Comme des bêtes

Comme des bêtes
2016
Yarrow Cheney, Chris Renaud

Décidément, on tient là une année record pour le cinéma d’animation, même si certains s’y cassent les dents (L’Âge de glace 5 par exemple). Zootopie a déjà atteint le milliard de dollars de recettes, Le Livre de la Jungle n’en était pas loin (940 M$), Le Monde de Dory, après avoir explosé le record de lancement, devrait sans problèmes atteindre le milliard et faire de l’ombre à La Reine des neiges, quant à ce film ci il a établi le record de lancement pour un film d’animation original (pas issu d’une saga). Il devrait avoisiner les 350 M$ sur le seul territoire américain et pourquoi pas titiller lui aussi le milliard avant d’être peut-être rejoint par le Disney de fin d’année. Visiblement, les enfants ont faim…

Que font nos animaux domestiques quand nous ne sommes pas là ? C’était la question à laquelle le film s’était engagé à répondre, s’engouffrant dans une mine d’or qui sautait aux yeux dès la bande-annonce. Mais de quoi parle le film en dehors de ça ? Il raconte le calvaire de Max (Philippe Lacheau), un chien qui coulait jusqu’alors des jours heureux, mais sa vie va du jour au lendemain basculer quand sa maîtresse va ramener Duke (François Damiens), un chien errant qui va mettre en péril l’équilibre de son quotidien. Lors d’une promenade, les deux rivaux vont disparaître, ce qui ne sera pas sans inquiéter la petite chienne Chloé (Florence Foresti), bien déterminée à retrouver son Max adoré.

Il y a trois types de qualités possibles dans un film d’animation : l’émotion, qui peut s’orienter vers l’humour ou le drame, qu’importe ; le style visuel et l’impact narratif. Avec une modélisation 3D, il est pratiquement impossible d’imposer une patte visuelle exceptionnelle, surtout dans un style réaliste, donc c’était d’emblée impossible de nous convaincre pour ce point là. Niveau tonalité, le film s’oriente clairement vers la comédie, mais on est bien loin de l’humour de Raiponce, même si beaucoup de passages font mouche et que la popularité du long-métrage vient très probablement de là. Point d’histoire palpitante non plus, juste une aventure dans les rues de New-York sur fond de guéguerres par peur de l’autre alors qu’évidemment la gentillesse va l’emporter. Un scénario vide balançant masse de stéréotypes et mettant simplement nos idées reçues en scène. On rit de bon cœur car les personnages sont attachants, le ton léger et le principe de base bien trouvé, mais on reste indubitablement sur un registre très enfantin et la réflexion n’est pas assez poussée pour combler un public adulte.

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Time Lapse

Time Lapse
2014
Bradley King (III)

Baladé de festival en festival depuis deux ans, cette petite production de science-fiction vient tout juste de jeter les armes en acceptant son sort : une distribution directement en DVD et diverses plateformes dématérialisées ou non. Il faut dire qu’entre des acteurs pratiquement inconnus en dehors de la télévision et un réalisateur s’attaquant à son premier film, sans compter un budget probablement ridicule de par la nature du film, il n’y avait pas de quoi se montrer confiant.

Il fut un temps, et même encore aujourd’hui pour certaines personnes, où la photographie était considérée comme de la magie noire capable d’emprisonner l’âme d’un individu. On dit aussi que son spectre de captation est supérieur à celui de l’œil humain et qu’une photo pourrait être capable de révéler des présences fantomatiques. Au hasard d’un résident dont l’absence de signe de vie devenait inquiétant, trois jeunes, concierges de leur lotissement, vont découvrir chez lui un appareil photo d’un genre bien particulier : il prend une photo de leur salon tous les jours à 20h, mais ce qui en sort ne correspond pas. D’abord perplexes, ils vont devoir se rendre à l’évidence de la nature prémonitoire des photos.

Il y avait une bonne idée de base, quelques idées de développement, mais pour ce qui est du professionnalisme il faudra repasser. Que la réalisation soit très en dessous des standards de qualité actuels, admettons. Que les acteurs ne soient pas au niveau, à la rigueur tant que l’histoire est bonne, et elle l’est. Le problème, c’est que l’écriture ne se résume pas uniquement à l’intrigue mais aussi à comment elle se déroule. Si le principe de voyage dans le temps photographique est original avec une idée tenue et des rebondissements bien venus avec un principe de boucle épatant, bien que loin de Predestination, le reste laisse à désirer. Les personnages sont creux, stéréotypés, leurs réactions sont souvent discutables, leurs discussions pas bien passionnantes, au point que ça en devient très nuisible à l’histoire par moments. Par exemple, lors de la découverte de l’appareil photo, le trio a pratiquement immédiatement comprit ce qu’était la machine sans prendre vraiment le temps d’essayer de réfléchir à la situation et durant tout le film toute théorie est d’emblée adoptée sans même avoir été débattue. Dommage car cela renforce l’amateurisme qui se dégage du film, alors même que son histoire vaut le coup d’œil et nous réserve de belles surprises. Un petit film de SF intéressant à défaut d’être maîtrisé.

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Independence Day : Resurgence

Independence Day : Resurgence
2016
Roland Emmerich

Plus gros succès de la carrière du spécialiste des films catastrophes Roland Emmerich avec 817 M$ dans le monde, Independence Day devait initialement connaître une suite dès 1998, mais finalement cela ne s’est pas fait et le projet fut enterré jusqu’en 2013 avec l’anniversaire des 20 ans en ligne de mir pour un retour emblématique. Nous y voilà enfin, après des années à espérer ce que le premier n’a pas réussi à être : le blockbuster ultime sur une invasion extraterrestre, même si Edge of Tomorrow nous a offert bien plus qu’un simple divertissement explosif sur fond patriotique, rendant le rêve premier caduque. Cette suite est-elle finalement à la hauteur de nos rêves spectaculaires ? Avec les retours en demi-teinte et des résultats en salles alarmants aux Etats-Unis (six fois moins d’entrées par rapport au premier), la question se posait.

S’étant déroulée vingt ans plus tôt, la guère entre notre planète et les envahisseurs a laissé beaucoup de séquelles et a changé la face du monde (point d’anticipation, ici l’histoire se déroule dans un futur alternatif). Les résidus de la bataille a permis d’en apprendre beaucoup sur nos ennemis, leur technologie, leurs armes, nous permettant de nous préparer au mieux en cas de récidive. Le premier contact avait fait des centaines de millions de morts et personne ne voulait revivre ça, aboutissant à la création d’un conseil planétaire, une paix durable sur l’ensemble des continents, des protections orbitales et moult installations aux quatre coins de notre système solaire. Mais nous n’avons pas su voir les signes et la menace qui pesait sur nous était largement sous-évaluée…

Je n’ai qu’un mot à dire : merci. Voilà ce qu’Independence Day n’a pas su être et que nombre de blockbuster a tenté en vain de réaliser, à savoir une invasion spectaculaire avec une justification qui fait plaisir. Visuellement époustouflant, le film est aussi une très bonne surprise en terme de scénario. Désormais on en sait beaucoup plus sur le mode de fonctionnement des envahisseurs, peuple nomade dont les vaisseaux renferment tout leur écosystème, de même que leur place dans l’univers avec une vague idée de la menace réelle et de la potentialité de diverses espèces sur d’autres planètes. Leur technologie et son fonctionnement se précise tandis que notre nouvelle réalité alternative, dans laquelle notre civilisation a fait un bond spectaculaire grâce à l’apport technologique de la première vague vaincue, regorge de bonnes idées en terme de design ou d’avancée culturelle. Le film se concentre ainsi beaucoup sur la création de sa propre mythologie, s’intéressant aussi à la compréhension de l’autre au travers de l’étude de leur alphabet, système de transmission télépathique et mode de vie, ce qui sera notamment représenté par un plan vu par les yeux d’un extraterrestre. Énormément de bonnes choses au programme, un univers très riche et une histoire palpitante, mais à mettre en exergue avec une originalité douteuse. En effet, les extraterrestres ont un fonctionnement très proche des Rachnis de Mass Effect, le design et leur technologie ressemble beaucoup aux Protoss de Starcraft et le scénario n’est pas sans rappeler celui de Transformers 2 entre la source de pouvoir et le résidu mental, le tout saupoudré d’Aliens le retour. Des inspirations pas très honnêtes mais le résultat est néanmoins solide.

Côté réprimandes, on pourra aussi pester sur certains clichés tenaces, le rôle dominant des Etats-Unis dans le nouvel ordre mondial, le côté héroïque abusif, le racolage chinois ou encore certains des personnages dont l’utilité est plus que douteuse, mais n’oublions pas une chose. Outre le retour de têtes connues qui fait plaisir – Bill Pullman, Jeff Goldblum, son père, la strip-teaseuse ou encore le chef des scientifiques de la zone 51 – le reste du casting est impressionnant : Liam Hemsworth, William Fichtner et Charlotte Gainsbourg. Le film prend son temps pour installer son univers (près de 40 minutes avant que l’invasion ne commence), ce qui est fort louable, et le résultat ne déçoit pas. Toujours plus grand, toujours plus fort, Roland Emmerich nous offre un vaisseau de 5000 km de diamètre, de nouvelles armes démentielles, des explosions à gogo, de jolis effets de lumière dans un monde plus que jamais porté sur la technologie, mais aussi et surtout un monstre dantesque qui vient combler nos attentes les plus folles. Bref, ça envoie du lourd, presque autant que dans la seconde moitié de Transformers 3, et si la fin est un peu rushée le film reste tout de même très complet avec une histoire géniale et un spectacle ahurissant. Les résultats sont pour l’instant très décevants en terme de recettes (362 M$ à l’heure actuelle et probablement pas tellement plus de 400 M$ à l’heure de l’addition) et il serait dommage que la suite prévue ne voit pas le jour, mais à l’image de La Stratégie Ender restée sans suite le résultat est si intéressant et visuellement grandiose que devoir s’imaginer ce qu’il advient n’est pas si grave à ce niveau de qualité.

Disponible en version alternative et vidéo :
https://www.youtube.com/watch?v=NnaUBMUVt7o

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Saint Amour

Saint Amour
2016
Benoît Delépine, Gustave Kervern

Un trio d’affiche impressionnant, un thème un peu loufoque et une bande-annonce qui laisse entendre le bonne beuverie bien sympa, sans compter le soutien de la presse et un plutôt jolie succès en salle (plus de six-cent mille entrées) : le duo de réalisateurs grolandais est-il enfin devenu mainstream ? Ont-ils enfin évolué ? C’était le grand espoir soulevé par ce nouveau long-métrage, en vain.

C’est bien connu, la vie d’agriculteur n’est pas facile, de même que tous les métiers en lien avec l’agroalimentaire. Éleveur bovin, Bruno (Benoît Poelvoorde) ne connaît qu’une semaine de répit par an : le salon de l’agriculture, l’occasion de finir rond comme une queue de pelle à force de goûter à tous les cépages proposés en dégustation. Voyant l’état de dépression de son fils, Jean (Gérard Depardieu) va alors lui proposer une vraie route des vins en s’offrant les services d’un chauffeur de taxi parisien (Vincent Lacoste).

Du point de vu du scénario, on ne peut pas vraiment dire que le film n’a pas tenu ses promesses. Comme prévu, le film est un road trip où l’alcool coule à flot, ponctué par quelques rencontres, surtout féminines (Céline Sallette, Chiara Mastroianni et Ana Girardot, mais aussi Michel Houellebecq, héros de leur précédent film). Mieux encore, l’écriture des personnages a été soignée, que ce soit au niveau de leur passé ou de leur psychologie. Là où le film déçoit en revanche, c’est au niveau évolution et ambiance. Portant invariablement sur la misère humaine, comme tous ceux de la filmographie des réalisateurs, le film peine à créer des situations comiques, nous montrant le plus souvent du pathétique morbide et ennuyeux. Côté développement le constat est là aussi fâcheux, la mentalité de chacun n’évoluant pas d’un iota, tout juste ont-ils apprit à s’écouter les uns les autres. On tombe ainsi rapidement dans une redondance pesante, sans compter les problèmes d’articulation et de prise de son, rendant une bonne partie des dialogues inaudibles. Le résultat est un peu moins indigeste que d’habitude mais s’adresse invariablement au même public déjà conquis, les autres continueront de pester à juste titre.

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Retour Chez Ma Mère

Retour Chez Ma Mère
2016
Eric Lavaine

Une salle Imax indisponible, des séances aux horaires incompatibles et un calendrier surchargé de films pour enfants, voilà la combinaison qui m’a fait rattraper la dernière comédie d’Eric Lavaine, sortie il y a pourtant près de deux mois mais encore à l’affiche. Il faut dire que le succès a été encore une fois énorme : plus de deux millions d’entrées, confirmant l’engouement souvent justifié autour des films du réalisateur.

Que faire quand on a tout perdu ? Divorcée, au chômage et ayant vu ses dernières économies partir en fumée dans un procès visant à sauver sa boîte d’architecte, en vain, Stéphanie (Alexandra Lamy) s’est alors résignée à retourner vivre chez sa mère (Josiane Balasko), une situation loin d’être facile. Et quand les vieilles rancunes avec les frères et sœurs (Mathilde Seigner) vont remonter, les choses vont carrément devenir explosives.

Pendant toute la première moitié du film, on reste plutôt perplexe. En dehors de la scène avec Patrick Bosso à Pôle Emploi vite fait drôle, on s’ennui beaucoup et le film peine à démarrer. Et puis on arrive au repas de famille, clé de voûte du long-métrage qui semble avoir été l’idée qui a abouti au film, on y est enfin. À partir de là les choses deviennent intéressantes, on met les pieds dans le plat, on appuie là où ça fait mal et le film devient piquant, voir très drôle grâce à Jérôme Commandeur toujours aussi excellent dans le rôle du benêt de service qui souffre ici d’une immense castration de la part de sa femme. L’histoire et ses intrigues n’ont rien de très original ou approfondi mais à partir du repas on suit ça avec intérêt, d’autant que le film est aussi très crédible lorsqu’il bascule dans des registres plus dramatiques grâce à des acteurs au sommet. Proposant des films pas forcément très cérébraux, le réalisateur prouve une fois de plus son aisance dans l’humour et son talent de directeur d’acteurs, et c’est déjà très louable.

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Marseille

Marseille
2016
Kad Merad

Malgré ses échecs critiques et publiques de Monsieur Papa et Qui a re-tué Pamela Rose ? Kad Merad revient à la réalisation avec un film centré sur la cité phocéenne et l’amour inconditionnel que certaines personnes lui portent. Avec à peine plus de six-cent mille entrées, le naufrage a été évité mais le succès est bien loin. Il faut dire que le film n’a pas grand chose pour sortir du lot.

Ayant immigré au Canada depuis déjà près de 25 ans, Paolo (Kad Merad) passait des vacances tranquilles avec son fils quand son passé va le rattraper. Lui qui ne voulait plus en entendre parler, son Marseille natal va le rappeler avec l’accident de son père, se trouvant entre la vie et la mort d’après son frère Joseph (Patrick Bosso) qui réclame sa présence à ses côtés. En réalité, son pronostique vital n’est pas du tout engagé, seule sa mémoire fait défaut, et la présence d’un fils perdu de vue pourrait lui être bénéfique.

Comme il n’est jamais trop tard pour se remettre en cause, le film nous montre un quinquagénaire faisant le point sur sa vie en revenant dans les terres de son enfance. Fait par des passionnés de la ville de Marseille, le film nous en montre les plus beaux endroits, l’art de vivre des gens qui y résident, sans pour autant en oublier les durs réalités et les drames qui s’y déroulent. À mi chemin entre la comédie légère et le drame humain, le film s’intéresse aussi bien à la ville qu’à ses habitants (incluant une Judith El Zein doctoresse) en racontant leurs joies et leurs peines, sans pour autant arriver à dire quelque chose de neuf ou de passionnant. Les situations sont banales et le film fait la part belle aux clichés, n’arrivant que trop rarement à nous décrocher un sourire ou nous toucher vraiment. Sans parler de ratage complet, le film n’a tout simplement pas grand chose à dire et l’ennui vient assez vite.

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Le Livre de la jungle – le film

Le Livre de la jungle – le film
1995
Stephen Sommers

Alors que Disney nous a refourgué bien gratuitement son remake de son classique d’animation en pseudo version live où en dehors de l’enfant le côté réel fait doucement rire, ce même studio avait fait plus de 20 ans avant le pari d’une version en chair et en os, remplaçant la « facilité » des animations par un travail de dressage des animaux bien plus impressionnant. Cela sera t-il suffisant pour rendre l’histoire intéressante ?

Venant tout juste de tomber dans le travers de ressortir une vieille histoire telle quelle, cette déclinaison prenait le pari d’une histoire « originale ». Oubliez l’enfance de Mowgli (Jason Scott Lee), cette fois, après une petite introduction pour expliquer son changement de milieu de vie, on retrouve notre héros dans le corps d’un adulte qui a dompté la jungle. Le hasard des choses va mettre sur sa route Kitty (Lena Headey), la fille du colonel Brydon (Sam Neill) qui était son amour de jeunesse, ravivant une flamme passée, ce qui ne sera pas au goût du capitaine Boone (Cary Elwes), le prétendant actuel de Kitty.

L’histoire du petit enfant devenu sauvage en étant élevé par les animaux de la jungle n’était pas bien intéressante mais avait le mérite d’un minimum d’originalité. Ici, en plus d’une romance téléphonée, on retrouve une histoire d’homme sauvage que le monde civilisé tente de ramener sur le droit chemin, ce qui n’est pas sans rappeler Tarzan avec moins de poésie et de magie, usant de gags similaires. Le film d’animation étant sorti après, il est probable que Disney est recyclé son idée et l’ait amélioré, d’où une comparaison peu flatteuse. On aurait pu passer outre si la mise en scène n’était pas si mauvaise avec une morale donnée en nous prenant par la main comme des débiles profonds, et en plus il faudra faire avec des acteurs pas forcément très convaincants. Reste alors le dressage et les décors, nous offrant une plongée magnifique et incroyable dans une jungle enfin fourmillant de vie où chaque animal a une connexion spécifique avec Mowgli, capable de faire plier les prédateurs les plus redoutables. C’est impressionnant et ça comble la frustration de la dernière itération en date, mais cela ne suffit pas pour en faire autre chose qu’un divertissement bas de plafond.

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Brooklyn

Brooklyn
2016
John Crowley, Paul Tsan

Petit film d’auteur qui avait l’air sympathique, le film a connu une carrière phénoménale quand les la pluie de nomination a commencé. Pas de stars tellement bankable, un duo de réalisateurs dont l’un débutait et l’autre n’avait jamais connu de vrai succès, un roman assez confidentiel, rien ne laissait présager un tel engouement. Certes reparti bredouille, le film a tout de même décroché trois nominations aux Oscars : meilleur scénario, actrice et film. Et avec 62 M$ dans le monde, le succès fut aussi commercial que critique.

Si on parle souvent de l’exode de certains pays de l’Est vers les Etats-Unis, un pays s’était lui aussi massivement tourné vers l’Amérique : l’Irlande. Entre les vives tensions qu’on lui connaît, le pays faisait aussi face dans les années 50 à une terrible vague de chômage. N’arrivant à s’y trouver une place, Eilis (Saoirse Ronan) va à son tour tenter sa chance outre-Atlantique, rejoignant la masse d’irlandais installés à Brooklyn. Souffrant dans un premier temps du mal du pays, elle va peu à peu s’ouvrir à ce nouveau monde.

Ah, le rêve américain ! Terre de mixité et de brassage génétique où rien ne semble impossible, où les castes tombent et où la différence est une richesse. Ou pas. De tous temps l’homme a toujours cherché un contact privilégié, faire de la culture une source de rassemblement. Ainsi, encore aujourd’hui on voit les mêmes ethnies se concentrer autour des mêmes zones géographiques, et dans une ville comme New-York, certains quartiers concentrent les mêmes origines. Pourquoi une telle traversée pour au final se retrouver avec les mêmes personnes ? Le travail, moteur de l’économie et de l’appartenance au système mondial. Le film fait la part belle aux clichés et ne tente que trop peu de faire tomber les barrières, nous plongeant dans une histoire intéressante mais pas très originale. Les thèmes abordés sont on ne peut plus classiques : l’immigration économique, le mal du pays, l’isolement, la solitude et l’amour. Au moins, les acteurs sont très bons, incluant Domhnall Gleeson et Jim Broadbent, le style de l’époque bien retranscrit et l’héroïne est très attachante. Manque de rythme en revanche, le retour traînant beaucoup, la morale est bateau, la romance faiblarde et la boucle prévisible. De beaux atours pour un bilan pas forcément à la hauteur.

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The Words

The Words
2012
Brian Klugman, Lee Sternthal

Alors qu’il y a un peu plus d’un an sortait Un homme idéal, la France découvrit un peu plus tard un nouvel arrivé directement dans les bacs, pourtant sorti trois ans plus tôt aux Etats-Unis et dans certains autres pays : The Words. Malgré un casting exceptionnel et un nombre de salles conséquent, le film n’a pas rencontré son public, expliquant sa localisation tardive, mais mieux vaut tard que jamais car comparé au remake français non assumé, on est à des années lumières au dessus.

En pleine promotion de son nouveau roman, Clayton Hammond (Dennis Quaid) entame la lecture des premiers chapitres de son livre. Il retrace l’histoire de Rory Jansen (Bradley Cooper), écrivain sans le sou qui bataillait pour vivre de son art, mais malgré un intérêt certain, aucun éditeur ne lui accordait la moindre publication, jusqu’au jour où sa femme (Zoe Saldana) va lui offrir une vieille sacoche d’époque. Alors que de longues décennies s’étaient écoulées, un manuscrit s’y trouvait encore, narrant la jeunesse d’un militaire américain (Jeremy Irons / Ben Barnes) qui en pleine Seconde Guerre Mondiale trouva la femme de sa vie (Nora Arnezeder) au coin d’un café parisien. Bouleversé par cette histoire, il va la faire passer pour sienne, conquérant ainsi le cœur des éditeurs et des lecteurs, le propulsant parmi les plus grands écrivain de sa génération.

Là où le remake français ne s’intéressait qu’à l’écrivain et ses angoisses, l’histoire est ici d’une richesse infinie. L’histoire se présente sous une triple narration où un écrivain raconte la vie d’un autre écrivain, issu de son imaginaire, s’étant approprié le manuscrit d’autrui, tout en s’intéressant de près à l’histoire dudit manuscrit où son auteur nous narre à son tour sa jeunesse. Une double imbrication où chaque histoire est passionnante, certes aidée par le casting hors du commun très en forme de surcroît (on retrouve aussi J.K. Simmons et Olivia Wilde), mais pas uniquement. Très propre, reposant sur des couleurs chaleureuses magnifiées par des lumières enivrantes, la réalisation est de toute beauté, renforçant la légèreté d’action et de ton, certes ponctuée par quelques tragédies. Une poésie évidente se dégage du film, notamment au travers de musiques sublimes, lui conférant une ambiance digne des plus belles fables. Un film fort, émouvant et palpitant.

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Tarzan

Tarzan
2016
David Yates

Créé en 1912 par Edgar Rice Burroughs, le personnage emblématique de Tarzan, l’homme-singe élevé par des gorilles, est tombé dans le domaine public en 2012, donnant l’envie aux studios du monde entier de se réapproprier son histoire. Il y a deux ans, les allemands ont tenté l’aventure avec un film d’animation Tarzan, mais cela se solda par un double échec financier et critique. Cette fois, c’est le géant américain Warner qui s’empare du projet avec à la barre David Yates, réalisateur des quatre derniers Harry Potter et de la nouvelle trilogie à venir, un gage de qualité auquel on peut ajouter les astronomiques 180 M$ de budget en guise de confiance. Les premiers résultats semblent indiquer un intérêt prononcé puisque les retours sont bons et les premiers scores au box office encourageants. Le début d’une nouvelle licence prometteuse ?

Point d’origin story cette fois ci, ils ont bien comprit que passer derrière le classique de Disney ne servirait à rien et sonnerait comme une redite, préférant parler de sa jeunesse sous forme de flash-back. Ainsi, on commence directement l’histoire alors que John Clayton (Alexander Skarsgard), alias Tarzan, a reprit son titre de Lord Greystoke et vit désormais avec Jane (Margot Robbie) à Londres comme n’importe quel autre gentleman. Seulement voilà, son histoire a fait le tour du monde et le gouvernement britannique (Jim Broadbent) aimerait beaucoup qu’il intervienne au Congo pour une opération politique coordonnée par un dignitaire américain (Samuel L. Jackson). En réalité, il s’agit d’un piège tendu par Leo Rom (Christoph Waltz), second du roi Leopold II, détenteur du Congo, qui peine à convaincre le chef Mbonga (Djimon Hounsou) de lui céder ses diamants, plus enclin à un échange contre Tarzan, qui lui aurait apparemment fait du tord.

Ah, enfin un film qui offre quelque chose d’un peu neuf sur Tarzan ! Après tout, sur la trentaine de romans que compte la saga, se concentrer en boucle sur les origines, ça use, et le personnage de John Clayton est avant tout un explorateur, un aventurier, chose exploitée uniquement dans la série animée et dans quelques films de série B. L’histoire se base cette fois sur Tarzan et les hommes-léopards (1932), pas forcément la plus originale ni intéressante, mais au moins c’est différent des précédentes adaptations. Les personnages et les situations souffrent de quelques stéréotypes, notamment Christoph Waltz qui incarne le même style de méchant depuis une décennie, et globalement on souffre de problèmes similaires au Livre de la jungle, à savoir un environnement trop propre (bien qu’ici ils aient fait l’effort de tourner certains plans panoramiques et aérien en décors réels) et des créatures bien modélisées et animées mais qui sonnent faux. De même, alors que notre héros a abandonné son ancien mode de vie depuis de longues années, on ne peut que s’étonner de le voir toujours aussi musclé et endurant, mais en dehors de ça le film a moult qualités à faire valoir. En dehors du chipotage sur la jungle et certaines créatures (surtout les gorilles en fait), le visuel est magnifique (d’autant que vu en Imax, l’occasion de voir de la 3D d’aussi bonne facture qu’au Futuroscope, même si la bande-annonce du prochain Star Wars en mettait bien plus plein la vue), certaines scènes sont impressionnantes, les personnages charismatiques et malgré un contexte difficile et certains thèmes forts, de petites notes d’humour font mouche. Un retour aux sources intéressant pour un spectacle grandiose.

Disponible en version alternative et vidéo :
https://www.youtube.com/watch?v=I2c2BfBoQ2g

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