Hunger Games – La Révolte : Partie 1

Hunger Games – La Révolte : Partie 1
2014
Francis Lawrence

Malgré le plagiat total et non assumé du premier film, la saga a ensuite réussi à prouver sa valeur intrinsèque avec un second opus plus ambitieux, original et abouti. Phénomène monstrueux aux Etats-Unis où les deux premiers films avaient chacun dépassé la barre des 400 M$ (un exploit d’autant plus grand sans 3D), la suite avait enfin réussi à concrétiser cette excitation à l’étranger, dépassant même les recettes américaines. Comme cela est devenu une habitude, le dernier tome littéraire est scindé en deux, et voici donc la première partie d’une révolte qui grondait depuis le tout début.

Gros mystère resté en suspend, l’intrigue démarre ici au cœur du supposément détruit district 13, finalement rebâtit sous terre. La révolution est en marche, le peuple est prêt à prendre les armes pour les retourner contre le Capitole et le président Snow (Donald Sutherland), mais la rébellion a besoin d’une figure, un emblème derrière qui se rallier : Katniss Everdeen (Jennifer Lawrence), le geai moqueur. Seulement le Capitole a lui aussi une arme terrible entre ses mains : le captif Peeta Mellark (Josh Hutcherson), militant pour la paix.

Entre Harry Potter qui nous avait ébloui par son double final d’exception et Twilight, certes moins intéressant en première partie mais très bien structuré, j’étais de ceux qui accueillent avec enthousiasme les césures en ce qui concerne les derniers tomes des adaptations littéraires. Malheureusement, le constat est loin d’être aussi définitif ici. Après un début très long, dégoulinant de clichés et de pleurnicheries, on attend la révolution, en vain. Pour ainsi dire aucune vraie scène de révolte en dehors de deux scénettes de district, le film est plus une joute politique, uniquement accès sur la propagande. Ça aurait pu être très intéressant, mais avec une psychologie aussi faible, on s’ennui. Tout est d’une évidence maladive, et pas l’ombre d’une scène d’action pour rattraper le coup. Evidemment, le film est bien réalisé, relativement dynamique et le casting en impose (Liam HemsworthWoody HarrelsonElizabeth BanksStanley TucciJena Malone, Natalie DormerPhilip Seymour Hoffman et Julianne Moore), mais il n’empêche que l’histoire ne passionne pas énormément, que nombre de scènes sont inutiles, et qu’il semblerait que presque tout ait été gardé pour l’ultime volet. Une rallonge artificielle qui laisse sur sa faim.

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Madagascar 3, Bons Baisers D’Europe

Madagascar 3, Bons Baisers D’Europe
2012
Eric Darnell, Tom McGrath, Conrad Vernon

La formule va t-elle enfin évoluer ? Vu le score de la suite qui recyclait pourtant quasiment tout, c’était peu probable, mais on est jamais à l’abris d’un miracle, surtout qu’on nous promettait un changement radical de décors. C’est effectivement le cas, mais on est loin de la cure de jouvence salvatrice, même si entre deux erreurs d’envergure quelques idées salutaires font leur apparition.

L’Afrique, la famille, ça va bien un moment, mais l’obsession d’un retour à New-York se faisait de plus en plus sentir, et Alex (José Garcia), Marty (Anthony Kavanagh), Melman (Jean-Paul Rouve) et Gloria (Marina Foïs) ont donc décidé de ne plus attendre le retour de leurs amis pingouins et d’aller à leur rencontre, à Monte-Carlo. Mais à leur arrivée, la police monégasque leur ait tombé dessus, et le seul moyen pour leur échapper fut de monter à bord d’un cirque. Heureuse coïncidence, si leur numéro de Londres ébloui un jury, ils pourront rejoindre New-York. Mais l’affaire est loin d’être jouée tant le cirque n’est plus qu’une relique du passé.

Le début du film est très inquiétant : notre quatuor rejoint Monaco à la nage, très crédible, et ont enchaîne sur un monceau d’ânerie d’humanisation des animaux, ruinant toute forme de cohérence avec une course poursuite affligeante. Et de manière globale, tout ce qui touche au monde des humains donne lieu à des passages lamentables qui vont à l’encontre de toute forme de logique. La police française est insupportable et le film aurait été infiniment meilleur sans ce concentré de clichés détestables et de bêtise inouï. Car mine de rien, le film a de nombreuses qualités à faire valoir. Déjà scénaristiquement : on a une vraie trame, cohérente et structurée, avec des enjeux plus pertinents que les précédents. L’aventure du cirque est réellement intéressante, pleine de poésie et de magie, même si on n’échappera pas à des dérapages comme le coup de l’anneau, tout simplement grotesque. Les nouveaux personnages, certes très caricaturaux, sont assez convaincants, surtout la panthère, et les situations sont plus probantes. L’humour, encore imparfait, marche lui aussi un peu mieux, toujours hissé par les éternels pingouins avec une perle de taille avec le coup des freins ambitieux. Toujours d’un niveau perfectible, le film reste dans la continuité, se renouvelant néanmoins suffisamment pour assurer un certain degré de divertissement.

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Madagascar 2

Madagascar 2
2008
Eric Darnell, Tom McGrath

Production relativement modeste en terme d’animation (seulement 75 M$ de budget), Madagascar avait atteint des sommets au box-office, culminant à plus de 532 M$ dans le monde. Un humour facile et gratuit qui a semble t-il fait son effet auprès du jeune publique, qui a encore plus répondu présent avec cette suite (603 M$), pourtant toujours aussi peu inspirée.

Comme on s’en doutait vu la panne sèche du bateau, nos quatre amis Alex (José Garcia), Marty (Anthony Kavanagh), Melman (Jean-Paul Rouve) et Gloria (Marina Foïs) sont donc bloqués sur l’île de Madagascar. Mais à croire que l’essence pousse sur les arbres et que faire voler un avion délabré est plus facile que de remplir le réservoir du bateau, c’est donc par les airs qu’ils vont tenter de rejoindre New-York. Seulement « Air Pingouins » n’était pas la compagnie aérienne la plus fiable, leur vol s’écrasera en Afrique, terre de leurs origines.

Parce que le retour à la vie sauvage n’était visiblement pas suffisant comme retour aux sources, cette suite est en réalité une version brute du premier. Mêmes personnages, mêmes enjeux. C’est en côtoyant pour la première fois leurs semblables que les quatre compères vont apprendre ce qu’est leur nature profonde, ce qui en fait ne les changera pas du tout : c’est encore une fois eux qui font en sorte que ce soit les autres qui s’adaptent à eux. Le contexte change un peu et les situations aussi, mais le fond reste passablement figé. La recette comique est la même, avec encore une fois tous les meilleurs passages dus aux pingouins, et on s’en lasse forcément. Pas d’évolution majeure : le design reste bancal et l’histoire trop facile. Relativement distrayant, mais d’une immense fainéantise.

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Madagascar

Madagascar
2005
Eric Darnell, Tom McGrath

Saga d’animation très populaire (1,9 milliard de dollars dans le monde, dont presque 12 millions d’entrées en France), elle s’apprête à accueillir un spin-off centré sur les pingouins, personnages très populaires et qui devaient à l’origine être les héros de l’histoire avant que le projet ne soit avorté au profit de celui-ci.

L’histoire démarre au cœur du zoo de New-York, zoo où prospèrent Alex (José Garcia), le petit lion chouchou du public, Marty (Anthony Kavanagh), un zèbre, Melman (Jean-Paul Rouve), une girafe mâle hypocondriaque, et aussi Gloria (Marina Foïs), une hippopotame. Leur petite vie d’animaux d’exposition leur allait bien, mais un jour Marty va se prendre à rêver de la vie sauvage, et une petite balade nocturne dans les rues de la ville poussera les responsables à répondre à sa demande, au grand dam de ses amis peu enclin à un tel changement. Destination Madagascar !

Difficile de se montrer spécialement enthousiaste. Le film est très moyen, et ce dans tous les domaines. Graphiquement, le style est correct, coloré mais peu inspiré. L’histoire est sympa, mais pas assez poussée. Le retour à la nature est trop rapide, pas du tout approfondi, et ça manque de réalisme. Les personnages sont très différents les uns des autres, ont une personnalité forte et profitent d’un doublage de qualité, mais on ne s’attache pas tellement. De même, malgré quelques efforts uniquement à l’intention des plus grands (cf les références à Seul au monde ou La Planète des singes), l’humour est globalement un peu trop facile et prévisible. Le boulot est fait, mais de façon très superficielle. Heureusement, pour rehausser un peu le niveau, on peut compter sur les pingouins, véritable trouvaille du film. Humour absurde, très fin et souvent inattendu, ils ponctuent l’aventure de quelques perles d’envergure. Ça ne suffit pas pour en faire un bon film, mais ça reste honnête et les enfants seront probablement conquis.

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Le Club des 5 en péril

Le Club des 5 en péril
2013
Mike Marzuk

Alors que le quatrième film de la célèbre saga allemande s’apprête à débarquer dans leurs salles, la France accueil péniblement le second opus, sans projection au cinéma qui plus est. Non pas que le premier était spécialement bon, il était même presque mauvais, mais il y avait une fraîcheur dans l’ambiance, et l’actrice Valeria Eisenbart (Claude) avait ce je-ne-sait-quoi de prometteur. Une réelle attente en découlait donc, d’autant qu’avec une histoire un peu plus poussée le tour aurait été joué. Mais là, c’est le drame…

Gros point noir du premier film, l’histoire de cette suite trouve le moyen de faire encore pire : au XVI° siècle, un type a reçu une émeraude en cadeau, et aujourd’hui quelqu’un veut mettre la main dessus en s’en prenant au dernier descendant en date. Mais ayant fait appel à des incapables, ces derniers vont malencontreusement kidnapper l’un des membres du club des cinq, reformés à nouveau pour les grandes vacances, à la place de l’héritier légitime.

Pourquoi tant de haine ? On a visiblement plus le droit d’avoir des plaisirs coupables : le film est un divertissement pour les enfants, et cette fois il est difficile de passer outre. On a rarement vu autant d’insistance et d’explications qu’ici. Chaque chose dite ou montrée est un indice grossier sur ce qui va se passer la seconde d’après, et quand je dis seconde, c’est une réelle seconde. Des dizaines de fois dans le film, on a droit à des choses comme « attention où tu met les pieds » suivit instantanément par la chute grotesque du personnage, de même si on a prévenu de la maladresse d’une personne, cette dernière se mangera un poteau avant la fin de la phrase. Et c’est comme ça tout du long : un toit instable, il s’effondre ; on prête une moto, elle ne revient pas ; une fenêtre laissée ouverte, quelqu’un y passera ; avec pour couronner le tout le « gardez-le pour nous jusqu’au jour où », nous expliquant carrément la finalité de l’histoire dès l’introduction. En résulte des situations écœurantes de bêtise, des dialogues exaspérants, aboutissant immanquablement à un jeu lamentable. Et pour ne rien gâcher à la fête, l’humour est du niveau de pipi-caca, c’est dire. Ô malheur !

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Belle

Belle
2014
Amma Asante

Beau succès indépendant, le film est l’un des très rares à avoir franchi la barre des dix millions de billets verts sur le sol américain sans sortie nationale. Une belle prouesse amplement méritée pour ce qui s’avère être une reconstitution historique (inspiré de faits réels) au style très proche de Downton Abbey, retrouvant d’ailleurs celle qui incarne la mère de Matthieu dans la série.

Prenant place fin XVIII°, en pleine période d’esclavagisme, le film retrace le parcours hors du commun de Belle (Gugu Mbatha-Raw), métisse née d’une esclave noire et d’un riche dignitaire anglais. Sa couleur de peau aurait dû l’empêcher de prétendre à la haute société, mais devant l’insistance de son père, son oncle et son épouse (Tom Wilkinson et Emily Watson) ont accepté de l’élever comme leur fille (Sarah Gadon). Une situation délicate pour la famille malgré l’amour qu’il lui porte, décuplée au fil des ans, tant les mentalités restent figées.

L’esclavagisme et le racisme sont des problèmes certes désuets, mais le film arrive tout de même à nous y intéresser grâce à une chose : la contextualisation par la vérité. Romancée certes, l’histoire n’en reste pas moins un témoignage du passé, et la plaidoirie sera à peu près la même que s’il s’agissait de Downton Abbey. Voir des personnages aussi avant-gardistes, de telles pensées révolutionnaires pour l’époque, c’est tout simplement revigorant, comme si une vieille toile s’animait, se libérait de ses chaînes. Des mentalités d’aujourd’hui dans un tel contexte, c’est juste jubilatoire, surtout face aux archétypes de la bourgeoisie d’antan. L’ambiance est elle aussi très réussie : les décors et la réalisation sont irréprochables. Même les acteurs sont tous excellents, que du bonheur. Reste en revanche la facilité dommageable du scénario, cousu de fils blancs, mais en même temps on voit exactement ce qu’on voulait voir. Un beau film, classique mais efficace.

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Interstellar


Interstellar
2014
Christopher Nolan

Si on peut bien sûr faire des chef d’œuvre à partir de n’importe quoi, le genre de la science-fiction est peut-être celui qui est le mieux prédisposé pour nous faire rêver, pouvant aller bien au delà de notre simple entendement. Pour preuve l’aventure exceptionnelle de Mass Effect et son analyse brillante de l’esprit humain et de l’éveil de l’âme. Et quand on a aux commandes un certain Christopher Nolan, réalisateur de renom à qui on doit une trilogie Batman bluffante, de même que l’un des plus gros succès de tous les temps pour une œuvre originale, Inception, il y avait de quoi espérer atteindre des cimes encore inconnues. Evénement d’envergure quasi inédite, le film se voulait aussi révolutionnaire que 2001 : l’odyssée de l’espace en son temps. Une référence aujourd’hui oubliée tant il ne reste plus grand chose de ce qui a fait la force de ce film, mais c’était alors une claque sans précédant dans l’histoire du cinéma.

Projet longtemps resté mystérieux, excepté le fait qu’on savait qu’il s’agirait d’une quête spatiale, l’histoire est des plus sombres. De temps à autre, à force de puiser dans les ressources, certaines terres agricoles deviennent stériles (d’où le principe de jachère pour laisser la terre se reposer à l’occasion) pour un moment, mais ces derniers temps le phénomène se multiplie, s’aggrave, au point que certaines céréales ne poussent plus nulle part. Survivant d’une large période de famine, Cooper (Matthew McConaughey) a dû comme beaucoup d’autres mettre ses rêves de côté pour collaborer à l’effort mondial en devenant agriculteur, lui qui était l’un des derniers grands pilotes de la NASA, dissoute il y a des années faute de budget. Ou du moins croyait-il. Suivant de mystérieuses indications, il va se retrouver à la base secrète de l’ex agence spatiale, l’informant du terrible destin de la Terre : son sort est scellé, et il faut désormais se tourner vers les étoiles pour trouver une planète de substitution. Hasard des choses, il y a trente ans un trou de vers s’est formé près de Saturne, menant à une lointaine galaxie abritant trois potentielles planètes compatibles. La formation de pilote n’existant plus, Cooper est l’un des derniers capable de piloter une navette spatiale, et de lui dépend la survie de l’humanité. Un voyage dont il ne reviendra peut-être pas, l’obligeant à dire probablement adieu à sa famille.

J’ai essayé de ne pas mettre trop d’espérance dans le film, relativisant sa possible suprématie par l’avis mitigé de certaines personnes comme Durendal, mais rien à faire, je voulais le voir pulvériser tous les records, se hisser au rang de référence absolue. Un poids colossal que le film ne pouvait évidemment pas supporter. J’en attendais un scénario parfait, il ne l’est pas. J’en attendais une claque visuelle majeure, ça ne fut pas le cas. Argument de vente principal, le réalisme du film est en effet très bon, et à peu près tout dans le film tient la route, à quelques comportements près mais dont je ne peux parler sans révéler des événements centraux. Passons aussi sur l’éternel problème de survie à long terme dans l’espace, bien mieux géré dans un film comme Sunshine qu’ici. L’introduction est excellente, savamment orchestrée, et c’est peut-être même le meilleur moment du film : une mise en bouche haletante avec à la clef des performances exceptionnelles. D’ailleurs, au milieu de stars telles que Michael Caine, Anne Hathaway, John Lithgow, Jessica Chastain, Casey Affleck et Matt Damon, la performance la plus époustouflante du film est à mettre au crédit de Mackenzie Foy, qui mériterait même un Oscar tant son personnage est la véritable âme du film, celle par qui vient l’émotion et qui donne toute son importance au voyage. C’est bien simple, les passages sans elle sont moins beaux, moins touchant.

Vient ensuite le voyage en lui-même, l’épopée spatiale qu’on espérait plus grandiose que tout ce qui a précédé. Certaines séquences sont en effets impressionnantes, surtout à la fin, mais en dehors de l’exploration des planètes et du passage dans le trou de vers, les phases dans l’espace n’ont rien de mémorable. S’attacher au réalisme est important pour donner toute son ampleur à l’histoire, mais cela se fait au détriment du visuel. Nolan n’est pas un fan du numérique, et son film boude la 3D – un choix qui lui coûtera cher au box office -, nous plaçant dans une optique basique, loin du fantasme de l’espace intersidéral. C’est regrettable, d’autant que le scénario ne rattrape pas tout. Une fois digéré sans trop de difficultés les bases certes complexes, le film se suit aisément, et il faudra attendre vraiment la toute fin pour qu’on explore les quelques pistes philosophiques évoquées, pour au final une certaine déception. Mille fois on aurait pu craindre pire fin, mais ça n’est pas non plus la plus souhaitable imaginable, peut-être à cause des limites de la science que le film hésite trop souvent à outrepasser. Du très très bon boulot donc, qui nous tiens en haleine d’une main de maître pendant près de trois heures sans le moindre temps mort, mais le film n’arrive pas à dépasser l’imaginaire, transcender notre vision et notre compréhension du monde. À force de nourrir des attentes démesurées, on ne pouvait être que déçu par le résultat, bouffé par sa propre ambition intenable : la révolution n’est pas là, et le scénario semble avoir été écrit par un dépressif au bord du gouffre, prêt à sauter. En d’autres circonstances on aurait crié au génie, pleuré devant tant de talent (bien que certaines scènes titillent les glandes lacrymales), mais il en faut plus que ça pour impressionner aujourd’hui, et ce film ne traversera pas les âges.

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La Ritournelle

La Ritournelle
2014
Marc Fitoussi

Telle la roche qui, par le vent et la pluie s’érode, un couple s’use, se meurt au fil des années. Pour Brigitte (Isabelle Huppert) la flamme s’était éteinte depuis bien longtemps, ne voyant en son mari (Jean-Pierre Darroussin) qu’un compagnon par défaut, mais il aura fallut attendre qu’un petit jeune vienne la chambouler pour qu’elle réalise qu’elle était entrain de passer à côté de sa vie. Sur un coup de tête, elle va décider de partir de sa désolante ferme pour passer deux jours à la capitale, souhaitant retrouver le beau jeune homme qui a ravivé tant de souvenirs.

Le problème, c’est l’autre. Comme toujours dans un couple au bord de la rupture, on se renvoie la balle (intérieurement ici), pensant que tout est de la faute de l’autre, qu’il ou elle n’en fait pas assez. Jamais de remise en question et encore moins d’efforts, car de toute façon si l’autre nous aimerait il ne verrait aucun défaut. Mais comme dans la vraie vie la situation est semblable, il s’agit là d’un bon réalisme de la part du film. Pas crédible un instant en paysanne, la petite bourge snobinarde de parisienne qu’est Isabelle Huppert retrouve donc son milieu naturel grâce à cette mésentente, et toute son escapade nous donne envie de lui foutre une sacrée pair de claques. Mitigé entre l’exaspération et la curiosité, le spectateur n’y trouvera de l’intérêt que tardivement avec quelques passages plus émotifs sur la fin, mais il n’y a guère que le talent des acteurs pour nous faire tenir. Un petit film simple, plutôt bien fait, semblable à tant d’autres mais qu’importe.

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Les Vacances de l’angoisse

Les Vacances de l’angoisse
1994 (2001 en France)
R. L. Stine

Incontestablement l’un des écrivains les plus prolifique qui soit, R. L. Stine a publié pas moins de 74 romans (certes très courts, mais tout de même) en l’espace de huit ans, entre 1992 et 2000, aboutissant à la célèbre collection « Chair de poule ». De l’épouvante pour ados qui a eu son heure de gloire, et j’étais curieux de m’y replonger.

Petit ouvrage atteignant grossièrement la centaine de pages grâce à une police généreuse et des sauts de page réguliers, le livre nous conte cinq petites histoires, chacune horrible à sa façon, pour un résultat assez inégal. La première, « Traquenard sur la plage », au suspense largement massacré par la couverture du livre, nous raconte comment une petite fille capricieuse et cupide s’est fait berné par un coquillage lui faisant miroiter richesse et gloire, alors que seule la mort l’attendait. Une première histoire à l’ambiance malsaine, assez réussie avec la traversée de la caverne, et réjouissante de par sa violence non dissimulée, parlant carrément du sang de la jeune fille se fracassant contre les rochers.

La seconde histoire, « Oiseaux de malheur », ne vole en revanche pas très haut. Encore un sale mioche pénible, ennuyant toute sa famille parce que ses vacances dans une volière ne lui plaisent guère. La finesse n’est pas au rendez-vous, les allusions sont téléphonées, et l’univers est même partiellement raté vu la piètre utilisation du décors pourtant atypique. Même problème pour la troisième histoire, « Une vie de chat », qui perd son potentiel effrayant par un développement trop prévisible. Petite note d’intention aux responsables du quatrième de couverture au passage : l’héroïne s’appelle Marla, et non Mara.

Les deux dernières histoires sont, elles, plus intéressantes. L’avant dernière, « Présence dans les bois », joue sur la prévisibilité pour nous déstabiliser. Tout nous laisse à penser que l’histoire part dans la direction supposée, insistant lourdement dessus avec la même lourdeur que pour le reste des histoires, mais c’était là un piège bien négocié. Et enfin, « P.S. : surtout, ne réponds pas », joue habilement sur la psychologie avec une histoire de paranoïa sympathique, d’autant que le cadre « colonie de vacances » est très propice aux folies de la solitude.

Des histoires éternellement axées sur des ados ayant très souvent 12 ans, et c’est bien là le public visé. Un principe accrocheur, des ébauches d’idées et un probable frisson pour les plus jeunes : un résultat honnête et distrayant. Pas de quoi crier au génie tant c’est facile et peu approfondi, spécialement ici, et certains messages ont de quoi inquiéter. De manière récurrente, les parents sont incapables de faire l’effort de comprendre leur enfant, les frères et sœurs ne sont que des gènes, et on ressent une paranoïa constante sur des menaces omniprésentes prêtes à s’abattre sur le premier enfant malheureux venu, comme pour le punir de ne pas apprécier ce qu’il a, alors même que généralement son milieu est nocif. Peut-être un effet de style : le rejet mène à l’angoisse. C’est avec nostalgie que je repense à ce qui a été mes premières lectures, mais il n’y avait finalement pas de quoi les sortir de leur étagère poussiéreuse.

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All you need is kill

All you need is kill
2004
Hiroshi Sakurazaka

Film de science-fiction majeur de cette année, Edge of Tomorrow a largement impressionné par sa qualité et son originalité, transformant un démarrage inquiétant en une réussite méritée par un bouche-à-oreille phénoménal. Hasard du calendrier, un manga est arrivé à peu près en même temps que le film, célébrant lui aussi les dix ans du roman originel dont il est ici question.

Oubliez presque tout ce que vous savez du film, le roman n’a que peu de choses à voir. Exit le sergent américain enrôlé de force, l’histoire est ici celle de Keiji Kiriya, jeune recrue japonaise qui s’apprête à défendre son pays contre la menace extraterrestre que représente les Mimics, amphibiens massifs proches du crapaud, développés via des nanorobots pour transformer la Terre en nouvelle planète habitable pour leurs créateurs. Ils évoluent, se développent pour mieux anticiper et répondre aux contre-offensives humaines. La guerre dure depuis des décennies, et plus grand monde ne croit en nos chances de réussite face à un ennemi capable de lancer des projectiles meurtriers à une vitesse incroyable. Mais ce qu’ils ignoraient, c’est que dans chaque affrontement un Mimic-serveur est déployé, capable de remonter le temps pour se prévenir du danger (pas d’alpha ni d’oméga donc). C’est en tuant l’un d’eux que Kiriya va se retrouver englobé dans son réseau électrique, lui conférant le même pouvoir. Cela suffira t-il à faire la différence ? Pour l’aider à y voir plus clair, il pourra profiter de l’expérience de la Full Metal Bitch, alias Rita Vrataski, également prise dans une boucle lors de l’offensive californienne quelques années auparavant.

La première partie du roman prouve une certaine fidélité initiale du film : excepté le changement drastique de lieu et de personnage principal, les situations sont semblables. La vie sur le camp militaire, les situations décrites, la tentative de fuite avec les Mimics qui le retrouvent : tout y est (sauf la cantine, pas le temps pour tout). Bien sûr, dans le livre un phénomène Shinji Ikari (Evangelion) se fait sentir avec l’envie de fuir, le côté puéril et dépressif du héros, mais l’esprit reste le même. Même si on perd en dynamisme et en fluidité, la première partie du livre se démarque – forcément quand on en a le temps – par une plus grande description de la situation, explorant aussi en profondeur l’histoire de Rita. En revanche, chose étonnante, l’histoire est moins crédible dans le livre. Plus explicite, mais moins cohérente. Le principe de voyage dans le temps marche bien via une source d’énergie mystique qui encode ses alpha, avec une transmission par le sang pour passer le pouvoir à l’homme, mais ici le principe de signal électrique propre à chaque bataille avec des boucles locales à usage unique passe beaucoup moins bien, d’autant que cela amène abruptement une pseudo fin qui nous laisse incrédule, alors même que le film offre une fin nette et largement plus intéressante. On a là une espèce de fin ouverte, alors même qu’il aura fallut plus de dix ans pour que le livre se paye une suite (le projet est en cours), prouvant que rien n’était prévu à l’origine, laissant donc un goût d’inachevé. Un scénario plus probant dans l’adaptation donc.

Côté artistique, des divergences se font également sentir. Bon point pour le livre, l’endosquelette pas terrible du film était à l’origine une combinaison surpuissante à la Gantz, beaucoup plus efficace, esthétique et logique, protégeant tout le corps. De même, la menace des Mimics est plus grande dans le livre de par leur capacité à lancer des pics en forme de javelot à plusieurs centaines de kilomètre heure, même si leur aspect de batracien laisse perplexe, à supposer que la version ciné soit mieux. Autre potentialité mieux exploitée dans le livre, les combats avec l’entraînement à la hache donnent plus de panache et d’envergure. Dans le même registre, on regrettera certains oublis dans l’adaptation comme les passages à la cantine ou encore l’invasion surprise finale, pour le coup franchement bonne. Mais là où le livre est terriblement inférieur au film, c’est incontestablement au niveau du scénario, et cela pèse très lourd dans la balance. Moins dynamique, moins fluide, moins logique, moins recherché, et même le personnage principal est moins attachant et intéressant. Difficile à croire et pourtant, le matériau d’origine est moins riche que son adaptation.

Le livre souffre donc de la comparaison, il n’est pas spécialement bien écrit (aucune phrase mémorable), il ne gère pas bien non plus son principe de boucle, tombant régulièrement dans la redondance, son troisième chapitre casse le rythme et met beaucoup de temps à nous intéresser, son héros manque de charisme, et sa fin est carrément décevante. Heureusement, nombreux sont les passages marquants, et il alterne plutôt bien les petits moments de simplicité et les recherches musclées sur le moyen de sauver le monde grâce aux boucles. Pas mal d’éléments de surprises à noter aussi – bien que certains finaux nuisent beaucoup -, et le livre regorge de bonnes idées, que ce soit l’histoire des extraterrestres, l’interaction entre les personnages, ou encore tout ce qui entoure l’équipement militaire. De la bonne SF malgré tout, pas aussi marquante que Edge of Tomorrow, mais sensiblement différente, offrant une alternative non négligeable.

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