Cinquante Nuances plus sombres

Cinquante Nuances plus sombres
2017
James Foley

N’ayant pas lu le livre et n’en ayant aucunement l’envie, il me sera difficile de dire s’il y a eu ou non trahison de l’œuvre originale, mais une chose est sûre : Cinquante Nuances de Grey fut une vaste blague. Vendu comme une comédie-romantique SM, le film était dénué de tout sentiment autre que charnel et la soit-disant extravagance sexuelle faisait pitié. Si du bondage niveau bac-à-sable était tout ce que la saga avait de plus osé à proposer, il n’y avait donc strictement aucun intérêt à lui laisser une seconde chance, mais cette suite était censée aller plus loin. Effectivement, le film va plus loin, mais dans le foutage de gueule.

Petite ingénue toute mouillée en voyant un milliardaire bodybuildé, Anastasia (Dakota Johnson) s’était offusquée après quelques fessées et rapports ligotés et avait largué Christian Grey (Jamie Dornan) à la fin du dernier film. Prise d’un éclair de lucidité en se rendant compte que le bougre n’avait rien fait de mal et qu’elle ne trouverait jamais un meilleur parti, elle va accepter de retourner avec lui. Et c’est reparti pour un tour…

Wahou, plus grand suspense du monde : le couple se reforme en moins de 15 minutes, sachant que le film dépasse les deux heures. Ah mais si, chacun d’entre eux sera « poursuivi » par deux prétendants. Pour elle il y aura son ami artiste, dont tout le monde s’en fout, et son nouveau patron, dont le set-up pay-off est ultra téléphoné et ne servira probablement pas plus que les deux ex de Christian, sorte de boucle cause / conséquence avec Kim Basinger en investigatrice. Même le coup de l’hélicoptère n’arrive à susciter le moindre soubresaut dans cette histoire si plate, mais l’écriture est surtout catastrophique au niveau des dialogues parmi lesquels on trouve des perles aussi ridicules que « j’accepte de manger avec toi, mais uniquement parce que j’ai faim » ou « je suis beaucoup trop couverte » qui sonne comme une mauvaise parodie pornographique, mais c’est probablement à cause de Dakota Johnson qui est tout simplement minable. Si déjà son corps flasque et pas bien généreux là où il faut ne fait pas rêver, sans compter sa tronche de souris enlaidie par un rouge à lèvre dégueulasse et une frange insupportable, son jeu d’acteur plombe le film comme c’est pas permis. Bon, c’est sûr que jouer les cruches qui se rendort comme si de rien n’était alors qu’elle a aperçu quelqu’un au milieu de la pièce, ça n’aide pas, mais y’a des limites à ce qu’on entende le vent résonner dans son crâne. Et puis merde au bout d’un moment, c’est quoi cette pudicité sexuelle ? Un petit doigté en public et encore tout un arsenal de bondage qui se résume à attacher la femme, c’est ça votre maximum de perversité sexuelle ? Mais vous êtes au courant que la plupart des gens ont testé plus de choses arrivé à leurs 15 ans ? Ah, c’est vrai, on a eu droit aux boules de geisha. Mais attention, pas dans le cul s’il vous plait, madame ne veut pas ! Si quelques acteurs essayent de jouer le jeu et que le confortable budget permet quelques plans sympas, le vide scénaristique égal encore une fois une pudibonderie archaïque qui endormira plus que ce qu’elle n’émoustillera.

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Le vieil homme et l’enfant

Le vieil homme et l’enfant
1967
Claude Berri

Si la France n’était pas le pays le plus à plaindre durant la Seconde Guerre Mondiale, y être juif n’était tout de même pas une situation enviable. Pour les parents de Claude, petit garçon juif de tout juste dix ans, passer inaperçu était devenu carrément impossible avec leur turbulent rejeton, enchaînant bêtise sur bêtise. Déménager était même devenu dérisoire face aux doutes planant sur leur famille, au point que rester ensemble devenait dangereux. Pensant à leur sécurité avant leur bonheur, ils vont décider de confier leur petit à un vieil homme (Michel Simon) et sa femme, deux gentils paysans du sud de la France, qui n’était alors pas sous occupation allemande. Si rien ne remplace sa famille, Claude va néanmoins en découvrir une nouvelle des plus chaleureuses.

Le principe du film est simple : attendrir pour mieux éduquer. Seulement cette fois, ça n’est pas uniquement les petits qui sont visés mais aussi les grands. En effet, les jeunes générations se retrouveront peut-être en Claude, cette petite tête brûlée qui n’en fait qu’à sa tête et qui ne pense qu’à s’amuser, montrant aussi qu’il existe plus d’une façon de s’épanouir, mais les grands ne seront pas en reste dans la mesure où on retrouve un vieil homme aigri et pétri de principes qui va se rendre compte que la vie a encore beaucoup à offrir et qu’il n’est jamais trop tard pour apprendre et reconnaître ses erreurs. C’est à la fois et mignon et simple, tel un souvenir de vacances spécialement heureux et qu’on oubliera jamais. La morale est un peu balancée au forceps, mais le talent des acteurs permet de faire passer la pilule au travers de passages aussi conviviaux que le repas de famille qui offre une parenthèse de gaieté salvatrice au milieu d’une guerre dont on essaye de nous en protéger au mieux. Une œuvre qu’on sent très personnelle, intime même, nous emportant d’autant plus dans ce petit conte d’antan.

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Rock’n Roll

Rock’n Roll
2017
Guillaume Canet

Si les acteurs et actrices font souvent parler d’eux dans des magasines très cérébraux qui s’empresse de faire leur une sur une quelconque excentricité vestimentaire, on ne sait au final pas grand chose de leur vie, même s’il est vrai qu’on en avait pas forcément quelque chose à faire. Néanmoins, le film ne se contentera pas de raconter simplement la vie cachée de célébrités, portant avec lui une auto-dérision hilarante et une critique incisive du milieu du cinéma.

La quarantaine est un pallier qui peut se révéler très difficile pour certains acteurs ou actrices. Lui qui se voyait encore comme un jeune premier prometteur prêt à décrocher les étoiles, Guillaume Canet est en fait en plein vide dans sa carrière, enchaînant film d’auteur sur film d’auteur avec une qualité pas forcément au rendez-vous et qui ne lui ont jamais fait décrocher le moindre César, pendant que sa femme Marion Cotillard a déjà eu pour sa part un Oscar et mène une carrière internationale stupéfiante. En plein tournage d’un film rasoir où il incarne un quasi grand-père, il va prendre conscience que tout le monde le voit comme has-been et va tout faire pour se redonner une image rock.

S’il est facile de se moquer des autres, avoir le recul nécessaire pour se moquer de soi est tout de suite beaucoup plus difficile. Arriver à reconnaître ses défaut et jouer avec, casser son image en se montrant usé, casanier, bedonnant, quasi laid et ne tenant tellement pas l’alcool qu’on le retrouve par terre avec un énorme filet de bave, c’est du pur génie. Le public est las de voir des films ériger ses stars tels des perfections incarnées, et voir l’une des plus grandes vedettes françaises se montrer sous un jour aussi défavorable en présentant le film comme un quasi documentaire, ça fait un bien fou. Y croiser des stars françaises comme Gilles Lellouche, Kev Adams, Yvan Attal, Johnny Hallyday et même l’américain Ben Foster donne une légitimité totale au film, d’autant que réalité et fiction se mêlent si bien que notre crédulité est entièrement acquise. On a vraiment l’impression d’être des privilégiés ayant accès à la face sombre du show-biz, c’est jouissant et la seconde moitié pousse le délire à son paroxysme. Une idée totalement subversive qui abouti à un film complètement décalé, les acteurs sont géniaux, l’écriture très drôle et le concept est assumé jusqu’au bout.

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Transformers : The Last Knight

Transformers : The Last Knight
2017
Michael Bay

Des sagas lucratives, la Paramont n’en a pas beaucoup. En revanche, des grosses tôles au box-office ça n’est pas ça qui manque entre Ghost in the Shell, Monster Truck et le dernier Star Trek, déjà que les deux précédents étaient limite. Pour capitaliser au maximum sur leur seule vraie poule aux œufs d’or avec 3,7 milliards de dollars en quatre films, un pôle de scénaristes fut donc dépêché pour nous pondre un film par ans pour les trois prochaines années. Une ambition qui risque de fatiguer un public déjà las : malgré une campagne publicitaire dantesque, le film a subit un démarrage catastrophique aux Etats-Unis où il devrait péniblement atteindre les 140 M$, soit pratiquement la moitié du moins populaire de la franchise. Même à l’international, certes un peu sauvé par une Chine en pleine essor, les résultats sont très faibles et il n’est pas sûr que le film égale les 709 M$ du premier film de la saga alors même que le dernier dépassait les 1,1 milliards. Si la qualité décroissante des franchises en général peut expliquer le rejet massif dont ce Transformers fait lui aussi l’objet, c’est cette fois beaucoup moins justifié.

Contrairement à ce que l’on aurait pu croire avec le retour de la collaboration humains / autobots à la fin de L’age de l’extinction, ça n’était qu’une pause dans la répression anti-machines. L’armée (avec le retour de Josh Duhamel) continue de les traquer pour les anéantir sans distinction entre autobots et décepticons, seule l’île de Cuba offrant l’armistice aux robots de l’espace. Luttant de son côté pour protéger ses amis autobots, Cade Yager (Mark Wahlberg) va tomber sur une petite fille orpheline (Isabela Merced) dans les ruines de Chicago, mais aussi un étrange et mystérieux médaillon qui serait lié à une ancienne légende arthurienne (avec au passage le retour de Stanley Tucci dans le rôle de Merlin). Suivant cela de près depuis longtemps, Sir Edmund (Anthony Hopkins) va rassembler Cade Yager, choisit pour être le nouveau chevalier par le médaillon, ainsi qu’une historienne, Vivien (Laura Haddock), qui serait l’héritière des pouvoirs de Merlin. Le temps presse effectivement, les ruines de Cybertron (apparemment pas totalement détruite à la fin de La Face cachée de la Lune) menacent de venir percuter la Terre sous peu.

Mise à part le tout premier, chaque film Transformers était relié à la grande histoire dans la mesure où le second revisitait le mythe des ingénieurs avec des pyramides battis par des extraterrestres ; le troisième faisait état d’un secret caché de l’autre côté de la Lune tandis que le quatrième nous apprenait la « vérité » sur l’extinction des dinosaures. Ici, le vague rapport à l’histoire est un bâton magique confié à Merlin par les autobots au cinquième siècle et qui appartenait en fait à la matrice créatrice des transformers. Rien de bien folichon et la chasse au trésor sera bien loin d’un Benjamin Gates, même si elle nous offrira une scène très drôle au domicile de Vivien, et de l’humour qui marche dans la saga c’est assez rare. Son duo avec Cade est d’ailleurs très efficace, renversant habilement le stéréotype de la femme objet en la présentant elle comme l’intellectuelle raffinée et lui comme la brute décérébrée mais musclée et sexy. Côté écriture ce n’est donc pas si mal, même si la quête des créateurs nous laisse sur notre faim, ne faisant que décrire une boucle où une machine créé des machines, même si l’IA créatrice des transformers a un design sympa. Encore une fois, c’est sur un plan visuel qu’il faudra chercher les réelles qualités du film.

Un film à gros budget, c’est fait pour envoyer du lourd, et de ce point de vue c’est une franche réussite. Bien sûr, passer après Chicago, le saut en wing-suit, l’avalement d’immeuble et le cyclope avec son ver géant, c’est très difficile, mais la dernière partie vaut vraiment le détour. Si le début rame beaucoup et peine à s’imposer, à partir de la plongée sous-marine le régal est total. La sortie des eaux est monstrueuse, la bataille sur les nuages nous fait fantasmer sur une adaptation des – 11 000 de Chrono Trigger et toute la séquence en zéro G est à couper le souffle. Bien sûr la crédibilité est absente du début à la fin entre des ruines gigantesques qui n’auraient pu passer inaperçues et une entrée dans l’atmosphère dont les risibles répercussions sont improbables, mais pour peu qu’on essaye de forcer notre suspension d’incrédulité en disant qu’un champ électro-magnétique aurait pu dissimuler les ruines, que la planète ait activé des rétrofusées ou autre pour se poser le plus sereinement possible, on peut alors passer un bon moment devant un divertissement qui n’a pas d’autre vocation qu’offrir un spectacle démesuré. On pourra aussi pester sur les ratios de cadre changeants, l’inutilité de la quasi totalité des acteurs secondaires et des faiblesses d’écriture terribles (toute l’histoire des chevaliers de la table ronde ne sert que pour le bâton et une seule autre scène), mais en dehors du premier point qui dénote d’une post-production rushée à cause de retards au tournage, qui aurait mérité un report de plusieurs mois minimum, ça fait parti des impondérables presque obligatoires avec ce genre de film. Des soucis le film en a un paquet, probablement plus que n’importe quel autre de ces prédécesseurs, mais à côté de ça l’affecte pour les personnages est assez forte et le spectacle est de très haut niveau, de quoi assurer un bon moment.

Critique disponible en vidéo complémentaire :
https://www.youtube.com/watch?v=HlwA3YodUFo&t=25s

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Free State Of Jones

Free State Of Jones
2016
Gary Ross

Jusqu’à présent on avait surtout eu droit à trois points de vus différents de la guerre de Sécession : le point de vu progressiste nordiste qui voulait abolir l’esclavage et unifier le pays comme dans Lincoln, le point de vue inverse sudiste, se battant pour préserver ses privilèges et sa main d’œuvre bon marché comme dans Autant en emporte le vent, mais aussi celui d’esclaves eux-même priant ou se battant pour un futur moins sombre, comme ce fut le cas dans 12 Years a slave ou encore le récent The Birth of a Nation. Cette fois, c’est une vision nouvelle qui nous est apporté dans ce chapitre de l’histoire.

En plein de champ de bataille où il officiait comme infirmier en 1862, Newt Knight (Matthew McConaughey) eu une révélation devant la dépouille d’un jeune garçon de son village : mais au fait, pourquoi se bat-il ? Pour que les riches exploitants continuent de s’enrichir avec leurs champs de cotons où meurent de pauvres esclaves noirs ? Ces mêmes esclaves qui sont pourtant au même titre qu’eux des enfants de Dieu ? Quitte à être traité de traître et de risquer le peloton d’exécution, Newt va choisir de vivre en homme libre et va quitter cette guerre qui n’est pas la sienne.

Il y a certaines figures historiques qui ont bouleversé à leur manière le monde pour le faire grandir, et Newt Knight est assurément l’un des plus grands d’entre eux. Un homme seul face à l’empire du coton qui enrôlait alors de force tout homme apte à se battre, qui réquisitionnait les vivres des honnêtes citoyens pour que les riches prospèrent et qui enrobait le tout dans un jolie emballage pseudo patriotique qui n’avait en réalité rien de démocratique et encore moins une quelconque once de morale. Se dresser ainsi face à l’oppresseur, faire bouger les mentalités et prôner bien avant l’heure l’égalité de tout être humain devant Dieu : on a affaire à un saint homme au sens le plus pur du terme. Le rythme est excellent, l’immersion grandiose, le suspense haletant malgré une double narration qui en dit bien trop (un lourd tribu pour une double morale certes très forte) et on ne peut que s’incliner devant ces petites histoires qui composent la grande. Avec en prime l’un des acteurs les plus charismatiques qui soit pour interpréter le héros quasi divin, épaulé de surcroît par les non moins brillants Gugu Mbatha-Raw et Mahershala Ali, on tient là non seulement très bon film, mais surtout une superbe leçon tant historique qu’humaine.

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Lion

Lion
2017
Garth Davis

Les gens aiment beaucoup les histoires vraies, surtout quand c’est émouvant. Alors quand en plus ça touche un petit indien qui perd sa famille, mélangeant drame et exotisme, la ménagère sent son petit cœur délaissé battre à nouveau. Malgré des critiques de presse assez mitigées, le film fut présent dans toutes les cérémonies, concourant notamment pour les plus prestigieux Oscars, mais ressorti comme bien d’autres bredouille. Sans non plus être le plus déméritant des sélectionnés, fallait quand même pas déconner.

Avec un territoire cinq fois plus grand que la France, des dizaines de langues locales, plus de la moitié des habitants qui ne savent ni lire ni écrire et dont la population se chiffrerait entre 1,3 et 2 milliards d’habitants, l’Inde n’est pas exactement le meilleur endroit au monde pour se perdre quand on est un petit garçon. Alors âgé de cinq ans à l’époque, Saroo (Dev Patel) attendait son frère dans une gare, mais par mégarde il va se retrouver embarqué dans un train et atterrir à 1600 km de là où il était. 21 ans plus tard, Saroo était devenu adulte et avait été recueilli par un couple australien (dont Nicole Kidman), mais le traumatisme de son passé va resurgir quand son amie Lucy (Rooney Mara) va lui parler de Google Earth, outil ayant cartographié la planète entière. Seulement retrouver un petit village indien, dont il ne se rappelle ni le nom ni la localisation ne serait-ce qu’approximative, pourrait lui prendre une éternité.

Le film se présente en deux partie. La première porte sur les mésaventures d’un jeune garçon où l’on découvrira d’abord sa vie, rude mais heureuse, puis la longue errance qu’il va subir à cause de sa fougue infantile, qui le poussera à explorer un train qui n’aura pas eu l’amabilité de rester à quai. Entre deux paysages indiens magnifiques, on découvrira l’extrême pauvreté d’un peuple abandonné à son sort, mais plus il se rapprochera d’une société dite « civilisée et moderne » et plus les vices et l’égoïsme prendront place. Cette traversée de l’Inde sera à la fois passionnante et édifiante, bien plus que la seconde partie assez conventionnelle, quoique toujours prenante. On y suivra la version adulte de Saroo qui a évolué dans notre monde formaté, y développant donc toute l’aigreur découlant du consumérisme et de la course à la réussite sociale. Désabusé, il se tournera alors vers son passé, marqué par son sort tragique évidemment, mais aussi bercé par ses merveilleux souvenirs d’enfance entre son frère tant aimé et sa vraie mère, l’unique. L’émotion prend une autre forme mais le message reste fort, balayant nos « privilèges » en ouvrant notre esprit. Les acteurs sont excellents, notamment les jeunes indiens, et le spectateur ne pourra que se ruer derrière eux pour découvrir jusqu’où aboutira la démarche. Pas aussi marquant ou émouvant qu’il aurait dû être mais belle fable tout de même.

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Indignation

Indignation
2016
James Schamus

Adapté du roman de Philip Roth, ce petit film indépendant jamais sorti dans nos salles françaises nous plonge dans une époque révolue, aux conventions bien différentes d’aujourd’hui. Fils de boucher de bonne famille, Marcus Messner (Logan Lerman) ne connaissait jusqu’alors rien de la vie, mais tout va changer en 1951. Pour éviter d’être mobilisé à la guerre de Corée, il va aller faire des études dans une université de l’Ohio, se retrouvant bien malgré lui dans une chambre juive, lui qui rejette cette culture et leur religion dans lesquelles il ne se reconnaît pas. Bourreau de travail, il va se jeter corps et âme dans ses études, mais il lui sera impossible de détourner le regard de la belle Olivia (Sarah Gadon) qu’il se décidera à inviter à sortir avec lui. Seulement après le premier rendez-vous, il va comprendre que les mœurs de sa tendre sont bien différentes des siennes, le tiraillant entre son amour et l’indignation.

Avec notre regard contemporain habitué aux pratiques les plus extravagantes et qui ressort blasé d’un film aussi frigide que 50 Nuances de Grey, qui aurait pourtant provoqué bien des attaques cardiaques à l’époque, on voit mal ce qui pourrait indigner qui que ce soit. On comprend donc difficilement la réticence première du personnage principal, d’autant que sa partenaire à l’écran est d’une beauté ahurissante et qu’on serait prêt à donner un rein ou deux pour avoir ce genre de visite à l’hôpital. Néanmoins, le film a de sacrés arguments : l’époque choisie est originale et nous surprend entre les pratiques de l’époque mais aussi la quasi absence de changement du milieu universitaire américain en plus d’un demi-siècle ; la romance est pleine de poésie et de simplicité ; de même, le casting est de très haute facture. Si la tentatrice est divine et fait passer tellement de choses d’un simple regard, l’interprète du héros est quant à lui tout simplement bluffant. Avec des films comme Le Monde de Charlie il avait déjà prouvé sa capacité à faire passer une extrême sensibilité malgré une forte intériorisation, mais cette fois on passe au niveau supérieur avec une scène chez le directeur qui aurait dû lui valoir à minima une nomination aux Oscars. C’est brillant de justesse, la tension est parfois éreintante et le film nous tient en haleine malgré une histoire qui ne paye pas de mine, et si la fin n’était pas ce qu’elle est, le film aurait pu prétendre figurer en très haute estime. Reste un film atypique et poignant qui mérite qu’on s’y attarde.

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The Boyfriend – Pourquoi lui ?

The Boyfriend – Pourquoi lui ?
2017
John Hamburg

Les américains ont une façon bien à eux de fêter Noël. Alors que les films pour enfants abordant le sujet semblent s’être volatilisés au profit du Disney de novembre qui débarque toujours en février chez nous, des comédies bien trash ont prit le relais, là encore avec le bon décalage qui enlève tout son sens à sa sortie en salle, perdue en pleine rentrée. J’essaye autant que faire ce peu d’esquiver ce genre de production où la limite du bon goût n’est plus qu’une vague notion avec laquelle on s’est foutrement torché, mais des fois on se dit que ça sera peut-être moins pire que la dernière fois.

Quand on est père, il a certaines étapes dans la vie avec lesquelles on a du mal, comme voir partir son enfant du nid. Pour Ned (Bryan Cranston) c’était même le pallier supérieur : rencontrer le premier petit ami « sérieux » de la prunelle de ses yeux, sa petite fille chérie (Zoey Deutch). La rencontre sera un choc, se retrouvant nez-à-nez avec un certain Laird (James Franco), un jean-foutre en puissance cumulant arrogance, grossièreté et maladresse. Alors que l’entreprise de Ned est au bord de la faillite, l’autre espèce de petit con roule des mécaniques sur son empire à 197 M$, de quoi rajouter pas mal de tensions à une situation déjà tendue à la base. Quand Laird va demander à Ned la main de sa fille, la guerre sera définitivement déclarée.

Si on passera sur le fait que le gendre a 17 ans de plus que sa copine et que cela ne semble choquer personne, le film possède une barrière culturelle assez infranchissable. On est un peu bougons en France : un type qui parle de sexe devant tout le monde c’est impensable, surtout avec une telle désinvolture et imagerie. Plus globalement ce sont tous les principes de savoir-vivre qui sont bafoués dans des propensions si dantesques que c’en devient pénible à supporter entre les malaises et les provocations. Voir un gosse de 15 ans tomber dans le graveleux et le harcèlement sexuel, ça n’est pas drôle. Mordre les couilles, baigner dans l’urine, parler ou faire des choses sexuelles devant un public inapproprié, ça n’est pas drôle non plus, pas quand la bienséance nous inculque le rejet de telles bassesses. Parler de manière décomplexée de ces sujets et d’en rire, pourquoi pas, mais de la manière dont le fait le film c’est juste malaisant et de mauvais gout. Heureusement cela ne concerne que certains passages du film, et à la rigueur on s’amusera presque des toilettes, de la visite nocturne trempé sur le lit ou du retour de fête, mais la plupart du temps quand le film joue sur la limite, il fini par la franchir et ça n’est pas beau à voir. Après, le film a la chance de pouvoir compter sur un casting solide qui rend ses personnages plus sympathiques et cela sauve grandement les meubles, nous emportant presque à la fin avec la candeur de l’aspirant, mais ça reste peu original et de fait très prévisible. Si on a pas de problèmes avec ce qui est vulgaire, le film peut être assez divertissant, mais cela demande une indulgence que je n’ai pas eu.

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Seuls

Seuls
2017
David Moreau

Pays de la BD, la France possède une richesse culturelle énorme dans ce domaine et pourtant le cinéma hésite souvent à y puiser, alors même que les adaptations du genre sont pour la plupart couronnées de succès en salles, à défaut de convaincre les critiques. Dénotant des comédies habituelles en proposant un univers fantastique, la bande-dessinée de Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti redore t’elle le blason des adaptations françaises ? Un peu, mais ça reste gentillet.

Adaptation des cinq premiers tomes de la BD, le film raconte le désarrois de cinq jeunes : Leïla (Sofia Lesaffre), Dodji, Terry (Jean-Stan du Pac), Camille et Yvan. Ils vont un beau matin se réveiller dans un Paris désert, vidé de ses habitants comme si de rien n’était et que le monde entier avait été mis sur pause. Pire, une étrange brume opaque et étouffante entoure la capitale, et plus encore, un dangereux psychopathe armé d’un couteau semble les poursuivre. Mais nom de Zeus c’est quoi ce bordel ?!

Un pitch de départ où un ou plusieurs héros se retrouvent dans une ville déserte ou qui mystérieusement se désertifie progressivement, on en a eu un sacré paquet allant du virus à la damnation divine. Très vite les questions se bousculent quand on constate certaines aberrations comme un système électrique toujours opérationnel ou que comme par hasard ce ne sont que des jeunes qui se réveillent dans cette ville fantôme. Bien sûr, les plus attentifs sentiront le coup venir suite au clin d’œil télévisuel – et ça n’est pas forcément très original – mais au moins ça a le mérite d’expliquer et de justifier le pourquoi du comment. Un poil décevant, mais ça se tient. Qu’a donc le film pour se démarquer ? Heureusement, il peut compter sur une héroïne charismatique emmenée par une actrice prometteuse, l’ambiance apocalyptique marche bien grâce à une photographie sombre et des panoramas étouffants, et le côté comics avec des styles vestimentaires tranchés est aussi très bien exploité. Si les insertions du drone sont ratées, globalement la patte visuelle est belle et la réalisation efficace. Avec une durée de tout juste 90 minutes, le dynamisme est optimal et nous n’avons pas une fois l’impression que l’histoire patine, offrant en plus une dernière scène spectaculaire ouvrant la porte à de potentielles suites. Malencontreusement, avec à peine plus de trois cent mille entrées, la trilogie est avortée et on restera là, mais que cela ne vous empêche pas de découvrir le film, particulièrement original dans notre paysage audiovisuel français.

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Ouvert la nuit

Ouvert la nuit
2017
Edouard Baer

Disparu des radars après deux semaines à l’affiche, s’en allant dans les bas fonds des charts avec seulement quatre-vingt mille entrées au compteur, le film fut un échec retentissant et marqua le troisième rejet en trois films pour l’acteur s’essayant à la réalisation. S’il me sera difficile de juger les deux autres, ne les ayant pas vu, c’est en tous cas cette fois assez méritée.

Le théâtre vous passionne et vous aimeriez en découvrir les coulisses ? Grave erreur : tous les théâtres ne sont pas animés de belles et nobles intentions artistiques comme en témoigne celui de Luigi (Edouard Baer), au bord du désastre à un jour de la grande première de leur dernière pièce en préparation. Les comptes sont au rouge, les employés ne sont plus payés depuis deux mois et menacent de faire grève, l’un des acteurs principaux est blessé et le metteur en scène réclame un singe, le tout en une nuit. Gérant du théâtre de l’étoile, Luigi va donc être chargé de résoudre tous ces problèmes, un comble pour quelqu’un qui n’arrive même pas à être responsable de lui-même.

Le principe du film aurait pu être sympa : un responsable de théâtre et son assistante (Sabrina Ouazani) écumant le Paris de la nuit, résolvant tour à tour les problèmes un peu comme une succession d’interactions avec des PNJ qui débloqueraient moult quêtes pour rejoindre la principale. Seulement voilà, on est loin de la magie d’un Minuit à Paris, le héros y met très peu de bonne volonté – et c’est énervant à force tellement on voudrait le secouer – et on ne comprend pas comment son entourage (incluant Audrey Tautou, Grégory Gadebois, Lionel Abelanski et Michel Galabru) permet voir encourage un tel comportement. C’est bien simple, Edouard nous ressort le même genre de personnage insupportable et déconnecté de la vie réelle que dans Turf où il campait un flambeur inconscient et qui se pavanait avec une arrogance folle. À la rigueur pourquoi pas s’il subit à un moment donné une prise de conscience ou un retour d’ascenseur rétablissant la morale, mais non, et on lui donne presque raison. Donc non seulement son périple nocturne n’a rien de palpitant mais en plus aucun des protagonistes quels qu’ils soient n’est attachant à cause soit d’un mauvais fond soit d’une inaction face à ceux qui ont un mauvais fond. Pire, les dialogues sont à hurler tant des phrases comme « oui il est courant, faut juste que je lui dise » ne provoquent pas la moindre réaction. Non, ça n’est pas un grand gamin inconscient qui fait innocemment des erreurs, c’est un parasite qui prospère grâce à la faiblesse des autres. Et si au moins c’était bien joué, on pourrait limite dire que le film fait exprès de mettre en avant un personnage antipathique et que c’est de l’anticonformisme que de vouloir le conforter dans son rôle, mais ça ne marche pas car le film joue sur le raz-le-bol général l’entourant. Une œuvre fade, inaboutie et incohérente.

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