le film – même s’il n’est pas sans faire écho à certaines pièces de Molière – peut être considéré comme une référence en matière de problèmes en cascades avec un héros à la chance en pleine désertion.

Le calme, la tranquillité : des choses bien rares, même dans le temps. Jusqu’alors Lionel Fribourg (Paul Meurisse) se contentait de son appartement à Paris pour pratiquer son art, étant compositeur musical, mais depuis qu’un garage a ouvert en bas de chez lui, son quotidien est devenu un calvaire. Puis un jour il fit la rencontre de Agnès (Maria Schell), une rencontre qui va changer sa vie. D’abord charmé par cette belle jeune femme, il va trouver une encore meilleure raison de l’aimer quand il lui rendit visite, chez elle, dans son pavillon de campagne à Marly-Le-Roi. Somptueuse demeure, elle bénéficie d’une sérénité remarquable, bercée par le doux chants des oiseaux. Un mariage en perspective et s’en serait fini du vacarme parisien, mais une menace plane sur lui : l’emménagement du père de sa promise, sournois bricoleur. Une petite visite, un petit meurtre par accident et c’est un problème qui s’envole. Mais quelque chose vient inlassablement s’interposer entre lui et son paradis de tranquillité.

Comme tous les vieux films, celui-ci possède immanquablement certaines tares. Ainsi, l’homme est un gentleman au langage fort châtié (bien que le jeu d’acteur soit plutôt correct), tandis que les femmes sont de pauvres choses faibles et aguicheuses. De même, certains aspect de mise en scène sont risibles, et la cohérence n’est visiblement pas la priorité. Malgré ça le film a de sérieux atouts dans sa manche : l’humour et son histoire. Le principe est simple : alors qu’il est un incapable fini, le héros arrive à échafauder des plans plus foireux les uns que les autres tout en se rapprochant petit à petit de son objectif contre vents et marées. Les complications se succèdent dans une folie qui va crescendo et c’est très drôle, d’autant plus de par le décalage des réactions des personnages. L’histoire n’est pas spécialement originale mais elle le mérite de divertir, elle ne cède pas trop aux facilités et s’offre même une très bonne fin.

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L’Extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet

L’Extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet
2013
Jean-Pierre Jeunet

Réalisateur de films atypiques et généralement très populaires, le précédent film du réalisateur français Jean-Pierre Jeunet avait pourtant magistralement bidé : Micmac à tire-larigot, certes décevant, avait amorti à peine un tiers de son budget. Et c’est ainsi que le pauvre s’est vu retiré des mains L’Odyssée de Pi, et on l’imaginait sans mal faire bien mieux sur le plan scénaristique. Tant pis. Seulement voilà, l’échec le frappe plus violemment que jamais ici avec seulement 636 371 entrées pour un budget de 33 M$, soit à peine le cinquième, d’autant plus grave que le film n’a quasiment pas franchit nos frontières. Une période sombre pour le réalisateur, mais pas totalement injustifiée.

Adapté du roman de Reif Larsen, le film nous place en compagnie d’un jeune garçon à la science infuse : T.S. Spivet (Kyle Catlett). Petit garçon d’à peine dix ans et vivant portant au milieu de nul part, ayant en plus des parents (Helena Bonham Carter & Callum Keith Rennie) pas très intellectuels, il vient pourtant d’épater le monde scientifique : il est en effet l’inventeur d’une machine à mouvement « perpétuel » (d’une durée de 400 ans). La directrice du musée du Smithsonian à Washington l’a d’ailleurs convié à une fête en son honneur, l’occasion de fuir sa réalité, les choses n’étant plus pareilles depuis la mort accidentelle de son frère jumeau. Happé par un parfum d’aventure, il va mettre le chemin sous ses pieds.

Le drame humain du décès, le génie dans une famille de bouseux, la garçon qui part seul à la découverte du monde : des thèmes pas très originaux, mais l’idée pouvait marcher. On retrouve directement l’ambiance surréaliste propre au réalisateur, et il trouve de bonnes pistes pour exploiter son excentricité, notamment au travers des scènes au début du film, représentant graphiquement les pensées de Spivet et sa sœur. Malheureusement, cette idée, aussi efficace soit-elle, ne sera que très peu réutilisée alors que nombre de situations s’y prêtaient. Les principaux problèmes du film viennent plutôt de sa narration et de son personnage principal. Pas très convaincant, le jeune acteur lui prêtant ses traits n’arrive pas à le rendre crédible dans son rôle de génie, et cela fait écho à une narration pas très convaincante. Plus le film avance et moins l’ambiance surréaliste fonctionne, achevant peu à peu la cohérence de l’histoire. Certains diront que l’histoire est dépeinte selon le regard de son narrateur, mais il n’empêche que la magie cesse de fonction à mesure que le film avance. Un potentiel pas si énorme à la base, et malgré le talent de son réalisateur, le résultat est mitigé, trop irréel pour les adultes et trop brutal pour les enfants.

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Monuments Men

Monuments Men
2014
George Clooney

La seconde guerre mondiale fut un tournant majeur dans l’histoire de l’humanité, et les films abordant ce thème furent extrêmement nombreux, mais presque toujours ridicules et exacerbant. En effet, difficile de garder son sang froid face à des outrageants torchons comme Hannah Arendt, qui ouvrait le débat sur la possible activité cérébrale des soldats nazis et leur statut d’homme, se heurtant à la vision israélienne comme quoi ces choses n’avaient rien d’humaine. La plupart de ces films se retrouvent donc massacrés par un parti prit écrasant, dénaturant la réalité au profit d’une notion toute relative de « devoir de mémoire ». Une tare qui nous frappera une fois de plus…

Le principe même de l’histoire est une hérésie : alarmés par les innombrables dégâts des bouchers américains, adeptes du bombardement à l’aveugle ayant massacré des trésors artistiques inestimables, les allemands ont alors prit la décision, malgré l’imminence de leur défaite, de tenter de sauvegarder les œuvres d’art en plaçant en sécurité. Lui aussi convaincu de l’intérêt de protéger le patrimoine culturel, vaisseau de notre mémoire, le professeur américain Frank Stokes (George Clooney) va alors monter sur pied une équipe de choc pour reprendre ces œuvres aux allemands (mais ça n’a aucun sens ?) : les Monuments Men (Matt Damon, Bill Murray, John Goodman, Jean Dujardin et Hugh Bonneville).

Un film entier ne reposant que sur un mensonge : le décret Néro, consistant à détruire chaque œuvre d’art si Hitler venait à mourir. Une escroquerie de plus pour le gouvernement américain qui avait déjà fait fort à Pearl Harbor, et qui a tenté de se racheter une conduite auprès du monde avec cet acte de « sauvetage ». C’est donc bien entendu ultra patriotique, à un point vomitif, nous jetant à la figure des américains, caricatures de héros – enfonçant le clou en montrant que les étrangers à leurs côtés ne font pas le poids -, et des nazis, monstres suprême à la gratuité légendaire. Mais ça n’en fait pas un mauvais film, juste un stupide. En revanche, avec tout le reste c’est chose faite. En effet, à force de jouer des clichés ambulants, les acteurs s’en retrouvent catastrophiques, il est vrai pas très aidés par une histoire les rendant abrutis, voir antipathiques, et aussi des dialogues d’une inutilité aberrante. Et le bilan ne s’arrête pas là : le cadrage est souvent indigeste, la réalisation fade, et le rythme est clairement problématique. Il ne se passe presque rien pendant toute la première moitié, et la seconde est d’une redondance insupportable, allant d’une mine à l’autre sans autre enjeu que la moisson. L’humour tombe à plat, la violence de la guerre n’est jamais vraiment là, et nul souffle d’émotion ou d’aventure ne se fait sentir. Une déception de bout en bout où l’incompétence et le mauvais goût règnent en maître.

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Itinéraire bis

Itinéraire bis
2011
Jean-Luc Perreard

Ces dernières années quelques comédies romantiques françaises sont sorties du lot, comme La Chance de ma vie ou 20 ans d’écart, mais ça ne sont là que de rares exceptions.  Passé complètement inaperçu lors de sa sortie, ayant même connu un effondrement énorme d’une semaine sur l’autre, le film conjuguait en plus ce bide avec des critiques effroyables. Un fait vieux de trois ans, donc oublié, et voilà comment un journal télé corrompu nous livre en pâture une daube des plus désagréables.

Une conne, un connard. Jean (Fred Testo) était convié à un mariage censé se dérouler le lendemain, et étant un proche ami du père de la mariée, il lui confia le cadeau de mariage : une magnifique voiture de sport édition limitée. Pendant ce temps, une petite serveuse qui a réussi à mettre le grappin sur un fils de riche grâce à son joli minois, Nora (Leila Bekhti), commençait à lasser son petit copain de par son caractère dédaigneux et ses caprices de petite princesse, l’incitant fortement à la jeter par dessus bord, gênant en plus sa course de voilier. Et voilà comment Jean, amenant la voiture au mariage, va rencontrer Nora, nageant jusqu’au rivage. Lui aussi naturellement attiré par cette beauté presque tombée du ciel, Jean va alors décider de jouer les chevaliers servants, l’escortant jusqu’où bon lui semblera en dépit de ses engagements.

Le film est donc une espèce de road-movie où le gars envoi chier tous ses amis pour peut-être pouvoir se faire une belle jeune fille, pourtant difficilement supportable de par son égoïsme hallucinant, son méprit des autres et sa façon détestable de jouer avec son chauffeur. Ce dernier est d’ailleurs l’un des plus gros sodomite jamais vu, ruinant un mariage sans le moindre scrupule, et se trouve même être un mythomane compulsif, toujours à l’affût d’une flatterie. On se retrouve alors avec deux protagonistes principaux, et quasi exclusifs, antipathiques au possible, nous mettant constamment dans un état de rage face à une insouciance aussi dévastatrice. C’en est même grotesque quand les deux laissent derrière eux leurs portefeuilles (incluant donc carte d’identité et permis de conduire, les mettant dans l’illégalité la plus totale) et même leurs téléphones portables, comme si cela n’était que des babioles insignifiantes. Se pose même une incohérence de taille puisque tout cela est dû à une pénurie financière et que leur larcin est resté avec le reste. Pourtant, l’argent continue de couler à flot. Point de rattrapage final non plus, la médiocrité n’épargnant aucun pan du film. Le film n’est donc qu’une lente agonie où chaque étape de l’histoire est une insulte au bon sens, chaque minute un calvaire.

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L’Homme bicentenaire

L’Homme bicentenaire
2000
Chris Columbus

Génie absolu en matière de science-fiction, Isaac Asimov n’a pourtant que très peu vu ses œuvres adaptées au cinéma. En effet, à l’exception d’I, Robot qui survint quatre ans après celui-ci, seul un certain La Mort des trois soleils passé complètement inaperçu fut porté sur grand écran. D’aucuns penseront qu’un précurseur peut paraître désuet, expliquant peut-être le bide de l’exceptionnel John Carter et la liberté prise par I, Robot, et par la même l’échec de celui-ci (87 M$ pour un budget de 100 M$), surtout que les critiques n’ont pas été tendres. Bien sûr, le film a quelques défauts, mais son histoire ne manque pas d’intérêt.

Bien mauvais pronostique mais soit, le film partait du principe qu’en 2005 le monde accueillerait une innovation technologique qui paraît aujourd’hui encore bien loin : le robot humanoïde domestique, capable d’effectuer presque toutes les tâches du quotidien pour facilité la vie de ses riches acquéreurs. Richard Martin (Sam Neill), vendeur d’horloges de renom, avait invité dans son foyer le dernier modèle du genre, le NDR-114. Mais très vite, une anomalie va se révéler : leur robot, appelé Andrew (Robin Williams), va faire preuve d’imagination, de sens artistique, et même d’émotion, un fait incompréhensible même pour ses propres créateurs. Plus le temps passait, et plus la barrière entre machine et humain se dissipait…

Voilà ce qu’on pourrait appeler une référence sur la réflexion robotique à travers les âges. Si de bout en bout le film se montre invraisemblablement optimiste sur les avancées médicales et technologiques, il pose en tout cas un grand nombre de questions, existentielles et percutantes. Une machine peut-elle avoir une âme ? Quelle est la différence entre une chose et son imitation ? L’amour entre organique et synthétique est-il possible ? C’est donc là ce qu’apporte le film : un questionnement basique sur la robotique futuriste comme on la fantasme. Alors bien sûr, rien de comparable avec des chef-d’œuvre du genre de Mass Effect, mais le film arrive assez bien à faire vivre son histoire grâce à un Robin Williams formidable, bien aidé par Embeth Davidtz dans son rôle de « petite fille » adulte. La réalisation est assez bonne, et l’histoire est donc très touchante, même si on regrettera l’aspect morbide que l’émotionnel, parfois très fort, n’arrive que partiellement à endiguer. Un beau film qui se veut comme un classique de science-fiction malgré ses prévisions catastrophiques, mais qui, il est vrai, aurait mérité un traitement plus rythmé et une ambiance mieux maîtrisée, perdant une partie de la symbolique finale à cause d’une mauvaise gestion de l’un des thèmes principaux.

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The Ryan Initiative

The Ryan Initiative
2014
Kenneth Branagh

Après quatre beaux succès au cinéma, la saga Jack Ryan allait renaître de ses cendres après presque douze ans d’absence. Une saga aux nombreux interprètes (un seul a eu le droit à deux films) et pas spécialement appréciée, d’autant que le genre « film d’espionnage » a été source de beaucoup trop d’inspiration. Pour cette ultime adaptation des écrits de Tom Clancy avant son trépas, le film nous propose de retourner aux origines du fameux agent.

Ce fut un événement qui ébranla le monde : le 11 septembre 2001 la destruction planifiée des Tours Jumelles changea la vision du monde, donnant en pâture au monde entier une religion et tous les pays s’en rapprochant. En bon citoyen lobotomisé, Jack Ryan (Chris Pine) décida de s’engager dans l’armée des Etats-Unis pour aller chercher le pétrole sauver de l’oppression l’Afghanistan, mais il subit de lourdes blessures dans un crash d’hélicoptère. Ayant sauvé héroïquement ses collègues ce jour là, il fut repéré par Thomas Harper (Kevin Costner) de la CIA, qui s’empressa de faire de lui un infiltré aux marchés financiers. Quelques années plus tard, alors en poste à Wall Street, il va découvrir des irrégularités dans des comptes russes liés à un certain Viktor Cheverin (Kenneth Branagh). Une nouvelle attaque terroriste semble se préparer…

C’est ce qu’on appelle le « petit coup de pute avant de crever ». Quel bel hommage que de se torcher avec l’œuvre d’un homme pour écrire à la place un scénario inédit aussi affligeant ! On se mange à peu près tout : les vilains terroristes, les méchants russes, l’ultra-patriotisme américain, la CIA et bien sûr le héros au grand cœur. Il ne manquerait qu’un ancien nazi pour que le grotesque soit à son paroxysme. Une pareille avalanche de clichés, c’est tout simplement infâme. Et bien sûr, on se reprend les éternelles courses poursuites où les balles ne touchent aucune cible, sans oublier la bombe arrêtée moins de dix secondes avant la fin du compte-à-rebours. Quelle honte ! Evidemment, les personnages sont aussi des caricatures ambulantes, à condition d’exister, ce qui n’est pas le cas de la translucide Keira Knightley dont les interventions sont ou nuisibles ou reposant sur des ficelles usées depuis des décennies. Même du point de vu action le film est mauvais, déjà parce qu’assez pauvre en grosses scènes, mais manquant en plus de lisibilité ou se retrouve simplement plombé par une absence de suspense et d’enjeux. Avec tout de même un casting aussi étoilé et des moyens importants, il était impossible de complètement se rater, mais le niveau est franchement faible, surtout à cause d’un des plus mauvais scénarios jamais écrit.

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Edge Of Tomorrow

Edge Of Tomorrow
2014
Doug Liman

De loin le film que j’attendais le plus de toute l’année tant le synopsis semblait destiner le film aux stratosphères des chef-d’œuvre. Il est vrai que que c’est dans les meilleurs moules qu’on fait les meilleures plats, et le film étant à la fois de science-fiction et tiré d’un manga (All you need is to kill, de Ryousuke Takeuchi, auteur de l’excellent Death Note, qui puise ici son inspiration d’un roman d’un de ses compatriotes, Hiroshi Shakurazaka), le mélange pouvait nous amener très haut. En plus de choisir un titre hautement révélateur et pertinent, le film s’est donné les moyens de ses ambitions : un casting d’exception et un budget écrasant (178 M$, sans compter la campagne de mastodonte). En résulte tout simplement un maître incontestable du genre.

Comme le titre l’indique, l’aube ne se lèvera peut-être plus jamais pour l’humanité. À l’augure du XXII° siècle, la Terre fut frappée par une attaque massive, ciblée et imparable de la part d’une force extraterrestre inconnue. En quelques semaines l’Europe entière est tombée sous leur joug, et l’avenir semble bien sombre. À ce jour, une seule bataille fut gagnée, celle de Verdun, remportée grâce à une seule personne, véritable légende de guerre : Rita Vrataski (Emily Blunt). Dans un ultime espoir de repousser l’assaut ennemi, une dernière bataille sera menée, rassemblant tout ce qui reste d’armement au monde pour un débarquement sur les plages françaises. Lieutenant de l’armée n’ayant jamais combattu de sa vie, le major Bill Cage (Tom Cruise) va se retrouver enrôlé de force dans cette guerre finale, le général Brigham (Brendan Gleeson) ne supportant plus de voir ce lâche parader fièrement dans son uniforme à la télévision au lieu de prendre les armes. La boucherie était annoncée, mais le bilan fut pire que tout : les forces extraterrestres attendaient de pied ferme, et tous furent balayé par la contre-offensive. Tué au bout de quelques minutes, l’inexpérimenté Bill se réveilla pourtant la veille du combat, incrédule. Aspergé par le sang d’un alien Alpha, il obtint son pouvoir, la clef de toutes les victoires ennemies : chaque Alpha, grâce à un Oméga, peut revivre éternellement la même journée jusqu’à l’obtention de la victoire. Mais un homme seul peut-il faire la différence ?

Live, Die, Repeat (vie, meurt, recommence), telle est la tag-line du film. Quelle opportunité magnifique que de pouvoir revivre indéfiniment une bataille, pouvant ainsi en connaître chaque moment, chaque attaque ennemie, permettant d’établir une stratégie plus fine à chaque renaissance. Mais un homme seul ne serait que peu de chose face à une armée possédant plusieurs soldats avec la même habilité, et le principe sonnerait redondant à force. Un fait que le film négocie avec talent, amenant continuellement de nouveaux objectifs, de nouveaux rebondissements, des découvertes d’envergure, développant en parallèle de cette lutte un amour à la Machine à explorer le temps mêlé à du Amour et Amnésie. Un combo brillant, enrichissant une histoire qui compte déjà parmi les plus abouties de tout les temps. Tout se tient, tout est imparable, cohérent et reposant sur un montage parfait qui donne un impact énorme à chaque remise à zéro. Constamment entourée d’une incertitude chronique liée à beaucoup de désespoir, l’histoire ouvre continuellement de nouvelles portes, de telle sorte que l’histoire ne stagne jamais et nous bluff à chaque nouvel étage. Une pirouette scénaristique de tout instant qui laissera une marque dans l’histoire.

Mais qui dit invasion alien et gros budget implique un visuel hors normes. Si le spectacle est au rendez-vous avec des effets-spéciaux irréprochables, un climat lourd et oppresseur, et que la réalisation est au top avec un impact prodigieux à chaque scène, la direction artistique est peut-être le seul point qui empêche le film de prétendre à la perfection. En effet, si certains passages ont une personnalité forte et un visuel unique, le design global est plutôt classique, et ni les machines ni les extraterrestres n’impressionnent de par leur originalité, laissant même plutôt de marbre et donnant aux envahisseurs une gratuité dans la violence éternellement injustifiée malgré de gros efforts scénaristiques pour les rendre uniques. Mais bon, le film est tout de même visuellement à la hauteur de ses ambitions, et c’est bien là le principal. Côté casting on retrouve un Tom Cruise au sommet de son art, particulièrement bien aidé par la ravissante Emily Blunt dont le personnage révolutionne le film. Musicalement le film est assez discret mais efficace, et le travail pour le son en général est une fois de plus remarquable. Magistral scénaristiquement, énorme visuellement et quasi indiscutable artistiquement, le film est tout simplement l’une des meilleures productions SF de l’histoire du cinéma, et se pose surtout comme référence absolue en matière d’invasion extraterrestre.

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RoboCop

RoboCop
2014
José Padilha

Grand classique de la science-fiction – comme à peu près tous les films de Verhoeven -, Robocop était resté comme un projet au formidable potentiel, mais au résultat mitigé à cause des limitations technologiques de l’époque. L’idée d’un remake avait alors de quoi enthousiasmer, en apportant bien sûr des modifications d’envergure sur l’histoire, cette dernière n’ayant pas été très clairvoyante sur l’avenir. Mais alors le voyant Total Recall s’allume, nous rappelant la douloureuse tentative de remake. Plus de légitimité ici donc, mais prudence est mère de sûreté.

L’action du film se déroule dans un futur assez proche (une centaine d’années), alors qu’un conflit fait rage entre les pro-robot et les défenseurs du travail humain. Dirigeant de la plus importante entreprise d’armement robotique, Raymond Sellars (Michael Keaton) tente par tous les moyens d’imposer ses machines sur le territoire américain, malheureusement hostile au projet. Pourtant, grâce à son armée, il impose au monde une image de paix indiscutable avec ses recrues mécaniques, aidé en plus par un journaliste (Samuel L. Jackson) spécialisé dans le détournement d’opinion publique. Mais seulement voilà, le public américain n’est pas prêt à voir ce genre de machines prendre la place de leurs policiers dont le jugement émotionnel serait irremplaçable. Alors qu’une loi s’apprête à être votée, Sellars décida de donner une raison au public d’aimer une machine : en mettant un homme dedans grâce aux prouesses du docteur Norton (Gary Oldman). Et quel meilleur candidat que Alex Murphy (Joel Kinnaman, marié ici à Abbie Cornish), policier dans un état critique ? Seulement contrôler un homme n’est pas aussi facile que pour machine…

Il suffit de voir le journaliste télévisuel manipuler les téléspectateurs pour crier au génie : plus qu’une simple guerre contre la criminalité, le film se dote ici d’un vrai contexte et d’un fond largement plus intéressant et profond. Une pertinente critique du système américain, dominateur et répressif, prêt à écraser toute personne ne partageant pas son point de vue, telle une dictature. Le film pointe du doigt bon nombre de travers de leur économie, que ce soit l’hyper-consommation ou la course à l’armement pour un pays se voulant pourtant pacifiste. Au delà de ça, le film repose les éternelles questions d’intelligences artificielles, de la position de l’homme et du pouvoir de l’esprit. On peut donc dire que le film réussi parfaitement la contextualisation de l’histoire, qui reprend donc en gros la trame originale en ajoutant des intérêts politiques et économiques. Et au final, l’histoire est plus probante, il est vrai aidé par un visuel plus réaliste grâce aux progrès technologiques. Un réalisme qui touche aussi la direction artistique, du coup un peu trop classique, même si on notera l’idée intéressante du changement d’armure en fonction de l’impact souhaité (quand l’humain ou la machine doit dominer). Niveau action on est plutôt bien servi, bien que la violence soit moins sanglante que dans l’originale, ce qui n’est pas forcément un mal. On s’étonnera une fois de plus du choix d’un outsider pour le rôle titre, mais le casting est solide dans son ensemble. Peu de surprises pour les fans de l’original qui retrouveront un film dans sa droite lignée bourré de clin d’œil (citons au passage le beau remixe du célèbre thème principal), mais plus qu’un hommage réussi, le contexte inédit du film rend l’expérience plus intéressante et percutante.

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Prêt à tout

Prêt à tout
2014
Nicolas Cuche

Après nous avoir fait marrer avec ses chansons très spéciales et un passage sur les planches réussi, la carrière de Max Boublil avait prit une tournure intéressante l’an dernier avec l’énorme succès des Gamins, un film excellent où, en plus d’avoir écrit le scénario, il tenait l’un des deux rôles principaux. Il était donc intéressant de voir ce qui allait en suivre, et ce projet avait largement de quoi enthousiasmer.

Ça n’est pas un secret, si l’argent ne rend pas heureux, il aide en revanche beaucoup. Pour Max (Max Boublil) qui a fait fortune avec ses potes grâce à un site de rencontre, la vie est effectivement très belle, coulant des jours heureux sur une île paradisiaque dans une débauche de luxe et de luxure que tout le monde envierait. Mais seulement voilà, un vide reste à combler côté cœur, ce dernier n’ayant jamais battu que pour Alice (Aïssa Maïga), une fille sur laquelle il fantasmait à la fac. Et voilà qu’après tant d’années, Max tomba sur un reportage sur une usine en dépôt de bilan, justement syndicalement représentée par Alice. Il décida alors de faire une folie : racheter l’usine pour sauver son emploi et l’aider. Mais étant une militante anti-patronat, il va se faire passer pour un simple ouvrier pour essayer de la conquérir.

Un film tout simplement brillant sur le papier : le riche samaritain jouant les patrons dévoués au nom de l’amour. Une idée tout simplement magnifique où le gentleman vient changer la vie de la paysanne de l’intérieur, s’immisçant étage par étage. Et le film a quelques grandes idées pour porter haut ce postulat de départ, comme toutes les négociations avec le président de l’usine (Patrick Timsit), et le sabotage des rendez-vous galant de la mère permet une contextualisation pertinente du fameux site de rencontre, même si scénaristiquement un gain au loto aurait été plus crédible. Et évidement, Max Boublil est un héros parfait qui donne au film une saveur si piquante, et il aide beaucoup à rendre empathique son amour pour Alice. Côté déception, et elles sont nombreuses, on pointera du doigt des potes inexistants, bloqués au niveau évolutif par leur île, une gestion d’entreprise mal gérée, rendant le scénario souvent boiteux, et on aurait aimer voir l’idée poussée bien plus loin. De plus, certains aspects de la fin déçoivent, de par manque de cohérence et facilité. Une belle romance malgré tout, assez drôle et à l’idée originale louable.

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