10 000

10 000
2008
Roland Emmerich

Voilà qui était étonnant, même si depuis il y a eu Anonymous, mais Roland Emmerich livrant un film sur des hommes primitifs, ça n’est pas exactement le genre de blockbuster auquel il nous avait habitué. Mais présumer d’un film plus documentaire serait mal connaître le bougre, se jouant de l’histoire, de la logique et au passage du spectateur.

L’histoire prend place 10 000 ans avant J.C., dans un petit village nordique perché sur des montagnes enneigées. Une coutume veut que le plus grand chasseur du village se verra attribuer la lance blanche, preuve d’un courage et d’une force absolue. Amoureux fou de la belle aux yeux bleus du villages, D’Leh va tout faire pour l’obtenir, et en abattant à lui seul un mammouth, il aurait dû l’avoir, mais cette victoire étant celle de la chance, il la déclina. Une occasion qui pourrait bien avoir été sa dernière : la ville ayant été attaquée pendant la nuit, et sa dulcinée capturée. Trois contre une armée de démons, D’Leh et deux compagnons vont partir à leur rencontre.

Le saviez vous, l’homme n’a jamais bâti les pyramides car leur construction fut annulée  ? Le saviez vous, des mammouths ont participé à la construction, de même que les atlantes et les extraterrestre ? Oui, oui, il a osé, et il y a même des Chocobos… À côté du scénario, la politique de Hollande semble brillante. Déjà quand en quelques mètres on passe de montagnes enneigées à une forêt tropicale, on se pose des questions, mais alors quand on nous balance à la figure les pyramides, on commence à accuser le coup. Et quel soucis du détail ! Pour un monstre qui a le droit à sa tête sur l’affiche, le tigre à dent de sabre n’est quasiment pas exploité, si ce n’est pour deux scènes ridicules. En parlant de ridicule, les effets spéciaux sont pas mal gratinés avec des monstres de la mauvaise époque, à la taille disproportionnée, et surtout à la modélisation douteuse, un comble pour une si grosse production. L’aventure épique n’est donc pas là, et même si certains paysages sont beaux et le rythme soutenu, la purge scénaristique qu’on nous inflige gâche le film.

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The Place Beyond the Pines

The Place Beyond the Pines
2013
Derek Cianfrance

Sans de parler de monstrueux succès surprise (35 M$, même pour 15 M$ de budget, y’a pas de quoi s’extasier), on peut dire que le film a su trouver son public et l’a convaincu. Pourtant, un point fâcheux pouvait refroidir quelque peu : le réalisateur avait signé le mou et moribond Blue Valentine, qui avait pourtant plu à beaucoup de suicidaires. Mais heureusement, les progrès ça existe.

Pour le moins déstabilisant structurellement, le film est divisé en trois histoires contées à la suite, toutes imbriquées et vues par un personnage principal différent. La première partie s’intéresse à Luke (Ryan Gosling), un pilote de motos de génie, utilisant son don pour cambrioler des banques, dans le but de reconquérir sa dulcinée (Eva Mendes) avec qui il a eu un enfant. La seconde histoire nous replace dans le cadre de la police avec Avery Cross (Bradley Cooper), un flic considéré comme un héros mais qui culpabilise au sujet d’un homme qu’il a abattu gratuitement, et décide de faire tomber ses collègues ripoux pour avoir meilleure conscience. La troisième partie se déroulant quinze ans plus tard, vue par Jason (Dane DeHaan), nous montre une jeunesse désabusée avec les enfants de Luke et Avery (qu’il a eu avec Rose Byrne), et boucle la boucle.

Difficile au début de rentrer dans le film avec un Luke défiguré et enlaidie par ces cancers de la peau nauséeux qu’on appelle tatouages. Arrogant et bête comme pas deux, il finira tout de même par nous toucher avec sa naïveté émouvante, mais c’est alors que le film bascule et nous plonge dans un univers encore moins bon. Si déjà les cambriolages sont un sujet épuré et souvent mieux que ça, on part ensuite dans les bas fonds de la police avec un Avery insupportable doublé d’une ordure finie, avant d’atterrir dans les tréfonds que sont la jeunesse. Trois sujets, trois axes mauvais, mais pourtant l’histoire n’est si faible de par sa densité et son déroulement maîtrisé et méthodique. De même, si certains acteurs se montrent antipathiques, surtout le fils du flic, ça se passe plutôt bien. Pas original pour un sou, le film reste malgré tout bien fait, notamment en ce qui concerne l’ambiance et la réalisation.

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Désiré

Désiré
1937
Sacha Guitry

Les gens encore vivant à avoir vu le film lors de sa sortie ne sont plus très nombreux, mais il fut un temps où le nom de Sacha Guitry faisait se lever les foules, et il a représenté à sa façon le cinéma de son époque. Bien sûr, aujourd’hui ce genre de films théâtraux sont complètement désuets, mais il est toujours intéressant de voir comment était fait le cinéma à ses balbutiements.

Fraîchement renvoyé de chez une baronne russe pour cause de copinage trop poussé (relation plus physique qu’il n’aurait dû), Désiré (Sacha Guitry) s’est trouvé un nouveau travail de valet de pied chez une ancienne actrice, désormais courtisane d’un ministre. Mais encore une fois, devant le charme de son employeur, il va perdre son professionnalisme.

S’attarder sur les problèmes techniques du film ne serait pas très fair-play, mais il est heureux de pouvoir redécouvrir le film en version restaurée, permettant une économie de tremblements d’images et autres poussières sur la pellicule. Mais ça reste léger, les problèmes sonores étant une hantise persistante : non seulement les bruitages sont ridicules et certains passages en oublient le doublage, mais en plus la piètre qualité d’enregistrement nuit à la compréhension des discussions. Et c’est d’autant plus dommage que si avec le recul les qualités du film sont discrètes, il faut lui reconnaître un certain style dans la prose des monologues du gentleman qu’est Désiré, personnage qui sonne faux – bien que largement moins que les autres qui ne font que hurler dans la démesure -, mais qui reste un excellent orateur. Bon après, forcément, le scénario fâche. N’est pas Downton Abbey qui veut : on ne s’intéresse que peu du sort des personnages, tout comme les scénaristes d’ailleurs. En effet, on ne saura jamais le fin mot de l’histoire, celle-ci prenant fin au moment où la situation aurait put devenir intéressante. Alors c’est sûr, les films contemporains sont régulièrement d’un niveau inférieur, mais mieux vaut laisser reposer ces films en paix.

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Une nouvelle chance

Une nouvelle chance
2012
Robert Lorenz

En dehors des Etats-Unis, le Baseball n’existe pour ainsi dire pas, alors difficile de nous intéresser en pareille situation. Il n’y a qu’à voir : malgré des qualités indéniables, le récent Moneyball n’a que partiellement réussi à nous convaincre. Pourtant, certains films sont si exceptionnels qu’ils transcendent leur sujet, mais n’est pas Un parcours de légende qui veut !

Vieux, quasi aveugle et à la sénilité bien engagée, Gus (Clint Eastwood), malgré ses 80 ans passés, continue son boulot de recruteur pour l’une des plus grandes équipes de Baseball d’Amérique. Mais son patron (John Goodman) s’inquiète de sa santé, et il va demander à la fille de Gus, Micky (Amy Adams), de s’occuper de lui pour accompagner sa fin de saison avant une retraite qui les soulagera tous. Mais difficile de renoncer à un métier auquel on a consacré sa vie.

La première partie du film est catastrophique, voir carrément insupportable. On y découvre un vieil homme minable et désagréable qui crache sur quiconque aura le malheur de croiser son chemin, on vomit sa fille arrogante qui traite les gens comme son père lui a apprit, et on se contrefout de l’ancien joueur blessé devenu recruteur (Justin Timberlake). Ça ne fait que parler Baseball, faisant des références que personne d’autre qu’un natif n’aurait, il ne se passe rien, et il n’y a ni suspense ni but précis. Par la suite, on comprend que Justin ne sert que d’Apollon pour une romance insipide, et avec le rythme atroce dont souffre le film, le spectateur se transforme en narcoleptique. Ce n’est finalement que dans le dernier tiers qu’on se décide enfin à nous offrir des plans corrects faisant honneur au sport, et apportant quelques enjeux sympathiques. Une bien maigre consolation qui ne nous réconciliera que trop tard, il est vrai que les piètres performances des acteurs n’aidant pas à l’immersion. D’un ennui mortel pendant une grosse partie, le film ne sera pas celui qui fera sortir le Baseball de ses frontières.

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The Bling Ring

The Bling Ring
2013
Sofia Coppola

Parfois, la pomme tombe très loin de l’arbre. Pour Sofia Coppola, c’est à peine si on arrive à croire à l’existence de l’arbre, tant son travail est en totale opposition avec celui de son illustre père. Bon d’accord, lui aussi avait des problèmes de rythme, mais jamais comme un Somwhere, véritable remède contre l’insomnie. Alors quand elle se la joue Spring Breakers en montrant les dérives des jeunes, on n’est pas immédiatement là à sauter de joie.

Tiré d’un article de Vanity Fair (attention la classe !), le film retrace l’histoire vraie des « braqueurs d’Hollywood ». Élève en échec, le jeune Marc va intégrer un nouveau lycée, et ce n’est pas de l’aide qu’il va trouver, bien au contraire. Tombant sur un groupe de pétasses écervelées (dont fait partie Emma Watson) et lobotomisées par leurs magazines de mode et people, elle vont se jeter sur ce cliché d’homosexuel, trouvant là le « pote gay dont elles rêvaient ». Encore plus ahuri qu’elles, il va les aider à localiser et piller les maisons de stars. Va alors commencer une série de braquages dont ils ne sauront s’en sortir.

Se moquer de pareils déchets d’humanité, c’est très bien, mais le problème c’est qu’il faut le faire avec beaucoup d’humour et de dérision pour qu’on puisse sentir le côté satyrique. Mais il n’en est rien : le film fait trop premier degré. Alors très vite, toutes ces expéditions chez Paris Hilton, Lindsay Lohan et autre Orlando Bloom qui se terminent en poudrage de nez en boîte de nuit, ça saoule. Puis quand s’en vient les dérives, on s’indigne. Entraîner sa petite sœur de 13 ans dans des cambriolages et l’inciter à se droguer, c’est déjà pas brillant, mais quand ils s’attaquent à la maison modeste d’une petite star telle que Rachel Bilson, le mauvais goût devient insupportable et on ne souhaite plus que voir mourir tout ce petit monde dans d’atroces souffrances. Si l’objectif était de donner des envies de meurtre, d’incendier tous les lycée et les collèges qui pullulent de ce genre de petits cons, c’est particulièrement réussi. À ceci près bien sûr que la réalisation est mauvaise et que certains passages sont interminables. De même, les acteurs sont détestables, une prouesse néfaste en quelque sorte. Donc à moins d’enchaîner sur une Purge après avoir vu le film, l’intérêt n’est que punitif.

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Disparue

Disparue
2012
Heitor Dhalia

Dans un film, qu’importe sa qualité, un bon peut être plombé par de mauvais choix de fin, de même qu’un quelconque peut atteindre des sommets insoupçonnés grâce à un dénouement brillant. Ici, c’est malheureusement la première option qui s’appliquera. Pourtant, le sujet était clairement prometteur.

Il y a quelques années, Jill (Amanda Seyfried) s’était fait kidnapper : emportée dans son sommeil, elle fut séquestrée dans un trou au fond des bois, sauvée par miracle (mais surtout double bêtise : genre que le gars ne prend aucunes précautions et cruchalus totalus qui laisse gentiment la corde pour remonter à son agresseur). Seulement voilà : elle possède des antécédents psychiatriques, et son histoire fut étouffée par la police. Et aujourd’hui, quand elle constata l’enlèvement de sa sœur avec une scène de crime comparable, elle pensa immédiatement au retour du serial killer qui enterre des filles au fond du trou dans les vastes bois de Portland. Mais devant les moqueries des autorités, croyant voir là une banale fugue d’une femme fuyant sa tarée de sœur, elle comprit qu’elle serait seule.

Si le film commence pas mal du tout, il faut déjà reconnaître un brouillard assez monstrueux entre flash-back et réalité. Plus d’un pourraient s’imaginer la copine Sharon (Jennifer Carpenter) être une troisième sœur enlevée entre le premier enlèvement et celui de Moly, qui est en fait la seule sœur de l’héroïne, et on ne peut que potentiellement le comprendre vers la fin, provoquant un certain étonnement pour les habitués des multiplicités d’époques, effet scénaristique très prisé et efficace. Mais bon, on la suit malgré tout dans sa traque vengeresse où l’improvisation est un peu trop présente, la chance étant un facteur largement sollicité. Du coup, le spectateur s’énerve doublement entre la police qui passe pour des fumistes criminels et la Wonder Woman pas très fut-fut. Mais le point fédéral est vite mit en exergue par la quasi certitude d’une présence du criminel – ou au moins une complicité – au sein des forces de l’ordre, soupçon confirmé par une simple phrase : « pourquoi crois-tu qu’ils aient arrêter les recherches si tôt ? ». Puis au final, la confrontation est bidon, la complicité indiscutable effacée, et plus rien n’a de sens. Disons le franchement : la fin est stupide, invraisemblable et ne récompense aucunement cette montée en suspense que fut la traque. Dans de pareilles conditions, à quoi bon ?

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Cadavres à la Pelle


Cadavres à la Pelle
2011
John Landis

Il y a quelques siècles, alors que la science n’en était qu’à ses balbutiements, deux criminels anglais ont sévit dans la province de Berkeley : William Burke (Simon Pegg) et William Hare (Andy Serkis). Si leurs méfaits sont avérés, l’histoire prend ici quelques libertés, et très loin du film historique, il s’agit clairement d’un exemple typique de burlesque britannique.

Ainsi, nos compères William vagabondaient dans les rues sombres et misérables de Berkeley, à la recherche de ce qui pourrait leur apporter le schilling permettant de payer leur pichet de bière. C’est alors que la réponse leur vint à leur retour chez Hare, qui tient une sorte d’auberge : l’un des pensionnaires fut retrouvé mort. En d’autres circonstances la nouvelle aurait pu être terrible, mais il se trouve qu’un éminent docteur (Tom Wilkinson) paye abondamment pour expérimenter son art sur des cadavres frais. Un nouveau marché se présente !

Donc le principe est simple : deux potes fort bourrés et peu malins qui partent à la chasse aux morts, quitte à les tuer « accidentellement » eux même. Et avec les guéguerres entre médecins, on a là un certain potentiel comique, d’autant que la maladresse et la bêtise semblent toucher l’intégralité des habitants de la ville. En plus, on retrouve un sacré casting – pas en très grande forme mais en très grand nombre -, avec des noms illustres comme Isla Fisher, Christopher Lee ou le patriarche de Downton Abbey, Hugh Bonneville. Tout cela était très prometteur, mais dans les faits le film est tout juste sympathique. L’idée de base n’évolue pas, l’histoire est faiblarde et sa fin carrément mauvaise. On reste quasiment incrédule face à elle. Et même si l’humour est assez fin, il ne provoquera que peu de rires, la force comique se situant plus dans l’ambiance que dans des gags impactant. On est loin d’un Hot Fuzz mais ça passe.

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Podkayne fille de Mars


Podkayne fille de Mars
1962
Robert Heinlein

Derrière cette couverture plutôt horrible (et fausse : Podkayne a les yeux bleus) se cache une œuvre de science-fiction assez fainéante et laborieuse à l’histoire superficiellement étirée. Il est vrai que le quatrième de couverture ne faisait pas état d’une histoire épique et d’envergure, mais il est fait état d’enlèvements, de complots politiques et d’un bébé-fée, trois choses qui seront réservés aux plus patients car l’histoire ne se laisse pas facilement appréhender.

Durant la première moitié du livre, on suivra Podkayne Fries (qui est aussi la narratrice – excepté pour la toute fin), jeune martienne âgée de 16 années terriennes au début de l’histoire, de son départ de Mars à l’escale à Venus. Elle a lu beaucoup d’histoires sur la Terre, et elle voue une véritable fascination pour un endroit en particulier : la méditerranée. Pour lui faire plaisir, son oncle Tom va l’emmener elle et son frère Clark jusqu’à la Terre en croisière stellaire. Ainsi, durant une balade dans les rues marchandes puis dans le vaisseau, la jeune et curieuse Podkayne nous fait part de ses états d’âme et de ses opinions politiques ou morales, avec une touche de naïveté prononcée. Durant plus de 120 pages donc, il ne se passera rien, ou presque. Une fois l’embarquement fait, elle conversera avec une vieille femme (Mme Grew), se planquera avec les autres dans l’abris pour échapper à des radiations, et s’occupera des bébés à bord. Passionnant…

La seconde moitié ne démarre pas tellement mieux : une dizaine de pages de blabla pour aller au Casino Dom Pedro de Venus. La promesse d’un bouleversement important au sein de ce temple de perdissions ? Puis à nouveau, on perds une dizaine de pages avec une discussion mièvre entre Poddy (surnom de Podkayne) et Dexter Kurt Cunha, un riche philanthrope charmé par cette jeune martienne tout juste pubère, qui voit en elle sa possible huitième femme. D’ailleurs, on a un peu du mal avec les mœurs du livre : comment se fait t-il que Clark, à seulement 12 ans (six années martiennes) tourne autour de Girdie, femme d’âge mûr et déjà veuve ? C’est finalement dans les quelques dernières pages de la seizième dizaine que le premier fait marquant d’un possible complot est dévoilé : Clark a déjoué un attenta à bord du Tricorne, le vaisseau qui les a amené sur Venus, le but étant d’assassiner le capitaine (ou c’est ce qu’il croyait du moins). Un acte non resté sans conséquences, puisqu’on apprend chapitre 11 (page 179), qu’il a probablement été kidnappé, n’étant pas revenu du casino depuis quelques jours. À moins que son enlèvement ne soit politique, son oncle Tom devant représenter Mars au sommet triplanétaire. Finalement, une vingtaine de pages plus loin, Poddy trouva une note holographique laissée par son frère, indiquant nul enlèvement mais au contraire un sauvetage : celui de Girdie dont il s’est éprit. Mais une chose ne colle pas : elle a été vu après la disparition de Clark. Mais qu’importe, elle suivra les instructions.

Le chapitre 13 nous projette une fois les instructions respectées, faisant une ellipse narrative importante puisqu’on passe d’une Poddy sortant tout juste de l’hôtel à sa captivité au milieu des fées, créatures féroces et stupides ressemblant à des fœtus verts avec des ailes. Retraçant ensuite son parcours, on apprend que l’enlèvement est une conspiration de Mme Grew, une passagère du Tricorne avec qui Podkayne s’était longuement entretenue, et qui a trouvé là un excellent moyen de faire chanter son oncle de sénateur (Tom) pour ses employeurs. On notera au passage une violence terrible, puisque Clark (âgé de douze ans je le rappelle), sera gravement torturé avec des séquelles potentiellement irrémédiables. Nous voilà donc à une vingtaine de pages du dénouement, et on apprend à peine les derniers éléments d’histoire indiqués dans le quatrième de couverture, au bébé-fée près qui ne se dévoilera que plus tard encore (à deux pages de la fin). C’est dire…

Bon alors, que vaut réellement se livre ? Si les références culturelles sont un peu dépassées – dire que la vision futuriste est pauvre est un doux euphémisme -, le livre conserve une certaine intemporalité et il se lit pas trop mal, le style n’étant pas mauvais même si la ponctuation est utilisée de façon hasardeuse et étrange. Pour le prélude, il se paye même le luxe d’une petite pirouette narrative, mais rien d’extravaguant. C’est donc professionnel, mais deux choses fâchent : la structure du livre et son histoire. À moins de le voir comme une aventure à la découverte de l’univers pour Podkayne, où dans ce cas c’est un peu naïf et mou, l’histoire est franchement mauvaise et peine surtout à démarrer (l’intrigue ne prend le virage annoncé que dans son dernier quart). Un petit complot politique au milieu d’une croisière spatiale avec ses frivolités et ses mondanités, c’est très faible. Pas de romances abouties, un côté science-fiction léger : le livre, sans être inintéressant, peine à convaincre et fait pâle figure face aux maîtres du genre.

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Age of Dinosaurs


Age of Dinosaurs
2013
Joseph J. Lawson

Il y a deux types de comédies : les nanars et les autres. Pour les reconnaître, c’est facile : si il y a « dinosaure » dans le titre et qu’il ne s’agit ni de Jurassic Park ni d’un film d’animation, alors c’est une de ces sous-production tellement à la ramasse qu’elle en devient drôle. Bien sûr, pas question pour un cinéma de diffuser cette purge d’effets spéciaux, et c’est du côté des courageux revendeurs de DVD qu’il faut se pencher.

Pour le scénario, c’est simple, il suffit de reprendre celui de Jurassic Park. Ainsi, un vieux fou décide de recréer des dinosaures pour son bon plaisir du complexe de Dieu, mais aussi pour s’en mettre plein les poches en musées et autre zoo. Malheureusement, ses scientifiques cupides ont omit quelques tests d’agressivité, et lors de la présentation, le pire arriva : une des créatures brisa la vitre de protection et libéra ses congénères. Une boucherie qui se répandra très vite sur l’ensemble de la ville.

Dans ce genre de films, le scénario est optionnel, et ici plus que jamais. Non content de plagier honteusement un classique cinématographique, il ne s’en servira que d’excuse pour mettre à feu la ville, décimée par les reptiles. Un postulat faible et pas si drôle, du moins durant la première moitié. Si les acteurs sont mauvais, les dialogues plats et les effets spéciaux médiocres, le début ne laisse entendre qu’un simple film de science-fiction fait à l’arrache et au résultat catastrophique. Mais une fois le problème évoluant en dehors du complexe d’origine, les choses vont prendre une toute nouvelle tournure. Comme libérés de ce huis clos, les scénaristes vont péter un câble, et tout le reste. Vlam, broum, cabawouf ! Dans une déferlante visuelle infâme, le ridicule va tout emporter dans une valve d’explosions ahurissantes. Alternant les courses poursuites père et fille / tas de pixels censé être un dinosaure, et les affrontements polices / monstres géants, le film réussi à s’attaquer à notre raison et nous faire sombrer avec lui. C’est bien simple, il prend la réaction la plus logique et nous donne l’exact opposé. Quoi de mieux pour échapper à la mort que se suicider ? Comment, je suis dans un hélicoptère et je dois secourir cette personne ? Qu’à cela ne tienne, détruisons cet hélico et jouons un peu avec ce ptérodactyle ! Zut, les vélociraptors se rapprochent… Qui veut mon bras ? Bref, c’est du grand n’importe quoi tellement mauvais et stupide qu’on ne peut qu’en rire aux éclats. Mais attention toute fois, la patience est de mise puisque le début est franchement ennuyeux.

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Bleeder


Bleeder
1999
Nicolas Winding Refn

Avec son récent Drive, le réalisateur danois Nicolas Winding Refn est sorti de l’ombre, même si sa trilogie Pusher avait taper dans l’œil de quelques personnes auparavant. Ici, il s’agit de l’un de ses tout premiers films, et il faut bien dire que son style graphique aujourd’hui bien abouti a connu des débuts difficiles, et ses problèmes récurrents étaient déjà là. Si on peux se réjouir pour lui de sa nouvelle notoriété, ce n’est clairement pas ce genre de films qui l’ont porté, tant le résultat va s’avérer poussif et ennuyeux.

L’histoire, si on peux qualifier une telle fumisterie « d’histoire », est celle de plusieurs trentenaires à Copenhague. D’un côté on a Lenny (Mads Mikkelsen), un responsable de vidéothèque un peu à la masse qui tente désespérément d’aborder la jolie blonde du resto qu’il fréquente, et de l’autre Leo, un gros un peu bourru qui s’apprête à être père. Un jour, rendant visite à son beau frère qui bosse dans une boîte de nuit, il va assister à un échafaudé entre les vigiles et des racailles refoulées. L’un d’eux ayant ouvert le feu sur le videur, il se fera passer à tabac, et décédera de ses blessures. Depuis ce jour là, une rage d’une rare violence sommeille en lui.

Déjà, le fait que le film ne fut jamais transposé dans une autre langue nuit à l’immersion tant l’articulation est un art absent. Les discussions ressemblent plus à des grognements qu’autre chose, mais de toute façon les propos sont d’une telle inutilité qu’on n’y prête pas attention. Pire encore, entre le débit effréné des dialogues, leur incompréhensibilité (heureusement qu’il y a les sous-titres) et leur contenu, le rire nerveux est de mise. On pourrait presque parler d’hilarité du spectateur quand au bout de 1h20, on se rend compte que le film touche à sa fin alors qu’il ne s’est rien passé, à un suicide près. Le tout s’achevant sur une scène illustrant à la perfection toute la naïveté et l’étrangeté de la romance entre Lenny et la blonde du fast-food, frôlant le nanar tant c’est pathétique. Et même pour les esprits dérangés qui seraient prêt à passer outre la lenteur accablante du film, il n’y a ni scènes particulièrement sanglantes ni scènes trash, la sexualité étant simplement évoquée via la sobriété du rayon porno de la vidéothèque. Le film n’est pas non plus bien fait, sa réalisation étant brouillonne et improbable. Non vraiment, le film n’a que peu d’intérêt, tout juste regardera t-on d’un air amusé les deux grands dadets attardés se chercher. Mieux vaut se refaire de bons films comme Donnie Darko, brillant film dont la critique est intégralement réécrite.

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